Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130529569
206 pages

p. 433 à 444
doi: 10.3917/dss.023.0433

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n° 216 2002/3

L’immense œuvre de Jean Baudoin compte un nombre considérable de traductions de textes espagnols qui tous relèvent soit de la chronique historique (c’est le cas des ouvrages de l’Inca Garcilaso de la Vega) [1], soit du domaine de la dévotion chrétienne [2].
Un seul texte de fiction, paru en 1621 chez du Bray, figure parmi ces traductions de l’espagnol : Les nouvelles Morales, en suitte de celles de Cervantes, tirées de l’espagnol de don Diego d’Agreda et mises en nostre langue [3]. Il s’agit là d’une traduction du recueil de nouvelles de l’Espagnol Diego de Agreda y Vargas, recueil paru à Valence un an plus tôt, sous le titre de Novelas morales útiles por sus documentos [4].
Les douze Nouvelles Morales apparaissent donc comme une sorte d’exception dans l’ensemble plutôt cohérent des traductions de l’espagnol produites dans ces mêmes années par Baudoin. Aussi, tout porte à croire qu’il s’agit là d’une œuvre de circonstance dont l’existence s’expliquerait par l’engouement pour les choses d’Espagne qui caractérise les premières décennies du siècle.
On sait en effet que la période correspondant à la régence de Marie de Médicis et aux débuts du règne de Louis XIII est marquée par un rapprochement de la monarchie française avec l’Espagne. Ce rapprochement politique est suivi, sur le plan religieux et culturel, d’une véritable « invasion » d’ouvrages espagnols [5] parmi lesquels la novela occupe une place non négligeable. Quinze auteurs de nouvelles espagnoles sont traduits tout au long du XVIIe siècle, dont Cervantès, qui est sans aucun doute le plus prisé. La première partie du Don Quichotte [6], parue en France en 1614, est un grand succès ; elle est suivie, quelques années plus tard, en 1618, de la deuxième partie tandis que les Nouvelles Exemplaires sont traduites en 1615 [7]. La rapidité avec laquelle Cervantès est traduit témoigne de son extrême popularité. Aussi, cette popularité semble-t-elle avoir contribué à forger le projet qui préside aux Nouvelles Morales. Traduites en quelques mois à peine, Les Nouvelles Morales de Baudoin suivent en effet de très près la troisième édition française du recueil de Cervantès. Outre cela, la partie quelque peu racoleuse du titre, « [...] en suite de celles de Cervantes », indique que le traducteur, ou l’éditeur, a voulu profiter du succès de Cervantès pour mieux vendre son propre ouvrage. La traduction des Nouvelles Morales se trouve ainsi inscrite dans une logique commerciale, ce qui est d’ailleurs confirmé par le fait que Baudoin ait été considéré de son temps comme un traducteur professionnel.
Nous ne pouvons cependant nous satisfaire d’une telle interprétation. L’étude précise des Nouvelles Morales de Baudoin nous éloigne en effet d’une analyse exclusivement fondée sur les circonstances de parution du recueil. Deux éléments nécessaires, selon nous, à la compréhension profonde de cette œuvre, doivent être mis en avant.
La traduction d’Agreda doit, d’une part, être considérée comme faisant partie, de manière exemplaire, des célèbres « belles infidèles » du XVIIe siècle. Cette question fondamentale a été largement évoquée par E. Bury dans son article intitulé « Jean Baudoin, traducteur de l’espagnol » [8] ; nous ne nous y attarderons donc point longuement. Notre propos s’attachera en revanche plus particulièrement à déterminer la place des Nouvelles Morales dans le vaste champ de la fiction en prose des premières décennies du XVIIe siècle. Les Nouvelles Morales de Baudoin s’insèrent en effet dans un contexte littéraire précis : celui de la réception en France de la nouvelle espagnole du Siècle d’Or. Or, ces textes espagnols sont traduits selon des critères esthétiques propres à la tradition littéraire française. La manière dont le texte original d’Agreda est traduit par Baudoin nous renseigne donc, non seulement sur une certaine conception de la langue française mais aussi – les deux aspects sont fortement solidaires –, sur la manière dont notre traducteur conçoit, dans les années 1620, ce que doit être la création romanesque.
 
LES NOUVELLES MORALES DE BAUDOIN : UN CAS EXEMPLAIRE DE « BELLE INFIDèLE »
 
 
Comme la plupart des traducteurs de nouvelles espagnoles, Jean Baudoin affiche un mépris absolu pour la langue espagnole. Celle-ci serait, selon un préjugé très répandu au XVIIe siècle, dominée par l’excès et l’obscurité.
