Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130544524
192 pages

p. 237 à 249
doi: 10.3917/dss.042.0237

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n° 223 2004/2

2004 XVIIe siècle

Représentations du français classique dans les grammaires modernes : l’exemple de la coordination négative par ni

Claire Badiou-Monferran Université de Paris-Sorbonne - Paris IV, EA « Sens et texte ».
Dans les Mots et les choses, Michel Foucault associe l’épistémè [1] classique à la « théorie de la représentation » [2] et définit la modernité par le coup d’arrêt porté, au XIXe siècle, à ce fondement épistémologique [3]. Or, si les principales parties du discours (le nom, les adjectifs notamment) ont un contenu représentatif parfaitement repérable, il n’en va pas de même pour la « poussière de mots » – telles les conjonctions, tel ni – articulant les noms, les adjectifs ou les verbes :
Une telle poussière de mots constitue une articulation inférieure à l’unité du nom (substantif ou adjectif) telle qu’elle était requise par la forme nue de la proposition : nul d’entre eux ne détient, par-devers lui et à l’état isolé, un contenu représentatif qui soit fixe et déterminé ; ils ne recouvrent une idée – même accessoire [4] – qu’une fois liés à d’autres mots ; alors que les noms et les verbes sont des « significatifs absolus » [Harris, Hermes, p. 30-31], ils n’ont, eux, de signification que sur un mode relatif. Sans doute s’adressent-ils à la représentation ; ils n’existent que dans la mesure où celle-ci, en s’analysant, laisse voir le réseau intérieur de ces relations ; mais eux-mêmes n’ont de valeur que par l’ensemble grammatical dont ils font partie. Ils établissent dans le langage une articulation, à la fois représentative et grammaticale, sans qu’aucun de ces ordres puisse se rabattre exactement sur l’autre. [5]
Et M. Foucault de conclure que les mots grammaticaux constituent, pour la théorie de la représentation, un véritable « point d’hérésie » [6].
Partant, ces derniers semblent échapper à l’antagonisme « classicisme vs modernité » fondé sur la « mobilisation vs non-mobilisation » de la théorie de la représentation. Il n’est de ce fait pas inintéressant de se demander comment les grammaires modernes ont appréhendé le fonctionnement classique de cette « poussière de mots » qui résistait a priori à toute classification et dichotomie manichéennes. Pour l’ensemble des mots grammaticaux négatifs (discordantiel ne, forclusifs pas, point, rien, aucun [...], coordonnant ni...), les résultats sont stupéfiants.
La plupart du temps, les diachroniciens contournent le « point d’hérésie » en niant carrément pour tous ces mots non représentatifs l’existence d’emplois « classiques », et en en rapportant le fonctionnement, aux XVIIe et XVIIIe siècles, à celui des synchronies « non représentatives » que sont la Renaissance et la Modernité. Autrement dit, ils font du système de la négation en français classique un réceptacle d’emplois hérités du français renaissant (comme l’emploi de ne seul, sans pas, en phrase négative ; ou l’emploi de pas, point, sans ne en phrase positive) et d’emplois programmant ceux du français moderne (emplois de pas sans ne – j’aime pas – en phrase négative) [7]. La difficulté que représentait le « point d’hérésie » est ainsi levée puisqu’in fine, concernant le fonctionnement des mots négatifs, mots par essence non représentatifs, le français classique ne constitue qu’un état de langue purement prismatique, un « lieu de passage », un « carrefour » faisant converger des emplois appartenant à un état de langue passé (le français renaissant, non représentatif [8]) et des emplois appartenant à un état de langue à venir (le français moderne, lui-même non représentatif).
Parfois, à l’inverse, les linguistes modernes construisent de toutes pièces, pour ces mots grammaticaux négatifs, des emplois supposés « prototypiques » des XVIIe et XVIIIe siècles [9] : emplois qui leur permettent de reconduire, sur un terrain pourtant étranger à la problématique de la représentation, le vieil antagonisme de la modernité et du classicisme. C’est ce cheminement que nous souhaiterions étudier, en analysant les gloses auxquelles a donné lieu la séquence « sans X ni sans Y en phrase positive », du type « Il est tout vray que tel qui rime ou qui rimaille // se va souvent coucher sans denier ny sans maille » [10]. On montrera que la description de cet emploi de ni – perçu par la modernité comme « mal formée », par opposition à la séquence « sans X et/ou sans Y en phrase positive », du type « se va souvent coucher sans denier et/ou sans maille » – est habitée par un imaginaire de la « coupure » [11] opposant irréductiblement langue classique et langue moderne, et qu’elle récupère, en le déplaçant hors de la sphère de la représentation, le grief d’absence d’énergie que la modernité imputait au langage – selon elle purement représentatif – de l’âge classique, et dont elle prétendait se défaire pour elle-même en renouant, par-delà le système des signes à vocation représentative, avec l’ « être brut » du langage [12].
