Dix-septième siècle 2003/1
Dix-septième siècle
2003/1 (n° 218)
192 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782130533535
DOI 10.3917/dss.031.0095
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Vous consultezUne filiation mystique : Chrysostome de Saint-Lô, Jean de Bernières, Jacques Bertot, Jeanne-Marie Guyon

AuteurDominique Tronc du même auteur



Madame Guyon revient à Paris en 1686, âgée de 38 ans. Veuve depuis dix ans, restée indépendante vis-à-vis de toute structure religieuse, elle affirme et exerce une autorité spirituelle. Celle-ci lui attache des disciples dont le plus illustre est Fénelon, ce qui lui attire rapidement de redoutables épreuves : elle les surmontera mais demeurera suspecte. Les circonstances décrites dans sa Vie et surtout dans sa Correspondance active et passive[1] [1]La Vie écrite par elle-même et autres textes...
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doivent être éclairées par une approche historique. Respecter ce dont elle témoigne d’intime dans ses écrits conduit à préciser les influences reçues qui ne sont pas seulement d’origine scripturaire, mais transmises directement de personne à personne. La lecture des sources découvre alors la grandeur, souvent abrupte, d’une filiation mystique reconnue mais peu étudiée[2] [2] Brèves informationssurcette filiation au sein...
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.

2 Celle-ci commence avec le franciscain Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), s’illustre par la figure laïque de Jean de Bernières (1602-1659), s’étend au cercle de l’Ermitage dont fait partie le discret mais important confesseur Jacques Bertot (1620-1681). Le rôle de ce dernier déborde les clôtures religieuses et s’avère déterminant auprès de la jeune Jeanne-Marie Guyon (1648-1717). Elle assumera à son tour la fonction de ses prédécesseurs dans des circonstances devenues difficiles et donc d’une façon cachée.

3 Les quelques noms qui viennent d’être cités n’épuisent pas les richesses d’un réseau dont les figures couvrent le siècle (et au-delà). Les effets de la condamnation du « quiétisme » (1687) puis des Maximes des saints de Fénelon (1699), ainsi que leurs conséquences – absence de toute structure religieuse favorable, méfiance de laïcs par ailleurs sensibles à l’éloquence de Bossuet –, ne sont pas encore totalement effacés. Bremond prévoyait un dernier volume de son grand œuvre consacré à l’histoire de la querelle du quiétisme[3] [3] Voir E.  Goichot, Henri Bremond, historien du...
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 ; Cognet avait l’espoir de rédiger une monographie sur Mme Guyon[4] [4] L.  Cognet, Crépuscule des mystiques. Bossuet,...
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. L’un et l’autre ont disparu trop tôt. Nous proposons ici un bref aperçu d’une école mystique qui attend son historien pour la replacer au centre de la vie spirituelle du siècle. Nous présentons successivement quatre figures liées par filiation en les situant au sein d’un « réseau » d’amis. Quelques citations donnent la saveur du vaste corpus de textes de nature expérimentale qui restent à éditer et à comprendre.

LES ORIGINES. JEAN CHRYSOSTOME DE SAINT-LÔ, DIRECTEUR DE JEAN DE BERNIÈRES

4 La première communauté du Tiers Ordre régulier franciscain aurait été reconnue par le pape en 1401 et se propage jusqu’à Gênes où ils ont en charge l’hôpital[5] [5]Histoire générale et particulière du Tiers...
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 ; Catherine de Gênes (1447-1510), dont l’influence sera très grande chez Jacques Bertot et Mme Guyon, a été une tertiaire franciscaine. De l’Italie arrivent deux membres du Tiers Ordre régulier, Vincent de Paris et son compagnon Antoine. Ils recherchent une solitude peu compatible avec les événements politiques de la fin des guerres de religion, comme en témoigne ce récit des tribulations de nos deux ermites aux mains des gens de guerre, alors qu’ils voulaient vivre cachés dans la forêt :

Ils tombèrent entre les mains des Suisses hérétiques, qui espérant une bonne rançon de quelques Parisiens qu’ils avaient pris parce que le siège [de Paris, en 1590] devait être bientôt levé, étaient résolus de les laisser aller, et de prendre les deux hermites. Frère Antoine en eut avis secrètement par une Demoiselle prisonnière, le malade [Vincent] qui tremblait la fièvre quarte entendit ce triste discours, et se jetant hors de sa couche descendit l’escalier si promptement qu’il roula du haut en bas, sans néanmoins aucune blessure. L’intempérance des soldats, et l’excès du vin les avait mis en tel état, que Vincent et Antoine s’échappèrent aisément...[6] [6]Ibid. , p.  118. ...
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5 Vincent établit le monastère de Picpus entre le faubourg Saint-Antoine et le château du bois de Vincennes ; la congrégation se développe et une bulle de 1603 ordonne qu’un Chapitre provincial soit tenu tous les deux ou trois ans. Le premier Chapitre a lieu en 1604.

6 Apparaît la figure du P. Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646) dont la vocation est suscitée par Antoine le Clerc sieur de la Forest (1563-1628), un laïc parisien cultivé, consulté par de nombreux spirituels. Chrysostome est élu Provincial de France en 1634, puis, lorsque la province est divisée en deux, prenant les noms de saint François et de saint Yves, il devient en 1640 Provincial de cette dernière, correspondant à la Normandie-Bretagne[7] [7]Ibid. , p.  141. ...
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. Actif voyageur, mort âgé de 52 ans, il a cependant eu le temps de rédiger des opuscules[8] [8] Nous avons repéré sept exemplaires des écrits...
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.

7 Les Pensées d’Éternité d’un certain solitaire et d’un autre serviteur de Dieu nous touchent par la rectitude et la grandeur convenant bien à une « ouverture spirituelle » pour une future école de vie intérieure. Ces textes évoquent les grandes peurs que l’on attribue parfois au Moyen Âge mais possèdent aussi un côté biographique nouveau. Jean Chrysostome résume ainsi très sobrement la durée d’une vie spirituelle sous la forme émouvante d’une liste :

I. Un autre serviteur de Dieu a été conduit à une très haute perfection par les vues pensées de l’Éternité. Il était de maison et façonné aux armes. Voici que environ à l’âge de vingt-trois ans, comme il banquetait avec ses camarades mondains, il entrouvrit un livre, où lisant le seul mot d’Éternité, il fut si fort pénétré d’une forte pensée de la chose, qu’il tomba par terre comme évanoui, et y demeura six heures en cet état couché sur un lit, sans dire son secret. [...] III. Ensuite il fut tourmenté de la vue de l’éternité de l’Enfer, environ huit ans. [...] IV. Après cet état il demeura trois autres années dans une croyance comme certaine de sa damnation : tentation qui était aucune fois si extrême, qu’il s’en évanouissait. [...] V. Ensuite de cet état, il demeura un an durant fort libre de toutes peines. [...] VI. Après cette année, il en demeura deux dans la seule vue de la brièveté de la vie [...]. VII. Ensuite [...] il fut huit ans dans la continuelle vue que Dieu l’aimait de toute Éternité...[9] [9]Divers traités. . . , « Pensées d’éternité. . .  »,...
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8 Ce guerrier plongé dans le monde pénètre tout à coup le sens profond du mot « éternité ». Une existence résumée en quelques points donne une impression d’élan absolu associée à la brièveté de notre condition. L’inspiration qui animera tous les membres de cette école est posée de façon saisissante : des expériences mystiques intenses, qui peuvent faire tomber à terre, sont suivies d’années d’épreuves. L’amour de Dieu pour sa créature est premier. La vie spirituelle est dynamique et couvre la durée d’une vie. Le chemin suivi est classique : initiative divine brusque et inattendue qui change la vie, très longue purification, victoire définitive de l’Amour.

9 Le traité De la Sainte Désoccupation de toutes les créatures, pour s’occuper en Dieu seul balaye le chemin sans compromis. Il faut laisser la place et toute la place au divin qui alors anime la créature : « Dieu opère tellement en cette âme, qu’il semble que ce soit plutôt Lui qui produise cet amour [...] l’âme demeure souvent comme liée et garrotée, sans rien penser ni agir comme d’elle-même, mais mue seulement »[10] [10]Ibid. , traité second, De la Sainte Désoccupation. . . ,...
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. C’est la passiveté mystique au terme d’un long cheminement de « désoccupation très pure, par laquelle l’âme parvient à une continuelle vue et présence de Dieu »[11] [11]Ibid. , p.  178. ...
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.

10 Jean Chrysostome anime un cercle mystique auquel appartiennent Jean de Bernières et Catherine de Bar, la mère du Saint-Sacrement (1614-1698) :

... l’on a vu plusieurs personnes de celles qui suivaient ses avis [...] courir avec ferveur [...]. La première est feu M. de Bernières de Caen [...] le P. Jean Chrysostome lui avait écrit que l’actuelle pauvreté était le centre de sa grâce [...]. Ce sentiment d’un directeur [...] adressé à un disciple [...] en augmentait les ardeurs d’une manière incroyable. Ainsi il commença tout de bon à chercher les moyens d’être pauvre. [...] Ayant été soulagé de la fièvre quarte il s’en alla à Saint-Maur [...] pour y voir la R. Mère du Saint-Sacrement, maintenant supérieure générale des Religieuses bénédictines du Saint-Sacrement. Elle était l’une des filles spirituelles du bon père, et en cette qualité il voulut qu’elle fût témoin de son agonie. [...] [Il] mourut le 26 mars 1646 âgé de 52 ans [...]. L’on remarqua que la plupart des religieux du couvent de Nazareth où il mourut, fondaient en larmes et même les deux ou trois jours qui précédèrent sa mort, et cela sans qu’ils pussent s’en empêcher.[12] [12]L’homme intérieur ou la vie du vénérable...
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11 Jean de Bernières témoigne directement de la direction de celui qu’il considère comme son père spirituel :

[...] ce me serait grande consolation que [...] nous puissions parler de ce que nous avons ouï dire à notre bon Père [...] puisque Dieu nous a si étroitement unis que de nous faire enfants d’un même Père [...]. Savez-vous bien que son seul souvenir remet mon âme dans la présence de Dieu ?[13] [13] Bernières, Œuvres spirituellesII, 282...
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JEAN DE BERNIÈRES, DIRECTEUR DE JACQUES BERTOT

12 Jean de Bernières[14] [14] Souriau, Deux...
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, né en 1602 d’un trésorier général de France, mène une vie laïque, sensible à l’amitié, insensible aux différences sociales, payant de sa personne lorsque maladie et misère sont en cause, désirant la pauvreté (mais capable de conseiller Mme de la Peltrie en procès avec sa famille et de gérer des ressources pour la fondation des missions du Canada), demeurant humain dans la peur de la mort (car il se souvient de l’agonie douloureuse de Jean Chrysostome). La forme de ses écrits a été considérablement revue, ce dont se plaignaient déjà ses contemporains[15] [15] Établir une édition critique proche des liasses...
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13 Bernières est ferme dans ses convictions :

14 Lorsqu’on attaque ses amis, il les défend avec énergie. Quand le grand archidiacre d’Évreux, Boudon, victime d’une sorte de conjuration, est menacé d’interdiction, Jean déclare à la cohorte ennemie que Boudon aura toujours un refuge en sa maison, et que lui, Jean, « se trouverait heureux d’être calomnié et persécuté pour lui ».[16] [16] Souriau, Deux mystiques. . . , p.  92 ; Boudon,...
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15 De concert avec Gaston de Renty (1611-1649), autre mystique laïc, grand seigneur qui passe des armes et des sciences à l’exercice de la charité[17] [17] Renty précède Pascal (1623-1662) auquel – au...
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, Bernières contribue à la fondation d’hôpitaux, de couvents, de missions et de séminaires.

