2002
XVIIe siècle
Dossier
« Melon pervers ».
Attraits et périls de la bonne chère au siècle de Vatel
[1]
Frédéric Charbonneau
Université McGill.
À l’honneur d’ouvrir cette Journée d’étude, nous sommes tenté de nous dérober en laissant la parole à plus grand que nous ; et malgré le thème – disons mieux : le menu – de cette aimable rencontre, celui que nous convoquerons d’abord sera, ne vous déplaise, non un gourmand illustre ni un poète crotté amateur de buvette, mais un saint : au chapitre septième de l’Introduction à la vie dévote, François de Sales présente à Philothée une image du péché, l’exemple d’un objet à la fois de désir, de crainte et d’interdit, et duquel l’homme charnel parvient mal à se détacher. Cet objet, c’est le melon :
Il est beaucoup de pénitents qui sortent de l’état du péché, & qui n’en quittent pas pour cela l’affection ; je m’explique : ils se proposent de ne plus pécher ; mais c’est avec une certaine répugnance à se priver des plaisirs du péché. Leur cœur y renonce & s’en éloigne ; mais il leur échappe toujours de certains retours, qui les portent de ce côté-là ; à-peu-près comme il arriva à la femme de Loth, qui tourna la tête vers Sodome. Ils s’abstiennent du péché comme des malades font des melons ; vous le savez, ils n’en mangent pas, parce qu’ils craignent la mort dont le Médecin les menace ; mais ils s’inquiètent de cette abstinence, ils en parlent avec chagrin, & doutent de ce qu’ils ont à faire, du moins ils veulent en sentir souvent l’odeur ; & ils estiment heureux ceux qui en peuvent manger. [2]
L’appétit pour le péché, ce mouvement involontaire mais impérieux comme une résurgence, c’est bien sûr la concupiscence première, originelle, la cause même de la Chute. Dans le jardin d’Éden, nos parents primitifs virent d’abord que l’arbre défendu « était bon à manger », puis « qu’il était agréable aux yeux », enfin qu’il était « désirable pour acquérir l’intelligence » (Gen. 3,6). Ainsi, le Mal en eux est entré doublement par la bouche, parce qu’ils ont mangé, certes, mais aussi parce qu’ils ont éprouvé avant toute autre chose l’attrait du goût. Quant au fruit dont ils ont fait leurs si coûteuses délices, on sait que la tradition y a vu une pomme. En grec, la pomme se disait mRlon, d’où nous est venu « melon » ; en effet, selon l’étymologie, le melon serait une pomme mûrie par le soleil, mmmmhlop@ pwn. Le vieux français, d’ailleurs, avait conservé séparément ces deux termes pour en nommer deux variétés : le melon à chair rouge et le « popon » (en latin pepo) à pulpe blanche, qui croît durant l’hiver. Bref, il n’est peut-être pas fortuit que l’évêque de Genève ait choisi ce fruit-là pour argument, que hante l’ombre d’un autre, paradigmatique et fatal.
Fatal cependant, le melon l’est aussi. Si le mot grec m
mmmhlop@ pwnprécise qu’il est mûr, c’est parce qu’il le doit être absolument. En effet, le melon, d’après l’ancienne médecine, est l’un des aliments les plus humides et les plus froids
[3], et présente de ce fait plusieurs dangers : d’abord, il est indigeste, parce que putrescible, même une fois consommé. Or, de l’Antiquité jusqu’au début du XVIII
e siècle, la digestion a été conçue comme une coction, une cuisson causée par la chaleur de l’estomac
[4]. Ce modèle sera progressivement remplacé par celui de la trituration, puis par celui de la dissolution ; mais on peut encore observer des survivances du premier dans l’article « Digestion » du
Dictionnaire de Trévoux en 1752. On disait également du soleil qu’il digérait les fruits par sa chaleur, facilitant par là le travail des viscères
[5] : ainsi, une pêche ou un muscat n’était pas cru, mais cuit s’il était mûr, prédigéré en quelque sorte. Florence Dupont rappelle à cet égard que les Romains partageaient les aliments en
fruges et en
pecudes, respectivement durs et mous, cuits et pourris : les
fruges, « cuits avant même d’être récoltés, [...] sont peu – ou pas – menacés de corruption » ; les viandes, au contraire, « se répartissent sur un axe allant du plus cru au plus pourri [...]. L’huître, molle, humide et froide est déjà si corrompue que bien des hommes l’absorbent brûlante (rôtie) et poivrée, quitte à s’abîmer gravement le foie et l’estomac »
[6]. On pourrait dire que les melons sont les huîtres du règne végétal. Le médecin Jean Liébault interdisait de les manger « sans correctifs : car de leur nature, ils se corrompent incontinent en l’estomach, et de cette corruption se peut causer – selon l’advis de Galien – un suc vénéneux »
[7]. Il faut, poursuivait-il, en manger à l’entrée du repas et le laisser digérer un peu avant de consommer toute autre chose ; là-dessus, surtout, ne pas boire d’eau ; se promener plutôt pour le faire bien descendre à l’estomac ; enfin, le déguster assaisonné de viandes salées ou sucrées, de fromage sec, de vin, qui sont des nourritures échauffantes. Au début du XVIII
e siècle, Louis Lémery, médecin chimiste de l’Académie des sciences, reprend en le modernisant
grosso modo le même discours :