Il est certain que les Novelas morales d’Agreda y Vargas relèvent du plus pur estilo culterano espagnol. Ainsi, si les traducteurs français prisent l’ « invention » des Espagnols, les sujets qui composent le « fond » de leurs œuvres, ils condamnent sans exception la manière dont cette invention est exprimée. La traduction a donc pour fonction, selon la métaphore vestimentaire si souvent employée en cette matière, de conserver le corps des textes étrangers tout en en modifiant l’habit. Baudoin s’exprime très clairement à ce sujet dans la préface aux Nouvelles Morales :
J’ai [dit-il] à t’advertir, Lecteur, que ie n’appelle pas ce livre une Traduction ains plutost une fidelle imitation ; puis que sans m’arrester au caprice de l’Auteur, i’en ay retranché plusieurs choses qui sont vrayement loüables en son pays, mais ridicules au nostre. [...] Il est vray, que pour le regard de ses inventions, ie ne les ay en rien altérées, parce qu’elles m’ont semblé gentiles, et assez bien imaginées [...]. [9]
L’habit français dont Baudoin prétend revêtir les nouvelles d’Agreda peut être caractérisé par deux traits principaux : clarté et brièveté.
L’idéal de clarté
L’idéal de clarté est appliqué à la nouvelle espagnole par différents moyens.
Des ajouts explicatifs sont fournis par le traducteur pour ce qui est du vocabulaire. Baudoin substitue par exemple une périphrase explicative à ce qu’Agreda désigne sous le simple mot de casa de conversación (littéralement : maison de conversation) : « [...] ce logis [nous dit le traducteur] estoit comme une Académie destinée au passe-temps des jeunes hommes » [10].
Le même type d’éclaircissement apparaît au niveau syntaxique. Ainsi, les pronoms anaphoriques et cataphoriques espagnols sont systématiquement explicités en français.
L’un des procédés de clarification les plus importants s’attache toutefois au régime métaphorique espagnol. Il s’agit principalement de supprimer les métaphores topiques ayant recours à des comparants mythologiques. Baudoin traduit ainsi une longue description codée de l’aube, placée par Agreda en tête de La ocasión desdichada [11], par cette simple phrase : « Le lendemain, si tost que le soleil darda sur la terre sa désirable lumière [...] » [12].
La brièveté
Telle qu’elle est définie par les traités de rhétorique, la notion de « brièveté » vise moins la longueur du discours que le choix des mots nécessaires pour exprimer ce que l’on veut dire [13]. Ainsi, si la langue espagnole se caractérise aux yeux des auteurs français par son « enflure », la traduction doit avoir pour finalité de réduire cet excès aux bornes du nécessaire ou, selon un terme fréquemment employé, du « naturel ». Les liens entre les notions de brièveté et de naturel apparaissent clairement dans l’avis au lecteur de Baudoin à ses Nouvelles Morales :
[...] i’en ay retranché plusieurs choses [il se réfère aux nouvelles d’Agreda] qui sont vrayment loüables en son paÿs, mais ridicules au nostre [...] de peur qu’un excez d’affeterihe ne fut aussi dommageable à cette œuvre, que le trop de fard est nuisible à une naisve beauté. [14]
Comment cette esthétique de la brièveté est-elle mise en pratique ? Baudoin commence par supprimer les très nombreuses digressions présentes dans le recueil d’Agreda. Cette tendance à mêler au récit des discours en quelque sorte « hors sujet » était déjà considérée par les traducteurs de Cervantès comme un défaut typiquement espagnol. Baudoin vient presque entièrement à bout des digressions de l’original.
L’idéal de brièveté repose par ailleurs sur la volonté d’exprimer une idée d’une seule et unique façon. Ainsi, toutes les expressions renvoyant d’une manière ou d’une autre aux figures de la redondance sont méticuleusement ramenées à l’unité.
L’élimination du style hyperbolique est tout aussi importante. Nous trouvons, par exemple, chez Baudoin, le souci d’écourter les multiples politesses que les personnages de la nouvelle intitulée Le frère indiscret se font les uns aux autres. Tout ce qui touche à l’éloge des rois et des villes espagnols, incarnations de la grandeur monarchique, est également atténué par sa traduction.
Enfin, l’évocation des sentiments des personnages est souvent ramenée par Baudoin, de l’excès et de la fureur, à une plus grande modération expressive. Un exemple : la novela d’Agreda intitulée Edouard, roy d’Angleterre, décrit la folle passion du roi d’Angleterre pour la comtesse d’Écosse qui refuse de se livrer à lui hors des liens du mariage. L’ensemble du récit est fondé sur le caractère de plus en plus pressant des instances du roi qui va jusqu’à utiliser la force mais qui, étonné enfin par la vertu de la comtesse, demande à celle-ci de l’épouser. Après la tentative de viol, la demande en mariage constitue, par l’incertitude qu’elle engendre, l’un des moments les plus intenses du récit. Voici comment cette demande, longuement développée dans l’original espagnol, est exprimée dans la traduction française :
Agreda : « [...] y haciendo mayores extremos que le habian costado sus desdenes, esperaba la deseada respuesta midiendo el tiempo en minutos y haciendosele cada uno siglos de dilación » [15].