Il paye de sa personne, car il va chercher lui-même les malades dans leurs pauvres maisons, pour les conduire à l’hôpital [...], porte sur son dos les indigents qui ne peuvent pas marcher jusqu’à l’hospice [...] il lui faut traverser les principales rues de la ville : les gens du siècle en rient autour de lui[18] [18] Souriau, Deux mystiques. . . , p.  112 ; Boudon,...
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.

16 Il est aussi « le directeur des directeurs de conscience »[19] [19] Souriau, Deux mystiques. . . , p.  196. ...
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et parle avec humour d’un « hôpital » un peu particulier qui accueille des hôtes de passage :

Il m’a pris un désir de nommer l’Ermitage l’hôpital des Incurables, et de n’y loger avec moi que des pauvres spirituels [...]. Il y a à Paris un hôpital des Incurables pour le corps, et le nôtre sera pour les âmes.[20] [20] Bernières, Chrétien intérieur, p.  565. ...
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17 Je vous conjure, quand vous irez en Bretagne, de venir me voir ; j’ai une petite chambre que je vous garde : vous y vivrez si solitaire que vous voudrez ; nous chercherons tous deux ensemble le trésor caché dans le champ, c’est-à-dire l’oraison.[21] [21] Bernières, Œuvres spirituelles II, p.  122. ...
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18 Il prend ici soin de privilégier les rapports personnels dans sa direction, ce qui évoque des lettres que Mme Guyon adressera bien plus tard de Blois à des dirigés[22] [22]Lettre au marquis de Fénelon de mars 1717 :...
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. Il est cependant bien conscient de n’être que l’intendant de Dieu :

Nous vivons ici en grand repos, liberté, gaieté et obscurité, étant inconnus du monde, et ne nous connaissant pas nous-mêmes. Nous allons vers Dieu sans réflexion [...]. Je connais clairement que l’établissement de l’Ermitage est par ordre de Dieu, et notre bon Père [Chrysostome] ne l’a pas fait bâtir par hasard ; la grâce d’oraison s’y communique facilement à ceux qui y demeurent, et on ne peut dire comment cela se fait, sinon que Dieu le fait.[23] [23] Bernières, Œuvres spirituelles II, p.  364. ...
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19 Il est de fait au centre d’un large cercle : sur place M. de Gavrus, neveu de Jean, fonde l’hôpital général de Caen ; Boudon deviendra l’archidiacre « persécuté » d’Évreux, écrivain abondant auquel nous devons de précieuses informations ; Lambert de la Motte, Mgr de Béryte, est un des premiers évêques de la Chine.

20 L’influence de ce cercle s’étend au Canada, dans des circonstances pour le moins inhabituelles : Mme de la Peltrie, veuve, aussi généreuse qu’originale, veut fonder une maison religieuse au Canada. Sa famille s’y oppose, elle consulte un religieux qui suggère l’expédient d’un mariage simulé. La proposition est présentée à M. de Bernières, « fort honnête homme qui vivait dans une odeur de sainteté ». Ce dernier consulte son directeur :

Celui qui le décida fut le P. Jean Chrysostome de Saint-Lô [...]. Finalement Bernières se décida, sinon à contracter mariage [...] du moins à se prêter au jeu [...] en faisant demander sa main. [...] La négociation réussit trop bien à son gré. Au lieu de lui laisser le temps de réfléchir, M. de Chauvigny [le père], tout heureux de l’affaire. « ... faisait tapisser et parer la maison pour recevoir et inspirait à sa fille les paroles qu’elle lui devait dire pour les avantages du mariage ».[24] [24] Dom Oury, Marie de l’Incarnation, Mémoires...
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21 Notons l’intervention positive du P. Chrysostome, qui peut être sévère mais sans étroitesse d’esprit, et la liberté de tous dans cette affaire qui prend une pente assez comique quand Bernières est veillé à Paris par Mme de la Peltrie lors d’une maladie. Finalement le grand départ de Dieppe de la flotte de printemps en 1639 emporte Mme de la Peltrie (?-1671), fondatrice temporelle de la communauté ursuline du Québec, et surtout Marie de l’Incarnation (1599-1672), qui animera cette communauté :

Marie de l’Incarnation est encore sous le coup du ravissement qu’elle vient d’avoir en la chapelle de l’Hôtel-Dieu. M. de Bernières monta dans la chaloupe avec les partantes [...] mais on lui conseilla de demeurer en France afin de recueillir les revenus de Mme de la Peltrie, pour satisfaire aux frais de la fondation.[25] [25]Ibid. , p.  320 ; v.  aussi Dict. spir. ,...
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22 De nombreux familiers de l’Ermitage suivront le même chemin : Ango de Maizerets, dont la vie se confondra avec celle du séminaire fondé là-bas à l’imitation de l’Ermitage, et qui se dévouera à l’éducation des enfants ; M. de Bernières, neveu de Jean, qui meurt à Québec en 1700 ; François de Montmorency-Laval (1623-1708), évêque de Québec ; M. de Mésy, duelliste raffiné converti, premier gouverneur de Québec ; Roberge, le fidèle valet de chambre et disciple, après la mort de son maître[26] [26] Souriau, Deux mystiques. . . ,op.  cit. , p.  376. ...
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. Bernières restera le correspondant préféré de Marie de l’Incarnation (avec le fils de cette dernière, dom Claude Martin), mais les longues lettres « de quinze ou seize pages » sont perdues.

23 Revenons en France : Catherine de Bar devenue Mère Mectilde du Saint-Sacrement, appréciée de Mme Guyon[27] [27] Lettre au duc de Chevreuse du 10 janvier 1693 :...
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, fonde les bénédictines de l’Adoration perpétuelle du très Saint-Sacrement à Paris ; elles iront en Lorraine et jusqu’en Pologne[28] [28] Daoust, Catherine de Bar. . . , Paris, Téqui,...
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. Le P. Jean Chrysostome est son confesseur. Elle se lie à Bernières et ils demeureront en correspondance. Elle passe environ un an au monastère de Montmartre et au moins trois années à Caen[29] [29] Conférence de L.  Cognet, p.  26-27, dans Catherine...
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. Son confesseur suivant, Épiphane Louys (1614-1682), mystique attachant, Lorrain comme elle, s’est lié aussi avec Bernières.

24 Le laïc Jean de Bernières est influent à Paris par l’intermédiaire du jeune confesseur Jacques Bertot, son ami et surtout disciple, et il lui adresse quatorze lettres qui tranchent par leur ton et leur profondeur sur l’ensemble de sa correspondance[30] [30]Œuvres spirituellesII, « Voie illuminative » :...
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. Elles sont adressées à l’ « ami intime », que nous pensons pouvoir identifier à Bertot grâce à quelques indices tels que : « Je connais aussi que vous êtes encore utile et nécessaire aux B[énédictines] et à M[ontmartre] »[31] [31] Lettre 43. Les indices sont ténus par suite...
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 :

25 ... Dieu seul, et rien plus. Je n’ai manqué en commencement de cette année de vous offrir à Notre Seigneur, afin qu’Il perfectionne, et qu’Il achève Son œuvre en vous. Je conçois bien l’état où vous êtes : recevez dans le fond de votre âme cette possession de Dieu, qui vous est donnée en toute passiveté, sans ajouter votre industrie et votre activité, pour la conserver et augmenter. C’est à Celui qui la donne à le faire, et à vous, mon cher Frère, à demeurer dans le plus parfait anéantissement que vous pourrez. Voilà tout ce que je vous puis dire, et c’est tout ce qu’il y a à faire. Plus une âme s’avance dans les voyes de Dieu, moins il y a de choses à lui dire...[32] [32]Œuvres spirituellesII, « Voie illuminative »,...
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26 Mon cher Frère, demeurez bien fidèle à cette grande grâce, et continuez à nous faire part des effets qui vous seront découverts : vous savez bien qu’il n’y a rien de caché entre nous, et que Dieu nous ayant mis dans l’union il y a si longtemps, Il nous continuera les miséricordes pour nous établir dans Sa parfaite unité, hors de laquelle il ne faut plus aimer, voir, ni connaître rien.[33] [33]Œuvres spirituellesII, « Voie unitive »,...
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JACQUES BERTOT, DIRECTEUR DE JEANNE-MARIE GUYON

27 Jacques Bertot naît à Caen le 29 juillet 1622, fils unique d’un marchand drapier de Caen[34] [34]Lettre de M. du Houël à P. -D.  Huet, BNF, F.  Fr.  11...
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. L’essentiel de sa vie est résumé longtemps après sa mort dans l’Avertissement placé en tête des œuvres rassemblées par Mme Guyon sous le titre LeDirecteur mystique :

M. Bertot [...] natif de Coutances[35] [35] En fait, Caen. ...
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 [...] grand ami de [...] Jean de Bernières [...] s’appliqua à diriger les âmes dans plusieurs communautés de Religieuses [... et] plusieurs personnes [...] engagées dans des charges importantes tant à la Cour qu’à la guerre [...]. Il continua cet exercice jusqu’au temps que la providence l’attacha à la direction des Religieuses Bénédictines de l’abbaye de Montmartre proche Paris, où il est resté dans cet emploi environ douze ans jusqu’à sa mort [... au] commencement de mars 1681 après une longue maladie de langueur... [Il fut] enterré dans l’Église de Montmartre au côté droit en entrant. Les personnes [...] ont toujours conservé un si grand respect [... qu’elles] allaient souvent à son tombeau pour y offrir leurs prières.

28 On peut distinguer deux périodes dans cette vie, autour de deux localisations géographiques successives, à Caen puis à Paris ; on se gardera toutefois d’attribuer une trop grande importance à ces localisations, compte tenu de voyages fréquents.

