2004
XVIIe siècle
L’équivoque d’une célébration : les fêtes du mariage de Louis XIII et d’Anne d’Autriche à Bordeaux (1615)
Marie-Claude Canova-Green
Goldsmiths College, University of London.
Le 18 octobre 1615, après des années de négociations rendues plus difficiles encore par l’opposition huguenote au mariage en France, Louis XIII épousait l’Infante d’Espagne, tandis que sa s
œur Élisabeth était unie à l’Infant Don Philippe, futur roi d’Espagne. Cet événement était censé mettre fin définitivement à la longue rivalité politique et territoriale entre les deux puissances. Aussi bon nombre de publications célébrèrent-elles le double mariage princier en des termes dithyrambiques et se firent-elles l’écho des fêtes somptueuses organisées pendant près de deux mois des deux côtés de la frontière. Bordeaux, notamment, fière de sa longue tradition d’accueil
[1] offrit, le 29 novembre, une entrée magnifique au couple royal avec arcs de triomphe, ballet, pastorale et autres tournois. Une riche iconographie ornait les architectures éphémères, de nombreuses comparaisons et métaphores érudites émaillaient les discours officiels, dont le but évident était de célébrer le mariage et la consolidation des relations pacifiques entre la France et l’Espagne
[2]. Mais ces images étaient essentiellement ambivalentes, ambiguës même. En effet elles servaient moins à construire des représentations paradigmatiques du mariage et de l’union qu’à forger un ensemble de fictions destinées à affermir politiquement un royaume en pleine période de reconstruction. Comme telles elles articulaient les mêmes questions de pouvoir souverain et d’impérialisme que les autres rituels monarchiques du règne
[3], d’une manière qui ne pouvait que remettre en question les présupposés politiques du double mariage. C’est précisément cette tension entre le dit et le non dit de la célébration que nous nous proposons d’étudier ici.
Les fêtes qui marquèrent le long séjour du roi et de la cour à Bordeaux à l’automne 1615
furent multiples et variées. Il y eut tout d’abord son arrivée et entrée dans la ville le 7 octobre ; puis son mariage et celui de sa s
œur Élisabeth par procuration, à Bordeaux et à Burgos, simultanément, le 18 octobre ; le départ de la princesse pour l’Espagne, le 21 octobre ; la réception des
Champs Elyziens offerte à Louis XIII par les Jésuites en leur collège de Bordeaux, le 8 novembre, pour tromper l’ennui de l’attente ; l’échange des princesses sur la Bidassoa, le 9 novembre ; l’entrée et la réception d’Anne d’Autriche à Bordeaux, le 21 novembre ; la bénédiction nuptiale de Louis XIII et de la nouvelle reine à l’église Saint-André, le 25 novembre ; l’entrée solennelle des souverains dans Bordeaux, le 29 novembre, qui fut suivie d’une réception à l’hôtel de ville comprenant pastorale, collation, combats de géants et de chevaliers de l’Amour ; de nouveaux tournois sur les places de la ville les jours suivants ; la réception des deux reines au collège jésuite, le 5 décembre, à l’occasion de laquelle fut représentée une pièce sur
L’Avènement à la couronne du Roy Salomon ; la représentation d’une autre pastorale au collège jésuite, le 6 décembre ; le feu d’artifice donné sur la grand-place des Chartreux, le 8 décembre ; un second feu d’artifice, tiré sur l’eau cette fois, et une bataille navale, le 15 décembre ; et finalement le départ de Louis XIII, des reines et de la cour le 17 décembre. Le retour à Paris n’eut lieu que le 16 mai suivant, avec tout l’apparat d’une entrée solennelle. Rappelons aussi que l’annonce des mariages en 1612 avait été le prétexte de multiples réjouissances dans la capitale et ailleurs, et notamment d’un splendide carrousel, dit du
Palais de la Félicité, donné sur la place Royale, à Paris, en avril 1612
[4].
Étant donné les enjeux politiques des mariages franco-espagnols, les diverses relations
[5] de ces fêtes ne sauraient constituer un « vrai » compte rendu de l’événement (à supposer même que pareil compte rendu fût possible). II s’agit plutôt d’une suite, voire d’une répercussion du mariage, version officielle en quelque sorte de cérémonies ayant eu lieu plusieurs semaines, ou même plusieurs mois auparavant, avec tout ce que cela implique de re-création et de re-construction de l’événement, dans le cadre à la fois d’une exaltation d’une union controversée et d’une glorification, à interdiscours polémique, des instances organisatrices, pouvoirs municipaux ou ordres religieux. Ce que l’iconographie des architectures éphémères suggérait, et que les harangues et vers chantés, déclamés ou présentés aux souverains explicitaient dans un effort d’actualisation de paradigmes conventionnels, le discours discursif des relations postérieures achevait de l’élucider et de l’expliquer en imposant une interprétation unique du foisonnement de toutes ces images polysémiques, qui dépassait largement le sens immédiat de l’événement. La célébration de l’union finissait par être occultée au profit d’une mise en avant du rayonnement du prince dans le ciel français et de son action dans le monde extérieur, l’union elle-même ne servant plus que de tremplin à un plein accomplissement de la puissance royale française, conçue comme potentialité infinie.
C’est donc à plusieurs niveaux qu’il convient de lire la symbolique des fêtes bordelaises et de leurs relations. À un premier niveau était bien entendu célébré un mariage royal, celui du jeune Louis XIII et de l’Infante Anne d’Autriche. Toutefois le vocabulaire emblématique convoqué pour dire ce mariage n’avait rien que de très conventionnel. Véritable répertoire culturel commun de l’Europe de la Renaissance, il avait déjà servi en pareille occasion et servirait à nouveau. Seuls quelques indices référentiels, tantôt visuels comme le portrait « au vrai » des époux royaux, présence visible du référent historique dans la composition, ou l’utilisation d’emblèmes héraldiques, tantôt discursifs tel l’adjectif qualificatif de nationalité ou le nom lui-même et son monogramme, permettaient d’actualiser les images. Ainsi le fronton de la porte du Chapeau Rouge par laquelle Louis et Anne firent leur entrée à Bordeaux s’ornait-il d’un tableau qui « representoit auec plus de naïfueté », d’un côté le roi et la reine, de l’autre Philippe et Élisabeth, « vestus d’habits superbes & royaux, chacun selon la deuise de leurs Corônes, [qui] se tenoiêt par la main en signe de foy, & de loyauté mutuelles. Leurs images estoient separées, par celuy de la Reyne Mere, qu’on voyoit au milieu, sans qu’il fist remarquer de parade en ses habits »
[6]. Deux anges semblaient descendre du ciel offrir des couronnes de laurier aux nouveaux mariés. Pour faciliter encore la lecture de ce tableau, les armes de France, d’Espagne et de Florence avaient été peintes sur des rouleaux de bois. Il est intéressant de constater que cette actualisation maximale du mariage figurait sur la première architecture du parcours, celle qui devait justement, au dire de Ménestrier, « exposer l’occasion de la venue ou y faire allusion »
[7]. Ailleurs c’étaient le coq, emblème de la France
[8], et le lion, figure héraldique des rois de Léon
[9], à moins qu’il ne s’agît du lis
[10] et de la grenade
[11], l’un des emblèmes personnels d’Anne d’Autriche, qui venaient rappeler la nationalité ou l’identité des époux. Cette dernière association serait reprise en 1620 pour l’entrée d’Anne d’Autriche dans Reims le 6 octobre. L’un des emblèmes utilisés pour la décoration des arcs représentait en effet un plant de grenade
qui estoit plaisamment joinct et lié avec le beau Tige d’un Lis naturel, par un riban de soye dont les replis estoient formez en nœud d’Amour. Ce beau Tige n’avoit qu’une seule Fleur, non plus que ce beau Plant une seule pomme. Ilz estoient l’un et l’autre coronnez de coronnes Royalles, et arrosez d’une eau toute perlée comme une eau de rosée, qui degoutoit d’un riche Vase d’or, tenu et panché par une puissante Main qui sortoit d’un Ciel. [12]
Quant aux noms ou monogrammes entrelacés de Louis et d’Anne, ils semblent avoir surtout été utilisés pour les feux d’artifice donnés le 8 et le 15 décembre à Bordeaux
[13], conformément à une pratique courante décrite par tous les auteurs de traités pyrotechniques de l’époque
[14].
Comme tous les autres mariages royaux ou princiers d’alors, le mariage de Louis XIII et d’Anne d’Autriche fut évoqué sur les arcs ou dans les discours accompagnateurs en termes conventionnels d’amour, d’union et de concorde, les concepteurs allant souvent jusqu’à réutiliser des détails iconographiques présents dans les recueils d’emblèmes, de devises et d’autres ouvrages hiéroglyphiques
[15] ou tirés de sources latines anciennes tel le traité d’
Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Tous les registres s’y mêlaient, le végétal avec le motif de deux « palmes »
[16] ou « palmiers »
[17] entrecroisés, celui du lierre enlaçant un laurier
[18], probablement inspiré du très ancien topos matrimonial de la vigne et de l’orme (sinon de sa variante plus érotique de l’arbre et du lierre)
[19] ou encore celui de la branche de pêcher greffée sur un laurier
[20], ou même le tableau d’un verger, dit royal, où deux arbres mâles, le palmier et le cèdre, et deux arbres femelles, l’olivier et le laurier, s’entrelaçaient artistiquement en lacs d’amour
[21] ; on trouvait également le registre anatomique avec la représentation de quatre c
œurs couronnés et liés par une chaîne d’or en lacs d’amour
[22], et bien d’autres encore
[23]. Le discours astrologique n’était pas non plus oublié puisque le couple formé par Louis XIII et Anne d’Autriche était dit s’apparenter à la conjonction du soleil et de la lune, dans une adaptation libre du couple monarchique Apollon - la Lune fixé au XVI
e siècle
[24]. Plus original, en revanche, était le grand tableau ornant le frontispice de la porte Médocque, le jour de leur entrée, « dont le dessein estoit vne docte & ingenieuse antithese du Soleil Roy des Astres dans le signe de la Vierge ; & du Roy, Soleil de la terre au sein de son espouse royalle »
[25]. Garasse devait préciser qu’encore que l’accomplissement du mariage n’eût pas eu lieu sous le signe de la Vierge, comme le laissaient supposer les vers de l’inscription :
Si de la Vierge à l’œil bruslant
Le Soleil aborde le signe,
Ce Roy dans son sein va coulant
Comme dans vn seiour plus digne. [26]
mais sous celui de la Balance, ce dernier signe était parfaitement approprié à un mariage car il est celui du bonheur.
