2004
XVIIe siècle
L’apothéose du grand Corneille et le centenaire de 1784
John R. Iverson
Le centenaire de la mort de Corneille doit obligatoirement trouver sa place dans une réflexion sur « Corneille après Corneille ». Cet événement représente non seulement une étape significative dans l’évolution de l’image du grand dramaturge, mais aussi un cadre privilégié pour l’étude des pratiques commémoratives au XVIIIe siècle en France. Dans le contexte des institutions théâtrales de l’époque, le centenaire de 1784 devient une affirmation des valeurs littéraires et une expression des sentiments nationaux et régionaux. Célébrée à Rouen et dans la capitale, cette fête séculaire établit les bases d’une tradition qui fleurira au XIXe siècle et qui contribuera fortement à nourrir l’idée de l’héritage littéraire comme élément essentiel de l’identité française.
À Paris le 4 octobre 1784, suite à une représentation du
Cid, la Comédie-Française présente une pièce en un acte intitulée
Corneille aux Champs-Élysées. Dans cette comédie en vers, Apollon communique à Thalie et Melpomène son désir de reconnaître le mérite de l’auteur du
Cid à l’occasion du centenaire de sa mort. Après plusieurs scènes épisodiques, une cérémonie a lieu, décrite ainsi par le
Mercure de France : « Enfin sous les yeux des principaux Tragiques Grecs & François, Corneille est couronné par la main de Melpomène » (octobre 1784, 174-175). Universellement critiquée – la
Correspondance littéraire indique que « la pièce a été jusqu’à la fin, mais à travers les huées et les éclats de rire de toute l’assemblée » (14, 86) –,
Corneille aux Champs-Élysées n’est représentée que trois fois et ne sera jamais publiée. Attribuée par la
Correspondance littéraire à un « fort jeune homme, M. Laurent », cette pièce est en réalité le travail d’Honoré Riouffe. Futur auteur des
Mémoires d’un détenu, pour servir à l’histoire de la tyrannie de Robespierre, préfet sous l’Empire, il n’a que vingt ans en 1784
[1].
Le peu de succès de la pièce de Riouffe est d’autant plus décevant que cet ouvrage a été sélectionné dans un concours. Malheureusement, les origines de cette compétition restent obscures, mais les registres de la Comédie-Française indiquent qu’à partir du 7 mai 1784 la troupe se réunit pour faire la lecture des pièces proposées. La première, envoyée anonymement sous le titre
La Centenaire de Corneille, est acceptée. Cependant cette décision est qualifiée de la manière suivante : « MM. les Comédiens assemblés ont décidé que, s’il se présentait d’autres ouvrages au concours, elle relirait celui-ci ; et, qu’à merite égal il aurait la préférence. »
[2] Le 6 juillet, les comédiens lisent une deuxième pièce,
La Centenaire de Corneille, ou le Triomphe du génie. Comme la première, elle est envoyée sans nom d’auteur ; ce n’est que par la suite que le chevalier de Cubières en réclame la responsabilité. L’avis des comédiens est favorable, à condition que l’auteur fasse des modifications importantes. La troisième pièce à être lue est celle de Riouffe,
Corneille aux Champs-Élysées. La séance du 21 août ne porte qu’une indication très brève : « Admise unanimement au Concours ». De la même façon, la quatrième pièce, due à Jean-Baptiste Artaud, intitulée
La Fête séculaire de Corneille, est « admise unanimement au Concours » lors de sa lecture le 9 septembre. Finalement, quand les quatre pièces sont mises au vote le 12 septembre 1784, la pièce de Riouffe remporte une victoire facile.
Même si nous possédions le texte de Riouffe, il serait peut-être inutile d’entrer dans le détail de cet échec sans lendemain.
(L’Année littéraire va jusqu’à déclarer que son « analyse ennuieroit autant que la représentation » [1784, 8, 121] !) Mais il est important de souligner le fait que
Corneille aux Champs-Élysées, comme les autres pièces présentées au concours, s’inscrit dans le cadre des gestes commémoratifs qui se développent à l’époque. Notamment, cet ouvrage appartient à cette catégorie de pièces curieuses qui se caractérise par la mise en scène des « ombres » (Rizzoni). Il participe de même au phénomène général du culte des grands hommes (Bell, Bonnet). Il reproduit, enfin, une scène qui, déjà en 1784, est devenue une partie obligatoire de toute célébration littéraire et qui sera répétée inlassablement pendant les dernières années du siècle. Le couronnement de l’écrivain à la fin de la pièce constitue son « apothéose », Corneille devenant l’objet d’une admiration universelle
[3]. Ce geste est censé être l’accomplissement d’un v
œu unanime, issu de la communauté littéraire dans son ensemble. Ce n’est pas par hasard que toutes les pièces consacrées au centenaire de Corneille adoptent cette forme.