29 Pendant vingt ans, de 1655 à 1675, Jacques Bertot, qu’il ne faut pas confondre avec d’autres ecclésiastiques normands[36] [36] Notre Bertot, que nous trouvons orthographié...
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, est prêtre séculier et directeur du monastère des ursulines de Caen :

(La même année 1655 biffé) Au même temps (add. marg.) [...] nous perdîmes M. Du Rocher de Bernay [...]. On procéda incessamment à l’élection d’un autre supérieur. MM. François de Laval et Jacques Bertot furent présentés à l’évêque Mgr de Servien qui confirma supérieur M. Bertot.[37] [37] P. 126 des « Annales de ce monastère de Ste Ursule...
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30 Jourdaine de Bernières, sœur du vénéré Jean de Bernières, prestigieuse supérieure du couvent, lui vouait une confiance et une obéissance absolue, comme en témoignent les deux épisodes suivants :

31 Elle fut élue unanimement pour la dernière fois. Sa surprise la fit sortir du chœur et courir s’enfermer dans sa chambre pour empêcher sa confirmation et en appeler à l’évêque ; mais M. Bertot, supérieur qui présidait à l’élection et M. Postel son assistant, allèrent la trouver et lui faire un commandement exprès de consentir à ce que le chapitre venait de faire. À ces mots, vaincue par son respect pour l’obéissance, elle ouvre la porte et se laisse conduire à l’église pour y renouveler son sacrifice...[38] [38]Ibid. , p.  156. ...
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Il fit assembler les religieuses au chœur, et, en leur présence, blâma la conduite de leur supérieure à qui il fit une ferme réprimande avec des termes si humiliants que plusieurs des religieuses qui connaissaient son innocence en furent sensiblement touchées [...] le jour même elle fut trouver le supérieur au parloir, non pas pour (se plaindre ou biffé) se justifier, mais pour lui parler des affaires de la maison comme à son ordinaire, dont il fut également surpris et édifié. Toutes choses bien éclaircies, il conçut une plus haute estime de la mère de saint Ursule [Jourdaine de Bernières] qu’il n’avait eu...[39] [39]Annales. . . ,op.  cit. , p.  209 et 212. Nous omettons...
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32 Bertot est actif hors de cette charge de supérieur. Il est en relation avec la célèbre Marie des Vallées[40] [40] L’Addition de la fin du volume II du Directeur...
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, influente sur saint Eudes, et l’apprécie :

33 Elle me disait que la Miséricorde [en note : c’est-à-dire l’amour-propre chargé des richesses spirituelles de la Miséricorde] allait fort lentement à Dieu, parce qu’elle était chargée de dons et de présents, de faveurs et de grâces de Dieu, qu’ainsi son marcher était grave et lent ; mais que l’amour divin qui était conduit par la divine Justice, allant sans être chargé de tout cela, marche d’un pas si vite que c’est plutôt voler.[41] [41]Le Directeur mystique, vol.  II, lettre 64,...
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34 Il est également lié à l’aventure commune de l’apostolat au Canada[42] [42]Le Directeur mystique, vol.  III, p.  506 :...
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, illustrée par Marie de l’Incarnation. Son rayonnement va donc bien au-delà du monastère de Caen, ce dont témoignent plusieurs lettres[43] [43] Catherine de Bar, Lettres inédites, Rouen,...
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de Catherine de Bar (devenue la Mère fondatrice des bénédictines du Saint-Sacrement, appréciée par Mme Guyon au monastère de la rue Cassette) :

35 — à Jean de Bernières lui-même[44] [44] Archives du monastère de Dumfries, Écosse,...
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, qui, dès juillet 1645, atteste le fruit des activités du jeune disciple et nous éclaire sur sa vigoureuse direction (une caractéristique propre à l’école) :

Monsieur. Notre bon M. Bertot nous a quittés avec joie pour satisfaire à vos ordres et nous l’avons laissé aller avec douleur. Son absence nous a touché [sic], et je crois que notre Seigneur veut bien que nous en ayons du sentiment, puisqu’Il nous a donné à toutes tant de grâces par son moyen, et que nous pouvons dire dans la vérité qu’il a renouvelé tout ce pauvre petit monastère et fait renaître la grâce de ferveur dans les esprits et le désir de la sainte perfection. Je ne vous puis dire le bien qu’il a fait et la nécessité où nous étions toutes de son secours [...] mais je dois vous donner avis qu’il s’est fort fatigué et qu’il a besoin de repos et de rafraîchissement. Il a été fort travaillé céans, parlant [sans] cesse, fait plusieurs courses à Paris en carrosse dans les ardeurs d’un chaud très grand. Il ne songe point à se conserver. Mais maintenant, il ne vit plus pour lui. Dieu le fait vivre pour nous et pour beaucoup d’autres. Il nous est donc permis de nous intéresser de sa santé et de vous supplier de le bien faire reposer.

Il vous dira de nos nouvelles et de mes continuelles infidélités et combien j’ai de peine à mourir. Je ne sais ce que je suis, mais je me vois souvent toute naturelle, sans dispositions de grâce. Je deviens si vide, et si pauvre de Dieu même que cela ne se peut exprimer. Cependant il faut selon la leçon que vous me donnez l’un et l’autre que je demeure ainsi abandonnée, laissant tout périr [...].

36 — à la Mère Benoite de la Passion prieure de Rambervillers, le 31 août 1659 :

M. [Bertot] a dessein de vous aller voir l’année prochaine, il m’a promis que si Dieu lui donne vie il ira. Il voudrait qu’en ce temps-là, la divine Providence m’y fît faire un voyage afin d’y venir avec vous [...]. Il faut mourir. M. Bertot sait mon mal [...] s’il vous donne quelques pensées, écrivez-le moi confidemment.

37 — à la Mère Dorothée (Heurelle), sous-prieure, le 8 août 1660 :

À Rambervillers ce 8 août 1660. M. Bertot est ici, qui vous salue de grande affection [...] je ressens d’une singulière manière la présence efficace de Jésus-Christ Notre Seigneur.

38 Finalement, Bertot part de Caen pour Paris, en 1675[45] [45]Annales. . . , op.  cit. , p.  261. ...
suite
 :

M. Bertot, après avoir été notre Supérieur, voulut se démettre de cette charge, ayant trouvé à Paris des occupations qui l’obligeaient à la résidence ; on fit élection de M. de Launé Hué (docteur de Sorbonne : ajout marg), pour remplir sa place (ajout interl : le 15 avril 1675).

39 Dans la dernière partie de sa vie, Jacques Bertot est actif comme confesseur à la célèbre abbaye de Montmartre, proche du pèlerinage à saint Denis[46] [46] Le Denys des mystiques que la légende fait...
suite
. Le rôle de la vénérable abbaye bénédictine, fondée en 1133, était central depuis sa réforme mouvementée qui eut lieu au début du siècle avec l’aide de Benoît de Canfield :

Les religieuses de plus en plus mécontentes des efforts de leur abbesse [...] deux fois essayèrent vainement de l’empoisonner ; une autre fois, elles décidèrent quelques-uns de « leurs amis » à l’assassiner, mais l’un d’eux recula devant ce crime et prévint Mme de Beauvilliers qui dès lors logea dans une chambre séparée, à porte double et ne mangea plus d’aucun plat qui ne fut préparé par une des deux sœurs converses sur lesquelles on pouvait compter [elle les avait amenées avec elle] [...]. L’évêque de Paris [...] rassembla les religieuses [...] ordonna tout d’abord le rétablissement de la clôture ; toutes se levèrent et s’emportèrent, à ce qu’il paraît, de la façon la plus scandaleuse. Le prélat se retira en promettant à Mme de Beauvilliers de la défendre et en réalité il ne fit rien. Mme de Beauvilliers, soutenue par son seul directeur, le P. Caufeld [sic], prit résolument son parti...[47] [47] E. de Barthélemy, Recueil des Chartes de l’abbaye...
suite

40 Cela se passait juste avant 1600 : on ne sait pas s’il connaît la réformatrice, Mme de Beauvilliers[48] [48] « Mme de Beauvilliers mourut dans son abbaye...
suite
, mais il lit certainement attentivement l’opuscule qu’elle compose pour ses religieuses, en suivant de très près Benoît de Canfield :

... s’il est si plaisant et agréable d’entrer dans le secret de notre intime ami, qu’est-ce d’entrer dans le secret et le plus caché du cœur de Dieu ? Et c’est ce que fait, et à quoi arrive l’âme par l’exercice continuel de la conformité de sa volonté à celle de Dieu, car en faisant la volonté de Dieu, l’âme la connaît...[49] [49]Exercice divin, ou pratique de la conformité...
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41 Il est surtout lié à Françoise-Renée de Lorraine, Mme de Guise[50] [50] Françoise-Renée de Lorraine (1629-1682), abbesse...
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, abbesse qui lui succède en des temps moins troublés, de 1644 à 1669, avant de mourir en 1682 :

M[ada]me de Guise dirigea l’abbaye pendant vingt-cinq ans. Douée d’une haute intelligence, elle était en relation avec les beaux esprits et les femmes élégantes du temps : le docteur Valant, le médecin de M[ada]me de Sablé et de toute la société précieuse en même temps que de l’abbaye, nous a conservé plusieurs billets d’elle fort galamment tournés.[51] [51] E. de Barthélemy, Introduction au Recueil. . . ,...
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42 On note le choix de Bertot pour régler, vers 1673, une affaire compliquée où Jean Eudes, ami de Jean de Bernières, est attaqué par ses anciens confrères oratoriens qui tentent de le discréditer en ridiculisant son attachement à Marie des Vallées.

43 On entrevoit tout un réseau de relations transversales entre divers membres du groupe de l’Ermitage[52] [52] Incluant Mgr Pallu, qui demande l’avis de...
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. Mme de Guise a dû aider à la constitution du cercle dévot[53] [53] Dont nous trouvons citées seulement quelques...
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autour de Bertot, dont l’activité est attestée par la publication des deux volumes de ses Retraites sous l’impulsion de l’abbesse. Ces témoignages de son activité sont suivis, plus tardivement, de sa très intéressante mise au point sous le titre Conclusion aux retraites, également destinée à Mme de Guise[54] [54] Annotation relevée sur l’exemplaire (unique)...
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. Ce texte fondamental correspond probablement à celui qui est évoqué par Fénelon et expliqué par Orcibal. Ce dernier connaissait les deux volumes de Retraites, dont il fixe la date à 1662, alors que la Conclusion est publiée en 1684, soit peu après la disparition de Bertot[55] [55] Orcibal, n.  1 à la lettre no 78,...
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.

44 Celui-ci se révèle en fait par une œuvre écrite assez abondante, remarquable par sa force et sa netteté en ce qui concerne l’expression du cheminement mystique, mais tombée dans l’oubli à la disparition des cercles guyoniens : l’anonymat (même si l’on évoque l’auteur en préface), l’extrême rareté des exemplaires, due à leur suppression des bibliothèques de communautés religieuses comme à leur dissémination européenne[56] [56] On se reportera pour LeDirecteur mystique aux...
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, la pauvreté ou l’étrangeté des titres expliquent cet oubli. Il est vrai que le style ne se soucie pas d’élégance, l’auteur visant à préciser l’expérience qu’il partage, quitte à tourner autour d’elle pour en souligner tous les aspects.

45 Le corpus de l’œuvre, tel que nous avons pu le reconstituer, comporte sept volumes publiés en trois fois sur soixante-quatre ans, donc à des dates très différentes : lesvolumes des Retraites en 1662, leur Conclusion en 1684, Le directeur Mistique en 1726. Un huitième volume qui s’intitulerait De la Contemplation resterait peut-être à découvrir[57] [57] On trouve ce titre dans la correspondance de...
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.

