Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130529576
192 pages

p. 725 à 740
doi: en cours

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Varia

n° 217 2002/4

2002 XVIIe siècle Varia

Éditer la correspondance de Hugo Grotius  [*]

H. J. M. Nellen
 
I
 
 
L’existence d’autant d’éditions de correspondances érudites du XVIIe siècle témoigne à l’évidence du fait que les intellectuels de la fin de l’époque humaniste s’adonnaient tous à l’art épistolaire. Si intenses que fussent cependant ces échanges, ces lettres ne contenaient elles-mêmes qu’occasionnellement des réflexions sur l’activité épistolaire en tant que telle. On écrivait des lettres quand les contacts personnels étaient impossibles et la tradition humaniste constituait une raison suffisante pour rendre superflue toute justification explicite. Une lettre écrite par l’érudit helléniste Bonaventure Vulcanius, l’un des maîtres de Hugo Grotius, démontre sans peine cette démarche. « Il n’est jamais entré dans mes vues, écrivait-il, que l’on dût seulement correspondre avec des amis ou des relations. Il existe au contraire parmi les érudits qui tirent leur plaisir de leurs études communes, même s’ils ne sont pas en relations directes, une sorte de communauté d’esprit tacite (tacitus animorum consensus), et je suis convaincu que cet accord doit être suscité, entretenu et perpétué par le truchement obligé de la lettre ». Vulcanius croyait enfin fermement qu’il n’était pas messéant qu’un érudit écrivît directement à un autre érudit sans qu’il fût en relation avec lui [1].
Les intérêts communs estompaient les différences de nationalité, de religion ou de condition sociale, et c’est parce que la lettre offrait un moyen de manifester des intérêts communs de ce type que des érudits tels que Vulcanius prenaient la plume. Une réponse positive du récipiendaire [2] était susceptible d’élargir et de raffermir ces premiers contacts en une correspondance longue de plusieurs années, menant éventuellement à une solide amitié. Plus fréquemment cependant il arrivait que des érudits, séparés de leurs amis à la suite de bouleversements politiques ou d’activités professionnelles à l’étranger, fussent contraints par ces circonstances d’entretenir leurs liens par l’entremise de la lettre. Bien que les lettres ne fussent rien de plus qu’une substitution à la conversation intime, elles offraient à leurs rédacteurs l’occasion d’échanger des nouvelles et des renseignements savants, d’éprouver ou d’expliciter de nouvelles idées, de déployer leur érudition et de renforcer les liens d’amitié.
Ainsi, la lettre constituait pour les érudits en activité un moyen de communication important en raison de son rôle spécifique pour diffuser les renseignements, parallèlement aux publications, aux cours publics, à la polémique ainsi qu’aux rencontres dans les cercles et les sociétés savantes. Dans cette perspective, il est surprenant de constater que certains érudits ne se sont pas adonnés à la rédaction de lettres. Baruch de Spinoza, par exemple, nous a seulement laissé quelque quatre-vingt-dix lettres ; et deux cent onze lettres écrites à Thomas Hobbes ou reçues par lui nous sont parvenues, chiffres remarquablement limités, s’agissant de deux érudits renommés qui vivaient à une époque où seules les lettres pouvaient entretenir les contacts intellectuels à distance. À l’évidence, Spinoza et Hobbes n’étaient point de grands épistoliers et une partie de leur correspondance s’est perdue [3]. Quoi qu’il en soit, l’absence d’un vaste corpus épistolaire constitue un grand handicap pour la recherche, les lettres offrant des sources de renseignement sans égales sur la vie et les travaux d’un érudit. C’est ainsi qu’il n’est nullement exclu que la découverte de nouvelles lettres contraigne les chercheurs à réviser entièrement l’histoire de la vie de Spinoza, le canon de ses œuvres ou l’interprétation de ses théories.
 
