Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130533559
192 pages

p. 449 à 466
doi: 10.3917/dss.033.0449

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n° 220 2003/3

2003 XVIIe siècle

Les Orthodoxes et les Catholiques de L’vov

(fin du XVIe - première moitié du XVIIe siècle)  [1]

Miron Kapral Institut d’archéologie ukrainienne, Académie des sciences d’Ukraine, L’vov.
Dans l’Histoire de l’Europe centrale et orientale, L’vov constitue un objet incomparable pour l’étude des relations inter-confessionnelles et inter-ethniques. Aucune autre ville de la région n’abritait cinq groupes nationaux importants (plus de 5 % de la population totale) (Polonais, Ukrainiens [2], Arméniens, Juifs et Allemands) et quatre grands centres religieux (archevêché catholique de L’vov, évêché orthodoxe de L’vov, archevêché arménien, rabbinat pour les terres russes et podoliennes). Durant la première moitié du XVIIe siècle, la répartition démographique était la suivante. La communauté catholique (Polonais, Allemands, Italiens et autres) constituait environ 50-55 % de la population totale ; la communauté orthodoxe (ukrainienne), 15 à 20 % ; la communauté juive, 20 à 25 % ; la communauté arménienne, 5 à 10 %. La population de L’vov s’élevait à pas moins de 20 000 à 25 000 personnes [3].
La composition ethnique et confessionnelle de L’vov s’établit lorsque la principauté de Galicie-Volhynie existait encore, dès le milieu du XIIIe siècle, c’est-à-dire à l’époque de la fondation de la ville qui devint rapidement la capitale de cette principauté. Les Allemands, les Arméniens et les Juifs fondèrent immédiatement leurs quartiers dans cette capitale princière où les Orthodoxes étaient majoritaires. Au milieu du XIVe siècle, le roi de Pologne Casimir III annexa les terres russes (ukrainiennes) occidentales. En 1356, L’vov adopta le droit de Magdebourg qui conféra déjà à la population catholique l’avantage. En effet, un fort mouvement de colonisation avait activement drainé vers L’vov une population allemande et, en partie, polonaise, ce qui avait modifié en faveur des Catholiques la composition ethnique et confessionnelle de la population. Durant la seconde moitié du XIVe et au XVe siècle, les patriciens catholiques allemands étaient majoritaires dans les organes du pouvoir municipal. Au début du XVIe siècle, la population allemande commença à se poloniser et nombre de postes de l’administration municipale passèrent aux mains de membres de la communauté polonaise.
Jusqu’à la fin du XVIe siècle, les relations entre les différents groupes ethniques et confessionnels étaient assez paisibles. Les conflits et les litiges concernaient essentiellement les restrictions d’ordre politique et économique imposées par le conseil municipal aux autres communautés confessionnelles [4]. Aucun non-Catholique ne pouvait briguer de fonction municipale ou judiciaire. Les communautés ukrainienne, juive et arménienne connaissaient la ségrégation de l’habitat. En effet, le conseil municipal catholique interdisait aux représentants de ces « nations » d’acheter des biens immobiliers en dehors de leurs quartiers. Les marchands catholiques, qui étaient majoritaires au sein du conseil municipal, s’assuraient de l’efficacité des interdictions de s’adonner à certains commerces faites aux marchands des autres peuples qui vivaient à L’vov et en qui ils voyaient des concurrents. La majorité des corporations d’artisans était fermée aux non-Catholiques. Et si l’un d’entre eux parvenait à y adhérer, il devait se soumettre aux prescriptions religieuses de cette corporation catholique : verser des contributions déterminées à l’Église catholique, s’y rendre les jours des fêtes catholiques, etc. Dans cet article, je souhaiterais m’arrêter sur les conflits relatifs au droit de la communauté ukrainienne de la période précédant l’Union de Brest (1596) au début du soulèvement de Bogdan (Bohdan) Xmel’nickij (Chmielnicki) (1648).
Durant la seconde moitié du XVIe siècle, la communauté ukrainienne agit vigoureusement pour l’obtention de droits égaux à ceux de la population catholique de L’vov. Le point de départ de leur action fut un événement politique d’une portée nationale : l’Union de Lublin signée en 1569. Se référant à l’exemple de l’égalité politique des noblesses ukrainienne et polonaise, définie dans les dispositions de l’Union, le dernier représentant sur le trône polonais de la dynastie des Jagellon, Sigismond Auguste, édicta le 20 mai 1572 un privilège de tolérance pour les Ukrainiens de L’vov [5]. Le roi établissait dans les faits l’égalité des communautés orthodoxe et catholique dans les domaines religieux, économique, juridique et culturel. Cependant, les Ukrainiens ne purent bénéficier de la mise en œuvre des dispositions de ce document.
Après la réorganisation en 1586 de la confrérie ecclésiastique [6] de l’église de la Dormition, située dans la ville, l’activité de la communauté ukrainienne s’organisa plus efficacement. Les doyens de l’organisation, bientôt reconnue non seulement par les patriarches orthodoxes d’Orient mais aussi par le pouvoir royal, devinrent les coordinateurs des actions juridiques et judiciaires destinées à défendre la population ukrainienne de L’vov. Toutefois, dans ce domaine, la confrérie fut surtout active vers les années 1590. Alors qu’immédiatement après 1586 la nouvelle forme organisationnelle, issue du solide stéréotype de l’organisation des confréries, suscita certaines oppositions au sein du milieu ukrainien. Les points de la règle de la confrérie concernant la possibilité de surveiller la moralité des laïcs, des prêtres et même de l’évêque auquel on pouvait « s’opposer comme à l’ennemi de la vérité » [7] impressionnèrent fortement les contemporains. La réaction de l’évêque de L’vov Gedeon Balaban fut particulièrement acerbe. Jusqu’à sa réconciliation avec la confrérie au début du XVIIe siècle, il mena souvent des actions en justice qui dégénérèrent parfois en actes de violence [8].
Les tentatives actives pour réconcilier d’une manière ou d’une autre les Ukrainiens orthodoxes de L’vov datent du début de l’année 1595, précisément de la période de préparation de l’épiscopat ukrainien et biélorusse à l’Union avec le siège de Rome. Le conseil municipal trouva dans le conflit qui opposait la confrérie de la Dormition (confrérie stavropégiale [9]) et les Dominicains de l’église voisine du Corps de Dieu le motif de poursuites judiciaires. Les moines catholiques « n’appréciaient pas » les cloches très sonores qui tintaient dans le clocher voisin récemment édifié. Les instances municipales réagirent activement à la plainte des Dominicains et interdirent sous peine d’une amende de trente grivny de sonner les cloches les dimanches et les jours de fête catholique [10].
Le 11 février 1595, les membres de la confrérie, Dmitrij Krasovskij, Luka Kravcev et Jurij Rogatinec, portèrent plainte contre les agissements du conseil municipal devant le tribunal de la noblesse de L’vov (shljaxetskij grodskij sud) (visiblement on n’avait pas voulu enregistrer cette plainte) [11]. La confrérie avait refusé de faire comparaître devant les instances municipales les prêtres accusés de ne pas avoir versé aux conseillers (rajcy) les « koljady », des taxes perçues sur les productions et de l’argent à chaque Noël. Le conseil municipal punit la désobéissance d’Ivan Krasovskij, Luka Guba et Prokop Kramar et infligea à ces trois Ukrainiens une longue détention [12]. Cet épisode se produisit alors que le roi Sigismond III n’était pas dans la Rzeczpospolita mais en Suède.
Les membres de la communauté s’élevèrent aussi contre la décision du conseil municipal d’interdire les processions avec des cierges allumés menées par un prêtre dans la ville [13]. Ces processions, à l’exception de celles organisées dans la rue ruthène (Rus’ka), étaient déjà interdites par un décret de 1521 mais, pour défendre leur droit, les Ukrainiens avancèrent les exemples des accueils en grande pompe de Gabriel métropolite d’Ochride ( « arxidonskij » ), en 1585, de Joachim, patriarche d’Antioche, en 1586, et de Mixail Ragoza, métropolite de Kiev, en 1591 [14].
Le 21 février 1595, le conseil municipal protesta contre la plainte écrite de la confrérie. Les conseillers rétorquèrent que nombre de points énoncés dans cette plainte étaient erronés. Ils nièrent ainsi que « plusieurs personnes de confession grecque » étaient encore détenues et se réservèrent le droit d’ester en justice contre les membres de la confrérie [15]. De fait, le conseil municipal traduisit en justice la confrérie et cinq de ses membres furent incarcérés.