D’autres couples de divinités païennes furent aussi convoqués dans les textes des relations et autres publications plus tardives pour dire l’union royale franco-espagnole. Ainsi le récit fabuleux de Morilhon optait-il pour l’assimilation du roi au héros Persée, Anne y apparaissant non pas en Andromède (qui signifiait la France
[27]) mais en Hésioné, figure empruntée, elle, à la légende herculéenne
[28], tandis que le roman mythologique à clefs de Puget de la Serre choisissait de mettre en scène
Les Amours du Roy et de la Reine. Sous le Nom de Jupiter & de Junon, Auec les Magnificences de leurs Nopces
[29].
Le couple formé par Jupiter et Junon semble d’ailleurs avoir été l’un des prototypes les plus courants utilisés par les panégyristes
[30], et cela dès la Rome impériale, le mariage de Zeus et de Héra étant censé figurer l’union primordiale du ciel et de la terre, qui se renouvelle symboliquement chaque printemps. Ce thème sous-jacent du
hieros gamos avait valeur de promesse de fécondité de l’union, et plus largement d’espoir de renouveau politique
[31].
À cela s’ajoutait la présence inévitable du dieu même de l’Amour dans les emblèmes, devises et autres tableaux décorant les architectures éphémères, sous les traits soit de petits Cupidons ailés, soit de ce jeune Amour folâtre ou « chaste amour deualisé », que dépouillaient de ses armes Louis, Anne, Philippe et Élisabeth, comme sur le tableau ornant chez les Jésuites l’arc de triomphe du Bocage de Vaillance
[32], soit encore de ces petits Antéros, ou « contr’amours », champêtres, qu’on voyait occupés à jardiner sur l’un des tableaux apposés sur la porte du Verger de Vigilance, et à qui Hymen, autre divinité traditionnelle du mariage, faisait signe de venir rendre hommage au roi
[33]. À moins qu’entre les colonnes du Portal de Clémence, « la guirlande de fleurs en teste, [ils ne] lioyent deux sceptres & deux couronnes auec vn chesnon d’or, & le Dieu Hymen, qui faisoit le n
œud auec ce mot :
Tantae molis erat »
[34].
Signe d’un rapprochement entre deux peuples, deux royaumes (les allégories de la France et de l’Espagne s’embrassaient dans une niche des tours du Palais de la Félicité élevé pour le carrousel de 1612
[35]), ce mariage de Louis XIII et d’Anne d’Autriche allait être également et tout aussi conventionnellement décrit en termes de paix, d’abondance et de bonheur général. De paix tout d’abord, car la célébration d’un mariage royal ou princier dans l’Europe de la Renaissance faisait partie de ces traités conclus pour mettre fin à des guerres ou pour renouveler des alliances entre nations. La
discordia concors ou coïncidence entre contraires, productrice d’harmonie, que tout mariage était censé accomplir, se revêtait alors d’un sens supplémentaire de concorde entre ennemis, qui, dans le cas précis des Français et des Espagnols, étaient considérés comme plus incompatibles encore que l’eau et le feu
[36]. D’où la présence répétée d’Iris ou de son signe sur les architectures éphémères et sur la scène des divertissements conçus à l’occasion de cette alliance. Messagère des dieux, médiatrice entre le ciel et la terre
[37], et symbolique du rôle accordé aux femmes dans le lien mariage/paix, elle apparut incarnée par la princesse Élisabeth dans le
Ballet des Météores dansé en 1613, à qui le poète faisait dire :
Je suis le cher gaige des cieux
Et l’espoir du monde où nous sommes ;
Paraissant, j’asseure les hommes
Qu’ils ont paix avecques les Dieux :
Et les deux plus grands de la terre,
Pour chasser à jamais la guerre
Et leurs peuples bien reunir,
Ont de leur amour fraternelle
Accordé que pour l’avenir
J’en seray la chaisne eternelle. [38]
Pour l’entrée dans Bordeaux en 1615, une représentation au vrai de Madame aux côtés de l’Infant Philippe, sur la porte du Chapeau Rouge, la transformait de même curieusement en arc-en-ciel : « toutesfois vn arc en Ciel couuroit le visage de ceste Princesse, luy communiquant l’esclat de ces diuerses couleurs”
[39]. Là aussi rien que de très conventionnel puisque ce motif de l’arc-en-ciel avait déjà servi de corps à la devise de Catherine de Médicis un demi-siècle plus tôt
[40].
Ailleurs c’étaient d’autres scènes mythologiques qui étaient dépeintes pour traduire cet espoir de paix entre deux royaumes longtemps ennemis. À l’avant du bateau ou « maison navale » à bord duquel Louis XIII arriva à Bordeaux le 7 octobre 1615, était peint « vn petit Cupidon dans les nuées en posture de Iupiter tonnant, qui dardoit vn foudre dans la mer agitée : Neptune de genoux sur le riuage, le Trident bas en signe de recognoissance »
[41]. À moins que ce ne fût Mercure qui ne vînt, sur l’un des tableaux du Portal de Clémence imaginé par les bons pères jésuites, « appende[r] son Caducée, symbole d’eternelle paix », aux branches de deux palmiers entrelacés
[42]. Ou encore Castor et Pollux, les deux jumeaux, fils de Léda et de Jupiter, qui, comme au fronton du Palais de la Félicité en 1612, ne fussent « representez pour symbole de l’vnion de ces puissantes Couronnes, & pour presage de la tranquillité publique de toute la Chrestienté »
[43]. Sans oublier les motifs décoratifs omniprésents du rameau d’olivier ou des feuilles de laurier, symboles d’une paix victorieuse
[44].
Images de paix, mais aussi d’abondance, car l’abondance est le fruit de la paix, telles ces quatre sources d’eau et de vin qui jaillissaient du rocher décorant le char de Persée pour le carrousel de 1612 : « Ces sources representoient l’abondance, qui deuoient [sic] desormais regorger en ces deux puissans Royaume [sic], par le moyen de l’alliance de leurs Princes : Les couleurs de France & d’Espagne estans figurees, par le Blanc, & par le Rouge »
[45]. Telle est sans doute l’origine de la comparaison d’Anne d’Autriche à Pandore dans la relation par Morilhon de l’entrée bordelaise, de même que la récupération du mythe dans le discours adressé par Mercure aux époux royaux au portail du Zodiaque de Justice, quatrième pose de la réception de Louis XIII au collège des Jésuites
[46].
Paix et abondance allaient bien sûr de pair avec la conception d’un bonheur retrouvé. Deux motifs surtout servirent à l’exprimer en 1615 : la représentation allégorique de la Félicité, dont la demeure constituait la sixième et dernière pose du parcours triomphal élaboré au collège des Révérends Pères, et dont le palais s’était dressé sur la place Royale à Paris pour le carrousel de 1612 (c’est elle aussi que l’on retrouverait sous les traits de
Felicitas Publica, avec ses attributs du caducée de paix et de la corne d’abondance, symboles du bon gouvernement, sur le tableau que Rubens consacra à l’échange des princesses à Andaye
[47] dans la série conçue pour décorer le palais du Luxembourg) ; et l’évocation des champs Élysées, séjour des âmes des bienheureux dans la mythologie grecque. Cette dernière référence était motivée, comme l’explique Garasse dans sa relation des
Champs Elyziens, à la fois par l’assimilation du roi à un « second Orphée », « s’achemin[ant] plus heureusement que le premier, pour amener sa belle Eurydice des Espagnes », et par la traditionnelle localisation de ce lieu au-delà des Pyrénées, la France étant, naturellement, dite « aussi belle par-dessus les Espagnes, qu’estoit le Paradis terrestre sur ces champs fabuleux »
[48]. La troisième pose de la réception au collège des Jésuites introduisait un motif supplémentaire, celui du jardin des Hespérides, que la tradition antique situait également en Espagne, mais que les concepteurs du programme posaient maintenant en Guyenne du fait de la « beauté », de l’ « assiette » et des « commoditez » du pays
[49]. Autre référence mythologique possible, mais délaissée ici, le séjour des îles Fortunées
[50] dont on sait qu’elle allait faire le dessein du masque des
Fortunate Isles, and their Union, donné à Whitehall en janvier 1625 à l’occasion du mariage de Charles I
er d’Angleterre avec une autre s
œur de Louis XIII, la princesse Henriette-Marie. Vu la situation géographique de la Grande-Bretagne, son excentricité par rapport aux continent, ce motif s’imposait davantage, d’autant plus qu’il servit moins à chanter l’union de Charles et d’Henriette-Marie que l’orgueil nationaliste du royaume, sa fière séparation du reste du monde.
Rien d’étonnant alors à ce que l’évocation d’un lieu idyllique, situé « vers les confins du monde »
[51], se soit doublée de l’espoir d’un retour de temps meilleurs, tel ce « siecle d’or delicieux » souhaité par les ombres qui saluèrent Louis XIII au Portal de Clémence, première pose de la réception que lui offraient les Jésuites en leur collège
[52]. D’où cette image à la fois biblique et classique d’une terre promise où coulent le lait et le miel, d’un lieu éternel de plaisance
[53], que suscitèrent les vers de Malherbe pour le berger du
Ballet de Madame (dit encore du
Triomphe de Minerve), dansé à Paris peu avant le départ de la cour pour Bordeaux :
Vn siecle renaistra comblé d’heur & de ioye,
Où le nombre des ans sera la seule voye
Tout y sera sans fiel comme au temps de nos peres :
Y piqueront sans nuire, ou ne piqueront pas.