 
IMAGINAIRE DE LA RUPTURE ET EFFET DE MARGINALISATION
 
 
Construction d’une rupture
Dans la séquence étudiée, le « bon usage » du français moderne, du moins tel qu’il apparaît dans le Grevisse [13], fait dépendre le choix de la particule conjonctive du type de modalité requis par l’énoncé : choix exclusif de ni en phrase négative,
le spectacle ne serait ni sans intérêt ni sans charme. [14]
et choix exclusif de et en phrase positive,
Et je restais sans geste et sans parole. [15]
Pour lors, l’énoncé « classique » « se va souvent coucher sans denier ny sans maille », associant ni à un contexte positif, constitue un énoncé agrammatical. Historiquement, il renvoie pourtant à une valeur de ni très fréquente en ancien français et en français renaissant : celle de « coordonnant de virtualité » [16], autant dire d’élément conjonctif qui, figurant en atmosphère « non pleinement positive » (soit, dans les contextes virtuels comme les énoncés interrogatifs [17], les énoncés hypothétiques [18], les énoncés comparatifs [19], ou les énoncés affirmatifs comprenant une négation lexicale du type sans), a pour mission de marquer non pas la modalité négative, mais seulement la non-théticité de l’énoncé considéré. Or, très curieusement, les linguistes modernes étudiant la séquence « sans X ni sans Y en phrase positive » extraient cette dernière du contexte médiéval et renaissant de la coordination de virtualité, et la donnent comme une pure trouvaille du français classique. Il en va ainsi de Gérald Antoine qui, dans sa thèse La Coordination en français, écrit :
Dans ce groupe [à savoir sans X coord. sans Y] l’emploi de ni est loin d’être la règle en ancien français [...]. De Commines à la fin du XVIIe siècle [en revanche], un net changement apparaît : notre liste ne comprend plus aucun exemple de sans a et sans b, mais 6 de sans a ni sans b [...]. Exemples [...] :
Mon équipage est venu ici sans aucun malheur ni sans aucune incommodité (Sévigné, III, 56) [...]
Vers le début du XIXe siècle enfin, nouveau renversement de situation [...]. [20]
Or Gérald Antoine reconnaît n’avoir travaillé que sur « une vingtaine d’exemples relevés au hasard, depuis le Roland jusqu’au XIXe siècle » [21]. Autant dire que la prototypie classicisante du groupe « sans X ni sans Y » en phrase positive est une pure construction de l’esprit. Il n’en reste pas moins que, ainsi coupée de ses antécédents renaissants, la séquence, donnée à lire et à entendre comme une curiosité spécifiquement « classique », prête le flanc à tout type de comparaison réactive avec les réalisations concurrentes – en l’occurrence, sans X et sans Y, sans X ou sans Y – du français moderne. Les linguistes ne s’en privent pas et l’on trouve ainsi, dans la Grammaire du français classique et moderne – ouvrage au titre pourtant conciliateur puisqu’il n’est mentionné qu’un seul, et non pas deux, « français » – de R.-L. Wagner et J. Pinchon :
Si, pour mettre chacun de[s] termes [régis par sans] en relief, on répète la préposition sans, les deux groupes se coordonnent alors au moyen de et en français moderne.
Type : le voilà sans situation et sans ressource.
Mais à l’époque classique la coordination pouvait être assurée dans ce cas au moyen de ni :
Sans attendre qu’on l’interroge, ni sans sentir qu’il interrompt, il parle (La Bruyère). [22]
L’unité de la langue française portée par le titre de l’ouvrage est mise à mal par le commentaire de la séquence « sans X coord. sans Y » qui distingue et oppose, via l’articulant mais, deux états de langue : celui du français classique, celui du français moderne. Les épithètes « classique » et « moderne » du titre fonctionnent moins alors comme de purs marqueurs de périodicité (XVIIe et XVIIIe siècles vs XIXe et XXe siècles) que comme des classèmes départageant, sous l’illusoire homogénéité du terme « français », deux fonctionnements différents de ladite langue. L’histoire de la séquence étudiée reconduit ainsi, dans son ordre propre, l’antagonisme du classicisme et de la modernité ; elle est frappée du sceau de la rupture, alors même qu’elle concerne un trait de détermination langagière (la coordination) extérieur à la problématique de la représentation.
Cette récupération du topos de la « coupure » épistémologique à propos d’un fait de langue qui ne s’y prête pas vraiment est d’autant plus frappante que la rupture ainsi orchestrée est purement imaginaire. Dans les faits, les locuteurs du français classique n’usent pas plus de la séquence « sans X ni sans Y en phrase positive » que ne le font les locuteurs du français moderne, et déjà à l’époque dite classique la séquence concurrente « sans X et sans Y en phrase positive » s’impose comme la séquence dominante. Le dépouillement du corpus d’occurrences données par la base textuelle FRANTEXT (base qui, il est vrai, ne comprend guère que des textes de français littéraire) manifeste au contraire à ce sujet l’extraordinaire continuité des résultats obtenus depuis l’époque renaissante jusqu’à l’époque moderne. Soit en effet le tableau des fréquences respectives de ni (parfois graphié ny ; voire ne, ancienne forme de ni [23]), de et, et de ou, dans les tours « sans X coord. sans Y » des phrases positives :


Tableau des fréquences respectives de ni (ny), et, ou, dans les tours
« sans X coord. sans Y » des phrases positives
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Deux constatations s’imposent :
la structure « phrase positive, sans x ni sans y » est, entre 1600 et 1800, statistiquement très marginale. Dans la tranche où elle est la plus productive (à savoir, la tranche 1650-1700), elle représente moins de 4 % du total des réalisations de la séquence « phrase positive, sans x COORD. sans y » ;
la structure « phrase positive, sans x ni sans y » n’est pas propre à la seule période du français classique. Elle constitue une constante de l’histoire du français, même si sa fréquence est à tout moment (exception faite du premier XVIe siècle) extrêmement faible.