Le Melon [...] convient dans les temps chauds, aux jeunes gens qui ont un bon estomach, & qui sont d’un temperament chaud & bilieux : Mais il est pernicieux aux vieillards, aux phlegmatiques, & aux melancoliques. [...] Pour ce qui est des douleurs & autres incommoditez que le Melon cause dans le bas ventre, elles viennent d’un suc visqueux & acide qu’il contient, & qui fait d’autant plus d’impression que par sa viscosité il demeure fortement attaché sur les parties [...]. C’est encore cette humidité grossière qui rend le Melon de difficile digestion ; c’est pourquoy il faut boire du vin en mangeant de ce fruit. [8]
D’autres sont plus catégoriques, tels Cardan qui voulait qu’on l’ « extermin[ât] » entièrement ; car non content de présenter des risques d’empoisonnement, le melon pouvait étouffer la « chaleur naturelle » par son froid, rendu responsable de bien des morts subites. L’auteur anonyme de
L’art de bien traiter, fameux ouvrage de cuisine de 1674, en dressait une liste pour l’édification de ses lecteurs : le pape Paul deuxième ; Anthoine Goneau, humaniste ; Albert d’Autriche, empereur d’Allemagne, ainsi que deux autres empereurs, Frédéric III et Henri VII, avaient succombé à ce dangereux fruit
[9]. Voilà pourquoi, soucieuse de santé publique et prenant acte de l’opinion défavorable de la Faculté, la police parisienne interdisait fréquemment la vente des melons, surtout l’automne
[10].
Et pourtant : malgré cette inquiétante aura – ou peut-être à cause d’elle, par un de ces secrets mouvements qui font désirer l’interdit ou se lancer dans le péril –, les amateurs de melon sont nombreux et passionnés, bien résolus à ne pas se laisser arrêter par cette hérissure de mises en garde et de préceptes. Ce fruit, semble-t-il, était « l’objet des empressemens universels », et l’on employait « pour l’élever & le rendre parfait des soins & des veilles que l’on refuseroit mesme aux creatures les plus raisonnables » ;
Il n’est pas si-tost venu, & à peine a-t-il sa forme naturelle qu’on en veut manger [...] ; on en avance la maturité à force d’inventions nouvelles, & pour le cuire à fonds malgré l’ordre des saisons & de la nature, on le couvre de feux artificiels, on l’envelope d’un corps diafane que le soleil anime par sa presence, & qu’il conserve par le reflechissement de ses rayons & de ses ardeurs continuelles. [11]
Ces amoureuses précautions, l’ingéniosité qu’ainsi l’on déploie pour lui viennent de ce qu’il est fragile et qu’il y en a peu qui de cent qu’on élève soient véritablement savoureux – un ou deux tout au plus, prétendent les délicats. On les compare pour leur rareté aux vrais amis (César Pellenc), aux bonnes devises (le P. Bouhours)
[12]. Aussi l’ « élève » du melon est-elle un art, « le summum de l’art », notera plus tard ironiquement Flaubert en relatant le désastre de Pécuchet, qui pourtant avait bien dressé les couches, repiqué les beaux plants, mis les cloches ; fait les tailles et respecté les fleurs, choisi un fruit par branche et supprimé les autres ; bassiné, aéré, recouvert ; en vain
[13]. Exquis mais capricieux.
Que faire face à tant de difficultés ? D’un côté, les proscriptions de la diététique, de l’autre, les appas du fruit tentateur ; et si de cent melons douteux, fauteurs de fièvres ou pis encore, il n’en restait qu’un sain, suave et parfumé, cela ne suffirait-il pas à racheter l’espèce ? L’ « usage des plaisirs »
[14], on le sait, requiert du jugement, de la modération et même de la méthode : évitons de manger avec excès ou à contretemps, quoi que la gourmandise et la vanité nous suggèrent. Jean Liébault et François de Sales, main dans la main, feront chorus : on ne sauvera le melon qu’au seul prix de la tempérance.
L’ennui est qu’on se moque du régime comme de l’autorité d’Hippocrate et qu’on oublie le prêche aussitôt que l’on est à table. Paris et la province sont pleins de libertins. En ce siècle qui voit s’effriter le prestige des Anciens en matière de science et assiste en revanche au progrès d’une raison impie, la « gastrolâtrie » (La Mothe Le Vayer) a trouvé un terrain propice. Jean-Louis Flandrin a montré que l’ancienne diététique avait perdu sa prépondérance au cours de la première moitié du siècle, laissant le champ libre à des m
œurs épulaires neuves et à une cuisine différente que signalera, entre autres choses, l’essor des livres de recettes imprimés
[15]. Quand La Varenne fait paraître en 1651 son
Cuisinier françois, il n’y a eu en France, selon les historiens Philip et Mary Hyman, aucune nouvelle publication d’ouvrage culinaire depuis 1555
[16]. Cependant la mode est aussitôt lancée : suivront rapidement
Le Pastissier françois (1653),
Les Délices de la campagne (1654) de Nicolas de Bonnefons,
Le Maistre d’hostel (1659),
Le Confiturier françois (1660),
L’Escole parfaite des officiers de bouche (1662),
L’Art de bien traiter (1674),
Le Cuisinier royal et bourgeois (1691) de Massialot, etc. : quinze titres en tout jusqu’à la fin du siècle, sans compter les rééditions. Signe indirect, évidemment, pour ce qui est du melon, puisque les fruits ne relevaient pas de la cuisine mais de l’office, où ils étaient peu apprêtés, hormis en confitures, cette pléthore de publications témoigne du moins de ce que Jean-Louis Flandrin a nommé la « libération de la gourmandise » dont le melon bénéficie sans doute autant qu’un autre.
