Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130533542
192 pages

p. 341 à 351
doi: 10.3917/dss.032.0341

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Notes et documents

n° 219 2003/2

2003 XVIIe siècle Notes et documents

Charles Eusèbe de Liechtenstein (1611-1684) et les écrivains français  [*]

Gilles Banderier Mulhouse
In memoriam Ingeborg Vo Dinh.
Peu d’États ont vu, au cours des siècles, leur territoire se réduire dans les mêmes proportions que le Liechtenstein. En 1608, les possessions de Charles Ier étaient érigées en principauté. Durant son règne [1] et dans les décennies qui suivirent, elles totalisèrent 5 800 km2, comprenant 24 villes, 76 villages et 46 châteaux, principalement en Bohème, Moravie et Silésie (duché de Troppau) [2]. On sait qu’il en reste aujourd’hui 160 km2, après les expropriations de 1945.
Charles Eusèbe (1611-1684) [3] fut le gardien attentif de l’héritage paternel, veillant à maintenir la principauté à l’abri de la guerre de Trente Ans et des appétits de domination toujours prêts à se manifester [4]. Il n’avait que 16 ans à la mort de son père et ne pouvait donc régner. Tandis que ses oncles Maximilien (1578-1643) – un des héros de la Montagne Blanche – et Gundaker (1580-1658) [5] exerçaient une régence paisible, il effectua, avec son cousin Hartmann et leur précepteur Josef Gandelmo [6], le traditionnel Kavalierstour, périple dans les grandes cours d’Europe [7]. Partis de Bratislava la dernière semaine de janvier 1629, ils suivirent le Danube, le Regnitz et le Main, passèrent à Nuremberg, Würzburg et Francfort, dans la direction de Bruxelles, où ils séjournèrent du 7 mars 1629 au 25 avril 1630, fréquentant la cour de l’infante Isabelle Claire Eugénie. Charles Eusèbe étudia le droit et mit probablement ces quatorze mois à profit pour hanter peintres et artistes [8]. Passant par Anvers et Luxembourg, ils arrivèrent à Strasbourg le 30 août, visitèrent la Lorraine et la Suisse, puis firent route vers Paris, où ils entrèrent le 16 décembre 1630 [9]. Gageons qu’ils furent assidus aux messes célébrées en allemand à Saint-Germain-des-Prés [10]. Nous sommes moins bien renseignés sur ce qui advint après le départ de Paris en mai 1631. Ils ne purent se rendre en Italie à cause d’une épidémie de peste qui s’était déclarée et revinrent sans doute par Munich. Avant le 23 octobre, ils étaient rentrés sur leurs terres [11].
Il est bien connu que, fascinés par l’Italie et l’Espagne, les Français d’alors n’accordaient qu’une attention distraite à leurs voisins d’outre-Rhin. Soit ils englobaient le Saint-Empire, ses potentats et leurs sujets dans la même indifférence ; soit, lorsqu’ils en parlaient, ils convoquaient invariablement les mêmes plaisanteries sur des Allemands stupides, ivrognes et bagarreurs [12]. Or, durant son séjour à Bruxelles, Charles Eusèbe fit la connaissance de deux écrivains français. À ce jour, aucune étude n’a, semble-t-il, été consacrée à leurs relations, dont on aurait du mal à trouver un équivalent.
Bruxelles abritait en ce temps une colonie française relativement importante, qui se développera encore à partir de 1632, lorsque Gaston d’Orléans et sa maison rejoindront Marie de Médicis en exil [13]. Mais, dès 1627, la capitale du Brabant pouvait (y a-t-elle seulement songé ?) s’honorer d’accueillir une des figures les plus pittoresques de tout le XVIIe siècle français : Jean Puget de La Serre (1594-1665) [14]. Dramaturge, romancier, auteur de traités de dévotion et de manuels de correspondance, cet écrivain extraordinairement fécond vivait de sa plume, à une époque où cela n’allait pas de soi, en publiant toutes sortes de livres, ornés – c’était leur point commun – d’épîtres dédicatoires amphigouriques, que le destinataire, flatté, ne pouvait qu’accepter avec émotion et reconnaissance, une reconnaissance dont La Serre attendait des retombées matérielles qu’il obtenait généralement. Précisons toutefois que cette pratique était largement répandue [15], mais La Serre a eu le mérite, ou l’esprit, de la systématiser et d’en faire sa principale source de revenus. Cette attitude lui valut de nombreux brocards [16], dont il paraît s’être fort peu soucié [17].
Comment rencontra-t-il Charles Eusèbe ? On l’ignore. On sait en revanche qu’en 1630 le libraire bruxellois François Vivien publia le Breviere des courtisans, ouvrage de piété, dédié à Charles Eusèbe. L’épître dédicatoire est, pour qui a fréquenté ce genre littéraire, sans surprise :
A tres-haut et tres puissant Prince Charles Eusebe,
Prince du Saint Empire, de Liechtenstein et Nicholspourg, Duc de Troppau et
Yagherndort, etc.