Le supposé « classicisme » du tour en question est donc un leurre. Mais cette illusion, produit de la grammaire moderne, justifie en retour la construction d’une syntaxe différentielle, sinon réactive, du français moderne.
Certains linguistes modernes admettent l’existence de la séquence pour les XIXe-XXe siècles. Mais la filiation du français classique et du français moderne n’est alors convoquée que pour être aussitôt marginalisée et, partant, révoquée.
Effet de marginalisation
Dans Le Bon Usage, on trouve :
Quand sans n’est ni précédé d’une négation ni dépendant d’un verbe négatif, on a le choix entre sans [a] ni [b] et sans [A] et sans [B], tandis que sans [A] ni sans [B], conforme à l’usage classique, appartient à la langue littéraire :
[...] Très simplement, SANS lâcheté NI SANS blasphème / Nous nous sommes sauvés du monde et de nous-mêmes (Verhaeren, Heures d’après-midi, XXV). – Il y parvint, SANS erreur NI SANS retard (A. Hermant, Rival inconnu, II).
[...] Hist. – Ex. classiques de sans... ni sans... : +Mon équipages est venu jusqu’ici SANS aucun malheur NI SANS aucune incommodité (Sév., 27 juillet 1672). – +Sans attendre qu’on l’interroge ni sans sentir qu’il interrompt, il parle (La Br., II, 38). [24]
Selon Grevisse – qui, faute de corpus constitué de français classique parlé, ne cite, au demeurant, pour le XVIIe siècle, que des occurrences de français littéraire –, la séquence en question, néanmoins donnée comme « us[uelle] », courante, répandue à l’âge classique, ne perdure, en français moderne, que dans le seul registre de la « langue littéraire ». Là encore, FRANTEXT montre qu’il n’en est rien et que le tour, en français moderne, n’est pas l’apanage du style soutenu. Ce dernier apparaît en effet dans des genres d’écrire a priori indifférents au style, comme l’ouvrage scientifique, la biographie, le traité de peinture, le manuel de droit. Quatre des neuf occurrences attestées pour le XXe siècle relèvent, de fait, de l’un de ces cas de figure :
Je suppose qu’il existe je ne sais quel fluide qui pénètre entre les molécules de notre matière à nous, sans avoir aucune action sur elle ni sans subir aucune action qui en vienne (Henri Poincaré, La Valeur de la science, 1905).
Il y réagit, comme un homme de son temps, simplement, et sans y chercher, ainsi que nous faisons, le prolongement de ses passions, ni sans vouloir en tirer des effets littéraires : « L’été est fort avancé ici » (François Maurois, La Vie de Jean Racine, 1928, « Introduction »).
Il y a un écart que les temps actuels nous somment de combler, ne serait-ce qu’en réintroduisant, avec naturel, l’homme dans l’œuvre d’art : je veux dire sans le styliser à l’excès ni sans le faire grimacer photographiquement (André Lhote, La peinture d’abord, 1942).
C’est donc par l’épithète « classique », qui a l’avantage d’être assez précise sans impliquer un jugement de valeur ni sans engager de débats prématurés, que nous caractériserons le premier type de démocratie (G. Vedel, Manuel élémentaire de droit constitutionnel, 1949).
Le marquage « littéraire » du tour pour les réalisations du français moderne est donc une pure construction de l’esprit, et l’on est en droit de se demander ce que recouvre la manipulation langagière qu’elle orchestre.
Dans les faits, la « langue littéraire » – en tant que registre soutenu – n’a pas, pour la modernité linguistique, bonne presse. Son désaveu n’a d’égal que l’extrême crédit porté par les penseurs de la modernité à la littérature [25]. C’est que la « langue littéraire », au sens précisé plus haut, est perçue comme une recherche, une affectation qui, à prétendre à l’ « élan créateur » [26], se situe en porte-à-faux par rapport aux exigences purement communicationnelles de la langue dite « usuelle ». Dans un article où il analyse les présentations les plus archétypales – et les plus célèbres – de la question des « niveaux de langue » chez ses confères, Pierre Corbin met en évidence la solution de continuité que les linguistes de la modernité établissent entre langue littéraire et langue usuelle. Au sujet du schéma, souvent repris par les manuels pédagogiques et les ouvrages lexicographiques, de Stourdzé et Collet-Hassan (1669, p. 54),


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il écrit :
Présentée comme s’opposant à la langue populaire, la langue littéraire est ainsi caractérisée : « Une manière différente qui peut parfois sembler spontanée, mais dont la simplicité apparente, fruit d’un élan créateur certes, est aussi, bien souvent, l’aboutissement d’une longue élaboration : toute belle page écrite en langue littéraire appartient donc au domaine de la création artistique » (Stourdzé et Collet-Hassan, p. 39).