Or cette crise de la diététique ne supprime pas d’emblée les interdits qui pèsent sur la bonne chère en général et sur certains aliments en particulier : devenues plus vagues, moins fondées en raison, les condamnations prononcées par les médecins sont souvent renvoyées au fourre-tout des préjugés sans toutefois disparaître, rejoignant d’autres formes de censures ou de soupçons relatifs à la table, religieux ou philosophiques, également en déshérence. Doit-on croire par exemple que les fumées de la digestion obscurcissent la pensée, comme le prétend l’
École de Salerne, tant de fois traduite encore à l’âge classique et même au siècle des Lumières
[17] ? que l’attrait pour les nourritures succulentes est grossier, terrestre, indigne de l’homme poli comme du chrétien, comme on peut le lire dans les traités de civilité d’Antoine de Courtin ou de Jean-Baptiste de La Salle
[18] ? Sans doute, on n’en est plus bien sûr. Mais les gourmands, les débauchés, n’ont pas partout bonne presse pour autant, et plus d’un considère leurs agapes avec méfiance.
Sur le plan de la représentation, ces réprobations savantes ou morales sont encore redoublées. Il faut toucher ici un point de linguistique afin d’apprécier les enjeux des quelques singuliers poèmes dont nous allons sous peu nous entretenir. On sait que la langue classique n’a pas admis généralement parmi les verbes nobles ceux qui désignent les besoins du corps et qui, pris au sens propre, rappellent à l’homme ce qu’il a de commun avec les bêtes. Les fonctions digestives et sexuelles sont particulièrement marquées, peut-être parce que ce sont les plus chargées de matière – au contraire de la respiration, davantage épargnée nous semble-t-il, sans doute parce qu’elle manifeste la présence de l’âme
(pneuma). C’est ainsi que manger, fût-ce un sucrin ou un cantaloup, apparaît comme une action naturelle, mais basse et même vile. Les variations du seuil de sensibilité à cet égard, ainsi que la fréquence et la distribution du verbe dans la littérature du temps, demanderaient des tracés plus précis ; mais il nous semble qu’on peut néanmoins admettre l’hypothèse que les genres élevés – épopée, tragédie, histoire, éloquence – ont prohibé, sauf motif impérieux, les références explicites à la manducation : Racine, à titre de parangon, n’emploie le verbe ni dans son
œuvre historique ni dans ses tragédies, mais il en use inversement dans
Les Plaideurs, car manger appartient de droit au registre comique – proposition bien démontrée par les travaux de M. Tobin
[19]. Aux divers interdits de manger – trop, trop bien ou avec trop de plaisir – répond donc, dans l’ordre du texte, un interdit d’énoncer qui renvoie les terrestres nourritures en des lieux de faible altitude et comme à la périphérie des Lettres, dans des
œuvres comiques, satiriques et familières.
Les titres de gloire littéraire du melon confirment en partie ce repérage. Les textes qui lui sont consacrés – certains de peu d’envergure, comme le
Pepo in fimo corrupto incorruptus du jeune Fontenelle
[20] ou deux dizains de César Pellenc dans un recueil intitulé
Les Plaisirs de la vie
[21] ; d’autres considérables, comme « Le Melon » de Saint-Amant ou
Le Procès du melon de Martial Le Maistre
[22] –, sont des
œuvres du genre lyrique : satire néo-latine dans le cas de Fontenelle, poèmes à tonalité bachique et burlesque chez Pellenc et chez Saint-Amant, curieuse pièce comminatoire de Le Maistre, singulière par le ton et par le caractère oratoire. On pourrait leur adjoindre tels passages des lettres de Mme de Sévigné, de Saint-Évremond, de Guez de Balzac, qui célèbrent le melon avec alacrité ou nostalgie
[23]. Pour la suite de cette communication, nous nous pencherons sur les deux
œuvres les plus longues et les plus complexes de ce petit
corpus, celles de Saint-Amant et de Le Maistre, l’éloge et la censure de notre ambivalent objet.
