Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130533559
192 pages

p. 415 à 430
doi: 10.3917/dss.033.0415

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n° 220 2003/3

2003 XVIIe siècle

À l’extrémité du monde occidental : l’image de la culture lituanienne dans les littératures italienne et française

Rustis Kamuntavicius Université Vytauti Magni, Département d’Histoire, Kaunas, Lituanie.
La société lituanienne du XVIIe siècle était composée de plusieurs parties hétérogènes. Beaucoup de religions (des païens, des Orthodoxes, des Catholiques et des Protestants) et de nations (lituanienne, polonaise, biélorusse et ukrainienne) coexistaient dans le pays. Depuis la christianisation du Grand-Duché, en 1387, la Lituanie était sous l’influence de la culture occidentale qui agissait sur elle via la Pologne, et de la culture orientale venant de Russie et de Turquie.
À cause de cette multiculturalité et multinationalité du pays, on discute encore aujourd’hui pour savoir qui était biélorusse ou lituanien, catholique ou orthodoxe. La position géographique de ce pays, entre d’un côté l’Europe et de l’autre la Russie et la Turquie, pose encore une question : à savoir, quels domaines de la vie lituanienne étaient déjà imprégnés, au XVIIe siècle, par la culture occidentale, et lesquels restaient sous l’influence des cultures locales anciennes païennes et celles venant de l’Est ? Une des possibilités d’éclaircir ce problème se base sur une analyse des sources de cette époque, spécialement sur les descriptions de la Lituanie faites par les Occidentaux. Les voyageurs, diplomates, ambassadeurs et autres personnes qui visitaient la Pologne-Lituanie ont écrit leurs mémoires, qui soulignaient éloquemment les différences et ressemblances culturelles qui existaient entre la Lituanie et l’Occident.
Du point de vue politique, la République polono-lituanienne n’était pas homogène. Dans cet article on utilise le terme Lituaniens au sens politique, et on comprend sous ce mot tous les habitants du Grand-Duché de Lituanie. Il faut souligner que la composition nationale du pays, au XVIIe siècle, était beaucoup plus complexe. À peu près 40 % d’habitants étaient Lituaniens (parlant la langue lituanienne) et habitaient le territoire de la Lithuania propria (ce qui correspond à la République de la Lituanie d’aujourd’hui). Les autres régions du pays étaient occupées par des Biélorusses, des Russes et des Ukrainiens, qui composaient 50 % de la population totale. Les 5-10 % restant étaient des Juifs et des Allemands qui habitaient les villes et s’occupaient de commerce. Quoique les Lituaniens (au sens national) ne composent pas la majorité des habitants, ils contrôlaient la plus grande partie des vies politique et culturelle du pays. La situation nationale était encore compliquée par la pénétration des langue et culture polonaises en Lituanie. Au XVIIe siècle beaucoup de nobles et presque tous les magnats du Grand-Duché parlaient seulement le polonais et vivaient séparés des populations lituanienne ou biélorusse.
La Lituanie préservait dans l’Union beaucoup de traits d’un État souverain. Malgré deux unions conclues, en 1385 et en 1569, entre les deux pays, la capitale de la République des Deux Nations était en Pologne (Cracovie puis Varsovie) et, à plusieurs reprises, les Polonais tentèrent d’annexer le Grand-Duché mais la Lituanie préservait son armée, sa monnaie, ses frontières, son droit (le IIIe Statut lituanien, depuis 1588, fut le seul code juridique sur le territoire du Grand-Duché jusqu’au milieu du XIXe siècle), ses pouvoirs exécutif et législatif. Les deux pays n’étaient unis que par un souverain (nommé : Roi de Pologne et Grand Duc de la Lituanie) dont le pouvoir était limité par la noblesse, et par la Diète commune qui s’assemblait à Varsovie ou Grodno (sur le Nemunas, en Lituanie). Du fait du faible pouvoir du roi et du pouvoir central en général, et du comportement séparatiste de la noblesse lituanienne au XVIIe siècle, le Grand-Duché était gouverné par quelques familles de grands seigneurs lituaniens : Radvila (Radziwill, en polonais), Pac (Paz ou Patz en polonais), Sapiega (Sapieha, en polonais) [1]. Ces familles contrôlaient, indépendamment de la Pologne, non seulement la monnaie, les armées, la législature mais aussi en certains cas, la politique extérieure du pays [2].
En dépit d’un faible intérêt pour la Lituanie, au XVIIe siècle quelques dizaines de textes avaient été imprimés en Occident ; parmi les Européens, les Italiens et les Français étaient ceux qui voyageaient et écrivaient le plus souvent sur la République des Deux Nations. Selon T. Chynczewska-Hennel, l’une des spécialistes les plus récentes des récits étrangers sur la Pologne-Lituanie au XVIIe siècle, ils ont produit à peu près cinquante textes ; ce nombre dépasse le nombre des récits de toutes les autres nations [3]. Ces textes n’étaient pas consultés comme des sources de l’Histoire lituanienne. Des Historiens polonais et français qui les ont examinés, se sont concentrés sur l’examen des choses strictement polonaises laissant de côté les problèmes spécifiques de la Lituanie.
De nombreux Français avaient été attirés à la cour de Pologne par deux reines françaises qui régnèrent à Varsovie pendant la seconde moitié du XVIIe siècle : Louise-Marie (1646-1667) et Marie-Casimire (1674-1696). Stimulés par la politique bienveillante du roi de Pologne et les contacts culturels et économiques intenses et économiques, plusieurs militaires, courtiers, diplomates, voyageurs et autres Français vinrent en Pologne et en Lituanie. L’intérêt croissant pour la République a inspiré la rédaction d’à peu près quarante nouveaux ouvrages sur la République publiés au XVIIe siècle [4]. Chacun de ces ouvrages consacre de quelques lignes à quelques dizaines de pages à la Lituanie. Bien que presque chaque auteur ait écrit quelque chose sur la Lituanie, on sait que seulement cinq d’entre eux ont sûrement visité la Lituanie [5]. Cela signifie que l’information avait été souvent recopiée sur d’autres auteurs et que les textes étaient des compilations.
Aux XVIe et XVIIe siècles, les Italiens marquaient un très grand intérêt pour la Pologne-Lituanie. Ils imaginaient ce pays comme un allié naturel dans la lutte contre l’Empire ottoman. En 1555, le pape a établit en Pologne la première et la seule ambassade permanente ; elle servait aussi en Lituanie. Plusieurs ambassadeurs et diplomates extraordinaires furent envoyés par Venise et Florence. On compte vingt et un nonces du pape durant le XVIIe siècle [6], à peu près cinq ambassadeurs de Venise, quelques diplomates et informateurs de Florence et des autres États italiens. Le nombre n’est pas absolument clair, mais environ cinq de ces Italiens sont sûrement allés en Lituanie. À la manière des Français, ils restaient en Lituanie plus souvent très brièvement – de quelques mois à quelques années – et visitaient Vilnius et Grodno, les deux villes principales. Les raisons du voyage en Lituanie étaient les mêmes pour presque tous, Italiens et Français : politiques. Ils allaient dans ce pays pour participer à la Diète ou pour accompagner le roi quand il se rendait dans ce pays pour y ordonner les affaires.
Les étrangers, dont les textes sont essentiels dans cette étude, étaient souvent confondus par la complexité culturelle mais surtout politique de la Pologne-Lituanie. Du fait de la dimension du territoire et l’importance politique et culturelle de la Pologne dans la République durant l’Époque moderne, la Lituanie restait toujours dans l’ombre. Les étrangers ne pouvaient pas toujours examiner à fond les nuances de l’organisation politique de la République, ils utilisaient souvent le nom « Pologne » pour nommer la Lituanie, et « Polonais » pour ses habitants. Ils regardaient Varsovie et Cracovie comme les centres principaux de la culture et de la politique, et s’intéressaient peu au Grand-Duché de Lituanie. En conséquence, ils confondaient souvent les choses lituaniennes et polonaises. Cela reste le problème le plus important pour l’analyse des textes occidentaux.
 