[...] tout ce qui pourrait suggérer que la langue littéraire a en commun avec la langue populaire d’être, pour partie, un donné, est, par l’emploi de divers modalisateurs, rejeté du côté des apparences trompeuses ( « peut parfois sembler spontanée », « simplicité apparente », « fruit d’un élan créateur certes » ), et l’accent est mis sur l’acquis laborieux ( « est aussi, bien souvent, l’aboutissement d’une longue élaboration » ). [27]
L’axiologie négative, le soupçon d’affectation gratuite qui sous-tend la description archétypale de la « langue littéraire » sont ici mis au grand jour et, pour le coup, faire côtoyer, comme dans le schéma de Stourdzé et Collet-Hassan ou dans la glose de Grevisse, la langue dite « classique » et la langue littéraire moderne, c’est en quelque sorte faire rejaillir sur celle-là le discrédit de celle-ci. P. Corbin le montre bien. Analysant la dichotomie « langue contemporaine vs langue classique » telle qu’elle est posée et décrite par Stourdzé et Collet-Hassan, il fait voir comment, dans les définitions de ses confrères, la « langue classique », opposée à « la langue contemporaine – coupe synchronique supposée mais non effectivement faite – [...], n’est finalement définie que par soustraction – ce qui reste quand on a éliminé la langue contemporaine » [28]. La marginalisation du français classique [29], via sa filiation à la langue littéraire moderne, fonctionne ainsi comme une condamnation : ce dont rend compte la définition essentiellement négative, soustractive, réactive, dont ce dernier fait l’objet.
Au final, le lien imaginaire que tisse Grevisse, pour la séquence « phrase positive, sans X ni sans Y » entre le français classique et le français littéraire moderne, n’est pas indifférent : sous couvert de filiation entre le français classique et le français moderne, il isole les réalisations du premier en les donnant comme des énoncés limites, placés aux marges des énoncés du français moderne « usuel », et, de ce fait, il reconduit à sa manière l’opposition de la langue classique et de la langue moderne en exhibant l’un de leurs lieux – ô combien fabuleux – de rupture [30].
Ainsi isolé, « prototypisé », donné à voir et à entendre comme « historiquement marqué », le tour « sans X ni sans Y en phrase positive » va pouvoir « entérine[r] une image essentiellement réactive du “classicisme” » [31].
 
« ABSENCE D’éNERGIE » OU POSTURE éNONCIATIVE ?
 
 
Absence d’énergie ?
Au sujet de l’alternance ni/et en français classique, dans tous types de séquences, mais notamment dans celle que nous étudions, à savoir « sans X coord. sans Y en phrase positive », Ferdinand Brunot écrit :
Ni demeure d’un emploi très libre. Il remplace et quand [...]. [32]
Mais la « liberté » à laquelle l’historien de la langue fait allusion n’a rien à voir avec celle que prendra la modernité pour « retourner le langage contre lui-même et faire “exploser” le signe » [33] : si, à l’inverse de la liberté « moderne », la liberté « classique » est chez les grammairiens du XXe siècle affectée d’une forte péjoration, c’est que, loin de manifester, chez le sujet parlant – ou écrivant –, cette forme d’énergie confondante que saluera la modernité, elle atteste au contraire une certaine forme de « lâcheté » verbale, celle qui tient au refus ou à l’impossibilité du choix (ici le choix de et contre ni). « Laxisme », « souplesse », « plasticité » sont les maîtres mots par lesquels la modernité linguistique prétend rendre compte des alternances syntaxiques du français classique. Se dessine en creux une axiologie négative dont témoignent les gloses affectant la séquence étudiée. Pour A. Haase, le français classique hésite souvent entre l’une ou l’autre de ces conjonctions [à savoir ni et et] [34]. Pour Kr. Nyrop, jusqu’à la fin du Grand Siècle, l’usage reste flottant, et on trouve tantôt ni tantôt et (ou) dans les négations implicites [comme celle du tour étudié] » [35]. Autant dire que les réalisations classiques de l’alternance ni/et sont perçues d’office par la modernité linguistique comme inanalysables : partant, elles manifestent une indétermination de choix qui rend le français classique à la vérité de sa propre faiblesse. Privée de cette énergie qui caractérise sa cousine du français moderne, la syntaxe dudit « Grand Siècle » expose (représente) mais ne s’expose pas (ne choisit pas).