II
 
 
Par son énorme quantité, la correspondance de l’humaniste Hugo Grotius contraste nettement avec celles de Spinoza et de Hobbes. Au même titre que Constantin Huygens, Gerardus Joannes Vossius et Johannes Fredericus Gronovius, Grotius doit passer pour l’épistolier le plus productif de la première moitié du XVIIe siècle. À l’heure actuelle, environ sept mille sept cent vingt-cinq lettres de et à Grotius ont été repérées. Une estimation prudente nous permet de supposer qu’au moins autant de lettres ont été perdues au cours des siècles. Ce bilan numérique fausse cependant la réalité d’une certaine manière, Grotius ayant écrit et reçu nombre de lettres dans le cadre de ses activités officielles : la quantité de ses échanges épistolaires augmente d’une façon remarquable après 1634, principalement en raison de ses efforts pour favoriser, en tant que diplomate, les intérêts de la Couronne de Suède à Paris [4].
Indépendamment de la correspondance diplomatique, une grande quantité de correspondance privée nous est également parvenue. De longue date, Grotius avait échangé des lettres avec des collègues érudits et des admirateurs de son œuvre. Après 1621, l’année de sa fuite du château de Loevestein et de son installation en France, il consacra beaucoup de temps et d’attention à ses lettres hebdomadaires à sa famille et à ses amis en Hollande. Il n’est assurément pas inexact de dire de Grotius qu’il était le centre d’un réseau finement maillé de correspondants, composé de collègues érudits, de ministres arminiens, de fonctionnaires, de diplomates et d’officiers d’armée, mais qui comprenait aussi ses fils, sa femme, son frère et ses deux beaux-frères. Chacun à sa manière utilisait la lettre selon ce qu’il estimait adapté à ses relations avec Grotius, aux circonstances et aux messages à relayer. La correspondance de Grotius est donc une collection de toutes sortes de lettres. La vaste série de dépêches officielles, de comptes rendus de nouvelles, de correspondance érudite, de lettres personnelles, de lettres de recommandation et de notes familiales nous procure une vision splendide de la vie intellectuelle, politique et familiale au XVIIe siècle. C’est là une raison suffisante pour que les érudits du XXe siècle dressent les plans d’une édition complète de la correspondance de Grotius après tant d’éditions incomplètes au cours des trois derniers siècles.
La préparation d’une édition non abrégée de la correspondance de Grotius a été considérablement gênée par la dispersion des manuscrits qui s’y rapportent dans nombre de dépôts d’archives et de bibliothèques en Europe et en Amérique. C’est bien entendu l’auteur lui-même qui en assume la plus grande part de responsabilité, et, pour un très grand nombre de lettres adressées à tant de personnes, l’aventure commençait dès qu’il les scellait et les mettait en circulation. Bien qu’il n’y ait pas de preuves que Grotius ait conservé des copies de lettres envoyées avant 1634, la conscience qu’il eut de la valeur de sa correspondance ne laisse pas le moindre doute : elle reflétait après tout les vicissitudes d’une vie active dans le monde savant. Ses lettres contiennent des points de vue qu’il devait développer plus tard dans ses publications, les justifications de sa démarche publique, des éclaircissements sur ses publications récentes, enfin des réfutations de critiques formulées par le récipiendaire de sa lettre ou par quelque autre parti. Les lettres reçues par Grotius contenaient des déclarations de soutien et donnaient une connaissance intime des cercles de personnes entourant dans un même esprit ceux qui les rédigeaient. Il est clair que Grotius conserva au moins les lettres qu’il recevait parce qu’elles lui offraient, à lui ou en temps voulu à ses héritiers, de grandes quantités de matériaux pour justifier une carrière de controverses et de turbulences.
Malheureusement, les biens de Grotius furent peu à peu dispersés après sa mort. Non seulement des lettres isolées, mais également de plus grands massifs de sa correspondance furent séparés de la collection d’origine et dispersés à tous vents. On en trouve le plus gros aux archives de La Haye [5], Rotterdam [6], Leyde [7] et Amsterdam [8], de telle sorte que l’on peut dans une certaine mesure localiser les principales lacunes. Grand nombre de lettres hebdomadaires échangées avec des parents tels que Nicolas van Reigersberch et Guillaume de Groot ont disparu au fil des ans, sans laisser de traces. On peut assurément prouver qu’une bonne partie de sa première correspondance a disparu, contenant notamment beaucoup de lettres de son ami d’enfance Daniel Heinsius. Parfois, cependant, des lettres ont été conservées par pur hasard. Dans la monumentale biographie de Grotius, dressée par Caspar Brandt et Adriaen van Cattenburgh [9], les auteurs citent librement et abondamment la correspondance de Grotius avec Nicolas van Reigersberch, qui n’avait pas encore été publiée. Beaucoup de ces lettres ont été perdues depuis lors et les citations de Brandt-Cattenburgh sont les seules sources qui subsistent. Pour la seule année 1642, par exemple, il s’agit de neuf fragments [10].
La taille même de cet ensemble de matériaux, de même que sa dispersion géographique, constituaient les premiers problèmes, purement pratiques, auxquels furent confrontés les éditeurs qui s’engagèrent dans le projet d’édition complète de la correspondance de Grotius, intitulée Briefwisseling van Hugo Grotius (BW). Un aperçu de la liste des éditeurs précédents ne l’indique que trop clairement : P. C. Molhuysen édita le premier volume de la correspondance dont la parution remonte à 1928. En 1936, il publia le deuxième volume et, vers la fin de sa vie, en 1943, il avait localisé à peu près cinq mille huit cents lettres, soit quelque deux mille de moins que ce qui est actuellement connu. Le troisième volume de la série sortit, après un long retard, en 1961. L’éditeur B. L. Meulenbroek poursuivit la publication des volumes IV à XI qui se succédèrent rapidement, le dernier en collaboration avec Mme Paula P. Witkam. Le douzième volume fut publié par cette dernière seule. Après sa mort prématurée en 1985, l’achèvement de la série fut confié à Mme Cornelia M. Ridderikhoff ainsi qu’à moi-même.