C’est de cette période de conflits que date un fait sans précédent dans les relations entre les autorités de L’vov et les Ukrainiens. De leur prison, les membres de la confrérie de la Dormition rédigèrent un appel à la défense de la confrérie et des Orthodoxes de L’vov face à l’arbitraire du conseil municipal et du clergé polonais [16]. Cet appel était adressé à tous les Orthodoxes de la Rzeczpospolita ( « à tout le clergé, aux prélats et à tous les Chrétiens orthodoxes » ). Les membres de la confrérie « se défendirent » de l’arbitraire du conseil municipal en invoquant la signature d’un accord en 1584 entre Dmitrij Solikovskij, archevêque catholique de L’vov, et Gedeon Balaban, évêque orthodoxe de cette même ville. Y étaient stipulées les conditions de l’entente cordiale entre les croyants des deux confessions chrétiennes.
Dans leur plainte écrite du 11 février 1595 [17], les Ukrainiens attestèrent de l’augmentation de leur nombre dans la ville, où ils possédaient des maisons en pierre non seulement dans leur quartier mais aussi aux abords mêmes de l’Hôtel de Ville. En outre, des artisans, des marchands, des serviteurs de confession orthodoxe vivaient dans des maisons polonaises et arméniennes. Selon eux, les précédents décrets royaux de 1521 et 1525 et les restrictions relatives au lieu d’habitation qu’ils contenaient ne devaient plus faire force de loi dans la mesure où les Ukrainiens ne vivaient plus à présent dans leur quartier mais au milieu des Polonais et des Arméniens. En dépit des protestations et des arguments avancés par les Ukrainiens, le conseil municipal ne douta pas de la justesse de sa position. C’est pourquoi les conseillers, qui ne souhaitaient pas se lancer dans une compétition juridique, interdirent les procédures d’appel devant le tribunal royal. Le 20 mars 1595, les membres de la confrérie portèrent une nouvelle fois plainte devant le tribunal de la noblesse de L’vov contre l’interdiction faite par le gouvernement municipal de sonner les cloches durant les messes catholiques et contre d’autres restrictions [18].
Rapidement, précisément le 1er avril 1595, un huissier (voznyj) informa le conseil municipal de L’vov des poursuites engagées contre lui. Le métropolite de Kiev Mixail Ragoza jugea l’affaire de l’emprisonnement des bourgeois ukrainiens [19]. Dès la date du 5 avril 1595, on trouve dans les actes du tribunal de la noblesse de L’vov à propos de cette affaire une autre protestation adressée par des protecteurs de la communauté ukrainienne de L’vov, représentants de puissantes familles princières, Adam Vishneveckij et Kirik Ruzhinskij [20]. Ils s’étaient arrêtés à L’vov temporairement, alors qu’ils faisaient route vers Varsovie en qualité d’émissaires « de la principauté de Kiev et des vojévodies de Volhynie et de Wroclaw » à la séance de la Diète. Ayant appris la pénible situation de la confrérie locale, les deux princes s’inscrivirent comme membres de la confrérie de la Dormition (dans l’ « Album ») [21] et portèrent plainte contre les persécutions subies par les bourgeois de confession ruthène (rus’ka) de L’vov [22]. Ces princes puissants, originaires des terres orientales de l’Ukraine, s’élevèrent contre les actes de violence perpétrés non seulement par les conseillers de L’vov mais aussi par les représentants du clergé catholique, et par des personnes « de toutes conditions », c’est-à-dire par des nobles et des clercs catholiques. Les Ukrainiens de la ville n’avaient pas les moyens de réagir ainsi. La plainte des princes concernait avant tout les persécutions religieuses. Outre les excès déjà mentionnés dans les plaintes précédentes des Ukrainiens, les princes s’élevaient contre les extorsions de présents (koljady) imposées aux prêtres par les conseillers, les procédures judiciaires illégales ouvertes par le tribunal municipal à l’encontre de laïcs et d’ecclésiastiques et dont l’issue était toujours leur incarcération. Les Ukrainiens étaient contraints de fréquenter les Églises (catholiques) ; leurs enfants étaient détournés de force vers le rite catholique ; ils étaient obligés de célébrer les fêtes catholiques ; les enfants de l’école de la confrérie étaient moqués et battus. Du haut de leurs autels, les prêtres catholiques traitaient les Ukrainiens de païens, etc.
Les plus hauts cercles du pouvoir de la Rzeczpospolita furent bientôt au courant de l’affaire qui opposait la confrérie au conseil municipal. Par deux fois, les membres de la confrérie de la Dormition de L’vov demandèrent au chancelier, qui était aussi l’hetman de la Couronne, Jean (Jan) Zamoyski d’intercéder en leur faveur. Selon les dires des membres de la confrérie eux-mêmes, dans la lettre qu’il leur adressa, le chancelier « fulminait » contre les conseillers, craignant la résonance et le développement de plaintes plus larges de la part des autres couches de la population ukrainienne, puisque « cette affaire entraîne dans son sillage toute la population ruthène, les nobles et les chevaliers, les ecclésiastiques comme les laïcs » [23]. En raison de l’absence du roi, le chancelier Jan Zamoyski envoya à L’vov le secrétaire royal Nikita Graboveckij avec mission de délivrer les prisonniers ukrainiens et de convaincre les conseillers de la nécessité de maintenir la paix confessionnelle à L’vov. La seconde lettre des membres de la confrérie au chancelier, en date du 7 avril 1595, nous apprend que cet influent personnage politique de la Rzeczpospolita ne put faire cesser les actions violentes mises en œuvre par le conseil municipal. La confrérie lui demandait une nouvelle fois d’intervenir [24]. Un autre puissant protecteur de la foi orthodoxe en Rzeczpospolita, le prince et vojévode de Kiev, Konstantin Ostrozhski, envoya également un avertissement écrit aux conseillers de L’vov. Cependant, les lettres de ces deux grands, qui représentaient les deux confessions, n’eurent guère d’effet sur la politique du conseil municipal de L’vov.
Dans une lettre du 22 septembre 1596 à leur doyen Jurij Rogatin, qui ne se trouvait pas alors à L’vov [25], les membres de la confrérie font état de l’objectif secret des persécutions en cours et à venir menées par les autorités municipales de L’vov. Ce document nous apprend que les conseillers de L’vov menaient avec eux des pourparlers de paix à l’Hôtel de Ville et leur « promettaient des montagnes d’or » pour qu’ils soutiennent l’Union pendant le concile de Brest. Les membres de la confrérie, qui pendant ces entretiens ne pouvaient directement refuser leur soutien aux conseillers, leur répondirent évasivement. Cependant, les instructions de la confrérie à ses émissaires à l’assemblée de Brest rédigées dès le 26 septembre 1596 témoignent du rejet radical de la confrérie et des Ukrainiens de L’vov des projets d’Union [26]. Selon les membres de la confrérie, la principale raison de l’Union se trouvait dans la décadence du clergé, tant de celui de base que des évêques « qui vivent avec des femmes et autorisent les prêtres à contracter un deuxième et même un troisième mariage » [27].
Le 1er décembre 1596, grâce à la participation active du prince Konstantin Ostrozhskij, la confrérie stavropégiale et l’évêque de L’vov Gedeon Balaban, qui avaient pour objectif de combattre ensemble l’expansion de l’Union, se réconcilièrent temporairement. Plusieurs dirigeants de la confrérie, dont Jurij Rogatinec, s’étaient déjà à l’époque entretenus de la possibilité de faire de Gedeon Balaban le promoteur de la lutte contre « l’injustice de la Pospolita » et de laisser la confrérie dans l’ombre pour qu’ « elle ne soit pas livrée aux dents de l’ennemi » [28]. Mais, rapidement, les relations entre la confrérie et l’évêque de L’vov s’envenimèrent et la confrérie stavropégiale dut assumer seule le fardeau des disputes juridiques.
Après la conclusion de l’Union, l’exacerbation suivante des relations entre Polonais catholiques et Ukrainiens orthodoxes de L’vov date de la fin de l’année 1598 et du début de la suivante [29]. À cette époque, les motifs économiques furent mis en avant. Les corporations d’artisans utilisèrent comme prétexte les refus des Ukrainiens de L’vov d’accepter les conditions de l’Union pour arrêter d’accueillir en leur sein des artisans ukrainiens, même des apprentis. Ils tentèrent aussi d’exclure de leurs rangs les maîtres-artisans.