Monseigneur,
Les hommes de vostre Merite, et de vostre Naissance, ont beau estre ellevez sur le commun, par ces prerogatives de Vertu, et de Nature. Si la Renomée ne parle d’eux aux siecles à venir, leur gloire n’a point de plus longue estandue que celle de leur sepulture. Il faut necessairement qu’ils ayent des Autels, et des Temples, où leur Memoire, treuvant un tombeau de Phenix, r’anime incessament leurs cendres, pour les faire vivre dans la mort mesme. J’ay mis en avant ces veritéz sur le sujet de vos perfections toutes enviées ; mais toutes inimitables, affin d’en eterniser le souvenir d’une façon digne d’elles : car ayant fait aprandre par cœur vostre nom aux Echôs du mont de Parnasse, je veux que le bruit de vos louanges rettentisse par toute la terre, et que le Soleil soit moins cognu que vous. Ce n’est point un langage de compliment, Monseigneur, les genereuses qualités que vous possedez, sont d’une nature beaucoup plus noble que celle des astres, parce qu’elles ne trouveront jamais en vous d’occident, et tous ces flambeaux des cieux sont sujets aux esclipces. Ce n’est pas qu’il n’y aye des Princes, et des Rois, qui vous ressemblent en quelque chose. Mais je deffie le plus jaloux d’honneur de pretendre justement à cette Gloire Immortelle que vous vous estes acquise, en l’age d’adolescence où vous respirez encore, par un nombre infiny d’actions, qui n’ont point de nom, pour estre trop louables. J’ay pris plaisir souvent d’estudier vostre humeur, affin de cognoitre le prix des choses les plus parfaites. Et j’ay si bien employé mon temps, qu’il faut bien que j’advouë que vous estes le seul au monde, qui m’avez fait voir la Vertu dans son Trone, et avec toutes les douceurs, et toutes les graces, dont elle attire à soy les ames, et les cœurs. Mais que ne peut pas un invincible Thesée, guidé par le filet d’Ariane, dans le penible Dedale d’une aveugle jeunesse ? Je veux dire, de quoy ne sont pas capables les genereuses inclinations d’un nouveau Achille, animé de la prudence de son cher Chiron ? Vous estes trop parfait, Monseigneur, pour nous servir d’exemple : et toutesfois, je puis dire, que vous ne cognoissez pas vos perfections, parce que n’ayant jamais d’autre miroir, que celuy de vostre Humilité, il vous represente, avec la seule couronne de vostre Grandeur ordinaire, et la Fortune n’en a pas assez seulement pour couronner le moindre de vos merites. De sorte qu’il ne nous est permis, que de vous admirer, et je croy, me rendre moy mesme admirable, en publiant par tout que je suis,
Monseigneur
Vostre treshumble et tres obeissant
serviteur P. de La Serre [18].
Elle est suivie de vers dont l’intensité poétique n’est pas la caractéristique majeure :
            A luy-mesmes [19]
            Stances.
   Grand Prince, tes vertus ont de si puissans charmes,
Que tu peus asservir tous les mortels sans armes :
Ton seul Renom suffit pour conquerir les cœurs ;
Impose donc tes loix, establis ton Empire.
Il me semble des-ja que le monde soupire
D’esperance, et de joye apres tes faicts vainqueurs.
   Tu portes sur le front l’image de ta gloire !
Car tout ce que tu fais est digne de memoire.
Le bruit de tes vertus etonne les mortels,
Tu fais encore un coup pleurer cet Alexandre,
Qui n’a pu comme toy en un age si tendre,
Meriter icy bas de glorieux autels.
   Tu nous parois si vieux nous paroissant si sage,
Qu’on prendroit pour l’hyver le printemps de ton age,
Si tu ne faisois voir les fruits de ton esté.
Mais en ton Orient, tu produis des merveilles
Dignes de ton midy ; elles sont sans pareilles,
N’ayant point d’autre objet que dans l’Éternité.
Plus intéressant que ce qui suit l’épître, ce qui la précède : une gravure en pleine page placée après le feuillet de titre [20], représentant le jeune prince en prière [21]. Elle a été reproduite dans plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire du Liechtenstein, sans que l’on signale sa provenance [22]. Sans doute s’agissait-il d’une de ces gravures détachées [23], comme on en trouve chez les marchands d’estampes. Elle est accompagnée d’un quatrain,
Ce Prince que tu vois est un digne Exemplaire
De toutes les Vertus qui triomphent des ans.
Ses gestes serviront d’un nouveau Breviere
Pour aprandre l’office à tous les Courtisans,
probablement dû à l’auteur, comme cette autre pièce :
   Sur le Portrait de ce Prince.
Peintre ayant si bien joint ton art à la Nature,
Pour nous montrer ça bas un Prince si parfait,
Jette là tes pinceaux, et quitte ta peinture ;
Car que pourrois tu faire apres ce beau Portrait ? [24]
Nul ne sait si Charles Eusèbe a exprimé sa gratitude de manière tangible ou s’il s’est contenté de murmures approbateurs. Dans l’abondante production de La Serre, seul le Breviere lui est dédié. Mais il est intéressant de remarquer que le Breviere des courtisans a paru deux fois en allemand, d’abord à Leipzig en 1637, dans la traduction de Johann Moritz Friedrich (Stunden Buch der Hoffleuth, réédité en 1668 [25]), puis à Vienne, vingt ans plus tard (Der Hoffleuth Brevier, 1657), et c’est un exemplaire de cette dernière édition [26] qui se trouvait dans la bibliothèque des princes de Liechtenstein [27]. De là à imaginer que Charles Eusèbe n’ait pas été étranger à cette impression viennoise, il n’y a qu’un pas [28]. Détail curieux, toutefois : l’édition viennoise de 1657, publiée dans la ville où réside le prince de Liechtenstein, du vivant de celui-ci, ne comporte ni le portrait qui ornait l’édition bruxelloise de 1630, ni une traduction de l’épître dédicatoire.
La seconde rencontre du jeune prince avec un écrivain français est de loin la plus intéressante, mais également la plus curieuse : intéressante, car l’écrivain n’est autre que Guillaume Colletet (1598-1659) [29], un des premiers membres de l’Académie française ; curieuse, dans la mesure où plusieurs éléments semblent indiquer que cette rencontre a eu lieu pendant le séjour bruxellois du prince. Or aucun biographe de Colletet n’a jamais mentionné de voyage à Bruxelles entre 1629 et 1630, ni à aucun autre moment. Là encore, nous ne disposons que des textes de Colletet pour essayer d’entrevoir ce que furent leurs rapports. Là encore, tout commence par une épître dédicatoire, qui figure en tête des Divertissemens publiés par Colletet à Paris en 1631.
