Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130533535
192 pages

p. 117 à 159
doi: 10.3917/dss.031.0117

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Notes et documents

n° 218 2003/1

2003 XVIIe siècle Notes et documents

Françoise Pautrard, femme et poète du premier xviie siècle  [*]

Gilles Banderier Mulhouse
À M. Claude Louis-Combet
« La redécouverte et l’apothéose de poètes tombés dans l’oubli ou ajournés est peut-être la plus aimable des nombreuses passions de l’érudit ».
Jorge Luis Borges
L’apport de la Franche-Comté aux lettres françaises de la fin du XVIe siècle et du premier XVIIe siècle n’est pas négligeable : elles lui doivent un dramaturge admirable (Jean Mairet), un sonnettiste religieux de première grandeur (Jean-Baptiste Chassignet [1]), sans préjuger de quelques estimables minores, comme Antoine Brun [2], Antoine du Pinet [3] ou Hugues Bois-de-Chesne, le boulanger de Montbéliard [4].
Il est aujourd’hui possible d’enrichir ce chapitre d’histoire littéraire d’une nouvelle page, en révélant un poète jusqu’à présent parfaitement inconnu et remarquable sous plusieurs aspects. Précisons que son nom ne se rencontrera nulle part, pas même dans la plus érudite des monographies. Il s’agit tout d’abord d’une femme : or on sait que la poésie française durant les règnes de Henri IV et Louis XIII ne brille pas par ses personnalités féminines ; non seulement une femme, mais encore une érudite, une femme lettrée et savante, au meilleur sens du terme, qui annonce davantage Anna Maria van Schurman, l’unica sexus sui gloria [5], qu’elle ne rappelle sa consœur Nicole Estienne [6]. De surcroît, une femme rimant des vers français est chose bien rare, plus surprenant encore des vers italiens, mais qu’elle compose en latin et sache traduire des vers grecs est tout à fait exceptionnel.
Peut-être sera-t-on curieux de connaître son nom, bien qu’il ne dise rien à personne : Jaqua Françoise Pautrard. On ignore quasiment tout d’elle. Son père, Barthélemy Pautrard, originaire de Savoie, exerçait les fonctions de précepteur dans la maison de Claude de Vergy, gouverneur de Franche-Comté. Il s’était installé à Arbois, où il devint un familier de Jean Willemin (c. 1540-1606), médecin et lui-même poète [7]. Sa fille s’exerça au travail de la poésie. On peut avancer avec une certitude quasi absolue qu’aucune de ses compositions n’a jamais été imprimée [8]. Tout ce qui subsiste de son activité littéraire se trouve aujourd’hui dans le manuscrit 533 de la Bibliothèque municipale de Besançon [9]. Ce volume de 220 feuillets, mesurant 220 × 163 mm, pourvu d’une couverture de parchemin très abîmée, n’est pas dans un excellent état. Il ne s’agit en aucune façon d’un manuscrit dont on aurait pu faire présent ou qui eût été préparé pour l’impression [10], mais bien plutôt d’un livre à usage privé [11], regroupant des pièces autrement éparses. Auguste Castan signalait dans sa notice la présence d’un ex libris sur le premier plat de couverture : « Ce present livre est à moy Pierre Mareschal, de Conliège. 1623 », qui est aujourd’hui illisible. Cette note indique toutefois que le recueil avait changé de mains à cette date, et l’on peut conjecturer sans invraisemblance que Françoise Pautrard n’a pas vécu au-delà. Sa date de naissance nous est inconnue, mais tout indique que nous sommes en présence d’une contemporaine de Marie de Gournay, dont le traité sur l’Égalité des hommes et des femmes parut en 1622 [12]. Que fut sa vie ? On peut supposer qu’elle ne se maria pas, puisqu’elle portait le même nom que son père, mais c’est là un domaine où il est aisé de faire passer pour vraisemblables les hypothèses les plus aventurées. On s’en tiendra donc aux rares indications que fournit le manuscrit unique et probablement autographe.
L’écriture est soignée et plusieurs corrections attestent que ce volume a fait l’objet d’une relecture attentive. Sa composition s’établit ainsi :
[un feuillet blanc non numéroté] ;
f. 1 ro - 3 ro : épître dédicatoire (non datée) à Clériadus de Vergy ;
f. 3 ro - 5 ro : pièces liminaires ;
[f. 5 vo blanc] ;
f. 6 ro : feuillet blanc, avec une simple inscription : « Joannes Nivers » (que l’on retrouve au f. 220 ro) ;
f. 7 ro : faux titre : Le premier Livre / de la Semainne / du / SR CRISTOFLE DE GAMON / contre celle / de / GUILLAUME DE SALLUSTE SR DU BARTAS / Traduict en vers Latins. / [filet] / Par / JAQUA FRANçOISE PAUTRARD. / Ensemble quelques autres Opuscules / par la mesme, et versions tant / Grecques, Latines, que françoises ;
f. 7 vo : poème liminaire latin ;
f. 8 ro-vo : épître dédicatoire (datée du 25 décembre 1609) à Simon Froissard, « premier president en la Chambre des Comptes pour leurs Altesses Serenissimes à Dole » [13] (avec citations en hébreu, grec, latin et italien) ;
f. 9 ro : faux titre latin : COSMOPAEAE / Hoc est de Creatione Mundi / Liber primus / Latinis versibus donatus / Per / JACOBAEAM FRANCISCAM / Bartholomaei Pautrardi / Allobrogis filiam. / [filet] / Additis ejusdem aliquot opusculis, cum / Latino-gallicis, tum gallico-graecis / versionibus. / [filet] ;
f. 9 vo - 12 ro : pièces liminaires en latin et en grec ;
f. 12 vo - 68 ro : texte français (pages de gauche) et traduction latine (pages de droite) du premier jour de la Semaine (1609), composée par Christofle de Gamon ;
f. 68 vo : poème latin comparant Gamon à Du Bartas ;
f. 69 ro : Palinodia ;
f. 70 ro - 220 vo : poésies diverses.
Barthélemy Pautrard servait la maison de Vergy [14]. La première épître dédicatoire du manuscrit est adressée à l’un des membres de cette famille, Clériadus [15], qui administra la Bourgogne et la Franche-Comté de 1602 à 1630. Parmi les titres qu’elle énumère, Françoise mentionne qu’il est « chevalier de la Toison d’or », ce qui suffit à indiquer que l’épître a été rédigée ou, au moins, corrigée après le 3 août 1615, date à laquelle Clériadus de Vergy reçut cette distinction. La traduction latine du premier jour de la Semaine de Gamon s’ouvre sur une autre épître, adressée à Simon Froissard et datée du 25 décembre 1609. Magistrat à Dole, il croisa peut-être la route du démonologue Henri Boguet [16]. La dédicace au juriste Jean Camus (f. 90 ro - 91 vo) est, quant à elle, du 2 juin 1613. Mais on notera la présence d’une belle épitaphe de Claude de La Baume, archevêque de Besançon, mort le 14 juin 1584. Quelle qu’ait été la vie de Françoise Pautrard, on voit que la poésie l’a constamment accompagnée.
On trouvera dans les pages qui suivent la première édition des pièces les plus remarquables [17]. L’importance de la poésie religieuse et morale n’est en rien le résultat d’un choix personnel de l’éditeur : la poésie de dévotion constitue bien l’essentiel de l’œuvre. Avec des moyens parfois modestes, Françoise Pautrard participe au courant de poésie religieuse issu de la Contre-Réforme, qui vivifie les années 1580-1640. Catholique, elle transpose dans son œuvre les tensions et parfois les contradictions de cette poésie [18]. Elle intitule ainsi un poème « Que le Chrestien doibt plustost lire les poëmes sacrés, et histoires du Vieux et Nouveau Testament que les vers d’Homere, de Virgile et autres » mais, paradoxalement, lorsqu’elle se propose de décrire les châtiments infernaux, ce sont les grands réprouvés de la mythologie gréco-latine qu’elle convoque.
D’où tenait-elle ce qu’elle savait, en cette époque où les humanités n’étaient point enseignées aux jeunes filles [19] ? Cette dame (ou demoiselle, plus probablement) a-t-elle appris le latin, le grec et sans doute l’hébreu en profitant des leçons données à ses frères, comme le fit Anna Maria van Schurman, qui suivit également les leçons de Gisbert Voet à Utrecht, cachée derrière un rideau [20] ? On l’ignore, mais un éloge des Jésuites, composé en latin et en français, incite à chercher du côté de la Compagnie l’origine de cette éducation [21], même si nous manquons, là encore, d’éléments positifs.
La prédilection de Françoise pour la poésie religieuse s’exprime en compositions de formes diverses : distiques sur le modèle de Caton [22] ou quatrains moraux, « idylles » mystiques, odes mariales, chansons profanes habilement transposées selon le procédé du contrafactum, déjà mis en pratique par Marguerite de Navarre [23], de nombreux genres sont représentés. On ne s’attardera pas ici aux traductions, qui sont une part importante du manuscrit. La version latine du premier jour de la Semaine de Gamon a été étudiée ailleurs [24] ; on voudra bien s’y reporter. J’espère pouvoir consacrer prochainement une étude spéciale aux autres traductions que contient le recueil (Synésios, Grégoire de Naziance, Sénèque, Pétrarque, Luca Pinelli...). On ne trouvera ici, en fait de traductions, que les plus remarquables : une paraphrase de l’épode II d’Horace (que l’on versera au dossier ouvert par Eduard Stemplinger [25], Raymond Lebègue [26] et Jean Marmier [27]), la version du sonnet CCCLXV de Pétrarque, une paraphrase de Jean Damascène et une épigramme sur l’hermaphrodite, qu’avait également traduite Guy Le Fèvre de la Boderie. J’ai préféré reproduire largement des poèmes religieux ou moraux, qui forment la partie la plus originale de l’œuvre. Pibrac avait mis le quatrain à la mode [28] et Françoise Pautrard en a, à son tour, composé un certain nombre, ni meilleurs ni pires que ceux tournés par ses contemporains. Même si ce n’est pas un poète de la stature d’un Jean de Sponde qui revient au jour, on reconnaîtra que les vers religieux de cette provinciale [29], qui ne quitta sans doute jamais son Jura natal et se trouve depuis reléguée dans l’oubli le plus absolu, ne manquent pas de tenue, même s’ils sont inégaux [30]. Cette découverte a de quoi réjouir à la fois les dix-septiémistes et les personnes sensibles à la mise en valeur du patrimoine franc-comtois [31]. Bien qu’elle apparaisse surtout comme une heureuse exception, Françoise Pautrard nous renseigne sur ce que fut la culture d’une femme au début du XVIIe siècle, point sur lequel nous sommes mal informés. N’a-t-elle pas fait paraître son manuscrit par pudeur [32] ? Parce qu’elle n’a pas trouvé d’imprimeur ? On ne peut le dire. Peut-être publiera-t-on quelque jour l’entièreté de son œuvre. En attendant, elle ne semble pas indigne de prendre place aux côtés de poètes [33] comme Anne de Graville, Marie de Brabant [34], Anne des Marquets, Marie de Romieu, Gabrielle de Coignard, Marie des Vallées [35], Catherine Lévesque ou, à la fin du XVIIe siècle, Élisabeth Sophie de Chéron [36].
*
[f. 1 ro]
A illustre, haut, et puissant Seigneur
Messire CLER’ DE VERGY et de Vaudrey, Chevalier
" du toison d’or " [37], Comte de Champlite, Baron de
Vaudrey, Sieur de la Chassagne, Gouverneur,
Lieutenant, et Capitaine general, pour leurs Altesses
Serenissimes, en ce païs, et Comté de Bourgongne [38].
   MONSEIGNEUR,
Personne ne respire soubz la sphere ronde de ce globe lunaire, qui ne sache, que la Nature naturante, donne à l’homme (qu’elle a moulé, et auquel elle a emprainct le seau, et cachet de sa vive image, et semblance) un visage sublime, luy commandant dresser sa face en haut, et contempler l’ornement superieur au feu elementaire où reluisent tant de feus brillants, tant de belles images non pour autre raison, sinon pour voir, cognoistre, et remarquer son [f. 1 vo] origine, et descente [39] ; et comme une plante de Dieu, conformer toutes ses actions au vouloir de ses commandements se souvenant qu’il est composé de deux genres divers, dont l’un est celeste, l’autre terrien, cestuy mortel, l’autre immortel, guidé non par ses quattre ames, ains par la seule raisonnable, ne laschant la bride aux apasts de la chair, esquivant les combats, et assaults des appetis desordonnés, et parant aux coups de la sensualité, pour n’estre l’esgout, la sentine, et cloaque du monde au lieu qu’il en doibt estre, l’honneur, la gloire, et ornement. Car que diron-nous estre l’homme qui se laisse charmer, et piper par la sifflade de celluy qui ne tasche que sa ruine, et totale decadence ; et dont advient que peu caut, il pestrit le levain de son desastre, et sur ce tombe, au plus bas de son estre à sa confusion, et sur ruine, et perte de ses moyens, à l’opprobre des siens, et pour ce regard ensevelit quant et soy ses armes son nom, et sa posterité ; ne laissant de soy autre chose, sinon qu’estant trop cogneu de chacun, il meurt à soy-mesme incogneu. Mais vous qui avés tousjours heu en singuliere recommandation, ce qui est du poinct d’honeur, à la conservation des beaux trophées de voz ancestres, [f. 2 ro] vous proposant devant les yeux le poinct regle de l’axiome, que principallement les grandz maintiennent à la poincte de l’espée, à l’effusion de leur propre sang, et perte de leur vie [40] n’estre moindre gloire, deffendre, ce que nous avons de noz ayeulx, que d’acquerir nouveau heritage, et possession ; vous avés tenu la mesme piste, et maintenés estroictement ceste mesme maxime, pour ne forligner de la genereuse acquisition, que voz devanciers vous ont laissé. Car journellement vous accroissés en belles vertuz, de sorte qu’il semble que vous soyés le magazin, et formiliere de toute honesteté, où l’on voidt, et remarque comme en plein volume l’abregé, et tableau racourci de la perfection de tous vos predecesseurs, que tant plus on admire, que plus on les voidt reluire en voz actions, et deportements, ce qui vous faict paroistre davantage, et veriffier en vous les vers suivants.