L’IMAGE D’UN PAYS EUROPÉEN
 
 
La Lituanie fut le dernier pays d’Europe à recevoir la foi chrétienne (1387). En dépit de ce retard considérable, son élite intellectuelle et culturelle est entrée dans le XVIIe siècle en ayant beaucoup de traits occidentaux. Cela a été possible grâce à la pénétration intensive de la culture européenne dans tous les champs de la vie de la noblesse du Grand-Duché durant les XVe et XVIe siècles. Au XVIe siècle surtout comme conséquence de la propagation de la Réforme et de l’opposition entre Catholiques et Protestants. À la différence de tout le reste de l’Europe, en Pologne-Lituanie le conflit entre les deux religions n’a pas donné lieu à des collisions sanglantes, mais seulement à des disputes intellectuelles que stimulaient la publication de livres, les discussions publiques, l’établissement des bibliothèques et la création d’écoles secondaires. En 1522, la première imprimerie fut fondée sur le territoire du Grand-Duché par P. Skorina. Un des plus importants événements de la vie culturelle du XVIe siècle fut la création de l’Université de Vilnius (1579) par les Jésuites. Pendant longtemps cette université resta la plus éloignée, dans le Nord-Est, de toutes les écoles supérieures occidentales.
La Pologne était le plus important pays chrétien pour la Lituanie. La culture occidentale parvenait au Grand-Duché d’abord par ce pays. La plupart des membres du clergé catholique au début de la chrétienté était polonaise, parce qu’il n’y avait pas, en Lituanie, de gens ayant une formation nécessaire pour accomplir les tâches ecclésiastiques. L’Église catholique de Lituanie établie et contrôlée depuis Gniezno, avait choisi la langue polonaise, à côté du latin utilisé dans la vie officielle, comme langue vernaculaire. La noblesse suivait le clergé et traitait le polonais comme la langue de culture la plus avancée. On commença à l’utiliser dans la vie publique et privée surtout à partir de la seconde moitié du XVIe siècle quand la vie intellectuelle fut la plus intense ; les langues latine et polonaise étaient les seules langues écrites utilisées par l’élite.
La conséquence de cette pénétration de la culture polonaise fut que la noblesse lituanienne emprunta la langue et les traits du mode de vie polonais. Cette ressemblance extérieure entre les élites des deux nations conduisait les observateurs étrangers à traiter les Lituaniens comme des Polonais. La Lituanie était devenue un pays dans l’ombre de la Pologne, la « Couronne », avec Varsovie et Cracovie, étant le centre de cet espace culturel polonais.
La pénétration de la langue et de la culture polonaise n’avait pourtant pas complètement assimilé l’élite lituanienne. Jusqu’à la chute de la République (1795), les Lituaniens préservèrent l’idée que la Lituanie était indépendante de la Pologne. Le XVIe siècle a vu la formation d’une nation politique qui considérait la Lituanie comme sa patrie et tentait de s’opposer à l’expansion politique et culturelle de la Pologne. Les intellectuels de cette époque, comme Mykolas Lietuvis, Mikolajus Husovianas et Andrius Volanas, dans leurs traités disputaient avec les auteurs polonais et défendant la souveraineté et la différence culturelle de la Lituanie. Une légende latine avait été créée qui essayait de prouver que les anciens Romains étaient les ancêtres de la nation lituanienne ; des mots semblables avaient été trouvés entre les langues lituanienne et latine. En conséquence, la plupart de ces œuvres furent écrites en latin, qui était considéré comme la langue lituanienne ancienne, pour s’opposer à la pénétration du polonais.
Cette tendance des Lituaniens désireux de ne rien avoir en commun avec les Polonais fut remarquée par les diplomates, hommes politiques et voyageurs étrangers. Dans l’une des descriptions de la Lituanie les plus grandes et influentes publiée en France au XVIIe siècle, le courtisan d’origine française de Jean III Sobieski (1674-1696), François-Paulin Dalairac, soulignait que « La Lituanie conserve toutes ses prérogatives avec une fierté & une hauteur extraordinaires » [7]. Cela avait été particulièrement bien observé dans les moments où les intérêts lituaniens et polonais s’opposaient. Ainsi, la décision d’organiser chaque troisième Diète de la République à Grodno en Lituanie (1673), avait été considérée comme une victoire politique des Lituaniens, et non de certains partis politiques ; le nonce pontifical, Francesco Buonvisi (1673-1675), avait remarqué l’action commune de la partie lituanienne qui combattait dans ce but [8]. F.-P. Dalairac écrivait que Kristupas-Zigmantas Pacas, Grand-Chancelier de Lituanie (1658-1684) et chef du partie lituanien, a fait « ce beau coup d’État en faveur de sa patrie » [9]. Il faut ajouter que la Lituanie avait été aussi remarquée pour être la patrie d’un autre homme politique, le palatin de Vilnius, Kristupas Radvila, par un des plus fameux connaisseurs de la vie politique polono-lituanienne du XVIIe siècle, Honorato Visconti. Ce nonce pontifical (1630-1637) écrivait que le palatin « avait été envoyé à la Diète de la République de la Lituanie, sa patrie » [10]. Ces exemples montrent bien que les observateurs français et italiens connaissaient la différence qui existait entre les Polonais et les Lituaniens, et connaissaient l’attachement des Lituaniens à leur pays.
Comprenant que les Lituaniens étaient différents des Polonais, les observateurs français et italiens les comparaient souvent à ces derniers. Parfois, cette comparaison était favorable aux habitants du Grand-Duché. Le célèbre voyageur, Alfred Jouvin de Rochefort, qui a relaté son voyage en Lituanie au milieu du XVIIe siècle, soulignait que « La noblesse lituanienne est beaucoup plus agréable que dans toutes les autres régions de la Pologne-Lituanie » [11]. Gaspard de Tende (1618-1697), trésorier de la reine Louise-Marie puis courtisan de Jean III pendant plusieurs dizaines d’années de la seconde moitié du XVIIe siècle et qui, selon ses propres paroles, avait passé « beaucoup d’ans en Lituanie », affirmait que les Lituaniens et les Polonais « n’ayent presque plus que les mesmes manieres d’agir. Neanmoins dans le tems que j’a (sic !) demeuré en Lituanie, j’y ay remarqué que les Lituanois approchent plus que les Polonois, de toutes les façons de faire de France, & de l’enjouement des François, quoy qu’ils en soient plus éloignés » [12]. Un autre Historien très populaire de la Pologne-Lituanie, J.-G. Jolli était du même avis : « Les Lituaniens sont plus polis & plus enjoüez, & tiennent beaucoup plus de l’humeur des François que des Polonois, bien qu’ils soient plus voisins de la Moscovie, donc les peuples sont cruels & farouches » [13].
En lisant ces citations, on peut observer le premier exemple d’opposition Est-Ouest. En dépit du fait que les Polonais se trouvaient à l’extrémité de l’Europe, ils étaient considérés comme un peuple appartenant complètement au monde occidental. Par contraste, la Moscovie, aux yeux des Français et des Italiens, avait peu de choses communes avec la culture occidentale.