A tres-haut et tres-puissant Prince Charles Eusebe,
Prince du Saint Empire, de Liechtenstein, et Nichelspourg, Duc de Troppau, et
Yagherndorf, etc.
Monseigneur,
Ce n’est pas à la grandeur de votre naissance que je prens la hardiesse d’adresser ce Livre, c’est à l’excellence de vostre vertu. Je sçay bien que l’on a tousjours creu que c’estoit un advantage tres-signalé de tirer son origine d’une illustre Maison, et de se pouvoir vanter de porter un nom qui a esté connu des premiers hommes, et reveré depuis les premiers siecles. Mais quoy que cela soit extrémement glorieux, si est-ce que j’estime que la vraye gloire est celle que l’on donne à celuy qui se rend recommandable par son propre merite. Vous possedez l’une à juste tiltre, et au plus haut degré que pas un autre la puisse souhaiter. Car laissant à parler une autre fois de ces illustres Ancestres, de qui la grandeur n’estoit qu’un augure de la vostre ; je diray que vous estes fils d’un Pere qui fut avec raison appellé les Delices de l’Empire, qui dans un temps plein de desordre et de confusion fit assez paroistre combien les soins et les conseils d’un homme de bien sont salutaires, qui ne se rendit pas moins necessaire à son Maistre, que son Maistre l’estoit à son peuple, et qui eut le bon-heur de faire confesser à l’Envie qu’il avoit enfin rendu la Fortune esclave de sa Vertu. Mais, Monseigneur, permettez je vous supplie, qu’en parlant à vous, je parle de vous-mesme. Il en est de vous comme de ces superbes Temples qui semblent estre bastis de la main des Dieux pour loger les Dieux mesmes. La fin de l’edifice peut justement s’en attribuer tout l’honneur. Aussi c’est dans vostre courage que se couronne la gloire de tous ces grands hommes qui vous ont precedé. Et s’il est permis à chacun de publier la verité des choses dont il a une parfaicte cognoissance, je diray que depuis une année que j’ay l’honneur de vous practiquer tous les jours, j’ay recognu jusques où peuvent aller les efforts de la Nature, et jusques à quel poinct le Ciel peut obliger la terre. J’ay veu des choses veritablement que je n’ay point veuës ailleurs. J’ay veu une grande fortune et de grands biens avec une grande modestie, une force d’esprit accompagnée d’une prudence merveilleuse, un desir incroyable de se rendre parfaict dans toutes sortes d’honnestes exercices, où vostre addresse s’est tousjours acquise un aussi grand advantage sur les autres, que vostre rang vous en donnoit dessus eux. J’ay observé en vous une memoire si heureuse, qu’il semble qu’au lieu d’apprendre les choses que vous n’avez point sceuës, vous ne faciez seulement que vous en ressouvenir. Avec tout cela vous possedez en la fleur de vostre jeunesse une perfection que tout le monde a creu jusques icy que l’on ne pouvoit jamais acquerir qu’au declin de la vie ; je veux parler de ceste eminente sagesse, et de ceste grande moderation qui reluit dans vos actions. C’est aussi de ceste aimable source que procede l’estime que toute nostre Cour faict de vous ; et c’est de là pareillement que proviennent tant de benedictions qui vous y sont données. Publiant toutes ces veritez, je vous laisse à penser, Monseigneur, s’il y a quelqu’un qui refuseroit d’advoüer que vous estes celuy que je devois choisir pour la protection de mon Livre, puis que j’en recherchois une extraordinaire. En cela je satisfais non seulement à mon desir, mais encore à mon devoir, qui m’oblige de m’acquitter en quelque sorte de l’honneur que vous me faictes tous les jours de me donner l’entrée de vostre cabinet. Dieu vueille que pour recompense de tant de faveurs, mes vers puissent rendre vostre nom aussi venerable à la posterité, que vos vertus le rendent à nostre siecle ; et que vous trouviez dans ces Divertissemens quelque subjet capable de vous divertir. Je les ay remplis de plusieurs diversitez à ceste intention. Et si parmy des matieres un peu plus serieuses, vous y trouvez quelques traicts d’Amour, c’est que les plus sacrez mysteres de la Poësie ne se traittent point autrement. L’Amour avoit un autel dessus Parnasse, de sorte que pour estre favorisé des Muses, et faire quelque chose qui force les siecles et le temps, il est à propos de mesler les myrthes aux lauriers, et les armes aux amours. J’espere si vous me faites l’honneur d’agréer mon dessein, et de recevoir ce present avec le mesme accueil que vous recevez son Autheur, que ce me sera un puissant esguillon pour entreprendre desormais quelque ouvrage plus digne de vostre entretien, et de mes veilles. C’est icy, Monseigneur, que je ne sçaurois vous déguiser mes sentimens. Je les ay dit plusieurs fois à ce sage Gouverneur, dont les rares conseils seront tousjours mis au rang de vos bonnes fortunes. J’ay faict vœu de vous loüer et de vous admirer toute ma vie. Et tandis que les autres s’efforceront de vous rendre des honneurs purement humains, par la prose qui est le langage des hommes [30] ; j’employray à cet effect la Poësie qui est le langage des Dieux pour vous rendre des honneurs presque divins. Souffrez donc que durant vostre absence je vous les renouvelle de temps en temps, et que je vous dresse dans le monde des autels capables d’accroistre tous les jours le nombre de ceux qui vous adorent. Ils ne seront jamais en si grande abondance que vous le meritez, ny que le souhaitte avec passion celuy, qui veut vivre et mourir,
Monseigneur,
Vostre tres-humble, et tres-obeïssant serviteur,
G. Colletet [31].
Même en tenant compte d’une considérable licence poétique, on tirera plusieurs éléments des passages en italiques. D’une part, le poète connaît au moins de réputation le prince Charles Ier et mentionne Josef Gandelmo, le précepteur qui accompagnait Charles Eusèbe et Hartmann. Cela dénote, à tout le moins, une certaine familiarité avec le prince et son entourage. D’autre part, il fait état d’une fréquentation prolongée et quotidienne. La durée d’un an correspond soit à l’entièreté du séjour bruxellois (quatorze mois), soit à quelques mois à Bruxelles, suivis de l’étape à Paris. Mais, en vérité, ce point-là n’a d’importance que pour les spécialistes de Colletet [32]. Il est plus intéressant de noter qu’il accompagne son épître dédicatoire d’un sonnet flagorneur :
A LUY MESME.