En effet, il est évident que les événements de 1784 sont conçus sur le modèle du centenaire de Molière, fêté en 1773
[4]. Dès 1777, l’empire du précédent moliéresque s’exprime lorsqu’on demande pour Corneille les mêmes dignités. Dans son
Almanach littéraire, Louis d’Acquin de Château-Lyon ajoute le commentaire suivant à une référence à Molière : « Le plus grand Poëte Comique de toutes les Nations. Les Comédiens-Français, cent ans après sa mort, ont fait son apothéose (1773). Ce sera en 1784 qu’ils rendront indubitablement les mêmes honneurs aux mânes du Grand Corneille » (11). Sept ans plus tard, juste avant la fête de Corneille, la
Correspondance secrète rappelle également que, « en 1773, deux auteurs célébrèrent au théâtre français la centenaire de Molière. Le premier du mois prochain étant l’époque séculaire de la mort de Corneille, quatre concurrents ont présenté aux comédiens quatre pièces pour célébrer cet événement » (17, 51). De même, après coup, la
Correspondance littéraire constate : « La révolution centenaire de la mort du grand Corneille a été célébrée sur le Théâtre-Français comme l’avait été celle de Molière, mais moins heureusement » (14, 85).
Ces allusions à la commémoration de 1773 sont remarquables à deux égards. D’abord, elles témoignent de l’avènement récent de l’idée de fêter un centenaire
[5]. L’emploi de l’article féminin ( «
la centenaire » ) ainsi que la diversité des tournures qui énoncent cette notion ( « époque séculaire », « révolution centenaire » ) sont révélateurs d’une hésitation linguistique vis-à-vis de cette pratique qui n’est introduite qu’à cette époque. De plus, la célébration de 1773 semble dicter un ensemble de conditions à respecter en 1784. En essayant de créer une fête digne de Corneille, on s’inspire directement de ce qui s’est fait onze ans auparavant au nom de Molière. L’apothéose, c’est-à-dire la scène du couronnement, l’ombre ou le buste du poète entouré par les Muses, s’impose comme l’unique procédé approprié à l’hommage littéraire.
Cette filiation entre le centenaire de Molière et les événements de 1784 est évoquée par les auteurs eux-mêmes. Dans sa Fête séculaire, Artaud fait allusion à la pièce qu’il avait écrite en 1773, La Centenaire de Molière, et qui a été représentée 13 fois dans sa nouveauté (Iverson, 147). La muse de la tragédie, Melpomène, a assisté à la fête de Molière en 1773 ; la muse de la comédie, Thalie, tient donc à participer à l’hommage qu’on rend à celui qui s’est distingué principalement dans le domaine de la tragédie. L’hommage à Corneille est ainsi justifié par son statut d’innovateur littéraire ; Thalie l’appelle le « fils aîné de ma sœur Melpomène » (Artaud, 18). Artaud souligne également la signification nationale de ce centenaire qui contribue à rehausser la réputation de la scène française :
Parmi les modes qui nous viennent d’Angleterre, celle de célébrer annuellement les grands Génies qui illustrent les Nations, ne nous est pas encore arrivée. Mais il est possible qu’elle arrive enfin. Tout le monde sçait qu’à Londres le Musicien Handel a sa Fête annuelle ; ainsi il n’y auroit rien de bien étrange, si le pere de la Scene tragique jouissoit un jour à Paris du même honneur. [6]
Le centenaire est donc lié à une réflexion plus générale sur l’idée d’une tradition littéraire qu’on devrait cultiver en France. L’allusion à l’Angleterre ajoute à cette notion une dimension de rivalité internationale.
