Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130545828
192 pages

p. 477 à 503
doi: 10.3917/dss.043.0477

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Varia

n° 224 2004/3

Mme de Rolland, veuve de feu M. de Rolland l’aîné, président à la Cour des Aides, avec lequel elle n’avait resté que neuf mois mariée, étant restée en veuvage à l’âge de 21 ans, s’étant retirée incontinent du monde quoique par sa beauté, sa jeunesse et son esprit supérieur joints à une fortune assez considérable, elle y eût pu goûter tous les plaisirs, Mme de Rolland, dis-je, ayant passé ses jours dans un tissu de charité et de bonnes œuvres, est morte de la poitrine chez les religieuses de Sainte-Madeleine de cette ville, où, depuis bien des années, elle s’était retirée, et y avait fait bâtir un appartement pour elle, d’où elle sortait quand elle avait des affaires ou pour aller dîner tous les jours chez M. de La Montaigne, son frère, conseiller au Parlement, la maison duquel elle gouvernait absolument. Elle doit être ensevelie [chez les] dames religieuses de la Madeleine, revêtue en religieuse. [1]
Tel est le portrait de Mme de Rolland dressé par Labat de Savignac à la mort de celle-ci, le 25 mars 1718, une épitaphe qui n’est pas sans rappeler les récits hagiographiques qui connaissent au XVIIe siècle une faveur sans précédent. Les clercs d’alors, à la recherche de modèles édifiants à proposer à tous, s’intéressent certes aux saints et aux saintes, mais évoquent aussi des laïcs à la vie exemplaire, parmi lesquels les veuves constituent un exemple de choix. Ainsi se dessine l’archétype de la « sainte veuve » dont les traits caractéristiques ont été identifiés par S. Beauvalet-Boutouyrie :
Toutes ces biographies mettent en scène des jeunes femmes qui se sont retrouvées très vite veuves, à des âges encore tendres [...]. Jeunes filles issues de milieux catholiques fervents, elles ont été attirées dès leur plus jeune âge par l’idéal de vie monastique [...]. Mariées très tôt par leur famille, elles ont vécu ces mariages, tous de convenance, comme de véritables mariages chrétiens ; devenues veuves, la plupart du temps avant leur vingt-cinquième année, elles ont, souvent après un événement déterminant [...] renoncé aux plaisirs du monde, mais pas toujours au monde, pour vivre une véritable vie de veuve. [2]
C’est assurément le portrait de Mme de Rolland...
Cependant, bien loin de la littérature hagiographique, le théâtre et le roman [3] renvoient en contrepoint l’image d’une veuve bavarde, volontiers coquette et mondaine, affichant un deuil de façade qui dissimule mal l’âpreté au gain, une femme libre enfin, maîtresse de ses actes et de son destin. Au-delà du discours, la réalité du temps, perçue à travers les études démographiques statistiques, est surtout celle d’une veuve pauvre ayant charge d’enfants ou d’une vieille femme finissant ses jours dans la solitude.
Les images de la veuve au XVIIe siècle sont donc plurielles, reflet en cela de la diversité des conditions. Parmi ces femmes, il en est cependant certaines au statut privilégié. Les veuves de magistrat du Parlement de Bordeaux constituaient au XVIIe siècle un groupe socialement homogène. Issues de familles aisées, richement dotées à leur mariage, ces femmes se trouvaient, à la mort de leur époux, à l’abri du besoin, d’autant qu’elles pouvaient compter sur de solides soutiens familiaux. Libérées de la tutelle maritale, elles pouvaient dès lors user de leur liberté nouvelle, mais une liberté qui ne s’exerçait que dans le cadre des conventions sociales. Les veuves de magistrat formaient en effet un groupe très exposé au regard de la société bordelaise, cristallisant un certain nombre d’attentes. Dans ce milieu qui s’autoreproduisait, elles étaient tout à la fois filles, sœurs, épouses, mères et veuves de magistrat : elles honoraient la mémoire de leur père et celle de leur mari, elles éduquaient leurs fils, les futurs magistrats, dans le respect de leurs ancêtres et de la religion catholique. C’est aussi sur elles que reposait une partie du rôle du mari défunt. De même que les femmes de négociant reprenaient la boutique [4], les veuves de magistrat remplaçaient leurs époux, non pas dans l’exercice de leur charge mais dans la gestion des biens, au moins jusqu’à la majorité de l’héritier, et poursuivaient surtout l’engagement socioreligieux de leur mari, dont les aspects principaux étaient la promotion de l’Église et la protection des plus démunis.
Élevées et mariées dans un milieu social qui était le fer de lance de la Réforme catholique, imprégnées par les représentations mentales et les conventions sociales du temps qui faisaient de la veuve la servante privilégiée de Dieu, les veuves de magistrat étaient appelées à un engagement religieux, tâche qu’elles accomplirent avec un zèle réel.
 
êTRE VEUVE DE MAGISTRAT DU PARLEMENT DE BORDEAUX AU XVIIe SIèCLE
 
 
Veuve de magistrat : une réalité du temps
Au XVIIe siècle, le veuvage est une réalité démographique prégnante. Les épidémies, la médiocrité de la médecine, les mauvaises conditions d’hygiène sont autant de facteurs d’interruption précoce des couples, des dangers auxquels les magistrats n’échappent pas [5]. Malgré un accès aux soins et des conditions d’hygiène et de vie bien supérieurs à la moyenne, les femmes de magistrat n’évitaient pas le risque de la fausse couche. Le Mémorial de Savignac, source irremplaçable pour l’étude des causes de trépas [6], rapporte 14 cas de décès par suite de couches pour un total de 127 décès féminins, soit un peu plus de 10 % [7]. Ces morts frappantes ne doivent cependant pas masquer le fait que les grossesses et les accouchements se passent le plus souvent bien et que les femmes mettaient au monde des descendances parfois pléthoriques sous l’œil averti des matrones. De fait, c’est bien souvent la mort de l’époux qui mettait fin à l’union, Messieurs étant particulièrement sensibles aux troubles neurologiques et neuro-vasculaires dont l’issue était le plus souvent l’apoplexie, résultat malheureux d’une alimentation riche et de repas trop bien arrosés... À cela s’ajoute le fait qu’ils étaient généralement plus âgés que leurs épouses [8].
Le veuvage est donc bien, dans le monde des magistrats bordelais du XVIIe siècle, une réalité féminine. Dès lors, une question se pose : comment cerner au plus près ces veuves ? Une approche par le biais des testaments présente l’avantage incomparable de saisir la veuve à deux moments cruciaux : celui de sa propre mort, moment par excellence de tous les bilans, mais aussi au tout début de son veuvage, par une lecture en creux du testament de son époux. Le corpus que nous nous proposons d’étudier est constitué de 26 veuves dont nous possédons le testament et de 30 évoquées par les testaments de leur époux. L’ensemble peut paraître assez réduit mais il convient de considérer qu’au XVIIe siècle, le Parlement ne compte simultanément qu’une centaine d’officiers, restant longtemps en poste. À cela s’ajoute le fait que tous ne sont pas mariés (comme le montre le tableau 1), qu’ils n’ont pas tous (et toutes) laissé un testament, et que les hasards de la conservation et l’absence d’un contrôle des actes pour la période ne nous ont pas permis d’avoir accès à tous les testaments que nous avons pu repérer par des mentions annexes [9].


Tableau 1. — Le corpus testamentaire*
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Le corpus retenu confirme nettement ce que nous avions esquissé, à savoir que le veuvage est une réalité essentiellement féminine. En resserrant la focale, l’image qui domine est celle d’unions uniques, de longue durée [10], qui ont pour corollaire des veuvages assez tardifs, ce qui donne de la veuve l’image d’une vieille femme finissant ses jours dans la solitude. Mais selon que l’on considère les testaments des maris ou ceux des veuves, on aboutit à deux représentations relativement différentes du veuvage.
L’impression est très nette si l’on s’attache au nombre moyen d’enfants survivants au moment du testament [11].


Tableau 2. — Les enfants survivants lors du veuvage
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En moyenne, les veuves ont à leurs côtés 3,46 enfants au début de leur veuvage. À trop vite considérer la chose, on conclut au lieu commun d’une veuve chargée d’enfants, démunie par la mort du mari, d’autant que 40 % d’entre elles ont à charge plus de cinq enfants. Cependant, en affinant notre étude, il apparaît que seules huit ont à élever des enfants en bas âge [12], soit un peu plus du quart. Il convient cependant de noter que l’appartenance au monde des magistrats modifie sensiblement les commentaires relatifs aux enfants, habituellement perçus comme une charge lorsqu’ils sont en bas âge, tandis que les adultes constituent un soutien économique pour une veuve démunie. Ainsi, peut-on considérer qu’élever des enfants est une charge dans le milieu parlementaire, où la domesticité est pléthorique et où l’usage veut que l’on confie l’éducation des garçons aux collèges et celle des filles au couvent ? La difficulté n’est-elle pas bien plutôt de trouver à ces jeunes gens un établissement, office ou bon parti, qui soit à la hauteur des prétentions de la famille ? De même, peut-on systématiquement interpréter l’existence de descendants d’âge adulte comme un appui pour la veuve ? Ainsi, les enfants placés en religion sont certes un soutien psychologique et moral au moment de l’épreuve, mais ne peuvent épauler la veuve dans la gestion de ses affaires. Et que dire des héritiers potentiels, partagés entre le respect qu’ils doivent à leur mère (ou belle-mère) et la préservation de leurs intérêts propres ?
Derrière la statistique se cachent en effet des réalités peu comparables. Les enjeux sont ainsi bien différents pour Anne de Métivier et Anne Daffis qui ont pourtant, toutes deux, à la mort de leur époux, huit enfants dont certains à charge. Anne de Métivier [13], en 1670, doit veiller sur sept de ses huit enfants. En 1692, soit vingt-deux ans plus tard, son testament [14] nous apprend qu’elle a placé quatre de ses filles dans des couvents [15], qu’elle en a marié une cinquième à un conseiller du Parlement tandis qu’elle a établi son fils dans cette même cour. Anne Daffis n’a en revanche qu’une fille à placer, mais le testament de son époux n’est qu’une suite de mises en garde en vue de la succession et de longues récriminations à l’égard de ses propres enfants.
Ainsi, de la jeune veuve sans enfants au remariage prévisible à la vieille femme s’apprêtant à finir ses jours dans la solitude, en passant par la mère de famille qui doit élever les derniers-nés et surtout placer les aînés, le veuvage offre un subtil dégradé de situations dont chacune présente des enjeux propres. Il existe cependant un point qui distingue les veuves de magistrat du commun : leur aisance financière.
De riches veuves
Dans la droite ligne des écrits bibliques, on associe volontiers à la veuve une impression de vulnérabilité qui se traduit, dans les faits, par une volonté de protection, notamment sur le plan juridique. Ce souci se manifeste très nettement dans les contrats de mariage et les testaments des époux.
De fait, le statut de la veuve potentielle est réglé dès le contrat de mariage, selon le système du régime dotal qui prévaut dans les milieux nobiliaires bordelais. Les contrats, très stéréotypés, stipulent tous que l’épouse reçoit une dot importante [16] garantie par une hypothèque sur les biens du mari [17].