L’ancien adversaire de la confrérie qui mena contre elle pendant plus de dix ans une lutte de tous les jours, l’évêque de L’vov Gedeon Balaban, demanda à Konstantin Ostrozhskij dans une lettre du 20 décembre 1598 de venir en aide aux bourgeois de L’vov, aux artisans comme aux marchands, dans le combat qu’ils menaient pour conserver les droits que l’administration municipale voulait leur supprimer [30]. Konstantin Ostrozhskij réagit favorablement et, par lettre, demanda au roi Sigismond III d’intervenir. Il informa la confrérie de sa démarche [31]. Durant cette période, un seul mandat en date du 22 mai 1599 fut émis par la chancellerie royale. Sigismond III appelait le conseil municipal de L’vov à ne pas supprimer le droit que les Ukrainiens avaient d’enregistrer leurs notices dans les registres municipaux (ksiegi grodzkie) et d’en obtenir des extraits [32]. En réalité, ce mandat ne concernait concrètement que quelques formalités isolées de droit et de procédure et ne pouvait aplanir les oppositions réelles qui existaient entre les communautés catholique et orthodoxe de la ville.
Au cours de pourparlers à l’Hôtel de Ville, les représentants de la communauté orthodoxe, contraints par la position dominante de la communauté polonaise de L’vov, acceptèrent des compromis. Dans une lettre de la fin du XVIe siècle, le doyen de la confrérie de la Dormition et de la communauté ukrainienne, Jurij Rogatinec, laissa un intéressant témoignage psychologique sur les relations inter-confessionnelles et inter-ethniques : « Il m’arrive d’avoir une conversation avec des adversaires dont je ne partage pas l’opinion et à qui je parle avec la timidité d’une brebis et la sagesse d’un serpent, tout comme une colombe, comme le Christ nous l’a enseigné » [33].
Le 2 août 1599, la confrérie de la Dormition décida en accord avec les confréries des faubourgs de L’vov d’intenter un procès au conseil municipal pour avoir bafoué les droits de la population ukrainienne. Ils « n’épargnèrent ni leurs moyens, ni leur temps, ni eux-mêmes » [34]. Les membres de la confrérie s’adressèrent aux doyens de la communauté arménienne et leur demandèrent de les conseiller dans leur lutte contre le conseil municipal catholique. Après quelques jours de réflexion, les doyens arméniens refusèrent d’aider les Ukrainiens. Ils leur indiquèrent seulement une charte extraite de la Métrique de la Couronne (Metrika Koronnaja, Metryka koronne) et leur conseillèrent de se tourner vers les sénateurs, les princes de confession orthodoxe [35].
À Varsovie, les émissaires obtinrent seulement que le 12 janvier 1600 la chancellerie royale, qui allait à l’encontre du tribunal royal, ouvre une procédure contre le bourgmestre et les conseillers de L’vov à la suite des plaintes des artisans et de tous les Orthodoxes vivant dans la ville et les faubourgs [36]. Le conseil municipal était accusé d’être à l’origine des obstacles imposés aux artisans ukrainiens, dont on exigeait qu’ils acceptent le rite romain pour adhérer aux corporations. En mars 1600, Sigismond III émit deux documents relatifs aux artisans ukrainiens et au conseil municipal de L’vov. Le 4 mars, le bourgmestre et les conseillers de L’vov furent condamnés par contumace [37]. Rapidement, le 9 mars, le roi renouvela son ordre aux conseillers qui étaient obligés de comparaître devant le tribunal dans un délai de deux semaines. Y étaient détaillées les plaintes des artisans opprimés qui avaient estimé les injustices et les dommages subis à une somme de 10 000 zloty [38]. Les actes suivants de cette procédure judiciaire ne nous sont pas parvenus. Nous pouvons cependant affirmer que l’affaire des artisans ukrainiens ne fut pas jugée et se perdit dans les méandres de la justice royale. En 1600, la chancellerie royale décida de remettre la résolution judiciaire de l’affaire qui opposaient Catholiques et Orthodoxes de L’vov à la prochaine réunion de la Diète [39].
Les Ukrainiens ne purent faire avancer l’examen de leur affaire devant les tribunaux royaux visiblement par manque de moyens. Le 2 août 1599, les habitants ukrainiens de la ville et des faubourgs rassemblèrent 666 zloty qui ne suffirent pas à leurs émissaires pour rémunérer l’instigateur (procureur) de la couronne et d’autres fonctionnaires royaux [40]. Le 5 février 1600, après avoir reçu de Varsovie des informations relatives au manque de moyens, les Ukrainiens de L’vov se réunirent de nouveau en assemblée générale. Les fidèles et les membres de la confrérie collectèrent alors 1 500 zloty. Mais cet argent ne suffit pas, tout comme l’aide du prince orthodoxe Konstantin Ostrozhskij tombé en disgrâce à la cour du roi.
Durant les deux premières décennies du XVIIe siècle, presque tous les ans et plusieurs fois par an, la confrérie envoya ses représentants aux diètes générales (val’nye) du royaume et aux diètes régionales, à Sudova Vyshna, Galich, Luck. Avant chaque départ de ses émissaires, la confrérie de la Dormition et celles des faubourgs collectaient pour leur voyage des moyens (skladki). La majorité des dépenses passaient en présents et pots-de-vin pour les hauts fonctionnaires de la Rzeczpospolita et ceux de la chancellerie de la cour royale. Les contributions en numéraire les plus importantes pour la cause commune étaient celles des membres de la confrérie de la Dormition, qui étaient les plus riches représentants de la communauté orthodoxe de L’vov. Dans les faubourgs, les églises qui réunissaient le plus d’argent étaient celles de Saint-Nicolas, de Saint-Théodore et de la Théophanie. Même les paroisses les plus pauvres, comme celles de la Sainte-Croix et du Sauveur, participaient à cet effort destiné à financer les actions en justice.
Les collectes de fonds annuelles et l’absence de résultats judiciaires découragèrent en partie les fidèles des faubourgs de continuer la lutte. En 1608, se tint une assemblée des fidèles orthodoxes à l’instigation du clergé de L’vov et de son vicaire André, prêtre de l’église de la Résurrection. Il se plaignit de certains paroissiens qui « ne veulent ni verser à la caisse l’argent dû par les membres, ni venir aux réunions, bien que les appels leur soient envoyés chez eux » [41].
En 1603, un nouveau conflit éclata entre les populations catholique et orthodoxe. Informé de cette situation, Konstantin Ostrozhskij écrivit le 20 octobre 1603 à la confrérie pour les avertir qu’il leur envoyait certains de ses serviteurs, dont le secrétaire du tribunal de la noblesse de Vladimir pour évaluer avec eux « comment prévenir de la meilleure façon ce qui se passe (...) cette violence des coutumes et du droit commun » [42].
En 1603-1604, les luttes judiciaires entre les tailleurs orthodoxes et catholiques continuent de faire rage devant les tribunaux municipaux et de la noblesse. Le 1er mars 1603, les tailleurs de confession catholique inscrivirent dans les registres municipaux plusieurs des raisons, importantes selon eux, pour lesquelles les tailleurs ukrainiens ne pouvaient jouir de tous les droits au sein des corporations. Leur principal argument se résumait en ce que, à L’vov, la confrérie des confectionneurs avait été créée par des conseillers de L’vov « sur la base de privilèges royaux octroyés uniquement aux Catholiques, et non aux personnes de confession étrangère » [43]. Les maîtres-artisans catholiques, en particulier, se plaignaient de la diversité des croyances qui faisait que, dans une même corporation, Catholiques et Orthodoxes avaient du « mal à s’entendre ». Selon eux, les Orthodoxes faisaient preuve de mépris à l’égard des rites de l’Église catholique et « aucun décret de l’administration (municipale – M. K.) actuelle – et il en existe déjà plusieurs – ni aucune condamnation ne les feront fréquenter les églises » [44]. Les artisans ukrainiens ne célébraient pas les fêtes catholiques, ils obligeaient leurs apprentis catholiques à travailler les jours de fête et ne voulaient pas se rendre aux services funèbres et commémoratifs, etc.
Dans un texte de cette époque, les représentants des corporations de confection de L’vov s’exprimaient pour la première fois sur le caractère non fiable des bourgeois orthodoxes ukrainiens qui « se sont rangés aux côtés des ennemis de la Couronne, comme ceux de leur foi, par les offices, les incantations et les prières qu’ils disent dans leurs églises. Le souvenir de Michajko et de Nalivajko est encore frais et le monde entier en a connaissance » [45]. Nous pouvons avec certitude affirmer que cette dernière manifestation radicale des tailleurs catholiques n’avait aucun rapport avec le soulèvement des Cosaques de Severin Nalivajko en 1595-1596 [46]. Elle reflétait l’isolement croissant et le mécontentement respectif des populations catholique et orthodoxe de L’vov au début du XVIIe siècle. Dans une lettre de 1604, les membres du chapitre de L’vov avec à leur tête le vicaire Grégoire, prêtre de l’église de l’Annonciation, considéraient que la principale cause de l’aggravation des tensions confessionnelles résidait dans les méthodes violentes mises en œuvre pour imposer l’Union, après la conclusion de laquelle « les autorités se sont mis à interdire la célébration des fêtes, et une grande cruauté a pris la place de la bonne amitié entre les Polonais et les Ruthènes » [47].