Ainsy que les lions n’engendrent poinct les cerfz,
Et que l’aigle n’eclôt la colombe peureuse,
Ainsy des genereux la race est genereuse,
Et d’un pere enervé les filz n’ont poinct de nerfz.
[f. 2 vo] Or je ne me dilateray davantage sur cet argument, subject ample pour discourir, non pour une heure, un jour, une sepmaine ou un mois ; ains pour un an entier, et davantage sur les faicts excellents, gestes heroiques, guerriers exploictz, et valeureux stratagemes de ceux qui ont jadis porté le tiltre, et nom de voz armes, lesquelz ont successivement excellé, entre les plus relevés de ce terroir, et franche nation bourguignonne, et reluy entre iceux ne plus ny moins que l’or, entre tous les metaux. Joinct aussi que si presentement j’osoy entrer en lyce, pour attenter en vouloir dire quelque chose en particulier, le temps m’en deroberoit l’occasion, pour entreprendre chose qui merite non une epistre liminaire, ains un volume tout entier. Parquoy me divertissant de telle emprise, je remettray la partie à plus de loysir, et mettray en jeu seullement que mon Pere ayant heu ce credit, faveur, et bon-heur autreffois d’estre anombré, au rang, et cathalogue des plus humbles serviteurs de tres-heureuse memoire feu Monseigneur Claude de Vergy votre frere (que Dieu absolve ayt en sa gloire), et duquel il a receu tant à Gray qu’ailleurs une infinité de courtoisies, et bienffaictz de sa liberale main, dont à jamais il en aura ce doux-amer [f. 3 ro] souvenir ; à ceste occasion, jaloux que la memoire luy en demeure, et desirant de surplus se perpetuer au service de votre heureuse maison, à laquelle il ha heu ce bon heur d’y entrer, avec libre acces, voire monstrer à la sortie ses mains pendantes, avec un joyeux accueil du vivant de mondit Seigneur il m’a commandé mettre la main à la plume, pour vous consacrer ceste Cosmologie, tirée du cabinet de noz muses, et vous en faire part avec protestation tres-humble de demeurer tousjours, comme je suis,
votre tres-obeissante
J. F. Pautrard.
[f. 71 vo]
De la vicissitude des choses [41].
La paix nourrist l’heur de prosperité,
Prosperité nous accroist la richesse,
Richesse faict superbe volupté,
Volupté met contention sans cesse,
5
Contention la guerre faict et dresse,
La guerre aussy nous cause pauvreté,
La pauvreté maintient l’humilité,
D’humilité provient la paix en somme,
Ainsy par tour va la vie de l’homme [42].
[f. 76 ro]
Ode I
La Nymphe Palestine
   Egallant en beauté,
La Diane argentine,
4
   Conçoit la Deité ;
Ainsy que la lumiere
   De l’astre Delien [43],
Transperce la verriere,
8
   Sans l’offenser " la briser " en rien.
Ainsy que la rosée,
   Aux douces fleurs descendt,
Et au cœur la pensée,
12
   Pareillement se rendt ;
Comme la voix formée
   S’entendt jusqu’au milieu
De la chambre fermée
16
   Ez coings, et au milieu,
[f. 76 vo]
O Dieu quelle nouvelle,
   Quel esjouissement
D’une mere pucelle
20
   Vient nostre sauvement.
Heureuse la portée
   O heureuse trois fois
Lors qu’à telle nuittée
24
   Nasquit le Roy des Roys.
Les ordres des Archanges,
   Joyeux en ont chanté,
Et aux Pasteurs les Anges,
28
   Montré la verité.
Celluy qui tout enserre
   Soit en bas ou en haut,
A voulu naistre en terre
32
   Au lieu où tout defaut.
[f. 77 ro]
Une chambre enrichie,
   Ne luy est parement,
Car sa tapisserie,
36
   Est le foin seullement.
Dans une pauvre estable,
   Et trop estrange lieu,
Est la couche honorable,
40
   De la Mere de Dieu.
Les Pasteurs à telle heure,
   Ont couru vistement,
Voir le lieu, et demeure,
44
   Où gist leur sauvement.
L’estoile reluisante,
   A les trois rois conduict,
Où estoit la gisante,
48
   Acouchée de nuict.
[f. 77 vo]
Et si voulons bien faire
   Allons voir cet enfant
Comprenant le mystere
52
   De ce Roy triumphant
Et chantons, je vous prie,
   Un chant melodieux
Car la douce ambrosie
56
   Nous distille des cieux.
Ce dernier quattrain se repete apres les autres susdicts.
Ode II
Sur le chant de l’Italien à 4 parties
Questa dolce Sirena
Col’canto acquest il mar, etc.
[f. 78 ro]
Si j’estoy un Orphée,
   Ou bien un Arion,
Ou un second Musée
   Ou un autre Amphion,
5
Pour chanter la naissance,
   Du dauphin glorieux.
Pour l’immortelle essence,
   Descendue des cieux,
En disant qu’en l’estable
10
   Il est né pauvrement
D’une mere honorable
   Vierge en l’enfantement
Reposant en la creche
   Sur un bosteau [44] de foin
15
En terre froide et seche
   Où nul n’est au besoin,
[f. 78 vo]
Sinon la Vierge Mere,
   Esbahie en ce faict,
Et Joseph le bon Pere,
20
   Qui est Pere et ne l’est.
Ha naissance plus belle
   Que celle des grands rois
Car la cour immortelle
   En chante ceste fois.
25
O naissance admirable
   De sa divinité
Qui gisant en l’estable
   Vest nostre humanité.
Je feroy, je diroy un chant
30
Qui seroit doux et plaisant.
Ces deux derniers se repettent à la fin de tous les deux versets precedents.
[f. 79 ro]
Ode III
Sus, Clion, ma chere Muse,
   Prens ton luth à ceste fois,
Et laissant d’amour la ruse,
bis
4
   Chante le grand Roy des Rois.
bis
De l’Orient les trois Mages,
   Que nous apellons les Rois,
Luy presentent bons et sages,
bis
8
   Or, mirrhe, et encens les trois.
bis
L’or nous monstre la puissance
   De royale authorité,
L’encens la divine essence,
bis
12
   La myrrhe l’humanité.
bis
Las helas il n’est croyable,
   Que Dieu qui est Roy des Rois,
Fut logé dans un’ estable
bis
16
   Comme celle que tu voids.
bis
[f. 79 vo]
Certainnement tu te trompes :
   Dieu qui est le Roy des Rois
N’ayme des princes les pompes
bis
20
   Mais plustost noz pauvres toicts.
bis
L’Escurial, ny le Louvre,
   Ny le Capitole en soy
Ny la tour de Pera couvre
bis
24
   Un plus grand Prince ny Roy.
bis
Ode IV
O heureuse la journée,
   Que le Messie clement
Naquit dedans la Judée,
4
   En un lieu tres pauvrement.
Du grand Dieu la troupe aimée
   Des Prophetes plainement,
Et la Sybille Cumée,
8
   L’avoyent predit hautement.
[f. 80 ro]
Rome jadis fortunée
   En sentit l’evenement,
Par la fontainne eschangée
12
   D’eau en huyle purement.
O pucelette sacrée
   Par un tel enfantement
Tu es la mere honorée
16
   De Dieu nostre sauvement.
Nous estions chose assurée
   Tous perduz entierement,
Sans la venue sacrée
20
   De Dieu naissant tellement.
Des bons pasteurs l’assemblée
   Gardants leurs brebis aux champs,
Ont sceu du Roy l’arrivée
24
   Des Cieux escoutans les chants.
Les Rois d’estrange contrée
   L’ont cogneu pareillement,
Par ceste torche etherée,
28
   Les conduisant gentiment.
[f. 80 vo]
Par une voix inspirée
   Simeon tout hautement,
Au temple chose asseurée
32
   Montra nostre sauvement.
Louons la journée, la journée, la journée
Louons la journée, chantans joyeusement.
Ode V
En forme de dialogisme.
Entreparleurs : le Pasteur, la Vierge.
Le Pasteur
Dieu vous gard’ pucelette
   Et ce vieillard aussy.
Quoy ? este-vous seulette
   Que faicte-vous ici ?
5
Dictes moy je vous prie
L’estat de vostre vie.
[f. 81 ro]
Vierge
O Pasteur amiable
   Croyés que c’est ici,
Mon parti honorable
10
   Et l’enfant que voici
Ne vient d’humainne race
Mais par divine grace.
Pasteur
Comme se pourroit faire ?
   Selon vostre argument
15
Je ne puis tel mystere
   Comprendre bonnement,
Mystere qui surpasse
Tout mystere qui passe.
Vierge
Neuf lunes escoulées
20
   Sont desjà qu’un heraut,
Des voutes etoilées
   Par le vouloir d’en haut
M’aporta la nouvelle
D’estre mere pucelle.
Pasteur
[f. 81 vo] 25
Un sainct enthusiasme
   Me saisit tellement
Que ja je sens mon ame
   S’esjouir grandement.
Car je voy et confesse
30
De mon salut l’adresse.
Vierge
Mon amy je vous prie
   Croire parfaictement
Que de Dieu suis choisie
   Par tel enfantement
35
Pour delivrer de peinne
Toute la race humainne.
Pasteur
Estant en la prairie
   Et gardant noz moutons,
Des cieux la melodie,
40
   Et agreables tons,
Ont chanté la naissance
De nostre delivrance.
Vierge
[f. 82 ro]
Berger je suis l’ancelle [45]
   De Dieu mon vray Seigneur
45
Et serai tousjours telle
   Et de bouche et de cœur,
Car par luy je respire
Et en luy seul j’aspire.
Pasteur
Je confesse, pucelle,
50
   Vostre perfection,
Et que vous estes celle,
   Des filles de Sion,
Qui du Sauveur du Monde,
Estes mere feconde.
Ode VI
   Celluy seroit totallement
De fer, de bronze, acier, ou cuivre,
   Qui ne beniroit hautement
4
Celuy qui de mal le delivre.
[f. 82 vo]
   Là desjà celluy qui tout peut
Qui aux Rois, et Princes commande
   Qui les dethrone quand il veut
8
Pour le bien-heurer le demande.
   En Bethleen pour nous est né
Et en un lieu plein de froidure,
   Et n’ha pour son lict ordonné
12
Que le foin, et la pierre dure.
   Puis qu’il vouloit naistre ici bas
Puissant ne pouvoit-il construire
   Un Dome ou un Louvre en ce cas,
16
Superbe d’or, marbre ou porphire ?
   Premier il fraye le chemin
Lequel il nous convient ensuivre,
   En l’imitant à celle fin,
20
Que puissions heureusement vivre.
[f. 83 ro]
   Pour nous il se monstre si doux
Nous enseignant la patience,
   Qu’il endure faim, froid, et coups,
24
Et la mort en nostre presence.
   Nous voyons l’Agneau flageller
Portant sa corone d’espine
   Nous le voyons puis immoler
28
Pour nous, ô clemence divine.
Ode VII
Pucelette debonnaire,
   Le phare tres radieux,
   De mer, la porte des Cieux,
4
Tu es la pierre angulaire.
Tu es de Jesse racine,
   Le toyson de Gedeon,
   Le temple de Salomon,
8
Plein de sagesse divine.
[f. 83 vo]
Tu es des Cieux la Princesse,
   Le buisson de vision,
   La plus belle de Sion,
12
Et des Anges la maistresse.
Aussy belle que la Lune,
   Et que l’estoille du jour,
   Tu es d’ivoire la tour,
16
Belle combien que sois brune [46].
Du Saint Esprit le sacraire,
   Temple du Dieu eternel,
   Et le vaisseau solemnel,
20
Des bons le port salutaire.
Tu es la Mere tres-pure
   De celluy lequel t’a faict
   Dont sans peché ny forfaict
24
Ta virginité demeure.
Mais où a esté ta couche,
   Pour ton filz le Roy des Rois ?
   Ici bas à celle fois
28
Là où l’asne et le bœuf couche.
[f. 84 ro]
Quelz parfums aromatiques,
   De musc, ou bien d’ambre gris,
   Pour ta couche furent pris ?
32
Les senteurs des plus rustiques.
Quelles matrones, et dames,
   Te vindrent voir en ce lieu
   Visiter le filz de Dieu ?
36
Des pasteurs les simples femmes.
Estois-tu doncques seulette,
   Dedans un tel bastiment ?
   Joseph estoit seullement
40
Avec moy dans la logette.
Parquoy tous à pleinne voix,
42
Chantons, chantons ceste fois.
Ces deux versetz se chantent à la fin des quattrains susdicts.
O Dieu qui as voulu naistre
   En ce lieu si pauvrement
   Toy qui es du firmament,
Et de la terre le maistre,
Ne te souvien des pechés,
48
Desquelz sommes entachés.
[f. 84 vo]
Ode VIII
Sûs, sûs, rejoui toy, rejouy toy Judée
   Escoute mainctenant, enten la voix des Cieux
   Escoute les beaux chants et sons melodieux
4
Qui anoncent ton bien, et ta grace arrivée.
Le Roy de tous les Rois est dans un pauvre estable
Entre l’asne et le bœuf lesquelz sont en un coin.
La pierre est l’oreiller, le drappeau est le foin
8
Qui servent à l’enfant : ô exemple admirable.
Helas le bon Joseph, tout aupres de Marie,
   Demeure tout ravi sans lumiere et clairté,
   Court deçà, vient delà, mais la divinité
12
Luy renforce le cœur et son ame ravie.
Les pasteurs tôt apres le viennent recognoistre
   Le confessent de cœur, l’adorent sainctement
   Et sont tous esbahis de voir si pauvrement
16
Gesir celluy qui est de tous Princes le maistre.