De son côté, le chevalier de Cubières essaie d’exploiter le précédent moliéresque pour faire avancer ses ambitions personnelles. Ce poète prolifique s’adresse aux Comédiens-Français pour les inciter à jouer sa pièce, malgré leur décision du 12 septembre. L’évocation de la commémoration de 1773 motive cette demande :
Vous devez vous rappeler qu’à l’époque de La Centenaire de Molière vous avez joué deux Pièces en son honneur [...]. Corneille aux yeux de la Nation, et sûrement aux vôtres, est un aussi grand homme que Molière, puisqu’il a créé la Tragédie et la Comédie, je n’ose point croire que vous puissiez refuser à l’Auteur de Cinna et du Menteur le double hommage que vous avez rendu à l’Auteur du Misanthrope. [7]
Cette lettre restée sans réponse, Cubières envoie une deuxième lettre où il révèle son grand projet d’une fête qui s’étendrait sur toute la France. « Ensuite », confie-t-il aux comédiens, « je vous dirai, mais bien bas et à l’oreille que j’ai fait trois Centénaires en l’honneur du grand Corneille, et toutes trois différentes. Mon admiration pour ce grand homme est si vive, mon enthousiasme si ardent, que je n’ai pas cru, ou plutôt que je n’ai pas pu me borner à un seul hommage »
[8]. Il explique alors l’usage qu’il envisage pour ces trois pièces expédiées, dit-il, à Paris, Rouen et Bordeaux : « Voyez combien il seroit piquant, combien il seroit nouveau dans les fastes du Théatre François que trois pièces différentes du même Auteur fussent jouées le même jour sur trois Théâtres différens ». Cependant, malgré sa persistance, la troupe tergiverse pendant un mois avant de s’excuser en expliquant que, la date du centenaire étant passée, l’intérêt de sa pièce est nul. Les ambitions du poète ne seront pas satisfaites ; sa vision d’une fête nationale s’évanouit.
Cependant, les propositions de Cubières sont mieux accueillies à Rouen où La Centenaire de Corneille, ou le Triomphe du génie est représentée le 1er octobre 1784. Dans ses grandes lignes cette pièce est très proche de La Fête séculaire d’Artaud, mais Cubières a l’originalité de souligner l’importance de Corneille dans les domaines comiques et lyriques. Ainsi, lors de la cérémonie qui termine la pièce, Melpomène, Thalie et Polymnie « vont poser chacune une couronne sur la tête du Grand Corneille », assis sur le trône d’Apollon, entouré des personnages de ses pièces (Cubières, 156). Mieux reçue que la pièce de Riouffe à Paris, celle-ci est jouée au moins quatre fois à Rouen, et Cubières la fait publier avec une autre pièce du même genre, La Centenaire de Corneille, ou le Génie vengé. Regroupées, les deux pièces portent un titre collectif, Les Deux Centenaires de Corneille.
La réaction favorable des Rouennais n’a rien de surprenant, si l’on prend en compte la tradition cornélienne locale. Dans son histoire des spectacles à Rouen, J..E. Bouteiller documente l’omniprésence de l’auteur du Cid qui veille sur toutes les activités théâtrales de sa ville natale au XVIIIe siècle. Avec la construction d’une nouvelle salle en 1774-1776, Corneille est inscrit dans la structure même de l’édifice. La façade est ornée de sculptures « dont les principales ont pour objet le couronnement du buste de Pierre Corneille, entre les images personnifiées de la tragédie et de la comédie » (Bouteiller, 1, 61-62). À l’intérieur, le même sujet est repris d’une manière encore plus dramatique : « Le plafond de la salle est une œuvre fort remarquable [...] dû au pinceau de Lemoine, peintre de Rouen. Il représente l’apothéose de Pierre Corneille couronné par les muses, reçu dans l’Élysée par Apollon lui-même ; près de Corneille, l’Injustice et l’Envie sont terrassées par la Vérité » (1, 67). La pièce de Cubières ne fait donc que mettre en action une scène que le public rouennais contemple depuis des années. Le couronnement final ainsi que le thème principal de la pièce – Corneille vengé contre ses critiques – reproduisent exactement le décor du théâtre.