La comparaison faite par J.-G. Jolli des Lituaniens avec les Occidentaux (les Français), beaucoup plus favorable que celle des Polonais, est contraire à l’opinion dominante de l’Époque moderne. Les Polonais avaient une histoire beaucoup plus longue avec le monde occidental, et on regardait leur culture comme plus avancée que celle des peuples situés au nord et à l’est d’eux. Alors, pourquoi les auteurs français cités écrivaient-ils sur les Lituaniens de cette manière ? G. de Tende et A. J. Louvain de Rochefort furent parmi les premiers auteurs à répandre ce stéréotype. Tous les deux étaient des voyageurs qui avaient passé du temps en Lituanie. À la différence de la plupart des autres étrangers qui avaient visité ce pays, ils n’étaient pas diplomates, hommes politiques ou autres personnages de très haute position et il semble qu’ils voyageaient à travers le Grand-Duché comme des gens ordinaires en relation directe avec le peuple. Le nombre des étrangers qui visitaient la Lituanie était moindre comparé à celui de ceux qui voyageaient en Pologne. Il est possible que la noblesse lituanienne ayant plus rarement des contacts avec les étrangers, les accueillait avec plus de chaleur et de grandeur. Cela influençait peut-être les évaluations des observateurs français.
Seulement quelques observateurs étrangers considéraient les nobles lituaniens comme des Occidentaux, alors que les magnats lituaniens étaient vus de cette manière par presque tous. Le premier motif de cette évaluation était déterminé par le physique des magnats. J. Le Laboureur (1623-1675) était un des savants qui accompagnaient la première reine française sur le trône de Pologne, Louise-Marie (1646-1667). Il a laissé un bon portrait d’un des plus importants magnats de la Lituanie, Jonusas Radvila (Yanusz Radziwill, 1612-1655). Ce chef de l’armée lituanienne avait été décrit comme un homme élevé à la polonaise. En dépit de cela, selon le Français, on pouvait le confondre facilement avec un étranger car son français était parfait. De plus, l’observateur soulignait que sa manière de penser était complètement française [14]. Cette apparence de J. Radvila n’était pas exceptionnelle. Beaucoup de magnats lituaniens et polonais des XVIe et XVIIe siècles, voyageaient intensivement en Europe, avaient une formation occidentale et parlaient les langues européennes. J. Radvila étudia pendant quelques années dans les universités allemandes, vivaient aux Pays-Bas et en Angleterre. On sait aussi que J. Radvila s’était rendu en France pour y acheter des vêtements [15].
Un autre trait du comportement des grands seigneurs lituaniens était la grandeur de leur attitude. Cette caractéristique s’accordait avec la mentalité et la manière d’agir des seigneurs occidentaux. G. de Tende, à la façon des autres observateurs français et italiens, écrivait que
tous les Gentils-hommes Polonois (comprenant sous ce terme les Polonais et les Lituaniens) sont naturellement honnestes. Quand les étrangers voyagent, & passent prés de leurs maisons, ils les invitent à se reposer, & à boire, & leur font le meilleur accueil qui leur est possible. Les grands Seigneurs sont genereux & magnifiques. J’en ay connû qui ont receu chés eux des François, des Italiens, & des Allemands, qu’ils ne connoissoient pas, à qui ils ont donné leur table jusques à ce qu’ils ayent eû de l’employ. Je sçay mesme que le Chancelier Patz, a donné des chevaux & de l’argent à des étrangers, sans qu’ils luy eussent rendu aucun service [16].
L’attention des magnats lituaniens pour les étrangers étonnait les Occidentaux parce que cette coutume n’existait pas en Europe de l’Ouest. L’Historien polonais Janusz Tazbir, un des savants qui a analysé l’image des magnats polonais-lituaniens pense que cette image contenait beaucoup de vérité. À l’Époque moderne, les grands seigneurs dépensaient beaucoup pour la représentation, le confort, la grandeur et l’hospitalité. Les mœurs de la société polono-lituanienne, où régnait le servage, contrastaient beaucoup avec celles de l’Europe occidentale. Il faut ajouter que le système anarchique du gouvernement du pays et la puissance absolue des seigneurs contribuait beaucoup à cet état de choses [17].
Un des stéréotypes qui contribuait à l’image occidentale de la Lituanie était la comparaison de sa capitale avec celle de la Pologne, Cracovie. Cette dernière ville était sans aucun doute une pure ville européenne. On trouve l’une des premières mentions de ce stéréotype dans la relation du nonce Cl. Rangoni (1598-1607). Cette relation avait été écrite juste après son retour de la Lituanie ; l’auteur place sur un même plan Vilnius et Cracovie et ajoute qu’il écrit « d’après les habitants locaux » [18]. Cette image de Vilnius répandue dans la littérature italienne a pénétré dans la littérature française pendant la seconde moitié du XVIIe siècle. Philippe Dupont (c. 1650 - après 1726), courtisan de Jean III Sobieski et l’un des militaires étrangers enrôlés dans l’Armée polonaise, écrivait de la même façon : « Vilna est regardé comme la seconde capitale de la Pologne, elle n’est ni moins grande, ni moins belle que Cracovie, qui est la première... » [19]. Il est très difficile de trouver l’origine de ce stéréotype ; il semble que les auteurs étrangers, dont les Français et Italiens, n’ont fait que répéter l’opinion des Lituaniens, qui voulaient toujours être pareils aux Polonais, et montraient qu’on pouvait mettre leur capitale au même niveau que celle de la Pologne.
Les descriptions de Vilnius présentées dans les relations et mémoires des étrangers ne dépareillaient pas sa comparaison avec Cracovie. Un des courtisans de Jean III Sobieski écrivait de manière typique que
Wilna... est une des plus grandes & des plus magnifiques de tout le Nord ; ornée de belles Églises, de Palais de brique fort apparens ; avec de riches Bourgeois, de gros Marchands, des Ouvriers & des Artisans de toutes les façons. Enfin Wilna est une Capitale bien marquée, tant par ces distinctions, que par le Siege du Tribunal, qui y attire les Plaideurs & la Noblesse [20].
Les Italiens et les Français s’étonnaient de trouver les riches palais des magnats et des églises baroques qui avaient été bâtis en grand nombre pendant la seconde moitié du XVIIe siècle. L’Université de Vilnius, fondée en 1579, a aussi attiré l’attention des étrangers. Une des premières personnes qui ont informé l’Ouest sur cette institution fut le nonce Alosio Lippomano (1555-1557), cependant que son collègue, Annibale di Capua (1586-1591), quelques années après en envoyait à Rome une vaste description [21]. Dans toutes ces descriptions, Vilnius avait été décrite comme une ville dont l’architecture et l’apparence étaient purement européennes.
Aux XVIe et XVIIe siècles, la Lituanie a fait de grands progrès jusqu’à rattraper au plan culturel le reste de l’Europe. Les diplomates, ambassadeurs et voyageurs français et italiens notaient beaucoup de traits européens en Lituanie. Mais leurs sources sur le Grand-Duché étaient les descriptions du pays faites par les auteurs antérieurs, les discussions avec les magnats lituaniens rencontrés à Varsovie et les rares voyages en Lituanie. La culture lituanienne pour les hommes politiques italiens et français était d’un intérêt de beaucoup inférieur à la vie politique. C’est pourquoi leur image de la vie culturelle lituanienne restait très superficielle. Quand ils parlaient des traits européens du pays, ils ne mentionnaient pas la diffusion de la langue latine, des imprimeries, des livres, des nouvelles écoles et de la littérature polémique. Ils prêtaient la plus grande attention aux descriptions du comportement des magnats, des nobles et de la capitale, Vilnius, c’est-à-dire aux choses qu’ils rencontraient le plus souvent.
 