La terre en tous endroits produira toutes choses :
Tous metaux seront or, toutes fleurs seront roses,
L’an n’aura plus d’hyuer, le Iour n’aura plus d’ombre :
Et les perles sans nombre
Germeront dans la Seine au milieu des grauiers. [54]
Dès lors s’expliquait le choix du printemps comme cadre du tableau déjà mentionné de Rubens, car si cette saison était bien en un sens anachronique, l’échange des princesses ayant eu lieu en novembre, elle était en revanche hautement significative sur un plan symbolique. N’était-elle pas en effet promesse de fécondité et pour le couple royal et pour les deux royaumes ? Et s’éclairait aussi le sens du décor bucolique de « plaisante & aggreable verdure » conçu pour le Bocage de Vaillance, cinquième pose de la réception au collège de Bordeaux. La référence à une Arcadie virgilienne de bergers et d’amours venait y traduire l’aspiration à une paix idyllique, synonyme de douceur de vivre et de prospérité enfin retrouvées : « Quatre bergers vestus à la Royalle, desireux d’auoir part à la celebrité, marquans allegoriquement par leurs noms & deuises, les quatre Princes alliez, monstrerent à leurs jeux & esbats champestres, la joye, & l’esperance d’vn beau siecle d’or, qu’ils auoient conceu à l’occasion de ce Royal Mariage. »
[55]
Topos de la littérature encomiastique sous la Renaissance, le thème de l’âge d’or et son cortège de motifs paraissaient tout particulièrement appropriés à la célébration d’une alliance qui cimentait la paix entre deux nations souvent en guerre l’une contre l’autre. Aussi avait-il déjà servi un demi-siècle plus tôt pour les réjouissances qui marquèrent l’entrevue de Bayonne entre Charles IX, sa mère et sa s
œur Élisabeth, épouse de Philippe II d’Espagne
[56]. De même resservirait-il un demi-siècle plus tard pour l’entrée de Louis XIV et de Marie-Thérèse d’Autriche dans Paris le 26 août 1660. Sur la tapisserie feinte posée au-dessous du fronton de l’arc de la place Dauphine, étaient « representez le Roy & la Reyne assis dans vn char qui est conduit par le Dieu Hymen, & tiré par vn Cocq & vn Lion. A l’vn des costez de ce char est la Concorde qui tient vn faisseau d’armes, dont elle renuerse la discorde & la guerre, de l’autre costé est la Paix couronnée d’oliue ; d’vne main elle tient vne corne d’abondance, & de l’autre elle rapelle les Arts & les Sciences qui auoient esté banniës pendant la guerre »
[57]. En fait le thème du
redeunt Saturnia Regna constituait la trame de la plupart des entrées royales non seulement à l’occasion de mariages dynastiques, mais aussi en début de règne ou après des périodes de troubles, comme si en lui fusionnaient, dans une communauté d’intérêts, à la fois le rêve édulcoré du petit peuple et l’engagement du monarque à restaurer un âge de prospérité dans le royaume par la justesse de sa loi, le maintien (ou le rétablissement) de la paix et la libéralité de son règne.
Actualisé dans un premier temps par la présence de signes référentiels, qui permettaient de le rapporter à un mariage particulier, ce vocabulaire emblématique traditionnel d’union, de paix et d’harmonie s’articulait également autour de questions politiques bien d’actualité qui mettaient le mariage et sa célébration au service des intérêts de l’Église universelle et, en fin de compte, à celui de la propagande monarchique des Bourbons. Emblèmes décoratifs comme discours encomiastiques mettaient continuellement l’accent sur la convenance et la prédestination du double mariage royal. Comme devait l’affirmer le doyen de l’église Saint-Séverin à Bordeaux,
Dieu y a presidé & en est le premier autheur. L’aliance à esté faicte dans le ciel de la main toute puissante, qui seule faict le mariage des Roys ; desseignée sur la terre par le feu Roy Henry le grand vostre pere d’heureuse memoire ; requise par les trois ordres de ce Royaume aux Estats Generaux de la France ; tres sagement conduite par l’accoustumée prudence de la Reyne vostre mere ; & tres-heureusement accomplie par la providence divine au gré & contentement de vos Majestés. [58]
Plusieurs des gravures réalisées à l’occasion des mariages montraient de fait la colombe du Saint-Esprit au-dessus de la tête des époux royaux, qu’unissait un ange ou le pape
[59]. Plus allusive, la devise que portait Pan à la quatrième pose du parcours allégorique suivi par Louis XIII chez les Jésuites avait pour corps « vne main sortant des nuës toute rouge de feu eslançant vn tonnerre contre terre » et pour âme
Quis tendere contra ? « pour dire qu’il n’y a puissance icy bas, qui se puisse opposer au dessein de ceste royale alliance »
[60].
Pour preuve de cette prédestination, les panégyristes avancèrent dans les relations l’extraordinaire convenance entre le roi et l’Infante ; et nul ne fut plus explicite à cet égard que le rédacteur du Mercure françois :
[...] ils trouueront que le ciel offre ces Alliances auec la main, pour y voir vne tres-heroïque correspondance entre les deux subiects ; car le nom du Roy Loys de Bourbon, qui contient treize lettres ; il auoit treize ans lors que le mariage fut resolu, & il est le treiziesme Roy de France du nom de Loys. L’Infante Anne d’Autriche a aussi treize lettres en son nom, son aage est de treize ans, & treize Infantes de mesme nom se trouuent dans la maison d’Espagne. La stature reciproque de leurs corps est tellement esgalle qu’il semble que la nature ait desrobé le compas à la mathematique, ou pris sur l’vn le modelle de l’autre. Leurs conditions sont tellement esgalles, qu’ils ne se peuuent plaindre l’vn de l’autre, puis qu’vn Catholique dône ce qu’vn tres Chrestien reçoit. [61]
Tout un jeu sur les divers anagrammes du nom de l’Infante déclinait les aspects de cette prédestination sur les architectures éphémères érigées pour l’entrée du couple dans Bordeaux.
Couronnement de la politique de rapprochement avec l’Espagne voulue par Marie de Médicis, ce mariage était significatif à plus d’un titre. Sa conclusion laissait tout d’abord espérer la fin des troubles qui avaient déchiré le royaume pendant la Régence. La Sibylle persique avait ainsi annoncé au grand carrousel de 1612 :
Que Bellone & Mars se detachent,
& de leurs cauernes arrachent
Tous les vents des seditions. [62]
Promesse en outre de coopération étroite avec la maison d’Autriche, elle était aussi synonyme de bonheur pour toute l’Europe
[63], ainsi que de paix et de prospérité pour l’ensemble de la Chrétienté
[64]. Plus concrètement, cette coopération devait déboucher sur une lutte contre les hérésies protestantes à travers l’Europe afin de faciliter l’avènement de la Contre-Réforme. C’est ainsi que Persée avait défilé sur son char au carrousel de la place Royale en 1612, traînant après lui, enchaîné et le cou percé d’un dard, l’orque qu’il avait vaincu, dans une pose réminiscente de celle du monstre conduit par la fille du roi dans l’histoire de saint Georges, pendant chrétien de Persée, rapportée dans
La Légende dorée
[65]. Comme on pouvait s’y attendre, les réjouissances organisées dans la très catholique Espagne pour le double mariage royal, et plus particulièrement pour la réception d’Élisabeth à Madrid, recoururent à une iconographie plus ouvertement chrétienne pour traduire ces aspirations. Des quatre chars triomphaux qui défilèrent dans la capitale espagnole le 21 décembre 1615, le premier, celui de la Paix, s’ornait en son sommet d’une église, entourée des allégories de la Foi et de l’Espérance, accompagnées d’animaux emblématiques :
Era sostenuta nella cima di questo carro vna Chiesa [...]. Va sopra la fonte di sette canali che sono li suoi sette Sagramenti. Et in significatione di ciò che dalla tranquillita di questa Pace, ha da redundar generalmente giubilo in Cielo, e bene alla Christianità. Dice la Lettera Gloria in excelsis Deo, & in terra pax hominibus. Della vita eterna vanno sotto il Tempio, la fede, la speranza, e la Lettera dice. Per fidem in spem. Per significare che per l’vtilita che da questa Pace, laqual segue entrambii Realmi, si spera che la fede se n’andrà augumentando, & per lei si conseguirà la speranza. Vanno assise sopra vn Sitial, e nelle mani due coronne abbracciate, e la Fede con l’armi di Spagna, e la Speranza con quelle di Francia, & alla porta del Tempio vn Leon, & vn Delfino, con gli scudi di dette armi, la Lettera dice
Sta il mezzo e ‘l fine, e senza fine.
[66]
L’union avec l’Espagne faisait également renaître l’espoir, maintes fois exprimé au cours des festivités nuptiales comme dans leurs relations, d’une nouvelle croisade contre les Ottomans et d’une libération des Lieux saints. Dès 1612 les prophéties mises dans la bouche des assaillants des quadrilles des chevaliers de la Gloire et de la Fidélité, comme des Nymphes de Diane, annonçaient toutes la défaite prochaine du turban et le rétablissement de la vraie foi dans les terres Idumées
[67]. Or de l’espoir de reconquête de la Palestine à des visions quasi messianiques de monarchie universelle, il n’y avait qu’un pas vite franchi dans la plupart des textes
[68].
Pour l’immédiat, toutefois, les panégyristes semblaient envisager un partage purement politique du monde entre les deux royaumes alliés de la France et de l’Espagne : le poète Durand prêtait ainsi ces vers aux Machlyennes du Ballet du Triomphe de Minerve :
Et puis l’Iberien qui borne nos riuages
C’est asseurer qu’il faut reduire en deux partages,
Ce que les premiers Dieux diuiserent en trois. [69]
Tel avait été aussi le sens de la machine conduite par la quadrille des Chevaliers du Lis en 1612, dont l’iconographie ramenait au dessein spécifique du carrousel, à savoir la célébration du tout récent accord des mariages franco-espagnols :
C’estoit vn grand Piedestal d’or, porté sous quatre roües azurees, couuert par les costez de grands trophees d’armes dorez, & argentez. Il y auoit au dessus du Piedestal deux grandes Couronnes de fleurs de Lyz d’or, soustenuës par six colomnes dorees, [...] portants depuis le haut, iusques en bas toutes sortes de trophees d’armes, entassees les vnes sur les autres, comme espees, lâces, tambours & autres. L’on voyoit au dessous des [sic] ces deux grandes Couronnes, vne infinité d’autres petites couronnes.