Le 19 décembre 1605, le roi Sigismond III émit un mandat à l’attention du conseil municipal de L’vov et des doyens des corporations pour qu’ils laissent la population orthodoxe ukrainienne ( « les gens de religion ruthène » ) exercer dans le respect de leurs droits précédents leur art et d’autres activités tant qu’une décision de justice ne serait pas rendue dans l’affaire qui opposait les populations ukrainienne et polonaise et qui s’était « perdue » dans les méandres de la justice royale [48].
Les querelles entre les artisans orthodoxes et catholiques de L’vov durèrent encore longtemps pendant la première moitié du XVIIe siècle. Ainsi, en 1616, les maîtres-artisans de deux corporations (des drapiers et des chaudronniers) obtinrent le privilège d’évincer les Ukrainiens ( « schismatiques » ) de leurs rangs [49]. En 1645, les maîtres-artisans orthodoxes de la corporation des tailleurs se plaignirent une nouvelle fois devant le tribunal municipal de ce que leurs confrères les avaient privés de leur droit de vote aux assemblées de la corporation, de ce qu’ils leur interdisaient d’utiliser les fonds communs, et d’autres restrictions encore [50]. Les conseillers désignèrent parmi eux deux plénipotentiaires chargés d’obtenir des deux parties une conciliation à l’amiable.
Pour soutenir son action en justice contre le conseil municipal de L’vov lors de la réunion suivante de la Diète et pour recueillir des fonds nécessaires à la construction d’une église, au fonctionnement de l’école et de la typographie, la confrérie imprima en 1608 une Épître (Poslanie) aux guides laïcs et ecclésiastiques du peuple ukrainien (russe) [51].
Nous sommes opprimés ici à L’vov depuis de longues années par le joug de l’esclavage égyptien, par les misères indicibles et les oppressions diverses, à la suite du dénigrement de toutes les lois prises par la cour et la Diète, et nous sommes presque détruits, étant privés des nos fêtes, et les maîtres de la nation polonaise nous interdisent même d’être dans les métiers de (...) ceux qui travaillent avec l’aiguille – tailleurs et avec les pinces, ce qui est le dernier moyen de survie [pour nous]. [52]
La confrérie demanda un soutien matériel à de nombreux puissants (prednie) de la communauté ukrainienne. Elle ne reçut souvent que des promesses. C’est pourquoi elle dut s’adresser à des « étrangers », certainement après avoir pris en compte les dons conséquents des princes moldaves (gospodary) pour la construction de l’église de la Dormition.
Dans l’épître de 1608, les Juifs étaient cités comme le modèle du peuple solidaire pour « la honte et la peine » des Ukrainiens orthodoxes. Les membres de la confrérie se souvenaient d’un cas retentissant. Bien qu’elle eût engagé de lourdes dépenses, elle ne put empêcher la communauté juive de faire valoir en justice ses droits sur la synagogue « La Rose d’Or » de la rue juive (Evrejska), dans la ville [53]. Les Juifs « étant privés de la contemplation de Dieu, ont pu assister les leurs de tous les côtés, et ils se sont défendus contre les pères jésuites, et ils ne cédèrent ni leur école ni leur temple juif à L’vov » [54].
Le texte le plus remarquable où sont exposées les exigences politiques, économiques, religieuses et culturelles de la population ukrainienne est l’ « Instruction » (Instrukcija) du 2 janvier 1609 donnée aux émissaires envoyés à la Diète de la Rzeczpospolita. Cette « Instruction » est signée par les doyens de la confrérie de la Dormition Ivan Krasovskij [55] et Andrej Bildagovich. Toutefois, les missions confiées aux ambassadeurs furent formulées par les « habitants de la ville et des faubourgs des deux gouvernements et juridictions, celles du château et de la ville ». Deux habitants de la ville de L’vov, Stefan Xomich et Ivan Babich, et deux habitants des faubourgs, Semen Krasovskij et Nikolaj Dobrjanskij, faisaient partie de la délégation [56]. Le prêtre de l’église de la Résurrection et vicaire de L’vov, Andrej, se montra très actif pour réunir les fidèles des paroisses ruthènes de la ville et des faubourgs de L’vov [57]. La confrérie de la Dormition continua à réunir toutes les confréries de L’vov dans des assemblées qui représentaient toute la population ukrainienne orthodoxe. En 1599, les représentants de la population ukrainienne s’étaient déjà réunis pour entamer une procédure judiciaire et défendre leurs droits devant les tribunaux royaux. Mais, dix ans plus tard, les Orthodoxes qui revendiquaient l’égalité des droits avec les Catholiques n’avaient rien obtenu. Les émissaires de la communauté ukrainienne aux diètes se voyaient octroyer des « limitations » (limitacii), c’est-à-dire le renvoi de leur affaire aux diètes suivantes [58]. Les espérances et l’optimisme des Orthodoxes diminuèrent considérablement, comme le montre la désertion d’une partie des paroissiens de la ville et des faubourgs qui ne participèrent pas à l’assemblée générale. Le prêtre Andrej le déplora, proposa de les excommunier et de ne plus les fréquenter.
En 1609, les guides de la communauté orthodoxe de L’vov, espérant une décision juste, réitérèrent leur plainte devant le tribunal royal. Quatorze points étaient formulés. La question la plus cruciale était celle de l’égalité des droits avec « le peuple polonais » avec lequel le peuple ukrainien (Rus’) était « du même droit » et partageait le fardeau. Ils faisaient, ici, référence au privilège de 1572 accordé par Sigismond-Auguste. La comparaison devait s’appliquer aux trois principaux domaines de la vie des citadins : économique, religieux et juridique.
Dans l’ « Instruction », deux points étaient exposés avec plus de précision. Le premier concernait la permission d’acquérir des maisons et des magasins sur la place du marché et dans les rues de la ville et les possibilités de racheter les maisons en pierre « ruthènes » qui avaient été vendues à des Arméniens et des Juifs. Le second point concernait l’accès aux responsabilités des confréries d’artisans et à l’égalité des droits de leurs membres avec les Polonais.
Les restrictions dans le domaine religieux que les Orthodoxes tentaient d’abolir dataient déjà du XVIe siècle : les interdictions de défiler en procession solennelle avec des prêtres en habits sacerdotaux et avec des cierges allumés sur la place du marché et dans les rues catholiques de la ville, les interdictions de sonner les cloches, etc. L’originalité et le compromis caractérisent dans l’ « Instruction » de 1609 la formulation des points relatifs à l’organisation juridique de la communauté ukrainienne de L’vov. Si au début ils avaient exigé l’égalité totale des droits avec la population polonaise, les Ukrainiens comprirent que l’obtenir serait difficile. Dans un des points suivants, ils proposaient au roi d’instaurer dans la ville « un droit ruthène particulier et des corporations [ruthènes] et la célébration des fêtes ruthènes comme [il l’a accordé] au peuple ruthène de Kamenec (Kamieniec) Podol’skij (Podolski) » [59]. La première pierre de cette juridiction « ruthène » devait être, selon les membres de la confrérie, la permission donnée aux doyens ukrainiens de recommander aux Ukrainiens récemment arrivés à L’vov d’accepter le droit municipal et d’intégrer les confréries d’artisans.
Si les chances d’obtenir une juridiction distincte semblaient irréalistes, les émissaires devaient alors demander au roi d’octroyer un droit « semblable à celui des Arméniens de L’vov, qui arrivent dans le royaume de sa gracieuse majesté ». Il existait une autre solution qui, aux yeux de la majorité des Ukrainiens, était la pire : l’octroi d’une autonomie économique similaire à celle dont jouissaient les Juifs.
L’ « Instruction » de 1609 contenait également une adresse au roi « Lamentation ou discours à sa gracieuse majesté ». Ce texte propagandiste avait été pensé pour informer sur la procédure judiciaire qui opposait les communautés ukrainienne et polonaise de L’vov et pour rallier à leur cause un plus grand nombre de partisans, avant tout les représentants orthodoxes de la noblesse des pays ukrainien et biélorusse susceptibles de défendre les intérêts de l’Église orthodoxe lors des diètes [60].