UN PAYS BARBARE : LA CULTURE POLITIQUE DE LA NOBLESSE LITUANIENNE
 
 
À l’époque de la conclusion de l’Union Lublin (1569) et de la création de la République polono-lituanienne, les diplomates italiens soulignaient que jusqu’alors le pouvoir du souverain, en Lituanie, avait été héréditaire tandis qu’en Pologne, il y avait une tradition pluriséculaire de l’élection du roi. Le souverain en Lituanie avait un pouvoir beaucoup plus grand que celui de Pologne où la noblesse était impliquée dans le gouvernement du pays. Cela était associé avec la vision stéréotypée de la culture politique de la noblesse lituanienne qui, à cause du manque de pratique politique, était d’un niveau beaucoup plus bas que celle des Polonais.
Dans la relation d’un anonyme italien peu après la mort du roi Sigismond-Auguste (1530-1572), traitant de l’élection du nouveau souverain, l’auteur soulignait que les Polonais savaient participer à la vie politique du pays : « En discutant les problèmes publics, les Polonais montrent beaucoup de simulation et de grand art. Ils n’utilisent pas de violence, agissant comme gentilshommes qui gouvernent une république » ; il ajoutait, que « cette compagnie des Lituaniens » complètement dégénérée, ruinait la culture politique avancée établie par les Polonais [22].
Le stéréotype du Lituanien sauvage était soutenu par les Polonais qui n’étaient pas satisfaits de la politique séparatiste et de l’opposition lituanienne. Les partis rivaux des deux groupes, celui de la Couronne et celui du Grand-Duché, luttaient continuellement lors de toutes les Diètes. Les Lituaniens, qui ne composaient qu’un tiers de la Diète, étaient devancés par les Polonais. Une des méthodes de lutte utilisée le plus fréquemment pour défendre leurs intérêts était liberum veto et l’arrêt de la session de la Diète. Les Italiens et les Français, influencés par les Polonais, considéraient l’arrêt du fonctionnement de l’institution la plus importante du pays comme nuisible pour la République, ne comprenant pas les raisons plus profondes de cette situation.
L’image du niveau assez bas de la culture politique lituanienne peut être rencontrée le plus souvent dans les textes français de la seconde moitié du XVIIe siècle, à l’époque de la carrière extraordinaire de la famille Sapiega. Cherchant à évincer la famille Pacas de sa position dominante en Lituanie, le roi Jean Sobieski accordait les postes de hautes responsabilités aux membres de la famille de Sapiega. Pendant la dernière décennie du XVIIe siècle, ceux-ci devinrent les maîtres absolus du Grand-Duché. Comme les Pacas, ils ne se plièrent pas à la volonté du roi de Pologne et poursuivirent la lutte pour diminuer l’influence polonaise sur la Lituanie.
Les magnats lituaniens remportèrent un grand succès dans cette lutte. Selon les lois qui existaient à cette époque, le roi ne pouvait intervenir dans les vies juridique, économique et militaire de la Lituanie. Il n’avait aucun pouvoir en Lituanie à l’exception du droit de nommer les hauts dignitaires. Ceux-ci contrôlaient tous les champs de la vie publique et politique et ne dépendaient d’aucune autorité, même de celle du roi. Du fait de cette particularité des lois de cette époque, quand les membres d’une seule famille occupaient avec l’aide du roi les postes plus importants du pays (chef d’armée et chancelier), ils pouvaient en devenir des maîtres absolus. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, cela arriva avec les familles de Pac (chancelier de la Lituanie : Kristupas-Zigmantas Pacas, 1658-1684, et chef de l’Armée lituanienne : Mykolas-Kazimieras Pacas, 1667-1682) et puis avec celle de Sapiega (chef de l’Armée : Kazimiera-Jonas Sapiega, 1682-1703, chanceliers : membres d’autres familles qui collaboraient étroitement avec les Sapiega).
Les membres de la famille de Sapiega étaient très ambitieux, ils ne se gênaient pas pour montrer publiquement leur pouvoir et leur richesse. Ils vivaient très luxueusement et agissaient de manière démonstrative, se considérant comme les véritables souverains du Grand-Duché. Le secrétaire de l’ambassadeur de France en Pologne, Monsieur de Mongrillon, comparait la personnalité et les richesses du chef de l’Armée lituanienne K.-J. Sapiega avec celles du roi :
Il a l’ame beau. Il est extremement riche par ses biens et par ses charges. Son Equipage a quelque chose du royal. Il a une garde superbe ou il a une belle compagnie de Janissaires. Quand il va faire quelque visite de Ceremonie, cest une foule extraordinaire de monde apres lui et les rues en sont embarrasees. [23]
À l’inverse de la République, dans la France de cette époque le pouvoir du roi tendait à l’absolutisme. Les richesses et l’autorité des seigneurs n’y pouvaient pas être comparées à celles du roi. Les observateurs français regardaient cette situation établie dans leur pays comme étant plus « avancée » et le comportement des magnats lituaniens ne leur semblait pas compatible avec l’image « idéale » des relations entre un souverain et ses sujets. C’est pourquoi, quand M. de Mongrillon et d’autres observateurs décrivaient la grandeur des magnats, ils ne considéraient pas cette particularité essentielle de la vie lituanienne comme normale. Cela leur rappelait plus les pays peu cultivés composés des tribus en conflits permanents les unes avec les autres et peu semblables aux réalités du monde occidental.
F. P. Dalairac a apprécié négativement et de manière très typique les Sapiega ; il écrivait que cette famille
... est obscure & sans pratique : Le Tresorier [B.-P. Sapiega] a un grand fond de jugement solide, & une dexterité secrete à manier ses interèts ; le grand General n’en a que le titre & le faste ; car depuis qu’il est revètu de cette Dignité, il n’a pas daigné servire à la tête des Armées. Leon [L. Sapiega] grand Maître de l’Artillerie avoit une bravoure brutale & vigoureuse ; & tous, beaucoup d’ostentation, de vain gloire, & un fond d’ingratitude inconcevable. [24]
Décrivant l’arrivée de K.-J. Sapiega à la diète de Grodno en 1688, l’auteur souligne que le chef de l’Armée lituanienne « ne s’y rendit qu’un mois après les autres ; par un certain esprit de mépris ou de vain gloire, afin que son arrivée eût plus d’éclat & de distinction » [25]. Il se peut que cet auteur d’une des plus vastes et populaires descriptions de la Pologne-Lituanie ait eu ses propres motifs pour écrire cela. Comme la plupart des gens, F.-P. Dalairac respectait beaucoup la famille de Pacas, qui avait été repoussée par les Sapiega, ce qui ne lui plaisait pas. En plus, il était courtisan du roi de Pologne, et comme tel pouvait être affecté par l’opinion très négative des Sapiega qui régnait à la cour.
Le fameux écrivain et voyageur Jean-Baptiste de Chévremont (1640-1702) a très bien synthétisé l’image des Lituaniens qui dominait en Occident :
Les Lithuaniens (soûmis aujourd’hui à la Couronne de Pologne) ont entre eux-mêmes leurs divisions intestines, causées par la jalousie, & poussées jusques à la fureur. On n’a pas appris sur les lieux que les divisions qui y ont toûjours été, & qui y sont-encore, s’y soient jamais redigées en quelque parti bien formé, ce qui aide à justifier que les Lithuaniens sont moins cultivez que les anciens Polonois mêmes ; on croit toutes leurs divisions partagées par familles seulement, & plus ou moins violentes selon les conjonctures ; mais on sçait trés pertinemment que toutes ces familles, divisées entre-elles, se reünissent parfaitement lors qu’il s’agit de presenter, de soûtenir & de faire valoir un troisiéme parti dans les diettes généralles de la Pologne. [26]
La culture politique des Lituaniens n’était pas caractérisée par cet auteur et d’autres observateurs italiens ou français comme orientale. Elle était considérée comme moins raffinée que celle des Polonais vus comme de purs Européens. En opposant les Lituaniens aux Polonais, les étrangers opposaient le Grand-Duché au reste de l’Europe.
 