Le commentaire ne laissait subsister aucun doute sur la visée sous-jacente d’impérialisme commun : « Ceste Machine represêtoit les deux grandes Couronnes de France, & d’Espagne, qui ayants esté vnies par l’alliance de leurs Princes, tenoient soubs leur suiection toutes les autres Couronnes du monde »
[70]. Cette aspiration à une domination conjointe du monde, marquée dans un premier temps par la figure d’une couronne ouverte ou fermée, allait être également traduite par un autre emblème impérial, celui de l’aigle aux ailes étendues
[71] soutenant les deux couronnes de France et de Castille, qui faisait le sujet du tableau apposé sur le fronton de la Porte du Chapeau Rouge le 29 novembre 1615
[72]. Enfin, parmi les gravures effectuées à l’occasion des mariages, deux, intitulées respectivement « Hommage des quatre parties du monde sur le subiect de la S. alliance des tres-puissans roys de France, & d’Espagne » et « Mariage de Louis XIII à Bordeaux », mettaient en scène, avec quelques différences dans la composition, les figures allégoriques des quatre continents au pied des deux couples royaux
[73].
Derrière cet accord de façade entre la France et l’Espagne, se dissimulaient cependant les prétentions plus nationalistes de la part des Bourbons. Loin de manifester un désir de partage réel d’influence et de souveraineté avec l’Espagne, les emblèmes et autres images retenues n’envisageaient en fait l’instauration de la paix avec la maison d’Autriche que comme un moyen destiné à faciliter l’avènement de la France à la domination suprême sur la Chrétienté. L’alliance n’apportait pas l’égalité entre les deux puissances nouvellement réconciliées, ni l’abandon de leur traditionnelle rivalité, elle venait plutôt consacrer la suprématie de la France en Europe et, imaginairement, dans le monde.
Aussi, pour l’entrée de Louis XIII et d’Anne d’Autriche dans Bordeaux, l’un des emblèmes décorant le soubassement des piliers de la porte Médocque représentait-il « des coqs chantans sur le dos des Lions »
[74], comme pour signifier la domination française sur l’ennemie de toujours. En outre la plupart des thèmes et motifs choisis sur les architectures éphémères pour dire le voyage du roi en Guyenne, pour aller au devant de sa future épouse, n’étaient-ils pas foncièrement ambivalents ? Qu’on en juge : le tableau que les Jésuites avaient placé sur l’un des côtés du Portal de Clémence représentait un essaim d’abeilles parties butiner dans les jardins d’Ibérie, dont le roi – assimilé explicitement à Louis XIII – était dit « porté par le noble desir d’vne royale & excellente fleur, qui commence à esclorre en ce beau jardin de plaisance : fleur que le ciel luy a faict naistre, que les Nymphes luy abbreuuent soigneusement de Nectar, & que les chastes Amours gardent plus fidellement, que les Dragons leurs belles pommes d’or »
[75]. Comparaison qui semblait comme appeler le dessein de la troisième pose de cette même réception, puisque y était précisément évoqué le jardin des Hespérides, que la tradition situait également en Espagne. De là à identifier Anne à ces pommes d’or volées par Hercule, il n’y avait qu’un pas, sans doute franchi dans l’esprit des spectateurs les plus avertis, comme y incitait cette adresse au roi : « ie fais offre tres-humble à vostre Majesté, par l’ouuerture des portes & auenues de ce beau pômier d’or, qui s’estimera plus heureux d’estre despouïllé & butiné de vous, que regardé des autres »
[76]. Et que dire de la comparaison initiale faite par Garasse du roi à un second Orphée ramenant sa belle Eurydice des Espagnes traditionnellement décrites comme les « Champs Elyziens du monde »
[77] ?
Mais c’est la référence concrète au mythe de Jason et des Argonautes, voulue par les jurats de Bordeaux pour l’entrée du roi, qui est sans nul doute la plus chargée d’ambiguïté. Louis XIII arriva ainsi dans la capitale de la Guyenne à bord d’un bateau tout couvert d’emblèmes, dont l’un faisait « le parangon de ce vaisseau auec celuy d’Argo, qui estoit representé dans le cercle de laict, suyuant sa positure Astrologique, la toyson estendue au lieu de voiles, Typhis au gouuernail »
[78]. Plus explicite encore fut l’emblème (et son commentaire) décorant l’une des carènes qui servirent à l’échange des princesses sur la Bidassoa le 9 novembre :
Mais il se fust bien gardé de la conferer auec celle-cy [la carène], qui n’estoit pas chargée de la toison d’or seulement, ains de la Princesse de la toison d’or, & des plus riches despouïlles, que l’Espagne porta jamais. Et en effect, c’estoit le contenu d’vn des emblemes representez en la carene royalle, où l’on voyoit vn batteau dans les nuées comme vne constellation nouuelle, au lieu du nauire Argo, auec ces vers au dessouz,
Neu mihi se Typhis, neu se mihi conferat Argo,
Quae vellus aureum tulit :
Plus aliquid potui, Reginam velleris aurei
Et VELLVS HISPANVM tulit. [79]
La Toison d’or représentant un ordre de chevalerie dépendant du roi d’Espagne
[80], elle était devenue pour les contemporains un symbole de la péninsule Ibérique. Aussi le thème de sa conquête se prêtait-il aisément à des allusions politiques dans un contexte espagnol, et notamment à la célébration d’un mariage franco-espagnol
[81]. Il serait ainsi plusieurs fois utilisé pour les festivités du mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse d’Autriche un demi-siècle plus tard
[82], où ses connotations de vol et de rapine mirent en lumière la réalité de l’accord entre les deux puissances. Avec la main de l’Infante et le traité des Pyrénées, la France victorieuse de son ancienne ennemie obtenait en effet or et provinces, tout en se réservant la possibilité de revendiquer les droits de Marie-Thérèse à la succession de son père. Avec la Toison s’envolait la richesse d’une nation. Rien de tel toutefois en 1615, mais le thème n’en annonçait pas moins une récupération à des fins impérialistes – dans les deux sens – de l’alliance avec l’Espagne.
Pourquoi s’étonner alors que ce soit au roi de France que fut dit revenir de droit l’aigle du Saint Empire romain germanique ? Après avoir prophétisé la défaite des Ottomans, Mercure ajoutait, au moment où Louis XIII s’approchait du Zodiaque de Justice au collège de Bordeaux : « Il me restoit encores à recouurer [...] de Iupiter ses AIGLES, qu’il faict seruir à l’Empire Romain. C’est à vous, Sire, que les Dieux ont gardé la recouurance de ces deux pieces escartées de long temps, & à tort, de vostre Royalle maison »
[83]. C’était à lui en effet qu’il appartenait de mener la croisade contre les Infidèles et de reconquérir la Terre sainte. Mission que les prophéties des Chevaliers de la Fidélité au carrousel de 1612 lui avaient déjà confiée :
C’est toy seul que le Ciel destine
Au secours de la Palestine
Et qui dois chasser du Liban
Les testes de blanc estoffees,
Et faire adjouster le Turban
A l’ornement de tes Trophees. [84]
Plus hyperboliques encore, celles des Chevaliers du Phénix l’avaient imaginé en monarque universel :
[...] ta valeur sans seconde,
Doit faire viure vn iour le monde,
Sous vne mesme Loy d’vne mesme façon. [85]
Traduisant visuellement ces ambitions impérialistes de la monarchie, les Chevaliers de l’Univers avaient exhibé sur leur char un grand globe céleste surmonté d’une couronne sommée d’une fleur de lis
[86]. En 1615 le vocabulaire n’avait pas changé. La devise qu’arborait Diane au collège des Jésuites avait pour corps « trois croissans d’or, rangez en triangle auec ce mot,
Donec totum impleat orbem : qu’elle n’auroit pas de patience, ny de contentement, qu’elle ne vist tout le rond de la terre courbé sous les loix de sa Majesté »
[87]. Et quoi de plus naturel que de faire désormais servir l’hommage des quatre parties du monde à la reconnaissance unique de la souveraineté française ? Aussi, pour le feu d’artifice donné sur la grand-place des Chartreux à Bordeaux le 8 décembre, vit-on apparaître, au sommet d’une machine à laquelle on mit le feu, une grande couronne [celle de France] soutenue par quatre vertus, que plusieurs petites statues représentant diverses nations tentaient en vain d’abattre avant d’être d’elles-mêmes mises en pièces et que quatre rochers ne fissent « esclore les quatre parties du monde, auec tout ce qu’elles recellent de rare & de beau, pour l’offrir à ceste Coronne »
[88].
Seule inflexion de la louange, ces visées furent parfois rapportées dans la célébration du mariage non tant à Louis XIII lui-même, qu’au dauphin attendu de ce mariage, qui, héritier du sang de Charles Quint et de celui des rois de France, mériterait d’être un second Charlemagne
[89]. Sur lui se cristallisait l’utopie politique qui faisait de la personne quasi divinisée du souverain le restaurateur de cet âge d’abondance et de paix qui verrait le triomphe final du christianisme, comme l’annonçaient les prophéties dites justement du second Charlemagne. L’une des deux médailles offertes par la ville de Bordeaux aux souverains « auoit d’vn costé le pourtraict de leurs Majestez au naturel, se tenâs par la main, le champ semé de Dauphins celestes & marins, auec cét escrit autour,
Vt fulget Caelo, natat aequore, regnet in orbe, Pour signifier qu’ils souhaittoient vn Dauphin à leurs Majestez, pour regner en terre comme les autres Dauphins esclairoiêt dans le ciel, & nageoient dans les eaux »
[90].