46 De 1662, Diverses Retraites...[58] [58]Diverses Retraites où une âme après avoir...
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et Continuation des Retraites...[59] [59]Continuation des Retraites dans lesquelles l’âme...
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donnent en deux volumes, sous une pagination unique, sinon cohérente, des schémas de retraites probablement rassemblés par les soins d’auditeurs. De 1684, la Conclusion des Retraites...[60] [60]Conclusion des Retraites où il est traité des...
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, troisième et dernier volume édité après la mort de Bertot, a été retrouvée à Chantilly[61] [61] Le P. A.  Derville, SJ, nous écrivait, en 1997 :...
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. Il s’agit d’un traité bref mais bien charpenté et très précis, couvrant avec grande autorité toute la voie mystique, dont nous ne connaissons pas d’équivalent contemporain. Les Torrents de Mme Guyon reprennent le fond de cet exposé sous une forme moins sévère, parfois lyrique.

47 À ces trois volumes s’ajoutent quatre volumes de textes et de lettres qui ont été rassemblés en hommage par sa disciple J.-M. Guyon et édités en 1726, quarante-cinq ans après la mort de Bertot, sous le titre : Ledirecteur Mistique ou les Œuvres spirituelles de M. Bertot, ami intime de feu Mr de Bernières & directeur de Mad. Guion...[62] [62]Le directeur MISTIQUE [sic], ou les œuvres...
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, par le cercle de P. Poiret peu après la mort de ce dernier. Il comporte douze traités, dont le style a pu être revu par Mme Guyon (vol. I), suivi de 221 lettres montrant les qualités de précision et l’autorité du directeur (vol. II à IV). Elles sont adressées à des correspondants non cités, dont en premier lieu Mme Guyon. À l’œuvre de Bertot celle-ci ajoute, nommément cités, une relation concernant Marie des Vallées et des lettres de Maur de l’Enfant-Jésus. L’ensemble se termine sur des lettres de Mme Guyon adressées à des disciples et non plus à Bertot. Cette édition très rare est suivie d’un choix en un volume également rare[63] [63]Le Directeur Mistique ou Extrait des œuvres...
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.

48 Il faut ajouter à ces œuvres publiées les lettres de Bertot reprises dans la correspondance de Mme Guyon[64] [64] Ainsi, Mme Guyon écrivant au baron de Metternich...
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ainsi qu’une belle lettre[65] [65] Incipit : « Il est de la dernière conséquence. . .  »...
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sous forme manuscrite, recopiée de la main de Dupuy, copiste de lettres de Mme Guyon, et datée du 22 mars 1677.

49 J. Bertot meurt prématurément à 59 ans à Paris le 28 avril 1681[66] [66] Les sources se contredisent et Orcibal lui-même...
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. Il n’a exprimé que de très rares confidences sur lui-même :

En vérité il [Notre Seigneur] me détourne tellement des créatures que j’oublie tout volontiers et de bon cœur. Ce m’est une corvée étrange que de mettre la main à ma plume. Tout zèle et toute affection pour aider aux autres m’est ôtée ; il ne me reste que le mouvement extérieur : mon âme est comme un instrument dont on joue, ou si vous voulez comme un luth qui ne dit ni ne peut dire mot que par le mouvement de celui qui l’anime[67] [67] « . . . quand Il les émeut, tous les êtres...
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. Cette disposition d’oubli me possède tellement, peut-être par paresse, qu’il est vrai que je pense à peu de chose.[68] [68]Le Directeur mystique, vol.  II, lettre 6, p.  26. ...
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50 L’oubli mystique n’empêche pas une activité intense. Enfin, il livre ses affinités par quelques noms d’auteurs spirituels :

Tant de livres ont été faits par de saintes personnes pour aider les âmes en la première conduite, comme Grenade, Rodriguez et une infinité d’autres [...]. Pour la voie de la foi, il y en a aussi plusieurs, comme le bienheureux Jean de la Croix, Taulère, le Chrétien intérieur [de Bernières] et une infinité d’autres...[69] [69]Ibid. , vol.  II, lettre 11, p.  44. ...
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Le livre de la Volonté de Dieu [ou Règle de Perfection] de Benoît de Canfeld peut beaucoup servir.[70] [70]Ibid. , vol.  II, lettre 16, p.  74 ; Canfeld...
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51 Le rayonnement de Bertot, « conférencier très apprécié de l’aristocratie et, en particulier, de divers membres de la famille Colbert »[71] [71] Orcibal, n.  1. . . , op.  cit. ...
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, déborde sur un cercle laïc que l’on retrouvera autour de Mme Guyon :

Chevreuse dut-il à Fénelon la connaissance de Mme Guyon ? Bien qu’il paraisse l’admettre, Saint-Simon fournit un fort argument à la thèse contraire. Après avoir indiqué que les conférences de Bertot à Montmartre étaient suivies par Mme de Charost et par le duc de Noailles, il ajoute en effet : « MM. de Chevreuse et de Beauvilliers fréquentaient aussi cette école. Mme Guyon fit la connaissance de ces deux derniers par Fénelon [...]. Ces deux ducs et leurs femmes depuis longtemps initiés aux rudiments de cette école par celle de Montmartre, goûtèrent Mme Guyon au point de se mettre sous sa conduite à la suite de l’abbé de Fénelon ».[72] [72] Orcibal, n.  15 à la lettre no 44,...
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52 Saint-Simon, ami des ducs, mais ennemi de la dame qui les séduit d’une façon incompréhensible pour lui, souligne le 10 janvier 1694 les relations qui avaient lié Bertot et Mme Guyon, et la continuité que cette dernière assure :

Elle ne fit que suivre les errements d’un prêtre nommé Bertaut [sic], qui bien des années avant elle, faisait des discours à l’abbaye de Montmartre, où se rassemblaient des disciples, parmi lesquels on admirait l’assiduité avec laquelle M. de Noailles, depuis Maréchal de France, et la duchesse de Charost, mère du gouverneur de Louis XIV, s’y rendaient, et presque toujours ensemble tête à tête, sans que toutefois on en ait mal parlé. MM. de Chevreuse et de Beauvilliers fréquentaient aussi cette école.[73] [73]Addition 127 au Journal de Dangeau dans Boislisle,...
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53 Le témoignage donné en 1695 par un informateur de Mme de Maintenon confirme le rôle central qui fut celui de Bertot dans les cercles laïcs constitués autour de Montmartre. Il met en lumière son activité auprès des Nouvelles Catholiques, auxquelles Mme Guyon et Fénelon furent attachées. Le lecteur appréciera les insinuations sur les jeunes dames tôt levées et le parfum d’enquête policière qui se dégage d’un document par ailleurs fort bien documenté[74] [74] A.  S. -S. , pièce manuscrite 2072 du fonds...
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 :

[fo 2vo] Il y a plus de vingt ans que l’on voit [vit] à la tête de ce parti [le quiétisme], M. Bertau [Bertot], directeur de feu Mme de Montmartre. [...] Cet homme était fort consulté ; les dévots et les dévotes de la Cour avaient beaucoup de confiance en lui ; ils allaient le voir à Montmartre, et sans même garder toutes les mesures que la bienséance demandait ; de jeunes dames de vingt ans partaient pour y aller à six heures du matin tête-à-tête avec de jeunes gens à peu près du même âge. On rendait compte publiquement de son intérieur, quelquefois l’intérieur par écrit courait la campagne. M. B[ertot] faisait aussi des conférences de spiritualité à Paris dans la maison des Nouvelles Catholiques, et auxquelles plusieurs dames de qualité assistaient et admiraient ce qu’elle n’entendaient pas. [...] Mme G[uyon] était, disait-il, sa fille aînée, et la plus avancée, et Mme de Charost était la seconde, aussi soutient-elle à présent ceux qui doutent. Elle paraît à la tête du parti, pendant que Mme Guyon est absente ou cachée [...].

[fo 39vo] On pourra tirer des lumières de la sœur Garnier et de la sœur Ansquelin des Nouvelles Catholiques, si on les ménage adroitement, et qu’on ne les commette point. Elles peuvent parler sur Mme Guyon, sur la sœur Malin et sur M. Bertot. Il se faisait chez elles des conférences de spiritualité auxquelles présidait M. Bertot. [...] Mme la duchesse d’Aumont et Mme la marquise de Villars pourront dire des nouvelles de la spiritualité du sieur Bertaut avec qui Mme Guyon avait une liaison si étroite qu’il disait que c’était sa fille aînée. [...]

54 M. de Gaumont est un dirigé moins célèbre, « homme d’une pureté admirable »[75] [75]La Vie. . . , 3. 2. 4. ...
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, selon Mme Guyon :

Marie Le Doux maîtresse d’école de la paroisse Saint-Sulpice assura en 1695 qu’elle était autrefois de la communauté des Quinze-Vingt qu’avait établie M. de Gaumont, prêtre, sous la conduite de M. Bertaut [Bertot]. Depuis il donna à ces filles le P. de La Combe pour supérieur et voulait que Mme Guyon fût supérieure.[76] [76] Arch. Saint-Sulpice, 6e carton,...
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55 En résumé, la vie de M. Bertot, sans événements majeurs, mal connue – nous la décrivons ici pour la première fois –, est celle d’un prêtre dévoué à la tâche de direction spirituelle, devenant le lien essentiel entre le groupe normand formé autour de l’Ermitage de Jean de Bernières et du monastère de Jourdaine et le groupe de Paris constitué autour du monastère de Montmartre. Le cercle de Paris deviendra celui de Mme Guyon lorsqu’elle prendra la succession de son directeur spirituel à son retour de voyages.

56 La dirigée la plus connue – parmi beaucoup d’autres, surtout des dames religieuses – de M. Bertot est donc Mme Guyon[77] [77] « Mme Guyon était sous la direction de M.  Bertot,...
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, qu’il rencontre par l’intermédiaire de la Mère Geneviève Granger[78] [78] Dont il était le directeur en titre ;...
suite
.

57 Plusieurs rencontres sont nécessaires, qui mettent en jeu divers membres du « réseau » mystique associé à Bernières et à Bertot : le « bon père » franciscain Archange Enguerrand introduit la jeune femme à la vie intérieure[79] [79]La Vie par elle-même. . . , op.  cit. , 1 . 8 . ...
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, lui fait rencontrer la Mère Granger[80] [80]La Vie. . . , 1 . 12 . 7 ; sur Geneviève Granger,...
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, par ailleurs connue de la duchesse de Charost[81] [81]La Vie. . . , 1 . 8 . 3. ...
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. La Mère Granger la prend en charge[82] [82]La Vie. . . , 1 . 13 . 3, 1 . 14 . 5, 1 . 17 . 6,...
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et lui donne Bertot pour directeur. Elle le rencontre le 21 septembre 1671 dans des circonstances qui resteront gravées dans sa mémoire :

