Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130545828
192 pages

p. 359 à 367
doi: 10.3917/dss.043.0359

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n° 224 2004/3

2004 XVIIe siècle

Excellence classique et marginalité au XVIIe siècle  [1]

Éléments pour une réflexion

Fanny Nepote-Desmarres Université de Toulouse II.
Au XVIIe siècle, la culture française se heurte de manière consciente à l’idée de sa propre excellence – et de son aptitude à fournir des modèles aux générations ultérieures [2] –, sans réussir à l’identifier de manière synthétique, autrement que sous forme normative et au filtre d’une encomiastique partisane : c’est ainsi dans le cadre de la querelle des Anciens et des Modernes que Charles Perrault entreprit de « canoniser vivants [...] [d]es ‘classiques français’ » [3] qui n’auraient certainement pas avoué l’étiquette [4]. De fait, hormis une prise de position indirecte par rapport à cet usage polémique [5], les dictionnaires de la fin du siècle ne proposent en guise de définition du terme ‘classique’ qu’une glose périphrastique et formelle, oublieuse de la part la plus riche de son étymon latin [6]. La vacuité définitionnelle française de cet index autorisera d’ailleurs, par une succession de glissements mentaux et linguistiques, l’élaboration, au XIXe siècle, d’une théorisation formelle de l’excellence supposée, repérable au XVIIe siècle, sous la vocable de ‘classicisme’.
Les mots ‘classique’ et ‘classicisme’ sont donc à la fois utiles parce qu’ils sont un moyen de soulever la problématique de l’excellence, et dangereux parce qu’ils sont largement vides et offrent le substitut d’une construction nominale à une réflexion de fond, raison pour laquelle ils n’ont cessé d’être discutés jusques et y compris sur la dernière décennie du XXe siècle. Au fil de séminaires, de colloques et de publications synthétisant le fruit de recherches nombreuses [7], la critique, désormais d’accord sur la nécessité d’évacuer la notion exogène et anachronique de ‘classicisme’, s’est finalement constituée selon deux voies majeures et inverses face à la notion de ‘classique’ : l’une poussant à son terme la critique nominale souligne qu’il n’y a là qu’un maladroit processus de « classicisation » tout entier dépendant des variations de la réception, dont il serait donc nécessaire de se défaire [8] ; l’autre s’attache à ce que le mot mobilise, et affirme qu’il « permet de concevoir la littérature et les arts comme un rapport à la Beauté, toujours à recommencer, toujours à reprendre » résultant d’une « métaphysique du Logos et [d’]une anthropologie sceptique » [9].
Chacune dans son ordre ces lectures ayant clos le débat, il n’était pas question de le rouvrir. En revanche, un champ demeure qui n’a pas été exploité autrement que pour ses fruits appliqués, celui de la pratique des hommes du XVIIe siècle en quête de la saisie critique de leur excellence, alors que l’on peut en supposer le processus riche d’enseignements – même à l’insu de ses protagonistes. Nous avons donc décidé de nous interroger sur l’amont de la dénomination ‘classique’ en tant qu’elle s’est voulu repère de l’excellence, singulièrement pour comprendre comment une création riche et complexe – tout autant que sa saisie critique – avait pu être envisagée, à un moment donné de son histoire, dans les termes d’un discours évacuant la complexité, et mettant en avant une logique d’exclusion, au mieux reconvertie en termes de marges. [10]
 