Au mythe de l’âge d’or, centré sur le retour d’un temps originel, se superposait l’espoir d’une fin millénariste, le monarque régnant, ou son héritier encore à naître, assumant le rôle du dernier Empereur des prophéties sybillines, destiné à conquérir le monde et à
[...] souverain prendre place,
Où seoit Constantin, avec [s]es douces fleurs,
Du monde Oriental abreger les douleurs,
Et d’un acier tranchant eslever à l’Église,
En ces lieux esloignés une seure franchise. [91]
Avec lui la figure de l’Empereur romain, qui s’était imposé (sous les espèces d’Auguste) avec l’avènement d’Henri IV pour marquer la reconstruction du royaume, revêtait ici une signification eschatologique
[92].
Le vocabulaire de la célébration du mariage de Louis XIII et d’Anne d’Autriche dépassait largement le cadre du mariage proprement dit. Celui-ci, évoqué dans les termes mythologiques et emblématiques les plus conventionnels, les plus banals même, servit surtout à renforcer une volonté d’hégémonie politique de la France en Europe, qui se devinait au fil des images et des discours, et contredisait en définitive les présupposés de la politique de rapprochement avec l’Espagne voulue par la régente. En effet, dans l’esprit de la plupart des panégyristes, il ne pouvait être question de s’aligner sur les visées d’une puissance étrangère, fût-elle le champion déclaré de la Contre-Réforme. Il s’agissait plutôt de protéger, sinon de libérer l’Europe de la
libido dominandi espagnole. Mais il servit tout autant à conforter l’image messianique du souverain français promue par le parti dévot, favorable à l’alignement sur l’Espagne, et véhiculée par les discours courtisans des années 1615-1616
[93] au même titre que les horoscopes et généthliaques composés pour sa naissance, ou que les écrits publiés à l’occasion de son sacre.
Les festivités nuptiales de 1615 et leurs relations apparaissent donc comme le lieu de tensions entre des croyances et des aspirations conflictuelles, s’exprimant au moyen de thèmes et de motifs rebattus et suffisamment ambivalents pour pouvoir tout signifier. Or si le vocabulaire décoratif des architectures éphémères, du fait de son caractère elliptique et nécessairement allusif, reste souvent du domaine de l’implicite et, à la limite, du non dit, le texte discursif des relations et panégyriques est, lui, de l’ordre du dit explicite et révèle, avec l’énoncé d’une signification univoque de l’événement, les ambiguïtés de ce qu’en attendaient les sujets du roi. Ceux-ci trouvaient alors dans la récupération de l’événement à des fins idéologiques propres le moyen d’adhérer à une politique sentie dans un premier temps comme contraire aux intérêts du pays.
[1]
Dernière grande ville sur le chemin de Saint-Jean-de-Luz, avant la frontière espagnole, Bordeaux avait déjà célébré plusieurs mariages royaux et organisé de nombreuses fêtes d’entrée. En 1530, François I
er était passé par la ville pour se rendre au devant d’Éléonore d’Autriche, s
œur de Charles Quint, qu’il devait épouser en vertu du traité de Cambrai, conclu l’année précédente. Le mariage accompli, le couple était repassé par Bordeaux qui avait offert une splendide entrée à la nouvelle reine. En 1559, Élisabeth de Valois, fille d’Henri II et de Catherine de Médicis, y fit son entrée avant d’aller rejoindre Philippe II d’Espagne, son futur mari. En 1565, la ville accueillit Charles IX et sa mère, lors du célèbre périple à travers le royaume qui devait les conduire à Bayonne. Ce serait aussi à Bordeaux que Louis XIV s’arrêterait en août 1659 à l’occasion des préparatifs de la paix des Pyrénées et du mariage avec l’Infante Marie-Thérèse.
[2]
Les deux pays étaient officiellement en paix depuis le traité de Vervins signé par Henri IV et Philippe II en 1598.
[3]
Et notamment l’entrée de
Louis XIII dans Reims pour son couronnement et la cérémonie même du sacre qui eurent lieu respectivement le 16 et 17 octobre 1610. Voir Ralph Giesey,
Cérémonial et puissance souveraine. France, XVe-XVIIe siècle, Paris, Armand Colin, 1987, p. 38 et s. ; Sarah Hanley,
The Lit de Justice
of the kings of France. Constitutional Ideology in Legend, Ritual and Discourse, Princeton, Princeton University Press, 1983, p. 254 et s. ; Richard A. Jackson,
Vivat Rex. Histoire des sacres et couronnements en France. 1364-1825, Paris, Éditions Ophrys, 1984, p. 163 et s. ; ainsi que mon propre article, « Images of Monarchy and Empire in Louis XIII’s Coronation
Entrée to Reims in 1610 » (à paraître).
[4]
Voir la description donnée par François de Rosset,
Le Romant des Chevaliers de la Gloire, Paris, François Huby, 1612 ; Honorat Laugier de Porchères,
Le Camp de la Place Royalle, Paris, impr. De Laquehay, 1612 ; ainsi que par le tome II du
Mercure françois, p. 326 et
sq.
[5]
Ces relations sont de plusieurs types. À côté des relations succinctes, au style « journalistique », publiées assez rapidement sur place comme à Paris (ainsi
L’Heureuse arrivée du roy dans Bourdeaus, et ce qui s’y est passé depuis, avec les cérémonies qui furent faites aux épousailles de Madame, sœur aînée de sa Majesté, jusques à son départ vers l’Espagne (Bordeaux, S. Millanges, 1615), ou encore le
Bref narré de ce qui s’est passé depuis le 21 de novembre, jour de l’entrée de la reine dans Bordeaux, jusques au 29 du même mois, jour de la réception de Leurs Majestés (Bordeaux, S. Millanges, 1615)), se distinguent des relations beaucoup plus développées, plus tardives, et donnant dans l’amplification érudite jésuite (comme celles du P. Garasse,
La Royalle Réception de leurs Majestez tres-chrestiennes en la ville de Bourdeaus, ou le siecle d’or ramené par les Alliances de France & d’Espaigne (Bordeaux, S. Millanges, 1615) et
Les Champs Elyziens, ou la Réception du roy Louis XIII au collège de Bordeaux de la Compagnie de Jésus, le 8 novembre 1615 (s.l.n.d.), de même qu’une transposition mythologique des faits par Morilhon, intitulée
Le Persée françois. Avec les mariages & entrée royale à Bordeaux (Paris, Gilbert Vernay, 1616). Relations que vient compléter le compte rendu donné par Richer dans le quatrième tome du
Mercure françois (Paris, 1617), p. 280-367. On trouvera une liste complète de ces publications dans Marie-France Wagner et Daniel Vaillancourt (éd.),
Le Roi dans la ville. Anthologie des entrées royales dans les villes françaises de province (1615-1660), Paris, Champion, 2001. À tout cela s’ajoute tout un ensemble de publications étrangères, espagnoles bien entendu, mais aussi italiennes.
[6]
Morilhon,
Le Persée françois, p. 332. Dix ans plus tard, le tableau final d’un masque offert par le duc de Buckingham au maréchal de Bassompierre, en son hôtel particulier de Londres, emprunterait ce même motif d’unification de l’Europe par une politique matrimoniale. Le florentin Salvetti décrivit ainsi l’apothéose de la reine mère entourée de ses enfants venus s’unir à elle « to put an end to all the discords of Christianity », voyant dans ce tableau « a fanciful and mystic conceit which indicates a desire that such a peaceful result might be attained by the instrumentality pointed out in this fiction » (
Salvetti Correspondence, App. Part I, to the XIth Report of the Hist. Manuscr. Com., édité par H. D. Skrine, Londres, 1887).
[7]
Ménestrier,
Des entrées solennelles et réceptions des princes dans les villes, in
Collection des meilleurs dissertations, notices & traités particuliers, Paris, G. A. Dentu, 1838, p. 154.
[8]
Le plus ancien des emblèmes de la France, la figure du coq, doit son origine à un jeu de mots latin sur
gallus, à la fois l’animal et l’habitant de la Gaule. Il incarne l’unité et la continuité de la France. Comme tel, il a appartenu à tous les régimes (voir Michel Pastoureau,
Les Emblèmes de la France, Paris, Éditions Bonneton, 1998 ; ainsi que l’article sur « Le Coq gaulois », dans
Les Lieux de mémoire. Les France, édité par Pierre Nora, Paris, Éditions Gallimard, 1997, III, p. 4297-4319).
[9]
L’écu était en effet d’argent au lion de gueules, couronne d’or. Après la réunion du royaume de Léon à la Castille au XIII
e siècle, et la réunion de celle-ci à l’Aragon au XV
e siècle, le lion continua de figurer dans les armes de la maison d’Espagne. Le lion est d’ailleurs l’animal de prédilection des armoiries et, à l’exception du roi de France et de l’Empereur, il semble avoir été adopté, à un moment ou à un autre, par tous les dynastes occidentaux. Rappelons que, dans les bestiaires médiévaux, il évoquait la force, le courage et la générosité, vertus auxquelles s’ajoutait une signification religieuse, et plus spécialement christologique (voir Michel Pastoureau,
Traité d’héraldique, Paris, Éditions Picard, 1979).
[10]
Emblème héraldique à l’origine des Capétiens, le lis fut ensuite adopté par les rois de France, comme par d’autres maisons régnantes. Sans doute parce que la fleur a toujours revêtu un rôle d’attribut de la souveraineté et qu’elle s’est également chargée d’un contenu religieux, soit marial, soit christologique (voir Pastoureau,
Traité ; et pour plus de détails, Colette Beaune, chap. VIII,
Naissance de la nation France, Paris, Éditions Gallimard, 1985, p. 237-263).
[11]
Il est intéressant de noter que la grenade, dont les grains sont très serrés, est habituellement un symbole de concorde.
[12]
Inscriptions, Emblemes, et Devises, mises es portes de la ville de Reims, à la bien-heureuse Arrivée que Madame Anne d’Austriche Royne de France et de Nauarre, y a faict le 6. Octobre 1620, p. 7-9. Cité par Alison Saunders,
The Sixteenth-Century French Emblem Book. A Decorative and Useful Genre, Travaux d’Humanisme et de Renaissance, CCXXIV, Genève, Droz, 1988, p. 291.