Le Procès du melon, signé des seules initiales de son auteur, un docteur en théologie auquel nous devons par ailleurs une demi-douzaine de pièces courtisanes, fut publié en 1607 à la suite d’une indigestion royale causée par le terrible fruit. La dédicace à Du Laurens, premier médecin du Roi, précise que le melon s’étant rendu « criminel de leze Majesté », le poète s’est « aduisé de produire icy les pieces iustificatiues de sa condemnation »
[24]. Son
œuvre emprunte donc à la rhétorique du barreau pour « seconder » le savoir médical, tâchant, écrit-il à Du Laurens, « de [se] conformer sur cet object aux belles idees de vostre esprit » (IV) ; double artifice qui, consistant à se parer pour faire sa cour des plumes de l’avocat et de celle du médecin, a pour effet, symétriquement, de rehausser la couleur de leur verdict par l’ornement des vers et des figures, et de rendre la vertu aimable. Ainsi, plaisant paradoxe, le poème fait tout juste le contraire de ce qu’il prêche, car ce que l’auteur d’abord condamne dans le melon, c’est la séduction, le charme, le divorce des apparences et des réalités. Ayant rappelé que les Anciens « Ont comparé Nature auec ses mouuemens, / Ses ruses, ses attraits, & ses enchantemens. / À Circe ; qui se dit mere de l’art magique » (V)
[25], Le Maistre passe de ce caractère général d’une nature maligne et semblable à la magicienne aux philtres attrayants, à son action particulière dans le cas qui nous intéresse :
Or si iamais Nature impiteuse & sauuage,
Enlaçant nostre cœur de maint subtil cordage,
A meslé le poison de la mort precurseur
Auec le goust sucrin & mielleuse douceur,
D’vn present vegetal, pour les hommes destruire,
C’est au MELON peruers, digne obiect de mon ire.
Car iaçoit qu’au dehors vn artiste pinceau
Ait comme tauelé le dessus de sa peau,
Ores d’vn gris cendré, tantost de couleur blonde,
Ores d’vn clair azur pris du flot & de l’onde :
Traçant sur les seillons de son champ figuré,
Un Dedale plaisant d’vn compas assuré :
Et iaçoit que sa manne amiable & trompeuse,
Soit sur toutes saueurs au palais sauoureuse,
Qui surpris maintesfois de ce venin sucré,
Quitteroit l’ambrosie & le nectar sacré,
Si crois-ie pour certain que ce mets euitable
Est plus nuysible au corps lentement perissable,
Que n’est le Sublimé, ny l’If Arcadien,
Ou les feux que vomit le monstre Lycien (VIII-IX).
Et le goût et l’aspect collaborent à cette fatale comédie. Au contraire d’autres plantes qui signalent en quelque sorte leur venin par l’amertume
[26], le melon n’annonce que délices, « sucrine saveur » et « traits gracieux », perfidement conjoints, ombreusement tramés par le Démon (XI). Aussi surnage-t-il en lui quelque chose d’opaque : le dessin, sur son écorce, n’est pas immédiatement lisible, c’est un plaisant « Dedale » où le mangeur s’égare, une écriture décevante et cryptée. Or, tout à rebours, c’est la transparence des signes que Saint-Amant louera dans le melon, car la « Nature », selon lui,
Par une admirable structure,
A voulu graver à l’entour
Mille plaisans chiffres d’Amour,
Pour claire marque à tout le monde,
Que d’une amitié sans seconde
Elle cherit ce doux manger. [27]
De même, le parfum du fruit, la couleur de sa chair manifestent ici sa bonté ; l’hypothèse baroque du trompe-l’œil n’est évoquée qu’un moment, comme la crainte « qu’on treuve [...] en luy / Le deffaut des gens d’aujourd’huy » (43-44), qui sont d’un extérieur poli mais dont le cœur est corrompu. Non, le melon de Saint-Amant dit la vérité, l’immédiateté de la jouissance l’épuise. Pomone a exaucé la prière du gourmand :
C’en est fait, le voilà coupé,
Et mon espoir n’est point trompé.
Ô Dieux, que l’esclat qu’il me lance,
M’en confirme bien l’excellance (47-50) !
Celui de Martial Le Maistre, au contraire, ressemble à cette « Pomme du lac de Sodome [...] : / Qui pour auoir la peau d’une monstre fort belle, / N’engendre rien de bon dans sa vuide moüelle » (X). C’est là d’ailleurs la plus bénigne des comparaisons dont il l’accable : tous les poisons d’Asie suffisent à grand-peine pour dire son horreur du « melon malencontreux » (X) : plantes vénéneuses, comme l’if, dont le simple parfum supprimerait les rats, et dont Furetière dit qu’il rendrait malades ceux qui prennent le frais dans son ombre ; la solane, ou morelle, dont la variété furiosum est fortement toxique ; la noix de cajou, dont le parenchyme âcre passait pour dangereux ; l’absinthe, la coloquinte, l’ellébore ; le napel, qui tue en vingt-quatre heures, et dont les « fleurs purpurines ressemblent à des têtes de mort » (FUR.), ou le baaras des Hébreux, dont a parlé Flavius Josèphe, plante apparemment fabuleuse et qui ferait mourir quiconque la touche. Poisons chimiques aussi, comme le sel de mercure qu’on appelait sublimé et dont on se servait pour la préparation du grand remède, comme l’arsenic blanc ou ses composés, le rouge réagal et l’orpiment jaune ; enfin, poisons mythologiques, écume de Cerbère, venins de Thessalie ou de Colchos ; puis d’autres encore que nous n’avons pas pu identifier : le gommeux de Madère, le chalcitis, le cohoba, le sory, l’asseral, le suc nubien, la pomme persique, le chrysocome.