Le registre de la « Lamentation » était littéraire. Les récriminations faites à la population polonaise de L’vov y étaient exposées dans une forme émotionnelle et imagée :
Nous, peuple ruthène, sommes opprimés par le peuple polonais, par un joug plus lourd que le joug égyptien, car sans épée ils nous mènent à la perdition d’une façon plus certaine que par l’épée, en nous interdisant de nous maintenir dans nos métiers. [61]
Sous Sigismond III, la demande des Orthodoxes de voir leurs droits égaler ceux des Catholiques ne parvint même pas devant les tribunaux royaux. Les décrets royaux en repoussaient l’examen de diète en diète [62]. Après les échecs judiciaires du début du XVIIe siècle, la confrérie de la Dormition s’attacha à Varsovie les services de « procurateurs » (des avocats de la défense) qui, contre rémunération, indiquaient à la confrérie telle ou telle procédure judiciaire. Ainsi, en 1613, les émissaires de la confrérie remirent à deux procurateurs de Varsovie, Andzhej Janeckij (Janocki) et Marcin Svizhinskij (Svidzinski), 140 zloty et des documents des archives de la confrérie qui leur étaient indispensables [63]. Visiblement grâce à leurs efforts, le 16 novembre 1614, le roi émit un mandat à l’attention du conseil municipal de L’vov qui reprenait presque intégralement ses dispositions du décret du 19 décembre 1604. Le roi exigeait une nouvelle fois des conseillers municipaux qu’ils conservent aux Ukrainiens orthodoxes leurs droits et leurs privilèges tant que leur affaire n’aurait pas été jugée par les tribunaux royaux [64].
En 1623, un litige éclata entre les communautés catholique et orthodoxe de L’vov. La cause en était une procession funèbre solennelle, avec chants et cierges allumés, qui passa par le centre de la ville. Elle avait été organisée après la mort d’un Ukrainien habitant dans la ville, mais pas dans la rue ruthène (Rus’ka). L’instigateur Stanislaus Cerasinus entama une procédure devant le tribunal de la ville à la demande « de toute la ville, de l’administration comme du sujet de la (Rzecz) Pospolita, et des Catholiques » contre les doyens de la nation ukrainienne et de la confrérie stavropégiale Nikolaj Dobrjanskij et Andrej Bildagi [65]. Le clergé catholique attisa particulièrement les choses. L’atmosphère était tendue et, dans leurs sermons, les prêtres catholiques reprochaient à l’administration municipale d’avoir autorisé une telle procession funèbre. Au procès, le défenseur des doyens ukrainiens était le noble Zaxarij Sjarnickij qui avança quelques arguments pour leur défense. Selon lui, il fallait juger les prêtres russes qui avaient conduit la procession et non des laïcs, les doyens ukrainiens. Leur défenseur se référa également au privilège accordé par Sigismond-Auguste en 1572 et avança d’autres arguments à caractère religieux. Il fit enfin remarquer qu’auparavant les Ukrainiens organisaient de telles processions sans en être empêchés. Mais les instances municipales condamnèrent les doyens ukrainiens à être retenus à l’Hôtel de Ville et à payer une amende de 60 zloty. Les conseillers ne permirent pas à la partie condamnée de faire appel auprès du roi. Les doyens ukrainiens furent retenus à l’hôtel de ville pendant une heure puis libérés à la demande de leurs concitoyens orthodoxes [66].
La lutte judiciaire contre le conseil municipal devant les tribunaux royaux continua d’engloutir du temps et de l’argent. En 1616, la confrérie décida d’établir ses représentants (résidents - rezidenty) à Varsovie, ceux qui maîtrisaient le mieux les subtilités du droit, pour qu’ils suivent constamment le cours des procédures judiciaires devant les tribunaux royaux et qu’ils puissent, avant tout par de l’argent et des présents, le modifier dans un sens favorable à la confrérie. Chaque résident séjournait huit semaines à Varsovie puis était remplacé par un autre représentant de la confrérie. La confrérie stavropégiale prenait en charge leurs familles et indemnisait les frais engagés par le résident [67]. Mais, sous Sigismond III, l’appel aux procurateurs et l’établissement des résidents ne débouchèrent sur aucun résultat concret, excepté de grandes pertes financières.
Les mauvaises dispositions de Sigismond III vis-à-vis du « schisme » [68] influèrent sur la situation juridique peu enviable de la communauté ukrainienne de L’vov. Le roi ne cachait pas sa volonté d’étendre l’Union parmi les populations ukrainienne et biélorusse de la Rzeczpospolita. La confrérie stavropégiale et la communauté orthodoxe de L’vov ressentaient sensiblement l’orientation que prenait sa politique confessionnelle à la fin de son règne. Le 8 janvier 1631, après l’excommunication du prêtre Vasilij Bojarskij [69], le roi intervint dans la présentation par le conseil municipal de L’vov du prêtre qui devait le remplacer à l’église de la Dormition. Le roi recommandait de choisir comme candidat « un homme calme et qui œuvrerait pour l’Union » sans pour autant briser l’entente qui régnait dans la ville [70].
La mort de Sigismond III, survenue en 1632, éloigna temporairement les complications et les querelles à venir liées au choix d’un candidat uniate pour la paroisse de la Dormition. Dans les faits, le conseil municipal permit à la confrérie d’élire un prêtre orthodoxe. Le conseil municipal essayait avant tout pour des raisons mercantiles d’utiliser son droit de patronage et de choisir les candidats pour les églises qui se trouvaient dans la juridiction municipale. La communauté ukrainienne tenta de s’y opposer. Le 18 juillet 1633, les membres de la confrérie demandèrent aux conseillers de renoncer à leurs prérogatives en faveur de la confrérie de la Dormition. Ils proposèrent de le faire pour un délai de quarante, trente, vingt ou dix ans. Le conseil municipal accepta de renoncer à son patronage pour une année seulement [71]. Le 10 octobre 1634, lors d’un séjour à L’vov, Ladislas IV plaça l’église qui se trouvait dans la ville sous le patronage de la confrérie qui reçut la possibilité de choisir librement des moines pour y officier [72]. Le conseil municipal de L’vov tenta immédiatement de faire annuler ce privilège en justice et obligea la confrérie à accepter son candidat. La confrérie protesta et envoya de nombreux présents à la chancellerie royale. Le 20 février 1637, le roi édicta un décret qui interdisait au conseil municipal d’abuser de son droit de patronage [73]. Le 3 avril 1647, le conseil municipal demanda par lettre à l’évêque uniate de Xolm (Cholm) de nommer des candidats pour les églises qui se trouvaient dans la juridiction municipale [74]. Durant la seconde moitié du XVIIe siècle encore, les membres de la confrérie essayèrent de faire inclure dans les confirmations de leurs droits et privilèges les dispositions relatives à la préservation du droit de patronage de la confrérie stavropégiale sur l’église qui se trouvait dans la ville [75].
Ladislas IV qui, en accédant au trône, légalisa en 1633 l’activité de la hiérarchie orthodoxe en Rzeczpospolita, entretenait de bonnes relations avec les Cosaques orthodoxes ukrainiens (il avait à l’idée d’utiliser leurs capacités militaires pour servir sa politique étrangère). Il concevait la politique confessionnelle de la Rzeczpospolita différemment de son père. Mais, sous son règne, les Ukrainiens de L’vov ne purent obtenir l’examen définitif devant les tribunaux royaux de leur contentieux avec le conseil municipal et ils cessèrent toute intervention aux diètes. En 1636, les émissaires de la confrérie, Jan Afendik et Nikolaj Al’vizij, participèrent à la Diète du royaume. Toutefois, ils n’abordèrent pas leur affaire contre le conseil municipal [76].
Cependant, à L’vov, éclataient périodiquement des conflits entre les communautés polonaise et ukrainienne. De nouveaux motifs de litiges s’ajoutaient aux anciens. À la suite des plaintes des membres de la confrérie, le roi édita le 20 février 1637 un mandat destiné au conseil municipal de L’vov à propos des plaintes que la population orthodoxe avait formulées contre lui (entrave au droit de proposer des prêtres, interdiction d’organiser des funérailles avec des cierges et des chants, etc.). Le mandat royal rappelait une fois encore que le contentieux qui l’opposait à la communauté ukrainienne n’avançait pas devant la justice royale, c’est pourquoi les instances municipales devaient conserver aux Ukrainiens leurs anciens droits [77]. Le conflit ne se résorba pas et, deux ans plus tard, le 20 avril 1639, Ladislas IV émit un nouveau mandat par lequel il plaçait la confrérie sous sa protection, la soustrayant ainsi à toutes les persécutions du conseil municipal de L’vov [78].
