Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130544524
192 pages

p. 251 à 264
doi: 10.3917/dss.042.0251

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n° 223 2004/2

2004 XVIIe siècle

Crise de langue et conscience linguistique : la question de la règle des 24 heures

Jean-Marie Fournier Université de la Sorbonne Nouvelle - Paris III.
L’existence de deux parfaits (défini et indéfini) – les passés simple et composé de la terminologie scolaire contemporaine – est identifiée comme un problème linguistique depuis les origines de la tradition des grammaires françaises. Sur le long terme, si les données prises en compte sont extrêmement stables (en l’occurrence, deux temps verbaux), la nature du problème posé évolue considérablement. Il y a là, à la fois, une pérennité très forte du versant empirique du problème, et une non moins remarquable labilité, non seulement des outils théoriques utilisés, mais du cadrage problématique à partir duquel les faits de langue sont saisis et considérés. Nous proposons ici d’observer deux moments remarquables de cette longue histoire : le XVIIe siècle qui voit se constituer dans les grammaires une doctrine de la valeur des deux parfaits impliquant entre autres choses ce que l’on a très vite appelé la « règle des 24 heures », et le XXe siècle, remarquable pour trois raisons : le renouvellement de la problématique avec le développement par Benveniste de la théorie de l’énonciation ; l’apparition, dans les premières années du siècle, du thème de la « crise de langue » dont la disparition du passé simple au profit du passé composé serait un des symptômes ; et l’articulation par quelqu’un comme Harald Weinrich de ce thème et de l’histoire de la description de l’emploi des parfaits. La disparition du passé simple est la conséquence lointaine, selon lui, de l’erreur commise par les grammairiens du XVIIe siècle dans l’appréciation de ces temps, et de l’institution malheureuse, qui en a résulté, d’une règle naïve. C’est ce point de vue sur le XVIIe siècle chez un philologue du XXe siècle et le discours de crise qu’a pu nourrir le changement de statut des deux parfaits dans le système des temps du français qui nous intéresseront ici. La règle des 24 heures, son histoire, les faits que l’on relie à son institution, engagent ainsi à la fois l’image que les linguistes se donnent de l’histoire de leur discipline et, sur le plan de son épistémologie, le statut qu’il faut conférer à la normativité.
 
LA DISPARITION DU PASSÉ SIMPLE COMME CRISE
 
 
L’un des premiers travaux de linguistes qui relève la régression du passé simple et son remplacement à l’oral par le passé composé est l’article que publie Antoine Meillet en 1909 sous le titre « Sur la disparition des formes simples du prétérit », article repris dans Linguistique historique et linguistique générale (1921). La thèse soutenue par Meillet est très intéressante du point de vue de l’histoire des théories linguistiques. Elle prend son sens dans le contexte des débats relatifs à la question des lois phonétiques qui se développent à partir des travaux des néo-grammairiens.
Meillet procède en deux temps. Exploitant les données de l’Atlas linguistique de J. Gilliéron et des observations personnelles de terrain, il montre que les formes de passé simple sont sorties d’usage dans les régions du français proprement dit et ne sont plus attestées que dans les parlers méridionaux. Quant à la date du phénomène, il la fait remonter au moins au début du XIXe siècle. S’appuyant sur une expérience familiale, il note : « Cette disparition doit être assez ancienne puisque, dès le début du XIXe siècle, la forme ne figure plus dans le parler des personnes élevées dans une ville aussi méridionale que Moulins » [1]. Il élargit ensuite l’enquête à l’ensemble des langues de l’ère indo-européenne, ce qui le conduit à interpréter la disparition du passé simple français comme l’exemple particulier d’un phénomène qui affecte l’ensemble de ces langues et dont on trouve des traces non seulement dans les langues modernes mais également à date ancienne en germanique, en vieux slave, en slovène, en iranien, et dont les prémisses sont identifiables en sanskrit. Ce trait caractéristique de l’évolution des langues indo-européennes comprend deux moments : d’abord, la création d’une forme de prétérit composé ; puis la généralisation de cette forme aux dépens de la forme simple plus ancienne. De ces deux moments, le second n’est constaté que dans une partie du domaine ; le premier, en revanche est général.