À y regarder d’un peu près, on est en droit de se demander si l’impossibilité à interpréter les alternances classiques – du type ni/et dans la séquence étudiée – est structurale, ou si elle engage les préjugés modernistes de ses instigateurs. La Grammaire historique de Kr. Nyrop est à cet égard confondante. Alors que l’alternance classique ni/et dans le tour « sans X coord. sans Y en phrase positive » est placée sous le signe du « flottement », l’alternance moderne parallèle dans le tour réduit « sans x coord. y » (du type « sans boire ni manger » vs « sans boire et manger ») est perçue à l’inverse comme une « finesse de sens » :
Dans quelques cas, on constate encore une certaine hésitation dans l’emploi de ni et de et. Il se marque, dans le choix de l’une ou l’autre de ces conjonctions, certaines finesses de sens. M. F. Brunot écrit : « Ni, tout en joignant les termes, disjoint les idées : on dira qu’on ne s’avise pas de toucher aux libertés acquises et aux lois entrées dans l’usage. L’idée est qu’on porterait atteinte à la fois aux lois et aux libertés. Ce serait un double attentat. Avec ni, l’idée est qu’il ne faut toucher à aucune de ces deux choses, que l’on doit se garder ou de l’un ou de l’autre de ces attentats. Comp. il a vécu huit jours sans boire et manger à : sans boire ni manger » (La Pensée et la langue, p. 126). [36]
Or rien n’empêche d’exporter ce type d’analyse sur les structures équivalentes du français classique. Tout, au contraire, nous y invite, à commencer par les gloses interprétatives que les remarqueurs et grammairiens de l’âge classique ont produites à ce sujet. Loin de manifester une quelconque absence d’énergie, l’alternance ni/et en français classique, parfaitement significative, témoignerait d’un vrai choix énonciatif.
Posture énonciative
Les grammairiens, remarqueurs et rhéteurs des XVIIe et XVIIIe siècles ont porté une attention toute particulière à la « poussière de mots » que constituaient les particules de liaison. À l’orée du XVIIe siècle, Guez de Balzac se vante de connaître « l’usage des particules dont parle si souvent le cher M. de Vaugelas » [37] et à l’articulation des XVIIe et XVIIIe siècles, le P. Lamy affirme que « le ménagement des particules est un des grands secrets de l’éloquence » [38]. Dans l’entre-deux, tous les penseurs de la langue, sans exception, ont réfléchi sur les enjeux de la concurrence ni/et pour l’expression de la coordination négative. Gérald Antoine a déjà retracé l’histoire des débats suscités à l’âge classique par l’alternance ni/et [39], et nous ne reviendrons pas sur le détail de cette question. Nous retiendrons de cet historique que, mis à part l’exception que constitue Malherbe [40], tous les penseurs classiques, puristes (Vaugelas) comme antipuristes (Dupleix), s’accordent sur la façon de traiter le « point d’hérésie » et distribuent les particules de liaison en fonction de la plus ou moins grande « proximité » des éléments conjoints. Pour eux, la proximité dont il est parlé est une proximité sémantique. Les « synonymes et approchants » appellent une coordination par et tandis que les termes « tout à fait différents » exigent ni. Autrement dit, pour ces locuteurs « classiques », le coordonnant négatif fonctionnerait comme un marqueur de différence là où le coordonnant positif poserait, à l’inverse, une équivalence.
Cette description concerne, il est vrai, les cas d’alternance en phrase négative et se constitue en glose, du moins chez Vaugelas, de l’énoncé de Coeffeteau : « Il n’est point de mémoire d’un plus rude et d’un plus furieux combat ». Mais rien n’interdit la transposition de l’analyse aux cas de concurrence en phrase positive du type :
sans X et sans Y
Quelle horrible peine a un homme qui est sans prôneurs et sans cabale [...] (La Bruyère, Caractères, « du Mérite personnel », 4, 1696).
Les hommes qu’elle voyait, disait-elle, sans aucun péril et sans d’autres dispositions que celles où elle se trouvait pour ses amies ou pour ses frères (La Bruyère, Caractères, « des Femmes », 81, 1696).
sans X ou sans Y
Si je pouvais perdre la vie sans perdre ta veue, ou sans estre privée de toy (d’Urfé, L’Astrée, t. 3, livre 2, 1631).
Comme si le choix n’étoit qu’une poursuite de la chose meilleure, ou qui paroît meilleure, et qui se fait sans contrainte ou sans aversion (F. Bernier, Abrégé de philosophie [...], 1684).
sans X ni sans Y
C’est le sujet des beaux romans, répondit le chevalier, et quand un regne s’écoule sans amours ni sans armes, l’histoire n’en sçauroit dire que peu de chose (Méré, Conversations, 1668).
Je vous conjure tous deux de traiter ce chapitre sans vous tromper ni sans vous flatter (Sévigné, Correspondance, t. 2, 1680).
sans attendre qu’on l’interroge ni sans sentir qu’il interrompt, il parle, et souvent (La Bruyère, Caractères, « du Mérite personnel », 1696).
Et lui demanda s’il étoit vrai qu’il voulût, sans rime ni sans raison, s’emparer du logis d’une dame (Ch. de Mouhy, La Paysanne parvenue, 1735).
Je les avais passés dans cette auberge sans savoir ce que je deviendrais, ni sans m’en mettre en peine (Marivaux, La Vie de Marianne, 1745).