En 1642, les conseillers imposèrent à vingt propriétaires de maison de pierre de la rue ruthène (Rus’ka) une taxe appelée « donativ » pour une somme totale de 2 000 zloty, alors que le reste de la ville versait en tout pour le paiement de cette taxe la somme de 6 000 zloty. Une répartition aussi injuste des impôts, non proportionnelle à la taille de la population ukrainienne de la ville, fut l’occasion d’une nouvelle plainte, d’abord au conseil municipal, puis au roi Ladislas IV [79]. Mais elle resta sans suite. À la veille du soulèvement de 1648, la situation entre les confessions à L’vov s’apaisa quelque peu, mais le feu d’une discorde inter-confessionnelle couvait toujours.
Le privilège accordé par Sigismond-Auguste le 20 mai 1572 établissant l’égalité des droits politiques et économiques des Ukrainiens orthodoxes et des Catholiques déclencha les interminables luttes juridiques qui opposèrent longtemps la communauté orthodoxe ukrainienne au conseil municipal catholique qui représentait la communauté polonaise de L’vov. Au centre de ces conflits juridiques se trouvait la question de l’égalité des droits économiques, culturels et religieux des populations ukrainienne et polonaise de L’vov. Durant la seconde moitié du XVIe siècle, la balance de la justice pencha en faveur du conseil municipal. La communauté ukrainienne ne put obtenir l’égalité de ses droits avec ceux de la communauté polonaise de L’vov. À la fin du XVIe siècle et au début du suivant, les Orthodoxes mirent en œuvre de nouvelles mesures pour obtenir en justice le droit d’intégrer les corporations d’artisans, de participer à la gestion de la ville, de faire librement le commerce de toutes les marchandises, d’acheter des biens immobiliers dans tous les quartiers de la ville, etc.
Le point le plus important des relations de la communauté orthodoxe ukrainienne et du conseil municipal catholique étaient les restrictions d’ordre religieux que la majorité catholique imposait à la population ukrainienne (interdiction des processions solennelles à travers le centre de la ville, abus du droit de patronage, interdiction de sonner les cloches durant les messes catholiques, etc.). Les disputes les plus envenimées, et même les actes de violence, éclatèrent à L’vov à la veille de la conclusion de l’Union de Brest de 1596.
La dimension judiciaire que prirent les conflits d’intérêts contribua à atténuer les manifestations ouvertes de haine entre les deux communautés. Durant de longues années, la coexistence pacifique des populations ukrainienne et polonaise de L’vov fut troublée par des actes de violence xénophobe qui ne duraient que de courtes périodes (par exemple, avant et après la conclusion de l’Union de Brest). Ils laissèrent cependant des traces durables dans la mémoire historique des deux communautés et nourrirent les mythes négatifs et les stéréotypes de chacune à l’égard de l’autre.
Le centre organisationnel qui coordonnait et finançait le combat juridique de la communauté ukrainienne était la confrérie ecclésiastique de l’église de la Dormition, située dans la ville. Elle représentait les intérêts des habitants de la ville de L’vov. C’est précisément grâce à l’argent et à la détermination de la confrérie que la communauté ukrainienne obtint en 1572 un privilège garantissant l’égalité de ses droits avec ceux de la communauté polonaise et parvint à mener des procédures judiciaires onéreuses. En 1586, la réforme de la confrérie engendra les longs conflits qui l’opposèrent à l’évêque de L’vov, Gedeon Balaban. Lorsque des situations conflictuelles et des litiges éclataient au sein de la communauté ukrainienne de L’vov, le combat judiciaire avec le conseil municipal catholique était relégué au second plan.
Les luttes judiciaires entre les deux communautés commençaient le plus fréquemment par des actes d’irrespect ou de violence perpétrés par les membres du conseil municipal (bourgmestre, conseillers, etc.) et qui nuisaient aux intérêts de la communauté orthodoxe ukrainienne. Les Orthodoxes portaient alors plainte devant les tribunaux royaux. Un autre moyen de faire valoir leurs droits était pour la communauté ukrainienne d’inscrire leurs protestations dans les registres du tribunal de la noblesse de L’vov. Ces plaintes et protestations, extraites de ces livres sous une forme écrite, étaient utilisées comme arguments lors de la bataille judiciaire suivante devant les tribunaux royaux, dont les jugements (décrets) devaient mettre fin à cette compétition judiciaire. Les privilèges, les mandats et les décrets émis de temps à autre par la chancellerie royale n’étaient pas respectés par les autorités municipales et par l’administration royale locale.
L’absence durable de règlement des conflits laissa ouverte et raviva la « blessure » causée par les litiges qui opposaient les communautés ukrainienne et polonaise de L’vov. La situation s’apaisait momentanément du fait que le conseil municipal n’appliquait pas les interdictions d’ordre économique imposées à la population ukrainienne, comme celles d’intégrer les corporations d’artisans ou d’acheter des maisons hors de la rue ruthène (rus’ka), etc.
L’offensive était la plupart du temps portée par le conseil municipal qui s’appuyait sur les décisions royales et sur des personnages influents tant de la cour royale que des milieux catholiques locaux. Il prenait en considération la position et les intérêts des ordres monastiques et des prêtres séculiers. La communauté orthodoxe ukrainienne se trouvait souvent sur la défensive. La domination de la communauté polonaise contraignait ses représentants à accepter les pourparlers et les compromis. À un niveau local inférieur, des conflits éclataient entre artisans ukrainiens et polonais au sein des corporations, où la lutte pour l’égalité des droits se poursuivit activement durant toute la première moitié du XVIIe siècle.
La situation conflictuelle permanente, et ses implications économiques et surtout religieuses, détermina la consolidation de la communauté ukrainienne et l’intérêt d’une plus grande frange de la population ukrainienne pour la question religieuse et « nationale ». La lutte juridique opiniâtre menée pendant la première moitié du XVIIe siècle rendit plus perceptible l’identité religieuse et culturelle. Cela aida la communauté orthodoxe ukrainienne à défendre son existence alors qu’elle subissait de dures persécutions au cours de la seconde moitié du XVIIe et au début du XVIIIe siècle.
 
NOTES
 
[1] Article traduit du russe par Élisabeth Teiro avec l’aide de Mixail-Vladimirovich Dmitriev.
[2] Pour désigner les différentes variantes ethniques des termes « Rus’ » (terme générique), « russkij narod », « rusi », « rusichi », etc., j’emploie le terme « ukrainiens » (ukraincy) utilisé par eux-mêmes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.
[3] Ja.-P. Kis’, Promislovist’ L’vova u period feodalizmu (en ukrainien, L’industrie de L’vov durant la période féodale), L’viv, 1968, p. 27-28.
[4] Lucja Charewiczowa, « Ograniczenia gospodarcze nacyj schizmatyckich i Zydow we Lwowie XV i XVI wieku » (en polonais, « Les restrictions économiques imposées aux nations schismatiques de L’viv aux XVe et XVIe siècles »), dans Kwartalnik Historyczny, r. XXXIX, z. 2, Lwow, 1925, p. 193-227 ; E. Nadel-Golobic, « Armenian and Jews in medieval Lvov. Their role in oriental Trade 1400-1600 », dans Cahiers du Monde russe et soviétique, 1979, nos 3-4, Paris, 1979, p. 345-388.
[5] Privileï nacional’nix gromad mista L’vova XIV-XVIII st. Zbirnik dokumentiv (en ukrainien, Les privilèges des groupes nationaux de L’vov aux XIVe-XVIIIe siècles. Recueil de documents), M. Kapral’ (éd.), t. 2, L’viv, 2000, p. 45-51.
[6] Sur les confréries dans les pays biélorusse et ukrainien, voir Ja. Isaievich (I. Isaievycz), Bratstva ta ïx rol’v rozvitku ukrains’koi kul’turi XVI-XVIII st. (en ukrainien, Les confréries et leur rôle dans le développement de la culture ukrainienne des XVIe-XVIIIe siècles), Kiïv, 1966 ; Id., « Between eastern tradition and influences from the West : Confraternies in early modern Ukraine and Byelorussia », dans Ricerche Slavistiche, vol. 37, Roma, 1990, p. 269-294.
[7] Monumenta Confraternitatis Stauropigianae Leopoliensis, sumptibus Instituti Stauropigiani edidit, dr. Wladimirus Milkowicz (par la suite MCS), vol. 1, Leopoli, 1895, p. 114 et 117.