D’autres signes révèlent également le développement d’un culte de Corneille à Rouen. En 1768, l’Académie de Rouen choisit comme sujet pour son concours d’éloquence l’éloge de ce fils chéri. En 1776, la nouvelle salle de théâtre – cette salle ornée de l’image de Corneille – est inaugurée le 29 juin, date choisie pour coïncider avec la Saint-Pierre. Bouteiller indique : « Tout nous porte à croire que pour l’ouverture on a choisi une œuvre de Pierre Corneille ; nous devons même supposer que ce fut le Cid » (1, 70). Au début de l’année centenaire, en 1784, c’est de nouveau l’Académie de Rouen qui témoigne de son admiration pour le grand dramaturge. Lors de la séance du 17 février, les Académiciens écoutent la lecture d’un poème consacré à « La Centenaire de Corneille » (Picot, no 1484). En anticipant, finalement, la représentation de La Centenaire de Corneille, les Annonces, affiches, et avis divers de la Haute et Basse-Normandie parlent du « respect que l’on a à Rouen pour la gloire du grand homme qui a vu le jour dans cette ville » (1er octobre 1784, 159). Ces indications expliquent pourquoi, à la fin de sa pièce, Cubières fait appel aux Rouennais eux-mêmes :
Et vous, Peuple de Normandie,
Peuple vraiment ami des Arts,
Le père de la Tragédie
A vu le jour dans vos remparts. (157)
Par la suite, ce sentiment de fidélité donnera lieu à une fête annuelle consacrée à la mémoire de Corneille, célébrée à Rouen le jour de la Saint-Pierre, le 29 juin. Les indications de Bouteiller ne permettent pas de donner une date précise pour les débuts de cette fête annuelle, mais, quand la cérémonie est supprimée en 1798, un lecteur mécontent écrit au rédacteur des Annonces et affiches de Rouen pour demander la reprise d’une pratique déjà considérée comme traditionnelle :
Si la mémoire de Pierre Corneille, créateur de la tragédie en France, doit être chère et respectable à tous les Français, elle doit l’être doublement aux citoyens d’une ville au sein de laquelle il a pris naissance. Aussi avions-nous toujours été jusqu’ici dans l’usage, à Rouen, de consacrer tous les ans un jour à rendre hommage aux talents de cet illustre citoyen. Les artistes du Théâtre-des-Arts, que ce soin regardait plus particulièrement, illuminaient leur salle et donnaient au public la représentation de quelqu’une de ses immortelles tragédies (13 messidor an VI [1er juillet 1798] ; cité par Bouteiller, 1, 424).
De cette manière, l’auteur de la lettre encourage ses concitoyens à remplir ce qu’il appelle « ce devoir solennel et respectable ». Ces sentiments ont dû trouver un certain retentissement, puisque, en 1799, le Théâtre-des-Arts annonce un « Spectacle brillant [...] en mémoire du Grand Corneille, natif de cette commune » (Bouteiller, 1, 471). À partir de ce moment-là, la fête de Corneille est bien établie à Rouen
[9]. Le lien direct entre la ville et l’auteur est une source de fierté ; ainsi, cette tradition se maintiendra jusqu’au XX
e siècle.
À Paris, l’héritage local n’a pas la même importance. Cependant l’idée de rendre hommage aux auteurs dans des cérémonies annuelles se répand. Déjà, le 25 mars 1784, une lettre publiée dans le Journal de Paris demande l’institution régulière des fêtes littéraires. Se référant aux éloges académiques et aux statues des grands hommes commandées par la monarchie, l’auteur décrit un procédé déjà familier. « Il ne s’agiroit », dit-il, « que de représenter ce jour-là un de leurs chefs-d’œuvre, & d’indiquer sur l’affiche que c’est pour honorer l’anniversaire, soit de Corneille, soit de Molière, soit de Racine, &c. » En 1805, le même réflexe commémoratif inspire un « Projet de fête pour le Grand Corneille » adressé au Courier des spectacles. Se plaignant du fait que la sépulture de Corneille n’est pas digne d’un grand homme, l’auteur de ce projet propose une fête annuelle par laquelle la France rendrait hommage au « premier de ses poëtes tragiques » :
Ne vous semble-t-il pas, Monsieur, qu’il seroit honorable pour les acteurs du Théâtre Français de venger la mémoire de Corneille de cet oubli injurieux ? Ne pourroient-ils pas instituer une solemnité qui seroit tous les ans célébrée au mois d’octobre ? On y joueroit sur le plus vaste théâtre de la capitale une ou deux pieces de ce grand homme ; on y couronneroit son buste ; on appelleroit à cette fête tous les arts [...]. (25 vendémiaire an XIV [17 octobre 1805], 2)
Emporté par sa vision, ce lecteur enthousiaste finit par demander : « Quelle personne un peu sensible à la gloire nationale, ne voudroit pas assister à la fête du Grand Corneille ? » Évidemment, l’auteur de cette lettre ignore la tradition rouennaise, mais le rédacteur du Courier attire l’attention de ses abonnés sur l’existence d’ « une fête exactement semblable à celle que l’on a proposée dans ce journal » (29 vendémiaire an XIV [21 octobre 1805], 2). Il ne se contente pas néanmoins de borner la proposition au seul Corneille. Plus ambitieux, il envisage la possibilité de rendre les mêmes honneurs à d’autres hommes illustres en propageant ces cérémonies sur toute la France : « Ce genre de fêtes est trop rare parmi nous. Il n’est presque pas de ville en France qui ne puisse s’honorer pas de la naissance de quelque homme illustre ; combien l’esprit national et les arts n’auroient-ils pas à gagner, si chacune de ces villes élevoit un monument ou instituoit une fête à la mémoire de ses hommes célèbres ? » Ainsi, étroitement lié au centenaire de Corneille, on trouve l’anticipation d’une pratique qui se généralisera au milieu du XIXe siècle.