LE COMPORTEMENT DE L’ARMÉE
 
 
Les observateurs italiens et français s’intéressaient beaucoup à la vie politique de la République qui était, elle-même, étroitement liée à l’organisation de l’Armée et aux conflits militaires avec les voisins. Certains servirent dans l’Armée du roi de Pologne à des périodes différentes mais surtout dans la seconde moitié du XVIIe siècle. La plupart de ces engagés étaient des techniciens, ingénieurs et autres professionnels militaires, qui manquaient en Pologne-Lituanie à cette époque.
En dépit du grand nombre de descriptions, on n’en trouve pas une seule qui ait traité l’Armée lituanienne mieux que celle des polonais. Dès le XVIe siècle, cette opinion avait pénétré à la littérature italienne. Fulvio Ruggieri, secrétaire d’un nonce du pape en 1565, avait écrit dans sa relation de 1572 que les Polonais étaient de meilleurs professionnels et avaient plus d’expérience que les militaires lituaniens. Ces derniers avaient de petits chevaux, étaient miséreux et mal armés [27]. Les autres auteurs suivants reprirent ces évaluations négatives.
L’image de l’Armée lituanienne est devenue encore plus mauvaise dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Depuis le milieu du siècle, presque tous les observateurs étrangers considéraient non seulement les armées lituaniennes mais aussi polonaises comme étant dégradées, sans organisation et sans contrôle. L’Historien polonais Janusz Tazbir pense avec raison que cette opinion trouve son origine dans les défaites [28]. On sait que, au milieu du XVIIe la République fut dévastée par les armées russes et suédoises. La moitié des habitants du Grand-Duché périrent, et Vilnius fut occupé et pillé pour la première fois de son Histoire ; cette guerre fut l’une des plus grandes de l’Histoire de la Lituanie, et l’on peut dire que le pays ne s’en releva pas jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
On trouve un Français enrôlé dans l’Armée de Jean III Sobieski, Philippe Dupont, qui fut l’un des rares qui essayaient de s’opposer à ce stéréotype négatif. Il participa activement à plusieurs campagnes militaires royales et admirait le génie de Jean III Sobieski. Ce Français a consacré ses Mémoires à prouver que l’Armée polonaise n’était ni mal équipée ni anarchique [29]. Malgré cela, il semble que la réalité était différente ; l’Armée polono-lituanienne manquait d’argent, était mal organisée et toujours prête à piller. L’anarchie était tellement répandue que les soldats pillaient même les propriétés des plus hauts dignitaires du pays ; en 1661, le chancelier de la Lituanie, K.-Z. Pacas, se plaignit au chef de l’Armée du pillage de ses possessions à Jieznas par l’Armée lituanienne [30].
On trouve une image typique de l’Armée lituanienne de la seconde moitié du XVIIe siècle dans les mémoires de personnes enrôlées dans l’Armée polonaise, F..P. Dalairac et G. de Tende. Tous les deux connaissaient bien l’organisation et la vie des armées. Tous les deux évaluaient très négativement les Armées de la République, surtout celle des Lituaniens. G. de Tende racontait : « Ce n’est point la coûtume en Pologne d’avoir des vivandiers ; parce qu’outre qu’ils ne seroient point payés, ils ne pourroient jamais arriver au camp, sans estre pillés par les soldats, & principalement par les Lituanois qui sont accoûtumés au pillage encore plus que les Polonois » [31]. Son collègue, F.-P. Dalairac, évoquait l’armée du Grand-Duché d’une manière encore plus sévère : « Le pays... souffre plus d’une route de troupes Polonoises, que d’une irruption d’ennemis, à l’incendie prés, l’esclavage, & le viol : sur tout, celui qui tombe en partage à l’armée Lithüanoise, plus à craindre que les Tartares » [32]. La comparaison des Lituaniens aux Tartares ajoute encore un trait à l’image d’un pays extérieur au monde européen.
 