EXCELLENCE ET DISCRIMINATION MARGINALISANTE
 
 
Concrètement, ce projet consiste moins à analyser la démarche critique des hommes du XVIIe siècle pour les résultats auxquels elle est parvenue [11], qu’à rendre compte de la façon dont elle a procédé pour y parvenir : il s’agit de réévaluer les instruments par lesquels l’excellence a alors été pensée. Une constatation liminaire s’impose : autant le siècle est conscient de sa propre excellence, et de la nécessité qu’il y a de l’identifier et de la définir, ne serait-ce que pour fournir les moyens d’une appréciation, autant cette démarche est délicate, car le contexte ‘critique’ est en pleine mutation. En effet, si le XVIIe siècle peut toujours s’appuyer sur l’héritage d’une tradition antique qui, à l’épreuve du temps, s’est dotée de ses références et de ses normes d’excellence, et disposer, dans son rapport aux Anciens, d’un appareil critique fourni et précis, il reste que le rapport au modèle ancien ne cesse de changer [12]. De surcroît, saisir une excellence française, en elle-même et en français, est une opération d’une autre nature pour laquelle le monde littéraire de langue française n’est pas encore tout à fait armé : il demeure, tributaire d’engouements circonstanciels souvent conflictuels, et n’a pas fini d’affûter ses outils linguistiques. Aussi, pour approximer cette excellence et en rendre compte, avant même de pouvoir la gloser, il a fallu que le XVIIe siècle en circonscrive le champ et les composantes jusqu’à faire émerger son objet et le constituer.
La ‘critique’ du XVIIe siècle a donc empiriquement mis en œuvre une pratique, la discrimination, et affiné, à la croisée des chemins du bon sens, des nécessités de la réception, des enseignements du succès, ou encore de ceux des Anciens, un certain nombre de concepts (le naturel, le respect des bienséances, le goût, le plaisir...). La finalité restant de faire, de manière segmentaire et ponctuelle, la part des choses, jamais de dégager de véritables notions synthétiques permettant de concevoir l’Excellence, ainsi que l’illustrent par exemple, le destin du mot ‘classique’, ou la fortune du « je ne sais quoi » [13]. Non seulement cette façon de procéder semble ne rien décréter sur l’Excellence en elle-même, mais encore surligner les difficultés de sa saisie : de facto, au-delà de toute sa réceptivité aux glissements et aux nuances, elle aboutit toujours à dégager l’excellent d’un non excellent plus ou moins stigmatisé et rejeté à la marge d’une perfection non identifiée, tandis que ses regards croisés buttent sur des manques, des tautologies, voire des contradictions [14]. Au bilan, l’outil critique avec lequel réfléchit le XVIIe siècle reste doublement ‘par défaut’. Le véritable enjeu de la démarche ne serait-il pas alors au second degré ? Outrepassant la modestie de sa finalité avouée (repérer au coup par coup), celle-ci ne réunit-elle pas, de manière tacite, conjoncturelle, et surtout sans projection globale normative [15], des matériaux et les outils d’une analyse critique ?
Mais plus encore, le passage par la discrimination pratique n’offre-t-il pas, implicitement, les bases d’une première hypothèse théorique, non plus sur les attributs de l’Excellence, mais sur la nécessité de leur contexte existentiel. Affirmation qui revient à induire que, pour pouvoir se poser la question de l’Excellence, il est indispensable de s’interroger sur la validité de ce qui, a priori, a été jugé hétérogène. On comprend alors que l’acquis majeur de cette discrimination est moins dans l’excellence qu’elle distinguerait que dans le renversement de son principe ségrégatif qu’elle suscite au profit d’une attention aux marges, et dans les conséquences qu’il faut en tirer quant à l’ouverture de principe de la notion d’Excellence. S’offre ainsi le champ d’une réflexion épistémologique dont l’article de Sylvia Giocanti ( « Classicisme philosophique et marginalité : scepticisme et libertinage » ) explicite, par une étude de cas, précisément philosophique, la nécessité et le bien-fondé. L’auteur montre en effet que le « classicisme philosophique », identifié en France, dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, au rationalisme et à un certain naturalisme cartésiens (qui ne sont pas le cartésianisme, la méthode universelle restant plus un idéal qu’un acquis pour Descartes), vaut moins en lui-même que par rapport à ce qui lui échappe (le scepticisme et plus encore le libertinisme). De même que le scepticisme d’un La Mothe Le Vayer se construit dans sa différence (libertine) avec celui de Montaigne, par opposition au rationalisme, inversement cette notion permet au rationalisme de se construire et de préciser ses catégories. Autrement dit, la réflexion sur l’excellence apparaît indissociable de l’élucidation du statut, du contenu et du rôle de ce qui a été rejeté à la marge.
 