[f. 85 ro]
Les Rois d’estranges lieux viennent voir sa naissance
   L’adorent quant et quant, et luy font des presents
   Chacun de ses moyens, d’or, de myrrhe, et d’encens
20
Admirants la grandeur de sa toute puissance.
Herodes le cruel ayant heu la nouvelle
   Qu’un enfant nouveau né devoit donner la loy
   Au peuple d’Israel, et seroit le vray Roy
24
Occit les innocens, par sa rage cruelle.
Celluy qui peut donner ses Royaumes de gloire
   Les regnes eternelz et ceux qui ne sont pas
   Subjects à changement, comme ceux d’ici bas
28
N’affette, ny ravit un qui est transitoire.
Ce tigre, et leopard, et farouche panthere
   De ces corps innocents ensanglantant ses doigts
   Ne le peut pas daguer, ny meutrir celle fois
32
Car il failloit venir à un plus grand mystere.
[f. 100 vo]
De Rever. Patribus Societatis Jesu
ELOGIUM
   Qui itis cum Jesu-itis vos cum Jesu itis
[f. 101 ro]
Turba patrum foelix, ô ter foelixque caterva,
   Lumina vos mundi, regula vera, salus.
Sic vos quisquis adit si doctus, doctior exit,
5
   Si bonus, hinc melior proximiorque Deo.
Ad verum virtutis iter, portumque polorum
   Allicitis cunctos, moribus, elloquio.
Foelix turba igitur, quae nos docet esse beatos,
   Participes regni nos facit atque Dei.
[f. 101 ro]
Version
O trouppe bien heureuse, heureuse compagnie,
Lumiere de ce Tout, vraye regle de vie,
Le docte vous hantant, plus docte et renommé,
4
Le bon est faict meillheur, et de Dieu plus aymé,
Au chemin de vertu, et au port du haut pole
Vous attirés chacun par voz mœurs, et parole :
Heureux donc le troupeau qui nous faict en tout lieu,
8
Heureux participer du Royaume de Dieu.
[f. 102 ro]
De la Vie champestre sur la matiere
Beatus ille qui procul negotiis, etc. [47]
Les champs sont tres-plaisans, et beaux,
Car on y voidt mille ruisseaux,
Où l’entour on y prent lyesse ;
On y voidt reverdir les prés,
5
De mille coleurs diaprés,
Lesquelz chassent toute tristesse.
Entendre on peut dès qu’il est jour,
Pres les doux champs, et à l’entour,
Des bois, taillis, et lieu champestre,
10
Les gazouillis, et les chansons,
Des linottes, et des pinçons,
Sy que l’on ne sçauroit mieux estre.
[f. 103 vo]
Vers correlatifz [48]
sur le monostique de Just Lipsius [49]
WF xAlon makarisqn, @@ f’¹ qeqV Dxetanudh.
O bois heureux, sur lequel Dieu pendit.
Le Printemps, ny l’Esté, l’Automne, l’Hyver mesme,
Bizarre, tout-suant, porte-fruict, face blesme [50],
Ne peingt tant, n’enrichist, ceint, ne couvre à foison,
4
De fleurs, d’espicz, raisins, et de neigeux toison,
Les prez, les champs semés, tertres, et monts insignes
Que confere de biens, à nous autres indignes,
Le bois heureux auquel Dieu tout puissant pendit,
8
Et pour nous tous sauver aussy l’ame rendit [51].
[f. 103 vo]
Tesmoignage des merites de la Croix pry de
Damascene, et mis en françois [52].
Le bouclier, et l’harnois et trophée honorable
Encontre l’ennemy, contre di-je, le Diable,
[f. 104 vo]
Signal dont ce tyran, ne nous approche pas
Et qui faict relever ceux qui gisent à bas,
5
Des levés l’appentis, le baston qui supporte
L’infirme, des pasteurs aussy l’holette forte,
Des retornants la guide, et la perfection
Des bons evenemens, et conservation
Et de l’ame, et du corps, et de tous maux la fuitte,
10
De tous biens quant et quant l’union, et la suitte
Et l’abolissement du peché malheureux
Et du renaissement aussi le tronc heureux.
Bois de vie eternelle, en ta cité tresbelle
Donne moy eternel une joye eternelle.
[f. 109 vo]
A un amy fardé [53].
Lors que tu as de moy affaire,
Tu te dis mon entier amy,
A m’ayder, et plaisir me faire,
Tu n’es mon amy qu’à demy.
A un ingrat
Si l’on t’a faict un grand plaisir,
Tu n’en dis mot, cela s’oublie,
Mais d’un bien petit désplaisir,
Tu t’en souviens toute ta vie.
[f. 110 vo]
Sur un boiteux medisant
Distique [54]
Ton cœur semble à ton pied, par ton exterieur,
Nature nous faict voir ce qu’has d’interieur.
Autre distique
Si la barbe nous faict scavants, dy pourquoi non :
Le bouc ne sera pas quelque sçavant Platon.
[f. 111 ro]
Autre.
Tu has l’or d’un richard, ayant pauvre ame, et foy,
Riche pour l’heritier, estant pauvre pour toy.
Autre.
Le vin sert de cheval au vers que l’on façonne,
Qui ne boit que de l’eau jamais bon vers ne donne.
Autre
[f. 111 vo]
Le vin nourrit, cuict, la chaleur augmente,
Pry excessivement nous dommage, et tormente.
Autre.
Si tu sçavois combien le diademe charge,
Beaucoup mieux aimerois de Sysiphe la charge.
[f. 111 vo]
Ha que souvent un Empire,
   Est plein de calamités,
Celluy lequel y aspire,
4
   Aspire aux adversités.
C’est une pesante charge,
   Que le diademe d’or,
Car celluy là qui s’en charge,
8
   Charge bien souvent sa mort.
[f. 112 ro]
Hé pourquoy doncques, sans cesse,
   Nous peinnons avec torment,
D’acquerir bien, et richesse,
12
   Qui s’escoule vistement ?
L’usuffruict qu’avons en terre,
   Des thresors qui sont mondains,
Est fragile comme verre,
16
   Et n’en savons que nos mains.
Tant plus que la mer abonde
   En ruisseaux plus en voudroit,
L’hydropique de ce monde
20
   Tant plus veut boire qu’il boit.
Helas combien est fragile
   De combien di-je d nostre vie le cours,
De combien di-je debile,
24
   Est le nombre de noz jours.
Nostre vie est estimée
   De tous unanimement,
N’estre que vent, et fumée,
28
   Qui s’escoule vistement.
[f. 119 vo]
Contre l’Amour
De l’amour l’aveugle feu,
S’allume de peu à peu,
Dans les mouelles et veinnes,
4
Des forteresses humainnes.
Celuy combat vaillamment,
Et se di certainnement,
Digne d’eternelle gloire,
8
Qu’obtient sur Amour victoire.
Celluy qui peut resister,
Aux traictz que luy peut jetter,
Cét archerot Dieu volage,
12
Est tenu d’un chascun sage.
Il sçait bien se commander,
Et ne poinct se dismander,
De la raison son vray fare,
16
Qui cause qu’il ne s’esgare.
[f. 120 ro]
Ah, il detorne son cœur,
D’un Labyrinthe d’erreur,
Et d’une espineuse peinne,
20
Dont l’amour l’amoureux geheinne.
On voidt que les plus rusés,
Y sont pris, et abusés,
Estimons par leur adresse,
24
Éviter d’Amour l’oppresse.
Souvent ilz sont esbahis,
Car sans penser ilz sont pris,
Et captifs mis en servage,
28
Par quelque philtre, et breuvage.
Celluy [55] qui jadis dompta,
Les monstres, et remporta,
Tant de despouilles hautainnes,
32
Encourut d’Amour les peinnes.
[f. 120 vo]
Celuy [56] qui par son effort,
Mit les Philistins à mort,
Avec la seule machoire,
36
Y delaissa sa victoire.
Et bien ne sçavon-nous pas,
Que le Prophete en ce cas,
Et son fils plein de sagesse,
40
Sentirent d’Amour l’oppresse.
L’Amour semble estre tout miel,
Mais ce miel est plein de fiel,
Son appastis, et amorce,
44
Nous ravit l’honeur, et force.
Amour n’est qu’un mensonger,
Plein de fard, vain, et leger,
Qui souvent les yeux nous sille,
48
Notre bien derobe, et pille.
[f. 121 ro]
Cil qui suit le camp d’Amour,
Est exposé nuict, et jour,
Aux durs assaulx, et alarmes,
52
Blessé de ses propres armes.
Celluy qui suit le plaisir,
De son chatouilleux desir,
Se laisse d’une haute cime,
56
Tomber dedans un abisme.
Il ne voidt, juge, ny sent,
Seulement que du present,
Il ne tire en consequence,
60
Du futur la prevoyance.
Il luy semble qu’à jamais,
Il jouïra d’une paix,
En jouissant par sa chasse,
64
De la proye qu’il pourchasse.
[f. 121 vo]
Il ne prevoit qu’il luy faut
Endurer apres l’assaut,
D’un repentir vain, et lasche,
68
Un mal qui l’atriste, et fasche.
Bref qui se veut repentir
A jamais, et ressentir
Mille assaux, et mille alarmes,
72
Qu’il suive d’Amour les armes.
[f. 126 ro]
[Sur les trépas de François II, Henri II et Henri III] [57]
Le venin en l’oreille ; et dedans l’œil la lance ;
Au ventre le cousteau ; perdent Vallois, et France.
[f. 128 ro]
De Hermaphrodito
Epigramma latinum Pulicis antiqui poetae
Cum mea me genitrix gravida gestaret in alvo,
[...]
Version [58]
[f. 128 vo]
Ma mere me portant en ses flancs lors s’informe
De mon corps advenir quelle seroit la forme :
Phoebus masle, Mars femme et Junon neutre dit,
Hermaphrodite ainsy donc ma mere me fit.
5
S’informant de ma mort, Junon dict que par lame,
Mars qu’au gibet, Phoebus qu’en l’eau je rendrois l’ame.
L’arbre ombrage les eaux, je monte, mon cousteau
Tombant et moy dessus, ayant la teste en l’eau,
Mon pied pendt aux rameaux, ainsy en trois j’endure
10
Femme, homme, neutre, l’eau, la croix, l’espée dure.
[f. 130 ro]
De l’amy fardé
Celluy ne nuit pas tant qui se dit ennemy,
Que celluy d’un cœur feint qui se dit estre amy.
J’evite mes haineux, mais je ne puis de mesme,
Eviter celluy là lequel jure qu’il m’ayme.
5
Celluy qu’on croit amy, et nuit par dessoubz main,
Je le dis ennemy, cruel, et inhumain.
[f. 131 ro]
Discite Justitiam moniti, et non temnere Divos [59].
Vous bizarres esprits, enyvrés doucement,
Au ruisseau d’Hypocrene, ou curieusement,
Furetés les secrets aux pages, aux distiques,
Aux syllabes, aux motz, et aux leçons mystiques,
5
Du cigne Mantuan ; qui estes curieux,
De sçavoir quel des vers est le plus gratieux,
Le plus beau, plus tonnant, grave, plein de merveille,
Ou le mieux façonné, plus plaisant à l’oreille,
Pesés que c’est celluy, qui enseigne en tout lieu,
10
D’apprendre la Justice, et ne mespriser Dieu,
Où il a my le cloud de sa maistresse plume,
Exprimant et " en " grand, et en petit volume,
De ce monde l’histoire, en un vers seullement,
Auquel il donne à tous la leçon pleinnement.
[f. 132 vo]
Que le Chrestien doibt plustost lire les poëmes sacrés,
et histoires du Vieux
et Nouveau Testament que les vers d’Homere, de Virgile et autres.
Nous autres qui suivons le vray Christianisme
Seron-nous aheurtés tousjours au Paganisme ?
[f. 133 ro]
Entendron nous tousjours ces leçons des autheurs
Et poëtes payens, prophanes et menteurs,
5
De l’aveugle escrivain, d’Hésiode, et Virgile [60],
Qui feignants mille dieux, rechantent un Achille,
Un Enée, un Ulix, dont ilz sont aux Enfers,
Liés, et garrotés de cadenes et fers ?
   Quoy ? vous gentilz esprits qui formillés au monde,
10
Qui bravés par escrits d’une vainne feconde,
Qui destallés en gros par tout cet Univers,
Tant de nombreux accordz, et million de vers,
Au lieu d’Agamemnon, d’un Paris, d’Alexandre,
D’un Hector, d’un Ajax, d’une folle Cassandre [61],
15
Chantés et rechantés ces heros, ces guerriers,
Qui sont enregestrés dans les sacrés cayers [62] :
Affin que relisants telz gestes héroïques,
Nous soyons eschauffés à ces leçons mystiques,
Et quittions des Payens la folle vanité,
20
Pour suivre, enfants de Dieu, la pure verité.
[f. 133 vo]
Le scavoir sert d’argent au simple populaire,
D’or aux nobles, aux Rois de gemme la plus claire [63].
[f. 134 vo]
Advertissement au pecheur sur les
peinnes d’Enfer
[f. 135 ro]
Idylle
Supplantons les pechés qui en nous font demeure,
Prevenons la rigueur d’une sentence dure
Mettons devant noz yeux, la peinne des Enfers,
Les roues, les tormentz, les gehennes, et les fers,
5
Les cousteaux aiguisés, les espées poinctues,
Les feuz ensulphurés, et les verges aigues,
Et tortillés serpentz, et venimeux lezardz,
Par les bras, et cheveuz diversement espars,
Qu’une Megere tient, et orde Tisyphone,
10
Ou bien une Alecton, ou ce qu’Æaque ordonne,
Ou bien un Rhadamante, ou ce que Minos dit,
De l’urne retirant la sentence qu’il lit,
Considerons de pres la peinne d’un Tantale,
De celluy qui sans cesse, et remonte et devale,
15
Ou de celluy auquel l’oyseau cruel pinsant,
Deschire à tousjours-mais le foye renaissant,
Mettons devant noz yeux ce qu’Ixion endure,
Au virevoltement d’une roue tres-dure
Pour ses actes meschantz, et enormes pechés,
[f. 135 vo] 20
Que ceux y seront mis qu’en seront entachéz,
Ne craignantz de mesprendre, et ne voulants ensuyvre
De Dieu la volunté, pour heureusement vivre ;
Car soit que nous vivons au Seigneur, nous vivons,
Et soit que nous mourons au Seigneur nous mourons ;
25
Las nous n’avons qu’une heure en ce bas territoire
Et pour si peu de temps faut-il perdre la gloire,
Du palais eternel, où l’on vit sans souci,
A jamais delivré des maux qu’on ha ici ?