... je dirai que la petite vérole m’avait si fort gâté un œil que je craignais de le perdre tout à fait, je demandai d’aller à Paris pour m’en faire traiter, bien moins cependant pour cela que pour voir M. B[ertot] que la M[ère] G[ranger] m’avait depuis peu donné pour directeur et qui était un homme d’une profonde lumière. Il faut que je rapporte par quelle providence je le connus la première fois. Il était venu pour la M[ère] G[ranger]. Elle souhaitait fort que je le visse ; sitôt qu’il fut arrivé, elle me le fit savoir, mais comme j’étais à la campagne, je ne trouvais nul moyen d’y aller. Tout à coup mon mari me dit d’aller coucher à la ville pour quérir quelque chose et donner quelque ordre. Il devait m’envoyer quérir le lendemain, mais ces effroyables vents de la Saint-Matthieu vinrent cette nuit-là de sorte que le dommage qu’ils causèrent [attesté et daté dans le journal d’un Montargois] m’empêcha de retourner de trois jours. Comme j’entendis la nuit l’impétuosité de ce vent, je jugeai qu’il me serait impossible d’aller aux Bénédictines ce jour-là et que je ne verrais point M. Bertot. Lorsqu’il fut temps d’aller, le vent s’apaisa tout à coup, et il m’arriva encore une providence qui me le fit voir une seconde fois.[83] [83]La Vie. . . , 1 . 19 . 1 (prenant le ms. d’Oxford...
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58 Nous ne pouvons ici étudier la dimension mystique de la direction spirituelle reçue par Mme Guyon, ce qui grossirait démesurément notre texte[84] [84] Nous esquissons cette direction dans J. -M.  Guyon,...
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. Elle est assurée sans compromis par M. Bertot. Cette rigueur existe aussi chez le « bon franciscain » Archange Enguerrand[85] [85] Le P. Derville, son biographe, nous disait un...
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(?-1699) et se retrouvera, mais avec souplesse, chez Mme Guyon[86] [86] Une carmélite nous déclara, à la lecture...
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. C’est une caractéristique de l’école : l’amour du directeur se manifeste dans sa rigueur ; on n’affronte rien qui soit au-dessus de ses forces mais tout est apporté par la grâce[87] [87] Cela n’est pas vrai seulement chez des mystiques...
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. Voici un exemple illustrant l’esprit de cette direction :

Vous ne pouvez assez entrer dans le repos et dans la paix intérieure ; car c’est la voie pour arriver où Dieu vous appelle avec tant de miséricorde. Je vous dis que c’est la voie, et non pas votre centre : car vous ne devez pas vous y reposer ni y jouir ; mais passer doucement plus loin en Dieu et dans le néant ; c’est-à-dire qu’il ne faut plus vous arrêter à rien quoiqu’il faille que vous soyez en repos partout. Sachez que Dieu est le repos essentiel et l’acte très pur en même temps et en toutes choses [...]. Je vous en dis infiniment davantage intérieurement et en présence de Dieu ; si vous y êtes attentive vous l’entendrez. Soutenez-vous en Dieu nuement et simplement, seule et une [...]. N’ayez donc plus d’idées, de pensées, de sentiments de vous-même, non plus que d’une chose qui n’a jamais été et ne sera jamais.[88] [88]Le Directeur mystique, vol.  IV, lettre 75,...
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59 Il est le premier à parler de l’union spirituelle qu’il éprouve avec ses amis et disciples. Il les porte comme un père dans ses prières et les amène à l’union avec lui dans le même état spirituel :

Si j’entre dans cette unité divine, je vous attirerai, vous et bien d’autres qui ne font qu’attendre ; et tous ensemble n’étant qu’un en sentiment, en pensée, en amour, en conduite et en disposition, nous tomberons heureusement en Dieu seul...[89] [89]Ibid. , p.  248. ...
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MADAME GUYON ET SES DIRIGÉS

60 Jeanne-Marie Guyon commence ses voyages juste après la disparition de Bertot, par l’établissement des Nouvelles Catholiques, connues de ce dernier[90] [90] Ce qu’atteste « la donation faite par Monsieur...
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, à Gex, près de Genève. Mais découvrant vite l’ambiguïté de la situation des converties, après des voyages en Savoie-Piémont, elle revient en France en 1686, pour se retrouver au centre du cercle parisien – événement apparemment soudain[91] [91] E. Aegerter, Madame Guyon, une aventurière...
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que nous comprenons mieux après avoir éclairé sa relation avec M. Bertot.

61 Sur le plan de la vie intérieure, des textes, beaucoup plus amples que les allusions de Bernières ou de Bertot, attestent une transmission directe de la grâce de personne à personne, qui ne dépend que de Dieu seul et qui s’effectue de préférence en silence. Elle suppose un même recueillement des personnes. Elle est décrite ainsi :

Vous m’avez demandé comment se faisait l’union du cœur ? Je vous dirai que l’âme étant entièrement affranchie de tout penchant, de toute inclination et de toute amitié naturelle, Dieu remue le cœur comme il Lui plaît ; et saisissant l’âme par un plus fort recueillement, Il fait pencher le cœur vers une personne. Si cette personne est disposée, elle doit aussi éprouver au-dedans d’elle-même une espèce de recueillement et quelque chose qui incline son cœur [...]. Cela ne dépend point de notre volonté : mais Dieu seul l’opère dans l’âme, quand et comme il Lui plaît, et souvent lorsqu’on y pense le moins. Tous nos efforts ne pourraient nous donner cette disposition ; au contraire notre activité ne servirait qu’à l’empêcher.[92] [92] Guyon, « Discours spirituel », 2 . 68 (éd. ...
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62 On trouve de nombreux textes parallèles où se trouvent décrites les modalités de cette transmission, dans les Discours spirituels, la Vie par elle-même[93] [93] Guyon, La Vie par elle-même. . . , op.  cit.  :...
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et les Explications des deux Testaments. Le célèbre verset « ... lorsqu’il y a en quelque lieu deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je suis là au milieu d’elles » est commenté ainsi[94] [94] V. Le Saint Évangile de Jésus-Christ selon...
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 :

63 Ils se parlent plus du cœurCœur que de la bouche ; et l’éloignement des lieux n’empêche point cette conversation intérieure. Dieu unit ordinairement deux ou trois personnes [...] dans une si grande unité, qu’ils se trouvent perdus en Dieu [...] l’esprit demeurant aussi dégagé et aussi vide d’image que s’il n’y en avait point. [...] Dieu fait aussi des unions de filiations, liant certaines âmes à d’autres comme à leurs parents de grâce.

64 À la fin de sa vie, de pieux disciples rapporteront la plongée spontanée dans l’intériorité qui s’effectue auprès d’elle, sans nulle suggestion orale ni rappel de sa part :

Elle vivait avec ces Anglais [des Écossais] comme une mère avec ses enfants. [...] Souvent ils se disputaient [le premier soulèvement écossais des jacobites eut lieu en 1715], se brouillaient ; dans ces occasions elle les ramenait par sa douceur et les engageait à céder ; elle ne leur interdisait aucun amusement permis, et quand ils s’en occupaient en sa présence, et lui en demandait son avis, elle leur répondait : « Oui, mes enfants, comme vous voulez. » Alors ils s’amusaient de leurs jeux, et cette grande sainte restait pendant ce temps-là abîmée et perdue en Dieu. Bientôt ces jeux leur devenaient insipides, et ils se sentaient si attirés au-dedans, que, laissant tout, ils demeuraient intérieurement recueillis en la présence de Dieu auprès d’elle.[95] [95] « Supplément à la vie de Mme Guyon. . .  »,...
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65 Mme Guyon affirme ce lien intérieur avec Fénelon, qu’elle considère comme son fils spirituel le plus proche ; elle écrit, en avril 1690 :

... j’ai cette confiance que si vous voulez bien rester uni à mon cœur, vous me trouverez toujours en Dieu et dans votre besoin.[96] [96]Lettre à Fénelon écrite en avril 1690, BNF,...
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66 À cette confiance Fénelon répond :

Si vous veniez à manquer, de qui prendrais-je avis ? ou bien serais-je à l’avenir sans guide ? Vous savez ce que je ne sais point et les états où je puis passer [...]. Je puis me trouver dans l’embarras ou de reculer sur la voie que vous m’avez ouverte, ou de m’y égarer faute d’expérience et de soutien. Je me jette tête première et les yeux bandés dans l’abîme impénétrable des volontés de Dieu. Lui seul sait ce que vous m’êtes en Lui et je vois bien que je ne le sais pas moi-même, mais je vous perds en Lui comme je m’y perds.[97] [97]Lettre de Fénelon du 11 avril 1690, BNF, ms. ...
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67 Mme Guyon le considère même comme son successeur :

Je vous laisse l’esprit directeur que Dieu m’a donné. [...] Je laisse aussi cette Vie que vous m’avez défendu de brûler, quoiqu’il y ait bien des choses inutiles.[98] [98]Lettre à Fénelon écrite en avril 1690, BNF,...
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68 Mais malheureusement il meurt avant elle. Dans les dernières années de sa vie, Mme Guyon réunissait à Blois des disciples, qui se voyaient aussi entre eux, indépendamment. On dispose de séries de lettres adressées au marquis de Fénelon, le neveu de l’archevêque, au baron de Metternich, diplomate de la cour de Prusse, à Poiret et à son groupe d’amis, à des Écossais[99] [99]Correspondance (I.  Directions spirituelles),...
suite
. Les lettres circulaient entre les disciples, qui eux-mêmes voyageaient beaucoup entre Blois, Paris, Cambrai, la Hollande, l’Écosse proche de celle-ci par mer...

UNE ÉCOLE MYSTIQUE FRANÇAISE

69 On n’a pas de preuve que ce type de transmission de la grâce de cœur à cœur se soit poursuivi après la mort de Mme Guyon. Mais ses disciples ont continué à se réunir en cercles dont on retrouve les traces jusqu’en 1830 environ. Ainsi, en 1769, J.-Ph. Dutoit, un pasteur de Lausanne et éditeur de son œuvre, fut l’objet d’une visite de la police de Berne, dont le procès-verbal de saisie de ses livres se limite à quatre auteurs : Bernières, Bertot, Mme Guyon, Poiret (outre la Bible et l’Imitation)[100] [100] A.  Favre, Jean-Philippe Dutoit, Genève, 1911,...
suite
. Cela ferme en quelque sorte deux siècles d’histoire.

70 On connaît par ailleurs l’influence sur des milieux très divers, dont le milieu maçonnique, par l’intermédiaire du chevalier Ramsay. Il existe plus qu’une influence chez le jésuite Jean-Pierre de Caussade : L’Abandon à la Providence divine, œuvre préférée à d’autres du même auteur, constitue une résurgence en milieu catholique – avec toute la précaution rendue nécessaire après l’affaire du quiétisme – de la spiritualité de l’école[101] [101] M. d’Istria, Le P. de Caussade et la querelle...
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. Elle trouve aussi refuge dans les terres lointaines du Québec depuis Bernières, ou étrangères du protestantisme depuis Mme Guyon. L’œuvre de celle-ci et de ses prédécesseurs est connue des Quakers américains, de Wesley et des Méthodistes[102] [102] Voir J.  Orcibal, « L’originalité théologique...
suite
.

71 Cette tradition d’origine française est capitale par le témoignage qu’elle donne de la primauté accordée à la vie intérieure et à l’expérience mystique, qui peut s’accompagner d’une pratique religieuse mais n’en dépend pas. Cette expérience personnelle n’a pas été vécue par des génies solitaires, mais dans des cercles amicaux réunis autour d’un père ou d’une mère spirituelle qui transmettaient la grâce de cœur à cœur. On devine des filiations de ce type chez des Pères du désert, dans le milieu où vécut Syméon le Nouveau Théologien, chez des franciscains, des béguines et chez Ruysbroek, au Carmel, pour ne citer que des exemples antérieurs au sein de cultures d’inspiration chrétienne ; mais les témoignages écrits font le plus souvent défaut.