LES STÉRÉOTYPES DE LA VIE INTIME
 
 
À l’époque du règne de Jean-Casimir Wasa (1648-1668), A.-J. de Rochefort visita la République des Deux-Nations ; sa personnalité est très mal connue. On sait qu’il a dressé quelques cartes (parmi elles, une de la Pologne-Lituanie) et qu’il était un voyageur qui visita plusieurs pays européens. On trouve dans ses Mémoires une petite description de la Lituanie. Quoiqu’il écrive qu’il s’est rendu en Lituanie, rien d’autre que cette affirmation ne le prouve. Au contraire, tout ce qu’il a écrit sur la Lituanie n’est pas original, mais recopié d’autres auteurs occidentaux. A.-J. de Rochefort mentionne que les familles lituaniennes divorçaient pour des raisons futiles. Si l’époux était âgé, les aventures amoureuses de sa femme étaient tolérées ; mais, si elle était du même âge que son mari, elle était punie sévèrement pour son infidélité. L’auteur ajoute que ces coutumes n’existaient que dans le peuple, cependant que la noblesse du Grand-Duché était plus cultivée que celle de toutes les autres provinces de la République [33]. Dans cette courte citation, A.-J. de Rochefort reproduit un stéréotype vieux de trois cents ans et introduit pour le lecteur occidental par Eneas-Silvius Piccolomini (1405-1464 ; depuis 1458, il fut le pape Pie II). E.-S. Piccolomini n’est jamais venu en Lituanie et on ne sait pas d’où il tient cette affirmation ; son autorité était tellement grande et le stéréotype si exotique, qu’on le répéta sans cesse en Occident jusqu’au début du XVIIIe siècle.
Durant les XVIe-XVIIe siècles, ce stéréotype se répandit intensivement en étant un peu modifié. Au milieu du XVIe siècle, il fut copié par le fameux écrivain Marcus-Aurelius Sabellicus et par d’autres auteurs italiens. Dix ans après, il fut introduit, presque sans modifications, dans la littérature française avec les premières descriptions de la République en cette langue (Blaise de Vigenère [34] et l’anonyme F. L. P. [35]). Au début du XVIIe siècle, presque toutes les descriptions italiennes et françaises reprenaient déjà le stéréotype ; une différence était apparue car E.-S. Piccolomini l’appliquait aux femmes nobles. Dans la première moitié du XVIIe siècle, on commença à appliquer le stéréotype à tous les Lituaniens, pas seulement aux nobles [36]. Plus tard encore, comme la citation de A.-J. de Rochefort en témoigne, seules les femmes du peuple pouvaient avoir des amants.
Il est très difficile de dire si le stéréotype reflétait la réalité, et pourquoi on observe ce changement de couche sociale ; il est probable qu’il y avait là un peu de vérité. Encore au XVIIe siècle, les gens ordinaires en Lituanie, contrairement à la noblesse, étaient moins touchés par la foi chrétienne et préservaient des coutumes païennes qui autorisaient des liaisons sexuelles libres et ne maintenaient que faiblement le lien conjugal [37]. D’un autre côté, il faut souligner que les Italiens et les Français étaient disposés à répéter les choses admises sans vérification. Lors de la seconde moitié du XVIIe siècle, les choses changèrent peu. À cette époque, on voyageait un peu plus souvent en Lituanie. Les étrangers s’arrêtaient et communiquaient le plus souvent avec la noblesse et les seigneurs célèbres par leur grandeur et leurs manières, et cela pouvait influencer leur jugement à l’égard de la noblesse lituanienne. Mais le désir de mentionner le stéréotype exotique était tellement vigoureux qu’on l’inséra en l’appliquant au peuple ordinaire.
À côté du stéréotype dû à E.-S. Piccolomini et reproduit sans réflexion et ni approche critique, il y avait des personnes qui relataient leurs propres impressions sur la vie intime et sexuelle en Lituanie. Il faut mentionner ici la description de la Lituanie par Claude Jordan de Colombier (1659/1660 - c. 1746). L’auteur écrivait :
On n’y trouve guerre de filles vierges au dessus de l’âge de diz ans. Les Marchands qui y vont trafiquer, s’en servent facilement pendant qu’ils y séjournent ; mais si quelqu’un s’avisoit d’en emmener hors de la Province, il risqueroit de perdre sa vie & ses biens. [38]
Cependant, si J. de Colombier était un fameux voyageur qui parcourut l’Europe pendant douze ans et visita beaucoup de pays, nous n’avons pas de preuves qu’il ait visité la Lituanie ; on ne sait donc pas où il a pris cette information.
Durant l’Époque moderne, en Pologne circulaient plusieurs poèmes satyriques, diverses anecdotes et histoires sur le caractère débauché des femmes lituaniennes [39]. Les plus fameux poètes baroques polonais, Krzytof Opalinski ou Waclaw Potocki, ont beaucoup contribué à la propagation de cette image. Ils écrivaient des vers sur les amants des belles femmes lituaniennes mariées et sur les liaisons sexuelles publiques. Cette image lituanienne commença à prospérer au milieu du XVIe siècle lorsque le roi Sigismond-Auguste se maria, sans l’accord de la noblesse polonaise, à une femme d’une famille des seigneurs lituaniens, Barbora Radvilaitë (Barbara Radziwillowna, 1520-1551). Barbora était connue pour son comportement sexuel trop libre mais qui avait été exagéré par les Polonais [40]. Il est certain que les observateurs italiens et français qui passaient beaucoup de temps en Pologne connaissaient ces anecdotes, et en conséquence, aidaient à répandre l’image des Lituaniens débauchés.
Lisant les textes des étrangers qui visitaient le Grand-Duché au XVIIe siècle, on ne trouve rien sur les maisons publiques qui étaient connues depuis l’Antiquité dans toute l’Europe. Il est certain qu’elles existaient en Pologne à cette époque. Le voyageur hongrois, Csombor, était étonné par le grand nombre des prostituées dans les plus grandes villes de Pologne – Cracovie, Varsovie et Danzig – et les comparaient à Sodome et Gomorrhe [41]. Ce voyageur n’était pas le seul à avoir remarqué le grand nombre des prostituées en Pologne mais aucun étranger ne mentionne leur présence en Lituanie. Est-ce qu’elles n’y existaient pas ? D’après les recherches de Zbigniew Kuchowicz, il semble que les hommes en Lituanie pouvaient se passer assez bien des prostituées en utilisant les services des voisines, connaissances et cousines [42]. L’existence possible de ces coutumes pourrait expliquer la citation du texte de J. de Colombier selon qui les marchands étrangers voyageant en Lituanie pouvaient utiliser les services des filles lituaniennes. En s’appuyant sur les recherches des historiens et sur les récits des voyageurs, on a l’impression, que n’ayant pas de prostituées, au sens occidental, leur place était occupée par ces filles qui se mettaient au service des riches étrangers dans l’espérance de recevoir des cadeaux ou de l’argent.
Bien que les voyageurs étrangers et les poètes polonais cherchassent sans cesse des preuves et répétassent le stéréotype faisant des Lituaniens des débauchés, on pouvait trouver des faits de la vie quotidienne contredisant cette image. En 1687, la cour de Ukmergé avait puni la femme de Januska qui avait eu des liaisons intimes avec A. Breimeris. Elle fut graciée et ne fut pas exécutée mais elle fut attachée au poteau pendant trois jours et puis couchée en croix à l’église pendant les trois jours suivants et son amant fut cravaché publiquement [43]. Malheureusement, faute d’études sur la vie matrimoniale, on ne sait pas si ce type de punitions était fréquent dans les villes et à la campagne.
La culture lituanienne à l’Époque moderne conservait beaucoup de traits de la culture païenne. Cette conception du monde tolérait une vie sexuelle plus libre que la morale chrétienne. Les « Statuts lituaniens » du XVIe siècle montrent que la société lituanienne tolérait les bâtards, les liaisons sexuelles avant le mariage et les autres libertés de cet ordre. Les mêmes libertés étaient tolérées sur les terres slaves, surtout avant la pénétration du christianisme [44]. Ces terres (aujourd’hui habitées par les Biélorusses, les Ukrainiens et les Russes) étaient en contact étroit avec les Lituaniens et pouvaient influencer ces derniers. Ces coutumes n’étaient pas la caractéristique unique des Païens russes ou lituaniens, mais aussi répandues parmi plusieurs cultures pré-chrétiennes ou paléo-chrétiennes européennes [45].
Les observateurs italiens et français qui avaient communiqué avec les seigneurs et la noblesse lituanienne, et parfois visité le Grand-Duché, ne distinguaient pas clairement les traits occidentaux ou non occidentaux des vies politique ou culturelle de la Lituanie. Mais on peut dire avec certitude que les coutumes et la manière d’agir lituaniennes, qui ressemblaient à celles des Polonais, avaient été décrites positivement, et acceptées comme appartenant au monde occidental. Au contraire, les influences venant de Russie et culture païenne lituanienne avaient été considérées comme barbares, ayant peu de choses communes avec celles auxquelles les Italiens et les Français étaient accoutumés.
Les grands seigneurs lituaniens furent traités, dans les récits, comme les plus occidentaux par comparaison aux nobles ou au peuple. Cela trouvait son origine dans les fréquents voyages de formation des magnats en Europe et les contacts culturels avec les Polonais. La culture politique de la noblesse, le comportement de ses armées, furent souvent opposés à ceux de la Pologne. Les armées lituaniennes dévastaient les terres de leurs alliés polonais tout comme les Tartares, et les hommes politiques lituaniens étaient plus accoutumés au gouvernement despotique que ne l’était la noblesse européenne. Le peuple n’avait, semble-t-il, aucune relation avec le monde occidental. Le stéréotype le plus répandu pour le caractériser était celui de matromoniae adiutores qui créait l’image des Lituaniens barbares ayant des mœurs sexuelles sans limites.
 