Dans le contexte des séquences en « sans x coord. sans y », il y a fort à parier que l’opposition ni vs et/ou recouvre moins une opposition modale (négatif vs positif) qu’elle ne manifeste à l’intérieur d’un cadre indifféremment positif ou négatif une divergence de fonctionnement argumentatif : à savoir, pour les coordonnants positifs, l’adjonction de deux éléments, complémentaires – avec et – ou exclusifs – avec ou –, sans mention de la pertinence argumentative respective des éléments x, y coordonnés ; et, pour ni, l’adjonction complémentaire ou exclusive d’un élément y, donné comme argumentativement plus fort que l’élément x auquel il est conjoint. Les coordonnants positifs se contenteraient ainsi de poser une équivalence ; ni, pertinent pour les seuls contextes polémiques – et donc d’occurrence plus restreinte –, introduirait de la hiérarchie dans l’équivalence. Si l’on s’en tient au premier exemple cité ci-dessus de « sans x ni sans y en phrase positive » :
C’est le sujet des beaux romans, répondit le chevalier, et quand un regne s’écoule sans amours ni sans armes, l’histoire n’en sçauroit dire que peu de chose (Méré, Conversations, 1668).
la présence de ni indique certainement, à la différence de ses concurrents positifs, que, pour un romancier historien, l’absence de guerre est plus préjudiciable à la conduite du récit que l’absence d’aventures galantes. C’est du moins ainsi que l’on serait tentée d’interpréter le surplus de négativité porté par ni sans en phrase positive : la réduplication pléonastique de la négation lexicale sans par la négation grammaticale ni incarnerait formellement, dans ce contexte, le surcroît d’absence affectant le second conjoint, au regard du moindre manque dénoté par le premier conjoint. Si ces analyses sont correctes, ni constitue la trace d’une évaluation argumentative : il manifeste, de l’intérieur de l’énoncé, la position critique de l’énonciateur face à son énoncé, quand et et ou se contentent, en les donnant pour complémentaires ou exclusifs, de coordonner des contenus d’énoncé. Les coordonnants positifs participent ainsi d’une stratégie argumentative minimale : la spécification du rapport d’inclusion vs exclusion, en contexte, d’éléments argumentativement équivalents. Le coordonnant négatif participe d’une stratégie argumentative maximale : la hiérarchisation, sur une échelle de plus ou moins grande pertinence – ou force –, d’arguments co-orientés.
En marginalisant à l’extrême l’emploi de ni, notamment en phrase positive, le français a peu exploité cette opposition de stratégie argumentativo-énonciative. Celle-ci prévaut néanmoins pour la tranche 1650-1750, où, fait notable au regard des autres résultats, les emplois de ni sans en atmosphère positive se maintiennent tout de même à plus de 2 % du total des réalisations de la structure « phrase positive, sans x coord. sans y ». On en conclura que l’expression de la négation en français classique (du moins l’expression de la coordination négative) obéit à un mode de fonctionnement plus volontiers « argumentatif » que ce n’est le cas pour la période moderne, où la distribution ni/et, tributaire de la modalité phrastique, est devenue purement mécanique.
Dans La Langue est-elle fasciste ?, H. Merlin-Kajman écrit :
Je me garderai [...] de mythifier [le] langage [classique], de le considérer comme un âge d’or perdu. Cette perspective serait la simple inversion de celle de la modernité qui y a vu, dans l’ignorance totale de ses enjeux historiques, une espèce d’enfer linguistique. C’est au contraire du rapport en miroir qu’il convient de sortir. [41]
À notre tour, nous nous garderons de « mythifier » le français classique, sous prétexte qu’il aurait su faire jouer des oppositions argumentativo-énonciatives dont le français moderne se serait privé : les données textuelles de FRANTEXT ont montré au contraire qu’en français moderne, c’est-à-dire en français des XIXe et XXe siècles, l’alternance ni/et dans les tours du type « sans X ni sans Y en phrase positive » était toujours active. Ce qui nous importait, c’était de faire voir que même le traitement de cette « poussière de mots » extérieurs à la problématique de la représentation était en quelque sorte informé, infléchi, par des préjugés modernistes (la « coupure » du classicisme et de la modernité ; le grief d’absence d’énergie à l’encontre du premier).
Mais les grammaires les plus récentes du français classique semblent bien sortir de ce jeu d’oppositions répulsives. Dans l’ « avant-propos » de son manuel consacré à langue du XVIIe siècle, N. Fournier écrit :
Cette Grammaire du français classique a pour objet d’étude la langue du XVIIe siècle ; elle a été élaborée avec une double préoccupation : décrire les faits saillants et caractéristiques d’un état de langue passé, les interpréter en référence au système de la langue. Cet ouvrage ne se veut donc pas enfermé dans une conception étroite de la diachronie, qui se définirait seulement en termes d’écarts par rapport au français moderne et ne s’intéresserait qu’aux formes disparues ou marginalisées ; il implique une perspective ouverte, qui lie étroitement diachronie et synchronie, dans une vision systématique du français. [42]
Sans doute en a-t-on fini avec la grammaire différentielle, oppositive, réactive qui a informé les premières descriptions « modernes » de la syntaxe du français des XVIIe et XVIIIe siècles.
 
NOTES
 
[1] Au sens de « conditions de possibilité du savoir ». Voir Michel Foucault, Les Mots et les choses, Paris, Gallimard, « NRF », 1966, « Préface », p. 13.