Le principe de saturation auquel paraît répondre cette litanie, toutes catégories de poisons confondues par la disposition du poème, de même que le recours au lexique savant régissent également l’exposé des suites encourues par l’intempérance en matière de melon :
Pour auoir trop gousté les vulgaires delices,
De ce morceau d’Adam déguisé de blandices ;
Voyla dans certains iours l’estomac panteler,
Des genoux chancelans les colomnes branler,
Vne froide sueur decouler de la face,
Les membres s’engourdir d’une mortelle glace,
Un acre flux de sang racler les intestins,
Le Tenesme bander tous les muscles mutins,
De grands desuoyemens s’affoiblir la poitrine,
Aux catarres mortels se former l’origine,
Les bourreaux cordillons de la goute geiner,
Et par mille douleurs dans la biere entrainer (IX).
Tous les maux sont convoqués : fièvres, trouble des esprits vitaux, désordre humoral, douleurs sans nombre. Inverse de la panacée, le melon cause la totalité des maladies qui affligent l’homme et qui devancent l’heure de son trépas. Il nous semble que cette surenchère, ce désordre, ces figures voyantes – inventaires, baroquismes, hyperboles, apostrophes – dénoncent le caractère fictif de la plaidoirie, le jeu du poète qui revêt comme un déguisement la tenue du robin ou du savant. Et pour qui joue-t-il ? Pour qui cette mascarade ? ce discours d’emprunt ? ce sérieux excessif ? Par-delà le médecin auquel il renvoie, vilain perroquet, son savoir amplifié, rimé, et « pathétisé », Martial Le Maistre, bien sûr, s’adresse au Roi. La dernière partie du Procès ajoute au crime de perversion dont le melon se rend coupable celui de félonie :
Pourroy-ie bien douter du sublime pouuoir
De l’iniuste Melon, quand ie viens à sçauoir,
Que sa meschanceté s’est prise au diademe [...]
Orgueil trois fois maudit & du ciel blasonné !
Execrable forfaict des siecles condamné !
Qu’un chetif auorton ait machiné la perte,
D’un Mars qui de lauriers a la teste couuerte (XII).
Et le poète d’évoquer dans un finale apocalyptique l’ « événement » redouté de la mort du Roi et les maux suscités par le « goust parricide » :
Tant d’hommes en creance & vouloir bigarrez,
Tant de peuples diuers en humeurs separez,
Qui voyent par les yeux de ce Roy de merueilles,
Qui parlent par sa bouche, oyent par ses oreilles [...] :
Entreroyent en defy de leurs propres entrailles,
Prendroyent iour assigné dressans mille batailles,
Et d’un fer outrageuz s’entameroyent le flanc,
Pour en faire couler de gros fleuues de sang [...].
L’Estat qui maintenant ainsi que l’Vniuers,
Composé du rapport de cent membres diuers,
Est regy prudemment par vne seule teste,
Seroit sans gouuernail batu de la tempeste, [...].
La saincteté des lys auroit peu d’assistance,
Peu seruiroit des loix la debile asseurance.
Bref, le fer & le feu regnans de toutes parts,
Feroyens du pauure peuple vn holocauste à Mars (XIII).
Infime cause de la désolation universelle, le melon accède à la dimension politique, qui est l’ultima ratio de l’étalage ignoble de viscères et de venins que l’on nous a d’abord servi. Ce qui se cache sous les espèces du corps physique dont le poème fait son prétexte, c’est le corps de l’État ; aux « intestins » que raclent « un acre flux de sang » se superposent les « entrailles » métaphoriques du peuple que ravagent les guerres intestines. Le corps du roi, dont on sait bien qu’il était double, jette une passerelle entre le plan de la médecine et celui de l’Histoire, qui rend compte en dernière instance de la pompe sanglante avec laquelle on a pu versifier un si petit sujet – sans préjudice, bien sûr, du goût baroque pour l’emphase et le caractère macabre des représentations.
Plus tardif environ d’un quart de siècle, « Le Melon » de Saint-Amant a paru pour la première fois dans La Suitte des Œuvres, en 1631, mais on ignore les circonstances de sa composition. Les pièces consacrées à la bonne chère et au bon vin ne sont pas rares chez ce poète : « Le Fromage » (1621-1622), « La Desbauche » (1623), « La Crevaille » (1630), « Le Cantal » (1635), l’ « Epistre au baron de Melay » (1642). En toutes, la veine burlesque ou bachique se porte à la violence profanatoire au travers du lyrisme ; mais, dans « Le Melon », cette violence est comme feutrée par l’ « extase » (5) et le chant du mangeur s’élève par endroits à de vraies actions de grâce :
Baillez-le moy, je vous en prie,
Que j’en commette idolâtrie :
Ô quelle odeur ! qu’il est pesant !
Et qu’il me charme en le baisant !
Page, un cousteau, que je l’entame :
Mais qu’auparavant on reclame,
Par des soins au devoir instruicts,
Pomone, qui preside aux fruicts [...].
Nostre priere est exaucée,
Elle a reconnu ma pensée [...].
Ha ! soustenez-moy, je me pâme,
Ce morceau me chatouïlle l’Âme [...] (33-40, 45-46, 61-62).