Au mois de juin 2001, près de soixante-quinze ans après la publication du premier volume, parut enfin le dix-septième et dernier qui est un volume de supplément, constitué de lettres omises dans les précédents. Ce volume de supplément comprend trois cent dix lettres (et quatre-vingt-cinq autres documents en annexe), antérieurement inconnues ou présentées maintenant dans une version meilleure. Sur ces trois cent dix lettres, Grotius en envoya lui-même cent cinq et en reçut deux cent cinq.
 
III
 
 
La correspondance de Grotius n’est pas seulement d’une énorme taille, mais se trouve éparpillée à travers nombre de dépôts d’archives et de bibliothèques. Les problèmes qu’impliquaient le repérage et le rassemblement d’un tel ensemble de matériaux dispersés n’ont pas été simples à résoudre. Au cours de l’entreprise, trois circulaires ont été envoyées afin de localiser des lettres inconnues appartenant à la correspondance de Grotius. En dépit du succès de toutes ces circulaires, elles ne dispensaient pas d’une recherche dans les archives hollandaises et à l’étranger, en particulier lorsqu’il s’agissait de collections qui n’avaient pas été inventoriées exhaustivement. La personne tout indiquée pour mener à bien semblable recherche est, bien entendu, l’éditeur qui a la connaissance spécialisée voulue de la vie de Grotius, de sa carrière de fonctionnaire et de ses contacts épistolaires. Mais il est illusoire de penser qu’un inventaire quelconque puisse jamais être complet, comme le montre l’examen minutieux et systématique de catalogues de vente : beaucoup de lettres sont tombées entre les mains de collectionneurs privés, devenant de la sorte inaccessibles en fait [11]. Tous les collectionneurs et possesseurs d’archives familiales ne sont pas aussi obligeants que, par exemple, le comte Georges de Rotrou à Paris, qui a été assez aimable pour m’autoriser à transcrire une lettre en sa possession, écrite à Grotius par le maréchal Jean-Baptiste de Budes, comte de Guébriant [12].
La préparation du dernier volume de supplément de la série a de nouveau fait apparaître que la recherche de l’héritage de Grotius amènerait à découvrir de loin en loin une lettre inconnue. Contrairement à Érasme et à Spinoza, Grotius trouve encore le moyen de retenir l’attention du public grâce à la découverte de manuscrits cachés. Ce fut, semble-t-il, le cas quand, le 21 novembre 2000, un journal hollandais, le Telegraaf, rapporta qu’un habitant de la ville de Zevenaar était tombé sur une lettre originale de Grotius en rangeant son grenier. Le commissaire-priseur chargé de la vente du document l’expertisa sept mille florins, convaincu d’avoir affaire à un exemple exceptionnel d’art épistolaire. Dans cette lettre, écrite en un superbe néerlandais ancien, Grotius exprime sa gratitude à son ami Joost van den Vondel, poète éminent qui avait dédié, à ses risques et périls, sa pièce Gijsbrecht van Aemstel à cet exilé célèbre et controversé qu’était Hugo Grotius. Il apparut malheureusement bien vite que la lettre était un fac-similé, imprimé sur un papier spécial et, de ce fait, difficile à distinguer d’un papier d’origine. L’autographe proprement dit avec ses sceaux authentiques est conservé à la Bibliothèque royale de La Haye. C’est ce document qui a servi de source pour l’édition dans le Briefwisseling [13].
Une rubrique intitulée « Stan Huygens Journaal » et publiée dans le même Telegraaf, le lendemain 22 novembre 2000, montrait un dessin humoristique de cette prétendue découverte : un coffre à livres au couvercle entrebâillé, une petite main brandissant une lettre à travers l’ouverture. À ce moment-là, c’était seulement une fausse alerte, mais les choses se passèrent différemment quelques mois plus tard, quand les nouvelles diffusèrent la découverte d’une autre lettre. Il se trouva, en l’occurrence, qu’il s’agissait d’un autographe de Hugo Grotius, adressé à François-Auguste de Thou, fils de l’historien Jacques-Auguste de Thou. En avril 1635, de Thou avait perdu son frère cadet Achille-Auguste, à la suite de quoi il reçut de Grotius une lettre de consolation, écrite d’une main soignée et bien lisible, tout au contraire de celles que le docte exilé envoyait habituellement à sa famille. Sans faire référence explicite à la privation, Grotius se donne à voir comme vivant au milieu des épreuves de l’existence ici-bas, par opposition au bonheur céleste. Le destinataire, « intendant de la justice et des finances du Roy » dans l’armée française, était un important mécène, membre d’une famille éminente. Bien que Grotius occupât une position également éminente comme ambassadeur de la Couronne de Suède à la cour de France, il se présentait lui-même en observant les meilleures manières, comme s’il s’adressait à un supérieur. Avant la découverte de cette lettre, celle-ci se trouvait déjà publiée dans notre série [14], mais dans une version fondée sur d’autres sources. Curieusement, cette lettre en particulier a été publiée deux fois dans les Epistolae quotquot reperiri potuerunt, édition de référence de la correspondance latine de Grotius, volumineux in-folio publié par Blaeu en 1687. Il en existe en outre une version manuscrite, conservée dans un des livres de copies où les secrétaires de Grotius avaient l’habitude de transcrire les courriers importants qu’ils envoyaient. En avril 2001, cependant, mon collègue Marcus de Schepper me remit une photocopie de l’autographe appartenant à une collection privée. Le 15 juin 2001, la lettre a été mise en vente à Bruxelles. On peut ainsi pressentir que des lettres ou des fragments de lettres viendront en plus grand nombre sur le devant de la scène.
 