[13]
Morilhon,
Le Persée françois, p. 478 et p. 492.
[14]
Voir notamment Kazimierz Siemienowicz,
Grand art d’artillerie, traduit par Pierre Noiset, Amsterdam, J. Janssonium, 1651.
[15]
Entre autres les
Emblemata d’André Alciat et les
Hieroglyphica de Pierre Valérien, maintes fois réédités en plusieurs langues depuis le XVI
e siècle.
[16]
À la 1
re pose, ou Portal de Clémence, du parcours initiatique offert au roi par les Jésuites en leur collège de Bordeaux, se voyait un tableau avec « deux Palmes, plantes amoureuses, qui se joignoient ensemble par les racines & par les branches, en sorte qu’elles faisoient vne voute, sur laquelle estoit vne grosse tour : & Mercure, Dieu des alliances, qui appendoit son Caducée, symbole d’eternelle paix, à vne branche de ces palmiers : au dessus estoit ce mot,
Dulce Robur, pour monstrer la force de ces deux royalles alliances » (Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 12). Ce motif des deux palmes, mais avec un mot différent
(Nativo iunguntur amore), avait déjà été utilisé dans le passé, notamment sur l’arc de Porte-froc érigé pour l’entrée de Marie de Médicis dans Lyon en décembre 1600, à l’occasion de son mariage avec Henri IV (voir Pierre Matthieu,
L’Entrée de Tres-Grande, Tres-Chrestienne, et Tres-Auguste Princesse, Marie de Medicis Reine de France & de Nauarre en la Ville de Lyon, le III. Decemb. M.D.C., Lyon, Thibaud Ancelin, s.d., p. 71 v
o).
[17]
À la 3
e pose, ou Verger de Vigilance, de ce même parcours, la nymphe Aglaia portait ainsi « deux reinceaux de palmier croisez en sautoir », avec le mot
Ex omnibus vnam (Garasse,
Les Champs EIyziens, p. 79).
[18]
« [V]n grand laurier estendant ses rameaux à guise de bras, qu’accolloit estroitement vn lierre » servait à décorer l’une des pyramides de la porte Médocque (Morilhon,
Le Persée françois, p. 361).
[19]
Voir J. Schwartz, « Some Emblematic Marriage Topoi in the French Renaissance »,
Emblematica, I
.
12 (1986), 245-265, et plus particulièrement Peter Demetz, « The Elm and the Vine : Notes toward the History of a Marriage Topos »,
P.M.L.A., 73 (1958), 521-532. Il semble que ce soit Catulle qui, le premier, ait suggéré cette union de l’orme masculin et de la vigne féminine comme image d’un mariage heureux (
Carmen LXII), en écho peut-être à une pratique agricole de son temps. On la retrouva sous une forme emblématique dans les
Emblemata d’Alciat (Lyon, G. Rovilium, 1550, n
o 49), avec ce mot
Amicitia etiam post mortem durans, encore qu’il ne s’agît pas d’un contexte spécifiquement matrimonial. Lors des fêtes de l’entrevue de Bayonne en juin 1565, ce même motif fit le sujet des vers chantés par trois sirènes à la louange de Charles IX et du couple royal espagnol : « Comme la Vigne entortillant l’Ormeau / Est l’ornement d’une verte campagne, / Charles ainsi, Philippe et Ysabeau / Sont l’ornement de la France et l’Espagne » (
The Royal Tour of France by Charles IX and Catherine de’ Medici, édité par Victor E. Graham et W. McAllister Johnson, Toronto, University of Toronto Press, 1979, p. 375).
[20]
Cette devise de Pomone, « vne bille de pauie [variété de pêche] verdoyante antée en escusson sur vn laurier, auec ce mot
Crescet ad extremum, pour denotter l’amour & l’affection royalle de ces nobles amans », était l’un des détails de la 3
e pose de la réception jésuite (Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 80).
[21]
Ce tableau était placé dans le Verger de Vigilance (
ibid., p. 92).
[22]
Avec le mot,
Aeterno fœdere iuncta, c’était la devise de Mercure à la 4
e pose, ou Zodiaque de Justice (
ibid., p. 125). Pour Pierre Valérien, les « lacs » signifient en effet l’amour, tandis que « le pourtraict de deux c
œurs liez ensemble » indique la concorde (
[Hieroglyphica] Commentaires hieroglyphiques ou images des choses, traduit par Gabriel Chappuys, Lyon, Barthélémy Honorat, 1576, 376 . 2, 56 . 2).
[23]
Dans sa description du Palais de la Félicité érigé sur la place Royale à Paris pour le grand carrousel de 1612, Jean de Serres cite pêle-mêle « deux mains en foy, deux Couronnes liées ensemble, les flambeaux d’Himenée, le n
œu d’Hercule, le n
œu Gordien, le Carquois d’Amour, & des branches de palme masle & femelle » (
Suitte de L’inventaire de l’Histoire de France, Paris, Arnauld Cotinet, Jean Roger, François Preuveray, 1648, II, p. 344). Certains de ces motifs s’inspiraient des hiéroglyphes de Pierre Valérien et de leur commentaire : ainsi celui de « deux flambeaux estendus & liez ensemble [qui] signifient l’amour mutuel » (
[Hieroglyphica], 339 . 2), ou celui des mains jointes, image de la félicité (
ibid., 85 . 2). On retrouverait ces flambeaux embrassés sur le piédestal des piliers de la porte Médocque à Bordeaux en 1615 (Morilhon,
Le Persée françois, p. 362).
[24]
Voir Françoise Bardon,
Le Portrait mythologique à la cour de France sous Henri IV et Louis XIII, Paris, Picard, 1974. C’est dans la harangue du premier jurat de Bordeaux que se trouvait développée cette comparaison déjà faite par le prévôt des maréchaux de Lyon en décembre 1600 à l’occasion de l’entrée de Marie de Médicis. L’application différait toutefois. En 1600, la conjonction était vue non pas comme un signe de « l’eclipse obscurcissement de l’vniuers », mais « par effet de differêd rendez à la France sa premiere splendeur » (Matthieu,
L’Entrée, p. 18 v
o), tandis qu’en 1615, Anne était dite l’emporter sur son pendant céleste « [c]ar ceste vagabonde n’est en son plein, que lors qu’elle est la plus esloignée de son principe de lumiere, & s’obscurcit s’en approchant. Mais au contraire V. M. reçoit son entiere clarté en la conjonction de vostre soleil, le Roy vostre espoux, en la presence duquel elle est toute resplendissante, & en son plein d’esclat & de perfection » (harangue du premier jurat de Bordeaux, reproduite dans Wagner et Vaillancourt (éd.),
Le Roi dans la ville, p. 146).
[25]
Garasse,
La Royalle Reception, p. 32.
[26]
Je reproduis ici la traduction française des vers donnée par Morilhon,
Le Persée françois, p. 359.
[27]
Comme sur les tableaux au fronton des premier et second arcs érigés pour l’entrée de Louis XIII dans Arles le 29 octobre 1622 (voir Pierre Saxy,
Entrée de Louis XIII Roy de France et de Navarre dans sa ville d’Arles, le 29 octobre 1622, Avignon, J. Bramereau, 1623).
[28]
Comme le fait remarquer Marie-France Wagner, il y a eu ici télescopage sans doute volontaire entre Persée et Héraclès, tous deux grands dompteurs de monstres dans l’Antiquité, Hésioné ayant été, comme Andromède, offerte en pâture à un monstre marin pour expier le parjure de son père, Laomédon, roi de Troie (« Du héros au roi : le théâtre du Persée français », dans
Andromède ou le héros à l’épreuve de la beauté, édité par Françoise Siguret et Alain Laframboise, Paris, Klincksieck, 1996).
[29]
Paris, Nicolas Bessin et Denis de Cay, 1625. Michel Lasne fut l’auteur de la gravure du frontispice, qui représente le roi et la reine en buste sur des médaillons portés par des renommées. Derrière ces médaillons apparaissent deux statues, l’une de Jupiter et l’autre de Junon, qui, sans avoir les traits des personnes réelles, n’en fonctionnent pas moins comme leurs correspondants mythologiques (voir Françoise Bardon,
Le Portrait mythologique, p. 145).
[30]
Y faisait ainsi allusion l’arc de triomphe érigé en face de l’hôpital pour l’entrée de Marie de Médicis dans Lyon en 1600. Un tableau de Junon allaitant Hercule y figurait entre deux inscriptions, dont l’une marquait la beauté de la reine comparable seulement aux déesses et l’autre disait
Mariae Iunoni Augustae (Pierre Matthieu,
L’Entrée, p. 25 v
o - 26).
[31]
Voir Susan Saward,
The Golden Age of Marie de’ Medici, Epping, Bowker, 1984.
[32]
La composition du tableau était complexe. On y voyait un jeune Amour qui, après s’être embarqué sur les flots avec son carquois pour toute barque, sa flèche pour mât et son écharpe pour voile, s’approchait d’une frégate royale pour « s’empresser [...] à ses ieux ordinaires », tandis que les occupants de celle-ci se hâtaient de le dépouiller de ses armes et de le lier avec la corde même de son arc, avant de le faire monter à bord, avec la promesse « qu’il les seruiroit à iamais en qualité d’esclaue » (Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 167-169). C’est ce même Cupidon marinier que l’on retrouve chez Georgius Camerarius, bien que le mot – S
aepe retrogradus procedit Amor – et l’explication de l’emblème diffèrent maintenant sensiblement (
Emblemata Amatoria, Venise, 1627, p. 18-19).
[33]
Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 87-88. La composition tout entière était un jeu sur l’un des emblèmes les plus fréquents de l’amour, celui des fruits doux-amers du sentiment, avec leur motif apparenté des poires d’angoisse. Voir entre autres les emblèmes LXXX et LXXXI du
Theatre des bons engins de Guillaume de la Perrière : « Cupido scait enter iusques au bout, / Et se delecte en faict de iardinage : / Et que plus est, son ente prend sur tout : / [...] / II est expert & plein de diligence : / Mais en tout arbre ente poirier dângoisse » (Paris, D. Janot, 1539).