Parquoy retiron-nous de ceste bouë infame,
30
Qui souille la beauté du pourfil de nostre ame,
Ostons ce fast hautain, et ce superbe front,
Ceste faim, qui sans fin nous tormente, et corrompt,
Ce doux amer plaisir de ce boucquin satyre
Et ce fiel escumeus nous provoquant à ire,
35
Ceste gastrimargie [64], et appetit de vin,
Souvent contrevenant au precepte divin ;
Ostons ce ronge-cœur, ceste infernale envie,
Abjûrons quant et quant la sale lemargie [65],
Rangeons-nous soubz le joug de l’estendart de Christ,
[f. 136 ro] 40
Ayons tousjours son nom dans nostre cœur escrit,
Et si nous desirons avoir vie contente,
Soyons, soyons tousjours de volunté constante,
A suivre d’icelluy le sainct commandement,
Pour apres ceste vie avoir heureusement
45
Le droict qui est promis, aux esleus qui en terre,
Ont acquis par bienfaictz le celeste parterre.
[f. 136 ro]
Sur le Paradis
Idylle
Ame pourfil de Dieu, prens un peu de loysir
Pour ouïr racompter le soulas, le plaisir,
Le grand contentement que reçoit l’ame heureuse,
Au celeste palais, et voute plantureuse
5
Où les thrones parfaicts des aymés Cherubins
Des ordres disposés, et rang des Seraphins,
Louent incessamment du haut Dieu la puissance,
Son immense grandeur, son ineffable essence,
Sa douceur, sa bonté. L’œil de l’homme n’a veu
10
Ny l’esprit a compry, ny l’oreille entendu,
Et tombé n’est jamais en quelque cognoissance,
D’aucun homme mortel ceste resjouissance,
[f. 136 vo]
Ce plaisir qu’on y ha ny ce contentement,
Sur-passant le project de tout entendement,
15
Là est le toyson d’or, le nectar, l’ambroisie,
On n’entendt en ce lieu qu’une douce harmonie,
L’esprit qu’est en ce lieu reçoit en un moment,
En ce lieu eternel un plein contentement.
Ceux qui ont ce bon heur, ceste faveur, et grace,
20
D’entrer en ce palais, et bien-heureuse place,
Soit que néz d’artisan, ou simple laboureur,
Sont plus grandz que jamais ne fut oncq Empereur,
Celluy qui est dedans n’en cerche la sortie,
Car en un jour il ha plus que n’eut en sa vie,
25
De lyesse et plaisir, le plus grand Roy qui fut ;
O qu’heureux est celluy lequel entrer y peut,
Il est hors de souci, il n’est jamais en doubte,
D’un sinistre accident, il ne crainct et redoubte
La rigueur des tyrans, il n’entendt aux parquets,
30
Des harpies de cour les cher-vendus caquets,
Entre l’espoir et crainte oncques il ne balance,
Son travail, ny d’autruy le travail ne l’offense
[f. 137 ro]
La guerre, ny la faim, ny tonnerre d’en haut,
Ny l’envie d’aucun, ny le mal, ne l’assaut,
35
Ny le froid ny le chault, alterent sa nature.
Il est là tout heureux, heureuse creature
Qui vit et qui contemple en ce non-mortel lieu,
La puissance ineffable, et grandeur de son Dieu.
Qui auroit mille espritz et mille et mille oreilles,
40
Il ne pourroit comprendre, et ouir les merveilles
Qu’au ciel l’ame reçoit. Parquoy pensons y bien
Si desirons un jour heriter de ce bien.
Contre la mondanité
Idylle
Celluy qui met son cœur aux honeurs de ce monde,
Et riches magazins desquelz l’Indois abonde,
Bouffi d’ambition, qui brigue les estatz
Pour estre le premier entre les potentatz,
5
Vainnement boursoufflé, d’un ventolin de gloire,
Pipé de philastie [66], et soy faisant accroire
Qu’il est un demi-dieu, que tout luy est permis,
[f. 137 vo]
Qu’il ha tout ce qu’il veut, et digne d’estre admis
Au Synode des Dieux sur l’azuré parterre,
10
Appuyé sur son or ; bref que toute la terre
Luy favorise tant qu’elle n’ha son pareil,
Et que le monde aussy n’en a point heu de tel.
Celluy di-je qui met tout son cœur, et attente
Aux souhaittés plaisirs de son ame contente,
15
A bastir des palais, et superbes cités
Et villes, et chasteaux, et universités,
Et obelisques hauts, et theatres tres-amples,
Des colosses mutins, et fort eslevés temples,
Ou trianglé parterre, où l’on voidt mille fleurs,
20
Où Nature en son temps prodigue ses coleurs,
Ou bastit quelque tour, ou pyramide dresse
Ainsy que fit jadis de Memphe la princesse ;
Qui di-je met son cœur, à ces caduques biens,
A ces hauts bastiments fragiles, et terriens,
25
Caduques, pour autant qu’en bien petite espace
Le tout s’esvanouit, se disperdt, et se passe,
Le tout tombe en fumée : hélas il met son cœur
[f. 138 ro]
A un bien perissable, à un los, et honeur,
Qui se perdt à l’instant : car où est d’une Grece
30
La force et la vigueur, et puissante jeunesse ?
Où est un Achilles, un Ajax d’un grand cœur,
Un Pyrrhe courageux, un Sinon qui d’un grand cœur " fin trompeur ",
Un Ulix vagabond plein de ruse, et finesse,
Où est de tant de Grecz et la force, et l’adresse,
35
Où est Agamennon, où le discret Nestor,
D’un Paris la beauté, la force d’un Hector,
Et où sont leurs cités, et palais de porphire
Couvert d’or qu’on voyoit prodiguement reluire
Aux rayons du Soleil, et où est la beauté,
40
De celle qui causa tant de calamité ?
Où est ce grand Caesar ? ce grand roy Alexandre
D’un monde non content ? Tout est reduict en cendre ;
Tout est evanoui, et qui pis est d’iceux
Les esprits bavolantz [67] aux plutoniques lieux
45
Souffrent mille tormentz, et n’ont un seul brin d’heure
De repos ; car leur ame incesamment endure.
Ce n’est rien de noz faictz, les affaires humains
[f. 138 vo]
Passent en un moment, et combien di-je vains
Sont les plaisirs d’embas, l’homme tousjours n’aspire,
50
Qu’aux plaisirs passagers, et incessamment tire,
Où le corps le conduit, en faisant plus d’estat,
De la chair que de l’ame, et d’un vilain esbat,
Que du prix de vertu, preferant la richesse
A l’honeur merité, par vertu de noblesse,
55
Il n’y a celluy là qui de piedz, qui de mains,
Et de jour, et de nuict par actes inhumains,
Ne tasche d’en avoir, soit par faveur ou guerre,
Pour avoir or sur or, et gaigner quelque terre ;
Le marchant y est prest ; car avide vendeur,
60
Il jurera cent fois devant son achepteur,
Fera mille serments, l’advocat, et juriste,
Sangsues de parquets sont en la mesme liste ;
Car avides de gain ilz feront prolonger,
Un proces bien longtemps estant en grand danger
65
De succumber en fin ; l’estat de la noblesse,
Est d’en avoir aussi, ce qui souvent nous blesse,
[f. 139 ro]
Et tormente le plus ; le courtisan en est,
Visant s’acrediter ; car tousjours il est prest,
A faire la parade, et le premier se mettre,
70
Faisant le bon valet tout le plus pres de son maistre,
Bref de tous les estats que l’on puisse sçavoir
Il n’y a celluy là qui n’en tasche d’avoir,
Soit roy, soit empereur, soit preteur, ou juriste,
Soit simple vigneron, soit marchant, ou artiste.
75
Chacun tasche à ce bien, chacun en veut au gain,
Chacun tasche en avoir ; et jamais ceste faim,
Ceste faim, d’en avoir ne peut estre assouvie,
Tel est l’estat mondain de ceste pauvre vie.
Et tant plus l’homme en ha, convoiteus de tant plus
80
Il en est soit qu’il soit plus riche qu’un Croesus,
Et le tout ce n’est rien ; en fin l’homme delaisse
En un moment de rien, ce que par grand’detresse,
Par labeur, par travail, et par mille dangers
Courant, et discourant par païs estrangers,
85
Soit par terre, ou par mer acquis il ha sans cesse.
[f. 139 vo]
   O homme que tu es, veux-tu ceste richesse
Emporter avec toy ? Tu es ici venu
Tout nud, et retorner il t’y convient tout nud,
Lors que te serviront tes pleinnes garde-robes
90
Tes coffres, tes bahuz, les buffectz, et tes robbes,
Ton or en ta maison ? Lors que ton corps sera,
Reduit en poudre, et terre, " et de tes biens n’aura
Son plaisir coustumier ", tes perles plus fines,
Tes saphirs, tes rubiz, et rouges corallines,
95
Ton luysant escarboucle, esmeraudes encor,
Tes diamantz au coffre, et tes brasselets d’or ?
Que deviendra le tout, le tout di-je peut estre,
Tombera dans la main d’un plus prodigue maistre,
Qui dissipera tout ce qu’auras amassé,
100
En langueur, et sueur, et tout sera passé
En moins d’un an, ou deux, et ton bien, et richesse
Espanchéz ça et là par l’hazard de largesse
N’aura son maistre ancien ; tandis que nous vivons,
Tandis qu’il est loysible, et que nous le pouvons,
[f. 140 ro] 105
Acquerons un bien seur, une seure richesse,
Que vifz, et motz jamais ne nous quitte, et delaisse,
C’est la seule vertu, laquelle nous faict telz,
Et nous rende à la fin de mortelz, immortelz.
[f. 140 ro]
Le bon Chrestien
Idylle
Dieu est nostre bouclier, nostre fort, et rampart
C’est luy qui nous assiste et ayde en toute part :
O qu’heureux est celluy qui pour son nom endure,
La faim, et la prison, et la mort la plus dure,
5
Pour un petit de temps, pour un petit moment,
Qu’il endure de mal, de peinne, et de torment,
Il jouït puis apres de million [sic] d’années,
Excedant le calcul des humainnes pensées
D’une joye ineffable, une joye à tousjours,
10
Qui non comme ça bas perdt son flux par son cours ;
Joye promise aux bons, en l’eternelle gloire,
O heureux celluy là, lequel me voudra croire,
[f. 140 vo]
Ceux qui font autrement bastissent un bucher,
Où brulés ilz seront, et en ame, et en chair,
15
Perpetuellement, ilz construisent la roue
Pour eux d’un Ixion ; celluy di-je se voue
A la gehenne eternelle, aux peinnes tous les jours
Du foye [68] renaissant becquetté tous des vautours.
Il se met le cordeau pour se donner le branle
20
Au preparé gibet, où il faut qu’il s’esbranle
En mourant non mourant ; celluy di-je se rendt
Subject à mille mortz, qui ne croit et entendt
Ce qu’est de son salut, et qu’un jour le peut rendre
Bien heureux, et content ; soit qu’en poudre, et en cendre
25
Soyt son corps " sa chair " et ses os ; c’est l’asseuré chemin,
D’estre bon, pour venir à la gloire sans fin,
Il n’en faut poinct doubter ; vous autres miserables,
Qui commettés sans fin milz exces execrables,
Qui brutaux vous donnés à ce faux seducteur,
30
Autheur de tous pechés, du vice protecteur,
Ennemy de vertu : qui tasche de surprendre
[f. 141 ro]
Ceux qu’il peut esbranler pour mal-heureux les rendre ;
Ne suivés son eschole ; ô symples escholiers,
Gardés qu’il ne vous trainne avecques ses coliers,
35
Ne vous laissés charmer, par ses faictz et merveilles,
Soudain mettés le seau à voz tendres oreilles,
Retirez-vous de là ; que si vous avés faict,
Quelque pact avec luy, faictes qu’il soit deffaict,
Rompés ceste alliance ; il ne tendt qu’à surprise,
40
Affin tout pour jamais vous oster de franchise,
Si vous sçavés par luy la lune ensanglanter,
Et l’ordinaire cours des fleuves arrester,
Si predire scavés par magiques figures,
Par vers, et par fuseaux, par celestes augures ;
45
Et par voz poincts couplés, par noms ensorcelés,
Ou bien par os de mortz et par lavoirs [69] brulés,
Si vous perannisés, si par la pyromance,
Vous sçavés l’advenir, avecques l’hydromance,
Vous allés aux carfours, et espaisses foretz,
50
Nuictamment, et aux bordz des estangs ou marests,
[f. 141 vo]
En marquant les aspectz et quadratz de la lune,
Pour dire, et praesager à quelqu’un sa fortune,
Ostés, ostés celà, ces images et traictz
En cire ressemblantz les naturelz portraictz,
55
Gardés, gardés sur tout si bien je l’ose dire,
D’user ce que du front des poulains on attire,
Avec les yeux de loup, et le nombre de trois
Et avecques le mal qu’on apelle des mois [70],
N’usés plus du laurier, pour mettre soubz la teste,
60
Ny de la febve aussy affin d’appaiser la tempeste,
Ny de tirer de nuict d’un cimetiere clos
L’ombre qu’est au tombeau et disperser ses os.
Aymés-vous mieux servir, à ce tyran, et maistre,
Et vous dire ses filz, que les filz de Dieu estre ?
65
Servir à ce tyran, qui trompeur vous seduit,
Qui feignant vous ayder meurtrierement vous nuict ?
Qui feint donner du bien, et vostre bien vous oste,
Que s’il en donne un brin trescherement il coste.