Il faut dire que ce n’est pas un melon ordinaire : « parfum de Musc et d’Ambre » (2), de fleurs, de pastille ou de vin, qui épanouit le cœur et réjouit le cerveau ; chair somptueuse, massive, splendide, le teint « jaune-sanguin » (52) ; « Bref, c’est un vray manger de Prince » (58). Comme il est de règle dans le burlesque – le gros du poème en effet consiste en un récit de festin sur l’Olympe –, les interdits sont transgressés ou inversés : manger le melon est impératif : nul danger, nulle mise en garde ; le seul risque évoqué – on l’a vu tout à l’heure – est pour le goût, et vite écarté. Notons pourtant que, dans la description qu’il en fait, Saint-Amant attribue au melon les qualités mêmes qui le dédouanent au yeux des médecins : il est ferme, il a peu de graines, « Il est sec, son escorce est mince » (57). Ce fruit parfait, ce parangon de fruit, appartient-il seulement à notre monde ? Il le laisse, dirait-on, loin derrière lui, suggère l’hyperbole par comparaisons qui se déploie sur une vingtaine de vers et que souligne l’anaphore (nous ne citons que les derniers) :
Ny le cher Abricot que j’ayme,
Ny la Fraise avecque la créme,
Ny la Manne qui vient du Ciel,
Ny le pur aliment du Miel,
Ny la Poire de Tours sacrée,
Ny la verte Figue succrée,
Ny la Prune au jus delicat,
Ny mesme le Raisin-muscat,
(Parole pour moy bien estrange)
Ne sont qu’amertume et que fange
Au prix de ce MELON divin,
Honneur du Climat Angevin (77-87).
Divin : le mot est lâché. Le poète aussitôt se transporte sur l’Olympe et, troquant l’octosyllabe pour l’alexandrin, il relate un banquet au cours duquel un melon mémorable fut présenté à Phoebus. Le récit intervient comme un long détour, promenade parmi les dieux ivres que suscite et achève le fruit tant convoité : car entre tous ceux dont ils se régalèrent, « Il ne se treuva rien à l’égal d’un MELON / Que Thalie apporta pour son maistre Apollon » (255-256). Ce fruit superlatif, ineffable, nul n’en peut discourir : la Muse même doit recourir pour le louer au lieu de l’impossible, « Elle dit seulement qu’en ce divin Banquet, / Il fit cesser pour l’heure aux femmes le caquet » (271-272)
[28]. Or le melon de Saint-Amant provient de ce fruit merveilleux, par la grâce d’Apollon qui, « Dans le coin d’un mouchoir en garda de la graine, / Afin que tous les Ans il en pust replanter » (305-307). C’est pourquoi l’expérience du poète est mystique : odorat, vue, toucher, ouïe même – car de l’écorce du melon provient le luth, a-t-il écrit au terme du festin –, chaque sens est mis en éveil avant qu’ensemble tous se résolvent en un seul : « Et mes sens, par le goust seduits, / Au nombre d’un sont tous reduits » (67-68).
En dernière analyse, cet aliment des dieux et des poètes se révèle purement littéraire : « fruict du crû de ma Muse », « en Parnasse eslevé » (90-91), le melon succulent n’est soustrait aux imperfections, aux dangers et aux interdits qu’en poésie. Peut-être est-ce d’ailleurs la leçon que l’on doit tirer des œuvres antithétiques que nous avons lues : qu’on le censure ou qu’on le loue, qu’on le craigne, qu’on le désire, le melon de l’artiste seul rend licite l’intempérance ; et la consommation imaginaire de l’esthète, sans pourtant renoncer au plaisir des sens, d’une pirouette élude la fâcheuse ordonnance des Galiens de tout l’univers.
[1]
Cette communication est issue d’une recherche post-doctorale subventionnée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, sur la critique et l’apologie de la table dans la littérature française des XVII
e et XVIII
e siècles.
[2]
Saint François de Sales,
Introduction à la vie dévote (1608), Première partie, chap. VII, « Qu’il faut encore purifier l’âme de toutes les affections au péché », Paris, Saillant, 1772, p. 23-24.
[3]
Sa graine était, d’après Furetière, l’une des quatre semences froides, avec celles du concombre, de la courge et de la citrouille – les semences chaudes étaient celles de l’anis, du carvi, du fenouil et du cumin (
Dictionnaire, s.v. « melon »).
[4]
Voir à ce sujet notre article « Le médecin, le cuisinier et le philosophe »,
Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, Oxford, 2000, p. 17-34.
[5]
« DIGéRER, se dit aussi de l’action du soleil qui mûrit les fruits en atténuant leurs parties, & en exaltant leurs esprits. La chaleur du soleil dans les pays chauds
digere & mûrit plus parfaitement le suc des oranges, & le rend d’un goût plus délicieux. LéMERY » (
Dictionnaire de Trévoux, 1752).
[6]
Florence Dupont, « Grammaire de l’alimentation et des repas romains »,
Histoire de l’alimentation, dir. J.-L. Flandrin et M. Montanari, Paris, Fayard, 1997, p. 206-207.
[7]
Jean Liébault,
Thrésor de santé, livre VIII (sans doute le
Thrésor universel des pauvres et des riches, Paris, G. Clousier, 1651, version française de son
Thesaurus sanitatis, Paris, J. Du Puys, 1577), cité par Jean-Louis Flandrin, « Médecine et habitudes alimentaires anciennes »,
Pratiques & discours alimentaires à la Renaissance, Actes du Colloque de Tours 1979, dir. J.-C. Margolin et R. Sauzet, Paris, Maisonneuve & Larose, 1982, p. 89.