DE LA VALIDITÉ DE LA NOTION DE ‘CATÉGORIE’ : LES DEUX CHOIX
 
 
Dans la mesure où cette explicitation relève de l’ordre philosophique, un retour s’impose au domaine littéraire, dans le champ duquel était initialement posé le problème, afin de voir si cette fonctionnalité des catégories, perçue comme un impératif essentiel, y connaît une valeur équivalente. Deux voies de réponse littéraire découlent de la précision philosophique fournie : l’une qui la remet en cause et en explicite les raisons, l’autre qui l’entérine et en déploie les applications.
Aux yeux de la première, le déplacement dans le domaine littéraire révèle la non-pertinence des catégories, du fait du contrat historique qui les transforme en simples constructions conjoncturelles. De ce fait, la discrimination et la réciprocité de leurs relations ne relèvent plus que d’un jeu étranger à ce qu’on aurait pu attendre, mené au rythme de pressions imposées par des finalités politiques, morales, religieuses, ou autres. Il n’est donc plus question de parler de ‘centre’ ni de ‘marges’, il faut analyser les pressions extérieures. C’est un éclairage de cette position que propose, à sa manière, Jean-Pierre Cavaillé qui revient, du point de vue de l’histoire littéraire, sur les relations entre les ‘classiques’ et les ‘libertins’. Pour mieux lire la situation dans sa profondeur et sa temporalité, il choisit l’observatoire historique que lui offre la critique romantique du XIXe siècle ( « Pourquoi les libertins ne sont pas des classiques : réflexion critique sur la naissance d’une catégorie historiographique, à partir des ouvrages de Pierre Brun » ). Au filtre des surenchères et des déformations d’une imagerie romantique révélatrice des enjeux que véhiculent déjà au XVIIe siècle le libertin, le libertinage, etc., J.-P. Cavaillé met en lumière la construction historiographique d’un interdit. Alors que rien ne devrait s’opposer à ce que les libertins soient, le cas échéant, reconnus classiques et vice versa, puisque, en principe, le ‘classicisme’ est une catégorie littéraire et le ‘libertinage’ une catégorie morale, en réalité tel n’est pas le cas, parce que la philosophie libertine, antiscolastique et précurseur de l’encyclopédisme, serait inacceptable par un ‘classicisme’ lié à l’absolutisme. Bref, les libertins n’auraient pas été lus comme des classiques, parce que ‘classicisme’ et ‘absolutisme’ ne feraient qu’un, et qu’étant rebelles à cette idéologie, ils ne pourraient être étudiés dans les classes.
À l’inverse de l’orientation précédente, il va de soi dans le deuxième cas, non seulement que la notion de catégorie est toujours pertinente, mais encore que les relations que peuvent entretenir entre elles des catégories différentes sont positives ; la seule question étant de comprendre, quand, comment et à quelles fins, elles entrent en relations mutuelles. C’est cet approfondissement de la réflexion qu’autorise le regard, géographiquement décentré et hors des enjeux franco-français, de l’article de Jean-Luc Nardone ( « Nouvelles valences d’une notion ‘marginale’ : le pétrarquisme, clé d’interprétation de la poésie italienne du XVIIe siècle ? » ). Il montre en effet comment l’archétype de la poésie ‘non classique’, le pétrarquisme, est bien une catégorie pertinente : par-delà tous les accidents du temps, il est, de manière naturelle, un creuset de recomposition classificatoire de l’ensemble poétique italien du XVIIe siècle, si difficile à saisir autrement. Source d’inspiration et structure d’adaptabilité, cette catégorie apparaît de surcroît comme le creuset où se fondent ‘baroque’ et ‘classicisme’ ainsi que l’éventail de leurs avatars (marinisme, anti-marinisme [16], etc.), en trois composantes majeures : l’anti-pétrarquisme baroque, le pétrarquisme baroque, et l’opposition à l’anti-pétrarquisme baroque. Bref, les catégories traversent en quelque sorte les problématiques et les chapelles, si bien que la question du rapport du centre à ses marges ne se pose plus, par accomplissement mutuel de l’une par l’autre.
 