[8] Sur les litiges opposant Gedeon Balaban à la confrérie de la Dormition de L’vov et leurs causes, voir : A. Krylovskij, « Predislovie », dans Arxiv Jugo-Zapadnoj Rossii, izdavaemyj Komisseju dlja razbora drevnix aktov, sostojashchej pri kievskom, podol’skom i volynskom general-gubernatore (en russe, « Introduction », dans Archives de la Russie du Sud-Ouest éditées par la commission pour le dépouillement des actes anciens auprès du général-gouverneur de Kiev, Podolie et Volhynie) (par la suite : AJuZR), chap. 1, t. XI, Kiev, 1904 ; p. 111-132 ; F. Sribnij, « Studiï nad organizacieju l’vivs’koï Stavropigiï vid kincja XVI st. do polovini XVII st. », dans Zapiski Naukovogo Tovaristva im. Shevchenka, t. 106, L’viv, 1911, p. 25-32 (en ukrainien, « Études sur l’organisation de la Stravropégie de L’vov de la fin du XVIe siècle au milieu du XVIIe », dans Cahiers de la société scientifique Shevchenko) ; Ja. Isaevich (I. Isaievycz), Bratstva..., op. cit., Kiiv, 1966, p. 72-79.
[9] C’est-à-dire que cette confrérie ne dépendait pas de la juridiction de l’évêque de L’viv mais de celle du patriarche de Constantinople [N.d.T.].
[10] En 1580 déjà, pendant la construction du clocher de Kornjakt, les instances municipales entravèrent l’installation des cloches. Konstantin Kornjakt dut porter plainte contre cet arbitraire auprès du roi de Pologne (voir D. Zubrzycki, Kronika miasta Lwowa (en polonais, Chronique de la ville de L’vov), Lwow, 1844, p. 205). Cependant, en 1587, les Dominicains gagnèrent le procès qu’ils avaient intenté devant le tribunal municipal. La confrérie eut interdiction de sonner les cloches durant les messes célébrées dans l’église des Dominicains (voir ibid., p. 212).
[11] MCS, p. 565-567, 568-570.
[12] AJuZR, chap. 1, t. X, p. 90.
[13] MCS, p. 565-567.
[14] Ibid., p. 566.
[15] Central’nij derzhavnij istorichnij arxiv Ukraïni u L’vovi (Archives historiques centrales d’Ukraine) (par la suite CDIA Ukraïni u L’vovi), fonds 129, inventaire 1, dossier 272, folio 1.
[16] Ibid., fonds 129, inventaire 1, dossier 277, folios 1-2. Ce document a été édité dans AJuZR, chap. 1, t. X, p. 89-92. La date de rédaction de cet appel est erronée. Au lieu du 13 mars 1593, il faut lire 13 mars 1595. Certains chercheurs ont pris en compte cette date erronée. Voir Ja. Isaevich (I. Isaievycz), Bratstva..., op. cit., p. 109-110.
[17] MCS, p. 566.
[18] AJuZR, chap. 1, t. X, p. 444-446 ; MCS, p. 592-594.
[19] CDIA Ukraïni u L’vovi, fonds 129, inventaire 1, dossier 281, folio 1.
[20] Adam Vishneveckij, mort en 1622, est l’un des organisateurs d’une campagne contre l’État russe au début du XVIIe siècle (N. Jakovenko, Ukrains’ka shljaxta z kincja XIV do seredini XVIII st. [Volin’i Central’na Ukraina] (en ukrainien, La noblesse ukrainienne de la fin du XIVe siècle au milieu du XVIIIe siècle [Volhynie et Ukraine centrale]), Kiïv, 1993, p. 112 et 301 ; Kirik Ruzhinskij, mort en 1599, fut en 1588 l’ataman de l’armée du Zaporozh’e (ibid., p. 283).
[21] MCS, p. 610-611. Roman Ruzhinskij, le fils de Kirik, et Lev Berezheckij s’inscrivirent aussi à la confrérie.
[22] MCS, p. 608-611 ; Social’na borot’ba v misti L’vovi v XVI-XVIII st. (en ukrainien, Les luttes sociales à L’viv aux XVIe-XVIIIe siècles), sous la rédaction de Ja. P. Kis’, L’viv, 1968, p. 50-52 (traduction ukrainienne) ; M. Grushevs’kij, Istorija Ukraïni-Rusi (Histoire de l’Ukraine-Rus’), t. 6, Kiïv, 1995, p. 540-541.
[23] AJuRZ, chap. 1, t. X, p. 90.
[24] Archivum Glowne Akt Dawnych w Warszawie, Archiwum Zamojskich (Archives centrales des actes anciens à Varsovie, Archives de la famille des Zamojski), no 158, folios 7-8.
[25] MCS, p. 736-738.
[26] Ibid., p. 741-742. Dans la lettre d’instructions établie par la communauté ukrainienne de L’vov à l’attention de ses émissaires à la Diète et datée de 1596, les raisons et les nécessités qui poussèrent les membres de la confrérie à s’opposer à l’Union sont exposées en détail (ibid., p. 783-785). Il s’agissait d’un manifeste qui n’avait aucune force juridique mais qui pouvait avoir une influence morale sur la communauté. Mais la confrérie de la Dormition ne put envoyer ses ambassadeurs à la Diète. De même que les membres de la confrérie ne purent d’aucune façon intervenir lors des diètes nobiliaires de la Rzeczpospolita. Voir Ja. Isaevich (I. Isaievycz), Bratstva..., op. cit., p. 100-101 et 110 ; Id., « Dzherela pro suspil’no-politichnu i kul’turnu dijal’nist’ bratstv Ukraïni v XVI-XVIII st. », dans Istorichni dzherela ta ïx vikoristannja, vyp. 4, Kiïv, 1969, p. 45 (en ukrainien, « Sources sur l’activité sociopolitique et culturelle des confréries en Ukraine aux XVIe-XVIIIe siècles », dans Les sources historiques et leur utilisation) ; voir la recension de la monographie de I. Isaievycz de l’historien polonais du droit J. Bardach, « Bractwa cerkiewne na ziemiach ruskich Rzeczypospolitej w XIV-XVIII wieku » (en polonais, « Les confréries orthodoxes dans les territoire ruthènes de la Pologne-Lituanie aux XIVe-XVIIIe siècles), dans Kwartalnik Historyczny, Warszawa, 1967, no 1, p. 81-82.
[27] MCS, p. 785.
[28] Ibid., p. 768-769.
[29] Dans un des documents émis par la confrérie au début du XVIIe siècle, l’année 1597 est présentée comme celle du début des persécutions contre les artisans ukrainiens, de leur exclusion des corporations, etc. (AJuRZ, chap. 1, t. XI, p. 40). Toutefois, à en juger par les plaintes des artisans ukrainiens, les persécutions commencèrent réellement quelque temps plus tard.
[30] MCS, p. 811-812.
[31] CDIA Ukraïni u L’vovi, fonds 129, inventaire 1, dossier 327, folios 1-2 publié par Ja. Golovackij, « L’vovskoe Stavropigijskoe bratstvo i knjaz’ Ostrozhskij », dans Vremennik Instituta Stavropigijskogo s mesjaceslovom na god prostoj 1867, L’vov, 1866, p. 76-77 (en russe, « La confrérie stavropégiale de L’vov et le prince Ostrozhskij », dans Annuaire de l’Institut stavropégial avec le calendrier de l’année 1867).
[32] CDIA Ukraïni u L’vovi, fonds 129, inventaire 1, dossier 333, folio 1.
[33] Akty, otnosjashchiesja k istorii Zapadnoj Rossii, sobrannye i izdannye Arxeograficheskoj Komissiej (Actes relatifs à l’histoire de la Russie occidentale rassemblés et édités par la commission archéographique), t. IV, Sankt-Petersburg, 1851, p. 201.
[34] AJuRZ, chap. 1, t. XI, p. 3-4. On ne peut pas ne pas partager l’avis de I. Kripjakevich qui affirme que la lutte des artisans ukrainiens pour l’égalité des droits est une réaction au décret que le starosta de L’vov émit le 13 février 1599. Ce texte imposait que seuls les membres des corporations pouvaient exercer. Toujours selon I. Krip’jakevich, l’initiative de cette réaction revient aux membres des confréries des faubourgs. I. Krip’jakevich, « Borot’ba necexovix remisnikiv proti cexiv y L’vovi (1590-1630) », dans Z istorii zaxidnoukrains’kix zemel’, vyp. 1, Kiïv, 1957, p. 9-10 (en ukrainien, « La lutte des artisans qui n’appartenaient pas aux corporations contre celles-ci à L’vov [1590-1630] », dans Histoire des terres de l’Ukraine occidentale).
[35] Ibid., p. 5-6.
[36] CDIA Ukraïni u L’vovi, fonds 52, inventaire 1, dossier 143, folios 25-25 v.
[37] MCS, p. 841. Ce jugement rendu par contumace au tribunal royal des assesseurs n’était pas définitif. La partie, qui ne s’était pas présentée au tribunal, pouvait ne pas se soumettre au jugement en demandant l’ « arrêt » du jugement et un nouveau procès. Voir M. Wozniakowa, Sad asesorski Koronny (1537-1795). Jego organizacja, funkcjonowanie i rola w dziejach prawa chelminskiego i magdeburgskievo w Polsce (en polonais, Le tribunal royal des assesseurs (1537-1795). Son organisation, son fonctionnement et son rôle dans l’histoire du droit dit de Chelmno et de Magdebourg en Pologne), Warszawa, 1990, p. 162-166.