Suivés un autre chef, prenes autre chemin,
[f. 142 ro] 70
Chemin pour vous conduire à la joye sans fin,
A l’havre de salut, delaissés ces idoles,
Ces faulx dieux, ces demons, ces iniques paroles,
Dont vous les invoqués, et priés ; autrement
Dieu aigrira sur vous son juste jugement.
75
Retirez-vous de là, contrits avec priere,
Recouvrés au Soleil de la vraye lumiere,
Ostez-vous du bourbier, prenés autre sentier,
Sentier qui vous conduise au port sain, et entier,
Au port d’eternité, port de rejouissance,
80
Le Louvre du grand Dieu, qui sur tout ha puissance,
Qui regit l’univers, qui donne entierement
Estre, vie, et pouvoir, fin, et commencement
A tout ce que l’on voidt, qui gouverne la terre,
Et ce qu’est sur les cieux, et que le Ciel enserre,
85
Tout puissant infini, non compri nullement
Par les mousses [71] espritz du lourd entendement
Qui tout voidt, qui tout sçait, qui comprendt et mesure
La nature de tout autheur de la nature
[f. 142 vo]
Qui voidt au creux des creux des abismes d’enfer,
90
Qui penetre au profond de la profonde mer,
Et centre des rochers, bref qui peut en son ire
Tout ce grand univers en un cahos reduire,
Et en un torne-main en construire de faict
Un autre mille fois plus gentil, et parfaict.
95
Heureux celluy qui peut tel mystere comprendre
Et ce qu’est du salut de son salut entendre,
Affin que parsemé d’une pure candeur,
Des suaves odeurs il ressente l’odeur,
Et entende la voix de l’espoux : « Vien, ma mie,
100
Vien ici, vien vers moy, vien ma chere partie,
Vien reçoi le guerdon [72] que tu as merité,
Vien je te constitue en telle dignité
Que jamais le plus grand qui peut, et a peu vivre
Entre les plus grandz roys oncq n’a pu acconsuivre [73],
105
Commandant ici bas, ô voix que je pretendz
A la fin de mes jours ouir en peu de temps
[f. 143 ro]
Affin de m’esjouir d’une seure lyesse,
Avec mon cher espoux, où est joye sans cesse,
Car de vivre ici bas c’est languir proprement,
110
Nous mourons en vivant ; car du commencement,
Nous tendons à la fin ; l’homme prendt sa naissance
Pour mourir une fois, et n’ha la prescience,
De juger de l’estat de sa derniere fin,
Cela luy est caché ; car pensant estre sain
115
Il se sent estouffer d’un distillant catharre
Quittant par ce moyen et ses biens, et sa terre ;
Combien, combien de maulx l’assaillent nuict et jour,
Soit en ville, ou palais, ou magniffique tour,
Tantôt il meurt en guerre, et tantôt par orage,
120
Il faict, et de ses biens, et de son corps naufrage,
Et tantôt par envie, et tantôt par hazard,
Il sent le coup mortel ou d’espée ou de dard,
Ou bien par un long cours de griefve de maladie,
A une triste mort il eschange sa vie,
125
Tantôt lors qu’il est né, tantôt en son printemps,
[f. 143 vo]
Tantôt en son automne, et tantôt cassé d’ans,
Et quoy dix mille maux, et dix mille traverses,
L’accompagnent tousjours en manieres diverses,
Et dont l’homme ne peut se promettre estre sain,
130
Pour jouir seurement de l’air du l’endemain ;
Parquoy tandis que l’heur nous rit, et favorise,
Estant sains de pensée il faut que l’on advise,
De cherir non ce corps, mais l’ame qui tousjour
Par tous siecles peut vivre en l’immortelle cour,
135
Renonçant à Sathan qui faict autant du vice
Que le vice meschant merite de supplice.
[f. 144 vo]
Epitaphe de feu illustrissime, et reverendissime
Claude de La Baume [74], Cardinal, Archevesque de Bezançon,
Prince du Saint Empire, etc.
Tousjours le lis neigeus ne retient sa candeur,
L’oenanthe, ny le thym, ny l’œillet son odeur,
Le ligustre fletrit ; ainsy de toute chose,
Se faict en peu de temps une metamorphose :
5
Tout ce qu’est au giron de ce grand Univers
Se treuve composé de deux genres divers
Dont l’un est immortel, et l’autre dissemblable
Doibt payer sa rançon à l’orc insatiable ;
Tous deux sont citadins aussy de divers lieux,
10
L’un du val terrien, et l’autre des pers cieux.
Tout corps vit en seurté qui surpasse la lune [75],
Et nul n’est asseuré qu’est soubz la nue brune,
D’un à l’autre pivot aussy rien on ne voidt
Qu’en fin ne prenne fin, et qui mortel ne soit.
15
Le gazouillant oyseau, sur la verte ramée
[f. 145 ro]
Est pry sans penser à la chanson charmée
Du pipeur oyseleur, le Päon qu’aujourd’huy
Se mire dans ses yeux qui sont autour de luy,
Peut estre que demain il sera mys sur table
20
De quelque grand seigneur pour un metz delectable ;
Tel aujourd’huy demain le Democrit’ fera
Qui à un Heraclit’ demain ressemblera [76] ;
Tel est sain aujourd’huy qui demain asthmatique
Sera dedans le lict ou epiphoretique.
25
Tel est le cours humain, ressemblant au balon
Lequel est plein de vent, ou bien à un boulon
Qui s’esleve sur l’eau, lequel en peu d’espace,
S’esvanouit de nous, se disperdt, et se passe.
Ce n’est rien que de nous, ce n’est rien que du cours
30
De ceste vie ici, tost prenne fin noz jours :
Aux crouassants courbeaux, nous a faict la Nature
Ou bien aux cerfz legers de vie inferieure,
Plus abjectz quant aux corps, et plus vilz mille fois
Que nulz des animaux qui habitent les bois.
[f. 145 vo] 35
Plutôt l’enfant n’est hors du ventre de sa mere,
Qu’il pleure prevoyant sa future misere [77],
Misere qui l’assaut tantôt sur son printemps,
Tantôt sur son apvril, ores sur ses vieux ans
Et lors que l’homme plus en son bon heur abonde,
40
La Parque fierement le ravit de ce monde,
Elle frappe aussi tost à l’huis d’un Empereur
Qu’à celluy d’un pauvret et simple laboreur,
Et souvent il advient qu’un esclattant tonnerre
Les sorcilleux rochers et grandz palais parterre
45
Plutost qu’une casette, aussy le plus souvent,
Le pin qu’est le plus haut est abbatu du vent,
De ce que plus on ayme il mesadvient de mesme,
Ou soit par accident, ou soit par la mort blesme,
Helas nous le voyons en ce benin pasteur,
50
Et insigne prelat des bons le protecteur,
Qu’un chacun cherissoit pour son maintien affable
Qu’un chacun accoustoit pour sa vertu louable,
[f. 146 ro]
Que la Parque a ravi ; luy l’excellent phoenix
Du terroir bourguignon, luy qui estoit le filz
55
De ce Jehan de la Baume [78], yssu du sang illustre
Des anciens roys de Chypre, et qui estoit le lustre
Des seigneurs de son temps. L’esprevier genereux
N’eclot un Alcion, ou un bizet peureux,
Ainsy ce bon pasteur sorti de noble race
60
N’a poinct degeneré, mais a suivi la trace
De ses predecesseurs, tousjours il a esté
Formillant en honeur, et debonnaireté :
Comme un œillé Argus, il veilloit ses ouailles,
Tesmoin est Bezançon, que certainnes canailles
65
Avoyent desja surpry, crians dedans les murs.
Nous sommes mainctenant les maistres, et vainqueurs [79].
Mais quoy ce bon prelat prodigue de sa vie,
Pour l’honeur maintenir de sa chere patrie
Espry de vive foy, l’Aegide de Pallas
70
Il prent d’une des mains, d’autre le coutelas,
[f. 146 vo]
Vaillamment combattant ceste escadre farouche,
Haletant au combat sur eus vivement touche,
Les chasse à la parfin, delivrant de danger,
Ceste cité dorée où visoit l’estranger,
75
Ainsy de ce Prelat sera la renommée,
Despuis le flot Indois jusqu’en Calpe [80] semée,
Dont à juste raison, ô Bezançon tu doibs
Plorer, de mesme Gy, et toy ville d’Arboys,
Ce bening Cardinal, ce Claude de la Baume,
80
Et prendre à pleinne main le ciname, le baume,
L’amaranthe, le lys, ou bien quelque œillet beau
Pour mettre mainctenant sur son dueillé tombeau.
[f. 147 ro]
Quatrain contrepoincté [81]
[f. 149 vo]
ODE
Que faictes vous pucelle
Lisant qu’une pucelle,
Seulette dans ce lieu,
Un jour enfanteroit,
Quoy ? n’estes vous pas celle
Lors me vint la nouvelle,
Tant aymée de Dieu ?
Qu’en moy cela seroit.
Gentille pucelette,     
La plus belle qui soit,
La Mere-Vierge nette,
Qui le Saulveur conçoit.
C’est moy qui suis choisie
   En ectase ravie
Des filles de Sion
   Je fuz, mais Gabriel
Au grand livre de vie
   Dict, n’ayez peur Marie,
Pour la redemption.
   C’est le vouloir du Ciel.
Elle se chante sur l’air, Que faictes vous Bergere
et le quattrain qu’est au milieu se repete.
[Quatrains]
[f. 156 ro]
Le bon est un noyau dessoubz l’escorce enclos,
Dans la conque une perle, et gemme reluisante,
Une moëlle douce, et suave dans l’os,
Et dedans une espine une rose odorante.
Qui delaisse la cour, de prison il eschappe,
D’une vie confuse, et d’un mal dangereux,
D’un sepulchre superbe, et soupçon malheureux,
Et merveille sans fin, et d’un cruel satrape.
Le bien [82] de plusieurs gens en quattre se partage,
L’un est pour les flatteurs, l’autre est aux advocats,
L’apotichaire ha l’autre, et " noble " l’argent et ducats,
Sont pour le medecin ; qui tous evite est sage.
Qui delaisse le Monde, il laisse la richesse,
Qui laisse la richesse, il prendt la pauvreté,
Qui prend la pauvreté, par une charité,
Au palais bien-heureux son chemin il adresse.
Tout ainsi que la rose à l’espine est prochainne,
Tout ainsi que le jour par la nuict est ravi,
Tout ainsy que l’espoir de la peur est suivi,
Ainsy l’humain repos est suivi de la peinne.
[f. 157 ro]
Stances sur l’Anagramme
ANNE D’AUTRICHE :
R A C I N ED E NH A U T
9,1,11,10,2,4  5,13,312,6,7,8
D’en haut tout le bien vient, vous estes la racine
D’en haut ; ANNE D’AUTRICHE, assez le faict scavoir,
Nom qui porte en escrit, une racine race divine,
4
Selon qu’en icelluy se peut aysement voir.
Racine d’une race, à jamais florissante,
Racine qui fera produire des sions
Au celtiq terroir en racine abondante
8
Où le Ciel respandra ses benedictions.
[f. 157 vo]
Car de vous sortira par le doux Hymenée
Conjoincte aux fleurs de lys, de surjons tous nouveaux,
Que le Ciel benira de lignée en lignée,
12
Dont jamais on ne vit en sortir de plus beaux.
Vous estes ce nepenthe, et moly d’Hiberie [83]
Que vous parsemés aux racines de lys,
Qui feront rajeunir, et prolonger la vie,
16
Aux tiges qu’en viendront heureusement eslis.
Racine de moly, de nepenthe et panace,
D’ambroisie, et nectar, lesquelles s’espandront,
Comme oliviers nouveaux, et ce, de race, en race,
20
En tous les coings du monde, et racines prendront.
[Quatrains]
[f. 158 ro]
Quatrain amphibologique
[f. 159 vo]
Lea Monde Mort est un larron qui surveille au passage,
Le mondain voyageur, qui ne s’en doubte point,
Laquelle sans egard qu’il soit de pres ou loing,
L’abat, soit grand, petit, foible, fort, fol ou sage [84].
Femme, tu vas, tu viens, mais tu ne cognois pas
Que ton heure s’approche et talonne tes pas
De si pres qu’à grand peine ayant passé ta porte [85]
Ton teinct pourpré s’esteinct et tombes froide morte.
[f. 160 ro]
Que veux tu rapporter de vivre longuement,
Sinon la teste grise, et pieds noués de goutte,
Tes reins pleins de gravelle, et n’ouir, et voir goutte,
Ton ame travaillée, et ton entendement [86].
La vie n’est pas vie, ains une mort prolixe,
Noz jours ne sont qu’un jeu, qu’à refaire se dit,
Noz ans un fascheux songe, en nostre plaisir vit,
L’hoste-mort scorpion, rien n’avons qui soit fixe.
Il n’est estat au monde, où n’y ait changement,
Il n’est honeur aucun, que le peril ne presse,
Il n’est point sans travail aucun bien, et richesse,
Il n’est plaisir aucun sans mescontentement.
Nostre jeunesse n’est qu’un plaisir qui peu dure,
Notre prosperité, qu’un chasteau faict en l’air,
Qu’un thresor d’alchimie, et qu’un fort en peincture,
Qui n’est rien en effect, que le simple parler.
[f. 160 vo]
Veux tu scavoir l’estat de la mondainne vie,
Tu es riche aujourhuy, pauvre le lendemain,
Joyeux, et triste apres ; c’est une mommerie,
Où l’on perdt, et l’argent, aussy le temps en vain.
Le Monde maintenant en ses rosiers n’ha plus,
Qu’espines, et jettons picquants, et superflus,
En les arbres que fueille, en son grenier que paille,
Que lambruche en sa vigne, en thresor rien qui vaille.
En quattre cent soixante, et quattre ans que dura
Des Vestales le temple, Albine, et Domitie,
Et Rhée et Cornelie usarent mal leur vie,
Mais combien aujourdhuy en nombre on treuvera ?