Tableau 3. — Les dots des épouses [18]
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Fig. 1. — Les dots des épouses des magistrats
Apport minimal en liquidités
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Fig. 2. — Apports des épouses au mariage
Classement par tranches
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Il apparaît nettement que les épouses des magistrats étaient très bien pourvues. La dot moyenne, pour l’ensemble de la période, est de 55 720 livres. On ne constate pas d’augmentation linéaire de la valeur des contrats au fil de la période, la véritable rupture se situant, de fait, au XVIIIe siècle. La baisse des années 1680-1700 témoigne surtout des difficultés économiques du temps, à mettre en lien avec la translation de la Cour hors Bordeaux, qui participe [19] d’un climat de « morosité ».
Il convient de plus de souligner que cette aisance générale et constante se double d’une relative homogénéité de l’apport dotal : sur l’ensemble de la période étudiée, plus de 58 % des contrats présentent des montants compris entre 20 et 80 000 livres, cette concentration étant encore plus nette pour la période antérieure à 1680 (63 %). L’amplitude augmente après 1680, avec une légère augmentation des petits contrats [20], mais l’on remarquera surtout la progression des contrats compris entre 100 et 150 000 livres, fruits de l’union de quelques « princes » du Parlement avec des filles du négoce. Ce phénomène n’est cependant pas circonscrit au seul XVIIIe siècle naissant. Comme le montre le graphique 1, la dot record est celle de Marie-Thérèse Vandemberg, probablement fille de marchands hollandais, qui épouse [21] en 1669 le conseiller et futur président au Parlement Sarran de Lalanne, et apporte dans la corbeille 200 000 livres, dont le solde devait en théorie être réglé au plus tard six mois après la bénédiction nuptiale.
Cette approche par le biais des dots montre très nettement que les épouses des magistrats, et donc les veuves potentielles, étaient sans conteste les mieux loties de la ville. À titre de comparaison, l’étude menée par C. Duturc [22] pour le monde des marchands bordelais à la fin du règne de Louis XIV, montre que plus de 75 % des contrats de négociants présentaient un apport dotal compris entre 800 et 12 800 livres [23], le plus gros contrat étant celui de Marie Rocaute, fille de négociant, qui porte 130 000 livres, mais celle-ci épouse Pierre de Ségur, magistrat du Parlement...


Tableau 4. — Niveaux de fortune des veuves [24] Classement par tranches chronologiques
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La dot constituait donc, pour les veuves, un capital très confortable, qui devait leur assurer une vieillesse sereine, d’autant que le contrat de mariage comportait aussi des apports complémentaires, comme les gains des noces et les bagues et joyaux [25], qui s’élevaient respectivement en moyenne à 5 328 livres et 4 420 livres. Ces attributions étaient proportionnelles à la dot et dans 56 % des cas, les gains de noces étaient équivalents aux bagues et joyaux, la différence se faisant toujours au profit des gains de noces, car cette modalité pouvait profiter aux deux époux et non à la seule veuve. Dans les meilleurs cas, la veuve pouvait aussi espérer un douaire, qui lui assurait un revenu régulier pendant sa viduité [26]. Il convient ici de préciser que les résultats auxquels nous aboutissons ne constituent que des minima. Outre les divers legs qu’elle pouvait avoir reçus au cours de sa vie de ses parents proches ou éloignés (compléments de légitimes à la mort de ses parents, legs de frères, sœurs, oncles ou tantes morts sans enfants...), l’épouse avait droit à sa part des acquêts du mariage [27].
Il apparaît donc que pour l’ensemble de la période considérée, une veuve pouvait espérer percevoir en moyenne, au décès de son mari, plus de 65 000 livres, en cumulant l’ensemble des avantages auxquels elle pouvait prétendre, ce qui lui garantissait une indépendance financière incontestable, mais il est à noter que cette aisance ne constituait que la partie émergée de la puissance réelle de ces femmes.
Des veuves reconnues compétentes : la confiance des époux
Les veuves se retrouvent, à la mort de leur mari, à la tête d’une fortune personnelle considérable dont elles peuvent disposer librement puisque, pour la première fois de leur existence, elles échappent à la tutelle masculine, celle du père et celle du mari [28]. Gérer des biens ne s’improvise cependant pas, et force est de constater que ces dames, loin de recourir aux compétences d’un homme d’affaires qui administrerait leur fortune, prennent en main la gestion de leur patrimoine, ce qui suppose qu’elles aient appris à le faire. Il convient donc dès lors de s’interroger sur le statut de la femme mariée au XVIIe siècle. Comme le stipulent tous les textes juridiques de l’époque, et notamment la coutume de Bordeaux, la femme ne peut agir que par « autorisation expresse » du mari, et les contrats de mariage que nous avons considérés ne prévoient pas de biens paraphernaux, qu’elles pourraient administrer librement. Les nécessités du temps imposent cependant des adaptations pratiques, comme en témoignent les procurations. Messieurs, lorsqu’ils sont empêchés, délèguent à leur épouse la gestion des affaires. La procuration [29] dont bénéficie Marguerite de Maillard permet de définir précisément la liberté d’action dont pouvaient jouir les épouses. La dame reçoit pouvoir de Thibaud de Lavie, avocat général au Parlement de Bordeaux, son époux, pour :
agir dans toutes les affaires qui les regarderont, poursuivre et défendre tout procès et différend [...], appeler de tout tort et grief, relever et poursuivre les appellations et s’en désister, prendre et recevoir toutes les sommes capitales, intérêts, arrérages de rentes constituées, prix des fermes, loyers des maisons et autres choses qui leur seront dues, de ce que la dite dame recevra bailler quittance à reffus ou défaut de paiement, faire faire toute saisie arrêtements actes et procédures nécessaires, faire toute cession et transport ou en accepter, transiger et accorder tout procès et différends, passer tout contrat et autres actes qui pour ce seront à faire et passer, et par iceux en ce qui regardera les fruits promesses dud. seigneur constituant obliger ses biens en la meilleure forme, bailler à ferme loyer leurs maisons et héritages à telle personne et pour temps, prix pactes et conditions que la dite dame advisera, accepter et stipuler au nom dudit seigneur constituant les obligations, constitutions de rentes et autres contrats qui seront faits et consentis en sa faveur, proroger aux débiteurs le délai pour le paiement des sommes par eux dues, faire toute purgation en l’âme du dit seigneur constituant, que les sommes pour lesquelles il est et sera opposant aux criées légitimement dues, faire toute enchère et surenchères de biens saisis et poursuivre le décret et adjudication, substituer un ou plusieurs procureurs tant pour le fait de plaidoirie que pour le surplus de la présente procuration, élire domicile, généralement faire dire requérir gérer et négocier par la dite dame, ainsi et en la manière qu’elle le trouvera à propos [...].
En conséquence de cette procuration, Marguerite de Maillard passe contrat pour une location [30], dépose six oppositions [31] pour recouvrement de créances, acquiert une maison, paroisse Saint-Michel de Bordeaux [32], ainsi que diverses rentes constituées pour la somme de 6 900 livres...
Il faut souligner que la situation était particulière car Thibaud de Lavie, avocat général au Parlement de Bordeaux, était en même temps premier président au Parlement de Navarre. Retenu à Pau par ses obligations, il confiait donc à son épouse le soin de ses affaires. De fait, on peut considérer que les translations du Parlement hors Bordeaux [33] ont sans conteste contribué à accroître la liberté d’action des femmes dans le domaine de la gestion. Contraints de quitter la cité girondine pour assister aux séances qui se tenaient à Condom, La Réole ou Marmande, Messieurs s’en remettaient à leurs épouses, mais il faut souligner que, plus que d’une complémentarité, il convient de parler de subsidiarité de la femme, car celle-ci n’intervenait que lorsque le mari était empêché. De fait, le veuvage seul apportait une véritable liberté d’action, la vie conjugale ne faisant ici figure que de propédeutique.
Les magistrats étaient cependant bien conscients des compétences de leur femme lorsqu’ils consignaient leurs dernières volontés, et les testaments sont le résultat d’une habile conciliation entre les règles juridiques et la confiance conjugale. Le testateur devait composer en tenant compte de trois impératifs : préserver son patrimoine, assurer les vieux jours de son épouse, établir ses enfants lorsqu’il en avait. Même si les mariages malheureux existent [34], c’est cependant la confiance qui préside à l’élaboration des testaments, une confiance qui se manifeste de deux façons : un bénéfice sur les biens de l’époux et un droit de regard sur le partage. Sur les 30 testaments dont nous disposons, il apparaît dans 18 cas que l’épouse bénéficie de l’usufruit des biens, soit à titre personnel (11 cas), soit en élevant les enfants (7 cas) [35], et par huit fois, la veuve est relevée de toute reddition de compte. À défaut de bénéficier d’un usufruit, deux veuves bénéficient d’un douaire, tandis qu’une troisième se voit attribuer la jouissance d’un bien de campagne, mais les veuves jouissant de la condition la plus favorable sont sans conteste les quatre qui sont nommées héritières universelles. Il est de plus intéressant de remarquer que dans ce dernier cas de figure, le choix de l’épouse comme héritière universelle n’est pas dicté par l’absence d’héritier mais bien par la confiance du défunt qui charge son épouse de remettre ensuite le patrimoine à l’un des enfants. Jacques de Verthamon [36] évoque ainsi sa cousine germaine et épouse, Catherine de Verthamon :
Il y a vingt et un ans que je suis uni par les liens du mariage avec la dite dame, il n’y a point eu de jours où je n’aye deu faire son éloge, j’ay toujours conneu en elle un jugement assuré, un cœur droit, des sentiments de justice et d’équité exempts de prévention, ce qui me détermine à remettre dans ses mains le sort de nos enfants, à qui je recommande de ne jamais menquer au respect et à la vénération qu’ils doivent à une mère si tendre et si respectable [...].
L’éloge présent n’est pas qu’une clause de style, la dame étant nommée héritière universelle des biens de son époux, à charge de remettre l’hérédité à l’un des quatre garçons du couple.
Les veuves bénéficient en effet d’un droit de regard sur le partage des biens. Dix d’entre elles reçoivent charge de nommer l’héritier tandis que six autres ont pouvoir d’avantager l’un des enfants. La volonté clairement exprimée par les testateurs est bien de préserver l’épouse de la désobéissance des enfants. Ainsi, Bernard de Pichon [37], père malheureux de huit enfants
conseille à [sa] très honoré dame Daffis de ne pas loger chez elle [son] segond fils nommé Longueville quand elle le mariera de crainte qu’il ne se prévalût de cet avantage et qu’elle ne se rendît esclave de ses passions ; elle en a un très bel exemple devant ses yeux, qu’elle y fasse réflexion, qu’elle se maintienne maîtresse dans sa maison absolue et ne partage pas son pouvoir. C’est mon conseil. Qu’elle le suive.
Les veuves des magistrats du Parlement de Bordeaux apparaissent donc, à ce point de notre étude, comme des femmes riches et puissantes, compétentes dans la gestion de leurs biens, tant au sens juridique que pratique, et disposant d’un pouvoir important sur l’héritage du défunt. Or ces femmes apparaissent, par ailleurs, comme affranchies de la tutelle masculine, des femmes libres donc, et capables d’user de cette liberté... Dès lors se développe un discours visant à entourer la veuve, à lui assigner certains devoirs, à lui donner des exemples édifiants à suivre.
 