SONNET.
Grand Duc, pour qui le Ciel tient ses thresors ouvers,
Dont la naissance éclatte autant que le courage ;
Prince le plus parfait des Princes de nostre aage,
Futur estonnement de tout cet Univers.
Je vous donne mon cœur, en vous donnant ces Vers ;
Et si pour vostre Grandeur c’est un petit hommage,
Imitez ce grand Dieu dont vous estes l’image,
De semblables presens ses Autels sont couverts.
Tandis, pour contenter cette ardeur qui m’inspire
D’épandre vos vertus plus loin que vostre Empire,
Je veux chanter leur gloire, et les faire admirer ;
J’en rempliray si bien toute la terre et l’onde ;
Que pour trouver quelqu’un qui les puisse ignorer,
Il le faudra chercher dedans un autre Monde [33].
Certainement la même année, il tourne une épigramme,
Sur le portrait du Prince de Lictestein. 1630.
Épigramme
Tu t’abuses beaucoup, toy qui vois cette image,
Si tu penses qu’Eusebe y soit representé ;
La Grace, la Vertu, la Generosité,
Ont icy, pour te plaire, emprûnté son visage [34],
qui constitue une troisième variation sur le même thème et ne sera publiée qu’en 1653. Il est infiniment probable que le portrait en question n’est autre que la gravure en tête du Breviere des courtisans. Par ailleurs, Colletet ne néglige pas de consacrer un assez long poème (quarante-huit vers) à Hartmann [35] :
À M. HARTMAN, PRINCE
de Liechtenstein, et Nichelsbourg.
Sur ses Voyages.
éLéGIE.
Que cet ardent desir de connoistre le Monde,
De repaistre tes yeux de la terre et de l’onde,
De voir la Cour des Rois et le toit des Bergers,
De prattiquer les mœurs des Peuples estrangers,
5
D’embrasser leurs vertus, de detester leurs vices,
Traversent ton repos, et troublent tes delices !
Et voyant sous tes pieds leur empire abbatu,
Qu’à bon droict tu les fuis pour suivre la vertu !
Ainsi ce grand Heros, ce puissant fleau de Troye,
10
Encor qu’il put nager dans un fleuve de joye,
Que Bacchus, et le jeu, l’Amour, et les plaisirs,
Pussent chez Lycomede assouvir ses desirs ;
Eschauffé d’un beau sang, piqué d’un grand courage,
Il tenta le peril qui suit un long voyage,
15
Et fit connoistre enfin qu’il n’est point de bonheur,
Qu’on doive preferer au thresor de l’honneur.
Grand Prince, c’est ainsi qu’on espand sa memoire ;
Une langueur oisive est indigne de gloire,
Et l’on a jamais veu qu’un Prince efféminé
20
Ait eu de verds lauriers le front environné ;
L’invisible Démon de ces Plantes divines
Les fait naistre et fleurir au milieu des espines.
Poursuis donc hardiment de si rares effets,
Rends le reste du monde estonné de tes faits ;
25
Cheris plus que tes yeux l’honneur et la loüange,
Marie à ta beauté le merite d’un Ange ;
Et puis que tu nasquis de Parens genereux,
S’ils sont dignes de toy, monstre toy digne d’eux.
Tandis, soit que le Ciel qui benit ton courage,
30
Te guide quelque jour sur les rives du Tage ;
Soit que dessus nos bords, de Palais embellis,
Tu frequentes la Cour du Monarque des Lys ;
Soit que passant le Pau, ces Montagnes chenuës
Qui vont chercher l’Hyver jusques au sein des nuës,
35
Fleschissent devant toy leurs superbes ramparts,
Et dissipent leur neige au feu de tes regards ;
Soit que dessus les bords de cette eau vagabonde
Qui lave sept costaux, sept Miracles du Monde,
Tu t’abaisses aux pieds de ce Chef des Romains,
40
Qui comme un Dieu s’éleve au dessus des humains ;
Enfin soit que Vienne, et son fleuve qui bagne
D’un cours large et profond les terres d’Allemagne,
Te reçoive en son sein, te caresse à son tour
Dans le soin qu’ils auront de benir ton retour ;
45
Prince, je te promets en presence des Muses,
Que tu seras l’objet de leurs graces infuses ;
Je te loüray sans cesse, et diray justement
Que le titre de Prince est ton moindre ornement. [36]
Charles Eusèbe est vraisemblablement soit déjà rentré sur ses terres, soit encore sur le chemin du retour lorsque paraissent les Divertissements avec le sonnet et l’épître dédicatoire. Tout laisse à penser qu’avant de donner le recueil à l’imprimeur, Colletet l’a communiqué au prince en manuscrit et que la récompense ne s’est point fait attendre, si l’on en croit un autre sonnet :
SUR UNE CHAISNE D’OR
donnée à l’Autheur par Monseigneur le Prince de Lictestein, l’an 1630.
SONNET.