72 Honoré de Sainte-Marie, carme contemporain de Mme Guyon, avait cette perception de l’histoire de la spiritualité, qu’il nous présente comme un torrent spirituel, jamais interrompu, et détaille, siècle après siècle, avec une érudition étonnante pour son époque, dans sa belle Tradition [...] sur la contemplation[103] [103]Tradition des Pères et des auteurs ecclésiastiques...
suite
.

73 Le crépusculede la vie mystique[104] [104] L.  Cognet, Crépuscule des mystiques. Bossuet,...
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a vu, au sein du catholicisme, un développement étonnant de formes extérieures – culte marial, apparitions – dont beaucoup se détournent. Il vaut la peine de réhabiliter une filiation proposant un « christianisme intérieur » d’une grande sobriété. Certes elle a échoué à s’insérer dans le courant majoritaire, mais elle est parvenue à associer très tôt des catholiques à des protestants, et même à influencer quelques adeptes des Lumières.

 

Notes

[ 1] La Vie écrite par elle-même et autres textes biographiques, éd. par D. Tronc, Paris-Genève, Champion, coll. « Sources classiques », 2001 ; Correspondance, vol. I : Directions spirituelles, vol. II : Combats, vol. III : Mystique, éd. par D. Tronc, Paris-Genève, Champion, coll. « Bibliothèque des Correspondances », à paraître. – Autres textes, v. La Vie...,op. cit., Bibliographie de Mme Guyon, p. 1103-1113, dont Les Opuscules spirituels, Georg Olms, 1978 [qui incluent Le Moien court et Les Torrens] ; Madame Guyon : la passion de croire, choix de textes par M.-L. Gondal, 1990 ; Le Moyen court et autres récits..., éd. par M.-L. Gondal, Grenoble, J. Millon, 1995 ; De la Vie intérieure, choix de quatre-vingts Discours spirituels [...], éd. par D. Tronc, Paris, Phénix-La Procure, 2000.Retour

[ 2] Brèves informationssurcette filiation au sein de « l’école des mystiques normands » dans Souriau, Deux mystiques normands au XVIIe siècle, M. de Renty et Jean de Bernières, Paris, 1913 ; P. Pourrat, Dictionnaire de spiritualité(Dict. spir.), t. I, col. 1537-1538, art. « Bertot » (1937), et, du même auteur, La Spiritualité chrétienne, IV : Les Temps modernes, Paris, Lecoffre, p. 183 (1940, publ. 1947) ; R. Heurtevent, L’œuvre spirituelle de Jean de Bernières, Paris, Beauchesne, 1938, p. 63 ; I. Noye, art. « Enfance de Jésus », Dict. spir., vol. 4, col. 676 (1959) ; J. Le Brun, art. « France », Dict. spir., vol. 5, col. 948 (1962) ; il faut y adjoindre les notes rassemblées par le P. Berthelot du Chesnay qui préparait une grande étude sur Bernières (Fonds du Chesnay, Archives eudistes).Retour

[ 3] Voir E. Goichot, Henri Bremond, historien du sentiment religieux, Paris, Ophrys, 1982, p. 275.Retour

[ 4] L. Cognet, Crépuscule des mystiques. Bossuet, Fénelon, Tournai, Desclée, 1958, p. 7. On dispose toutefois de sa contribution au Dict. spir., art. « Guyon », ainsi que de l’ouvrage de M.-L. Gondal, Madame Guyon, un nouveau visage, Paris, Beauchesne, 1989.Retour

[ 5] Histoire générale et particulière du Tiers Ordre de s. François d’Assize, par le R. P. Jean-Marie de Vernon, Religieux pénitent du tiers ordre de saint François, Paris, 1667, t. 3, p. 76.Retour

[ 6] Ibid., p. 118.Retour

[ 7] Ibid., p. 141.Retour

[ 8] Nous avons repéré sept exemplaires des écrits « composés par un Religieux [le P. Chrysostome] d’une vertu éminente et de grande expérience en la direction des âmes » : un des trois exemples de la Bibliothèque municipale de Valognes comporte son portrait gravé (réf. C4837) ; un exemplaire est à la BNF ; trois exemplaires, consultés à Chantilly, sont actuellement à Lyon. Ils se ramènent – l’ordre des matières peut varier – à deux titres : Divers traités spirituels et méditatifs, à Paris, 1651 ; Divers exercices de piété et de perfection, composés par un religieux d’une vertu éminente et de grande expérience en la direction des âmes, à la plus grande gloire de Dieu et de NSJC, à Paris, 1655. De nombreux autres titres, que nous n’avons pu localiser, sont donnés par Boudon, Œuvres, II, Migne, col. 1320 s.Retour

[ 9] Divers traités..., « Pensées d’éternité... », chap. V, p. 85-89.Retour

[ 10] Ibid., traité second, De la Sainte Désoccupation..., p. 179.Retour

[ 11] Ibid., p. 178.Retour

[ 12] L’homme intérieur ou la vie du vénérable père Jean Chrysostome, religieux pénitent du troisième ordre de s. François [par Henri-Marie Boudon], à Paris, 1684, extraits des p. 337, 340, 372, 377, 378.Retour

[ 13] Bernières, Œuvres spirituellesII, 282 (lettre du 15 février 1647 probablement adressée à Mectilde du Saint-Sacrement). Voir aussi Œuvres spirituellesII, 121, lettre du 25 août 1653 : « Vous savez [...] que le P. Chrysostome avait réglé ma conduite, et que la vie pauvre et contemplative devait être mon occupation ». Il existe deux belles correspondances : brève entre Catherine de Bar et Chrysostome, abondante entre Catherine et Bernières (transcriptions rassemblées au monastère de Rouen à partir des mss. 101, 115, Dumfries 13, Paris 160).Retour

[ 14] Souriau, Deux mystiques normands au XVIIe siècle, M. de Renty et Jean de Bernières, Paris, 1913 ; R. Heurtevent, L’œuvre spirituelle de Jean de Bernières, Paris, Beauchesne, 1938 ; L. Luypaert, « La doctrine spirituelle de Bernières et le quiétisme », Revue d’histoire ecclésiastique, 1940, p. 19-130.Retour

[ 15] Établir une édition critique proche des liasses manuscrites perdues paraît illusoire. Notre projet d’un choix de textes utilise les Œuvres spirituelles en deux volumes (Maximes puis Lettres), réunies par Monsieur de Saint-Gilles, frère de Michelle Mangon, la fille spirituelle de Jean de Bernières, puis accessoirement LeChrétien intérieur en huit livres, en privilégiant les textes datés des Pensées. L’édition tardive du Chrétien intérieur en deux livres est inutilisable, le P. d’Argentan ayant eu tout le temps de défigurer sa source. Nous pensons que les lettres ont constitué la principale source des Chrétiens... De précieuses sources manuscrites existent pour les lettres (Rouen, Dumfries, Tourcoing).Retour

[ 16] Souriau, Deux mystiques..., p. 92 ; Boudon, Œuvres I, Migne, p. 77.Retour

[ 17] Renty précède Pascal (1623-1662) auquel – au génie près – il fait penser : voir Gaston de Renty, Correspondance, éd. par R. Triboulet, Paris, Desclée de Brouwer, 1978.Retour

[ 18] Souriau, Deux mystiques..., p. 112 ; Boudon, Œuvres II, Migne, p. 1311.Retour

[ 19] Souriau, Deux mystiques..., p. 196.Retour

[ 20] Bernières, Chrétien intérieur, p. 565.Retour

[ 21] Bernières, Œuvres spirituelles II, p. 122.Retour

[ 22] Lettre au marquis de Fénelon de mars 1717 : « ... vous serez dans la maison du petit Maître tant que vous le voudrez et pourrez. Si les bons Écossais viennent, vous pourrez découcher et descendre dans le bas, car je fais de vous comme des choux de mon jardin ».Retour

[ 23] Bernières, Œuvres spirituelles II, p. 364.Retour

[ 24] Dom Oury, Marie de l’Incarnation, Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. LVIII, 1973, p. 280 et s.Retour

[ 25] Ibid., p. 320 ; v. aussi Dict. spir., vol. 10, col. 490.Retour

[ 26] Souriau, Deux mystiques...,op. cit., p. 376.Retour

[ 27] Lettre au duc de Chevreuse du 10 janvier 1693 : « La Mère du Saint-Sacrement est celle dont je vous ai parlé, qui est l’Ins[ti]tutrice de cet ordre, fut de mes amies et [est] une s[ain]te. » – Fénelon écrira, à l’occasion de sa mort : « Conservez la simplicité [...] que notre chère Mère vous a enseignée. »Retour

[ 28] Daoust, Catherine de Bar..., Paris, Téqui, 1979 – de Catherine de Bar : Documents historiques, par les bénédictines du Saint-Sacrement, Rouen, 1973 ; [...] ; Catherine de Bar, 1614-1698, Paris, Téqui, 1998 [v. la revue bibliogr. par Dom J. Letellier, p. 11-96].Retour

[ 29] Conférence de L. Cognet, p. 26-27, dans Catherine de Bar, Documents historiques, op. cit.Retour

[ 30] Œuvres spirituellesII, « Voie illuminative » : lettres 25, 30 à 32, et « Voie unitive » : lettres 43 à 48, 50, 51, 59, 6. Les lettres de Bernières furent publiées en suivant l’ordre classique des trois voies.Retour

[ 31] Lettre 43. Les indices sont ténus par suite du nettoyage éditorial auquel n’échappent que des éléments fondus dans le texte tels que la prêtrise de Bertot, son éloignement à Paris, l’envoi d’un écrit... Nous ne pouvons entreprendre ici de prouver l’identification qui pose quelque problème si l’on prend en compte la jeunesse de Bertot : il n’est toutefois pas impossible à quelques-uns de commencer tôt la vie mystique. Du point de vue du fond, Bertot répète Bernières comme Guyon répétera Bertot. (v. Dict. spir., art. « Bertot », où Heurtevent suppose un aménagement du style de ce dernier par Mme Guyon).Retour

[ 32] Œuvres spirituellesII, « Voie illuminative », lettre 30 (1652) – Bertot écrira à Mme Guyon : « Puisque vous voulez bien que je vous nomme ma Fille [...] je vous traite en cette qualité, vous donnant ce que j’estime le plus, qui est un profond silence » (Le Directeur mystique, vol. IV, lettre 71).Retour

[ 33] Œuvres spirituellesII, « Voie unitive », lettre 61.Retour

[ 34] Lettre de M. du Houël à P.-D. Huet, BNF, F. Fr. 11 911, fo 34-35 : « ... il s’appelait Jacques Bertot natif de Saint-Sauveur de Caen, fils de Louis Bertot et de Judith Le Mière [...]. Louis Bertot était m[archan]d drappier de profession à Caen. Il quitta le négoce environ l’année 1640 vivant de son bien qui est scis en la paroisse de Tracy proche Villers ». – Dans les archives notariales du couvent des ursulines fondé par Jourdaine de Bernières, une « liasse à 24 pièces » est relative aux ventes de parcelles de terres de la paroisse de Tracy à Louis et Philippe Berthot [sic], des années 1495 à 1601 (Arch. départ. de Caen, 2H249), témoignage silencieux d’un don de Bertot.Retour