L’ICÔNE DE LA BONNE VEUVE
 
 
La place de la veuve dans les écrits du temps
Au XVIIe siècle, la place de la veuve dans les écrits relève du paradoxe, car tout en étant présent dans presque tous les champs littéraires, le veuvage n’a pas donné lieu à une littérature spécifique. La veuve est en effet toujours un personnage de second plan, bien que les référents ne manquent pas. La Bible offre ainsi différentes figures, qu’il s’agisse de Rachel, Lia, Ruth ou Judith dans l’Ancien Testament, de Marthe ou Marie dans le Nouveau. Le premier auteur à s’intéresser à la question est saint Paul, qui établit les devoirs de la « vraie veuve » et, dans son sillage, un grand nombre de clercs envisagent le veuvage sous des angles très différents. Tandis que les canonistes et les casuistes s’intéressent aux conséquences juridiques du veuvage et aux problèmes engendrés par la succession, les auteurs moralistes et spirituels évoquent quant à eux la question du salut de l’âme. Les conseils qu’ils prodiguent sont à l’usage de tous les chrétiens et peuvent, partant, s’appliquer aux veuves, comme c’est le cas pour les recommandations édictées par Louis de Grenade [38] ou Luis de La Puente [39] quant à la dévotion, mais, de fait, le veuvage n’est envisagé que comme l’un des états de la vie de la femme et le discours n’est pas particularisé. Quelques auteurs leur accordent des développements spécifiques dans leur ouvrage, comme François de Sales, qui présente un « avis aux veuves » dans son Introduction à la vie dévote [40], tandis que Tressan de Lavergne [41] leur réserve un chapitre dans son Examen général de tous les états [...]. Cependant, seul Girard de Villethierry [42] consacre un livre entier aux seules veuves, La vie des veuves ou les devoirs et obligations des veuves chrétiennes ».
La littérature du temps, et tout particulièrement le théâtre, n’échappe pas à la règle et n’accorde aux veuves que des seconds rôles, alors même que ce personnage est une figure quasi incontournable de la dramaturgie. On le rencontre ainsi chez Corneille (Clarice dans La Veuve) [43] ou Racine (Andromaque) [44] et dans la plupart des comédies de Molière (on pensera à Célimène dans Le Misanthrope [45], à Dorimène dans Le Bourgeois Gentilhomme) [46]. La condition de veuve offre en effet des potentialités dramatiques réelles : femme libérée de la tutelle masculine, elle est désormais maîtresse de son destin et doit opérer seule des choix cruciaux. Le veuvage peut ainsi devenir le ressort principal de la pièce comme chez Donneau de Visé [47] ou Dufresny [48].
L’ensemble des écrits se conjugue ainsi pour guider la veuve sur le droit chemin, la synthèse de ces différents regards permettant d’établir un portrait type de la « bonne veuve ».
Les représentations de la bonne veuve [49]
L’image première de la veuve est celle d’une femme libre, ce qui en fait tout à la fois une femme en danger et une femme dangereuse. Femme en danger sur le plan économique, car la précarité est souvent le lot des veuves, mais cette inquiétude n’est pas le fait des veuves de magistrat ; le danger de la perdition morale persiste en revanche, car la veuve est perçue comme une femme ayant connu les plaisirs de la chair et qui doit désormais lutter contre la tentation. Par là même, la veuve est donc aussi une femme dangereuse, car comme le remarque François de Sales, « la veuve ayant fait l’essai de la façon avec laquelle les femmes peuvent plaire aux hommes jette de plus dangereuses amorces dedans leurs esprits » [50]. Cette menace à l’ordre social vient aussi de l’indépendance qui lui confère son statut. Libérée de la tutelle masculine, la veuve est désormais maîtresse de ses actes, et, comme le déplore Girard de Villethierry,
on en voit que trop qui s’imaginent que leur viduité leur donne droit de tout faire et de tout entreprendre et qu’elles peuvent se conduire comme il leur plaît, pourvu qu’elles ne se livrent point à des excès scandaleux qui les déshonorent dans le public. [51]
Cette image n’est pas le seul fait d’un auteur qui se caractérise par ailleurs par son rigorisme, car elle constitue aussi le trait de caractère majeur des veuves du théâtre. Ainsi, Clarisse, la veuve de Corneille [52] déclare hautement :
Quelqu’un a-t-il à voir dessus mes actions
Qui prescrive une règle à mes affections
Veuve, et qui ne doit plus de respect à personne
Puis-je pas disposer de ce que je te donne ? (II, 4, v. 625-628).
Face à cette liberté revendiquée, la volonté générale était d’entourer étroitement la veuve, tant pour la protéger que pour la contrôler. L’un des moyens était le remariage, qui plaçait à nouveau la veuve sous la tutelle masculine, mais il convient de souligner que la question a suscité des réponses ambiguës. Si l’on se fie à Antoine Furetière [53], les hommes du temps étaient largement hostiles au remariage : « Le mariage avec les veuves est une espèce de bigamie odieuse dans le droit canon [...]. Aux Indes, les veuves ne se remarient jamais et passent leur vie dans la tristesse et le mépris, mais les jeunes qui ont de l’honneur se brûlent toutes vives et se jettent dans le bûcher de leur mari [...] ». Les casuistes et juristes, sans être aussi sévères, insistent sur les difficultés successorales, surtout si la veuve est déjà mère. Le remariage est alors mal considéré, l’épouse étant soupçonnée de désavantager ses premiers enfants au profit de ceux du second lit, et comme se plaît à le souligner Furetière « par le droit romain, la veuve qui se remarie dans l’année du deuil perd les avantages qui lui a fait son mari. En France, elle perd la tutelle de ses enfants ». Les moralistes sont en revanche plus indulgents envers le remariage, beaucoup estimant, dans la droite ligne de saint Paul, que « mieux vaut se marier que de brûler ». François de Sales recommande ainsi de « ne blâmer ni censurer celles qui passent aux secondes et même troisièmes et quatrièmes noces, car en certains cas Dieu en dispose ainsi pour sa plus grande gloire » [54]. De même, au théâtre, le remariage constitue souvent l’heureux dénouement de l’intrigue, la veuve de comédie, malgré ses frasques et son désir affirmé de liberté, n’aspirant pas à autre chose que de se conformer aux conventions sociales.
Le remariage constitue donc, pour les auteurs de l’époque, une solution par défaut, mais c’est bien la viduité qui reste l’idéal, comme en témoignent les écrits de saint Paul, saint Augustin, saint Jérôme, Bossuet [55]. ou encore saint Ambroise [56]. Vécu comme un état privilégié, un « don de Dieu » selon saint Augustin, le veuvage est surtout envisagé sous l’angle de la viduité considéré comme un retour à la chasteté. Mais le souci est alors d’occuper cette viduité car, comme le souligne Mme de Scudéry dans une lettre à Bussy-Rabutin, « comme je ne fais rien de cette liberté que vous dites qui console d’avoir perdu un mari, vous voyez bien que j’ai perdu une grande douceur en son amitié » [57]. Il convient dès lors de donner à la veuve une ligne de conduite, établie selon les préceptes de l’Église, qui comporte, outre les instructions applicables à tous les fidèles, des conseils plus spécifiques.
La première question qui se pose est celle de l’entrée en religion des veuves. Dans une société où la femme a pour seule destinée le mariage ou le voile, l’idée de faire des veuves des « épouses du Christ » connut une certaine vogue, notamment au moment de la Réforme catholique, Bérulle vantant notamment « le bonheur de la condition religieuse, paradis sur terre, qui mène au Paradis » [58] ; mais tous les ecclésiastiques n’y sont pas favorables. Comme l’écrit l’abbé Goussault [59],
je ne prétens pas non plus conseiller aux Filles et aux Veuves de penser à ces charmantes et saintes retraites, par lesquelles elles se consacreraient toutes entières à Dieu, renonçant à tout ce qu’il y a de biens, d’honneurs et de plaisirs dans le siècle [...].
Tout clercs qu’ils sont, les auteurs ne sauraient oublier que ces veuves ont souvent charge de famille, ce qui les oblige à assumer certains devoirs.
La veuve doit donc vivre dans le monde, mais loin des mondanités car, comme l’écrit François de Sales [60], en s’inspirant de saint Paul [61],
vouloir être veuve et se plaire néanmoins d’être muguetée, caressée, cajolée ; se vouloir trouver aux bals, aux danses et aux festins ; vouloir être parfumée, attifée et mignardée, c’est être une veuve vivante quant au corps mais morte quant à l’âme.