Voilà pour les faits. Mais ce qui importe ici, ce sont les arguments qu’en tire Meillet. Il propose de voir là une sorte d’analogue, dans le domaine de la morphologie, de ce que sont les lois phonétiques. Compte tenu de la rapidité avec laquelle les langues issues d’une même origine divergent, les lois morphologiques, si elles existent, ne peuvent concerner que des faits de structure très généraux et très abstraits. Ce serait le cas de la généralisation des formes composées de prétérit, qui n’est qu’une manifestation du mouvement affectant les langues indo-européennes relativement au statut du mot :
Le trait essentiel de la structure morphologique de l’indo-européen, et encore du latin, c’est que le mot n’existe pas indépendamment de la forme grammaticale : il n’y a pas un mot signifiant « cheval », il y a un nominatif equus, un génitif equi, un accusatif equos, et l’on ne saurait isoler aucun élément signifiant cheval indépendamment des finales. Au contraire, dans le type moderne représenté par l’anglais et, un peu moins bien, par le français, le mot tend à exister indépendamment de tout « morphème » : quel que soit le rôle joué dans la phrase, on dit en anglais dog, et en français chien, là où le latin avait une succession de formes suivant les cas. [2]
La disparition du passé simple est ainsi un aspect d’un mécanisme régulier, prévisible et général, un moment de l’évolution qui entraîne les langues indo-européennes à passer du mot-forme variable au mot fixé une fois pour toutes : j’ai aimé, tu as aimé, etc., sont plus près du terme de cette évolution que ne l’étaient j’aimai, tu aimas, etc. Cette prise de position de Meillet est d’autant plus intéressante, sur les plans historique et épistémologique, que son article est contemporain des débats et des prises de position qu’a suscités le thème de la crise du français, dont nous nous bornerons ici à rappeler les traits les plus saillants. Cette expression figure plusieurs fois sous la plume de Meillet lui-même dans le livre qu’il consacre en 1918 à la situation linguistique de l’Europe, sous celle de Bally une vingtaine d’années plus tard, dans un livre qui porte ce titre, ou de Brunot, notamment dans un petit ouvrage publié en 1909 où il traite de l’enseignement du français. Chez la plupart des participants à ce débat, la réalité de la crise ne fait pas de doute. Bally est de ceux-là. Le sentiment de crise est dans l’inadéquation perçue entre les formes et les ressources du langage hérité et les cadres de la vie sociale et de l’activité de l’homme moderne :
L’homme moderne doit partager son activité, sa pensée et, par suite, son langage, entre mille soins qu’ignorait la vie étroite et confinée d’un autre âge [...]. La tradition, assaillie de toutes parts, résiste du mieux qu’elle peut ; le pourra-t-elle éternellement et absolument ? Croit-on qu’une langue puisse, quand tout se transforme, conserver intacte la forme qu’elle a reçue il y a trois cents ans ? [3]
La crise de la langue est aussi reliée à une crise de l’enseignement de la langue, à laquelle les livres de Brunot et de Bally tentent d’apporter des réponses [4].
La position de Meillet sur ce problème est un peu différente. Son livre Les Langues dans l’Europe nouvelle [5] se veut une contribution à l’analyse de la question du changement linguistique et de ses implications sociales et politiques. Mais les dimensions linguistiques de la crise dont l’évidence historique en 1918 pousse Meillet à composer un ouvrage adressé à un public qui dépasse très largement le cercle des spécialistes de grammaire comparée se présentent pour lui sous une forme étroitement dépendante de la situation politique de l’Europe et du monde. Il y a crise en effet, mais sur un plan qu’il faut délimiter avec précision. Le jeu des forces antagoniques qui conduit les langues à se différencier par séparation et fractionnement dialectal, d’un côté, à se stabiliser et s’unifier sous la forme d’idiomes nationaux, de l’autre, rencontre de façon dramatique deux autres forces également antagoniques : l’émergence des démocraties qui résultent du fractionnement des empires et l’unification de la civilisation, qui irrésistiblement devient une. La disparition du passé simple dans les parlers du Nord et son maintien dans le français méridional est une de ces traces par lesquelles se rend sensible le mouvement de fractionnement auquel le français, comme toute langue, est naturellement soumis. Ce n’est là rien d’autre que l’exemple, sous nos yeux, de ce qui conduisit le latin à se différencier et donner naissance aux langues romanes.
On voit donc apparaître chez Meillet une ligne de partage assez nette qui sépare deux ordres de phénomènes :
1. Les changements soumis à des lois, dont les changements phonétiques constituent le type et dont la régularité est garantie par l’identité des données anatomiques et physiologiques. L’identification de telles régularités en morphologie, où la liberté est plus grande, est beaucoup plus délicate. Mais certaines tendances, plus générales et plus abstraites, peuvent apparaître. La disparition du passé simple constitue un phénomène de cet ordre.
2. En revanche, la catégorie de la crise est adéquate pour décrire et comprendre un autre type de changement linguistique : ceux qui impliquent le sujet et l’histoire, comme instituer une langue nationale, parler ou non une variété dialectale, etc.
Après l’article de 1909, de nombreux travaux ont été consacrés à la question de la disparition du passé simple. Ceux de Lucien Foulet [6] ont établi que l’élimination du prétérit simple des usages oraux par la forme composée a lieu entre le XIIe et le XVIe siècle. Mais Marcel Cohen, par exemple, écrit, dans un article de 1956, que le passé simple, temps de la bourgeoisie, fait place aujourd’hui au passé composé, temps de la société sans classes [7]. Il est clair que l’interprétation du phénomène est d’abord dépendante de la théorie du changement que mobilisent les auteurs.
Les explications que l’on peut imaginer à un phénomène de ce genre ne peuvent, au fond, être que de deux types. Soit l’on considère que le phénomène doit être relié à un mécanisme interne, un dynamisme naturel. C’est ce que la notion de loi tente de décrire, et c’est la voie suivie par Meillet. Soit on considère que les faits sont déterminés par une cause externe, historique et sociale comme le fait Marcel Cohen. H. Weinrich envisage une causalité externe d’un ordre différent, que l’on peut rapprocher du phénomène de grammatisation de la langue [8], c’est-à-dire de la production par les grammairiens, de catégories, de règles, qui constituent autant d’outils, dont les locuteurs sont équipés et qui modifient qualitativement leurs pratiques langagières et les représentations qu’ils se font de leurs pratiques langagières. La raréfaction progressive depuis le XVIe siècle de l’emploi du passé simple à l’oral ne constitue pas, selon H. Weinrich, un fait banal ou naturel de l’évolution du système linguistique, mais bien le symptôme d’une crise produite par certaines de ces représentations.