[ 35] En fait, Caen.Retour

[ 36] Notre Bertot, que nous trouvons orthographié Bertaut par Saint-Simon, Berthod par Bremond, etc., porte un nom normand courant. L’on trouve ainsi, parmi les bienfaiteurs des missions de Jean Eudes : Bertaut (Bertin), un prêtre originaire de Valognes, Bertout (Claude), chanoine de la cathédrale de Coutances mêlé aux affaires relatives à Marie des Vallées... (du Chesnay, Les missions de saint Jean Eudes..., Procure des Eudistes, 1967, ap. I, p. 326).Retour

[ 37] P. 126 des « Annales de ce monastère de Ste Ursule de Caen établi en 1624 le 26 février et on vint en cette maison le 13 juillet 1636 / Sous le gouvernement de la Rnde Mère Jourdaine de Bernières de Louvigny dite de Ste Ursule première supérieure de cette maison, en charge pour lors / tout ceci recueilli par la mère Madeleine de Ste Ursule de Bernières Louvigny sa nièce. En l’année 1714 qu’elle était zélatrice et secrétaire du chapitre ». Ce manuscrit, trésor des ursulines du pensionnat Saint-Pierre de Caen, porte quelques traces de brûlures : il fut sauvé en 1944 d’un bombardement où deux des trois sœurs du couvent des ursulines descendant de celui fondé par Jourdaine de Bernières trouvèrent la mort. Paginé de 1 à 598, il retrace jusqu’en 1738 les événements marquants de la communauté ; seule une copie tardive, peu fidèle, fut utilisée par Souriau. Rédigées avec intelligence, ces Annales mériteraient une édition.Retour

[ 38] Ibid., p. 156.Retour

[ 39] Annales...,op. cit., p. 209 et 212. Nous omettons les intéressantes péripéties de ce qui fut perçu comme un affrontement par les sœurs du monastère.Retour

[ 40] L’Addition de la fin du volume II du Directeur mystique rapportant les Conseils d’une grande servante de Dieu... Marie des Valées [sic], renvoie aux deux lettres que nous citons : 40 et 64 du même volume II ; on connaît par ailleurs les liens étroits entre Marie des Vallées, Jean Eudes, Bernières, Renty.Retour

[ 41] Le Directeur mystique, vol. II, lettre 64, p. 349 ; voir Mme Guyon, Torrents, chap. 3, § 1 : « ... ces grandes rivières qui vont à pas lents et graves... » qui contrastent avec le torrent impropre aux charges. – V. aussi, du même Bertot : « Et remarquez bien une belle parole que m’a dite autrefois une âme très unie à sa Divine Majesté, savoir, que les montagnes recevaient bien les pluies, mais que les seules vallées les gardent, fructifient et en deviennent fertiles » (DM, vol. II, lettre 40, p. 234).Retour

[ 42] Le Directeur mystique, vol. III, p. 506 : une lettre est écrite en 1674 à un dirigé canadien.Retour

[ 43] Catherine de Bar, Lettres inédites, Rouen, Bénédictines du Saint-Sacrement, 1976, p. 183-184, puis p. 192.Retour

[ 44] Archives du monastère de Dumfries, Écosse, pièce D 13, p. 51-53. (Le monastère des Bénédictines de Rouen possède une copie de ces archives.)Retour

[ 45] Annales..., op. cit., p. 261.Retour

[ 46] Le Denys des mystiques que la légende fait venir à Paris – l’auteur ancien le plus souvent cité par Mme Guyon dans ses Justifications.Retour

[ 47] E. de Barthélemy, Recueil des Chartes de l’abbaye royale de Montmartre, Paris, Champion, 1883, p. 16. Cette description de la tumultueuse réforme est donnée dans l’Introduction.Retour

[ 48] « Mme de Beauvilliers mourut dans son abbaye le 21 avril 1657, à 83 ans, après soixante années d’abbatiat », E. de Barthélemy, Introduction au Recueil..., p. 19.Voir la mère de Blémur, Éloges de plusieurs personnes illustres en piété de l’ordre de saint Benoît, 1679, p. 143-184.Retour

[ 49] Exercice divin, ou pratique de la conformité de notre volonté à celle de Dieu, par R[évérende] M[ère] M[arie] D[e] B[eauvilliers], à Paris, chez Fiacre Dehors, 1631, chap. X p. 65 ; J. Orcibal, Benoît de Canfield. La règle de perfection, Paris, PUF, 1982, souligne, p. 16, la reprise par Marie de Beauvilliers de l’Abrégé de la Règle.Retour

[ 50] Françoise-Renée de Lorraine (1629-1682), abbesse de Montmartre ; fille de Charles de Lorraine, duc de Guise, de Joyeuse, pair de France... – Bertot est en relation avec deux membres de la famille de Guise, l’abbesse et l’altesse [Mlle de Guise] : « Il fut confesseur et Directeur des Ursulines [...] envoyé à Paris pour leurs affaires, il y fut arrêté par Mme l’Abbesse de Montmartre et par Mlle de Guise, touchées de son élévation dans les voyes de Dieu... » (Huet, Origines..., op. cit.) ; v. aussi Lettre de M. du Houël à P.-D. Huet, op. cit.Retour

[ 51] E. de Barthélemy, Introduction au Recueil..., p. 22.Retour

[ 52] Incluant Mgr Pallu, qui demande l’avis de Bertot en 1667 sur un projet de congrégation apostolique, puis de Surate en 1672 sur un auteur spirituel portugais ; Mgr Pallu s’était embarqué avec le neveu du père de Mme Guyon, Philippe de Chamesson-Foissy, dont la rencontre en 1661 avec cette dernière, encore toute jeune, fut importante (Vie par elle-même..., 1 . 4 . 6).Retour

[ 53] Dont nous trouvons citées seulement quelques figures illustres : M. de Noailles : il s’agit d’Anne, marié en 1645 à Louise Boyer très pieuse, 1er duc de Noailles en 1663, mort en 1678 ; M. le duc de Saint-Aignan : il s’agit de François de Beauvilliers et de Saint-Aignan, 1er duc de Saint-Aignan en 1663 (v. 1608-1687) ; M. le duc de Beauvilliers : il s’agit de Paul de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan, dit de Beauvilliers (1648-1714) qui épouse en 1671 Henriette-Louise Colbert (  1733), couple en relation étroite avec Mme Guyon comme celui de Chevreuse. On comprend comment cette dernière « reprit » la direction du cercle à son retour de voyages. Nous nous reportons à Ch. Levantal, Ducs et pairs et duchés-pairies laïques à l’époque moderne (1519-1790), Paris, Maisonneuve et Larose, 1996.Retour

[ 54] Annotation relevée sur l’exemplaire (unique) de Chantilly.Retour

[ 55] Orcibal, n. 1 à la lettre no 78, p. 200, de l’édition de la Correspondance de Fénelon, t. III.Retour

[ 56] On se reportera pour LeDirecteur mystique aux exemplaires des éditions de Poiret repérés par M. Chevallier, Pierre Poiret, Bibliotheca Dissidentium, t. V, Koerner, Baden-Baden, 1985 ; pour les autres titres, nous indiquons dans les notes qui suivent les exemplaires que nous avons repérés.Retour

[ 57] On trouve ce titre dans la correspondance de Huet à F. Martin : « Il y a eu un nommé M. Bertot, prestre, natif de Froide-Rue, parent de M. Le Myère [de Basly], qui a écrit De la Contemplation, et qui a esté abbé de Saint-Gildas » (Rev. cath. de Normandie, t. V, 15 septembre 1895, p. 107, citée par du Chesnay). – Une allusion à un livre inconnu est faite page 170 de la Conclusiondes Retraites : « Nous avons déjà parlé un peu de cela en un autre livre... » Il ne peut ici s’agir des deux livres de Retraites désavoués en préface. – Mais il pourrait s’agir du cinquième traité publié dans le premier volume du Directeur mystique sous le titre « Degrés de l’oraison... ».Retour

[ 58] Diverses Retraites où une âme après avoir connu son désordre par la lumière du Saint-Esprit, se résoud à le quitter, et embrasser le chemin de la sainte perfection, À Paris, pour Madame l’Abesse [sic] de Montmartre, in-16, Avertissement, Trois dispositions, approbations : 60 pages non numérotées ; suivies de quatre retraites : p. 1 à 384. – Nous avons retrouvé un second exemplaire des Diverses retraites... à Valognes, Bibl. municipale, C 6785 (signalé par du Chesnay).Retour

[ 59] Continuation des Retraites dans lesquelles l’âme puisera des lumières pour travailler solidement à sa perfection, seconde partie, Paris, pour Mme l’Abesse [sic] de Montmartre, in-16, table suivie de cinq retraites : p. 375 [sic] à 855 (cotes A 401/677-678 des Fontaines de Chantilly ; maintenant à Lyon).Retour

[ 60] Conclusion des Retraites où il est traité des degrés et des états différens de l’Oraison, et des moyens de s’y perfectionner, À Paris, chez Jean-François Dubois, rue Saint-Jacques, à la Reyne du Clergé & à l’Image S. Denis, vis-à-vis S. Yves, 1684, [in-16, 210 p. Une annotation moderne en vis-à-vis de la page de titre rectifie comme suit une autre annotation moderne elle aussi portée sur la page de titre elle-même : « Le livre de Jacques Bertot est écrit pour Françoise-Renée de Lorraine et non par elle... ».].Retour

[ 61] Le P. A. Derville, SJ, nous écrivait, en 1997 : « De Bertot [...] nous avons aussi 3 petits livres (dont l’unique exemplaire connu de La conclusion...) donnant des retraites aux religieuses bénédictines de Montmartre en 1660 et 1680 ; ces livres sont anonymes... ».Retour

[ 62] Le directeur MISTIQUE [sic], ou les œuvres spirituelles de monsr. Bertot, ami intime de feu Mr de Bernières & directeur de Made. Guion, avec un recueil de Lettres Spirituelles tant de plusieurs Auteurs anonimes, que du R. P. Maur de l’Enfant Jésus, Religieux Carme, & de Madame Guion, qui n’avaient point encore vu le jour. Divisé en Quatre volumes, À Cologne, Chez Jean de la Pierre. 1726 [respectivement de 453 p., 430 p., 526 p., 368 p., disponibles à Paris aux A. S.-S. et à la BNF].Retour

[ 63] Le Directeur Mistique ou Extrait des œuvres Spirituelles de Monsr. Bertot. Ami intime de feu Mr Bernières et directeur de Mad. Guyon, tiré des quatre volumes de ces mêmes œuvres de Mr. Bertot imprimé à Cologne 1726. À Berlebourg, imprimé par Christoffle Michel Regelein, 1742.Retour

[ 64] Ainsi, Mme Guyon écrivant au baron de Metternich lui joint la longue lettre de Bertot publiée aussi dans Ledirecteur Mistique, vol. III, p. 438 : Lettre d’un grand Serviteur de Dieu, dont il a été fait mention dans la précédente, sur la même matière, et de l’état où l’on trouve que Dieu est toutes choses en tout, s’achevant par : « Allez, allez, à la bonne heure ; et soyez forte et constante... » (Mme Guyon, Lettres chrétiennes et spirituelles. Nouvelle édition [par J.-Ph. Dutoit-Mambrini], Londres [Lyon], 1768, t. IV, lettres 121 et s.).Retour