[8]
Louis Lémery,
Traité des aliments, Paris, Witte, 1705 (1702), p. 41-43. Notons que la crainte du melon, que sa réputation d’être indigeste et de causer la dysenterie passeront au XVIII
e siècle : l’article qui lui est consacré par Venel dans l’
Encyclopédie le décrit comme « un aliment agréable, aisé à digérer, rafraichissant, humectant, désaltérant. [...] Dans ces pays [chauds], on en mange presque à tous les repas ; & on les fait rafraichir en les faisant tremper tout entiers dans de l’eau de puits, ou en les couvrant de glace. Il est rare qu’ils causent des accidens. [...] On croit communément que le
melon est moins dangereux lorsqu’on le mange avec du sel, & qu’on boit par-dessus du bon vin un peu copieusement. Il n’est pas clair que ce soit-là un assaisonnement salutaire ; mais il est certain qu’il est au moins fort agréable ». La conversion d’une pratique diététique en usage gastronomique est dans cette dernière phrase particulièrement remarquable.
[9]
L. S. R.,
L’art de bien traiter, Paris, Jean du Puis, 1674, p. 335-336.
[10]
Nicolas Delamare,
Traité de la police, livre IV, § 1, Paris, Cot, 1705, p. 578, col. 2 : « 6. Octobre 1670. Ordonnance de Police qui interdit la vente des Melons dans la saisons qu’ils nuisent à la santé publ. & affichée le 8. du même mois » (renouvelée le 10 octobre 1701, puis le 15 octobre 1703, etc.).
[11]
L. S. R.,
op. cit., p. 333-334.
[12]
César Pellenc,
Les Plaisirs de la Vie, Aix, Jean Roize, 1655, p. 56 :Melons, en qui le Ciel a mis
Grand rapport avec les amis
Dont il en faut epreuver trente
Pour en rencontrer quelque bon ;
Venez au nombre de cinquante,
Nous vous ouvrirons tous pour en manger un bon.P. Dominique Bouhours, SJ,
Les Entretiens d’Ariste et d’Eugène, VI, Paris, Sébastien Mabre-Cramoisy, 1671, in-4°, p. 324 : « L’Auteur de cette belle devise [...] me disait un jour en riant, qu’il était à peu près des devises comme des melons : que pour une bonne ; il y en avait cent mauvaises ».
[13]
Flaubert,
Bouvard et Pécuchet, Paris, Gallimard, s.d., p. 38. Cf. l’article « Melon
(Agricult.) » du chevalier de Jaucourt dans l’
Encyclopédie, où, se fondant sur les travaux de MM. Bradley et Miller, il donne des conseils précis sur la culture du melon.
[14]
Cf. Michel Foucault,
Histoire de la sexualité, t. II, « L’usage des plaisirs », Paris, Gallimard, 1984. Le chapitre 2 est consacré à la diététique.
[15]
Jean-Louis Flandrin, « De la diététique à la gastronomie, ou la libération de la gourmandise »,
Histoire de l’alimentation, op. cit., p. 683-703.
[16]
Philip et Mary Hyman, « Imprimer la cuisine : les livres de cuisine en France entre le XV
e et le XIX
e siècle »,
ibid., p. 643-655. Voir aussi Alain Girard, « Le triomphe de
La cuisinière bourgeoise ». Livres culinaires, cuisine et société en France aux XVII
e et XVIII
e siècles »,
Revue d’histoire moderne et contemporaine, XXIV, 4 (octobre-décembre 1977), p. 497-523.
[17]
Inter alia : Abbé Ancelin,
L’Eschole de Salerne ou Préceptes pour se conserver en bonne santé, le tout en quatrains françois, Paris, Fr. Julliot, 1628 ; Jacques du Four de La Crespelière,
Commentaire en vers françois sur l’École de Salerne, Paris, Gervais Clouzier, 1671 ; Antoine Augustin Bruzen de la Martinière,
Art de conserver sa santé composé par l’École de Salerne, traduit en vers françois, La Haye, Van Duren, 1743.
[18]
Antoine de Courtin,
Nouveau Traité de la Civilité qui se pratique en France, parmi les honnestes Gens, Paris, Helie Josset, 1672, p. 130 : « Il faut aussi remarquer qu’il est tres-mal seant pendant le repas, ou de critiquer sur les viandes & sur les sauces, ou de parler sans cesse de mangeailles ; c’est la marque évidente d’une ame sensuëlle, & d’une éducation basse ». Jean-Baptiste de La Salle,
Les Regles de la Bien-séance et de la Civilité Chrétienne, Troyes et Paris, Veuve Nicolas Oudot, 1716, p. 61, 79 : « Il est d’un homme sage de peu parler de cette action, & de ce qui la regarde ; & quand on est obligé d’en parler, on doit le faire sobrement & avec circonspection, ensorte qu’il paroisse qu’on n’y a aucune attache, & qu’on ne recherche nullement les morceaux. [...] Il ne faut pas lorsqu’on est à table, pa[r]ler beaucoup de la qualité des viandes, si elles sont bonnes ou mauvaises, ni dire facilement son sentiment sur les assaisonnemens & sur les sauces ; car ce seroit faire paroître qu’on prend bien du plaisir dans la bonne chere, & qu’on se plaît à être bien traité, ce qui est la marque d’une ame sensuelle, & de trés-basse éducation ».