Voici les faits tels que les décrit H. Weinrich. Dès le XVIe siècle, le passé simple et le passé composé tendent à se distribuer selon deux catégories discursives fondamentales : le récit et le commentaire. Les différentes occurrences de ces temps constituent ainsi des signaux, dont la répétition, dans un texte donné, modèle l’accueil que le lecteur doit réserver au texte ou au discours, ce que H. Weinrich appelle son attitude de locution : soit attention vigilante, tension requise par le monde commenté, car ce dont il est parlé le touche de près ; soit, au contraire, tension moindre, sollicitée par le monde raconté, car, dans ce cas, le contenu du message est réputé le toucher avec moins d’acuité. Monde raconté et monde commenté, ou récit et commentaire, sont ici, on le voit, des catégories textuelles, des genres fondamentaux – sous lesquels il n’est pas impossible de ranger ceux que la tradition littéraire et rhétorique a identifiés –, accordés à des fonctions universelles : raconter et commenter, dont les temps verbaux ne sont que les marqueurs, les signaux par lesquels ces genres se manifestent. La distribution des temps du passé selon ces deux catégories, et spécialement la distinction opérée entre le passé simple et le passé composé, relève donc de la structure du français, inconsciente en tant que telle chez les locuteurs.
Or l’histoire de la représentation de ce phénomène dans les grammaires est celle au mieux d’un malentendu, au pire d’une erreur. H. Weinrich note que, très tôt, les grammairiens ont tenté d’élucider le « secret » que constitue l’emploi de ces deux temps. Il attribue à Henri Estienne la paternité de la règle des 24 heures, comme le fait l’historiographie des grammaires françaises depuis l’ouvrage que Charles Livet a consacré en 1859 aux grammairiens du XVIe siècle [9]. Selon cette règle, le passé composé serait réservé à la représentation des événements situés dans « le même jour auquel on parle », et le passé simple à ceux qui appartiennent à un temps plus éloigné. Cette règle se serait ensuite transmise au siècle suivant.
L’interprétation du phénomène de l’invention de la règle par les grammairiens est donc en elle-même intéressante : elle n’est rien d’autre, selon Weinrich, qu’une tentative tâtonnante pour trouver un sens à la différence du passé simple et du passé composé. Tentative vouée à l’échec, puisqu’elle place naïvement le principe de cette différence du côté du temps référentiel. Mais à cette erreur de conception fondamentale est mêlé un noyau de vérité que Weinrich identifie dans le fait que « les événements du passé lointain nous importent moins que les événements du passé récent ; partant les événements du passé récent sont le plus souvent commentés » [10]. Cette règle aurait été ensuite reproduite par les grammairiens de l’époque classique et, surtout, fait d’une importance capitale, elle aurait été appliquée par les auteurs classiques, contribuant ainsi à façonner leur conscience linguistique [11].
Que la règle ait pu s’imposer à certains usages, nous en avons des preuves, par exemple, dans les Sentiments de l’Académie française sur la tragi-comédie du Cid. Elle sert aux académiciens de pierre de touche pour évaluer la conformité de la pièce de Corneille à la règle des trois unités, et l’on sait que le dramaturge a corrigé systématiquement les passés simples du récit du combat contre les Maures, ou du récit de Chimène, pour les remplacer par des passés composés ou des présents dans l’édition de 1660. Quel était toutefois l’usage des locuteurs du XVIIe siècle ? Il est bien entendu très difficile de répondre à cette question. La thèse d’H. Weinrich est étayée par l’analyse de certains emplois dans la correspondance de Madame de Sévigné qui semble se conformer régulièrement au principe de « la nuit entre deux » trop scrupuleusement et mécaniquement pour que ces emplois ne soient pas le produit de l’application consciente de la règle. Mais des travaux plus récents établissent que cet usage est très loin d’être général dans la langue classique. Yvette Galet [12] et Nathalie Fournier [13] ont montré, à partir de l’étude d’un corpus important où entrent des textes de théâtre, des correspondances (y compris les Lettres de Madame de Sévigné) et quelques témoignages d’oral plus ou moins spontané comme le journal d’Héroard, que l’emploi des deux parfaits en français classique peut être décrit de façon adéquate dans le cadre de la théorie des niveaux énonciatifs proposée par É. Benveniste. L’opposition entre les deux temps est d’ordre aspecto-énonciatif. Le choix du passé simple ou du passé composé dépend de la vision globale ou sécante de la période-repère à laquelle le procès est rapporté – autrement dit, de l’inclusion ou non du centre déictique dans la période-repère [14].
La suite de l’histoire, selon Weinrich, est la conséquence de ce moment classique et normatif de l’histoire du français et des Lettres françaises. Les classiques, quoi qu’il leur en coûtât, « "auraient" pris l’habitude de raconter au passé composé » [15]. La situation actuelle serait à mettre au compte de l’influence du modèle classique sur la production littéraire, influence décuplée plus tard par le relais de l’école, soutenue encore par des phénomènes qui relèvent de l’histoire sociale et culturelle comme l’invention de la presse quotidienne. Ainsi, se sont imposés comme une norme, avatar éloigné de la règle des 24 heures, mais contre la structure naturelle de la langue, le récit des événements récents au passé composé et, par voie de conséquence, la restriction des emplois du passé simple au récit des événements éloignés. La cause de la disparition des emplois oraux du passé simple serait essentiellement dans ce mécanisme, puisque les récits auxquels on se livre oralement concernent ordinairement des événements récents. Il est clair que cette interprétation de l’histoire de la langue, du rôle que peuvent y jouer les grammairiens, et du contenu de connaissance développée par les grammairiens de l’époque classique, est essentiellement fondée sur une vision du XVIIe siècle, de la façon dont la langue mais aussi la littérature et la figure de l’écrivain se sont instituées au cours de ce siècle.