Baudoin : « Le roy attendait de ses nouvelles avec toute l’impatience qu’on sçaurait dire » [16].
La traduction montre qu’il s’agit là d’un moment exceptionnel mais elle l’exprime en sourdine, dans une sorte d’idéal minimaliste.
Les deux principes de réécriture dégagés ci-dessus, clarté et brièveté, font donc de la traduction de Baudoin un cas exemplaire de « belle infidèle ». Le traducteur ne parvient pourtant pas, malgré ses déclarations liminaires, à modifier l’habit tout en gardant le corps original intact. Ses modifications stylistiques s’accompagnent en effet de profondes transformations du « fond » qui engagent une réinterprétation du genre auquel appartient le texte d’Agreda.
 
TRADUCTION ET GENRES ROMANESQUES
 
 
La traduction de Baudoin est tout à fait intéressante dans la perspective d’une réflexion sur le genre romanesque. En effet, alors que le recueil d’Agreda appartient clairement au genre traditionnel de la nouvelle à l’italienne, tout dans la version de Baudoin tend à rapprocher le texte espagnol du modèle romanesque en vigueur en France dans les premières décennies du XVIIe siècle, à savoir le roman héroïque. On sait par ailleurs que Baudoin publie quelques années plus tard un long roman imité du roman grec, l’Histoire nègrepontique (1631) et une traduction des Amours de Clytophon et de Leucippé d’Achilles Tatius (1635). Mais comment parvient-il à dévoyer le genre espagnol ?
Les Novelas morales d’Agreda y Vargas
Les Novelas morales d’Agreda relèvent d’une conception de la nouvelle tout à fait proche de celle des Italiens du XVIe siècle [17]. Le propre des nouvelles, qu’elles soient comiques, sérieuses ou tragiques, consiste à mettre en scène un petit nombre de personnages dans un conflit bien défini et dont l’intérêt se concentre en un seul foyer narratif. Certaines des nouvelles d’Agreda appartiennent au registre comique mais la plupart épousent la veine tragique mise en vogue par les Nouvelles de Matteo Bandello en 1554.
La caractéristique principale de l’histoire tragique consiste dans la finalité didactique et morale d’un texte de fiction qui se présente toujours comme une « relation véritable ». L’action de ces récits ou anecdotes est composée de deux éléments principaux : une transgression de la loi par une passion condamnable (dans les nouvelles d’Agreda c’est la loi de l’honneur qui se trouve le plus souvent bafouée) et le châtiment exemplaire qui s’ensuit. Ce châtiment est d’autant plus efficace qu’il émeut le lecteur par la mise en scène d’une cruauté sans égal. Se rattache, comme on sait, à cette veine, l’immense production de nouvelles tragiques de J.-P. Camus, évêque de Belley, qui entreprend, sur l’exhortation de saint François de Sales, de supplanter une production romanesque jugée fabuleuse et nocive par des « relations chrétiennes » véritables et utiles.
Il n’est, bien sûr, pas étonnant de voir apparaître une forme de réflexion morale au centre des Nouvelles de Baudoin : le reste de son œuvre témoigne largement de cette tendance. Notre traducteur a par ailleurs certainement voulu tirer parti, dans ses Nouvelles Morales, du goût du public des années 1620 pour l’histoire tragique.
Cette apparente adhésion de Baudoin à l’esthétique de l’histoire tragique est toutefois remise en cause par les modifications du texte original auxquelles le traducteur procède dans sa version. Ces modifications sont de plusieurs ordres.
Atténuation du « tragique » de l’original espagnol.
Trois parmi les nouvelles d’Agreda, Aurelio et Alexandra, Le salaire de la trahison et Frédéric et Ardenie, comportent des dénouements « tragiques » traditionnels.
Celui de la dernière nouvelle (Frédéric et Ardénie) met en scène le topos bien connu du « cœur mangé » : Vincislas, roi de Hongrie, veut marier sa fille Ardénie à Astolphe, roi de Bohême, alors que la jeune fille aime Frédéric, jeune homme noble et courageux mais sans fortune qu’elle épouse clandestinement. Les jeunes époux quittent la cour de Vincislas en secret et se réfugient à Prague où ils ont deux enfants. Huit ans après leur départ, Vincislas, simulant le pardon, les rappelle auprès de lui. Il fait alors assassiner les serviteurs qui avaient aidé le couple à s’évader, tue les deux enfants de ses mains et suce le sang de leurs veines ; il poignarde Frédéric, se lave la bouche de son sang et invite enfin Ardénie à manger le cœur de son époux défunt. Folle de douleur celle-ci tue son père puis se suicide.