La bonne veuve doit donc adopter une attitude réservée et pleurer avec mesure son défunt époux, car on réprouve aussi bien les veuves inconsolables que les veuves joyeuses. De fait, la feinte douleur du deuil est l’un des lieux communs de la comédie. On pensera ici à Miris, la « veuve à la mode », « qui pleure fort devant le public mais ne songe qu’à ses intérêts lorsqu’elle est seule avec sa suivante » [62]. Le modèle à suivre, pour Girard de Villethierry [63], est celui de sainte Paule et de sa fille sainte Blésille qui, après un temps convenable de deuil, se consacrent au service de Dieu, en pratiquant l’oraison et la prière et en s’adonnant aux bonnes œuvres [64]. Cette dernière recommandation s’applique plus particulièrement aux veuves, car on soupçonne volontiers chez elles un grand attachement aux biens matériels. Daon [65] dénonce ainsi, comme péché propre aux veuves, le détournement des biens du défunt mari, au détriment de ses propres enfants et ce n’est pas un hasard si François de Sales [66] consacre à la nécessité de la pauvreté trois chapitres, évoquant la question à travers la figure féminine de Philotée. Condamnant non point la richesse mais l’attachement aux richesses, l’auteur recommande de pratiquer la pauvreté dans la richesse, c’est-à-dire faire l’aumône (car c’est s’appauvrir sur le plan matériel) et se mettre au service des pauvres, sans que pour autant la pratique des œuvres de miséricorde soit une source d’orgueil. Complétant ces conseils, Vincent de Paul [67] indique aux veuves un moyen concret d’engagement, les sociétés des dames de la Charité, vouées aux secours des pauvres, l’originalité du propos de Vincent de Paul venant du fait qu’il associe à la perspective du salut, justification habituelle de la charité, la nécessité sociale de l’assistance qui doit répondre aux difficultés du temps.
Se retirer de la vie mondaine, prendre soin de ses enfants, consacrer sa fortune aux œuvres de miséricorde... Assurément, ces sages conseils devaient rencontrer un écho certain auprès des riches veuves de magistrat, mères de famille, qui avaient été amenées, de par leur statut, à fréquenter la haute société bordelaise et ses bals...
De la théorie à la pratique, les vecteurs de diffusion du modèle
Nous avons pu établir, à partir des écrits du temps, le modèle théorique de la « bonne veuve », mais qu’en était-il de sa traduction concrète ? Répondre à cette question nous conduit à envisager les vecteurs de diffusion de ce topos.
Le premier mode de transmission est bien sûr l’écrit, mais force est de constater que du côté des bibliothèques, la moisson est maigre. Certes, les magistrats ont un accès large au livre et possèdent tous au moins un semblant de bibliothèque. On rencontre, sur les étagères des cabinets de travail, des livres de dévotion renfermant les préceptes de l’Église et les conseils à l’égard des croyants, qui peuvent s’appliquer aux veuves. Messieurs possèdent aussi, pour un usage professionnel, une large gamme d’ouvrages de droit, comme ceux de Papon, de Ferrière ou de Guy Pape, qui véhiculent l’approche juridique du veuvage. Ces bibliothèques étaient accessibles matériellement à leurs épouses et l’éducation qu’elles avaient reçue dans les couvents leur assurait l’accès à l’écrit, mais les rendait-elle cependant à même de comprendre des ouvrages de droit, rédigés pour la plupart en latin [68] ? Certes la gestion des biens que les femmes et veuves assuraient laisse à penser que celles-ci possédaient quelques lumières en matière juridique mais cela ne suffit guère pour considérer que les livres de droit leur étaient une lecture familière. De fait, on se trouve ici face au dilemme rencontré par tous les chercheurs qui ont utilisé les catalogues de bibliothèque comme source de la connaissance historique [69]. Outre les lacunes et l’imprécision des listes, qui laissent dans l’ombre les volumes les plus usés et donc sans doute les plus lus, un catalogue de bibliothèque ne permet pas d’établir si les ouvrages étaient réellement lus et ne rend pas non plus compte des livres qui ont pu être prêtés. C’est donc ainsi tout un pan de la circulation des idées qui échappe à l’historien, ce qui est d’autant plus dommageable que les quelques renseignements complémentaires dont on peut parfois disposer semblent aller à l’encontre de l’image culturelle établie à partir des inventaires de bibliothèques. Ainsi, les 38 mentions de prêt de livres rencontrées dans le Mémorial de Savignac [70] révèlent un goût prononcé pour les Belles-Lettres (75 % des prêts) et des périodiques (11 % des prêts), dont la diffusion est donc plus large que ne laisse supposer le nombre d’exemplaires vendus. Parmi les principaux emprunteurs, on s’intéressera ici en particulier à Mme de Lauvergnac qui emprunte les œuvres de Mme Deshoulières [71], poésies d’inspiration chrétienne, le Tableau de l’Amour considéré dans l’état du mariage [72], les Réflexions sur le ridicule et sur les moyens de l’éviter [73], un registre qui sied parfaitement à ce que l’on peut attendre d’une « bonne veuve », mais dévore en parallèle l’un après l’autre tous les tomes de Don Quichotte, sacrifiant ainsi au goût du romanesque...
Il semblerait donc que l’image frivole de la femme et donc de la veuve se diffuse plus largement que ne le laissent envisager les bibliothèques, d’autant que cette figure est relayée par le théâtre. La cité girondine accueille en effet, au XVIIe siècle, des troupes itinérantes qui se produisent dans des salles comme le jeu de paume de Barberin [74]. Molière, qui bénéficie de l’appui du duc d’Épernon puis du prince de Conti, fait un passage dans la région vers 1645 et à Bordeaux en 1656, véhiculant ainsi l’image de la veuve de comédie. On rencontre aussi des pièces au thème similaire au début du XVIIIe siècle, comme La fausse coquette, jouée en 1718 [75] ou La Veuve à la mode, à propos de laquelle Savignac [76] écrit :
J’ai fait présent à M. l’avocat général d’Albessard de la comédie intitulée : La Veuve à la mode, laquelle, quoiqu’elle ne vaille pas grand chose, est pourtant courue, parce que son sujet a été une affaire qui a parue en Tournelle [77].
La veuve de comédie est donc bien représentée dans la capitale de Guyenne mais le théâtre édifiant en constitue le pendant. Le collège des Jésuites donne ainsi chaque année des représentations, tandis que quelques auteurs locaux exaltent la veuve vertueuse, comme Pierre Trichet [78] qui met en scène, dans Maria Aragonia, une veuve qui obtient vengeance pour son défunt mari [79].
Cette apologie de la veuve vertueuse est appuyée par les couvents féminins bordelais, centres dynamiques de la Réforme catholique [80], qui servent de relais aux idées de Bérulle ou, plus tard, de Vincent de Paul. Ces courants de pensée ne restent pas cantonnés dans les couvents mais gagnent la société par le biais des liens familiaux. Le Carmel de Bordeaux est ainsi très lié au milieu parlementaire [81], qui fournit au couvent un tiers de ses novices dans la première moitié du XVIIe siècle. On notera, au sein de cette nébuleuse, le rôle particulier de la famille de Gourgues. Marie Séguier, épouse du premier président au Parlement Marc-Antoine de Gourgues, est nièce du chancelier et cousine de Bérulle. Le couvent accueille de plus Mme Leblanc, fille de Messire Vignau, conseiller au Parlement qui, veuve à 18 ans, choisit le parti de l’Église et prend le voile sous le nom d’Antoinette de Saint-Joseph. Devenue première prieure du monastère de l’Assomption, le deuxième Carmel de Bordeaux [82], elle influence très certainement sa sœur, mariée à Armand de Gourgues, frère du premier président au Parlement, qui fonde le désert du Virou. De fait, quelques veuves suivent le parti de prendre le voile. Gratienne de La Roche, fille d’un conseiller et mariée au marquis de La Tresne, se retrouve veuve très jeune et c’est à la mort de son enfant unique qu’elle entre chez les carmélites. On pensera aussi à Jeanne de Lestonnac, feuillantine avant de fonder son propre ordre. Ces vocations font figure d’exemples et sont l’incarnation de l’idéal type de la veuve au service de Dieu, développé notamment dans la littérature hagiographique, d’autant que le Carmel de Saint-Joseph de Bordeaux accueille aussi des veuves illustres comme Mme Dautri, mère du chancelier Séguier ou la mère du P. Surin, le célèbre jésuite, entrée en religion à 56 ans. La vocation religieuse des veuves reste cependant le fait de quelques rares personnalités que l’on se plaît à mettre en exergue et constitue un phénomène circonscrit chronologiquement au premier XVIIe siècle, à mettre en lien avec l’élan suscité par la Réforme catholique à Bordeaux. Les modalités habituelles et communes de l’engagement religieux des veuves présentent en fait des caractéristiques autres.
 