Dans la partie suivante, nous allons essayer de montrer que les conceptions des grammairiens du XVIIe siècle à propos de l’emploi des parfaits ne se réduisent pas à l’institution de la « règle des 24 heures ». Les analyses développées par les auteurs de grammaire de cette période s’attachent autant, sinon davantage, à construire et formaliser un certain nombre de notions qu’à fixer les usages. Autrement dit, l’enjeu des discussions relatives à la valeur des parfaits est d’abord un enjeu de connaissance avant d’être un enjeu normatif.
 
LA QUESTION DE L’INSTITUTION DE LA RÈGLE
 
 
La première question qui se pose est peut-être celle des contours exacts de ce que l’on peut appeler « règle des 24 heures ». Henri Estienne en donne dès 1569 dans son Traité de la conformité du langage français avec le grec une formulation parfaitement nette :
Nous avons aussi deux prétérits parfaits : desquels il m’a semblé autrefois [16] que l’un se pouvait rapporter au temps que les Grecs appellent aoriste, c’est-à-dire indéfini et non limité. Car quand nous disons j’ai parlé à lui, et lui ai fait réponse, cela s’entend avoir été fait ce jour là. Mais quand on dit je parlai à lui, et lui fit réponse, ceci ne s’entend avoir été fait ce jour même, auquel on raconte ceci, mais au paravant : sans toutefois qu’on puisse juger combien de temps est passé depuis. Car soit que j’ai fait réponse le jour de devant seulement, soit qu’il y ait ja cinquante ans passés, ou plus, je dirai, je lui fis réponse, ou Alors, adonc, je fis réponse. Voilà comment par ce prétérit nous ne limitons point l’espace du temps passé. Ce qui autrefois m’a fait pensé que comme j’ai dit il avait accointance avec l’Aoriste grec.
C’est ce passage qui est reproduit par Charles Livet dans son ouvrage La grammaire française et les grammairiens du XVIe siècle [17]. Mais le caractère normatif qui apparaît dans ces lignes est immédiatement nuancé dans la suite par les doutes qu’exprime le grammairien, puis clairement invalidé par le dernier argument : on peut trouver chez les meilleurs auteurs des cas d’anaphore d’un des passés par l’autre.
Mais depuis, ayant considéré de plus près la nature de cet Aoriste, et pesé les raisons d’une part et d’autre, je me suis douté qu’il y avait quelque autre secret caché sous cet aoriste, quant à son naïf usage. Et confesse que jusques à présent je n’en suis point bien résolu. Or ce qui principalement me garde de prendre quelque résolution est que son usage commun n’est autre que du prétérit parfait. Et qu’ainsi soit, on trouvera souvent de dans les bons auteurs qu’une chose qui aura été dite par le prétérit, sera répétée par l’Aoriste, ou au contraire. [18]
Pourtant, un peu plus loin cet embarras ne paraît plus incompatible avec la censure à laquelle il soumet les étrangers qui tentent d’employer les temps du passé.
Ce non obstant je penserais faire tort aux étrangers qui font profession de parler bon français, si je ne les avertissais que c’est ici l’endroit par lequel ils sont le plus aisément découvert, principalement par ceux qui les veulent épier au passage. Car c’est grand cas que de cent à grand peine s’en trouvera il dix qui ne heurtent voire achoppent à cette différence de nos deux prétérits comme à une pierre qui serait au milieu de leur chemin. Et qui plus est sitôt qu’on leur aura donné la main pour se relever, on les y verra retomber. Je le sais pour avoir fréquenté avec plusieurs sortes d’étrangers, gens de bon esprit et de bon jugement, lesquels au demeurant se tenaient si bien clos et couverts en leurs devis, que pour un peu de temps ils pouvaient passer pour Français : mais depuis qu’ils venaient à raconter quelque fait, c’était la pitié. Car d’un homme qui fût venu parlé à eux depuis un demi quart d’heure, voir depuis une minute de temps, ils eussent dit, il vint ici, il parla à moi, je lui dis. Au lieu de il est venu ici, il a parlé à moi, je lui ai dit. [19]
Ce passage est également reproduit par Ch. Livet qui, au fond, n’a gardé du texte que ce qui va dans le sens de l’expression d’une règle ferme. Le statut épistémologique de ce que l’on pourrait appeler ici règle est donc singulièrement complexe. Le projet d’une régulation normative sans nuance est manifestement étranger à l’état d’esprit dans lequel travaillent les grammairiens de l’époque. La règle évoquée par H. Estienne n’est d’ailleurs pas à proprement parler une invention de sa part. La question de la valeur des deux passés est en effet posée dans les tout premiers textes grammaticaux de la tradition française et ne cessera pas, au moins jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, de constituer un thème de réflexion – autrement dit, un problème pertinent – pour les grammairiens de la tradition française. Le problème est en effet posé dès 1550. Dans son Institutio linguae gallicae [20], Pillot note, en reprenant la classification des temps proposée par Priscien, que la catégorie du preteritum perfectum est représentée par deux temps en français. Il propose de les distinguer en appelant la forme composée et périphrastique preteritum definitum et l’autre preteritum indefinitum. La comparaison des solutions proposées par les grammairiens de la période montre que la discussion porte sur l’identification du ou des critères que ces deux termes tentent d’identifier. Très schématiquement on peut distinguer trois pistes alternativement suivies :
le critère est chronologique et quantitatif : le passé simple représente un temps plus éloigné que le passé composé. C’est la solution proposée, avec prudence, par Pillot, qu’il illustre avec des exemples dans lesquels le passé simple est en corrélation avec « hier », et le passé composé avec « aujourd’hui ». Cette position est reprise par Bosquet (1556), puis Cauchie (1570) ;
le critère est discursif : c’est la solution envisagée par Meigret qui note que le passé simple ne construit pas la référence temporelle de l’événement représenté de façon autonome ; « il dépend [en effet] toujours de quelqu’autre comme je vis le Roi lorsqu’il fut couronné ». Pour Meigret, le passé simple est un temps indéterminé (un prétérit indéfini) parce qu’il suppose toujours une relation anaphorique avec une autre marque temporelle. Le passé composé, en revanche, peut s’employer de façon absolue, et « sans suite » ;
enfin, Henri Estienne introduit le critère référentiel du jour qui comprend l’instant de la parole comme nous l’avons vu dans l’extrait du Traité.