Aurelian priva Roger juge Romain,
Pour les piedz remués en une seule dance,
Mais il eust mieux vallu, ne luy donner licence,
Exerçant son estat de remuer sa main [87].
[f. 163 vo]
De l’ingratitude
La seule ingratitude est un vent dommageable
Qui brule, et qui tarit de pieté louable,
Les ruisseaux, et les cours de la grace en effect.
Donc je concludz l’ingrat indigne de bienfaict.
[f. 164 vo]
Sur le dire commun
Coelum non animum mutant qui trans mare currunt [88].
Le Renard change bien de poil mais il ne change
De mœurs, ny de façon, ny de finesse estrange :
[f. 165 ro]
Ainsy font les meschants, malheureux, et pervers,
Soit qu’ilz changent de lieux, et de païs divers,
Qu’ilz rodent l’ocean, faisantz en leur voyage,
Unze milz cent soixante, et un peu davantage,
Que la Terre contient de tour, en plain, en mont,
De lieues au franc pas, jamais autres ne sont [89].
[f. 165 ro]
Des quatre coleurs
Le lin ou bien le brun la Terre nous figure,
Le pourpre quant et quant l’eau propre de la mer,
L’hyacinthe le teinct en la coleur de l’air,
L’escarlate du fer raporte la nature.
[f. 170 ro]
VN CHER AMY
9.3. 6.1.2.4. 7.8.5.
Un cher Amy, nous tend la main heureuse,
Un cher Amy, nous est un second Dieu,
Qu’on doibt priser, et cherir en tout lieu,
Plus qu’or, argent, et pierre precieuse.
HENRY CAMV [90].
[f. 171 ro]
De Caesar, et d’Alexandre
Caye Caesar voyant ez Gades l’effigie,
D’Alexandre le Grand, plorant blasmoit sa vie
En ce que plus aagé que luy n’avoit rien faict,
4
Encor digne d’honeur d’un relevé portrait.
Alexandre de mesme en fit pres le Sigée
D’Achilles regrettant ne pouvoir rencontrer,
Un tel soneur qu’Homere, un qui sceut bien montrer
8
Les effectz courageux d’une ame bien logée.
[f. 171 ro]
D’Architophel
D’où vient qu’Architophel accepta le licol,
Duquel par desespoir il entoura son col,
Pour se donner le branle, à la fourche prochainne,
Sinon qu’estant frustré de son attente vainne,
5
Il prevoyoit sa mort, ou la dure prison
Pour avoir allumé le flambeau, le tison,
Qu’il tenoit en sa main, avec les allumettes,
Autheur des attentats, et menées secrettes,
[f. 171 vo]
De la cour d’Absalon, qu’il poulsoit d’estre Roy
10
Et dethroner son pere, outre forme de loy,
Fac-totum de ce Prince, ame trop peu discrette,
Laquelle il contornoit avecques la baguette,
Au son de son popisme [91], et tellement alloit
Ce mal-advisé Prince ainsy comme on vouloit.
15
Mais le flateur, et l’autre aymant la flaterie,
Pensant beaucoup gaigner, y perdirent la vie.
[f. 173 ro]
Contre les Duellistes [92]
Engeance de vipere, ô meurtriers, ô bourreaux,
Vous egorgeant ainsy de vos propres costeaux,
Carnassiers acharnés, phalarides infames
Qui en perdant voz corps, perdés aussy voz ames
[f. 173 vo] 5
Qui pour un petit mot qu’on vous met au devant,
Mot par vous relevé, que vous mettés avant,
Toucher au poinct d’honeur, qui vous met en furie,
Vous cabrant au vanger, pour y laisser la vie ;
Mot qui n’emporte rien, sinon qu’autant de vent,
10
Mot mal interpreté, par vous le plus souvent
Qui vous faict esclatter, et grossir en courage,
Pour doubler sur autruy vostre felonne rage ;
Qui au lieu d’embrasser, l’amour, et charité
Faictes un magasin de toute impieté
15
Qu’est vostre seule Idole, à qui pleins de tout vice
Faictes journellement, et veux, et sacrifice,
O prevaricateur, est-ce le point d’honeur,
Enfraindre, et abjurer la Loy de son Seigneur,
Qui benin, et clement, veut, commande, et ordonne
20
Qu’au voysin tresbuché librement on pardonne ?
Doncques tu ne veux pas te ranger à sa loy,
Toy qui despendz de luy, et non pas luy de toy,
[f. 174 ro]
Qui t’a moulé ça bas, et qui t’a faict la grace
Indigne que tu es au ciel lever la face.
Impie que tu es, ingrat de tant de bien
25
Qui veus qu’on te pardonne, et ne pardonnes rien,
Que diroit mainctenant le bon Dirimachie [93],
Quelz propos tiendroit-il s’il retornoit en vie,
Qui detestant les jeux de ces gladiateurs,
Qu’on voyoit dedans Rome, aussy les spectateurs,
30
Crioyt contre l’un l’autre à gorge desployée,
Pour remettre au chemin ceste gent desvoyée,
Affin les corriger, ou bannir tels amats
Comme ennemys de Dieu, felons et contumas
Parquoy laissons ce fer, et vengeresses lames
De peur de n’encourir la perte de noz ames.
[f. 178 vo]
Sur les espritz [94]
Le franc meurier vient tard, mais bon en fruict ; l’olive
En son fruict escellent, en son fruict est tardive,
Les saules croissent tost, mais steriles ilz sont,
Les espritz trop soudains pareillement en font [95].
[f. 184 ro]
De l’homme
L’homme n’est rien sinon qu’une vie incarnée,
Qu’un fantasme de temps, qu’un esclave de mort,
Qu’un pelerin passant, qu’une ame au travail née,
Qu’un espion de vie, hoste d’un lieu non fort [96].
De la femme
[f. 184 vo]
Qu’est-ce que la femme est, c’est de l’homme moins sage
Le desordre total, et souci qui l’abat,
Un esclave mondain, un eternel combat,
A l’homme continent un dangereux naufrage [97].
De la mort
Un eternel sommeil on dit estre la mort,
Des pauvres le souhaict, que le richard deteste,
De l’homme le larron veillant à toute reste,
La fuitte de la vie, et incurable sort.
[f. 189 ro]
Mœurs d’aucunes nations [98].
La Muse de tout temps enrichit le Gregeois,
D’un esprit relevé, d’une faconde voix ;
Les Leontins lascifz, petulants, et sans cesse,
Espuisent la liqueur qu’en automne l’on presse [99],
Les Cares impudentz, en tout venale gent,
Dessus tout autre abjecte, esclave qui se vendt,
Le Thessalien prompt en benefice infame,
Le Sybarite perdt en tout luxe son ame,
Les Milesiens molz ayment souvent changer,
De pompeux vestements ; delicats à manger,
[f. 189 vo]
Parents aux Milesins, sont les Crotoniates,
Pour folz et abbetis on marque les Galates,
Les Cretois paresseux, sont de la verité,
Banqueroutiers jurés de toute ancienneté,
Les François fort legers, inconstans, variables,
D’un esprit bien moulé, Panurges, fort traictables,
Mais les Italiens visent à tout ranger,
Hautz de cœur, feinctz, et cautz, hastifz à se vanger,
L’Espagnol, vigilant, fascheux, inexorable,
Plein de fiel en grandeur à tous incomparable ;
Les Bretons font estat de toute netteté,
Mais cruelz inhumains en hospitalité,
Les Allemandz constants, et fermes de courage,
Accoustumés au gain, au butin, et ravage,
Le Flament prompt de tout, et de langue et de main
Aux revoltes subject, asses doux et humain,
Le Brabant brocardeur pour prolonger sa vie,
Chasse par les festins toute melancholie.
[f. 206 vo]
De la sympathie et antipathie des choses
tant animées que non animées [100].
Rien ça bas on ne voidt et croistre, et prendre vie
Qui ne soit consuivi par son antipathie.
Nature n’a rien crée à qui elle n’ait donné
Son contraire pour le retenir : dont se voyent
Les antipathies diffuses par l’univers, en
Toutes choses, tant animées que non animées :
Ez bestes comme entre les cocqz et renards,
Ez poissons, entre le mugeol [101] et le loup,
Ez oyseaux entre le corbeau, et milan,
Ez herbes entre le roseau, et la fougere,
Ez arbres entre le chesne, et l’olivier,
Ez pierres entre l’aymant et diamant.
Entre l’ame et le corps ; de mesme entre
Les republiques et nations, seigneurie
Et seigneurie, comme les Lacedemoniens
Entre les Atheniens, Romains et Carthaginois,
Escossois et Anglois, Anglois et François,
François et Italiens, Alemans et Suisses,
[f. 207 ro]
Affricains et Espagnolz, Turcz et Chrestiens,
Perses et Turcz, Zagathains et Perses,
Moscovites et Polonois, Mores et Abyssins.
[f. 216 ro]
[Traduction du sonnet CCCLXV de Pétrarque,
« I vo piangendo »]
Je vay pleignant le temps que je scai, et contemple,
   Avoir mis en aymant les plaisirs terriens,
   Sans m’eslever ayant ses ailes, et moyens,
   Asses bons, pour montrer de moy un bon exemple.
Toy qui voidz de mes maux, et scais le calcul ample,
   Roy du Ciel invisible, et qui ce rond maintiens,
   Secours mon ame fresle, et delivre des liens
   Icelle pour orner davantage ton temple.
Si j’ay vescu ça bas en guerre et en tempeste
   Fay que je meure en paix, et que si mon sejour
   Fut vain, fais pour le moins le depart soit honeste.
Au peu de vivre qu’ay, et peu de demeurance
   Que j’ay à faire, ô Dieu preste moy ton secours,
   Tu scais qu’en toy repose, et gist mon Esperance.
[Quatrains]
[f. 218 ro]
La Mort haste noz mets, elle surprent au lict
Aupres de ses amours le meurtrier voluntaire
Pour le mener au lieu où son arrest se lict,
De mort sur le theatre au tranchant sanguinaire.
Tel faict bondir en l’air son cheval, et en main
Le contorne, et pourmeinne, eslance, et pirouette
Aujourd’huy tout joyeux en rond, et à courbette
Qu’entendra son arrest de mort au lendemain.
Tu galopes la mort, et à bride abatue,
Tu cours à ton destin, jeune homme mal appry,
Tu prendz, et on te prendt, tu as pry, tu es pry,
Tu as tué sans droict, et à droict on te tue.
Ne recidive tant, pense à toy de bonne heure,
Esquive ton malheur, si souvent va le rat,
A la proye, qu’en fin il est griffé du chat ;
Tant va la cruche au puits, qu’en fin l’anse demeure.
[f. 219 ro]
Priere à Dieu
J’ay commencé par toy mon Dieu, mon Roy, mon maistre.
Mettre aussy fin je veux par toy en ce mien metre,
Me targuant de ton nom, pour me je surmonter l’effort,
Fort de mon ennemy me jettant dans ton Fort ;
5
Car qui me peut blesser dedans ta Citadelle ?
Elle me peut sauver soubz l’ombre de ton aisle.
Celluy qui par tes loix ses meurs compassera
Passera devers toy et bien heureux sera.
C’est mon but journalier auquel pour seul entendre
10
Tendre j’ay desiré de ma jeunesse tendre ;
Car dès cest aage estant tellement premuny,
Muny d’armes seray, pour estre à toy uni.
Heureux celluy qui faict un tel apprentissage,
Sage il peut bien-heurer l’usuffruict de son aage.
15
Par don, pardon luy faict Dieu de tous ses meffects,
Effectz le deschargeant, de ses crimes et faictz.
Fays moy ainsy Seigneur en ceste mer profonde,
Fonde ma nef au port, hors de tempeste et onde,
[f. 219 vo]
Affin qu’un jour je puisse avecques tes admis,
20
Amis de ta grandeur, aupres d’eux estre mis.
[f. 219 vo]
Au medisant
Qui veut de ce livre mesdire,
Qu’il sache de moy en un mot,
Que c’est un badin, et un sot,
Indigné de ne le pas lire.
 
NOTES
 
[1] Dont le Mespris de la vie et consolation contre la mort parut à Besançon en 1594.
[2] Diplomate, magistrat et poète, il fut l’ami de Faret et de Saint-Amant (Henri Lafay, La poésie française du premier XVIIe siècle, Paris, Nizet, 1975, p. 491-493). On mentionnera son sonnet « A la riviere du Doux, tandis que sa Dame s’y baigne », publié dans les Delices de la poësie françoise, Paris, Toussainct du Bray, 1620, et repris dans le Recueil des plus beaux vers de Messieurs de Malherbe, etc., même éditeur, 1626 ou 1627, p. 865. Guez de Balzac le qualifia de « Demosthene de Dole » (Socrate Chrestien, Amsterdam, Joost Pluymer, 1662, p. 234).
[3] Madeleine Lazard, « Un Franc-Comtois à Lyon : Antoine du Pinet, sieur de Noroy, pasteur humaniste », Il Rinascimento a Lione, actes du Congrès international de Macerata (6-11 mai 1985), éd. Antonio Possenti et Giulia Mastrangelo, Roma, Edizioni dell’Ateneo, 1988, p. 589-606.
[4] Son « Petit Traisté ou Élégie des Misères du Monde » (1656) a été réimprimée par André Thierry dans son étude « Hugues Bois-de-Chesne, poète montbéliardais du XVIIe siècle », Bulletin et Mémoires de la Société d’Émulation de Montbéliard, LXXIX, 1983, p. 117-142. Voir également l’étude de Marcel Israel, « L’élégie en France à l’époque baroque (1600-1660) », L’élégie romaine. Enracinement - Thèmes - Diffusion, actes du Colloque de Mulhouse (mars 1979), éd. A. Thill, Paris, Ophrys, 1980 (= Bulletin de la Faculté des Lettres de Mulhouse, X), p. 201 et n. 36.