Esprits de qui l’humeur cherche la solitude,
Pour vous plaindre du temps, des Princes, et des Roys ;
Qui rendez les Rochers, les Antres, et les Bois,
Les tristes confidens de vostre inquietude.
Vous accusez en vain le Ciel d’ingratitude,
Puis qu’il preste l’oreille aux accens de nos voix ;
Apprenez seulement l’art de plaire une fois,
Et vous recueillerez les fruits de vostre Estude.
J’estois dessus le poinct de m’éloigner d’icy,
Pour traisner avec vous ma Muse, et mon soucy,
Jusqu’à ce que l’on vid l’Ignorance destruite ;
Mais, graces à mes Vers, ma gloire, et mon thresor,
Je divertis mes soins, et difere ma fuite,
Puisqu’un Prince m’arreste avec des chaisnes d’or. [37]
Colletet passait pour pauvre [38] et les commentateurs, peut-être jaloux, n’ont pas manqué d’évoquer cette belle récompense. L’abbé Goujet, en écrivant que le poète « se ressentit aussi des bienfaits de Charles Eusebe, Prince du S. Empire, de Liechtenstein et Nichelsbourg, etc., de qui il reçut une chaîne d’or ; et par reconnoissance il composa le Sonnet qu’on lit à la page 198 de ses Divertissemens » [39], se trompe, car la dédicace du recueil et le premier sonnet ont précédé (voire provoqué) la gratification, pour laquelle Colletet a composé le second sonnet. Il est d’autant plus probable que Charles Eusèbe a vu le recueil et la dédicace en manuscrit qu’aucun ouvrage de Colletet ne faisait partie de la bibliothèque princière [40]. Ceux de La Serre, que l’auteur avait remis ou envoyés au prince, étaient en revanche assez nombreux [41].
Même si le dossier n’est pas vide, on ne dissimulera pas qu’il manque plusieurs éléments. Nous avons conservé les compliments empressés, les dédicaces obséquieuses de deux écrivains avides de protection et plus encore d’écus, mais nous ignorons tout de ce que le prince a pu penser d’eux. On sait par son propre témoignage que Colletet fut généreusement récompensé, ce qui autorise à penser que La Serre ne repartit pas les mains vides non plus. Charles Eusèbe lut-il ces poèmes, ces dédicaces, avec un sourire amusé ? Il est impossible de le dire. On ne se trompera sans doute pas beaucoup en affirmant qu’il a dû se prêter de bonne grâce à une pratique courante, de la même manière qu’il s’est plié aux exigences du Kavalierstour et de l’existence aulique, sans jamais toutefois perdre de vue sa passion pour les chevaux – dont il n’est rien resté – et pour les œuvres d’art.
 
NOTES
 
[1] Sur Charles Ier, voir la très belle monographie du Dr. Herbert Haupt, Fürst Karl I. von Liechtenstein, Obersthofmeister Kaiser Rudolfs II. und Vizeköng von Böhmen. Hofstaat und Sammeltätigkeit, Wien-Köln-Graz, H. Böhlaus, 1983 (= Quellen und Studien zur Geschichte des Fürstenhauses Liechtenstein, 1/I et 1/II), 2 vol.
[2] Pierre Raton, Liechtenstein. Staat und Geschichte, Vaduz, Liechtenstein Verlag, 1969, p. 19 ; Evelin Oberhammer, « Viel ansehnliche Stuck und Güeter. Die Entwicklung des fürstlichen Herrschaftsbesitzes », Der ganzen Welt ein Lob und Spiegel. Das Fürstenhaus Liechtenstein in der frühen Neuzeit, hrsg. von E. Oberhammer, Wien-München, R. Oldenbourg, 1990, p. 33-45 (avec une carte p. 35). Harald Wanger donne une carte des possessions territoriales et un tableau des acquisitions successives dans son ouvrage, Die Regierenden Fürsten von Liechtenstein, Neustadt an der Aisch, Degener, 1995, p. 236-237.
[3] Jacob von Falke lui consacre plusieurs pages dans sa Geschichte des fürstlichen Hauses Liechtenstein, Wien, Braumüller, 1877, t. II, p. 301-322. Il ne m’a pas été possible de consulter l’ouvrage de Victor Fleischer, Fürst Karl Eusebius von Liechtenstein als Bauherr und Kunstsammler, Leipzig, 1910 (= Veröffentlichungen der Gesellschaft für Neuere Geschichte Österreichs, I). Dans le fil de son ouvrage sur Charles Ier, le Dr Haupt a répertorié les documents d’archives concernant Charles Eusèbe dans Von der Leidenschaft zum Schönen. Fürst Karl Eusebius von Liechtenstein (1611-1684), Wien-Köln-Weimar, Böhlau Verlag, 1998 (= Quellen und Studien zur Geschichte des Fürstenhauses Liechtenstein, 2/II). On consultera également son Fürst Karl Eusebius von Liechtenstein (1611-1684). Erbe und Bewahrer in schwerer Zeit, Wien-Köln-Weimar, Böhlau, 2001.
[4] « Fürst Karl Eusebius, der Sohn und Nachfolger des Fürsten Karl, war von 1632 bis 1684 Regierer und Chef des Hauses Liechtenstein. Im Unterschied zu seinem Vater und den Onkeln Maximilian und Gundaker war er nur kurze Zeit im Staatsdienst tätig (als Landeshauptmann von Schlesien). Er widmete sich vor allem der Sicherung und Verwaltung seiner groen Besitzungen, der Pferdezucht und den Künsten und Wissenschaften, insbesondere der Architektur. Im Jahre 1641 besa er neben Feldsberg in Niederösterreich neun Herschafften in Mähren (Aussee, Trübau, Hohenstadt, Goldenstein, Eisenberg, Plumenau, Çernahora, Lundenburg und Eisgrub), fünf Herrschaften in Böhmen (Landskron, Schwarzkosteletz, Škworetz, Aurnowes und Rostok) sowie die schlesien Herzogtümer Troppau und Jägerndorf » (Thomas Winkelbauer, « Haklich und der Korruption unterworfen. Die Verwaltung der liechtensteinischen Herrschaften und Güter im 17. und 18. Jahrhundert », Der ganzen Welt ein Lob und Spiegel, op. cit., 91 a).