Replacée dans le contexte des discussions de la seconde moitié du XVIe siècle, l’originalité de la position d’H. Estienne paraît donc relative, et l’on mesure tout ce que son innovation doit à un thème de réflexion lancé d’abord par Pillot dès 1550. Le critère du jour de référence n’est pas autre chose que le durcissement d’un critère formulé de façon plus souple par ce premier auteur, et d’ailleurs implicitement illustré par les exemples qu’il proposait.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le débat, bien entendu, se poursuit, et l’analyse s’enrichit encore. Nous n’en évoquerons ici brièvement que les moments les plus significatifs. L’une des analyses les plus remarquables est celle de Maupas (1607). Chez l’auteur de la Syntaxe et grammaire française, la question des valeurs du passé simple et du passé composé figure dans un contexte où sont introduites de nombreuses remarques très précises sur les valeurs aspectuelles de l’imparfait et du passé simple, ce qui contribue à renouveler et enrichir puissamment le modèle d’analyse qui se constitue peu à peu. On retrouve le critère de l’éloignement dans le passé et un écho de l’analyse contextuelle introduite par Meigret, mais l’apport décisif est dans le traitement du critère référentiel dont il emprunte l’idée à H. Estienne. Maupas note en effet que ce critère n’est pas nécessairement constitué par le jour dans lequel on parle mais par toute « partie du temps » comme « siècle, an, mois, semaine... » ou leurs équivalents, dans laquelle l’énonciateur se place. Le français offre donc deux possibilités :
Parlant d’une chose advenue, ou on limite le temps par l’une de ces parties, ou on ne le limite point. Si on ne quote nul terme, vient l’indéfini en usage. Exemple, Le roy a obtenu victoire de ses ennemis, puis leur a pardonné. Mais si l’on assigne quelque certain terme, lors ou il est du tout passé, sans qu’il en reste aucune portion, et vient en service le Défini. Exemple : L’an mil cinq cent quatre vingts et dix, le Roy obtint victoire de ses ennemis, et gagna la bataille d’Ivry, peu de temps après la ville de Paris se mit en son obéissance. Et pour cette raison les récits d’histoires, contes de fables, et narrations présupposées comme de choses antiques, se font ordinairement par ce prétérit ci. Ou bien reste encore à passer quelque portion du temps préfix et nommé, lequel est encore en flux, comme parlant du siècle où nous sommes encore, de l’an, du mois, semaine, ou jour qui dure encore, il faut prendre l’indéfini. De notre siècle sont advenues choses mémorables. Cette année, les vignes n’ont point rapporté. [21]
C’est à peu près la position adoptée par les grammairiens du XVIIe siècle, à quelques variantes près dans la formulation, et c’est encore celle, au début du XVIIIe siècle, de Régnier Desmarais, Buffier et Restaut.
La comparaison des différents énoncés adoptés par les grammairiens montre que les faits pris en compte au cours de cette période ne sont pas différents, et que le contenu épistémologique de la règle est également assez stable. Il correspond à la description que N. Fournier et Y. Galet donnent de l’emploi des deux parfaits que nous rappelions plus haut : le choix du passé simple ou du passé composé dépend de la vision globale ou sécante de la période-repère du procès et, corollairement, du rapport établi entre deux repères : période-repère du procès et moment-repère de l’énonciation. L’inclusion/exclusion du moment-repère de l’énonciation dans la période-repère du procès détermine le choix du passé composé ou du passé simple [22]. La réflexion des grammairiens de l’âge classique n’a donc rien, sur ces matières, de naïf, et se révèle au contraire étonnamment précise et en conformité avec les faits.