Baudoin modifie quant à lui sensiblement le dénouement tragique de la nouvelle d’Agreda. Il réduit l’aspect « charnel » des descriptions originales en omettant les détails sanguinaires du sang sucé. Le massacre des enfants est même complètement éliminé [18]. On commence à voir percer dans sa traduction la volonté, de plus en plus ferme dans les traductions postérieures de la nouvelle espagnole, d’atténuation du tragique sanglant. Aussi, ce refus de l’esthétique tragique dans ce qu’elle a de plus « charnel » semble révéler une conception de la représentation commandée non pas tant par un projet d’exhortation morale que par le souci de respecter les bienséances. Ce processus nous apparaît d’autant plus clair que Baudoin s’attache à respecter le principe poétique du décorum.
Respect du décorum.
Contrairement à la plus grande partie des nouvelles italiennes, la nouvelle espagnole représente des personnages d’origine noble, caballeros et hidalgos. Ces derniers ne sont pourtant pas investis des qualités morales propres à la noblesse : les nouvelles d’Agreda s’attachent en effet à montrer à quel point noblesse et richesse peuvent être éloignées de la vertu. Les nobles personnages de la novela espagnole sont bien loin de se comporter comme ceux des romans héroïques. Or, cette distorsion semble avoir été perçue par Baudoin comme une contradiction : l’imperfection des personnages nobles, ingrédient « réaliste » de la novela, est donc effacée dans sa traduction qui préfère demeurer dans le registre idéaliste instauré par la perfection morale du personnage.
Dans la nouvelle intitulée Le salaire de la trahison Agreda met en scène un personnage bas, le métisse Garrido, qui profite de l’argent dérobé par sa maîtresse pour essayer de séduire une dame noble ; celle-ci se laisse facilement persuader par les présents qu’on lui offre. Les traits principaux de la scène originale sont observés par Baudoin. Celui-ci élimine toutefois l’idée, longuement développée par Agreda, que la jeune aristocrate puisse être intéressée : la jeune femme accepte de se lier à Garrido sans que le récit nous dise pourquoi. Baudoin préfère donc l’absence de motivation à une explication entraînant la dégradation d’un membre de la noblesse.
Ce galand faisoit retentir partout sa noblesse imaginaire et pour se mettre davantage en crédit employait son argent en festins, en danses et en comédies. La beauté qu’il se proposait de servir, escoutoit ses vaines cajoleries, avec plus de patience que de passion [...]. [19]
La réflexion morale dans les Nouvelles Morales de Baudoin apparaît ainsi sous la dépendance du principe poétique du decorum. La réduction du texte original dans l’exemple cité ci-dessus nous montre comment l’exigence de brièveté est employée par le traducteur non pas à des fins purement stylistiques mais aussi au service d’une esthétique qui tente de remettre chacun des caractères à la place qui correspond à son rang au détriment de la confusion sociale, thème tout à fait central dans le recueil espagnol. Baudoin élimine également de manière presque systématique les motifs renvoyant à la contamination de la sphère aristocratique par l’argent [20].
Les personnages nobles des nouvelles d’Agreda ont donc tendance à être maintenus par Baudoin dans une élévation morale digne de leur naissance : le respect du decorum l’emporte ici sur un quelconque « réalisme moral ».
Mise à l’écart du contexte contemporain.
L’histoire tragique se propose, nous l’avons mentionné plus haut, de présenter la fiction comme un fait authentique et vérifiable. De fait, un certain nombre des sujets utilisés par des auteurs tels François de Rosset, Jean-Pierre Camus ou Agreda appartiennent à la chronique judiciaire de leur temps.
Contrairement à cet usage, Baudoin s’applique à effacer, dans sa traduction, tout ce qui renvoie dans l’original au contexte contemporain. Aussi la suppression des innombrables traits connotant l’univers proche du lecteur a-t-elle pour effet d’établir, dans la version française, une distance entre l’intrigue fictive et le cadre historique référentiel.
La nouvelle intitulée La récompense de la vertu et le chastiment du vice, située par Agreda « en nuestros días » [21] est placée par Baudoin dans un vague « Naguère » [22]. Disparaissent également de la traduction française quelques longs développements concernant l’espace où se situe l’action : il en est ainsi du passage qui dans Le vieillard amoureux est consacré à la ville de Madrid et à son gouvernement [23].
Les digressions dans les novelas d’Agreda y Vargas sont toutefois beaucoup moins consacrées aux realia [24] qu’à divers sujets d’actualité : le narrateur espagnol profite en effet bien souvent de ses intrigues pour introduire dans le récit de longs discours portant sur la dégradation des mœurs de la jeunesse et de la société « d’aujourd’hui » [25].