NOTES
 
[1] Z. Kiaupa, « Apie Lietuvos Didziosios Kunigaikstystës politinës buklës Abieju Tautu Respublikoje ir jos raidos 1569-1764 metais problemas » (Sur la situation politique du Grand-Duché dans la République et les problèmes de son développement, 1569-1764) en lituanien, dans Lietuvos valstybë XII-XVIII a., Vilnius 1997, p. 383-394.
[2] Pour savoir plus sur le Grand-Duché de Lituanie, on peut consulter les livres récents de Zigmantas Kiaupa, Juraté Kiaupienë et Albinas Kuncevicius, The History of Lithuania before 1795, Vilnius 2000 ; Zigmantas Kiaupa, History of Lituania, Vilnius, 2002.
[3] Teresa Chynczewska-Hennel, Rzeczpospolita XVII wieku w oczach cudzoziemców (La République du XVIIe siècle vue par les étrangers), en polonais, Warszawa 1994, p. 18.
[4] Daniel Tollet, « Les comptes rendus de voyages et commentaires des Français, sur la Pologne, au XVIIe siècle, auteurs et éditions », dans Revue du Nord, no 225, avril-juin 1975, t. LVII, Université de Lille III, p. 133-145.
[5] Ruskis Kamuntavicius, « Memoirs of French Travellers : A Source of Lithuanian History in the Second Half of the Seventeenth Century », dans Lithuanian Historical Studies, no 3, Vilnius, 1998, p. 27-48.
[6] Acta nuntiaturae Polonae. Moderatore Henricus-Damianus Wojtyska (C. P.), tomus I, De fontibus eorumque investigatione et editionibus. Instructio ad editionem. Nuntiorum series chronologica, autore H.-D. Wojtyska (C. P.), Romae, 1990.
[7] François-Paulin Dalairac, Les anecdotes de Pologne ou mémoires secrets du règne de Jean III du nom, Amsterdam, 1699, t. 2, p. 356.
[8] La lettre de Varsovie, le 22 mars 1673, adressée à Paluzzo Paluzzi-Altieri : « I Lituani, che sono stati finora quieti e che piuttosto hanno faticato per mettere pace fra i Polacchi, saltano fuori l’altro giorno a pretendere che, in avvenire, ogni terza Dieta si faccia in Lituania... » [Francesco Buonvisi], Francesco Buonvisi nunziatura a Varsavia, a cura di F. Diaz e N. Carranza, Roma, 1965, t. 1, 3 gennaio 1673 - 2 giugno 1674, p. 160.
[9] F.-P. Dalairac, Les anecdotes..., op. cit., 2, p. 318.
[10] Relacje nuncjuszów apostolskich i innych osób o Polsce od roku 1548 do 1690 (Relations des nonces apostoliques et autres personnes, en Pologne de 1548 à 1690), en polonais, Erazm Rykaczewski (éd.), Berlin-Poznañ, 1864, 2, p. 249.
[11] [Alfred Jouvin de Rochefort], « (Pamietnik P.-Albert de Rochefort) O Polsce za Jana Kazimierza » (le mémoire de P.-A. de Rochefort sur la Pologne de Jean-Casimir), en polonais, M. Podczaszyñski (éd.), dans Dziennik Warszawski, t. 18, 1829, p. 85.
[12] Gaspar de Tende, Sieur de Hauteville, Relation historique de la Pologne contenant le pouvoir de ses rois, leur élection et leur couronnement, les privilèges de la noblesse, la religion, la justice, les mœurs et les inclinations des Polonois avec plusieurs actions remarquables, Paris, 1687, p. 114.
[13] [J.-G. Jolli], « Histoire des Rois de Pologne », dans Histoire de Pologne et du Grand-Duché de Lituanie. Depuis la fondation de la Monarchie jusques à présent. Où l’on voit une relation fidèle de ce qui s’est passé à la dernière élection, Amsterdam, 1698, p. 18-20.
[14] Jean Le Laboureur, « Wypis z podrózy Pani de Guebriant, poslowey nadzwyczayney do Polski za Wladyslawa IV » (Description du voyage de Mme de Guébriant, ambassadrice extraordinaire en Pologne sous Ladislas IV), en polonais, dans Nowy Pamietnik Warszawski, Warszawa, t. 3, août 1801, p. 136.
[15] Polski Slownik Biograficzny (Dictionnaire biographique polonais), en polonais, art. « Janusz Radziwill ».
[16] Gaspar de Tende, Relation historique..., op. cit., p. 253-254.
[17] Janusz Tazbir, « W oczach obcych » (Vue par les étrangers), en polonais, dans Rzeczpospolita i swiat. Studia z dziejów kultury XVII wieku, Warszawa, 1971, p. 181-184.
[18] Stanislaw Bodniak, « Polska w relacji wloskiej z roku 1604 » (La Pologne dans la relation italienne de l’année 1604), en polonais dans Pamietnik biblioteki kórnickiej, z. 2, Kórnik, 1930, p. 37.
[19] Philippe Dupont, Mémoires pour servir à l’histoire de la vie et des actions de Jean Sobieski III du nom roi de Pologne par Philippe Dupont attaché à ce prince en qualité d’ingénieur en chef de l’artillerie, Varsovie, 1885, p. 230.
[20] F.-P. Dalairac, Les anecdotes..., op. cit., t. 2, p. 362.
[21] Annibale di Capua al card. Alessandro Montalto, Vilna, 1589 agosto 6 : « ... Ho visitato il seminario che Sua Santità mantiene qui in Vilna sotto la cura delli Reverendi padri Gesuiti : l’ho trovato molto bene ordinato, et che oltre gli altri giovani che mantiene in Polotia et in Derpato nella provincia di Livonia mantiene qui 24 alunni di varie nationi, come Svechi, Inglesi, Tedeschi, Ruteni, Lituani et Livoni... Est veramente questo Collegio è delli più principali che habbia la Compania in tutte queste parti del Settentrione... » (voir Jan-Wladyslaw Wos, Fonti per la storia della nunziatura polacca di Annibale di Capua (1586-1591), Trento, 1992, p. 208).
[22] Discorso sopra la nuoua elettione da farsi (?) del Regno di Polonia, Bibliotheca Nazionale Centrale di Firence, Bibliotheca Magliabechiana, II, III, 385, fo 153-154.
[23] [Monsieur de Mongrillon], Mémoires pour servir à l’histoire de Pologne, Hanovre, Brandebourg, etc., tirés des voyages manuscrits de M[onsieu]r de Mongrillon, gentilhomme de la ville de Séez de la suite de M. l’abbé de Polignac, ambassadeur en Pologne depuis 1694 jusqu’à l’année 1698 après le couronnement du roi Auguste, Wroclaw, Zaklad Narodowy im. Ossoliñskich, biblioteka, Ms. 5862/II, fo 117.
[24] F.-P. Dalairac, Les anecdotes..., op. cit., t. 2, p. 323.
[25] Ibid., 2, p. 330.
[26] [Jean-Baptiste de Chévremont], L’état actuel de la Pologne, Cologne, 1702, p. 31-37.
[27] « Però si sta sempre sulla guerra, e però i nobili polacchi ne fanno gran professione e sono assai più esperti e valorosi che non sono i Lituani, i quali hanno piccoli cavali, tristi e dissarmati » (voir Paolo Bellini, La Descrittione della Pollonia de Fulvio Ruggieri (1572), presentazione di Jan-Wladyslaw Wos, Trento, 1994, p. 123).
[28] Janusz Tazbir, « W oczach obcych », op. cit., p. 178-179.
[29] Philippe Dupont, Mémoires..., op. cit. (voir n. 19).
[30] Lettre de K.-Z. Pacas à M.-K. Pacas, Vilkaviskis, 1661, 2, Cracovie, Muzeum Narodowe, Oddzial Zbiory Czartoryskich (Biblioteka Czartoryskich), Teki Naruszewicza, 155, no 35, p. 84-86.
[31] G. de Tende, Relation historique..., op. cit., p. 233.
[32] F.-P. Dalairac, Les anecdotes..., op. cit., t. 1, p. 16.