LES ETAGES D’UNE INTÉGRATION RÉCIPROQUE
 
 
Restent donc à explorer les voies de l’établissement de cette relation naturelle du centre aux marges. Investigation qui se déboîte logiquement à trois degrés : au premier degré, se repère déjà le principe de la dynamique relationnelle, ce qui permet de voir, au deuxième degré, sa mise en œuvre appliquée dans les termes les plus apparemment contradictoires, et d’en apprécier finalement le résultat tout ‘classique’.
La typographie révèle, de manière factuelle, la relation des catégories. L’analyse de l’évolution de la mise en page au XVIIe siècle montre en effet que toute formulation, à proportion de ce qu’elle se veut d’excellence, suppose l’établissement d’un dialogue entre doxa et marges, révélé par celui du texte et des notes. Jacques Dürrenmatt ( « Glissements de notes : marges et déviations » ) en démonte le processus. Constatant le glissement de l’annotation marginale au bas de la page, il y voit outre d’éventuelles raisons économique et esthétique, un double effort de hiérarchisation codifiée des énoncés, et d’invention, passant par une redéfinition des modèles traditionnels. L’émergence de notes de discussion, de confrontation à d’autres textes, au lieu de notes glossatrices issues de marginalia, transcende la cohérence et la liaison supposées classiques ou néo-classiques, au profit de l’expression du désir de poser des rapports insoupçonnés (conjonction), de défaire la hiérarchie présupposée des énoncés (disjonction), ou encore de manifester la possibilité d’expansion permanente des savoirs et des discours, en marge du modèle dominant. Ne faut-il pas voir dans cette application apparemment matérielle de la réflexion l’indice, derrière des balbutiements apparents ou réels, des modalités de la construction de la pensée classique sur l’excellence ?
Au-delà et comme en écho de ce repérage spatial et dynamique de la problématique, on peut comprendre comment se construit chronologiquement, dans le champ de l’esthétique, un rapport intégrateur entre doxa et marginalité : cette dernière fonctionnerait, au Grand Siècle, dans un rapport complémentaire, voire alternatif avec ce qui est considéré comme non marginal. L’interrogation de Claudine Nédélec ( « Le burlesque au Grand Siècle : une esthétique marginale ? » ) souligne, par-delà des antagonismes, le jeu croisé et complémentaire d’excellences, à des fins d’intégration mutuelle. Le burlesque qui relève, en quelque sorte de manière étymologique, de la marge en termes de faire valoir esthétique, en est un excellent représentant : bien qu’écarté, au XVIIe siècle, et plus encore par les siècles ultérieurs, au titre du mélange et de l’aplatissement des hiérarchies qu’il pratique, il reste une modalité d’écriture des « grands classiques ». Il serait donc l’expression des tensions qui innervent l’esthétique classique dans la formulation de son équilibre. On voit ainsi se profiler, après le dialogue intégrateur instauré entre les notes et la page, un autre mode de relations intégratrices.
Au terme de ce parcours, l’analyse qui doit être conduite n’est donc pas celle d’une conformité à une orthodoxie régulée et restrictive, bien plutôt celle de la mise en synchronie des diversités, afin de retrouver ‘l’harmonie’ supérieure des tensions fondatrices de l’excellence. On pourrait alors résumer la situation en définissant cette dernière comme un art, par essence en perpétuel mouvement d’intégration des tensions. Le terme de la réflexion est assumé par Jean-Christophe Maillard, dont l’article ( « Le style musical français au XVIIe siècle : doutes et certitudes » ) illustre la façon dont l’hétérogénéité est la condition, par la nécessité des harmonies qu’elle engendre, de l’existence de l’excellence. Dans la lignée des travaux de Catherine Kintzler et à rebours de la critique musicologique actuelle, l’auteur voit, dans l’opéra à la française de Lully (1650-1700), une