[19]
Ronald W. Tobin,
Tarte à la crème, Comedy and Gastronomy in Molière’s Theater, Columbus, Ohio State University Press, 1990.
[20]
Poème qui lui valut à treize ans une publication aux Palinods de Rouen (1670) selon l’abbé Trublet,
Mémoires pour servir à l’histoire de la vie et des ouvrages de M. de Fontenelle, dans les
Œuvres de Bernard le Bovier de Fontenelle, t. XII, Amsterdam, François Changuion, 1764, p. 3. Cf. Alain Niderst,
Fontenelle à la recherche de lui-même, Paris, Nizet, 1972, p. 13.
[21]
Cf.,
supra, n. 12.
[22]
Saint-Amant, « Le Melon », dans la
Suitte des Œuvres (1631),
Œuvres, t. II, éd. J. Lagny, Paris, STFM, 1967, p. 15-31 ; Martial Le Maistre,
Le Procès du melon, Paris, Mathieu Le Maistre, 1607, in-4°, 8 ff.
[23]
Mme de Sévigné, « À Coulanges, 9 septembre 1694 »,
Correspondance, t. III, éd. R. Duchêne, Paris, La Pléiade, 1978, p. 1059 ; Saint-Évremond, « À la duchesse Mazarin [1691] »,
Lettres, t. II, éd. R. Ternois, Paris, Didier, 1967-1968, p. 200 ; Guez de Balzac, « À Monsieur de Bois-Robert, 12 septembre 1623 »,
Les premières lettres, t. I, éd. H. Bibas et K.-T. Butler, Paris, STFM, 1933, p. 50 ; « À Monsieur de La Motte Aigron, 25 septembre 1622 »,
ibid., p. 133.
[24]
Martial Le Maistre,
op. cit., p. 3. Désormais, les références à ce poème seront données dans le texte entre parenthèses et en chiffres romains.
[25]
Notons d’ailleurs que Comus, dieu des festins, était fils de Circé et de Bacchus. Voir Milton,
Comus, vv. 46-47, 50, 54-59, 63, dans
Complete Poems and Major Prose, éd. M. Y. Hughes, New York, Macmillan, 1957, p. 91 :
Bacchus that first from out the purple Grape
Crusht the sweet poison of misused Wine, [...]
On
Circe’s Island fell. [...]
This Nymph that gaz’d upon his clust’ring locks,
With Ivy berries wreath’d, and his blithe youth,
Had by him, ere he parted thence, a Son
Much like his Father, but his Mother more,
Whom therefore she brought up, and
Comus nam’d :
Who, ripe and frolic of his full grown age, [...]
Excels his Mother at her mighty Art [...].
[26]
L’absinthe, le réagal, la coloquinte ; on peut mentionner également le
Chrysocome, qui, « Marry de presenter sous ce fard mille pleurs, / Abandonne sa fueille, & son fruict, & ses fleurs » (XI). Nous n’avons pas réussi à identifier ce dernier poison.
[27]
Saint-Amant, « Le Melon »,
loc. cit., p. 15, vv. 22-27. Désormais, les références aux vers de ce poème seront données dans le texte, entre parenthèses, en chiffres arabes. Sur cette « transparence » du melon de Saint-Amant, voir Luciano Erba, « Grimaces et melons », dans
Ouverture et dialogue, Mélanges offerts à Wolfgang Leiner, éd. U. Döring
et al., Tübingen, Gunter Narr, 1988, p. 149-150. Notons encore que ce passage de Saint-Amant sera paraphrasé plus tard par César Pellenc,
op. cit., p. 56 :Beau fruict, sur lequel la nature
A voulu graver tout autour
Cent chiffres, & cent lacs d’amour
Dans un admirable structure :
Melon que Pomone a formé
Pour estre le fruict plus aimé
Qui sorte des flancs de la terre [...].
[28]
Cf. vv. 313-332 :Les hommes de la Cour seront gens de parolles,
Les Bordels de Roüen seront francs de verolle,
Sans vermine et sans galle on verra les Pedents,
Les preneurs de Petun auront de belles dents,
Les femmes des Badauts ne seront plus Cocquettes,
Les Corps plein de santé se plairont aux clicquettes,
Les Amoureux transis ne seront plus jalous,
Les paisibles Bourgeois hanteront les Filous,
Les meilleurs Cabarets deviendront solitéres,
Les Chantres du Pont-neuf diront de hauts mysteres,
Les pauvres Quinze-vingts vaudront trois cens Argus,
Les Esprits doux du temps paroistront fort aigus,
Maillet fera des vers aussi bien que Malherbe,
Je hayrai Faret, qui se rendra superbe,
Pour amasser des biens avare je seray,
Pour devenir plus grand mon c
œur j’abbaisseray :
Bref, ô MELON succrin, pour t’accabler de gloire,
Des faveurs de Margot je perdray la memoire,
Avant que je t’oublie, et que ton goust charmant
Soit biffé des Cahiers du bon gros SAINT-AMANT.