[ 65] Incipit : « Il est de la dernière conséquence... » Copie Isaac du Puy (Dupuy). Archives Saint-Sulpice, ms. 2174, pièce 7248.Retour

[ 66] Les sources se contredisent et Orcibal lui-même n’a pu la déterminer. La vraie date du décès est bien celle donnée par le Directeur mistique et par Mme Guyon, dans LaVie, 1.30.13 (Première partie, chap. 30, § 13) ; confirmations : « Dans Gall. Christ. XIV, 963 : succédant à Michel Ferrand   24 . 12 . 1676 : Jacobus Bertot occubuit penultima die Aprilis 1681 » et « 11e septembre 1684, Transaction devant les notaires de Caen au sujet du testament du sieur abbé Bertot [...] on célébrera tous les ans à perpétuité un service solennel le jour de son décès arrivé le 28 avril 1681... » (Fonds du Chesnay, Arch. eudistes).Retour

[ 67] « ... quand Il les émeut, tous les êtres deviennent pour lui comme un jeu d’anches. Les monts, les bois, les rochers, les arbres, toutes les aspérités, toutes les anfractuosités, résonnent comme autant de bouches... » (Tchoang-tzeu, trad. Wieger).Retour

[ 68] Le Directeur mystique, vol. II, lettre 6, p. 26.Retour

[ 69] Ibid., vol. II, lettre 11, p. 44.Retour

[ 70] Ibid., vol. II, lettre 16, p. 74 ; Canfeld avait joué un rôle important dans la réforme de Montmartre.Retour

[ 71] Orcibal, n. 1..., op. cit.Retour

[ 72] Orcibal, n. 15 à la lettre no 44, p. 155 de l’édition de la Correspondance de Fénelon, t. II.Retour

[ 73] Addition 127 au Journal de Dangeau dans Boislisle, t. II, p. 413, citée par Orcibal ; du Chesnay mentionne la note de Saint-Simon, Boislisle, t. XXI, p. 302 : « Dans ce petit troupeau était une disciple des premiers temps [la duchesse de Béthune], formée par M. Bertau qui tenait des assemblées à l’abbaye de Montmartre, où elle avait été instruite », ainsi que la note associée 2 de Boislisle : « ... c’est lui qui fut donné par Mme Granger [la Mère Geneviève Granger] à Mme Guyon et fut son premier initiateur. Saint-Simon parlera encore de lui, toujours à propos de Mme de Béthune, en 1716 » ; enfin, au t. XXX, 71 : « ... entendre un M. Bertau à Montmartre, qui était le chef du petit troupeau qui s’y assemblait et qu’il dirigeait ».Retour

[ 74] A. S.-S., pièce manuscrite 2072 du fonds Fénelon, intitulée : Mémoire sur le Quiétisme adressé à Mme de Maintenon. Auteur inconnu. – Ce précieux mémoire informe sur toutes les relations de Mme Guyon, incluant les personnes humbles qu’elle côtoyait. Il indique également la façon « de s’y prendre », en commençant par interroger des témoins défavorables à la dame quiétiste, afin de pouvoir faire pression sur les autres... Il est souligné, à la lecture, de la même main (de Mme de Maintenon ?) que celle qui lut les interrogatoires de 1696 de Mme Guyon (v. BNF, ms. 5250, dossier La Reynie).Retour

[ 75] La Vie..., 3.2.4.Retour

[ 76] Arch. Saint-Sulpice, 6e carton, no 10, f. 39 vo. (Orcibal).Retour

[ 77] « Mme Guyon était sous la direction de M. Bertot, disciple de Jean de Bernières, que la mère Garnier faisait prêcher aux Nouvelles catholiques de Paris... » (Orcibal, Études..., Paris, Klincksieck, 1997, « Le Cardinal Le Camus », p. 800).Retour

[ 78] Dont il était le directeur en titre ; nous pensons, vu les âges respectifs, Geneviève Granger étant née en 1600, soit environ vingt ans avant Bertot, que les rapports étaient plutôt d’échange entre membres du groupe animé par la triade Jean-Chrysostome, Jean de Bernières, Michelle Mangon (religieuse du couvent de Jourdaine).Retour

[ 79] La Vie par elle-même..., op. cit., 1 . 8 . 6 à 1 . 8 . 9 ; on note qu’Archange Enguerrand a lui-même rencontré Jean Aumont, « le pauvre villageois », disciple de Bernières ; c’est une deuxième filière reliant Mme Guyon au groupe de l’Ermitage, mais cette fois à travers deux intermédiaires ; voir A. Derville, Un Récollet français méconnu : Archange Enguerrand, Archivum Franciscanum Historicum, 1997, 177-203 ; l’ouvrage de J. Aumont, L’ouverture intérieure du royaume de l’agneau occis..., Paris, 1660, ainsi que sa correspondance, actuellement à l’état de manuscrits, sont notables.Retour

[ 80] La Vie..., 1 . 12 .7 ; sur Geneviève Granger, nous relevons des éléments biographiques très édifiants dans Éloges..., tome second (édités par J. Bouette de Blémur, Paris, 1679, p. 417- 455). On sait que la mère de Blémur a été bénédictine à la Trinité de Caen de 1630 à 1678. Voir notre présentation de la Mère Granger dans J.-M. Guyon, La Vie par elle-même..., op. cit., p. 28-29.Retour

[ 81] La Vie..., 1 . 8 . 3.Retour

[ 82] La Vie..., 1 . 13 . 3, 1 . 14 . 5, 1 . 17 . 6, 1 . 17 . 7, 1 . 19 . 9, 1 . 19 . 10 (contrat de mariage à Notre Seigneur enfant, le jour de la Madeleine), 1 . 23 . 3 (« Quoi ! Vous n’aimez plus Dieu ? »). Lorsqu’elle meurt (1 . 20 . 7), Jeanne-Marie Guyon est terriblement seule (1 . 20 . 6), même si la mère se manifeste par rêve (1 . 22 . 7).Retour

[ 83] La Vie..., 1 . 19 . 1 (prenant le ms. d’Oxford pour leçon ; 1 . 19 . 2 chez Poiret).Retour

[ 84] Nous esquissons cette direction dans J.-M. Guyon, La Vie par elle-même..., Paris, Champion, 2001, « Introduction », p. 36 à 42 ; elle sera approfondie par sa Correspondance, vol. I, et dans une monographie : Jacques Bertot, directeur mystique de Madame Guyon, Paris, Phénix-La Procure (à paraître).Retour

[ 85] Le P. Derville, son biographe, nous disait un jour qu’il était « fou » de diriger aussi durement une religieuse éprouvée.Retour

[ 86] Une carmélite nous déclara, à la lecture de la correspondance de Mme Guyon, qu’elle lui semblait « terrible » dans son exigence spirituelle.Retour

[ 87] Cela n’est pas vrai seulement chez des mystiques chrétiens : on retrouve une « dureté » comparable chez des maîtres sufis.Retour

[ 88] Le Directeur mystique, vol. IV, lettre 75, p. 247.Retour

[ 89] Ibid., p. 248.Retour

[ 90] Ce qu’atteste « la donation faite par Monsieur l’Abbé Bertot dont 3000 L[ivres] t[ournois] étaient destinées pour amortir 150 Lt de rente aux petits pauvres renfermés et aux Nouvelles Catholiques » (Arch. eudistes, Fonds du Chesnay).Retour

[ 91] E. Aegerter, Madame Guyon, une aventurière mystique, Paris, 1941.Retour

[ 92] Guyon, « Discours spirituel », 2 . 68 (éd. dans Guyon, La Vie intérieure...,op. cit.).Retour

[ 93] Guyon, La Vie par elle-même..., op. cit. : 2 . 11, 2 . 13, 2 . 17 à 2 . 20, 2 . 22, 3 . 8, 3 . 10.Retour

[ 94] V. Le Saint Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu avec des explications et réflexions qui regardent la vie intérieure, t. II,chap. XVIII, versets 19 et 20.Retour

[ 95] « Supplément à la vie de Mme Guyon... », édité dans La Vie..., éd. citée, p. 1006.Retour

[ 96] Lettre à Fénelon écrite en avril 1690, BNF, ms. Nouv. acq. fr. 11 010, fo 72 vo.Retour

[ 97] Lettre de Fénelon du 11 avril 1690, BNF, ms. Nouv. acq. fr. 11 010, fo 74 vo, publiée par J. Orcibal, Correspondance de Fénelon, t. II, Paris, Klincksieck, 1972, lettre 111.Retour

[ 98] Lettre à Fénelon écrite en avril 1690, BNF, ms. Nouv. acq. fr. 11 010, fo 72 vo. Mme Guyon était alors malade. Elle vivra jusqu’en 1717, plus longtemps que Fénelon (1651-1715).Retour

[ 99] Correspondance (I. Directions spirituelles), op. cit. (à paraître). Nous éditons ces lettres par destinataire, ce qui permettra de comparer directions reçues (de Bertot et de Maur de l’Enfant-Jésus) et directions données (aux deux Fénelon, etc.).Retour

[ 100] A. Favre, Jean-Philippe Dutoit, Genève, 1911, « Inventaire et Verbal de la saisie des livres et écrits de M. Dutoit », p. 115-118.Retour

[ 101] M. d’Istria, Le P. de Caussade et la querelle du pur amour, Paris, Aubier, 1964, p. 12 ; J. Gagey, L’abandon à la providence divine d’une dame de Lorraine au XVIIIe siècle, Grenoble, J. Millon, 2001. – Nous pensons que Mme Guyon est directement impliquée dans l’Abandon à la Providence divine, même si le texte a pu être retravaillé ensuite pour lui donner un très beau style classique. Voir Olphe-Galliard, Introduction au Traité sur l’Oraison du cœur, n. 17, p. 44, et une présomption possible tenant compte du séjour de Mme Guyon chez les visitandines de Meaux dont Mme de Bassompierre fut supérieure. Une étude fine comparative de textes devra confirmer notre supposition.Retour

[ 102] Voir J. Orcibal, « L’originalité théologique de John Wesley et les spiritualités du continent », Études..., Paris, Klincksieck, 1997, p. 527 ; P. Ward, Rencontres..., « Mme Guyon et l’influence quiétiste aux États-Unis », Grenoble, J. Millon, 1997, p. 131.Retour

[ 103] Tradition des Pères et des auteurs ecclésiastiques sur la contemplation, par le R. P. Honoré de Sainte-Marie, carme déchaussé, à Paris, t. I et II, 1708 ; t. III, 1714.Retour

[ 104] L. Cognet, Crépuscule des mystiques. Bossuet, Fénelon, Tournai, Desclée, 1958.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Dominique Tronc « Une filiation mystique : Chrysostome de Saint-Lô, Jean de Bernières, Jacques Bertot, Jeanne-Marie Guyon », Dix-septième siècle 1/2003 (n° 218), p. 95-116.
URL :
www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2003-1-page-95.htm.
DOI : 10.3917/dss.031.0095.