[2] Théorie qui interpose entre le mot et la chose l’idée de la chose contenue dans le mot. Bref, qui fait du langage, quel qu’il soit, un système de signes associant une enveloppe acoustique (le signifiant) non plus à un objet du monde extralinguistique (le référent) mais à un concept (le signifié). Voir à ce sujet M. Foucault, op. cit., p. 78 et s.
[3] Voir M. Foucault, op. cit., « Préface », p. 14 : « L’analyse a pu montrer la cohérence qui a existé, tout au long de l’âge classique, entre la théorie de la représentation et celle du langage, des ordres naturels, de la richesse et de la valeur. C’est cette configuration qui, à partir du XIXe siècle, change entièrement ; la théorie de la représentation disparaît comme fondement général de tous les ordres possibles. »
[4] Terme que M. Foucault réfère explicitement quelques lignes plus haut à la théorie des « idées accessoires » développée dans la Logique de Port-Royal. Voir Antoine Arnauld et Pierre Nicole, La Logique... [1662], Paris, Gallimard, « Tel », 1992, première partie, chap. XIV, p. 86 et s. : « Signifier dans un son prononcé ou écrit n’est autre chose qu’exciter une idée liée à ce son dans notre esprit, en frappant nos oreilles ou nos yeux. Or, il arrive souvent qu’un mot, outre l’idée principale que l’on regarde comme la signification propre de ce mot, excite plusieurs autres idées qu’on peut appeler accessoires, auxquelles on ne prend pas garde, quoique l’esprit en reçoive l’impression. »
[5] M. Foucault, op. cit., p. 114-115.
[6] Ibid., p. 115.
[7] Voir à ce sujet l’éclairante présentation de la question du fonctionnement des mots négatifs en français classique par A. Sancier, Introduction à la langue du XVIIe siècle, Paris, Nathan, « 128 », 1995, p. 96 : « Le jeu de la négation est complexe au XVIIe siècle, où le système du français moderne se met en place. On retiendra les principes directeurs suivants : ne s’emploie sans le renfort de pas et point conformément à sa valeur originelle ; pas et point voient leur valeur négative se renforcer et, comme tels, ils peuvent figurer sans ne ».
[8] Voir à ce sujet M. Foucault, op. cit., chap. II, « La prose du monde », p. 32 et s.
[9] On songe, entre autres, à la négation à trois termes, du type « il ne faut point estre ny avare ny prodigue » pourtant condamnée par Vaugelas. (Voir Claude Favre de Vaugelas, Remarques sur la langue française [1647], éd. J. Streicher, Genève, Slatkine Reprints, 2000, p. 405 et s.)
[10] Jacques Du Lorens, Satires, 1647, sat. IV.
[11] M. Foucault, op. cit., p. 59.
[12] Voir à ce sujet M. Foucault, op. cit., p. 58 et 59 notamment, qui définit la modernité par un retour, via la littérature, à « l’être brut » ou « l’être vif » – c’est-à-dire non représentatif – du langage : « La “littérature” telle qu’elle s’est constituée et s’est désignée comme telle au seuil de l’âge moderne, manifeste la réapparition, là où on ne l’attendait pas, de l’être vif du langage. Au XVIIe et au XVIIIe siècle, [...] l’art du langage était une manière de “faire signe” [...]. Or, tout au long du XIXe siècle et jusqu’à nous encore, la littérature [...] ne s’est détachée de tout autre langage par une coupure profonde qu’en formant une sorte de “contre-discours”, et en remontant ainsi de la fonction représentative ou signifiante du langage à cet être brut oublié depuis le XVIe siècle. »
[13] Maurice Grevisse, Le Bon Usage, grammaire française [1936], 12e éd. refondue par A. Goosse, Paris-Gembloux, Duculot, 1988, § 1035 notamment, pour ni.
[14] V. Hugo, Notre Dame de Paris, I. Cité par M. Grevisse, § 1035.
[15] A. Gide, Retour de l’enfant prodigue, p. 92. Cité par M. Grevisse, op. cit.
[16] Voir à ce sujet, entre autres, Olivier Soutet, Études d’ancien et de moyen français, Paris, PUF, 1992, p. 238 et s., qui, à la suite des travaux d’Ambroise Queffélec, La Négation en ancien français, thèse de doctorat d’état, Paris IV, 1985, distingue les emplois de ni « coordonnant de virtualité » et de ni « coordonnant négatif », apparaissant pour sa part en atmosphère pleinement négative et fonctionnant alors comme un forclusif de la négation.
[17] Voir Gérald Antoine, La Coordination en français, Paris, d’Artrey, 1962, t. II, p. 1042, qui cite, entre autres, cet énoncé d’Amyot : « Je m’emerveille comment ni pourquoi un homme si apre et sévère [...] eut oncques le surnom de Bon » (Phocion, XX).
[18] Voir G. Antoine, op. cit., p. 1043, qui cite Rabelais : « ainsi me soys tu favorable sy jamais a luy desplaisir ne [= ancienne forme de ni] a ses gens dommaige, ne [= ni] en ses terres je feis pillerie » (C. Nouvelles, I, 119).
[19] Voir G. Antoine, op. cit., p. 1045 : « Pierres precieuses avoit // El graal de maintes menieres // Des plus riches et des plus chieres // Qui en mer ne [= ni] an terre soient » (Perceval, 3234-3237).