IV
 
 
L’imposante masse de la correspondance de Grotius et l’immense variété de ses formes épistolaires ne sont pas si surprenantes si l’on examine de plus près la manière dont Grotius organisait ses activités d’épistolier. Dans le reste de mon exposé, je décrirai donc d’abord les activités de Grotius comme correspondant, en particulier pendant deux années : 1642 et 1643. En m’appuyant sur les lettres de ces années-là, je me propose de faire voir le chemin complexe qu’elles ont suivi pour nous parvenir. À l’aide de quelques exemples, je donnerai un aperçu des problèmes que nous avons rencontrés au cours de l’édition.
En 1642, les obligations professionnelles de Grotius l’amenèrent à entretenir une relation épistolaire régulière avec ses supérieurs suédois et ses collègues diplomates en Allemagne, dans la République des Provinces-Unies, en Suisse et en Pologne. Dans sa correspondance diplomatique, Grotius rendait compte de ses efforts accomplis au nom de ses maîtres et passait aux nouvelles politiques qu’il avait réussi à recueillir. Chaque semaine il rédigeait personnellement une longue lettre en latin pour l’envoyer à son supérieur direct, le chancelier suédois Axel Oxenstierna. Un secrétaire faisait une copie de la lettre pour Johan, fils d’Oxenstierna, qui devait prendre part comme plénipotentiaire suédois à la future conférence de paix de Munster et d’Osnabruck et avait donc besoin d’être au fait des nouvelles de France. Grotius écrivait également de temps à autre à la reine Christine. Pour le reste, il envoyait des comptes rendus de politique générale sous la forme de nouvelles hebdomadaires à son beau-frère Nicolas van Reigersberch, ainsi qu’à Petter Spiring Silvercrona, représentant suédois à La Haye, et à Joachim de Wicquefort, représentant de Hesse-Cassel, également établi à La Haye. Enfin, Grotius procurait des nouvelles politiques assez régulières au résident suédois à Zurich, Carl Marin, à son collègue d’Amsterdam, Harald Appelboom, et aux diplomates Johan Adler Salvius à Hambourg et Paulus Pels à Dantzig. Selon toute probabilité, Grotius rédigeait ses nouvelles en néerlandais d’abord pour Reigersberch, puis se mettait assidûment à la tâche pour produire sa lettre latine à Oxenstierna, laissant en attente les autres correspondants. La lettre à Reigersberch contenait des nouvelles d’ordre général, destinées à être transmises à d’autres correspondants [15]. Grotius avait aussi à régler des affaires de famille rigoureusement confidentielles et souhaitait parfois donner libre cours à ses opinions personnelles sur les événements politiques récents, en particulier dans la République des Provinces-Unies : aussi utilisait-il une feuille de papier séparée pour une seconde lettre destinée seulement à être vue de Reigersberch. Les lettres à Reigersberch constituaient un trait d’union avec sa correspondance privée puisqu’il écrivait aussi chaque semaine à son frère Guillaume. Dans ces dernières lettres, écrites en latin, il abordait principalement des sujets personnels, tels que le progrès de ses études, la publication de ses œuvres et leur accueil dans la République.
Grotius n’était pas disposé à consacrer beaucoup de temps à sa correspondance personnelle avec d’autres érudits. Dans les dernières années de sa vie, la place de ce type de lettres dans sa correspondance diminue en conséquence, et c’est alors seulement de temps à autre qu’il échange des lettres avec de vieux amis, tels que Gerardus Joannes Vossius et Johannes Wtenbogaert. Bien plus, il évitait d’inaugurer de nouveaux échanges épistolaires. Comme il nous le révèle parfois, correspondre avec autrui n’était pas une fin en soi, mais un moyen d’échanger des nouvelles, de rendre compte de ses activités diplomatiques, de débattre d’affaires familiales et de mettre au point la publication de ses œuvres. En outre, Grotius craignait de se découvrir dans ses lettres depuis qu’il avait soutenu la cause de l’union des églises chrétiennes, accumulant ainsi sur sa tête l’opprobre de tous. Si ses lettres étaient parvenues entre les mains de ses adversaires dans cette polémique, ceux-ci ne se seraient sûrement pas privés d’user mal à propos de ses épanchements en vue de leurs propres fins [16]. Néanmoins, la liste des correspondants de Grotius en 1642 comporte quelque cinquante noms. Cent quatre-vingt-dix-huit des quatre cent quatre-vingt-neuf lettres de cette année-là (trois cent quinze écrites par Grotius, cent soixante-quatorze adressées à lui) sont plus ou moins personnelles et impliquent vingt-sept correspondants. Les deux cent quatre-vingt-onze qui restent, impliquant vingt-trois autres correspondants, constituent les lettres et nouvelles diplomatiques [17]. Les chiffres de l’année 1643 révèlent un schéma semblable. L’ensemble du volume se monte à six cent deux lettres (quatre cents de Grotius et deux cent deux adressées à lui) échangées avec quarante-trois correspondants ; cent soixante-dix-neuf des six cent deux lettres sont personnelles, impliquant quinze correspondants ; les quatre cent vingt-trois restantes sont des lettres et des nouvelles diplomatiques [18]. Au total, pour les deux années considérées, les lettres ont été écrites approximativement à quarante-sept pour cent en latin, vingt-quatre pour cent en néerlandais, vingt-six pour cent en français et trois pour cent en allemand.
 