Ce noyau de théorisation circule d’un grammairien à l’autre, dans un réseau de paraphrases, souvent métaphoriques, entre lesquelles on peut, bien entendu, trouver quelques différences qui témoignent en gros de deux choses :
1. En premier lieu, de l’effort de conceptualisation de la notion de période-repère. Les auteurs adoptent des stratégies discursives diverses pour décrire la position de la période-repère relativement à l’instant de la parole. On voit bien que ce dont il s’agit, c’est d’un intervalle et de la position de ses bornes. Mais, bien entendu, le problème ne peut pas, au XVIIe et au XVIIIe siècles, être formulé en termes topologiques. Il paraît clair, toutefois, que la découverte de Maupas, reprise par plusieurs auteurs comme Régnier Desmarais, qui montre que le passé composé est compatible avec des expressions déictiques comme cette semaine, ce mois, cette année, ou ce siècle, revient à augmenter la dimension de la période-repère, en montrant que la borne gauche de l’intervalle peut être déplacée vers la gauche. C’est très net chez ce dernier auteur :
Ce n’est pas seulement de l’espace du jour auquel on parle, que ce prétérit indéfini est banni de notre langue, il l’est pareillement de l’espace d’une semaine, d’un mois, d’une année, si l’on est encore dans la semaine, dans le mois, et dans l’année dont on parle. [23]
D’autres formulations, comme celles de Buffier, correspondent à des tentatives de décrire la position de l’autre borne de la période-repère. Ainsi, lorsque le P. Buffier écrit : « [Le passé composé] marque une chose passée : mais il la marque de manière qu’il reste encore présentement quelque partie à écouler du temps où l’on indique que la chose s’est passée... » [24], il paraphrase Maupas, mais il conserve les formules qui précisent la position de la borne de droite de l’intervalle-repère et les rend plus claires et plus explicites. Girard, dans les Vrais principes de la langue française [25], achève de stabiliser la notion en lui assignant un terme et en réorganisant sa définition. Selon lui, la différence faite traditionnellement par les grammairiens entre les deux prétérits ressortit, au fond, à l’opposition plus générale qu’il faut faire entre deux types de passés, deux manières de représenter le passé, qui correspondent à des choix différents du locuteur, et non plus au jeu d’un critère référentiel :
Pour rapprocher encore plus les partie du temps & leur donner un peu d’existence permanente, on en forme certains périodes, qui les comprennent & les réunissent en un seul corps de durée ; de manière qu’on les considère tous sous un même aspect, comme faisant ensemble unité de temps. Ces périodes sont plus ou moins longs selon les bornes qu’on leur fixe. Tels sont le jour, le mois, l’année, le siècle, une campagne, un carnaval, et autres arbitraires. Il ne faut donc pas confondre le temps de l’événement avec celui du période : cela est de conséquence ainsi qu’on va le voir : car on peut représenter de deux manières le passé. L’une en faisant simplement répondre l’événement au temps où sa production est finie ; ce qui a pu arriver dans le période [26] actuellement présent, comme dans cet exemple :
j’ai fait ce matin de la bonne besogne.
L’autre manière est de le faire répondre à un temps où non seulement sa production est finie mais où est encore passé le période dans lequel cette production est arrivée ; de façon que le temps présent où l’on parle appartienne à un autre période, qui ait succédé à celui qui a vu naître et finir l’événement, comme quand on dit :
je fis hier tout ce que je pus, et je perdis mes peines.
La première de ces manières est le prétérit du verbe. La seconde est ce qu’on nomme aoriste. [27]
Beauzée, dans l’article « Temps » qu’il donne en 1765 à l’Encyclopédie de Diderot, puis dans sa Grammaire générale publiée deux ans plus tard, reprend le concept de période dont on peut attribuer l’invention à Girard, mais en déplace l’application et s’en sert pour donner une des premières descriptions formalisées des valeurs d’aspect de l’imparfait et du passé simple [28].
2. En second lieu, les variations dans l’expression de la règle témoignent d’un phénomène relatif au mode de production des connaissances, dans le contexte d’une tradition théorique ancienne. Si l’on peut considérer que l’évolution du discours de la règle sur le long terme comprend, comme nous venons de le voir, des éléments de progrès qui finissent par déboucher sur une invention, il apparaît, par ailleurs, que l’une des caractéristiques du mécanisme qui en produit l’émergence est la très forte cohésion épistémologique et discursive du corpus des grammaires dans une tradition donnée ; cohésion marquée par le petit nombre des exemples utilisés, continûment repris par les auteurs, et par la paraphrase des auteurs les uns par les autres. La paraphrase est, dans le discours des grammairiens, la forme de discours dans laquelle se manifeste le compte tenu des acquis de la tradition. L’accrétion par paraphrase de plusieurs énoncés antérieurs peut déboucher sur des empilements étranges et contradictoires. C’est le cas, par exemple, dans la grammaire éclectique de Pierre Restaut (1730), qui donne une version de la règle où sont cumulés les différents états de son histoire, auxquels il ajoute même la formulation la plus étroitement normative et référentialiste.
[Le prétérit simple ou défini (i.e. passé simple)] marque une chose passée dans un temps dont il ne reste plus rien, et dans lequel on n’est plus. [Il faut que la chose ait eu lieu dans un temps dont] il ne reste plus rien et que l’on n’y soit plus renfermé.
[...] On ne doit se servir de ce prétérit que pour marquer un temps qui soit éloigné d’un jour de celui dont on parle [...] pour employer ce prétérit, ce n’est pas assez que le temps dont on parle soit éloigné de plus d’un jour de celui où l’on est ; il faut encore qu’il n’en reste plus rien, et que l’on n’y soit plus renfermé.
[...] La différence qu’il y a entre l’un et l’autre [i.e. le prétérit simple et le prétérit indéfini] c’est que l’on ne doit jamais se servir du prétérit simple qu’en parlant d’un temps absolument passé, au lieu qu’en bien des occasions ce n’est pas faute d’employer le prétérit indéfini pour un temps absolument passé, ou pour un temps dont il reste encore partie à écouler. Ainsi on peut dire : Alexandre fut le plus grand capitaine de son siècle ou Alexandre a été le plus grand capitaine de son siècle. [29]
Rares sont donc les grammaires de l’âge classique dans lesquelles la règle des 24 heures se trouve formulée de façon normative et fondée sur le seul critère de la nuit entre deux. Les enjeux de connaissances l’emportent sur l’intention de réguler.