DES VEUVES AU SERVICE DE L’ÉGLISE, L’ADAPTATION PRATIQUE D’UN MODÈLE IDÉAL
 
 
Pour la plus grande gloire de Dieu : les veuves et les couvents
La prise de voile ne constituait pas la modalité la plus courante de l’engagement religieux personnel car les veuves préféraient, le plus souvent, rester dans le monde. Quelques-unes furent cependant séduites par la possibilité de se retirer dans un couvent sans pour autant prononcer leurs vœux. S. Beauvalet-Boutouyrie a ainsi remarqué cette pratique à Paris, où une cinquantaine d’établissements sont susceptibles d’accueillir des veuves [83]. Les recherches que nous avons pu mener chez les notaires bordelais ou dans les fonds d’archives des couvents ne nous ont pas permis de rencontrer fréquemment les mêmes pratiques. Seule Marie de Lamontaigne [84], veuve du président à mortier Sarran de Lalanne, déclare dans son testament occuper une chambre chez les Orphelines, où elle dispose d’une servante. Il convient cependant de rappeler que les auteurs de l’époque se montraient réservés quant à une entrée dans les ordres des veuves, et de fait, ce n’était pas non plus la volonté des maris. Ainsi, Pierre de Martin recommande à son épouse, Anne de Métivier, « de continuer à nos enfants la bonté et charité qu’elle a eues pour nous tous, de ne les pas séparer préférant ce soin maternel à une vie plus retirée quoique plus douce » [85]. La pensée dominante est, dans le monde des magistrats, que la veuve a toujours des obligations dans le monde. La première de ces tâches est bien sûr d’élever les enfants et ce n’est pas un hasard si, le plus souvent, celles qui prennent le parti du voile sont de jeunes veuves sans enfants ou des vieilles femmes. Mais pour celles qui sont libérés de ce soin, la gestion de leurs biens propres, voire celle des biens de leur époux, leur incombe encore et c’est par ce moyens qu’elles peuvent se faire les protectrices des couvents et des églises, prouvant ainsi qu’elles sont à même de faire bon usage de leur indépendance financière.
Marcel Bernos [86] a ainsi remarqué qu’une grande partie des initiatives religieuses prises par les femmes sont souvent le fait des veuves, citant au passage les exemples de Jeanne de Chantal, de Mme Acarie, de Mme de Miramion ou de Louise de Marillac [87]. Dans une étude portant sur le milieu parlementaire bordelais, il convient de s’attarder sur le cas de Jeanne de Lestonnac, la « sainte de Bordeaux » [88], fille d’un conseiller au Parlement et nièce de Montaigne, apparentée à la famille des Gourgues, qui, veuve après vingt-quatre ans de mariage, fonda l’ordre des filles de Notre-Dame. Cependant, Jeanne de Lestonnac relève de ces cas, illustres mais rares, de veuves qui s’impliquèrent totalement dans une fondation religieuse. À titre plus modeste, les veuves de magistrat sont le plus souvent de simples pourvoyeuses de fonds et se contentent d’être les bienfaitrices des maisons, laissant aux religieuses le soin des choses spirituelles. Il en va ainsi de Mme de Guérin, baronne de Saucats, née Jeanne de Galatheau et veuve d’un magistrat, qui lègue à la Visitation de Bordeaux, en 1640, une rente de 1 200 livres par an, malgré l’opposition de ses beaux-parents, mais le cas le plus remarquable est sans conteste celui d’Olive de Lestonnac. Veuve du premier président Marc-Antoine de Gourgues, nièce de Jeanne de Lestonnac, elle est totalement intégrée aux réseaux qui firent le succès de la Réforme catholique à Bordeaux. Veuve de trois maris, sans enfants, elle est à la tête d’une des plus grandes fortunes de la ville, qu’elle consacre en grande partie aux œuvres pies. Olive lègue ainsi 3 000 livres aux récollets de Sainte-Foy pour bâtir un couvent, 20 000 livres aux carmélites de Saint-Joseph de Bordeaux, 40 000 livres aux jésuites pour qu’ils bâtissent une église, 24 000 livres au noviciat des jésuites pour construire une église et 30 000 livres en augmentation de la fondation du couvent de la Madelaine [89].
Outre ces fondations glorieuses mais exceptionnelles, les veuves de magistrat assuraient aussi, par le biais des fondations de messes, la survie quotidienne des couvents et des églises. Les 25 veuves de notre corpus [90] ont ainsi consacré plus de 40 000 livres aux œuvres pies [91], dont 15 509 livres pour les couvents masculins et 2 300 pour les couvents féminins, auxquelles il faut ajouter 7 205 livres pour les églises paroissiales de ville et de campagne. Les mentions qui accompagnent ces legs montrent que ces veuves étaient très au fait des besoins de chacun. Jeanne de Pontcastel donne ainsi 1 000 livres à l’œuvre de l’église Saint-Siméon pour réparer le toit tandis qu’Anne de Métivier veille à l’entretien des autels de Notre-Dame des églises de Saint-Éloi, de Saint-André et de Saint-Seurin... Le soin des églises et des couvents est donc bien le fait des veuves, mais les legs testamentaires laissent aussi apparaître une inclination particulière pour les œuvres de miséricorde.
Assister les pauvres : les œuvres de miséricorde
Valeur traditionnelle de la noblesse [92], l’assistance aux pauvres constituait, pour les magistrats des Parlements, un devoir social mais aussi une obligation professionnelle en un temps où le Renfermement des pauvres voulu par Louis XIV relevait de leur compétence [93]. Cette sensibilité particulière des magistrats était de plus exacerbée par les difficultés du temps. Alors que la guerre de Trente ans et la Fronde jetaient sur les routes les vagabonds et les mendiants, Vincent de Paul exhortait les fidèles, et tout particulièrement les femmes et les veuves, à venir en aide aux plus démunis en conjuguant ainsi les nécessités sociales du temps et la quête du salut personnel. Les veuves de magistrat se trouvaient ainsi au croisement d’influences multiples mais convergentes, ce qui les conduisit à s’impliquer dans les œuvres de miséricorde selon des modalités et des degrés différents.
De fait, on peut remarquer un certain parallèle dans les modalités de l’engagement religieux et de l’engagement envers les pauvres. L’implication à titre personnel, prônée notamment par François de Sales, se traduit par la participation à des compagnies de dames de la charité, fondations féminines encouragées par Vincent de Paul, qui regroupent, sous le patronage d’une femme, quelques bonnes volontés se donnant pour mission l’instruction et l’assistance aux pauvres. Attestées à Paris dès 1634, ces dames de la charité sont surtout des veuves, Jacques Depauw [94] soulignant notamment la prédominance des veuves d’officiers de justice. Ces mêmes compagnies existent à Bordeaux. Initialement mises en place par l’archevêque François de Sourdis et réorganisées en 1684, elles semblent toujours actives dans plusieurs paroisses au début du XVIIIe siècle. La participation des veuves de magistrat ne fait aucun doute mais la perte des archives ne permet pas de pousser plus loin l’analyse.
Mais il apparaît nettement que les veuves privilégient l’engagement financier, comme nous avons pu le constater par ailleurs pour les couvents. Les veuves sont en effet de grandes fondatrices d’hôpitaux, comme c’est le cas à Paris, où Madeleine Bruslard de Sillery fonde l’hôpital des Incurables, ou bien encore à Aix, avec Aymare de Castellane-la-Verdière, seconde épouse du premier président Vincent-Anne de Forbin-Maynier d’Oppède [95]. À Bordeaux, l’hôpital de la Manufacture doit son existence à deux legs successifs, le premier d’Anne de Tauzia [96], veuve du conseiller au Parlement de Brezets, qui lègue par testament en 1624 la majeure partie de ses biens pour construire ce qu’elle nomme un hôpital et hôtel-Dieu pour accueillir les pauvres, et le second d’Olive de Lestonnac, qui donne « 30 000 livres aux pauvres de l’hôpital des Métiers, en cas qu’il s’établisse, pour nourrir et faire apprendre aux pauvres un métier ». L’hôpital de la Manufacture de Bordeaux est donc le fait de deux veuves, toutes deux réputées richissimes, toutes deux sans enfants et toutes deux issues du milieu parlementaire.
Outre les fondations initiales, les veuves assurent aussi la vie matérielle quotidienne des hôpitaux. Parmi les 25 veuves de notre corpus, cinq d’entre elles consacrent au total 8 100 livres aux trois hôpitaux de Bordeaux [97], ce qui représente 55 % du total des legs en faveur des pauvres, mais cette image première mérite d’être nuancée : les legs en faveur des hôpitaux ne sont le fait que de quelques personnalités, mais ils sont d’un montant important [98]. L’assistance aux plus démunis passe donc encore majoritairement par le truchement des institutions religieuses multiséculaires, au grand dam des autorités monarchiques qui souhaitent centraliser les aumônes pour les pauvres au profit des structures hospitalières. Seize veuves consacrent ainsi 6 089 livres au soin des pauvres, soit en moyenne 380 livres, sommes attribuées dans le cadre des paroisses de la ville, mais aussi de la campagne, et distribuées par le curé, car on lui reconnaît la capacité de répartir au mieux l’argent. On remarque aussi chez les veuves des donations particulières, notamment en faveur des filles à marier, peut-être par solidarité féminine ou en faveur des prisonniers du palais. L’implication des veuves dans les œuvres de miséricorde semble donc marquée au coin de la tradition et de la persistance de pratiques un peu désuètes, tandis que leurs maris adoptent plus précocement le principe du legs en faveur des hôpitaux.
Le dynamisme des veuves de magistrat en matière religieuse et caritative est donc bien réel et il semble plus accusé que chez les autres femmes, ce qui nous amène à nous interroger sur leurs motivations particulières. Outre le fait que ces femmes disposent d’une puissance et d’une indépendance financière importante, on peut penser que le trépas de l’époux constituait pour les veuves une expérience de la mort qui les amenait à se soucier de leur propre salut avec plus d’attention. Mais cet engagement est aussi à mettre en rapport avec la mission dont les chargeait leur défunt mari. Ainsi, lorsque Lucelle de Tarneau fait une importante donation au second couvent des carmélites de Bordeaux, qui lui vaut la qualité de fondatrice, elle n’est en fait que l’exécutrice testamentaire de son époux. Il en va de même lorsque Olive de Lestonnac donne en 1628, à la mort de son mari, 25 000 livres au carmel de Saint-Joseph, pour agrandir et orner l’église. À travers les fondations religieuses et miséricordieuses, les veuves s’acquittent en fait aussi d’un devoir de mémoire.
Les veuves, mémoire religieuse de la famille
L’engagement religieux des veuves peut en effet traduire la volonté de perpétuer la mémoire de la famille. Cette vocation lui est, dans certains cas, reconnue par l’époux.