forme de ‘classicisme’, c’est-à-dire d’ordre et de rigueur. Il y aurait un classicisme structurel de la tragédie lyrique ou de l’opéra à la française, autorisant la profusion baroque des détails dans les divertissements et les préludes qui feraient le plaisir de l’honnête homme, en quelque sorte sécurisé par le classicisme de l’harmonie globale. Énoncé dont Jean-Christophe Maillard est parfaitement conscient qu’il soulève une difficulté, face aux réticences répétées des grands ‘classiques littéraires’ (La Fontaine, Boileau, Racine, Saint-Évremond) vis-à-vis de cet opéra. Mais ne pourrait-on voir ici la démonstration ultime du fait que la notion d’excellence classique n’est pas une doxa unitaire et que ses divers pôles d’excellence sont à eux-mêmes leurs propres marges ?
Quand on met en branle un discours de l’excellence classique et de ses marges il semble que l’on mette en œuvre une dynamique d’opposition ou d’exclusion, alors qu’en réalité il ne s’agit que d’un moyen (conscient ou non : il ne nous revient pas de trancher) d’identifier des spécificités afin de les recomposer dans une tension génératrice d’abord de congruence et ensuite d’harmonie.
Nous finirions volontiers sur une comparaison empruntée à l’histoire de l’art, puisque aussi bien cette dimension, pour des raisons indépendantes de notre volonté, ne figure pas dans le chemin ici parcouru, bien qu’elle ait été initialement prévue. Si l’on observe le Val-de-Grâce par la façade de la chapelle, exactement de face, on voit une architecture à l’antique, reposant sur un jeu en cascades d’imitation [17]. Mais le moindre changement du point d’observation, la moindre saisie oblique du monument font apparaître le dôme du Val-de-Grâce et une tout autre dimension... burlesque, avec laquelle la façade entre en dialogue, en tension [18]... « [...] et si vous savez rencontrer le point par où il faut regarder les choses, toutes les inégalités se rectifieront, et vous ne verrez que sagesse [...] » [19].
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  Perrault Charles, Le Siècle de Louis le Grand, Paris, Jean-Baptiste Coignard, 1687. On peut consulter le texte dans l’édition établie et annotée par Anne-Marie Lecocq, dans La Querelle des Anciens et des Modernes, XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, Gallimard, 2001.
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·  Forestier Georges, « Imitation parfaite et vraisemblance absolue. Réflexions sur un paradoxe classique », Poétique, no 82, avril 1990, p. 187-202.
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·  —« Remarques sur les notions de ‘classiques’ et de ‘classicisme’ », Nouvelles de la République des lettres, Napoli Prismi, 1990, no 2, p. 7-20.
·  Jehasse Jean, La Renaissance de la critique. L’Essor de l’humanisme érudit de 1560 à 1614, Saint-Étienne, Presses de l’Université de Saint-Étienne, 1976.
·  Matoré Georges, « Classique », dans Dictionnaire du Grand Siècle, sous la dir. de François Bluche, Paris, Fayard, 1990.
·  Mignot Claude, Le Val-de-Grâce : l’ermitage d’une reine, Paris, Éditions du CNRS, 1994.
·  Népote-Desmarres Fanny, « Classicus scriptor et écrivain classique : un lieu de mémoire », dans Les Lieux de mémoire et la fabrique de l’œuvre, Actes du premier colloque du CIR 17 (Centre international de Rencontres sur le XVIIe siècle), Kiel, 29 juin - 1er juillet 1993, édités par Volker Kapp, « Biblio 17 », Papers on French Seventeenth Century Literature, Paris-Seattle-Tübingen, 1993, p. 353-362.
·  Viala Alain (sous la dir. de), Littératures classiques : Qu’est-ce qu’un classique ?, no 19, automne, 1993.
·  —« Qu’est-ce qu’un classique ? », introd. à Littératures classiques, op. cit, p. 11-31.
·  Zuber Roger, « Les modèles des classiques » [Littérales, 1989], repris dans Les Émerveillements de la raison, Paris, Klincksieck, 1997, p. 175-179.
·  —« Classicisme », dans Dictionnaire du Grand Siècle, op. cit.
 