Étrangement, le texte grammatical dans lequel la règle des 24 heures est présentée dans l’une de ses versions les plus abruptes est la Grammaire générale et raisonnée d’Arnauld et Lancelot [30]. Étrangement, dans la mesure où le projet scientifique qui anime cet ouvrage célèbre est aussi éloigné que peut l’être une grammaire de ce temps de tout projet de normalisation linguistique. Il ne s’annonce d’ailleurs pas comme une grammaire du français. Reste à comprendre cette sorte de paradoxe. On peut faire l’hypothèse qu’il y a là une conséquence de la nature de la théorie du temps proposée par les Messieurs de Port-Royal. Ceux-ci s’efforcent, en effet, de définir l’ensemble des catégories du temps linguistique à l’aide d’un matériel conceptuel homogène réduit à quelques notions : trois repères, l’instant de la parole, l’instant de l’événement, et un éventuel événement de comparaison utilisé dans le cas des temps relatifs comme l’imparfait, et trois relations, simultanéité, antériorité, postériorité. Toutes les catégories du temps linguistique sont ainsi décrites à partir d’une opération de repérage des événements. La théorie du temps qui en résulte repose sur l’analogie de la ligne du temps et d’une droite géométrique [31]. Dès lors, la règle des 24 heures, dans la version qui est adoptée, présente l’avantage d’être compatible avec cette théorie du temps, tandis que les formulations plus subtiles d’un Maupas ne peuvent pas recevoir d’équivalent dans cette sorte de formalisme.
 
CONCLUSION
 
 
Les grammaires de l’époque classique ne semblent pas avoir été le vecteur de la transmission de la « règle des 24 heures » sous la forme normative et référentielle qui inspire les Sentiments de l’Académie sur la tragi-comédie du Cid. Dès le début du XVIIe siècle sont contestés son adéquation aux faits, la nature du critère référentiel et l’étendue de la période-repère initialement fixée à 24 heures. Ce qui est très remarquable en revanche, c’est la permanence, sur une période qui commence avec l’apparition des premières grammaires du français et qui s’étend au moins jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, d’une réflexion sur les emplois du passé simple et du passé composé. Ce thème disparaît ensuite pour quelque temps après les interventions de Girard et Beauzée, qui règlent la question aux yeux des auteurs de grammaires générales, mais il refait surface au début du XXe siècle sous une forme différente, rattachée à une autre problématique, celle du changement linguistique (éventuellement de la crise). L’intérêt des linguistes pour cette question ne s’est plus ensuite démenti.
Quel sens donner à une telle longévité ? Il nous apparaît qu’elle n’implique qu’un champ de problèmes, un ensemble plus ou moins homogène de faits, dont la délimitation est assez stable depuis les plus anciens grammairiens du français. La tradition interroge ensuite ces faits continûment. Ce que nous appelons ici tradition ne coïncide d’ailleurs pas avec tel ou tel paradigme théorique [32] mais réunit, sur le long terme, l’ensemble des contributeurs qui ont en commun au moins, et peut-être seulement, la langue objet qu’ils décrivent. En revanche, les outils impliqués dans les analyses, les contenus de connaissance produits par ces analyses, sont, bien entendu, soumis au changement. Leur histoire est celle des débats dont ils sont l’objet, des découvertes ou des innovations qui les transforment. La « règle des 24 heures » n’apparaît, dans ce contexte, que comme la forme donnée à leurs résultats par certains grammairiens, forme transitoire d’un contenu de connaissance dont il est possible de montrer qu’il débouche ensuite sur la conceptualisation de deux ensembles de notions, l’aspect [33] et l’articulation des niveaux énonciatifs [34].
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Auroux Sylvain, « La teoria de los tiempos en la gramatica general francesa (Beauzée y Destutt de Tracy) », Estudios de linguistica, Universidad de Alicante, 1986.
·  Auroux Sylvain, « Le temps verbal dans le grammaire générale », dans Hommage à J.-T. Dessanti, Mauvezin, Éd. TER, 1991, p. 55-86.
·  Beauzée Nicolas, Grammaire générale, Paris, Barbou, 1767, 2 vol.
·  Benveniste Émile, « Les relations de temps dans le verbe français », Bulletin de la Société de linguistique, LIV, fasc. 1, repris dans Problèmes de linguistique générale, I, Paris, Gallimard, 1966, 237-250.
·  Bosquet Jean, Elemens ou Institution de la langue françoise [1586], Genève, Slatkine Reprints, 1972.
·  Brunot Ferdinand, L’Enseignement du français, ce qu’il est, ce qu’il devrait être, Paris, A. Colin, 1909.
·  Buffier Claude (P.), Grammaire française sur un plan nouveau, Paris, N. Le Clerc et al., 1709.
·  Cauchie Antoine, Grammaticae gallicae libri tres [1586], Genève, Slatkine Reprints, 1968.
·  Estienne Robert, Traicté de la grâmaire françoise [1557], Genève, Slatkine Reprints, 1972.
·  Estienne Henri (1569), Traité de la conformité du langage français avec le grec.
·  Fournier Jean-Marie, « L’émergence des catégories aspectuelles dans la grammaire générale de Port-Royal à Beauzée », Histoire, Épistémologie, Langage, t. 13, fasc. II, Paris, 1991, p. 113-130.