V
 
 
Les années 1642 et 1643 sont très typiques de la manière dont Grotius mena sa correspondance dans la dernière phase de sa vie. Il est probable qu’il consacrait la plus grande partie de son samedi, jour où il expédiait son courrier à la République, en Allemagne et en Suède, à rédiger ses lettres. Au fil de nombreuses années, Grotius créa un immense corpus de lettres qui se distingue non seulement par la taille et la variété, mais aussi par son cheminement complexe de génération en génération. Je voudrais m’attarder sur ce point, étroitement lié à notre travail d’édition.
La correspondance passive et active de Grotius a été transmise à la postérité sous la forme de brouillons, d’autographes, de copies signées et d’autres non autorisées, de traductions par des éditeurs, dans des imprimés, en fac-similé, en résumés dans des catalogues de vente et, bien entendu, selon toutes les combinaisons possibles. Pour prendre un seul exemple, au printemps de 1643, le poète, médecin et aventurier Marc Duncan de Cerisantes partit pour la Suède, armé d’une lettre de recommandation de l’ambassadeur Grotius pour le chancelier Axel Oxenstierna. Grotius eut bientôt des raisons de regretter son empressement à l’obliger, Cerisantes ayant bénéficié d’une ascension fulgurante à la cour de Suède. Peu après, il revint à Paris comme envoyé extraordinaire de Suède et se mit en devoir de mettre Grotius en échec à chaque tournant et de lui rendre la vie pénible. Cette histoire bizarre explique peut-être pourquoi la lettre de Grotius existe encore, non seulement autographe, mais en neuf copies et trois versions imprimées. On peut voir l’autographe à Stockholm, les copies à Dresde, Leipzig, Linköping (2), Uppsala, Hambourg (2), Hanovre et Copenhague [19].
Dans la République des Lettres, l’étoile de Grotius avait rapidement monté ; il n’est donc pas surprenant que des copies de ses lettres aient été mises en circulation quand il n’était encore qu’un jeune homme. Après sa mort également, de grands pans de sa correspondance ont été copiés et sauvés de la sorte pour la postérité. Mais Grotius lui-même contribua aussi à la conservation de son corpus épistolaire. Après 1634, il garda systématiquement ses archives dont plusieurs grands pans existent toujours. Grotius faisait transcrire par ses secrétaires le courrier diplomatique et personnel dans des livres de copies spéciaux. Les lettres reçues étaient classées selon le nom de l’expéditeur. Grotius écrivait le nom de ce dernier au dos de la lettre et notait la date de réception au-dessus des premières lignes de la lettre, ce qui rend ainsi possible d’établir avec une grande précision le temps mis par une lettre pour atteindre sa destination. La méticulosité de Grotius nous permet d’établir qu’une lettre postée à La Haye mettait huit ou neuf jours pour atteindre Paris, qu’un courrier de Dantzig mettait généralement un mois, et deux ou trois semaines de Zurich. Ces données n’ont pas encore été examinées systématiquement, mais il est tout à fait sûr que les services postaux à l’époque de Grotius étaient fiables et réguliers [20].
Grotius ne vérifiait pas très soigneusement les copies de ses secrétaires. Le français et le latin sont bâclés et comportent nombre d’erreurs d’orthographe courante. Les noms sont fréquemment déformés, les adresses et les formules de politesse omises. En bref, les clercs-copistes se précipitaient dans les tâches qui leur étaient attribuées, semblant n’avoir eu aucune considération pour les générations à venir. La seule chose qui, semble-t-il, comptât était de permettre à Grotius la consultation rapide des nouvelles qu’il avait antérieurement transmises à d’autres personnes.
Beaucoup de lettres ne nous sont pas parvenues sous la forme d’autographes ou de copies, mais imprimées. Les éditions de lettres d’un auteur de l’humanisme tardif, imprimées au XVIIe siècle, jouent indiscutablement un rôle important dans la publication d’une édition complète de sa correspondance. De notables parties de la correspondance de Grotius furent même imprimées de son vivant, pour la plupart les lettres que lui avaient envoyées des érudits célèbres. En effet, quand mourait un collègue réputé, il était de coutume que ses amis ou sa parenté fissent paraître une anthologie de sa correspondance dont la publication témoignât de leur respect posthume. Grotius lui aussi avait été de temps à autre sollicité de procurer des lettres pour ce genre de publication : un assez grand nombre de lettres adressées à Grotius furent par exemple insérées dans les Epistolae Baudii et dans les Epistolae Casauboni [21].
Après sa mort, Grotius lui-même eut aussi l’honneur de ce type de publication, en premier lieu les Epistolae ad Gallos [22] et les Epistolae quotquot reperiri potuerunt [23]. Dans nombre de cas, l’exemplaire imprimé était basé sur les autographes, mais dès que ces lettres étaient disponibles sous la forme imprimée on ne considérait plus comme nécessaire d’en conserver les originaux. C’est pourquoi la plupart des originaux des lettres imprimées n’existent plus maintenant.
De récentes recherches menées sur ces éditions montrent que celles-ci sont à plusieurs égards défectueuses. Compte non tenu des erreurs commises par les imprimeurs ou par les correcteurs, il apparaît que l’on respectait peu le passé de la lettre en tant que source historique. Les réponses des autres correspondants manquent et les éditeurs étaient fortement sélectifs, non seulement dans leur choix des lettres, mais aussi du contenu de chacune d’elles en particulier : les passages rigoureusement confidentiels ou blessants étaient purement et simplement supprimés et les noms remplacés par des astérisques. S’agissant de Hugo Grotius, on prit vite conscience des insuffisances de cette méthode d’édition : des exemplaires se mirent à circuler dont les lacunes avaient été comblées à la main. En 1648, parut une édition des Epistolae ad Gallos contenant la correspondance de Grotius adressée à des érudits français, remplie d’astérisques et de lignes en pointillé. Dans son avant-propos, l’éditeur Claude Sarrau prétendait avec contentement avoir pris tout le soin possible pour éditer ces lettres de telle manière que personne ne pût s’en offenser. Un exemplaire aboutit sur les rayons des frères Dupuy, amis de Sarrau qui lui avaient prêté des autographes pour cette édition-là. Il vaut la peine de noter que presque toutes les lacunes de cet exemplaire ont été comblées, y compris un passage un peu plus long, ce qui semblerait justifier la supposition que Sarrau procura à ses amis une liste des fragments omis [24].
Parfois même, des listes d’addenda furent imprimées [25]. La publication, en 1687, des Epistolae quotquot reperiri potuerunt fut sans doute reportée en raison des objections des enfants de Pierre de Groot, fils de Grotius, à y voir insérés un certain nombre de fragments éclairant sous un mauvais jour la conduite de Pierre. Des années plus tard, tel ou tel fragment ainsi que les clefs des codes insérés sans autre commentaire dans les Epistolae quotquot apparurent dans une sorte d’épilogue intitulé Clavis epistolarum [26]. Ce livret permettait à tous ceux qu’intéressaient la vie et les œuvres de Grotius de lire que l’un de ses fils avait été tout à fait hostile à l’idée de faire des études, préférant gaspiller son argent et fréquenter des amis peu convenables plutôt que suivre les traces de son père.
 