[38] MCS, p. 842-844.
[39] A. Krylovskij, L’vovskoe Stavropigial’noe bratstvo. Opyt cerkovno-istoricheskogo issledovanija (en russe, La confrérie stavropégiale de L’vov. Essai d’une étude ecclésiastico-historique), Kiev, 1904, p. 90.
[40] AJuZR, chap. 1, t. XI, p. 22.
[41] Ibid., p. 46.
[42] A. Krylovskij, L’vovskoe Stavropigial’noe bratstvo, op. cit., annexes, p. 18-19.
[43] Social’na borot’ba..., op. cit., p. 104.
[44] Ibid., p. 105.
[45] Ibid., p. 106.
[46] Bartolomej Zimorovicz, un chroniqueur de L’vov de la seconde moitié du XVIIe siècle, décrit le séjour à L’vov de Severin Nalivajko, fait prisonnier. Il ne fait aucune mention des sympathies des Ukrainiens à son égard. J.-B. Zimorovicz, Opera quibus res gestae urbis Leopolis illustrantur, éd. K. Heck, Leopoli, 1899, p. 152.
[47] A. Petrushevich, Svodnaja Galicko-russkaja letopis’s 1600 po 1700 goda (Chronique russo-galicienne de 1600 à 1700), L’vov, 1874, p. 404.
[48] Ibid., p. 26-27.
[49] D. Zubrzycki, Kronika..., op. cit., p. 249.
[50] Vozz’ednannja Ukraïni z Rosieju. Dokumenti ta materiali v tr’ox tomax (en ukrainien, La réunification de l’Ukraine et de la Russie. Documents et matériaux en trois tomes), éd. O. Apanovich, E. Lugova, S. Majboroda et al., t. I, Moskva, 1953, p. 404-406.
[51] Iaroslav Isaevycz identifia à tort l’Épître de 1608 avec l’appel Lamentation ou adresse au roi du 2 janvier 1609. Ja. Isaevich (I. Isaievycz), Bratstva..., op. cit., p. 101-102. L’auteur présente comme un passage de l’Épître de 1608 un extrait de la Lamentation, dont le style est semblable, ibid., p. 102.
[52] AJuZR, chap. 1, t. XII, p. 526.
[53] Sur cette lutte : Mayer Balaban, Zydzi lwowscy na przelomie XVI-XVII wieku (en polonais, Les Juifs de L’viv à la charnière des XVIe et XVIIe siècles), L’vov, 1906, p. 89-146.
[54] AJuZR, chap. 1, t. XII, p. 528.
[55] Iaroslav Isaevich pensait que Ivan Krasovskij pouvait être l’auteur de ce texte. Ja. Isaevich (J. Isaevycz), Bratstva..., op. cit., p. 102.
[56] A. Krylovskij, L’vovskoe Stavropigial’noe bratstvo..., op. cit., annexes, p. 31 ; Istorija L’vova v dokumentax i materialax. Zbirnik dokumentiv i materialiv (en ukrainien, L’histoire de L’vov à travers des documents et des sources. Recueil de documents et de sources), L’viv, 1986, p. 68.
[57] A. Krylovskij, L’vovskoe Stavropigial’noe bratstvo..., op. cit., p. 91.
[58] AJuZR, chap. 1, t. XI, p. 42.
[59] Istorija L’vova v dokumentax..., op. cit., p. 69.
[60] Sur les luttes lors des diètes après l’adoption de l’Union de Brest (1596), voir P. Zhukovich, Sejmovaja bor’ba pravoslavnogo zapadnorusskogo dvorjanstva s cerkovnoj uniej (en russe, La lutte lors des diètes de la noblesse orthodoxe de la Russie occidentale contre l’union ecclésiastique), Sankt-Peterburg, 1901-1912, vyp. 1-6.
[61] A. Krylovskij, L’vovskoe Stavropigial’noe bratstvo, op. cit., annexes, p. 35 ; Istorija L’vova v dokumentax..., op. cit., p. 70.
[62] Voir les multiples décrets repoussant l’examen de l’affaire (limitacii) sous Sigismond III : CDIA Ukraïni u L’vovi, fonds 129, inventaire 1, dossier 1 (année 1606) ; dossier 417 (1607) ; dossier 440 (1613) ; dossier 447 (1614) ; dossier 457 (1615) ; dossier 466 (1617) et dossier 494 (1625).
[63] A. Krylovskij, L’vovskoe Stavropigial’noe bratstvo, op. cit., annexes, p. 41-42.
[64] Ibid., p. 44-45.
[65] Les actes de la procédure judiciaire de 1623 sont publiés dans A. Petrushevich, op. cit., p. 277-283 ; AJuZR, chap. 1, t. XII, p. 543-549.
[66] Les différentes interprétations de ce procès agrémentées de quelques imprécisions sur le jugement rendu par les conseillers municipaux sont exposés chez D. Zubrzycki, Kronika..., op. cit., p. 259-260 ; W. Lozinski, Patrycyat i mieszczanstwo lwowskie w XVI-XVII wieku (en polonais, Le patriciat et la bourgeoisie de L’viv aux XVIe-XVIIe siècles), Lwow, 1892, p. 339.
[67] D. Zubrickij (D. Zubrzycki), Letopis’ L’vovskogo Stavropigial’nogo bratstva (en russe, Chronique de la confrérie stavropégiale de L’vov), L’vov, 1926 (rééd. de l’éd. de 1850), p. 49.
[68] Par exemple, durant le séjour du roi à L’vov en 1621, les Ukrainiens ne purent le convaincre de leur bon droit dans la procédure qui les opposait au conseil municipal. Le roi avait cependant accepté leurs riches présents (tapis persans et luxueux tissus orientaux), ibid., p. 256.
[69] La confrérie utilisa son droit d’exclure les prêtres soupçonnés de nourrir des sympathies pour l’Union. Voir I. Mic’ko, « L’vivsk’ki svjashcheniki ta vchiteli ostann’oï chverti XVI - perchoï tretini XVII st. », dans Uspens’ke bratstvo i jogo rol’v ukraïns’komu nacional’no-kul’turnomu vidrodzhenni. Dopovidi ta povidomlenija naukovoï konferenciï 4-5 kvitnja 1996 roku, L’vov, 1996, p. 13 (en ukrainien, « Les prêtres et les enseignants de L’vov [dernier quart du XVIe - premier tiers du XVIIe siècle] », dans La confrérie de la Dormition et son rôle dans la renaissance nationale et culturelle ukrainienne. Conclusions et communications de la conférence scientifique des 4-5 avril 1996).
[70] A. Petrushevich, op. cit., p. 293. A. Krylovskij date par erreur le mandat de Sigismond III de 1629, année du synode de L’vov convoqué pour réunir la « Rus’ et le Russja », c’est-à-dire les Uniates et les Orthodoxes. A. Krylovskij, L’vovskoe Stavropigial’noe bratstvo, op. cit., p. 103.
[71] A. Krylovskij, L’vovskoe Stavropigial’noe bratstvo, op. cit., p. 105-107.
[72] Katalog pergamentnix dokumentiv Central’nogo derzhavnogo istorichnogo arxivu URSR u L’vovi. 1233-1799 (en ukrainien, Catalogue des documents sur parchemin conservés dans les archives historiques centrales de la République soviétique d’Ukraine à L’vov : 1233-1799), no 830, Kiïv, 1972, p. 418.
[73] Contrairement à ce qu’avançait D. Zubrzycki, le mandat du 20 février 1637 ne contenait pas la confirmation du droit de patronage. D. Zubrickij (D. Zubrzycki), Kronika..., op. cit., p. 283 ; Id., Letopis’..., op. cit., p. 58-59. Seul l’abus de l’usage de ce droit par le conseil municipal est mentionné dans le texte. A. Krylovskij, L’vovskoe Stavropigial’noe bratstvo, op. cit., p. 113.
[74] CDIA Ukraïni u L’vovi, fonds 52, inventaire 1, dossier 152, folio 162.
[75] A. Krylovskij, L’vovskoe Stavropigial’noe bratstvo, op. cit., annexes p. 208-209.
[76] AJuZR, chap. 1, t. XI, p. 328.
[77] A. Krylovskij, L’vovskoe Stavropigial’noe bratstvo, op. cit., annexes p. 113-114.
[78] D. Zubrzyckij, Kronika..., op. cit., p. 287.
[79] Ibid., p. 289.
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