·  Maupas C. (1607), Grammaire et syntaxe française, Orléans, O. Boynard [Genève, Slatkine Reprints, 1973].
·  Meigret Louis (1550), Le Tretté de la Grammere françoeze [1550], Genève, Slatkine Reprints, 1972.
 
NOTES
 
[1] A. Meillet, « Sur la disparition des formes simples du prétérit », dans Linguistique historique et linguistique générale, 1921, p. 151.
[2] Ibid., p. 175.
[3] Ch. Bally, La Crise du français, notre langue maternelle à l’école, Neuchâtel-Paris, Delachaux & Niestlé, [1930], p. 12.
[4] Dan Savatovsky (éd.), Études de linguistique appliquée, 118, 2000, « La crise du français ».
[5] A. Meillet, Les Langues dans l’Europe nouvelle [1918], Paris, Payot, 1928.
[6] Lucien Foulet, « La disparition du prétérit », Romania, 46, 1920, p. 271-313.
[7] Marcel Cohen, « Emplois du passé simple et du passé composé dans la prose contemporaine », dans Travaux de l’Institut de linguistique. Faculté des Lettres de l’Université de Paris, Paris, Klincksieck, 1957-1959, p. 43-62.
[8] Sylvain Auroux, La Révolution technologique de la grammatisation, Liège, Mardaga, 1994.
[9] Charles Livet, La Grammaire française et les grammairiens du XVIe siècle, Paris, Didier, 1859.
[10] H. Weinrich, Le Temps, Paris, Le Seuil, 1973, p. 292.
[11] On voit bien alors comment, chez Weinrich, cette dernière notion s’oppose à celle de structure ou de système. L’emploi du passé composé et du passé simple est régulé non par des contraintes systémiques mais par la représentation que les locuteurs ont du système, représentation construite par le discours des grammairiens, malheureusement fondée ici sur une analyse naïve et/ou fautive. En revanche, l’interprétation des signaux du monde raconté et du monde commenté ne présuppose pas chez le lecteur d’un texte, plus généralement chez le récepteur d’un message, de conscience de ces deux catégories, comme généralement tout phénomène qui relèverait de la structure de la langue.
[12] Yvette Galet, Les Corrélations verbo-adverbiales, fonctions du passé simple et du passé composé, et la théorie des niveaux d’énonciation dans la phrase française du XVIIe siècle [1974], Atelier de reproduction des thèses de l’Université de Lille III, Paris, H. Champion, 1977.
[13] N. Fournier, Grammaire du français classique, Paris, Belin, 1998.
[14] Néanmoins, on voit apparaître très tôt des emplois typiquement rejetés dans la langue classique où le passé composé est en corrélation avec des expressions qui représentent un intervalle de temps dans lequel le centre déictique n’est pas inclus comme l’an passé, hier : hier j’ai bien soupé, j’ai voyagé l’an passé. De tels exemples, rapportés par Chifflet (Essai d’une parfaite grammaire de la langue française [1659]) et Buffier (Grammaire française sur un plan nouveau [1709]), semblent indiquer non seulement l’ancienneté du phénomène de remplacement du parfait simple par le composé, mais également celle de l’identification du phénomène.
[15] H. Weinrich, Le Temps, op. cit., p. 297.
[16] H. Estienne distingue, dans ce passage, l’état présent de sa réflexion sur ce problème et des idées plus anciennes.
[17] [1859], Genève, Slatkine Reprints, 1967.
[18] Henri Estienne, op. cit., p. 54.
[19] Ibid.
[20] Jean Pillot, Gallicæ linguæ institutio, latine sermone conscripta [1550], Genève, Slatkine Reprints, 1972.
[21] C. Maupas, Grammaire et syntaxe française [1607], Genève, Slatkine Reprints, 1973, p. 274-275.
[22] N. Fournier, op. cit., p. 396.
[23] Abbé François-Séraphin Regnier-Desmarais, Traité de la Grammaire française, Paris, Coignard, 1706, p. 354.
[24] P. Claude Buffier, Grammaire française sur un plan nouveau, Paris, N. Le Clerc et al., 1709.
[25] Abbé G. Girard, Les Vrais Principes de la Langue française, Paris, Le Breton, 1747, 2 vol.
[26] NB. — Le choix du masculin, qui contribue à spécialiser le terme.
[27] Girard, op. cit., p. 22.
[28] Jean-Marie Fournier, La Théorie des temps dans la grammaire générale (1660-1811), thèse pour l’obtention du doctorat en linguistique de l’Université de Paris VII, Paris, 1994.
[29] Restaut, 1730, p. 209.
[30] Paris, Pierre Le Petit, 1660.
[31] Voir J.-M. Fournier, op. cit.
[32] Voir Thomas-Samuel Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques [1970], Paris, Flammarion, 1972.
[33] Voir J.-M. Fournier, op. cit.
[34] Voir N. Fournier et Y. Galet, op. cit.
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A. Meillet, Les Langues dans l’Europe nouvelle [1918], Par...
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H. Weinrich, Le Temps, Paris, Le Seuil, 1973, p. 292. Suite de la note...
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On voit bien alors comment, chez Weinrich, cette dernière ...
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H. Estienne distingue, dans ce passage, l’état présent de ...
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[1859], Genève, Slatkine Reprints, 1967. Suite de la note...
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Restaut, 1730, p. 209. Suite de la note...
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