VI
 
 
Je présenterai maintenant deux exemples de lettres contenant des adaptations éditoriales significatives.
Dans une lettre à Jacques Dupuy, datée du 2 avril 1633, l’éditeur des Epistolae ad Gallos de 1648, Claude Sarrau, fit disparaître les noms de Charles de L’Aubespine, marquis de Châteauneuf, et de François-Auguste de Thou :
Epist. ad Gallos, p. 378-379 ; BW V, no 1829, Grotius à Jacques Dupuy, 2 avril 1633 (autographe, Paris, BNF, coll. Dupuy, no 583, fol. 19) : « Ad vestra venio. V[iro] A[mplissimo] Thuano crescere honores gratulor ; mihi gaudeo in tam candido pectore amicam mei restare memoriam. De Castellinovio est ut dicis. Iis fuit moribus, ut casum eius terrori magis quam dolori plerisque futurum satis possit intelligi. Certe nihil in eo damni facturum [“futurum”, in Epist. ad Gallos] Thuanum, quod non abunde sit pensatura Seguierii favens bonis omnibus bonitas, vobiscum spero ».
Charles de L’Aubespine devint garde des Sceaux en 1630, fonction qu’il perdit en février 1633, quand Pierre Séguier lui succéda. Châteauneuf fut emprisonné et ne retrouva la liberté qu’après la mort de Richelieu en 1642. L’allusion de Grotius à la chute de Châteauneuf fut estimée impropre à la publication par l’éditeur des Epistolae ad Gallos.
Quand Grotius exprima l’espoir que son cher ami François-Auguste de Thou profitât de la bienveillance de Pierre Séguier, récemment entré en charge, de la même manière qu’il avait bénéficié du mécénat de son prédécesseur Châteauneuf, Sarrau jugea tout aussi sage de substituer un astérisque au nom de Thuanus. Cette manœuvre éditoriale a peut-être été jugée nécessaire parce que le souhait de Grotius n’était pas exaucé. En revanche, en 1642, de Thou s’était compromis dans la conspiration de Cinq-Mars. Obséquieux auxiliaire de Richelieu, Pierre Séguier (devenu chancelier en 1635) collabora au procès et à la condamnation de François-Auguste de Thou, qui mourut sur l’échafaud et fut sincèrement pleuré par son ami Grotius [27].
Le second fragment, retiré des Epistolae quotquot de 1687, fut publié ultérieurement, en 1763, dans la Clavis epistolarum :
Clavis epist., p. *4 ro [= p. *5 ro] ; BW XI, no 4987, Grotius à Guillaume de Groot, 28 décembre 1640, contient un commentaire censuré sur Pierre, fils de Grotius : « Venio ad filium Petrum. Pridem ad me non scripsit. Nec ego ad eum scribam. Boni patris consilia pro imperiis valere debent, nisi causae sint graves in contrarium, quae significandae sunt. Ego id maxime quaero, quomodo eum labori assuefaciam et frugalitati atque in eam ducam viam, unde ipse se ac familiam, si res ita eveniat, sustentare possit, ita ut nec conscientiam nec patriam prodat, sed sibi primum, deinde et cognatis omnibus decori sit ; quod non in honorum inanibus titulis, sed in vera eruditione ac virtute situm est ». La sévérité de ce jugement paternel explique aisément les raisons de l’intervention éditoriale.
 
VII
 
 
Les Epistolae quotquot furent publiées comme témoignage posthume de respect pour un grand érudit. En dépit de leurs défauts, il s’agit d’une source d’une extrême importance pour l’édition de la correspondance de Grotius. Ce volume in-folio du XVIIe siècle contient les seuls textes existants d’un grand nombre de lettres et la version la plus fiable de quantité d’autres. Les Epistolae ad Gallos et les Epistolae quotquot ne sont aucunement les seules sources dignes de notre attention ici. Il en existe une autre, d’un genre tout différent, pour une édition complète des lettres de Grotius : la collection publiée dans la seconde moitié du XVIIe siècle pour justifier le rôle joué par le parti remontrant, mouvement ecclésiastique dont on pourrait affirmer que Grotius était l’éminent représentant. Je renvoie ici aux Epistolae ecclesiasticae de 1660, réimprimées en 1684 et en 1704 [28].
J’essaierai de montrer la particulière importance de cette œuvre à l’aide d’un exemple. Depuis 1614, Grotius écrivait régulièrement à Gerardus Joannes Vossius qui l’assistait et le conseillait au moment de la publication de plusieurs de ses ouvrages. Nombre de lettres de Vossius parurent dans les Vossii epistolae de 1690 [29], publication londonienne conforme à la tradition des contributions posthumes dont j’ai parlé tout à l’heure. L’éditeur, Paulus Colomesius (Paul Colomiès, Français d’origine), utilisa des papiers provenant des biens de Vossius, qui comprenaient douze volumes de correspondance active et passive, aujourd’hui conservés dans la collection Rawlinson de la Bibliothèque bodléienne d’Oxford. Les lettres à Grotius qui s’y trouvent sont probablement des copies des propres brouillons de Vossius. Les changements fréquents d’écriture indiquent clairement que Vossius utilisait comme secrétaires des membres de sa famille ou des étudiants, mais il y a çà et là des preuves qu’il intervenait personnellement : ainsi, le texte de sa lettre à Grotius du 23 août 1642 est partiellement consigné de sa propre main [30].
Six ans avant Colomiès, en 1684, deux Néerlandais, Christian Hartsoecker et Philippe de Limborch, avaient publié des éléments de correspondance entre Grotius et Vossius dans la seconde édition de leurs Epistolae ecclesiasticae [31]. Les avant-propos des éditions consécutives de cette œuvre sont particulièrement instructifs, en raison de l’allusion qu’ils font à l’exceptionnelle importance de la lettre comme source de renseignements sur l’histoire néerlandaise et sur ceux qui y ont joué les premiers rôles. C’est un fait intéressant que l’on prête attention pour la première fois à la nécessité de publier des textes de lettres fiables. Christian Hartsoecker et Philippe de Limborch se font gloire de préférer les lettres originales [32]. Cela est certainement exact pour ce qui est des lettres de Vossius à Grotius : faute de connaître l’existence de la collection d’Oxford, Hartsoecker et Limborch utilisèrent d’autres sources, de préférence les autographes qui circulaient en grande quantité à cette époque. Dans un cas précis, la preuve en est incontestable : la lettre de Vossius à Grotius du 21 juillet 1642, telle qu’elle est imprimée dans les Epistolae ecclesiasticae, est une copie exacte d’un autographe toujours disponible. On trouve cet original à Berlin, dont les notes marginales prouvent qu’il s’agissait de la même lettre utilisée par l’imprimeur des Epistolae ecclesiasticae [33]. Une autre lettre, écrite en 1642 et insérée dans cette publication, est adressée par Vossius à Grotius, en date du 17 juin 1642, mais cette fois-ci on ne connaît aucune trace du document qui a servi à constituer la version imprimée. L’édition par Colomiès de la même lettre dans les Vossii epistolae est fondée sur la version issue des propres papiers de Vossius [34]. La comparaison des deux versions nous amène cependant à accorder une particulière importance à celle donnée dans les Epistolae ecclesiasticae [35] puisqu’elle provenait de la source originale, c’est-à-dire l’autographe tel qu’il avait été confié au service postal [36].
Les éditeurs des Epistolae ecclesiasticae avaient un but élevé : ils voulaient montrer au moyen de ces lettres l’orthodoxie du mouvement des remontrants, injustement exilés des Pays-Bas en 1619 [37]. La langue originale de la grande majorité des lettres était le latin, mais dans le cas de la correspondance en néerlandais d’hommes célèbres, tels que Hugo Grotius et Johannes Wtenbogaert, un certain nombre de leurs lettres furent également traduites en latin et insérées avec la mention « [epistola] versa ex Belgico [sermone] ». Cela explique pourquoi la lettre hautement instructive de Grotius à Wtenbogaert du 12 mars 1644 a été conservée sous plusieurs formes différentes. On trouve l’original à la Bibliothèque de l’Université d’Amsterdam, écrit en néerlandais et, selon une note au verso, passé à un moment donné entre les mains de Wtenbogaert [38]. Une copie commandée par Grotius est insérée dans les Epistolae ad eruditos, cahier spécial de copies contenant la correspondance de Grotius avec les érudits, qui appartient à la collection des « Remonstrantica » de la Bibliothèque municipale de Rotterdam [39]. Enfin, une traduction latine figure dans les Epistolae ecclesiasticae [40]. La comparaison de toutes ces versions montre que la copie a été réalisée sans soin et que la traduction latine est utile pour interpréter l’original de la propre main de Grotius, dont le déchiffrement se heurte à des problèmes de tous ordres.
 