[34]
Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 12.
[35]
Avec ce mot :
Sic finem posuere malis. Pour une description de ce palais, voir François de Rosset,
Le Romant des Chevaliers de la Gloire, p. 42-49.
[36]
On lit ainsi dans
Le Mercure françois que « Plustost l’eau & le feu se mesleront ensemble, & meslez produiront leurs effects, que le François puisse compatir auec l’Espagnol » (t. IV, p. 23). C’est aussi le titre et le thème de l’ouvrage du docteur espagnol Carlos Garcia,
La Oposición y conjunción de los dos grandes luminares de la Tierra. La Antipatia de Franceses y Españoles, publié en 1617.
[37]
Ici fusionnaient deux traditions, l’une tirée de l’Antiquité païenne (voir notamment Ovide,
Métamorphoses, I . 270, II . 589),
l’autre de l’exégèse biblique. En tant que symbole de paix, l’arc-en-ciel renvoie à la Genèse, où Dieu fait paraître l’arc-en-ciel au milieu des nuages : « Je mets mon arc dans les nuées et il deviendra un signe d’alliance entre moi et la terre » (9 . 12). Sur Iris et l’arc-en-ciel on lira les remarques de Sheila Ffolliott, « Make Love, Not War : Imagining Peace through Marriage », dans
Peace and Negotiation : Strategies for Coexistence in the Middle Ages and the Renaissance, édité par Diane Wolfthall, Turnhout, Brepols, 2000, p. 213-232.
[38]
Ballet de Madame, sœur du Roy, ou sont representez les meteores, par quatorze nymphes de Junon, dans
Ballets et Mascarades de cour de Henri III à Louis XIV (1581-1652), édité par Paul Lacroix, Genève, Slatkine Reprints, 1968, 1, p. 318.
[39]
Morilhon,
Le Persée françois, p. 334.
[40]
Cette devise figure chez Claude Paradin, pour qui l’arc-en-ciel « est le vray sine de clere serenité, & tranquilité de Paix » (
Devises heroïques, Lyon, Jean de Tournes et Guillaume Gazeau, 1557, p. 64).
[41]
Garasse,
La Royalle Reception, p. 23.
[42]
Garasse,
Les Champs Elyziens, 1
re pose, p. 12. Le motif de deux palmiers entrelacés ou penchés l’un vers l’autre pouvait passer aussi pour un emblème de concorde. Voir entre autres le premier emblème du recueil
d’Emblemata Moralia et Aeconomica de Jacob Cats (Rotterdam, Pieter Van Waesberge, 1627), qui représentait deux palmiers s’inclinant l’un vers l’autre au-dessus d’un cours d’eau, avec ce mot :
Vivite concordes.
[43]
Jean de Serres,
Suitte de l’Inventaire, p. 344. Ils symbolisaient ainsi la concorde dans la littérature emblématique. Nicolas Reusner écrivit à leur propos dans ses
Emblemata [...] partim ethica, et physica ; partim vero historica, et hieroglyphica : « Quis nescit geminos, concordia sidera, fratres ? / Qui duo corporibus, mentibus vnus erant » (Francfort-sur-le-Main, J. Feyerabendt, 1581, liv. I, n
o 34).
[44]
Ils servaient conjointement à orner l’une des faces des pièces de monnaie distribuées au peuple le jour de la bénédiction nuptiale : « Ces medailles auoient d’vn costé la face & le nom de leurs Majestez, & de l’autre deux couronnes ioinctes par emsemble par deux rinsseaux d’oliuier, & de laurier mariés l’vn à l’autre, & ces mots dans le rond de la medaille
Aeternae foedera pacis » (Garasse,
La Royalle Reception, p. 83).
[45]
François de Rosset,
Le Romant des Chevaliers de la Gloire, p. 93 v
o.
[46]
Le dieu mettait ainsi « bas à vos [du roi] pieds deuotieusement [...] le tonnerre de Jupiter, le trident de Neptune, la beauté du Soleil, le coutelas de Mars, la lance de Castor, vous faisant heritier de tout ce qu’il a peu rauir en cinq mil ans au ciel & en la terre. Et pour accomplissement de bon heur, presentera à ceste Royale Infante, vostre belle espouse, la Majesté de Junon, la grauité de Minerue, la puissance de Thetys, la grace de Diane, la beauté de Chloris, auec vn clair miroüer de fine glace, pour y voir ses vertuz » (Garasse,
La Royalle Reception, p. 107). Remarque faite par Françoise Bardon (
Le Portrait mythologique, p. 101).
[47]
Pour une explication de ce tableau, voir Susan Saward,
The Golden Age.
[48]
Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 3.
[49]
Ibid., p. 68-69.
[50]
Une ancienne tradition poétique les plaçait aux Canaries, autre dépendance espagnole.
[51]
Hésiode,
Les Travaux et les Jours, traduit par Lucien Dallinges, Lausanne, Éditions de l’Aire, 1979, p. 39.
[52]
Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 31. Saturne renouvelait cette promesse au Zodiaque de Justice de la quatrième pose, déclarant vouloir, « chassant en Scythie toute sorte de tristesses & ennuys, luy ramener vn beau siecle doré » (
ibid., p. 133).
[53]
Je me permets ici de renvoyer à ma propre étude, « Le Mythe de l’Âge d’Or dans les divertissements à la cour des Bourbons et des premiers Stuarts », in
Chloe. Beihefte zum Daphnis. Image et spectacle, Band 15, Amsterdam, Rodopi, 1993, p. 25-45.
[54]
Description du Ballet de Madame, sœur aisnee du Roy, Paris, François Yvrad, 1615, p. 21-22. La Sybille Tiburtine avait prophétisé un semblable avenir aux assistants du grand carrousel de la place Royale en 1612 : « Sous ta bonté s’en va renaistre / Le siecle où Saturne fust maistre ; / Themis les vices destruira, / L’Honneur ouurira son eschole, / Et dans Seine & Marne luira / Mesme sablon que dans Pactole » (Honorat Laugier de Porchères,
Le Camp de la Place Royalle, p. Pij.).
[55]
Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 155, p. 161.
[56]
Le cartel présenté par le duc de Nevers lors du combat qui eut lieu le 21 juin annonçait ainsi : « Il fera refleurir ce beau siecle doré, / Où le nom de Vertu estoit tant honoré : / Il exterminera hors du Monde le vice, / Et au lieu d’iceluy y mettra la Justice ». Et c’étaient des bergers et des bergères dansant sur un grand pré qui avaient accueilli les convives royaux sur la petite île où devait avoir lieu un festin aux champs. Voir
The Royal Tour of France, p. 354, p. 375 et s.
[57]
L’Entrée Triomphante de leurs Majestez Louis XIV. Roy de France et de Navarre, et Marie-Therese d’Austriche son espouse, dans la ville de Paris capitale de leurs royaumes au retour de la signature de la paix generalle et de leur heureux mariage, Paris, P. le Petit, Thomas Joly, L. Bilaine, 1662, p. 26. On retrouva sur les architectures éphémères de l’entrée parisienne plusieurs figures habituelles de ce type de célébration, comme le coq et le lion emblématiques, qui servaient à actualiser le tableau, ou les allégories de la Concorde et de la Paix, source non seulement d’abondance mais aussi d’essor culturel, ce qui permettait de joindre au thème du retour de l’âge d’or celui de la
translatio studii.
[58]
Cité par Wagner et Vaillancourt (éd.),
Le Roi dans la ville, p. 147.
[59]
Voir « Un ange unit Louis XIII à Anne d’Autriche » (BNF Estampes, Qbl 1615, Hennin, t. XX, n
o 1757), « Un ange unit Philippe d’Autriche et Élisabeth », gravée par L. Gaultier (BNF Estampes, Qbl 1615, Hennin, t. XX, n
o 1756), ou encore « Alliances de la France avec l’Espagne par le mariage de Louis XIII », gravée par Briot (BNF Estampes, Qbl 1615, Hennin, t XX, n
o 1753).
[60]
Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 109. La devise attribuée à Ganymède à cette même pose revêtait une signification analogue. Elle avait pour corps « vne anchre d’or plantée en terre par vn bout, auec deux mains qui taschoient d’en haut de l’arracher auec vn chable de soye, & ce mot pardessus :
Frustra, que c’est en vain que les puissances humaines taschent de dissoudre ceste alliance » (
ibid., p. 112).
[61]
Le Mercure françois, IV, p. 23.
[62]
François de Rosset,
Le Romant, p. 76.
[63]
La réunion tant attendue de Louis XIII et d’Anne d’Autriche à Bordeaux était décrite par Garasse comme « l’accomplissement du bon-heur de toute l’Europe » (
Les Champs Elyziens, p. 111).
[64]
Comme en témoignent le commentaire donné par Jean de Serres dans son
Inventaire des statues de Castor et Pollux qui ornaient le fronton du Palais de la Félicité en 1612 (
supra, n. 43), ainsi que la dépêche écrite le 18 octobre 1615 par Ubaldini, le nonce du pape : « Tout le monde reconnaît et confesse que ces royales noces ont été décidées, célébrées et conclues par la paternelle sollicitude qu’a eue Sa Sainteté du salut de toute la chrétienté, qui dépend grandement d’une si étroite union entre ces deux couronnes » (citée par François Tommy Perrens,
Les Mariages espagnols sous le règne de Henri IV et la régence de Marie de Médicis, 1602-1615, Paris, 1869, p. 545).
[65]
Voir la gravure datée du 6 avril 1612, qui représente l’ordonnance du carrousel dans une vision synthétique de la fête. Rapprochement opéré par Marie-France Wagner, « Le Théâtre du Persée français », p. 432.
[66]
Cerimonie osseruate per gli Scambij, & Passagij delle Serenissime Prencipesse di Spagna, e di Francia, doppo il loro Sponsalitij che furono alli 18. di Ottobre 1615. Insieme I Trionfi fatti in Burgos, e Madrid, & altre Città della Spagna. All’entrata della Serenissima Madama Elizabetta di Francia Sposa del Serenissimo Principe Don Filippo hereditario di Spagna, Milan, 1615, B3 v
o - B4 r
o.