[5] Mario Schiff, La fille d’alliance de Montaigne, Marie de Gournay, Paris, H. Champion, 1910, et Genève, Slatkine, 1978, p. 115-121 ; Jacques Voisine, « Un astre éclipsé : Anna Maria van Schurman (1607-1678) », Études germaniques, XXVII-4, 1972, p. 501-531 ; Linda Timmermans, L’accès des femmes à la culture (1598-1715). Un débat d’idées de saint François de Sales à la marquise de Lambert, Paris, H. Champion, 1993, p. 303-308 ; Solange Deyon, « “S’il est nécessaire que les filles soient sçavantes”. Un manifeste féministe au XVIIe siècle », De l’Humanisme aux Lumières. Bayle et le protestantisme. Mélanges en l’honneur d’Élisabeth Labrousse, éd. M. Magdelaine et al., Paris-Oxford, Universitas-Voltaire Foundation, 1996, p. 381-394.
[6] Ses « Misères de la femme mariée, où se peuvent voir les peines et tourments qu’elle reçoit durant sa vie », ont été réimprimées avec un dossier par Ilana Zinguer dans Misères et grandeurs de la femme au XVIe siècle, Genève-Paris, Slatkine, 1982, p. 7-55. Voir également les articles de Jacques Lavaud, « Quelques poésies oubliées de Nicole Estienne », Revue du XVIe siècle, XVIII, 1931, p. 341-351, et Régine Reynolds-Cornell, « Les Misères de la femme mariée : another look at Nicole Liébault and a few questions about the woes of the married woman », BHR, LXIV-1, 2002, p. 37-54.
[7] « Notes sur Jean-Édouard Du Monin », BHR, LXI-1, 1999, p. 57-58. Sur ce personnage, voir Émile Picot, Les Français italianisants au XVIe siècle, Paris, H. Champion, 1907, p. 241-248, et Émile Fourquet, Les hommes célèbres et les personnalités marquantes de Franche-Comté du IVe siècle à nos jours, Besançon, 1929, p. 84.
[8] Elle n’est pas mentionnée dans les travaux de Frédéric Lachèvre (Bibliographie des recueils collectifs de poésies du XVIe siècle, Paris, E. Champion, 1922, et Genève, Slatkine, 1967 ; Bibliographie des recueils collectifs de poésies publiées de 1597 à 1700, Paris, 1901-1905, et Genève, Slatkine, 1967).
[9] Auguste Castan, Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France : Départements, t. XXXII (Besançon), Paris, Plon, 1897, t. I, p. 303-304.
[10] Que le manuscrit aujourd’hui conservé à Besançon n’ait pas été préparé pour l’impression ne signifie nullement que celle-ci n’eût point été souhaitée par l’auteur. La présence d’une épître dédicatoire indique que ces poèmes étaient destinés, d’une manière ou d’une autre, à sortir du cercle privé, sous forme d’une copie manuscrite plus élégante ou d’un volume imprimé. Un manuscrit de présentation a-t-il existé ? Pourquoi l’impression n’a-t-elle pas eu lieu ? Nous ne savons...
[11] On trouve au f. 148vo des brouillons de calculs.
[12] Mario Schiff, op. cit., p. 55-86 ; Fragments d’un discours féminin, éd. E. Dezon-Jones, Paris, J. Corti, 1988, p. 111-127.
[13] Né à Poligny, il occupait en 1590 les fonctions de premier maître et président en la chambre des comptes à Dole (E. Fourquet, op. cit., p. 81).
[14] On voit dans l’église de Champlitte (entre Langres et Gray) une chapelle où des membres de cette famille furent inhumés. L’édifice est orné d’un vitrail, où apparaissent leurs armes, entourées de la Toison d’or.
[15] Fils de François de Vergy (mort en 1591), pour qui Jean Willemin avait composé un discours funèbre (1592), il était né en 1579 (notice par Théodore Courtaux dans la préface de son édition des Sonnets franc-comtois attribués à Chassignet, Paris, Cabinet de l’historiographe, 1892, et Genève, Slatkine, 1969).
[16] Originaire de Pierrecourt, Boguet fut nommé en 1618 conseiller au Parlement de Dole. Son Discours execrable des sorciers avait paru à Lyon, chez Jean Pillehotte, en 1602.
[17] Je reproduis fidèlement l’orthographe et la ponctuation des textes tirés du manuscrit de Besançon, en signalant les ratures et en plaçant entre crochets obliques (" ") les mots notés dans l’interligne. Plutôt que de redistribuer les poèmes en fonction des genres auxquels ils appartiennent, j’ai préféré suivre l’ordre du manuscrit, qui est – pour autant que l’on en puisse juger – de la main de l’auteur.
[18] On pourra consulter « Concordia discors. Arts poétiques de la Réforme et de la Contre-Réforme », La poésie religieuse et ses lecteurs aux XVIe et XVIIe siècles, actes du Colloque international de Metz (25-27 mai 2000), à paraître aux Annales de la Faculté des lettres de Besançon.
[19] Les remarques de Mme Madeleine Lazard sur l’éducation féminine durant le premier XVIe siècle (Les avenues de Fémynie. Les femmes et la Renaissance, Paris, Fayard, 2001, p. 212-232) restent valables pour les règnes du dernier Valois et du premier Bourbon.
[20] J. Voisine, art. cité, p. 504.
[21] Il ne semble pas y avoir eu de collège jésuite à Arbois. En revanche, il s’en trouvait un à Besançon, fondé en 1597 (De Backer-Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, 1890, t. I, col. 1401-1402). Françoise a traduit en latin plusieurs quatrains du R. P. Michel Coyssard (1547-1623), professeur de rhétorique et préfet des études au collège de Clermont, puis gouverneur du collège de Besançon (De Backer-Sommervogel, op. cit., t. II, col. 1598-1607, et le supplément par Ernest-M. Rivière, col. 149-182).
[22] Voir l’excellente édition des Disticha Catonis, par Marcus Boas, Amsterdam, North-Holland Publishing Co., 1952.
[23] On consultera l’édition des Chansons spirituelles par Michèle Clément (Œuvres complètes, t. IX, Paris, Champion, 2001).
[24] « Notes sur Christofle de Gamon », BHR, à paraître.
[25] Das Fortleben der horazischen Lyrik seit der Renaissance, Leipzig, Teubner, 1906, p. 424-440 (sur l’épode II). On consultera encore, du même érudit, son Horaz im Urteil der Jahrhunderte, Leipzig, Dieterich, 1921.
[26] « Horace en France pendant la Renaissance », Humanisme et Renaissance, III, 1936, p. 141-164, 289-308, 384-419 (et en particulier p. 416).
[27] Horace en France au XVIIe siècle, Paris, PUF, 1962.
[28] Réédités en 1874 par J. Claretie (Genève, Slatkine, 1969). Consulter Hugues Vaganay, « Les stances de M. de Pibrac », Revue du XVIe siècle, IV, 1916, p. 195-202. Sur la fortune de ce genre, voir « Un “heureux phénix” ? Renaissance et mort de l’hexaméron (1578-1615) », Genre et société (actes du Colloque « L’émergence de genres nouveaux dans les sociétés européennes des XVIe et XVIIe siècles », 18-20 novembre 1999), Nancy, Presses Universitaires, 2000, t. I, p. 193-194.
[29] Sans vouloir ouvrir une polémique, je ne puis m’empêcher de remarquer qu’il est difficile, en lisant ces vers sans connaître l’auteur, de savoir s’ils ont été écrits par un homme ou par une femme. Il est certainement faux – ou, au moins, abusif – de prétendre que quelques vers d’un poème composé en français suffisent pour savoir si l’on a affaire ou non à une femme (ce que prétend R. Kuin, « More I still undoe : Louise Labé, Mary Wroth, and the Petrarchan discourse », Comparative Literature Studies, XXXVI, p. 146-191).
[30] Ce qui se pourrait dire de nombreux recueils composés par des auteurs de second plan.
[31] On notera que le « Programme d’études sur l’histoire provinciale de la vie littéraire en France » tracé par Gustave Lanson en 1903 n’a pas encore connu une ébauche de réalisation unitaire... (Études d’histoire littéraire, Paris, H. Champion, 1930, p. 1-25).
[32] « Faire acte d’écrire n’entraîne pas nécessairement le désir et le souci d’être imprimée. L’écriture peut s’apparenter à un divertissement élégant. (...) il est vrai qu’il faut jouir d’une certaine aisance pour passer par l’atelier de l’imprimeur et qu’au XVIe siècle on ne peut vivre de sa plume. Ce qui explique, dans une certaine mesure, que si beaucoup de femmes ont éprouvé la “volupté d’écrire”, très peu ont réussi à se faire éditer. Aussi est-il difficile de mesurer exactement quelle a été alors l’importance de la production littéraire féminine. En fait, une bonne partie est restée manuscrite ou très tardivement publiée » (M. Lazard, op. cit., p. 233, 236). Voir également le recueil Going Public. Women and Publishing in Early Modern France, ed. Elizabeth C. Goldsmith and Dena Goodman, Ithaca-London, Cornell UP, 1995.
[33] On ne saurait la comparer qu’à d’autres femmes poètes, et non à des écrivains en prose, comme Gabrielle Suchon (1631-1703), au sujet de laquelle on consultera les articles de Pierre Ronzeaud (XVIIe siècle, no 108, 1975, p. 9-33), Paul Hoffmann (XVIIe siècle, no 121, 1978, p. 269-277), et Jeannette Geffriaud-Rosso (Ouverture et dialogue. Mélanges offerts à Wolfgang Leiner, p.p. U. Döring et al., Tübingen, G. Narr, 1988, p. 669-678).
[34] Auteur des Annonces de l’Esprit et de l’Âme fidèle (1602). Voir Frédéric Lachèvre, « Marie de Brabant, une poétesse protestante inconnue du XVIe siècle », Glanes bibliographiques et littéraires, Paris, Giraud-Badin, 1929, t. I, p. 24-28.
[35] Émile Dermenghem, La vie admirable et les révélations de Marie des Vallées, d’après des textes inédits, Paris, Plon, 1926 ; du même, « Visions et poèmes de Marie des Vallées », Chroniques, VI, 1928, p. 1-15.
[36] On lui doit un Essai de psaumes et cantiques, mis en vers (Paris, Michel Brunet, 1694). Également douée pour le dessin et la gravure, elle assura elle-même, pour partie, l’illustration de son livre.
[37] Supposera-t-on que cette épître était écrite avant que Clériadus de Vergy ne reçoive la décoration et que l’ajout est par conséquent postérieur ?
[38] Sur le genre particulier de l’épître dédicatoire, voir l’ouvrage de Wolfgang Leiner, Der Widmungsbrief in der französischen Literatur (1580-1715), Heidelberg, Carl Winter, 1965.
[39] L’image de l’homme regardant vers le ciel à la recherche de son origine parcourt la littérature européenne : Platon, Timée, 90 a-b ; Aristote, De partibus animalium, II, 10 ; Cicéron, De legibus, I, 27, De Natura Deorum, II, 140 (éd. Arthur S. Pease, Cambridge, Mass., Harvard UP, 1958, t. II, p. 913-917) ; Ovide, Métamorphoses, I, v. 84-86 ; Basile, Homélies sur l’Hexaéméron, IX, 81 d-e ; Lactance, De opificio Dei, 8, 2-3 ; Giannozzo Manetti, De dignitate et excellentia hominis (éd. Elizabeth R. Leonard, Padoue, Antenore, 1975, p. 8-9) ; Ronsard, Response aux injures, v. 331-335 (Œuvres complètes, éd. Jean Céard, Daniel Ménager et Michel Simonin, Paris, Gallimard-NRF, « La Pléiade », 1993-1994, t. II, p. 1051-1052) ; Tahureau, Dialogues (éd. F. Conscience, Paris, Lemerre, 1870, p. 128) ; A. d’Urfé, Œuvres morales et spirituelles (éd. Yves Le Hir, Genève, Droz, coll. « TLF », no 235, 1977, p. 94, no 1) ; Pontus de Tyard, Le Second Curieux (éd. John C. Lapp, Ithaca, Cornell University Press, 1950, p. 124) ; Montaigne, II, 12 (éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 1988, t. II, p. 483-484) ; Goulart, commentaire à la Sepmaine, VI, v. 493-498 : « Pour le regard de sa stature, il y a deux choses remarquées par le poete : l’une qu’elle aprend à l’homme de s’eslever vers les cieux : l’autre de se souvenir que le ciel est le lieu de sa naissance, c’est-à-dire que son ame est celeste, et que c’est son pays, comme l’Escriture sainte l’en advertit par tesmoignages et exemples notables » (Rouen, R. du Petit-Val, 1602, p. 647) ; Seconde Semaine, II, 7, v. 495 (éd. Yvonne Bellenger et al., Paris, Klincksieck-STFM, 1991-1992, t. II, p. 405). L’idée est également évoquée par Paré : « Elle [la tête] est située sur tout le corps, et Dieu a voulu qu’elle fust eslevée en haut contre le ciel, et que l’homme cogneust que sa vraye origine et naissance venoit plus haut que de la terre, et des autres elemens corruptibles » (De l’Anatomie, V, chap. I, Œuvres, 4e éd., Paris, Gabriel Buon, 1585, p. CLXV). Se reporter à l’étude de Hans Blumenberg (« Contemplator Caeli », Orbis scriptus. Dmitrij Tschizewskij zum 70. Geburtstag, hrsg. von D. Gerhardt und alii, München, W. Fink, 1966, p. 113-124) et à celle d’A. Saunders (The Sixteenth-Century French Emblem Book. A Decorative and Useful Genre, Genève, Droz, coll. « THR », CCXXIV, 1988, p. 161), ainsi qu’aux pages de Françoise Joukowsky, La gloire dans la poésie française et néo-latine du XVIe siècle (des Rhétoriqueurs à Agrippa d’Aubigné), Genève, Droz, coll. « THR » no CII, 1969, p. 74-76.
[40] Cf. le poème « Contre les duellistes », v. 6-7.
[41] Version française d’un poème latin, « De vicissitudine rerum ».
[42] Une idée analogue se rencontre dans un opuscule anonyme, attribuée à Du Perron, le Paradoxe de la discorde, Paris, F. le Mangnier, 1584 (réimprimé dans les Annales de Normandie, L-3, 2000, p. 418-432).