NOTES
 
[1] Ici comme dans chacun des six articles qui suivent, les titres cités sont répertoriés avec leurs références complètes, dans une bibliographie récapitulative de fin d’article.
[2] « [...] quel haut rang d’honneur ne devront point tenir Dans les fastes sacrez des Siecles avenir, Les Regniers, les Maynards, les Gombauds, les Malherbes, Les Godeaux, les Racans, dont les écrits superbes, [...] Combien seront cheris par les races futures, Les galans Sarrasins, les aimables Voitures, Les Molieres naïfs, les Rotrous, les Tristans, Et cent autres encor delices de leur temps : » (Charles Perrault, Le Siecle de Louis le Grand, 1687, p. 11.)
[3] Nous empruntons cette expression à Marc Fumaroli, « Remarques sur les notions de ‘classiques’ et de ‘classicisme’, Nouvelles de la République des lettres, 1990, no 2, p. 12.
[4] Voir M. Fumaroli, article cité, ainsi que Roger Zuber et Georges Matoré, respectivement pour les articles « Classicisme » et « Classique » du Dictionnaire du Grand Siècle, 1990, p. 331 sq. et 333. Le mot a en effet pour corollaire dans les mentalités de l’époque la pédanterie scolaire : « Ie ne m’étonne pas que vous vous seruiez du mot de classique ; car les Pedans ont tellement la Classe dans la teste, qu’ils ne sçauroient s’empescher d’en parler, lors mesme qu’ils parlent à des Duchesses », dit Jean Donneau de Visé à l’abbé d’Aubignac (Defense dv Sertorivs de Monsieur de Corneille. Dédiée à Monseigneur de Guise, 1663).
[5] « CLASSIQUE. adj. N’est en usage qu’en cette phrase. Autheur classique, C’est-à-dire, Un Autheur ancien fort approuvé, & qui fait authorité dans la matiere qu’il traitte. Aristote, Platon, Tite-Live &c. sont Autheurs classiques » (Le Dictionnaire de l’Académie Françoise, dédié au Roy, 1694).
[6] « CLASSIQUE. adj. masc. & fem. qui ne se dit gueres que des Auteurs qu’on lit dans les classes, dans les escoles, ou qui y ont grande autorité. [...] » (Antoine Furetière, Dictionnaire Universel, [...]. 1690, t. I). À aucun moment ni le dictionnaire de Furetière, ni celui de l’Académie ne font référence au ‘citoyen de la première classe’ qu’est pourtant étymologiquement le « classicus » et dont on a pu montrer ailleurs l’intérêt que la notion moderne de ‘classique’ devait trouver à s’y reporter (voir F. Népote-Desmarres, « Classicus scriptor et écrivain classique : un lieu de mémoire », dans Les Lieux de mémoire et la fabrique de l’œuvre, 1993, p. 353-362).
[7] À titre indicatif, nous signalerons les deux entreprises collectives suivantes : Un classicisme ou des classicismes ?, Actes du colloque international organisé par le Centre de recherches sur les classicismes antiques et modernes, sous la direction de Georges Forestier et Jean-Pierre Néraudau, Université de Reims, 1991 ; et Qu’est-ce qu’un classique ? Littératures classiques, no 19, automne 1993, volume dirigé par Alain Viala et « nourri par deux années de travail de séminaires et d’ateliers du Centre de Recherches sur l’Institution Littéraire » (Avertissement, p. 5).
[8] A. Viala, « Qu’est-ce qu’un classique ? », dans Littératures classiques, op. cit., p. 11 à 31.
[9] M. Fumaroli, art. cité.
[10] Les articles ici réunis ont fait l’objet de communications dans le cadre de l’atelier « Le classicisme et ses marques », de l’École doctorale LLC (Lettres, Langues, Cultures) de l’Université de Toulouse II, les 16 et 17 avril 2003.
[11] Ce qui a été fort bien fait, par exemple lors du colloque « Critique et création littéraires en France au XVIIe siècle », dirigé par M. Fumaroli, 1974.
[12] Voir, outre le colloque cité dans la note précédente, Jean Jehasse, La Renaissance de la critique. L’essor de l’Humanisme érudit de 1560 à 1614, 1976, et Roger Zuber, Les Émerveillements de la raison, chap. VIII : « Les modèles des classiques », 1997, p. 175 sq.
[13] Dominique Bouhours (s.j.), « Le je ne scay quoy. Cinquième entretien », Les Entretiens d’Ariste et d’Eugène, 1671.