[5] Thomas Winkelbauer a publié sur ce dernier une impressionnante étude, Fürst und Fürstendiener, Gundaker von Liechtenstein, ein österreichischer Aristokrat des konfessionnellen Zeitalters, Wien-München, R. Oldenbourg, 1999 (= Mitteilungen des Instituts für Österreichische Geschichtsforschung, Ergänzungsband 34).
[6] H. Wanger, op. cit., p. 55-56.
[7] Au sujet de cette tradition, on consultera les études de Eva Maria Csáky-Loebenstein, « Studien zur Kavalierstour österreichischer Adeliger im 17. Jahrhundert », Mitteilungen des Instituts für Österreichische Geschichtsforschung, LXXIX, 1971, p. 408-434 ; Jörg Jochen Berns, « Peregrinatio academica und Kavalierstour. Bildungsreisen junger Deutscher in der Frühen Neuzeit », Rom-Paris-London. Erfahrung und Selbsterfahrung deutscher Schriftsteller und Künstler in der fremden Metropolen, hrsg. von Conrad Wiedemann, Stuttgart, Metzler, 1988, p. 155-181 ; Gernot Heiss, « Ihro keiserlichen Mayestät zu Diensten... unserer ganzen fürstlichen Familie aber zur Glori. Erziehung und Unterricht der Fürsten von Liechtenstein im Zeitalter des Absolutismus », Der ganzen Welt ein Lob und Spiegel, op. cit., p. 155-181.
[8] Selon l’expression du Dr Haupt, Charles Eusèbe fut « einer der bedeutendsten Kunstförderer des 17. Jahrhunderts » (Fürst Karl I. von Liechtenstein, t. I, p. 99, n. 280). « Eine ausgedehnte Kavaliersreise durch die Niederlande und Frankreich (und wohl auch durch Italien, obwohl dies nicht dokumentarisch verbürgt ist) dürfte die künstlerischen Interessen Karl Eusebius’ geweckt und geprägt haben, denen er sich in weiterer Folge mit erstaunlicher Intensität widmete » (Hellmut Lorenz, « Nichts Brachtigeres kan gemachet werden als die vornehmen Gebeude. Bemerkungen zut Bautätigkeit der Fürsten von Liechtenstein in der Barockzeit », Der ganzen Welt ein Lob und Spiegel, op. cit., p. 141 a). Sur le mécénat de Charles Eusèbe, lire en outre la belle étude du Dr Herbert Haupt, « Rara sunt cara. Kulturelle Schwerpunkte fürstlichen Lebensstils », Der ganzen Weit ein Lob und Spiegel, op. cit., p. 115-137.
[9] On peut évidemment se demander ce qu’un prince autrichien et ses domestiques pouvaient venir faire à Paris en pleine guerre de Trente Ans, alors que Richelieu soutenait les protestants allemands. Mais la France en général et la cour en particulier constituaient des étapes essentielles du Kavalierstour. Durant l’hiver 1630-1631, Charles Eusèbe et Hartmann durent « exercitia et studia [...] repetere et cominuare », afin de rapporter à Vienne l’essentiel des traditions auliques parisiennes et, surtout, de tisser des liens qui pouvaient servir après le retour à Vienne (je résume ici une communication du Dr Haupt). Précisons que les fichiers et inventaires des Archives nationales (Minutier central des notaires, séries K et KK Monuments historiques, R Papiers des princes et Y Châtelet de Paris) semblent ne rien contenir sur ce séjour.
[10] L’infante Isabelle était intervenue auprès de Louis XIII pour que les Allemands et les Flamands catholiques séjournant à Paris pussent entendre la messe en allemand. En 1626, le roi de France leur accorda l’église Saint-Hippolyte, puis Saint-Germain-des-Prés à partir de 1630 (J. Mathorez, Les Étrangers en France sous l’Ancien Régime. Histoire de la formation de la population française, Paris, E. Champion, 1919, t. II, p. 119).
[11] Je dois à l’amabilité du Dr Haupt de connaître ces différents éléments.
[12] On trouvera un bon dossier dans le chapitre III, « Schlo Donnerstrunkshausen in Böotien » de l’ouvrage de Wolfgang Leiner, Das Deutschlandbild in der französischen Literatur, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1989, p. 42-78. Il n’y a rien d’intéressant pour notre sujet dans le mémoire de J. Mathorez, « La pénétration des Allemands en France sous l’Ancien Régime », Séances et travaux de l’Académie des Sciences morales et politiques, CLXXXV, 1916-1, p. 279-300, qui n’aborde que l’immigration des artisans et des ouvriers. En revanche, son ouvrage mentionné supra cite un quatrain du XVIIe siècle : « Le grossier Allemand, yvrongne, schismatique, / Insolent, querelleux, cruel et fainéant, / Stupide et ignorant qui fait du politique / Et se vend comme un serf pour ung bien peu d’argent » (t. II, p. 107).
[13] Georges Dethan, La Vie de Gaston d’Orléans, Paris, Éditions de Fallois, 1992, p. 87-104.
[14] Sur ce personnage, consulter les pages excellentes de Tallemant des Réaux, Historiettes, éd. A. Adam et G. Delassault, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1961, t. II, p. 542-544, la dissertation de Werner Ginzl, Puget de La Serre. Eine literarhistorische Charakterstudie, Rostock, 1936, p. 15, et les articles de Marcel Israel (« Tristan l’Hermite et Puget de La Serre ou l’éducation sentimentale d’Éléonore de Berghe », Cahiers Tristan l’Hermite, III, 1981 p. 24-30) et de Véronique Meyer (« Un auteur du XVIIe siècle et l’illustration de ses livres », Bibliothèque de l’École des Chartes, CLVIII, 2000, p. 27-53).