[43] Cf. « Le flambeau Delien » (Du Bartas, Sepmaine, III, v. 200).
[44] « A bundle, or bottle, as of hay » (Cotgrave).
[45] La servante.
[46] Souvenir du Cantique des Cantiques.
[47] Même lorsque l’imitation n’est pas, comme ici, expressément indiquée et reconnue, les poètes du temps qui chantaient les louanges de la campagne utilisaient en conscience les modèles antiques, au premier rang desquels figurait Horace. Si nécessaire, leurs commentateurs se chargeaient de les signaler à l’attention du lecteur. À propos de la Sepmaine, III, v. 897-978, Simon Goulart note que « cette elegante description du contentement de la vie rustique est dextrement composée des beaux discours d’Euripide et Seneque en la tragedie d’Hippolyte, et de Virgile au 2. des Georgiques O fortunatos nimium, sua si bona norint, Agricolas, etc. et d’Horace en l’Ode qui commence Beatus ille qui procul negotiis : dont le lecteur studieux pourra faire conference et d’autres passages es mesmes autheurs pour voir l’adresse du nostre » (Sepmaine, Rouen, Th. Reinsart, 1602, p. 364-365).
[48] Vers rapportés (sur ce procédé, voir l’article d’Yvonne Bellenger, « “Gayetez et gaillardises” poétiques : les sonnets en vers rapportés », Lorraine vivante. Mélanges offerts à Jean Lanher, p.p. R. Marchal, Nancy, PU, 1993, p. 249-255).
[49] Juste-Lipse, De Cruce libri tres, III, cap. XVII ( « Laudatiuncula Crucis » ), Opera omnia, Wesel, 1675 (et Hildesheim, G. Olms, 2001), t. III-2, p. 1216.
[50] Les adjectifs composés avaient été mis à la mode par Ronsard et, surtout, Du Bartas (A. E. Creore, « Word-Formation in Du Bartas », BHR, XV, 1953, p. 192-208).
[51] On trouve au f. 104 ro une traduction latine de ce poème.
[52] Françoise a trouvé le texte original en prose de Jean Damascène chez Juste-Lipse, à la même page que le vers grec qui fait l’objet de la composition précédente.
[53] Cette épigramme et la suivante sont précédées, au même feuillet, du texte original (?) latin.
[54] Ces distiques sont probablement traduits du latin et du grec.
[55] Hercule.
[56] David.
[57] Traduit du latin. Des rumeurs attribuèrent la mort de François II à un empoisonnement (on accusa même Ambroise Paré de lui avoir administré ce poison par l’oreille), alors que le jeune monarque, gravement malade, succomba sans doute à une affection oto-rhino-laryngologique (Jean-Paul Barbier, Ma Bibliothèque poétique, Genève, Droz, 1994, t. III, p. 122, n. 249).
[58] Cf. l’ « Épitaphe d’un Hermaphrodite, prins du Latin », par Guy Le Fèvre de La Boderie (Diverses Meslanges poetiques, éd. Rosanna Gorris, Genève, Droz, 1993, p. 208-209).
[59] Virgile, Énéide, VI, v. 620.
[60] En marge : « Pythagoras disoit estre descendu ez Enfers et avoir veu l’ame d’Hesiode liée estroictement à une colomne d’erain et celle d’Homere pendue à un arbre ; portans eux deux peinnes de ce qu’ils avoyent follement feinct et controuvé des Dieux » (traduction presque littérale d’un passage de la notice sur Pythagore composée par Diogène Laërce, VIII).
[61] En marge : « Isocrate pour telles raisons, dit iceux avoir esté punis en leur vie, ayants esté vagabonds, aveugles, mendians et bannis de leurs païs ». Françoise fait allusion au Busiris, 39 (éd. G. Mathieu et E. Brémond, Paris, Les Belles Lettres, 1928, p. 197-198).
[62] La métaphore du cahier vient de la Sepmaine de Du Bartas, I, 89.
[63] Traduit du latin.
[64] Néologisme, sans doute forgé sur le grec m0rgoV, « fou ».
[65] Autre néologisme, sur lPmh ( « œil » ) et m0rgoV ( « fou » ).
[66] Amour-propre.
[67] « (...) flye low, like a gnat in vintage time » (Cotgrave).
[68] En deux syllabes.
[69] « (...) also (in some places) the peece of wood (some three foot long, or high) whereon a washing bason, supported by three or foure brackets, doth stand » (Cotgrave).
[70] Quelques ingrédients souvent mis en œuvre dans les préparations magiques.
[71] « Dull, blunt ; edgelesse, or pointlesse » (Cotgrave).
[72] Récompense.
[73] Atteindre.
[74] Né en septembre 1536, Claude de La Baume est décédé à Arbois le 14 juin 1584.
[75] Le monde supra-lunaire représente le domaine de la permanence.
[76] « Democritus et Heraclytus ont esté deux philosophes, desquels le premier, trouvant vaine et ridicule l’humaine condition, ne sortoit en public qu’avec un visage moqueur et riant ; Heraclitus, ayant pitié et compassion de cette mesme condition nostre, en portoit le visage continuellement atristé, et les yeux chargez de larmes » (Montaigne, Essais, I, 50, éd. Villey-Saulnier, t. I, p. 303, et la note, p. 1261). L’opposition entre Démocrite hilare et Héraclite en larmes, classique dès l’Antiquité (Juvénal, Satires, X, v. 28-30), parcourt la littérature des XVIe et XVIIe siècles. L’Anatomie de la mélancolie est placée sous le signe de Démocrite. Voir les exemples rassemblés par Françoise Joukowsky (Le feu et le fleuve. Héraclite et la Renaissance française, Genève, Droz, 1991), Jean Jehasse (« Démocrite et la renaissance de la critique », Études seiziémistes offertes à V.-L. Saulnier, Genève, Droz, 1980, p. 41-64) et Claudia Zatta (« Democritus and folly : the two wise fools », BHR, LXIII-3, 2001, p. 533-549).
[77] Idée qui se rattache à la tradition de la miseria hominis : « Hominem tantum nudum et in nuda humo natali die abicit ad vagitus statim et ploratum, nullumque tot animalium aliud ad lacrimas, et has protinus vitae principio. (...) Hominem nihil scire, nihil sine doctrina, non fari, non ingredi, non vesci, breviterque non aliud naturae sponte quam flere ! Itaque multi extitere qui non nasci optimum censerent aut quam ocissime aboleri » (Pline, Histoire naturelle, VII), ainsi traduit par Antoine Du Pinet : « Mais elle [la Nature] jette le pauvre homme, nud sur la terre nuë, l’accoustumant à pleurs dés l’heure mesme de sa nativité : de sorte qu’entre tant d’animaux, qui sont en cet Univers, il n’y en a point qui soit aussi sujet à larmes, et à misere (et mesme dés le commencement) que l’homme. (...) L’homme seul ne peut ny parler, ny cheminer, ny manger, sinon en tant qu’on luy apprend : de sorte qu’il n’y a rien de Nature, hormis le seul pleurer. Et par ainsi y en a eu qui estimoient fort bon à l’homme, de ne naistre point, ou bien mourir soudainement » (L’Histoire du Monde de C. Pline Second, Paris, Th. Blaise, 1622 [1re éd., 1542], t. I, p. 194). On la retrouve chez des auteurs aussi variés que Pierre Boaistuau (Le Théâtre du Monde, 1558, éd. M. Simonin, Genève, Droz, 1981, p. 42), Shakespeare (Le Roi Lear, IV, 6) ou Puget de La Serre (Les maximes politiques de Tacite ou la conduite des gens de cour, I, livre IV, chap. IX, Paris, J. Ribou, 1664, t. I, p. 287-288).
[78] Jean de la Baume (c. 1362-1435) appartenait à une ancienne famille de Bresse.
[79] « (...) les protestants exilés commettent une grave erreur : le mardi 21 juin 1575 à deux heures du matin, tandis que progresse vers Besançon une troupe suisse, une bande huguenote venue de Montbéliard pénètre dans la ville aux cris de Tue, tue, ville gagnée, Évangile ! C’est la fameuse surprise de Besançon. Elle échoue finalement, et la cité impériale bascule définitivement dans le camp de la Contre-Réforme : impossible de pardonner aux protestants d’avoir trahi et cherché de livrer la ville aux Suisses » (Guy J. Michel, La Franche-Comté sous les Habsbourg (1493-1678), Wettolsheim, Éditions Mars et Mercure (= Histoire de la Franche-Comté, V), 1978, p. 66).
[80] Le détroit de Gibraltar (cf. Le Tasse, Gerusalemme liberata, IV, 6 : « Né pur Calpe s’inalza o ‘l magno Atlante » ; Du Bartas, Sepmaine, VI, 792).
[81] Cf. f. 158ro. Agrippa d’Aubigné parlait de « vers brisés » (Œuvres complètes, éd. E. Réaume et Fr. de Caussade, Paris, Lemerre, 1877, t. IV, p. 346).
[82] Rédaction initiale : « Les biens ».
[83] Sur cette dernière plante, voyez l’article important de Hugo Rahner, « Die seelenheilende Blume. Moly und Mandragore in antiker und christlicher Symbolik », Festgabe für C. G. Jung zum siebzigsten Geburtstag, hrsg. v. O. Fröbe-Kapteyn, Zürich, Rhein Verlag (= Eranos Jahrbuch, XII), 1945, p. 117-239.
[84] Ce quatrain se retrouve biffé au f. 190 ro.
[85] Le manuscrit conserve trace d’une première version du v. 3 : « Et que tu n’as plutost le pied dessus ta porte. » Le v. 4 a été raturé, puis retranscrit à l’identique.
[86] Figure également biffé au f. 190 ro.
[87] Le manuscrit porte une note sous ce quatrain : « Trebellius dit que l’Empereur Aurelian, priva Roger son grand amy de l’office de Dictateur pour avoir dancé, contre le debvoir de sa robe aux nopces de Pastoria Ania sa voysine ». Françoise fait vraisemblablement allusion à la biographie d’Aurélien insérée dans l’Histoire Auguste, où on ne trouve aucune anecdote semblable parmi les faits mis à l’actif de cet empereur (XLIX-L).
[88] Horace, Épodes, I, 11, 27, passé en proverbe (August Otto, Die Sprichwörter und sprichwörtlichen Redensarten der Römer, Leipzig, Teubner, 1890, p. 61).
[89] Note marginale : « Unze mille cent soixante lieues de tour contient la terre ».
[90] Henri Camus était procureur général au parlement de Dole (Ulysse Robert, Jean et Anne-Marie Courtieu, Sources parisiennes relatives à l’histoire de la Franche-Comté, Besançon, Annales littéraires de l’Université, vol. 710, 2001, nos 280, 282, 295 et 300).
[91] Ce vocable se trouve chez Rabelais (« faire les petitz popismes sus un cheval », Gargantua, XXIII, Œuvres complètes, éd. M. Huchon, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1994, p. 67). « Vraisemblablement exercices de voltige, à rapprocher de poppizer (...), plutôt que “sifflements ou claquements de la langue”, correspondant au poppysma de Pline, Histoire naturelle, XXXV, X » (M. Huchon, éd. citée, p. 1128). Françoise semble avoir francisé le vocable de Pline.
[92] Françoise Pautrard rejoint ici la réprobation de l’Église post-tridentine à l’égard des duels (consulter notamment François Billacois, Le duel dans la société française des XVIe-XVIIe siècles. Essai de psychosociologie historique, Paris, Éditions de l’EHESS, 1986, p. 138-146).
[93] En note infrapaginale : « Scribit Otho chronicorum lib. IV cap. XIX. » Il s’agit du livre IV, chap. 19 de la Chronica sive historia de duabus civitatibus d’Otto de Freising : « His diebus Dirimachius quidam monachus ab oriente Romam veniens, cum gladiatorum ludum vel potius insaniam religionis intuitur sedare vellet, a circumstantibus lapidibus obrutus ac necatus est. Quo comperto Honorius eum quidem inter martyres numerandum censuit, nefandum vero spectaculum hujusmodi de causa amputavit » (hrsg. von Walther Lammers, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft [= Ausgewählte Quellen zur deutschen Geschichte des Mittelalters, XVI], 1960, p. 340).
[94] D’après Aristote.
[95] L’auteur avait initialement écrit sont.
[96] Ce quatrain se retrouve au f. 191 ro.
[97] De bien curieux vers pour une femme...
[98] On versera cette pièce au dossier ouvert par Louis Van Delft, « Les caractères des nations », Littérature et anthropologie. Nature humaine et caractère à l’âge classique, Paris, PUF, 1993, p. 87-104.
[99] Le vin, tout simplement.
[100] Ce thème a été traité plusieurs fois en prose (dans les traités de Cardan, Fracastor, ainsi que dans le colloque « Amicitia » d’Érasme, éd. L.-E. Halkin et al., Amsterdam, 1972, p. 707-708) et en poésie (Marot, « Les tristes vers de Ph. Beroalde », v. 136-137, L’Adolescence clémentine, éd. Gérard Defaux, Paris, Dunod, « Classiques Garnier », 1990, t. I, p. 59 ; Du Bartas, Seconde Semaine, I, « Les Furies », v. 79-86).
[101] « Sorte de poisson » (Huguet).
[*]Je suis heureux de remercier les conservateurs et le personnel de la Bibliothèque municipale de Besançon, pour leur accueil immuablement cordial au fil des ans, ainsi que M. Marcel Israel, qui a commenté ce travail avec son acribie coutumière.$$$$
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[8]
Elle n’est pas mentionnée dans les travaux de Frédéric Lac...
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Auguste Castan, Catalogue général des manuscrits des bibli...
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[10]
Que le manuscrit aujourd’hui conservé à Besançon n’ait pas...
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[23]
On consultera l’édition des Chansons spirituelles par Mich...
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[24]
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Das Fortleben der horazischen Lyrik seit der Renaissance, ...
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Horace en France au XVIIe siècle, Paris, PUF, 1962. Suite de la note...
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