VIII
 
 
C’est surtout quand un autographe écrit à la hâte ou un cahier de copies bâclé constitue l’unique source, que l’éditeur réalise la difficulté de sa tâche : éditer prend alors un temps et une énergie considérables, bien davantage sans doute que n’en consacra Grotius à rédiger sa lettre originale. Vers la fin de sa vie bien remplie et tumultueuse, le grand érudit se prenait à réfléchir de temps à autre sur les raisons qui l’avaient poussé à entreprendre et à entretenir des correspondances avec d’autres personnes. Dans ces moments de méditation, il manifeste le peu de sens qu’il voyait à gaspiller son temps en travaillant à polir le style de ses lettres : « Mihi, in literis quae non publico sed amicis scribuntur nimium forte festinanti, sufficit si intelligar » [41]. Autrement dit, pour autant que ses intentions fussent clairement saisies, il était satisfait. Bien sûr, je considère cette affirmation à la lumière de ma propre situation et je dois reconnaître que j’envie Grotius et ses correspondants. Ils avaient sur nous la chance de disposer des autographes à portée de main, tandis que l’éditeur d’aujourd’hui doit d’ordinaire s’accommoder de copies gravement corrompues et d’anciennes éditions imprimées.
 
ABRÉVIATIONS
 
 
BG = J. ter Meulen et P. J. J. Diermanse, Bibliographie des écrits imprimés de Hugo Grotius, La Haye, 1950.
Brandt-Catt. (1727) = Caspar Brandt et Adriaen van Cattenburgh, Historie van het leven des heeren Huig de Groot..., I-II, Dordrecht, Amsterdam, 1727.
Brieven Wtenb. = Brieven en onuitgegeven stukken van Johannes Wtenbogaert, III, 4 (1631-1644), éd. H. C. Rogge [Werken uitgegeven door het Historisch Genootschap, Nieuwe Reeks, 22], Utrecht, 1875.
BW = Briefwisseling van Hugo Grotius, I-XVII, éd. P. C. Molhuysen, B. L. Meulenbroek, P. P. Witkam, H. J. M. Nellen et C. M. Ridderikhoff [Rijks Geschiedkundige Publicatiën, Grote Serie], La Haye, 1928-2001.
Clavis epist. = Clavis epistolarum Hugonis Grotii. Nunc primum edita, s.l., 1763.
Corr. Vulcanius = Correspondance de Bonaventura Vulcanius pendant son séjour à Cologne, Genève et Bâle (1573-1577) précédée de quelques lettres écrites avant cette époque, éd. H. de Vries de Heekelingen, La Haye, 1923.
Epist. = Hugo Grotius, Epistolae quotquot reperiri potuerunt..., Amsterdam, 1687.
Epist. Baudii = Dominicus Baudius, Epistolarum centuriae duae [tres]..., Leyde, 1615, 16202, etc.
Epist. Casauboni = Isaac Casaubonus, Epistolae quotquot reperiri potuerunt..., La Haye, 1638, Magdebourg, etc., 16562, Rotterdam, 17093.
Epist. eccl. = Praestantium ac eruditorum virorum epistolae ecclesiasticae et theologicae varii argumenti..., éd. Christian Hartsoecker et Philippe de Limborch, Amsterdam, 1660, 16842, 17043.
Epist. ad Gallos = Hugo Grotius, Epistolae ad Gallos..., Leyde, 1648, 16502, Leipzig, 16743, Leipzig, etc., 16844.
Hobbes, The Correspondence = Thomas Hobbes, The Correspondence, I-II, éd. N. Malcolm [The Clarendon Edition of the Works of Thomas Hobbes, VI-VII], Oxford, 1994.
Inv. Vossius = G. A. C. Van der Lem et C. S. M. Rademaker, Inventory of the Correspondence of Gerardus Joannes Vossius (1577-1649) [Respublica Literaria Neerlandica no 7], Assen, Maastricht, 1993.
Spinoza, Opera = Spinoza, Opera, I-V, éd. C. Gebhardt, Heidelberg, [1925-]1987.
Vossii Epist. = Gerardi Joannis Vossii et clarorum virorum ad eum epistolae, éd. Paulus Colomesius, Londres, 1690, Augsbourg, 16912, Londres, 16933, etc.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Akkerman F. (1977), « Verantwoording van teksten en vertalingen », dans Spinoza, Briefwisseling, éd. F. Akkerman, H. G. Hubbeling, A. G. Westerbrink, Amsterdam, 1977, p. 9-23.
·  Dibon P. (1981), « Les avatars d’une édition de correspondance : les Epistolae I. Casauboni de 1638 », dans Nouvelles de la République des Lettres, 1981, 2, p. 25-65.
·  Eyffinger A. (1985), De handschriftelijke nalatenschap van Hugo de Groot. Inventaris van de papieren in Nederlandse openbare collecties, La Haye, 1985 [texte dactylographié].
·  Meulenbroek B. L. (1979), « Hugo de Groot. Zijn Briefwisseling en Dichtwerken », dans Nederlandse Organisatie voor Zuiver-Wetenschappelijk Onderzoek. Jaarboek 1979 (La Haye, 1980), p. 89-109.
·  Nellen H. J. M. (1988), « A “Speculum Minime Mendax” : The Correspondence of Hugo Grotius (1597-1645) », dans Grotiana, NS 9 (1988), p. 79-93.
·  Nellen H. J. M. (1990), « Editing 17th-Century Scholarly Correspondence : Grotius, Huygens and Mersenne », dans Lias, 17 (1990), p. 9-20.
·  Nellen H. J. M. (1997), « BN Paris, Rés. Z. 2243 : An Annotated Copy of Grotius’ Epistolae ad Gallos (1648) », dans Grotiana, NS 18 (1997), p. 55-68.
·  Nellen H. J. M. (1999), « Confidentiality and Indiscretion : The Intricacies of Publishing Grotius’ Correspondence Posthumously », dans Produktion und Kontext. Beiträge der Internationalen Fachtagung der Arbeitsgemeinschaft für germanistische Edition im Constantijn Huygens Instituut, Den Haag, 4. bis 7. März 1998 [Beihefte zu Editio, 13], éd. H. T. M. Van Vliet, Tubingue, 1999, p. 135-144.
·  Nellen H. J. M. (2002), « In Strict Confidence : Grotius’ Correspondence with his Socinian Friends », dans Self-Presentation and Social Identification. The Rhetoric and Pragmatics of Letter Writing in Early Modern Times, éd. T. Van Houdt et al. [Supplementa Humanistica Lovaniensia, 18], Louvain, 2002, p. 227-245.
·  Noordhoff L. J. (1953), Beschrijving van het zich in Nederland bevindende en nog onbeschreven gedeelte der papieren afkomstig van Huig de Groot welke in 1864 te ’s-Gravenhage zijn geveild, Groningue, Djakarta, 1953.
·  Rademaker C. S. M. (1981), Life and Work of Gerardus Joannes Vossius (1577-1649) [Respublica Literaria Neerlandica, no 5], Assen, 1981.
·  Richtlijnen voor het uitgeven van historische bescheiden samengesteld in opdracht van het Nederlands Historisch Genootschap en van de Rijkscommissie voor Vaderlandse Geschiedenis, La Haye, 19886.
·  Witkam P. P. (1983), Enige numerieke gegevens met betrekking tot de briefwisseling van Hugo Grotius, La Haye, 1983 [texte dactylographié].
 