[15] Wolfgang Leiner lui a consacré un ouvrage spécial, Der Widmungsbrief in der französischen Literatur (1580-1715), Heidelberg, Carl Winter, 1965. Il ne signale que deux ouvrages dédiés à Charles Eusèbe, le Breviere de La Serre et les Divertissemens de Colletet (p. 343, 365).
[16] La Serre avait dédié plusieurs de ses livres à des princes ou des dignitaires du monde germanique (comme Charles Eusèbe de Liechtenstein, le comte de Berghes ou le comte palatin du Rhin, W. Leiner donne une longue liste à la p. 365 de sa thèse). Furetière s’en est moqué : « Des diverses contrées où naissent les vrais Mecenas, et que les meilleurs se trouvent en Flandres et en Allemagne, comme les meilleurs melons en Touraine, et les meilleurs asnes en Mirebalais. La Serre cité à propos » (« Somme dedicatoire », Roman bourgeois, II, éd. A. Adam, Romanciers du XVIIe siècle, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1968, p. 1087).
[17] W. Ginzl propose un dossier assez complet, aux p. 74-94 de sa dissertation. Il rapporte ce mot de La Serre : « Je suis toujours pressé, lorsqu’il s’agit de gagner de l’argent ; et je préfère les pistoles qui me font vivre à l’aise, à la chimère d’une vaine gloire qui me laisserait misérable » (p. 24). Voir en outre M. Nicolet, « La condition de l’homme de lettres au XVIIe siècle à travers l’œuvre de deux contemporains : Ch. Sorel et A. Furetière », RHLF, LXIII, 1963, p. 369-392.
[18] LE / BREVIERE / DES / COURTISANS, / Enrichy d’un grand nombre de / Figures. / PAR LE Sr. DE LA SERRE / Historiographe de France. / [vignette] / A BRUSSELLES, / Chez FRANçOIS VIVIEN, / derriere l’hostel de Ville : / Au bon Pasteur. 1630. / Avec approbation & Privilege. [Cioranescu no 55749, Arbour no 14088. Le privilège date du 1er mars 1630, l’autorisation de la censure du 16 février. L’épître dédicatoire occupe les f. ã4ro – ã6vo]. Ce texte a été étudié dans « Une épître dédicatoire de Puget de la Serre », XVIIe siècle, no 179, avril-juin 1993, p. 387-394.
[19] C’est-à-dire : au même prince.
[20] Elle semble faire défaut à l’édition parisienne de 1631, chez Nicolas de la Vigne.
[21] À noter que ce portrait reproduit les armes personnelles de Charles Eusèbe : « Dieses war viergeteilt mit eingepfropfter Spitze, im ersten Feld trägt es das Wappen von Kuenring, Feld zwei ist viergeteilt mit den Wappen der Liechtenstein, Boskowitz, Hanau und abermals Liechtenstein. Feld drei zeigt Troppau und Feld vier Schlesien. In der eingepfropften Spitze erscheint Jägerdorf » (Gustav Wilhelm, « Sichst hie di Wappen abgemalt. Die Entwicklung des fürstlichen Wappens », Der ganzen Welt ein Lob und Spiegel, op. cit., p. 209-211).
[22] On le trouve ainsi dans l’Histoire et généalogie de la maison de Liechtenstein. Histoire de la principauté, de Georges Martin, s.l.n.d. [1976], p. 45-46 ; Th. Winkelbauer, op. cit., p. 324. Il existe un portrait sur cuivre de Charles Eusèbe en cavalier (1632, reproduit dans Der ganzen Welt ein Lob und Spiegel, op. cit., p. 66), ainsi qu’une autre gravure le représentant plus âgé (H. Wanger, op. cit., p. 57).
[23] Et détachée d’assez bonne heure, puisque la note manuscrite au bas de la gravure indique, d’une écriture ancienne, « Charles Eusèbe Prince de Liechtenstein ».
[24] Breviere des courtisans, éd. citée, f. e1 vo.
[25] W. Ginzl, p. 44, et Martin Bircher, Deutsche Drucke des Barock (1600-1720) in der Herzog August Bibliothek Wolfenbüttel, München, Kraus, 1980, Abteilung A, t. IV, p. 437.
[26] S’agit-il d’une réimpression de la traduction publiée par Friedrich ou d’une nouvelle version ? La différence de titre est en faveur de la seconde hypothèse. Je n’ai hélas pu consulter un exemplaire de la rarissime édition viennoise, qui semble manquer à toutes les grandes bibliothèques d’Autriche.
[27] Hanns Bohatta, Katalog der in den Bibliotheken der regierenden Linie des fürstlichen Hauses von und zu Liechtenstein befindlichen Bücher aus dem XVI.-XX. Jahrhundert, Wien, 1931, t. III, p. 1592, no 29686. On trouvait aussi, ce qui ne surprend guère, un exemplaire de l’édition originale publiée à Bruxelles par F. Vivien en 1630 (no 29684). Sur le destin de cette bibliothèque, dont le fonds a subi au fil des temps une réduction analogue à la superficie de la principauté, consulter l’article d’Evelin Oberhammer, « Die fürstlich Liechtensteinische Fideikommibibliothek », Archives et bibliothèques de Belgique, LXIII, 1992, p. 181-189.
[28] Pour compléter un tant soit peu la réception de La Serre en Allemagne, on signalera que le traducteur des Douces pensées de la mort (Die Süssen Todes-Gedancken, 1626, 1632, 1675) n’était autre que Martin Opitz (G. Dünnhaupt, Personalbibliographien zu den Drucken des Barock, Stuttgart, A. Hiersemann, 19912, t. IV, p. 3033).