Parfois, les digressions d’Agreda prennent un tour plus nettement politique. Un certain nombre de discours insérés dans ses nouvelles prennent pour cible les ministres de la justice et la corruption dont ils font preuve [26]. Ailleurs sont décriés les favoris et les flatteurs [27] des Grands de même que les cabales et les luttes d’influence qui dominent la Cour [28]. Ce type de référence politique apparaît par exemple dans Edouard roi d’Angleterre lorsque le roi, trop absorbé par sa passion amoureuse, laisse les affaires de l’État aux mains de ses ministres : Agreda défend longuement dans cette nouvelle une conception de la monarchie absolue d’inspiration divine qui seule peut faire rempart contre les abus auxquels s’adonnent les favoris. Or, cette réflexion politique est entièrement supprimée par la traduction de Baudoin qui semblerait plutôt régie par une véritable volonté « d’éloignement », au sens accordé par Thomas Pavel à ce terme dans son essai sur l’imagination classique [29]. Ce faisant, la traduction de Baudoin refuse une convention générique propre à la nouvelle pour adopter la « distanciation » spatio-temporelle caractéristique de l’esthétique romanesque.
Atténuation du didactisme moral présent dans les digressions du narrateur espagnol.
L’une des principales caractéristiques de la traduction de Baudoin consiste, comme nous l’avons vu, dans la suppression systématique des infinies digressions qui apparaissent dans le recueil d’Agreda y Vargas.
Ces digressions, sortes de commentaires plus ou moins longs sur des sujets variés, expriment le plus souvent un jugement moral du narrateur espagnol sur ses personnages et sur leurs actions. Leur caractère général et abstrait fait du personnage une sorte d’incarnation d’une idée ou, plus souvent encore, d’une qualité ou d’un vice. Les digressions d’Agreda y Vargas fonctionnent également sur le mode de l’exemplum greffé à une sentence morale : c’est par exemple le cas dans El hermano indiscreto où, à propos de l’idée que le noble doit être généreux, le narrateur se lance dans le récit d’une courte anecdote sans rapport direct avec l’intrigue principale [30].
En portant ainsi un jugement d’ordre général sur une catégorie d’individus ou en rapportant un récit exemplaire chargé de préciser certains traits, le narrateur espagnol détermine de manière forte et rigide les caractères de ses personnages ; en effet, ceux-ci ne peuvent plus être interprétés qu’à partir du « type » ou de la « maxime » qui en commande les faits et gestes.
Lorsqu’il dépouille son texte de toutes les digressions qui nourrissent l’original, Jean Baudoin certes abrège son récit, mais il refuse en même temps d’imposer aux actions des personnages fictifs le poids d’un appareil de justification qui les fige dans un code de conduite déterminé par avance.
Dans sa Rhétorique Françoise, Jean-Baptiste Crevier aborde un problème comparable à celui que soulève la question des digressions morales lorsqu’il analyse la question du style qu’il convient à l’orateur d’employer lorsqu’il se donne pour objectif d’émouvoir les passions :
Le stile sententieux a beaucoup d’affinité avec le style pompeux et relevé : et l’inconvénient en est le même par rapport à l’expression du sentiment. [...] En toute circonstance l’état où se trouve celuy qui parle, donne la loi et le ton au style. [31]
L’idée exposée par Crevier que le style sentencieux et abstrait s’oppose à l’expression du sentiment, seule capable d’émouvoir, peut être rapprochée d’une question centrale en ce qui concerne le roman, à savoir celle de la prééminence du plaisir sur l’utilité. Or, il nous semble que le style sentencieux des digressions du narrateur espagnol a été perçu par Baudoin comme le vecteur d’une finalité morale contraire au plaisir du lecteur. Sa traduction s’attache de ce fait bien plus étroitement aux actions et aux paroles des personnages qu’aux digressions du narrateur. La traduction de Baudoin privilégie en effet systématiquement les discours des personnages au détriment de la voix narrative.
Il ne s’agit donc pas uniquement pour Baudoin d’exprimer ce qu’il veut dire en peu de mots mais de la manière qui convient le plus au sujet dont il parle. Or, lorsque, comme dans ces nouvelles, les sujets relèvent de l’expression des passions, le style sentencieux lié à l’usage des digressions morales, doit être éliminé.
L’Histoire nègrepontique et la nouvelle espagnole
Nous terminerons enfin ces analyses par une réflexion qui dépasse quelque peu le propos initial mais qui concerne la poétique romanesque de Jean Baudoin. Car si le genre de la « nouvelle » se trouve chez Baudoin clairement contaminé par des traits proprement romanesques, il est peut-être possible de déceler dans la production romanesque du même auteur, un écho de la lecture des nouvelles espagnoles.