Tableau 5. — La veuve et l’exécution des clauses testamentaires du mari
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Le tableau ci-dessus fait apparaître que 10 % des époux laissent à leur veuve une totale liberté d’action tant en ce qui concerne l’élection de la sépulture que les donations pieuses, et certains se contentent d’indiquer à grands traits leur volonté, l’épouse étant chargée des modalités pratiques, comme la distribution des aumônes ou le règlement de la cérémonie funèbre. Ces quelques exemples témoignent moins d’un désintérêt pour la question religieuse, comme ce peut être le cas dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, que d’une réelle confiance de l’époux envers sa femme, car tout comme celle-ci est jugée compétente en matière de gestion des biens de par son expérience, la veuve assume, tout au long de son existence, son devoir de perpétuation de la mémoire familiale. L’exemple de Marguerite de Maillard est sur ce point révélateur. En 1655, alors épouse de l’avocat général Thibaut de Lavie, elle reçoit procuration de sa belle-mère Antoinette de Camain [99], veuve du premier président au Parlement de Navarre Bernard de Lavie, pour fonder un obit de six messes dans la chapelle de saint Hyacinthe, où sont les sépultures de Marie d’Allard, mère de Bernard de Lavie et de Marc Antoine de Lavie son fils. Quarante cinq ans plus tard, en 1700, Marguerite de Maillard, devenue à son tour veuve, fonde [100] en son nom propre, à l’hôpital de la Manufacture, quatre messes des morts chaque semaine, l’une pour son défunt mari, deux pour ses fils et la quatrième pour elle-même, ainsi que deux messes l’an pour le repos de tous les défunts des familles de Maillard et de Lavie. La mémoire religieuse de la famille de Lavie est ainsi assurée, à une génération d’intervalle, par deux veuves entrées dans la dynastie par leur mariage. Le cas n’est pas unique ; si les messes dites immédiatement après le décès sont généralement destinées au salut personnel, les fondations associent en revanche le défunt mari aux prières. Anne de Massiot, veuve du président Jean Daffis, lègue ainsi 50 livres par an pour trois messes hautes de requiem, « une pour moi et mes filles, une pour mon mari, une pour mes père et mère ». Cet exemple, de même que celui de la famille de Lavie, montre clairement que la veuve doit assurer non seulement le souvenir de son mari, mais aussi celui de ses propres parents, obligation d’autant plus prégnante dans le milieu du Parlement que les femmes sont à la fois fille et épouse de magistrats et participent dès lors de deux lignées souvent égales en prestige, mais leur dévouement semble aller d’abord à leur époux et à la famille qu’elles ont fondée, comme en témoignent le choix des sépultures.
Les veuves et leurs époux reposent le plus souvent côte à côte, à l’ombre des couvents ou des églises, dans les caveaux de familles logés dans les chapelles. Le couvent des frères prêcheurs abrite ainsi quatre générations de la famille de Lalanne [101], la famille de Pontac ainsi que les Grimard qui reposent dans la chapelle de sainte Catherine la martyre. Au-delà d’un engagement religieux dont on ne saurait mettre en doute la sincérité, perce la question du prestige et de la représentation sociale. De fait, fonder un hôpital ou un couvent, c’est assurer à jamais la perpétuation du nom, et les clauses des legs mentionnent toujours des contreparties. Ainsi, une donation importante s’accompagne généralement de la volonté d’être reconnu fondateur, ce qui attribue un certain nombre de droits à celui qui revêt cette qualité. Une fois encore, le cas le plus flagrant est celui d’Olive de Lestonnac, dont le testament mentionne qu’elle est fondatrice de cinq établissements, l’église de la maison professe des jésuites, l’église du noviciat jésuite, le futur hôpital de la Manufacture, le couvent de la Madelaine et une chapellenie dans l’église Puypaulin, une qualité qui donne à ses héritiers la possibilité de nommer les chapelains de Puypaulin et de l’hôpital des métiers.


Tableau 6. — Les lieux de sépulture choisis par les veuves [102]
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Mais la présence des magistrats se matérialise surtout dans le décor de l’église. Olive de Lestonnac profite ainsi de sa qualité pour exiger que ses armoiries et celles de son mari soient sur tous les murs des églises du noviciat et de la maison professe, tandis qu’elle fait construire, pour elle et son mari, un monument funéraire à leur image, comportant deux gisants. De même, le caveau des De Mons, au couvent des dominicains, est recouvert d’une pierre aux armes de la famille, tandis que les Grimard font orner leur chapelle d’un retable. Ainsi, à travers les messes perpétuelles, à travers le décor des églises et des couvents et jusque dans la pierre, les veuves de magistrat assuraient le devoir de mémoire qui leur incombait.
L’image qui se dégage de la veuve d’un magistrat bordelais au XVIIe siècle est celle d’une femme puissante, indépendante, disposant d’une fortune considérable tant à titre personnel que comme administratrice des biens de son défunt mari, un chef de famille plus encore qu’une mère donc, tout à fait à même d’assurer la gestion du patrimoine. Il apparaît de plus que cette femme présente une nette conscience de soi, une conscience de « ce qu’elle se doit », adoptant une conduite mesurée en toute chose et occupant sa viduité par des œuvres pieuses et caritatives. Assurément, les veuves joyeuses existaient sans doute mais le remariage était souvent pour elles le moyen de concilier leurs aspirations personnelles et les exigences morales de la société. La veuve scandaleuse n’est pas un personnage répandu dans la société du temps, le silence du Mémorial de Savignac étant, sur ce point, le meilleur des garants car on sait que le conseiller se plaisait par ailleurs à consigner les travers de ses semblables. L’engagement religieux constituait donc pour la veuve un devoir moral qui s’imposait à elle par la conjugaison d’obligations multiples. Le discours de l’Église, véhiculé par les ouvrages des clercs, par les sermons des curés, par les centres de pensée qu’étaient les couvents, assignait à ces femmes un rôle au sein de la communauté laïque et développait, selon le mot de Marcel Bernos, une « spiritualité du renoncement » à l’adresse des veuves. Ces commandements avaient une résonance particulière car ces veuves étaient membres du second ordre, de la noblesse, dont l’un des devoirs était la protection de l’Église et l’assistance aux plus démunis, un commandement redoublé par l’appartenance au corps des magistrats, en un temps où la Cour a pour mission politique de défendre la foi catholique contre le protestantisme et où la monarchie lui confie le soin des pauvres par le biais des hôpitaux.
Mais ces influences ne peuvent avoir de prise sur la veuve que dans la mesure où celle-ci est considérée comme la dépositaire de l’honneur et de la mémoire de la famille. La confiance qui lui est accordée pour la gestion des biens fait déjà d’elle la responsable du patrimoine, et c’est de même à elle que revient le soin de la perpétuation du souvenir par les fondations de messe, le choix de la sépulture ou des funérailles et, dans les cas les plus illustres, par la fondation d’hôpitaux ou de couvents. C’est donc une tâche lourde qui pèse sur les épaules de la veuve, et qui lui impose, en filigrane, une solitude toute nouvelle, bien éloignée de sa vie d’épouse. De fait, du temps de leur mariage, ces femmes se connaissent et se fréquentent, se rencontrent au bal, à l’opéra, mais aussi dans le cadre d’œuvres pieuses, pour les quêtes ou dans les réunions des dames de la Charité. Alors que le veuvage leur impose de se retirer en partie de la vie mondaine, l’engagement religieux devient dès lors un moyen de rester en contact avec le monde et la société qu’elles fréquentaient jusqu’alors. L’autre moyen d’éviter la solitude tout en respectant une certaine ligne de conduite pouvait aussi être la fréquentation des autres veuves de magistrat, femmes de même condition, au destin commun, ce qui pose, non plus la question de la conscience de soi, mais celle de la conscience de corps. Les veuves de magistrat se considéraient-elles comme un corps social ayant une mission au sein de la cité ?
Assurément, les éléments nous manquent pour répondre à cette question. La définition des réseaux existants, appuyée sur un examen des contrats de prêts et surtout des correspondances fourniraient des clefs de lectures pertinentes, mais seuls les écrits du for privé pourraient nous éclairer sur les liens d’amitié qui se nouaient entre ces femmes et sur cette conscience de groupe. Le regard à la fois tendre et agacé que Savignac porte sur sa mère, veuve après quelques années de mariage, qui consacra sa vie à la gestion du patrimoine familial et à l’éducation de son fils unique, nous offre le portrait intimiste d’une veuve au crépuscule du règne de Louis XIV, mais ce regard est avant tout celui d’un fils sur sa mère et nous ne pouvons que regretter que ces femmes n’aient pas pris plus souvent la plume pour s’épancher. Aujourd’hui, seuls les testaments se font encore l’écho de leur existence, et bien souvent, au moment du trépas, c’est encore le souvenir du mari défunt qu’elles évoquent, avec leurs mots maladroits mais touchants, comme le fit Anne de Métivier en 1692, après vingt-deux ans de veuvage :
la perte que j’en fait est si grande par le mérite extrodiner de sa personne que ian conserver la douleur jusques au dernier moman de ma vie et la mities et considération qu’il a eu toujours pour moy et dons il mavoist donne des marques dan son testamant et lunnion qi a esté antres nous pandant trante trois ans de nostres sosieté [...].
 