[29] Deux biographies lui ont été consacrées, l’une par Pasquale A. Jannini, Verso il tempo della ragione. Studi e ricerche su Guillaume Colletet, Milano, Viscontea, 1965 (réimpr. Fasano, Schena, 1989) ; l’autre par Valeria Pompejano Natoli, Verso una biografia di Guillaume Colletet, Fasano, Schena, 1989, ouvrage qui reprend son article « Contributo per una Vie di Guillaume Colletet. Note e documenti », Storiografia della critica francese nel Seicento, Bari-Paris, Adriatica-Nizet, 1986 (= Quaderni del Seicento francese, VII), p. 353-385. Pour sa bibliographie, on consultera l’essai presque exhaustif inséré par Frédéric Lachèvre dans son ouvrage sur Les Recueils collectifs de poésies libres et satiriques publiés depuis 1600 jusqu’à la mort de Théophile (1626), Paris, H. Champion, 1914, t. I, p. 137-147, ainsi que le chapitre que lui consacre Margaret M. McGowan dans L’Art du ballet de cour en France (1581-1643), Paris, Éd. du CNRS, 1963, 1978, p. 155-167. La thèse de Joséphine de Boer, The life and works of G. Colletet (présentée à la Johns Hopkins University) est restée inédite.
[30] Est-ce une allusion au Breviere des courtisans ?
[31] LES / DIVERTISSEMENS / DE / COLLETET. / [marque] / A PARIS, / De l’Imprimerie de ROB. ESTIENNE, / ruë S. Jean de Beauvais, à l’Olivier. / [filet] / M. DC. XXXI. [f. ã2 vo- ã4 vo. B.N. Ye 7778, Ye 7782 ; Bibliothèque de l’Arsenal, 8o BL 9074]. Privilège du 4 juillet 1631. Je souligne.
[32] Voir ma « Note biographique sur Guillaume Colletet », à paraître.
[33] Divertissemens, éd. citée, f. e ro (ce sonnet est réimprimé dans les Poesies diverses, 1656, sous le titre « À Monseigneur le Prince de Lictestein, Duc de Troppe », p. 371).
[34] EPIGRAMMES / DU SIEUR / COLLETET. / AVEC UN DISCOURS / DE L’EPIGRAMME. / Où il est traitté de sa premiere origine ; / de son usage ancien et moderne ; de / son veritable caractere ; de ses ver- / tus, et de ses vices ; et des qualitez / requises à ceux qui s’appliquent à ce / genre d’escrire. / [fleuron] / A PARIS, / Chez JEAN BAPTISTE LOYSON, au / Palais, dans la salle Dauphine, / à la Croix d’Or. / [filet] / M. DC. LIII. / Avec Privilege du Roy. [p. 233. B.N. Ye 7781, B. M. Besançon 204 . 509, B. M. Dijon, Rouen, Troyes].
[35] Selon Frédéric Lachèvre (Les Recueils collectifs de poésies libres et satiriques, op. cit., t. I, p. 141), elle a paru pour la première fois dans une plaquette de huit pages, Les Lauriers du Roy, présentez à Sa Majesté le premier jour de May mil six cens trente-trois (Paris, Jean Martin, 1633).
[36] POESIES / DIVERSES / DE MONSIEUR / COLLETET. / Contenant des Sujets Heroïques. / Des Passions Amoureuses. / Et d’autres Matieres Burlesques / & Enjoüées. / [fleuron] / A PARIS, / Chez LOUIS CHAMHOUDRY, au Palais, / devant la Sainte Chapelle, à l’Image / Saint Louis. / [filet] / M. DC. LVI. / AVEC PRIVILEGE DU ROY. [B.N., Ye 7783], p. 58-60.
[37] Poesies diverses, op. cit., p. 372.
[38] Même si certains affirmaient le contraire : « [...] de diverses contrées du Royaume, force vieux soldats se vinrent ranger sous la conduite de Colletet, leur maistre de camp, dont il forma plusieurs corps, fameux pour avoir fait quelques campagnes dans les terres d’Imprimerie. Là ils luy avoient acquis beaucoup de réputation et donné le moyen de vivre en bourgeois du Parnasse de ses revenus poétiques » (Furetière, Nouvelle allégorique ou histoire des derniers troubles arrivés au royaume d’Éloquence, éd. E. van Ginneken, Genève, Droz, coll. « TLF », 52, 1967, p. 46). Voir encore V. Pompejano Natoli, op. cit., p. 99.
[39] Bibliothèque françoise, 1754, t. XVI, p. 267.
[40] Les relevés de Hanns Bohatta sont suffisamment précis pour autoriser des comparaisons. On sait que la bibliothèque princière est demeurée à peu près intacte jusqu’en 1945.
[41] Le catalogue établi par H. Bohatta signale entre autres la Clytie (Paris, 1636) et Le Tombeau des délices du monde (Bruxelles, 1630).
[*]Cet article n’aurait pu être écrit sans l’aide de Mmes Marie Lakermance et Claire Béchu (Archives nationales, Paris), de M. Paul Vogt (Fürstentum Liechtenstein Landesarchiv, Vaduz), du Dr Evelin Oberhammer (Stiftung Fürst Liechtenstein, Hausarchiv, Wien) et surtout du Dr Herbert Haupt (Archiv des Kunsthistorischen Museums, Wien), ni le concours de plusieurs conservateurs de bibliothèques, dont Mmes Jacqueline Labaste (Bibliothèque Mazarine), M.-D. Nobécourt-Mutarelli (Bibliothèque municipale de Rouen) et M. Bruno Blasselle (Bibliothèque de l’Arsenal). Je les remercie bien sincèrement.
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