NOTES
 
[1] Ms. Munich, Bayerische Staatsbibliothek, collection Camerarius, Clm. 10369, no 11 (lettre publiée dans Corr. Vulcanius, p. 150), Bonaventura Vulcanius (Bâle) à Joachim Camerarius II (Nuremberg), 9 mai 1576 : « Equidem nunquam eius fui sententiae, ut iis tantum quibus noti aut amici essemus scribendum putarem : imo vero ita semper mihi persuasi, quum inter eos qui iisdem studiis delectantur, etiam ignotos, tacitus quidam animorum consensus existat, eum scribendi officio excitandum, fovendum ac stabiliendum esse. Hac igitur mea fiducia fretus, nihil vereor ne aut impudentiae aut temeritatis notam subeam, qui te ignotus et obscurus alioqui homo literis meis interpellem ».
[2] La réponse de Camerarius respire une bienveillance qui est très caractéristique. Cf. Corr. Vulcanius, p. 363-365, Camerarius à Vulcanius, 21 juillet 1576 : « Quod erudite et humaniter literas tuas scriptas ad me tibi antea ignotum et mediocris conditionis hominem dare volueris, agnosco etiam hac in parte ingenii tui, de quo iamdudum multa praeclara perhiberi ab amicis meis audiveram, bonitatem morumque suavitatem singularem, certoque tibi persuadeas te ea in re magnam iniisse apud me gratiam, tuaque benevolentia et amicitia mihi nihil gratius nec optatius accidere potuisse. Recte dicit Xenophon [Memorabilia 2 . 4 . 1] atque ita rem se habere iamdudum arbitratus sum p0ntwn kthm0twn kr0tiston einai jBlon 3gaqpn. Alii sibi alias opes colligant, ego certe hoc lucrum puto esse maximum. Hoc igitur sit tibi persuasissimum, complecti te voluntate et amore tuo hominem tui studiosum et amantem, nec fallam, ut spero, opinionem tuam ».
[3] Cf. Spinoza, Opera IV, p. 365-381 ; Akkerman (1977), p. 9-23, et Hobbes, The Correspondence I, p. XXI.
[4] Cf. BG, nos 1210-1315 ; Witkam (1983), p. 9-23 ; Meulenbroek (1979), p. 89-102 ; Nellen (1988), p. 79-93.
[5] Ms. La Haye, Archives nationales, 1re section, coll. Hugo de Groot, acq. 1911, XXIII, nos 1-39 et suppléments I-V ; Ms. La Haye, Bibliothèque royale, coll. Cornets de Groot, etc.
[6] Ms. Rotterdam, Bibliothèque municipale, coll. Remonstrantse Kerk.
[7] Leyde, Bibliothèque de l’Université, BPG 77 ; Papenbroeck 2, etc.
[8] Ms. Amsterdam, Bibliothèque de l’Université, coll. Remonstrantse Kerk et coll. Diederichs. Sur l’éparpillement des papiers de Grotius, voir Noordhoff (1953) et Eyffinger (1985). Pour un aperçu de toutes les collections manuscrites, utilisées pour l’édition des lettres dans BW, voir BW XVII, p. VIII-X et 665-696, « Vindplaatsen van de briefteksten ».
[9] Brandt-Catt. (1727).
[10] Cf. BW XIII, nos 5535, 5809, 5812, 5829, 5840, 5886, 5920, 5963 et 5985. Pour l’année 1643, Brandt-Catt. (1727) donne quatorze fragments de lettres qu’on ne connaît pas par d’autres sources.
[11] Parfois les catalogues de vente contiennent des extraits de lettres disparues. Cf. BW XII, no 5022. Voir aussi Nellen (1990), p. 13-15.
[12] BW XIII, no 6399.
[13] BW IX, no 3602.
[14] BW VI, no 2208.
[15] Bien que Grotius s’efforçât de donner ses nouvelles d’une manière neutre, il exprima plusieurs fois son irritation à voir ses lettres circuler en dehors d’un petit cercle d’initiés, attendu que d’éventuelles indiscrétions ne manqueraient pas de compromettre sa position, déjà très délicate, à la cour de France. Cf. BW XIII, Introduction, p. XIX.
[16] Cf. Nellen (1988), p. 89-91.
[17] BW XIII, p. VII-XI et 607-608, « Register van brieven ».
[18] BW XIV, p. VII-XII et 825-826, « Register van brieven ».
[19] Cf. BW XIV, no 6110, à A. Oxenstierna, 28 février 1643.
[20] Witkam (1983), p. 20-21. Cf. BW XIII, Introduction, p. X-XI.
[21] Epist. Baudii 1615, 16202, etc. ; Epist. Casauboni 1638, 16562, 17093.
[22] Epist. ad Gallos 1648, 16502, 16743, 16844 (BG, nos 1213-1216).
[23] Epist. (BG, no 1210).
[24] Epist. ad Gallos 1648 ; Paris, Bibliothèque nationale de France, Catalogue général des livres imprimés LXIV, col. 1024, no 52, cote Rés. Z. 2243 ( « Reliure aux armes de Dupuy. Note ms. du même à la fin » ). À la BNF se trouve aussi un exemplaire annoté de Epist. (Cat. gén. LXIV, col. 1024, no 51, cote Rés. Z. 468 : « Un... ex. avec notes manuscrites, dans lequel les lacunes sont remplies, les noms propres restitués et les chiffres expliqués d’après l’original, communiqué par l’archevêque d’Upsal »). Cf. Nellen (1997), p. 55-68.
[25] Dibon (1981), p. 56 et sq.
[26] Clavis epist. (BG, no 1211) ; pour la commodité de ceux qui possédaient un exemplaire de Epist., la Clavis epist. avait été publiée dans le même format (folio). La dédicace de Epist. à Charles XI, roi de Suède, explique peut-être que certaines remarques désavantageuses de Grotius sur ses supérieurs suédois aient été également supprimées. Cf. Nellen (1999), p. 141-142.
[27] BW XIII et XIV, particulièrement nos 5881, 5911 et 6285.
[28] Epist. eccl. 1660, 16842, 17043 (BG, nos 1240-1241).
[29] Vossii Epist. 1690. Cf. Inv. Vossius.
[30] Oxford, Bodleian Library, Rawl. letters 84 C, fol. 185 ro. Cf. BW XIII, no 5853.
[31] Selon l’Index, Epist. eccl. 16842 contient trente-cinq lettres de Grotius à Vossius, et trente-deux de Vossius à Grotius.
[32] Ph. de Limborch, « Christiano Lectori S. [anno aerae Christianae 1683] », dans Epist. eccl. 16842 et 17043, p. *3 vo : « Omnes [epistolae]..., paucissimis exceptis, ex ipsis autographis, aut eiusmodi apographis quae nemo in dubium vocare queat, exceptae sunt ». Voir aussi C. Hartsoecker et Ph. de Limborch, « Praefatio priori editioni praemissa [VIII Kalend. Sept. Anno 1660] », ibid., p. [*5 vo].
[33] Ms. Berlin, Staatsbibliothek Preussischer Kulturbesitz, Autographensammlung L. Darmstaedter 2 b - 1610 (1), lettre publiée dans Epist. eccl. 16842, p. 819, no 572. La version de cette lettre dans Vossii Epist. 16912, p. 448, no 458, est basée sur Ms. Oxford, Bodleian Library, Rawl. letters 84 C, fol. 187 ro - 188 ro. Cf. BW XIII, no 5801.
[34] Ms. Oxford, Bodleian Library, Rawl. letters 84 C, fol. 182 ro - 183 ro, lettre publiée dans Vossii Epist. 16912, p. 444, no 457. Cf. Rademaker (1981), p. 348-349 et 409-412.
[35] Epist. eccl. 16842, p. 816, no 571. Cf. BW XIII, no 5752.
[36] Cf. BW XIII, Introduction, p. XX. Dans les volumes antérieurs de BW, le texte des lettres de Vossius a été basé sur la copie d’Oxford dans les cas où l’autographe faisait défaut. Pour la lettre du 17 juin 1642, la même procédure a été adoptée, au profit de la cohérence de l’édition ; il va sans dire que toutes les variantes de quelque importance dans Epist. eccl. 16842 ont été relevées.
[37] Ibid., p. *3 v.
[38] Wtenbogaert a noté, au dos de la lettre : « De heer Grotius, 1644, R[eceptae] 19 Martii » ; Ms. Amsterdam, Bibliothèque de l’Université, coll. Remonstrantse Kerk, Q 4. Cf. Brieven Wtenb. III, 4, p. 294-295, no 1138, et BW XV, no 6755.
[39] Ms. Rotterdam, Bibliothèque municipale, coll. Remonstrantse Kerk, no 674, fol. 45 vo.
[40] Epist. eccl. 16842, p. 827, no 582.
[41] BW XVI, no 7154, lettre de Grotius à J. de Wicquefort du 19 novembre 1644.
[*] Mes vifs remerciements vont à M. Jean-François Maillard, pour son aide précieuse dans la rédaction française de cet article. De grands services m’ont été rendus aussi par MM. Jean de Booy et Steven Surdèl.
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Cf. Spinoza, Opera IV, p. 365-381 ; Akkerman (1977), p. 9-...
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Cf. BG, nos 1210-1315 ; Witkam (1983), p. 9-23 ; Meulenbro...
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Bien que Grotius s’efforçât de donner ses nouvelles d’une ...
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BW XIII, p. VII-XI et 607-608, « Register van brieven ». Suite de la note...
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BW XIV, p. VII-XII et 825-826, « Register van brieven ». Suite de la note...
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Cf. BW XIV, no 6110, à A. Oxenstierna, 28 février 1643. Suite de la note...
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Witkam (1983), p. 20-21. Cf. BW XIII, Introduction, p. X-X...
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Dibon (1981), p. 56 et sq. Suite de la note...
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Clavis epist. (BG, no 1211) ; pour la commodité de ceux qu...
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BW XIII et XIV, particulièrement nos 5881, 5911 et 6285. Suite de la note...
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Epist. eccl. 1660, 16842, 17043 (BG, nos 1240-1241). Suite de la note...
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Vossii Epist. 1690. Cf. Inv. Vossius. Suite de la note...
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Oxford, Bodleian Library, Rawl. letters 84 C, fol. 185 ro....
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Selon l’Index, Epist. eccl. 16842 contient trente-cinq let...
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Ph. de Limborch, « Christiano Lectori S. [anno aerae Chris...
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Epist. eccl. 16842, p. 816, no 571. Cf. BW XIII, no 5752. Suite de la note...
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Wtenbogaert a noté, au dos de la lettre : « De heer Grotiu...
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