NOTES
 
[1] Ad Gironde, 8 J 46-8 J 49 (1708-1720), Mémorial général de Labat de Savignac, 8 J 48, 25 mars 1718.
[2] Scarlett Beauvalet-Boutouyrie, être veuve sous l’Ancien Régime, Paris, 2001, p. 57.
[3] Voir Roger Duchêne, « La veuve au XVIIe siècle », Onze études sur la femme dans la littérature française du XVIIe siècle, Paris, 1978.
[4] Voir A. Lespagnol, Messieurs de Saint-Malo. Une élite négociante au temps de Louis XIV, Rennes, 1997, et plus précisément A. Lespagnol, « Femmes négociantes sous Louis XIV. Les conditions complexes d’une promotion sociale », Populations et cultures. Études réunies en l’honneur de François Lebrun, Rennes, 1989, p. 463-470.
[5] Voir M. Cubells, La Provence des Lumières. Les parlementaires d’Aix au XVIIIe siècle, Paris, 1984 ; M. Gresset, Gens de justice à Besançon (1674-1789), Paris, 1978, p. 496 ; pour l’exemple bordelais, voir la thèse de Stéphane Minvielle, et l’étude qu’il a réalisée à partir du Mémorial général de Labat de Savignac (« Démographes sans le savoir : les comportements démographiques des élites bordelaises du XVIIIe siècle au travers des sources du for privé », colloque Au plus près du secret des cœurs : les écrits du for privé, Paris Sorbonne, Centre Roland-Mousnier, à paraître).
[6] J. F. Viaud a donné une lecture médicale du Mémorial particulièrement intéressante dans Malades et maladies à Bordeaux à la fin du règne de Louis XIV, TER dactyl., Université de Bordeaux III, 2001.
[7] Il convient cependant de souligner que cette proportion n’est qu’indicative et sans doute surestimée, car les écrits du for privé présentent tous une tendance à retenir plus particulièrement les faits extraordinaires, mais cette surreprésentation témoigne de ce qui frappait les esprits. Savignac rapporte ainsi le décès de Mme Lacaze qui « s’est blessée cette nuit avant son terme de deux garçons [...]. Elle avait 40 ans ou environ [...]. Elle a porté dix enfants qui sont presque tous morts ou dont elle s’est blessée [...]. Il est à remarquer qu’elle est morte en héroïne chrétienne ». Voir Ad Gironde, 8 J 46, Mémorial général de Labat de Savignac, 21 mars 1709.
[8] En s’appuyant toujours sur la chronique de Labat de Savignac, on constate un âge moyen au mariage de 36,18 ans pour les hommes pour seulement 25,48 ans pour les femmes, Stéphane Minvielle précisant que « moins d’un tiers des premiers se marie avant trente ans, alors que les deux tiers des épouses le sont avant vingt-cinq ans » (« Démographes sans le savoir [...] », op. cit.).
[9] Le corpus étudié ne tient compte que des documents retrouvés dans leur intégralité ; les extraits, rencontrés par ailleurs dans les fonds ecclésiastiques, seront bien sûr utilisés, mais ne peuvent se prêter à une étude statistique, si limitée soit-elle.
[10] Sur les trente magistrats laissant une veuve à leur décès, on a pu calculer pour dix d’entre eux la durée des unions. On s’est appuyé pour cela sur la confrontation des testaments et des contrats de mariage, en ajoutant les informations tirées des testaments eux-mêmes. Pour un corpus aussi étroit, une moyenne n’aurait guère de sens, mais l’on remarque cependant que la durée des unions s’échelonne de onze à trente-huit ans, quatre d’entre elles dépassant les trente ans. Même dans le cas des remariages, les unions peuvent être de longue durée. Ainsi, Bernard de Pichon reste uni à sa seconde épouse, Anne Daffis, pendant trente-huit ans. De même, Jacques Duval, après avoir été marié avec Suzanne Dupérier pendant dix-huit ans, convole avec Jeanne de Sabourin dont il partage la vie pendant vingt-deux ans.
[11] L’existence de veuves sans enfants est un résultat marquant. Sans même tenir compte de celles saisies à travers les testaments des maris, qui peuvent encore espérer se remarier et enfanter, les veuves sans enfants à leur décès sont relativement nombreuses, et l’on rencontre des cas avérés de stérilité. L’exemple le plus flagrant est celui d’Olive de Lestonnac qui, malgré trois mariages, n’a jamais eu d’enfants. Cependant, notre étude ne prenant en compte que les enfants survivants au moment de l’acte, il y a fort à penser que certaines ont bien procréé mais que les enfants n’ont pas survécu à leur mère, et n’ont pas laissé eux-mêmes de descendance.
[12] Nous n’avons ici retenu que des cas avérés, révélés par des mentions du type « usufruit en élevant les enfants » ou des mentions annexes indiquant que l’épouse venait d’accoucher ou que les enfants étaient d’âge tendre.
[13] Ad Gironde, 3 E 5244, fo 239, 15 juillet 1670, testament de Pierre de Martin, conseiller au Parlement.
[14] Ad Gironde, 3 E 5053, fo 1110, 31 mai 1692, testament d’Anne de Métivier, veuve de Pierre de Martin, conseiller au Parlement.
[15] Trois sont à l’abbaye de Figeac et une à la Visitation de Bordeaux.
[16] La dot est une somme inaliénable, selon le principe de la loi Julia de fundo dotali. Ainsi, si le mari a la capacité d’administrer la dot et d’en percevoir le revenu, il ne peut l’aliéner. Par ailleurs, on n’a pas relevé mention de « biens en propre » ou paraphernaux, gérés par la dame elle-même.
[17] La veuve perçoit l’usufruit des biens du mari jusqu’au remboursement de la dot.
[18] D’un point de vue méthodologique, il convient de souligner qu’il ne s’agit ici que de la part mentionnée en argent liquide dans le contrat de mariage. Certaines épouses apportaient par ailleurs dans la corbeille des biens en nature, notamment des domaines ruraux ou des maisons en ville, qui ne sont pas systématiquement estimés.
[19] Sur les liens unissant le Parlement et la ville, voir Michel Figeac et Caroline Le Mao, « Le Parlement de Bordeaux et la cité, de la Fronde à la veille de la Révolution », Actes du colloque Le Parlement et la ville, Rouen, novembre 2002.
[20] Cette donnée mérite d’être considérée avec circonspection, car ces contrats comportent souvent des apports complémentaires, non chiffrés, comme, notamment, des suppléments de légitime ou des parts dans le futur héritage. De plus, certains témoignent moins d’un faible niveau de fortune que d’une mésentente familiale...
[21] Ad Gironde, insinuation 1669, fo 176, 25 octobre 1669, contrat de mariage de Sarran de Lalanne et Marie-Thérèse Vanderwige [?]. Acte original chez Buisson, notaire. Le père de la dame est qualifié de bourgeois citoyen.
[22] C. Duturc, Les négociants bordelais à la fin du règne de Louis XIV, 1697-1714, TER dactyl., Université de Bordeaux III, 1992, p. 165.
[23] C. Duturc a réalisé deux coupes. La première, englobant les années 1697-1699, porte sur 30 contrats dont 72 % présentent des dots comprises entre 800 et 12 800 livres. La deuxième coupe, réalisée pour les années 1712-1714, porte sur 90 contrats, et la proportion s’élève alors à 80 %.
[24] Les montants indiqués correspondent à la moyenne des apports relevés dans les contrats de mariage, dans les tranches chronologiques considérées. La dernière ligne indique la moyenne de chaque apport sur l’ensemble de la période.
[25] Le gain de noces, aussi appelé « agencement », était une somme attribuée au conjoint survivant au moment du décès de l’un des deux époux. Ce pécule était complété, dans le cas de la veuve, par les bagues et joyaux que lui reconnaissait son époux. Il pouvait certes s’agir de véritables bijoux, mais le plus souvent, c’était en fait une somme reconnue propre à l’épouse.
[26] On a pu relever 13 cas pour 80 contrats de mariage, soit un peu plus de 16 %. Alors que les agencements et bagues et joyaux apparaissent presque systématiquement dans les contrats de mariage, les douaires restent en revanche minoritaires, tandis que W. Doyle a mis en lumière une progression de cette pratique au XVIIIe siècle. Il relève 48 douaires pour 81 contrats de mariage, dont 10 dépassant les 2 000 livres (op. cit., p. 120). Notre échantillon ne permet pas d’établir qu’il y a bien, au XVIIe siècle, une amorce du phénomène mais laisse apparaître que les douaires sont généralement le corollaire des dots les plus élevées, 7 des 13 douaires apparaissant dans les contrats où l’apport de l’épouse est supérieur à 100 000 livres. Il convient d’y ajouter deux autres contrats de mariage, où les épouses sont les héritières universelles de leurs parents et se voient attribuer des douaires.
[27] Les contrats de mariage stipulent toujours que les nouveaux époux s’associent à parts égales pour les acquêts du mariage. L’épouse peut ainsi disposer, outre le montant principal de la dot, de la moitié des intérêts que celle-ci a pu produire. Si les affaires avaient été fructueuses, les gains pouvaient être importants. Dans le cas contraire, la veuve avait encore le recours de renoncer à ses droits pour ne demander que la restitution de ses biens propres, à savoir sa dot, ses gains de noces, bagues et joyaux, et le cas échéant, son douaire.
[28] Il convient cependant de souligner l’importance de la tutelle morale du beau-père.
[29] Ad Gironde, 3 E 6599, fo 400, 8 avril 1671, procuration en faveur de Marguerite de Maillard.
[30] Ad Gironde, 3 E 6600, fo 429, 3 mai 1672 : contrat de location.
[31] Ad Gironde, 3 E 6599, fos 611, 612, 613, 12 septembre 1671 ; 3 E 6600, fos 441 et 487, en 1672 ; 3 E 6601, fo 477, 30 juin 1673 : oppositions.
[32] Ad Gironde, 3 E 6599, fo 386, 23 mars 1671. Maison rue Traversanne, paroisse Saint-Michel, pour 5 500 livres.
[33] Outre celle consécutive à la Fronde, on considérera surtout la translation de la cour dans les villes de Condom, Marmande et enfin La Réole, de 1675 à 1690.
[34] Voir Ad Gironde, 3 E 17898, 20 octobre 1645, Testament de Joseph d’Andrault, conseiller au Parlement. Joseph d’Andrault se plaint ainsi « qu’une femme malheureuse estant entree en ma famille et societe, laquelle par ses debordemens, lasinites [?] et prostituons desesperas ma force et constraint de la poursuivre criminelement et tant procede que par arrest de la cour de parlement d’Aix sa dot ma este adiugce et elle privee de tous gains et advantages nuptiaux desquels j’antans aussy quelle demeure totalement escluze et ce d’autant plus que jacoit que par le mesme arrest partie de sa dot aye este destinee o la nourrir dans un couvant sy est ce que je nay jamais peu obtenir quelle sy rangeat ny la detourner de cette lubricite infames qui par ses desprances et incorigibles mot [...] luy sont tournées en habitude et complexion [...] ».
[35] Cet usufruit est distinct de celui qui peut être concédé à l’épouse pour le remboursement de la dot. Cette façon de procéder permettait de laisser les biens en commun, la veuve ne réclamant pas sa dot dans l’immédiat ; l’ensemble du partage était ainsi réalisé à son décès.
[36] Ad Gironde, 3 E 20534, 10 septembre 1738, testament de Jacques de Verthamon.
[37] Ad Gironde, insinuation 1692, fo 1687, 27 mars 1684, testament de Bernard de Pichon, président au Parlement. Il est à noter que Bernard de Pichon est en froid avec la plupart de ses enfants, notamment pour des questions de règlement de dot...