[33] « Byle najmniejsza przyczyna, rozwodza sie ; nie maja za zle kobiecie pokatnych milostek jezeli maz jest stary, ale wspólnikowi jéj bardzo surowo naganiaja rozwiazlosc... Ale, to wszystko mówie o pospólstwie litewskiem, bo szlachta tamtejsza grzeczniejsza jest nizeli w którejkolwiek prowincii polskiej » (voir [Alfred-Jouvin de Rochefort], O Polsce za Jana Kazimierza, op. cit., p. 84).
[34] « ... comme font les femmes de leur costé qui ne se soucient que de se parer, & donner audience à leurs mignons & fauorits : Et leur estoit permis anciennement d’auoir outre leurs maris cinq ou six seruiteurs pour leur faire la cour. Maintenant depuis que le peuple est venu à la cognoissance de la foy, elles sont un peu plus retenues en apparence, au reste elles ne laissent pas de iouer soubz main le mesme ieu, un peu toutesfois plus couuertement : là où ce seroit un crime de leze maiesté qu’un poure mary regardast seulement du coing de l’œil une autre femme que la sienne. Et certes ils se soucient aussi plus de boire que faire l’amour, à tout le moins le commun, car il se trouue tousiours de galans hommes par tout » (voir Blaise de Vigenère, La Description du royaume de Poloigne et pays adjacens, avec les statuts, constitutions, mœurs et façons de faire d’iceux, Paris, 1573).
[35] « Outre ils ont vne estrange coustume mesme qui semble repugner a tout droict diuin & humain, c’est que les femmes voire les plus honnestes & apparentes, ont des concubins, & ce par permission & consentement de leurs maryz, lesquels elles appellent coadiuteurs a leur mariage : ce que au contraire les hommes ne peuuent ny ne osent faire, ains sont deshonnorez & indignes de hanter toutes honnestes compagnies, s’ils ne se contentent de leurs propres femmes : les mariages ia consommez se peuuent facilement par mutuel accord dissouldre, & apres la dissolution de leurs mariages, sont en liberté de se remarier a qui bon leur semble » (voir Briefve description dv pays et Royavme de Poloigne, contenant la situation du lieu, les mœurs & façons de viure des Polonnois, Les Archeueschez & Eueschez qui y sont, & autres singularitez, proprietez, & excellence du païs, Recolligee des anciens & modernes Cosmographes par F. L. P., Lyon, 1573, p. 14-22).
[36] « Les femmes de ce pays ont des amis par la permissio(n) de leur maris, & s’en seruét au ieu d’amour quand bon leur semble, & toutesfois si vn ho(m)me marié auoit quelq(ue) maistresse, il en seroit blasmé. Les mariages so(n)t entre’eux si peux asseurez, qu’ils les rompent aisément, & se quittét d’vn commun accord, se mariant & remaria(n)t auta(n)t de fois qu’ils en prenne(n)t fantasie » (voir [Sr. D. T. V. Y.], Les Estats, Empires, et Principavtez, du Monde, Representez par la Descriptio(n) des Pays, mœurs des habitants, Richesses de Prouinces, les forces, le gouuernement, la Religion, et les Princes qui ont gouuerné chascu[n] Estat. Avec l’origin de toutes les Religions, et de tous les Cheualiers et ordr(es) Militaires. Par le Sr. D. T. V. Y. gentilhomme ordre de la chambre du Roy, Paris, 1622, p. 750).
[37] Z. Kuchowicz, Czlowiek polskiego baroku (L’Homme du Baroque polonais), en polonais, Lódz, 1992, p. 270.
[38] [Claude Jordan], Voïages historiques de l’Europe, t. 8 : Qui traite du gouvernement, & de ce qu’il y a de plus curieux en Pologne & en Lithuanie ; & de ce qu’il y a de plus remarquable dans les Royaumes de Suède, de Danemarck, de Norwege, & dans l’Isle d’Island, Paris, 1700, p. 31-33.
[39] Zbigniew Kuchowicz, Anegdoty, faceacje i sensacje obyczajowe XVII i I - szej po. XVIII wieku (Anecdotes, facéties et sensations sur les mœurs du XVIIe siècle et de la première moitié du XVIIIe siècle), en polonais, Lódz, 1962.
[40] Raimonda Ragauskienë, Barbora Radvilaité, en lituanien, Vilnius, 1999 ; Z. Kuchowicz, Barbara Radziwillowna, en polonais, Lódz, 1976.
[41] Janusz Slanski, Podróz po Polsce (Voyage en Pologne), en polonais, Warszawa, 1961.
[42] Zbigniew Kuchowicz, Milosc staropolska (L’amour dans l’ancienne Pologne), en polonais, Lódz, 1982, p. 189-190.
[43] Prané Dunduliené, Senieji lietuviu seimos paprociai (Les anciennes mœurs de la famille lituanienne), en lituanien, Vilnius, 1999, p. 25-26.
[44] Z. Kuchowicz, Barbora Radvilaité, Vilnius, 1991, 24-42 (traduit de Z. Kuchowicz, Barbara...).
[45] Mariage et sexualité au Moyen Âge. Accord ou crise ?, Colloque international de Conques, Michel Rouche (éd.), Paris, 2000.
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Janusz Tazbir, « W oczach obcych », op. cit., p. 178-179. Suite de la note...
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Philippe Dupont, Mémoires..., op. cit. (voir n. 19). Suite de la note...
[30]
Lettre de K.-Z. Pacas à M.-K. Pacas, Vilkaviskis, 1661, 2,...
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[31]
G. de Tende, Relation historique..., op. cit., p. 233. Suite de la note...
[32]
F.-P. Dalairac, Les anecdotes..., op. cit., t. 1, p. 16. Suite de la note...
[33]
« Byle najmniejsza przyczyna, rozwodza sie ; nie maja za z...
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[34]
« ... comme font les femmes de leur costé qui ne se soucie...
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[35]
« Outre ils ont vne estrange coustume mesme qui semble rep...
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[36]
« Les femmes de ce pays ont des amis par la permissio(n) d...
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[37]
Z. Kuchowicz, Czlowiek polskiego baroku (L’Homme du Baroqu...
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[38]
[Claude Jordan], Voïages historiques de l’Europe, t. 8 : Q...
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[39]
Zbigniew Kuchowicz, Anegdoty, faceacje i sensacje obyczajo...
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[40]
Raimonda Ragauskienë, Barbora Radvilaité, en lituanien, Vi...
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[41]
Janusz Slanski, Podróz po Polsce (Voyage en Pologne), en p...
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[42]
Zbigniew Kuchowicz, Milosc staropolska (L’amour dans l’anc...
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[43]
Prané Dunduliené, Senieji lietuviu seimos paprociai (Les a...
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[44]
Z. Kuchowicz, Barbora Radvilaité, Vilnius, 1991, 24-42 (tr...
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[45]
Mariage et sexualité au Moyen Âge. Accord ou crise ?, Coll...
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