[20] Ibid., p. 1052-1053.
[21] Ibid., p. 1052.
[22] R.-L. Wagner et J. Pinchon, Grammaire du français classique et moderne, Paris, Hachette, 1962, p. 438.
[23] Dans les décomptes, toutes les formes du coordonnant en n- ont été prises en compte. Pour le tour étudié, la dernière attestation, dans FRANTEXT, de la forme ne remonte à Ch.-T. de Sigogne, Satires, 1619. La forme ny perdure, quant à elle, tout au long de l’âge classique mais se raréfie. Quoi qu’il en soit, pour notre propos, les variations morphologiques ne sont pas signifiantes.
[24] M. Grevisse, op. cit., § 1035, 2o.
[25] Voir à ce sujet M. Foucault, op. cit., p. 58 et s. qui constitue la littérature en voie de salut pour la modernité : « L’âge classique [...] nous sépare d’une culture où la signification des signes n’existait pas, car elle était résorbée dans la souveraineté du Semblable ; mais où leur être énigmatique [...] primitif, scintillait dans une dispersion à l’infini. « Cet être, il n’y a plus rien dans notre savoir, ni dans notre réflexion pour nous en rappeler maintenant le souvenir. Plus rien, sauf peut-être la littérature [...]. On peut dire en un sens que la littérature telle qu’elle s’est constituée et s’est désignée comme telle au seuil de l’âge moderne manifeste la réapparition, la où on ne l’attendait pas, de l’être vif du langage ». Pour une description complète de l’histoire de cette valorisation, voir Hélène Merlin-Kajman, La Langue est-elle fasciste ? [...], Paris, Le Seuil, 2003, p. 47 et s. notamment : Il restait une voie de salut [...]. Ce fut le Texte [...] la puissance libertaire de l’écriture : “Cette tricherie salutaire, cette esquive, ce leurre magnifique, qui permet d’entendre la langue hors pouvoir, dans la splendeur d’une révolution permanente du langage, je l’appelle pour ma part : littérature” (R. Barthes, Leçon) ».
[26] Voir A. Reboulet, Guide pédagogique pour le professeur de français langue étrangère, Paris, Hachette, 1971, p. 39, qui reprend intégralement C. Stourdzé et M. Collet-Hassan, « Les niveaux de langue », Le français dans le monde, 65, p. 18-21.
[27] Pierre Corbin, « “Niveaux de langue” : pèlerinage chez un archétype », Bulletin du Centre d’analyse du discours, no 4, 1980, Lille, PUL, 325-353, p. 339.
[28] Ibid., p. 336-337.
[29] Si tant est que Stourdzé et Collet-Hassan assimilent « langue classique » et « français classique », ce qui reste, il est vrai, très incertain. Voir à ce sujet P. Corbin, art. cité, p. 336 : « Rien n’indique que la langue classique désigne une coupe synchroniquement précise. Divers indices [...] font comprendre que l’acceptation de classique dans langue classique est ici indexée sur le sens très vague et non conceptuel qu’a ce mot quand il réfère aux “classiques” de la littérature : en gros, les auteurs qu’on étudie dans les classes. »
[30] Voir, à l’appui de cette analyse, la remarque de G. Antoine, op. cit., p. 1054, qui marginalise les réalisations modernes du tour étudié en les donnant comme des marques de français littéraire, c’est-à-dire de français non usuel : « Nota. – Nous n’avons pas fait entrer en compte trois exemples de Gide, qui sentent vraiment trop la recherche littéraire [...] : “Adieu sans larmes ni sans sourires” (Poèmes, I, 241) [...]. »
[31] Paraphrase de H. Merlin-Kajman, op. cit., p. 18.
[32] Ferdinand Brunot, Histoire de la langue française, t. IV, Paris, A. Colin, 1966, p. 1080.
[33] H. Merlin-Kajman, op. cit., p. 20.
[34] A. Haase, Syntaxe française du XVIIe siècle, nouvelle édition traduite et remaniée par M. Obert, Paris, Delagrave, 1935, p. 384-385. Nous soulignons.
[35] Kr. Nyrop, Grammaire historique de la langue française [Copenhague, Gyldendalske Boghandel, Nordisk Forlag], Paris, A. Picard & Fils, 1930, t. 6, p. 152. Nous soulignons.
[36] Kr. Nyrop, op. cit., p. 152-153.
[37] Guez de Balzac, Dissertations chrétiennes et morales, dans Les Œuvres, Paris, Billaine, 1665, vol. 2, p. 394.
[38] Le P. Bernard Lamy, La Rhétorique ou l’art de parler (1675), 3e éd. revue et augmentée, Paris, A. Pralard, 1688, chap. XII, p. 57.
[39] G. Antoine, op. cit., t. II, p. 1048.
[40] Malherbe penche pour l’usage moderne faisant dépendre mécaniquement le choix de la conjonction (ni, et) de la modalité (négative, positive) de la phrase. Voir à ce sujet G. Antoine, ibid.
[41] H. Merlin-Kajman, op. cit., p. 67.
[42] Nathalie Fournier, Grammaire du français classique, Paris, Belin, « Sup », 1998, p. 7.
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