Certes l’Histoire nègrepontique [32] affiche le modèle du roman grec. L’auteur déclare pourtant dans son « avertissement » qu’il s’agit là d’une
[...] histoire véritable qu’Octavo Finelli, gentil-homme de Spolette, asseure avoir eüe d’un Caloyer Grec, comme il voyageait en la coste d’Ephese. [33]
Vraie ou fausse, cette indication semble confronter deux univers opposés : celui, fictif, du roman grec et celui de l’ « Histoire véritable » dont relève traditionnellement le genre de la nouvelle. Cette confrontation a pour résultat un certain nombre de manquements à la poétique traditionnelle du roman grec que Baudoin énumère ainsi :
Que si cette œuvre estoit purement de l’invention humaine, on y auroit observé plus religieusement les preceptes des vrays Romans et se seroit-on bien empesché d’y introduire une Olympe pour épouse d’Euryale avant que de l’estre d’Alexandre, le vray Heros de ceste Histoire, comme pareillement de les feindre simples Princes Grecs au lieu de les honorer du rang et du tiltre de Souverains ; et de ne donner injustement pour bornes à leur fortune que les Montagnes d’Albanie, puis que leur vertu estoit assez haute, pour leur faire mériter la possession de toute la terre. [34]
Si tous les ingrédients propres au roman grec sont utilisés dans ce texte (début in medias res, récits rétrospectifs, naufrages, reconnaissances, combats), certains apparaissent sous un mode que l’on pourrait qualifier de « mineur » : en effet, les héros sont Princes au lieu d’être Rois et se déplacent dans un espace resserré.
Mais un motif surtout semble incompatible avec la poétique du roman grec : il s’agit du mariage d’Olympe qui n’est plus chez Baudoin, comme c’était le cas chez Héliodore, le symbole d’un heureux dénouement. Dès les premières pages du roman, Olympe, l’héroïne, trompée par une ruse d’Euryale, épouse ce dernier au lieu de rentrer dans un couvent pour pleurer Alexandre qu’elle croit mort (livre II). Or, Alexandre vit encore. La longue suite du roman (livres III, IV et V) retrace les aventures d’Olympe et Alexandre dans un récit rétrospectif fait par ce dernier qu’Olympe entend par hasard. Les amants se retrouvent et continuent à s’aimer (livre V) mais ils sont définitivement éloignés l’un de l’autre dès les premières pages du roman à cause du mariage de l’héroïne.
Or ce motif du mariage malheureux est un des principaux obstacles à l’amour mis en scène par la nouvelle espagnole en général et plus particulièrement par le recueil d’Agreda. Dans La Récompense de la vertu et le chastiment du vice la jeune doña Ana est mariée par son père à un marchand alors qu’elle aurait dû épouser le noble don Martin. Quelques autres nouvelles, L’Occasion infortunée, Aurélio et Alexandra ou encore Frédéric et Ardénie, mettent en scène des mariages clandestins dans le but d’éviter la contrainte parentale. Quelques années plus tard, certains lecteurs avisés tels Sorel, l’abbé Jacquin ou le P. Bougeant, constatent que les nouvelles, dont la vogue a commencé dans les années 1660, commencent par là où le roman héroïque se termine, à savoir par un mariage [35]. Dans la nouvelle cervantine du Curieux impertinent, insérée dans Don Quichotte, comme dans les Nouvelles Morales d’Agreda, l’Eugénie de Segrais ou bien entendu dans La Princesse de Clèves, l’intrigue romanesque commence en effet par un mariage problématique à partir duquel s’enchaîne la suite des aventures. Peut-on lire déjà, dans l’Histoire nègrepontique, un écho lointain de l’esthétique de la nouvelle telle qu’elle était pratiquée par les Espagnols ?
La suppression par Baudoin de certains traits poétiques caractéristiques de l’histoire tragique (scènes sanglantes, référence à l’actualité, critique sociale et didactisme moral explicite), rapprochent son œuvre de l’esthétique romanesque plus noble et plus élevée. Cette tendance, que nous avons remarquée chez la plupart des traducteurs français de ces mêmes années [36], peut être liée à une conception « classique » avant la lettre de la fiction [37]. Baudoin, comme d’autres traducteurs, explore ce faisant, des voies nouvelles dans le domaine de la fiction en prose. Le mélange de la formule brève de la nouvelle avec l’éloignement spatio-temporel et la bienséance propres au roman nous apparaît comme une forme d’hybridation poétique tout à fait inédite.
 
NOTES
 
[1] Le commentaire royal ou l’histoire des Yncas du Pérou est traduit en 1633 par J. Baudoin tandis que l’Histoire des Guerres civiles des Espagnols dans les Indes paraît en 1650.
[2] J. Baudoin illustre le courant ultramontain de la piété française : il traduit Pedro de Oña, Ribadeneyra et Cristobal Avendaño.
[3] Voir J. Baudoin, Les nouvelles morales, en suitte de celles de Cervantes, tirées de l’espagnol de don Diego de Agreda y Varga et mises en nostre langue, à Paris, chez Du Bray, 1621.
[4] Voir D. de Agreda y Vargas, Novelas morales útiles por sus documentos, compuestas por don Diego Agreda y Vargas, en Valencia, acosta de Felipe Pincinali mercader de libros, 1620.
[5] Voir A. Cioranescu, Le Masque et le Visage. Du baroque espagnol au classicisme français, Genève, Droz, 1983.