[38] Louis de Grenade, Le Guide des pécheurs, 1556, édité en France en 1577 (trad. de Paul Dumont) et surtout après 1640.
[39] Luis de La Puente, Les excellentes méditations sur tous les mystères de la foi avec la pratique de l’oraison mentale, 1612.
[40] François de Sales, Introduction à la vie dévote, Paris, 1609.
[41] Examen général de tous les états et conditions et des péchés que l’on y peut commettre tiré de l’Écriture, des Conciles, des Pères et des Ordonnances de nos Roys [...], par le sieur de Saint-Germain (pseudonyme), Paris, 1670, « Examen des obligations des veuves », p. 205-207.
[42] Girard de Villethierry, La vie des veuves ou les devoirs et les obligations des veuves chrétiennes, Paris, 1697.
[43] Corneille, La Veuve, Paris, 1634.
[44] Racine, Andromaque, Paris, 1667.
[45] Molière, Le Misanthrope, Paris, 1666.
[46] Molière, Le Bourgeois Gentilhomme, Paris, 1670.
[47] J. Donneau de Visé, La Veuve à la mode, Paris, 1667 (Théâtre du XVIIe siècle, t. 2, Paris, Gallimard, « La Pléiade », p. 1101-1139).
[48] Dufresny, Le Double Veuvage, Paris, 1692.
[49] Voir sur le sujet S. Beauvalet-Boutouyrie, op. cit. ; Jacques Depauw, Spiritualité et pauvreté à Paris au XVIIe siècle, Paris, 1999 ; M. Bernos, Femmes et gens d’Église dans la France classique, XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, 2003, et l’article de R. Duchêne, op. cit.
[50] François de Sales, op. cit. p. 120.
[51] Girard de Villethierry, op. cit., préface.
[52] Toute jeune veuve, Clarisse est éprise d’un jeune homme, Philiste. L’amour est réciproque, mais elle est riche et lui pauvre.
[53] A. Furetière, Dictionnaire universel, Rotterdam, 1690. Article « veuve ».
[54] François de Sales, op. cit.
[55] J.-B. Bossuet, « Oraison funèbre d’Anne de Gonzagues de Clèves, princesse Palatine », Oraisons funèbres, Paris, 1929, p. 131-155.
[56] Saint Ambroise, De Virginitate.
[57] Cité par R. Duchêne, op. cit., p. 232.
[58] S. Beauvalet-Boutouyrie, op. cit, p. 284.
[59] Abbé Goussault, Le Portrait d’une femme honneste, raisonnable et véritablement chrétienne, Paris, 1694.
[60] François de Sales, op. cit., p. 245-246.
[61] Saint Paul, Première épître à Thimothée, I, 5-6.
[62] R. Duchêne, op. cit., p. 228.
[63] Girard de Villethierry, op. cit.
[64] La chose était en effet possible dans l’Église primitive grâce à l’institution des diaconesses, qui se vouaient aux œuvres charitables.
[65] R. Daon, Règlements spirituels tirés des écrits de François de Sales, Paris, 1737.
[66] François de Sales, op. cit., analyse des chapitres.
[67] Voir l’analyse de J. Depauw, op. cit., chap. 7 sur Vincent de Paul.
[68] On sait que les Ursulines de Bordeaux dispensaient aux jeunes filles un enseignement en français et que l’apprentissage de la lecture se faisait en français et en latin, mais la maladresse de rédaction que l’on rencontre par exemple chez Anne de Métivier laisse à penser que la pratique de l’écriture et de la lecture étaient imparfaites.
[69] Sur ces problèmes méthodologiques voir M. Marion, Les bibliothèques privées à Paris au milieu du XVIIIe siècle, Paris, 1978.
[70] Le conseiller au Parlement de Bordeaux Labat de Savignac possède une petite bibliothèque personnelle dont il fait profiter certains de ses amis et prend soin de consigner, dans son Mémorial, chacun des prêts (destinataire, livre prêté, date de prêt et de retour...). Voir Caroline Le Mao, « Une source essentielle à l’histoire de la vie privée : la chronique du conseiller au Parlement Labat de Savignac (1708-1720) », Histoire, Économie et Société, no 3, 1999, p. 489-509, et Caroline Le Mao, Le Mémorial général de Labat de Savignac (1708-1720), Bordeaux, PUB, à paraître (publication de la source).
[71] Antoinette de Ligier de La Garde Deshoulières, Poésies de Madame Des Houlières, 1688. L’identification des ouvrages mentionnés par Labat de Savignac a été réalisée à partir du catalogue des ouvrages anciens de la Bibliothèque nationale. Le cas des œuvres de Mme Deshoulières (orthographié « de Soulières » dans le Mémorial), pose un problème d’interprétation en raison de la double inspiration de la poétesse.
[72] Nicolas Venette, Tableau de l’Amour considéré dans l’état du mariage, Amsterdam, 1697, 552 p.
[73] Abbé Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde, Réflexions sur le ridicule et sur les moyens de l’éviter, 1696.
[74] Sur le théâtre à Bordeaux, voir La Vie théâtrale à Bordeaux des origines à nos jours, Paris, 1985, et H. Minier, Le Théâtre à Bordeaux, Bordeaux, 1883.
[75] Ad Gironde, 8 J 48, 6 mai 1718, Mémorial général de Labat de Savignac.
[76] Ad Gironde, 8 J 46, 11 mars 1711, Mémorial général de Labat de Savignac.
[77] Cette citation nous pose plusieurs problèmes d’interprétation. Il est tout d’abord difficile d’établir de façon sûre si Savignac offre à d’Albessard le texte imprimé de la pièce ou une représentation au théâtre. De plus, s’agit-il de la pièce de Donneau de Visé ou d’une adaptation locale du thème, selon un procès qui aurait pu être jugé à la Tournelle de Bordeaux, mais aussi à celle de Paris ?
[78] P. Trichet, Maria Aragonia, Bordeaux, 1635.
[79] Voir La Vie théâtrale [...], op. cit., p. 72.
[80] Voir B. Peyrous, La Réforme catholique à Bordeaux (1600-1719), le renouveau d’un diocèse, Bordeaux, 1995.
[81] Voir P. Loupès, L’Apogée du catholicisme bordelais, 1600-1789, Bordeaux, 2001, p. 38.
[82] Il est à noter que Bordeaux est alors la seule ville en France, avec Troyes, à posséder deux Carmels.
[83] S. Beauvalet-Boutouyrie, op. cit., p. 291.
[84] Ad Gironde, 3 E 15295, fo 438, 2 mars 1694, testament de Marie de Lamontaigne.
[85] Ad Gironde, 3 E 5244, fo 239, 15 juillet 1670.
[86] Marcel Bernos, op. cit., p. 181.
[87] Jeanne de Chantal est liée aux visitandines, Mme Acarie aux carmélites de Paris, Mme de Miramion aux filles de sainte Geneviève et Louise de Marillac aux filles de la Charité.
[88] Voir Philippe Loupès, op. cit., p. 40 sq.
[89] Ad Gironde, H 2765, 30 mars 1650, testament d’Olive de Lestonnac, veuve du premier président Marc-Antoine de Gourgues. L’ensemble des legs pieux s’élève à 165 000 livres.
[90] Pour des raisons de cohérence, nous excluons ici le cas hors normes d’Olive de Lestonnac.
[91] Le total ne tient compte que des legs stipulés dans les testaments ; il conviendrait d’y ajouter les donations réglées de leur vivant.
[92] Voir Laurent Bourquin, La noblesse dans la France moderne, XVIe-XVIIIe siècle, Paris, 2002.
[93] Sur le rôle des magistrats du Parlement de Bordeaux dans l’établissement de l’hôpital de la Manufacture, voir Caroline Le Mao, « Le riche et le pauvre. Les magistrats du Parlement de Bordeaux et l’assistance aux pauvres au siècle de Louis XIV », Les espaces locaux de la protection sociale, colloque du CEHRIR, février 2003, à paraître.
[94] Cf J. Depauw, op. cit., p. 180-181.
[95] Voir Regis Bertrand, « Messieurs du Parlement, la religion et la mort (XVIIe-XVIIIe siècles) », dans Le Parlement de Provence, 1501-1790, Aix-en-Provence, 2002, p. 55-70.
[96] Ad Gironde, H sup., E 1, fos 1 à 9 ; testament d’Anne de Tauzia, veuve Brezets, dressé le 9 octobre, avec codicilles des 26 janvier 1620 et 18 février 1624.
[97] L’hôpital Saint-André pour les pauvres malades, l’hôpital de la Manufacture pour les pauvres et au début du XVIIIe siècle, l’hôpital Saint-Louis pour les Enfants trouvés.
[98] Il convient aussi de tenir compte du fait que l’hôpital général de la Manufacture n’est définitivement installé que le 14 septembre 1658.
[99] Ad Gironde, H 2643, 11 décembre 1655, fondation de messes par Antoinette de Camain.
[100] Ad Gironde, H sup. B 3, 20 juin 1700, fondation de messes par Marguerite de Maillard.
[101] Ad Gironde, H 2649, 19 août 1698, acte concernant la sépulture de la famille Lalanne.
[102] Lorsqu’une veuve propose deux options dans son testament (funérailles en ville ou à la campagne selon le lieu où elle décède...) nous avons choisi de compter une demi-part dans chacune des catégories concernées.
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Ad Gironde, 8 J 48, 6 mai 1718, Mémorial général de Labat ...
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[76]
Ad Gironde, 8 J 46, 11 mars 1711, Mémorial général de Laba...
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[77]
Cette citation nous pose plusieurs problèmes d’interprétat...
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[78]
P. Trichet, Maria Aragonia, Bordeaux, 1635. Suite de la note...
[79]
Voir La Vie théâtrale [...], op. cit., p. 72. Suite de la note...
[80]
Voir B. Peyrous, La Réforme catholique à Bordeaux (1600-17...
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[81]
Voir P. Loupès, L’Apogée du catholicisme bordelais, 1600-1...
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[82]
Il est à noter que Bordeaux est alors la seule ville en Fr...
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[83]
S. Beauvalet-Boutouyrie, op. cit., p. 291. Suite de la note...
[84]
Ad Gironde, 3 E 15295, fo 438, 2 mars 1694, testament de M...
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[85]
Ad Gironde, 3 E 5244, fo 239, 15 juillet 1670. Suite de la note...
[86]
Marcel Bernos, op. cit., p. 181. Suite de la note...
[87]
Jeanne de Chantal est liée aux visitandines, Mme Acarie au...
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[88]
Voir Philippe Loupès, op. cit., p. 40 sq. Suite de la note...
[89]
Ad Gironde, H 2765, 30 mars 1650, testament d’Olive de Les...
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[90]
Pour des raisons de cohérence, nous excluons ici le cas ho...
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[91]
Le total ne tient compte que des legs stipulés dans les te...
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[92]
Voir Laurent Bourquin, La noblesse dans la France moderne,...
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[93]
Sur le rôle des magistrats du Parlement de Bordeaux dans l...
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[94]
Cf J. Depauw, op. cit., p. 180-181. Suite de la note...
[95]
Voir Regis Bertrand, « Messieurs du Parlement, la religion...
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[96]
Ad Gironde, H sup., E 1, fos 1 à 9 ; testament d’Anne de T...
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[97]
L’hôpital Saint-André pour les pauvres malades, l’hôpital ...
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[98]
Il convient aussi de tenir compte du fait que l’hôpital gé...
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[99]
Ad Gironde, H 2643, 11 décembre 1655, fondation de messes ...
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[100]
Ad Gironde, H sup. B 3, 20 juin 1700, fondation de messes ...
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[101]
Ad Gironde, H 2649, 19 août 1698, acte concernant la sépul...
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[102]
Lorsqu’une veuve propose deux options dans son testament (...
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