[14] Ne rappelons ici que l’exemple presque caricatural de l’imitation. On eût pu s’attendre à ce que, au titre de pilier fondateur de ‘l’excellence classique’, elle fût univoque ; or il n’en est rien, et sous la plume même de ses théoriciens, elle joue de la contradiction. Si Jean Chapelain la voit d’autant plus parfaite « [...] qu’il ne paraisse aucune différence entre la chose imitée et celle qui imite, [...] » (Lettre à Antoine Godeau, 1630), et s’il est relayé la même année par A. Godeau lui-même (Discours sur les œuvres de Malherbe) et en 1670 par Jean Desmarets de Saint-Sorlin (La Comparaison de la langve Et de la Poësie Françoise, avec la Grecque & la Latine, Et des Poëtes Grecs, Latins & François. [...]), il n’en est pas moins pris à contre-pied par Nicolas Boileau pour qui : « Il n’est point de serpent ni de monstre odieux, / Qui par l’art imité ne puisse plaire aux yeux » (Art poétique, chant III, vers 1, sq., 1674), ou encore par La Fontaine dont chacun sait que l’ « [...] imitation n’est point un esclavage [...] » (« À Monseigneur l’évêque de Soissons [...] », 1687). Le décalage est tellement surprenant que la critique contemporaine y revient à plusieurs reprises : René Bray lui cherche à tout prix une rationalisation : « On peut d’ailleurs se demander si, malgré leurs formules absolues, ils [A. Godeau, J. Chapelain et Desmarets] voulaient vraiment préconiser la servile imitation dont ils semblent se faire les apôtres. On peut en douter [...] » (La Formation de la doctrine classique en France, 1945, p. 150), tandis que G. Forestier enregistre le fait (l’existence d’un « paradoxe ») et l’analyse (« Imitation parfaite et vraisemblance absolue. Réflexions sur un paradoxe classique », Poétique, no 82, avril 1990, p. 187-202). Résumant une situation qui dépasse largement ce simple exemple, Patrick Dandrey parle d’un « ensemble de préceptes [...], parfois contradictoires et jamais vraiment unifiés » (Littératures classiques, no 19, op. cit., p. 149).
[15] C’est ainsi par exemple que Molière, non sans humour au moment même où il compose une préface à ses Précieuses ridicules (1659), évoque la docte préface qu’il eût pu donner : « [...] Encore si l’on m’avait donné du temps, [...], j’aurais tâché de faire une belle et docte préface ; et je ne manque point de livres qui m’auraient fourni tout ce qu’on peut dire de savant sur la tragédie et la comédie, l’étymologie de toutes deux, leur origine, leur définition et le reste [...] » (Œuvres complètes, éd. G. Couton, 1971, p. 264).
[16] Dans la lignée de la réflexion méthodologique ici conduite, il serait intéressant de confronter les très belles traductions respectives que Jean-Luc Nardone et Jean Pierre Cavaillé donnent des poèmes de l’ambigu Marino. Pour le premier, on se reportera à l’article de cette livraison de XVIIe siècle ; pour le second à : Le Cavalier Marin, Madrigaux, traduit de l’italien et présenté par Jean-Pierre Cavaillé, 1992.
[17] Voir Claude Mignot, Le Val-de-Grâce : l’ermitage d’une reine, 1994, p. 76.
[18] Voir « Le Val-de-Grâce burlesque », Claude Le Petit, Paris ridicule, 1668, cité par Claude Mignot, op. cit., p. 64 : « Ce Dôme avec cette coupelle S’élève bien haut dans les Cieux ; Pense-t-il nous crever les yeux, Faisant en l’air la girondelle ? [...] »
[19] Bossuet, « Sermon sur la Providence », Sermons, Le Carême du Louvre, 1662, p. 115.
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Ici comme dans chacun des six articles qui suivent, les t...
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« [...] quel haut rang d’honneur ne devront point tenir ...
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Nous empruntons cette expression à Marc Fumaroli, « Remarq...
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Voir M. Fumaroli, article cité, ainsi que Roger Zuber et G...
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« CLASSIQUE. adj. N’est en usage qu’en cette phrase. Authe...
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« CLASSIQUE. adj. masc. & fem. qui ne se dit gueres que de...
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À titre indicatif, nous signalerons les deux entreprises c...
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A. Viala, « Qu’est-ce qu’un classique ? », dans Littératur...
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M. Fumaroli, art. cité. Suite de la note...
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Les articles ici réunis ont fait l’objet de communications...
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Ce qui a été fort bien fait, par exemple lors du colloque ...
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Voir, outre le colloque cité dans la note précédente, Jean...
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Dominique Bouhours (s.j.), « Le je ne scay quoy. Cinquième...
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