[6] Voir L’Ingénieux Don Quixote de la Manche composé par Michel de Cervantès, traduit fidellement d’espagnol en françois, et dédié au Roy par César Oudin, secrétaire interprète de sa Majesté, ès langues germanique, italienne et espagnole, et secrétaire ordinaire de Monseigneur le Prince de Condé, à Paris, 1614. Cette traduction est rééditée en 1616, 1620, 1625, 1632, 1639, 1646 et 1665 (voir à ce sujet M. Bardon, Don Quichotte en France aux XVIe et XVIIIe siècles (1605-1815), Genève, Slatkine Reprints, 1974, p. 27 [1re éd., 1931]).
[7] Voir F. de Rosset et V. d’Audiguier, Les Nouvelles de Miguel de Cervantes Saavedra où sont contenues plusieurs rares adventures et mémorables exemples d’amour, de fidélité, de force de sang, de jalousie, de mauvaise habitude, de charpies et d’autres accidens non moins étranges que véritables, à Paris, chez Jean Richer, 1615.
[8] Voir E. Bury, « Jean Baudoin, traducteur de l’espagnol », L’Âge d’or de l’influence espagnole. La France et l’Espagne à l’époque d’Anne d’Autriche. 1615-1666, Actes du XXe Colloque du CMR 17, Mont-de.Marsan, Éditions InterUniversitaires, 1991.
[9] Voir J. Baudoin, Nouvelles Morales, Au lecteur, non paginé.
[10] Ibid., fol. 313 ro.
[11] Voir D. de Agreda y Vargas, op. cit., p. 273-274.
[12] Voir J. Baudoin, op. cit., fol. 216 ro.
[13] Voir par exemple B. Lamy, L’art de parler, avec un discours dans lequel on donne une idée de l’art de persuader, à Paris, chez André Pralard, 1676 : « Elle [la narration] est courte lorsqu’on dit tout ce qu’il faut et que l’on ne dit que ce qu’il faut. On ne doit pas juger de la brièveté d’une Narration par le nombre des paroles, mais par l’exactitude, à ne rien dire que ce qui est nécessaire » (p. 283).
[14] Voir J. Baudoin, op. cit., Au lecteur, non paginé.
[15] Voir D. de Agreda y Vargas, op. cit., p. 182.
[16] Voir J. Baudoin, op. cit., fol. 156 ro.
[17] Sur l’influence de l’œuvre de Bandello sur Agreda voir Carolina B. Bourland, The Short Story in Spain in the Seventeenth Century, Northampton, Massachusetts, 1927.
[18] Voir D. de Agreda y Vargas, op. cit., p. 499.
[19] Voir D. de Agreda y Vargas, op. cit., p. 391, et J. Baudoin, op. cit., fol. 289 ro.
[20] El premio de la virtud y castigo del vicio présente en effet un personnage de basse extraction, fils de cardeur devenu marchand et enrichi grâce au jeu, qui pour dorer son blason a épousé une jeune et noble dame appelée doña Ana ; celle-ci est littéralement « vendue » par ses parents au mari parvenu moyennant une faible dote. Voici le passage supprimé par la traduction : « [estaba] casado con una noble señora, cuyo nombre era doña Ana, a quien sus padres por poderla dar poco dote, acomodándose al tiempo, se la avian dado par muger, porque el lahiziesse, como la hizo, hija heredera de sus bienes, que tanto puede oy la codicia. Que ay quien guste mas de ver sus nietos villanos que necessitados » (El premio de la virtud y castigo del vicio, p. 52).Qu’un homme de basse condition épouse une dame noble, voilà qui constitue une grave entorse à l’image désintéressée de la noblesse que les traductions tentent de forger. Dans la traduction, le parvenu demeure jusqu’à la fin un homme sans morale, ce qui renforce l’idéologie nobiliaire traditionnelle. En revanche, qu’un véritable noble puisse sacrifier l’honneur de son lignage à l’intérêt est proprement inacceptable.
[21] Voir D. de Agreda y Vargas, op. cit., p. 46.
[22] Voir J. Baudoin, op. cit., fol. 52 ro.
[23] Voir D. de Agreda y Vargas, op. cit., p. 565-569. Voir aussi la suppression par Baudoin des éloges de la ville de Grenade dans l’incipit de El hermano indiscreto (D. de Agreda y Vargas, op. cit., p. 89) et de Séville dans El premio de la virtud (D. de Agreda y Vargas, op. cit., p. 50).
[24] L’éloge du señor Rodriguez Vazquez de Arce, personnage historique, dans El hermano indiscreto (D. de Agrreda y Vargas, op. cit., p. 126) est supprimé par Baudoin.