[67]
En novembre 1615, les Jésuites faisaient de même prédire au Mercure du Zodiaque de Justice, quatrième pose de leur réception, semblable victoire contre les Turcs : « Il me restoit encores à recouurer de la Lune son CROISSANT
aliené & engagé entre les mains du Turcs [sic] » (Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 126).
[68]
Voir notamment les divers épithalames composés pour l’occasion.
[69]
Description du Ballet de Madame, p. 18.
[70]
François de Rosset,
Le Romant, p. 70
r
o & v
o. Le présent offert par lesdits Chevaliers à la régente développait le même thème : « L’autre present qu’il donna à la Reine estoit de deux grandes Couronnes, au dessous desquelles on voyoit neuf autres moindres, attachées ensemble auec des lis rouges. [...]
A todas iuntan estas » (
ibid., p. 74 v
o).
[71]
Symbole de puissance et d’autorité, l’aigle était tout naturellement devenue (au féminin en héraldique) l’emblème de l’Empire germanique et de ses partisans, en héritière plus ou moins directe de l’aigle impériale romaine. On la retrouve déjà, héraldisée, au XII
e siècle sur une monnaie de l’empereur Frédéric Barberousse. Mais ce n’est qu’au début du XV
e siècle, sous Sigismond, que l’aigle bicéphale devint définitivement la figure héraldique de l’empereur, l’aigle monocéphale étant dès lors réservée au roi des Romains (voir Pastoureau,
Traité).
[72]
« [V]n Tableau dans lequel estoient representez vn Aigle aux aisles estendues soustenans deux couronnes qui estoient la Couronne de France & celle de Castille ioints par le benefice des alliances de France, & d’Espagne, qui vouloit signifier l’vnion de la France auec l’illustre & genereuse maison d’Autriche qui porte maintenant pour deuise & blason vn Aigle, en signe & representation de ce qu’elle a este depuis cent cinquante ans en ça honorée du sceptre & de la couronne de l’Empire Romain, iusques à présent : & au dessus des susdictes Couronnes estoit representé vn ciel qui versoit profusement sur les aisles de cet Aigle vne heureuse & celeste influence, voulant signifier que par l’vnion de ces deux grandes Couronnes le Ciel promettoit a la Chrestienté toutes sortes d’heurs, de gloires & prosperitez [...] » (
Les Magnificences faites en la ville de Bourdeaux à l’entrée du Roy le mecredy [sic] 7. de ce moys (Paris, Anthoine Du Brueil, 1615). Édition moderne utilisée, Bordeaux, Charles Lefebvre, 1873, p. 9-10.
[73]
BNF Estampes, Qbl 1615, Hennin, t. XX, n
o 1754.
[74]
Morilhon,
Le Persée françois, p. 362. Cet emblème s’inspire en partie d’un des hiéroglyphes de Pierre Valérien, qui, pour expliquer pourquoi le lion craint traditionnellement le coq, renvoie à ces vers de Lucrèce : « Que de deuant le Coq, les Lions furieux / Fuyent, ne pouuans pas vers luy dresser leurs yeux » (
[Hieroglyphica], 13 . 1). Reusner reprit ce motif dans ses
Emblemata, mais pour y donner une interprétation chrétienne :
“ Quadrupedum quum sit Leo rex, dominusque ferarum : / Ad Galli cantum cur, strepitumque fugit ? / Telluri, Diuûm matri, sacer est leo : Marti / Gallus, qui Solis prouocat ore iubar. / Sic vim diuinam metuit terrena potestas : / Cui refragari fasque, piumque vetat. / Plus valet humano diuinum robore verbum : / Et ratio superos vincere nulla potest » (liv. II, n
o 9).
[75]
Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 27.
[76]
Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 72. Un des emblèmes servant à décorer les architectures éphémères pour l’entrée d’Anne d’Autriche dans Reims en 1620 faisait justement allusion à ce vol. Un jeune Hercule, vêtu à la fois de sa peau de lion et d’un petit habit azuré fleurdelisé, attributs qui permettaient d’identifier à la fois le comparé et le comparant, visitait le jardin des Hespérides : « Pour bannir à jamais loin de nous la Discorde, / Nostre Hercule guidé d’un esprit de concorde, / Visita tous les Plants de ce Clos estranger. / Mais si tost que son
œil eut reçeu des atteintes / Des beautez de ce Plant le plus beau du Verger, / Son c
œur fut tout ards, et nos Guerres esteintes. » Une note précisait qu’il s’agissait de la grenade, un des emblèmes d’Anne d’Autriche (
Inscriptions, Emblèmes, et Devises, p. 10).
[77]
Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 3, p. 26-27.
[78]
Garasse,
La Royalle Réception, p. 21-22.
[79]
Garasse,
La Royalle Reception, p. 73-74.
[80]
L’ordre avait été institué par Philippe, duc de Bourgogne, en 1429, et relevé ensuite par la maison d’Autriche après le mariage de l’empereur Maximilien avec Marie de Bourgogne, fille du duc Charles.
[81]
II fut aussi fréquemment utilisé dans le domaine emblématique pour suggérer une audace vertueuse, favorisée par la fortune (comme pour le neuvième emblème du recueil d’
Emblemata politica de Peter Is(s)elburg (Nuremberg, 1640), dont le mot disait
Duce Virtute, Comite Fortuna ; ou le troisième des
Emblematibus Moralibus de Hieronymus Sperling (Augsbourg, v. 1750), intitulé
Audentes Fortuna juvat). Comme tel, il pouvait donc servir à toute sorte d’allusions politiques hors même du contexte espagnol. Au front de l’arc de triomphe érigé à la fontaine Saint-Séverin pour l’entrée triomphale de Louis XIII dans Paris le 23 décembre 1628
après la reddition de La Rochelle, le roi apparaîtrait ainsi en Jason conduisant à la victoire le navire Argo (voir [Jean-Baptiste Machault],
Eloges et discours sur la triomphante Reception du Roy en sa ville de Paris, Paris, Pierre Rocolet, 1629).
[82]
Il constitua notamment le sujet du feu d’artifice tiré à Lyon le 4 décembre 1658 pour célébrer le succès diplomatique de Mazarin, ainsi que celui du feu donné pour l’entrée solennelle de Louis XIV et de Marie-Thérèse dans Paris le 26 août 1660. Pour Lucie Galactéros de Boissier, ces deux feux, malgré leur titre commun de « conquête de la Toison d’or », célébreraient en fait deux moments successifs d’une même épopée, Lyon fêtant une conquête en train de s’accomplir (le mariage n’aurait lieu que dix-huit mois plus tard), Paris consacrant une victoire achevée. D’où l’aspect plutôt statique du spectacle pyrotechnique parisien (voir « Jason à la conquête de la Toison d’or. Les fêtes lyonnaises de 1658 »,
dans
Mélanges offerts à Georges Couton, édité par Jean Jehasse
et al., Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1981, p. 237-260).
[83]
Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 126-27. L’autre pièce était le croissant de la Lune, alors aux mains des Turcs.
[84]
François de Rosset,
Le Romant, p. 9.
[85]
Ibid., p. 30. Les divers épithalames composés pour la célébration du mariage en 1615 détaillèrent dans les termes les plus dithyrambiques ces prétentions à l’Empire universel. Voir entre autres
Ce qui a esté presenté au Roy & à la Royne à son arrivée à Bordeaux (Paris, Sylvestre Moreau, 1615) et
L’Epithalame royal, de Louys XIII. Et d’Anne d’Austriche. Dedié à leurs Majestés (Bordeaux, Pierre de la Court, 1615). Citons cette apostrophe à titre d’exemple : « Prince que le Ciel a faict naistre / Pour vn Iour dans la main te mettre / La bride de tout l’Vniuers, / Pour par l’effort de ta Puissance / Faire garder tes Loix de France, / Dans les Empires Estrangers » (
L’Epithalame, p. 24-25).
[86]
« Ces quatre saisons soustenoient vn grand globe celeste, tout semé d’estoiles. Le Zodiaque y estoit naïuement representé. Il y auoit au dessus de ce globe vne couronne d’or enrichie d’emeraudes, de rubis, de saphyrs, & de turquoises. Ceste couronne finissoit en vne grande fleur de lys de diamants » (François de Rosset,
Le Romant, p. 62). La couronne fermée au moyen de plusieurs arcs était un symbole impérial. Les empereurs du Saint Empire romain germanique l’avaient adoptée, mais également les rois de France, et cela dès Louis XII, bien que ce ne fût que sous Henri II que l’usage s’en imposa juridiquement et définitivement. Elle fut sommée d’une fleur de lis après le XIV
e siècle (voir Pastoureau,
Traité).
[87]
Garasse,
Les Champs Elyziens, p. 132.
[88]
Morilhon,
Le Persée françois, p. 480.
[89]
L’Hymenee Royal sur le mariage de Louys XIII [...] et de Madame Anne d’Autriche (Paris, Pierre Durand, 1615), p. 15.
[90]
Le Mercure François, IV, p. 361-62. La figure du dauphin était devenue à partir du XVI
e siècle l’emblème du fils aîné du roi, mais aussi, par extension, celui de la dynastie ou de la postérité du souverain régnant. De plus, elle était également représentée, hors de tout contexte monarchique, pour symboliser la foi, l’amitié, l’éloquence, le dévouement, l’intelligence ou même la rapidité (voir Pastoureau,
Les Emblèmes de la France).
[91]
Le Parnasse Royal du Balet de Tres-Haute, Tres-Puissante et Serenissime Princesse, Madame Elizabet de France, sœur aimée du Roy, dans
Ballets et mascarades de cour, II, p. 80.
[92]
Voir mon article « Le Mythe de l’Âge d’or ».
[93]
Comme, par exemple, Jean-Philippe Varin,
Le Grand Jubile de Joye donné a la France pour le Tres-heureux mariage et arriuée de Louys XIII auec [...] Anne d’Autriche, Paris, Nicolas Alexandre, 1616.