[25] Ces hors-d’œuvre d’actualité reposent sur des lieux communs de l’époque parmi lesquels l’évocation de l’ignorance et de l’imposture des médecins qui tuent plus qu’ils ne guérissent ceux qui, pour leur malheur, sont placés sous leurs soins (voir D. de Agreda y Vargas, El daño de nos celos, op. cit., p. 240-241 et 248). La comedia est également condamnée pour son immoralité et par les méfaits que ses inventions peuvent provoquer dans le peuple (voir D. de Agreda y Vargas, La ocasión desdichada, op. cit., p. 282-284). Aussi, les déportements d’une jeunesse oisive, joueuse et encline à l’ivrognerie sont-ils stigmatisés par le narrateur espagnol (voir D. de Agreda y Vargas, El premio de la virtud, op. cit., p. 55-57 ; El hermano indiscreto, op. cit., p. 91). Ses interventions concernant les problèmes sociaux de l’Espagne contemporaine évoquent enfin avec une insistance particulière l’apparition d’un groupe de parvenus qui tentent, grâce à la puissance que leur confère l’argent, de s’élever au rang de la noblesse (voir D. de Agreda y Vargas, El premio de la virtud, op. cit., p. 58-60 ; El premio de la traición, op. cit., p. 368 ; Carlos y Laura, op. cit., p. 529).
[26] Voir D. de Agreda y Vargas, El premio de la virtud, op. cit., p. 47 ; El hermano indiscreto, op. cit., p. 126-127 ; La ocasión desdichada, op. cit., p. 274-279.
[27] Voir D. de Agreda y Vargas, Eduardo, rey de Inglaterra, op. cit., p. 166 et 177-178.
[28] Voir D. de Agreda y Vargas, La resistencia premiada, op. cit., p. 238-239.
[29] Voir T. Pavel, L’Art de l’éloignement. Essai sur l’imagination classique, Paris, Gallimard, 1996.
[30] Voir D. de Agreda y Vargas, op. cit., p. 138 : « A este propósito, habia un caballero [...] ». L’anecdote qui suit, et qui n’est pas traduite par J. Baudoin, montre que celui qui est avare finit un jour par payer pour son vice.
[31] Voir J.-B. Crevier, Rhétorique Françoise, à Paris, chez Saillant et Desaint, 1767, p. 260-261 et p. 266.
[32] Voir J. Baudoin, Histoire nègrepontique contenant la vie et les amours d’Alexandre Castriot, arrière-neveu de Scanderberg et d’Olimpe, la belle Grecque, de la Maison des Paleologues, tirée des Manuscrits d’Octavio Finelli, de la Duché de Spolette, et recueillie par luy mesme des Mémoires d’un Caloyer Grec, en la coste d’Ephèse, à Paris, chez Toussainct du Bray, 1631.
[33] lbid., « Avertissement », non paginé.
[34] Ibid.
[35] Voir Ch. Sorel, De la Connaissance des bons livres. Ou Examen de plusieurs Autheurs, Genève, Slatkine Reprints, 1979, p. 167-168 (1re éd., 1671) ; G. H. Bougeant, Voyage merveilleux du Prince Fan-Férédin dans la romancie, contenant plusieurs observations historiques, géographiques, physiques, critiques et morales, Saint-Étienne, Publications Universitaires de Saint-Étienne, 1992, chap. 10, p. 85-89 (1re éd., 1735) ; abbé Jacquin, Entretiens sur les romans, Ouvrage moral et critique dans lequel on traite de l’origine des Romans et de leurs différentes espèces tant par rapport à l’esprit que par rapport au cœur, à Paris, chez Duchesne, 1755, p. 225, p. 333-334, p. 337.
[36] Voir notre thèse La Nouvelle espagnole du Siècle d’Or en France au XVIIe siècle (1610-1715). Contribution à une poétique du genre romanesque français au XVIIe siècle, Paris III, 1999.
[37] Cet exemple montre une fois de plus que les caractéristiques propres au baroque et au classicisme se recoupent et s’entremêlent plus qu’elles ne se succèdent.
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Voir E. Bury, « Jean Baudoin, traducteur de l’espagnol », ...
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[9]
Voir J. Baudoin, Nouvelles Morales, Au lecteur, non paginé...
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[10]
Ibid., fol. 313 ro. Suite de la note...
[11]
Voir D. de Agreda y Vargas, op. cit., p. 273-274. Suite de la note...
[12]
Voir J. Baudoin, op. cit., fol. 216 ro. Suite de la note...
[13]
Voir par exemple B. Lamy, L’art de parler, avec un discour...
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[14]
Voir J. Baudoin, op. cit., Au lecteur, non paginé. Suite de la note...
[15]
Voir D. de Agreda y Vargas, op. cit., p. 182. Suite de la note...
[16]
Voir J. Baudoin, op. cit., fol. 156 ro. Suite de la note...
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Sur l’influence de l’œuvre de Bandello sur ...
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Voir D. de Agreda y Vargas, op. cit., p. 499. Suite de la note...
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