Certes, les modestes cérémonies de 1784 ne peuvent en rien rivaliser avec l’ampleur des réjouissances rouennaises lors du bicentenaire en 1884 (Niderst, 74-81). Cependant le premier centenaire reste significatif. D’une part, cet événement confirme la réputation de Pierre Corneille, père de la tragédie et grand innovateur comique. Dans ce sens, il est déjà pleinement consacré comme un auteur classique, statut qui ne fera que se renforcer au siècle suivant. D’autre part, le centenaire est un moment privilégié qui donne lieu à un rite communautaire. Le désir de rendre hommage à l’homme illustre rassemble les fidèles autour de son buste. Destiné à célébrer la gloire de Corneille, imitation voulue du centenaire de Molière, ce geste qui deviendra vite une tradition sert à réaffirmer des valeurs partagées, le dramaturge représentant ce qu’on appellera plus tard « l’esprit français ». Aussi bien qu’un tribut payé aux mânes du grand écrivain, le centenaire de 1784 est donc l’initiation d’une pratique culturelle qui occupera une place importante dans l’imaginaire national au XIXe siècle.
·
Acquin de Château-Lyon Louis d’, Almanach littéraire, ou Étrennes d’Apollon ; contenant l’Éloge historique du Grand Corneille par M. de Voltaire [...] (Athènes et se trouve à Paris, Veuve Duchesne, 1777).
·
Artaud Jean-Baptiste, La Fête séculaire de Corneille, comédie, en un acte et en vers (Paris, Hardouin & Gattey, 1785).
·
Bell David A., The Cult of the Nation in France. Inventing Nationalism, 1680-1800 (Cambridge, Harvard University Press, 2001).
·
Bonnet Jean-Claude, Naissance du Panthéon. Essai sur le culte des grands hommes (Paris, Fayard, 1998).
·
Bouteiller J.-E., Histoire complète et méthodique des Théâtres de Rouen, 4 vol. (Rouen, Giroux et Renaux, 1860-1880).
·
Burney Charles, An Account of the Musical Performances in Westminster-Abbey, and the Pantheon, May 26th, 27th, 29th ; and June the 3rd, and 5th, 1784. In Commemoration of Handel (Londres, Printed for the Benefit of the Musical Fund, 1785).
·
Correspondance littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister, etc., éd. Maurice Tourneux, 16 vol. (Paris, Garnier Frères, 1880).
·
Cubières Michel, chevalier de, Œuvres dramatiques de C. Palmézeaux ; ou Recueil des pièces de cet auteur, qui ont été représentées sur différens théatres, 4 vol. (Paris, Mme Desmarest, 1810).
·
Iverson John R., « The first French literary centenary : National sentiment and the Molière celebration of 1773 », Studies in Eighteenth-Century Culture, 31 (2002), p. 145-168.
·
Métra François, Correspondance secrète, politique & littéraire, ou Mémoires pour servir à l’histoire des Cours, des Sociétés & de la Littérature en France, depuis la mort de Louis XV, 18 vol. (Londres, John Adamson, 1789).
·
Niderst Alain, « Corneille au temps de Jules Ferry, le bicentenaire de 1884 », Études normandes, 1 (1984), 73-87.
·
Picard L.-B., Œuvres de L. B. Picard, membre de l’Institut, 10 vol. (Paris, J. N. Barba, 1821).
·
Picot Émile, Bibliographie cornélienne (Paris, Auguste Fontaine, 1876).
·
Rizzoni Nathalie, « Des ombres panthéonisées ou de l’art de faire parler les morts au théâtre », à paraître dans les Actes du Colloque « Dramaturgie de l’ombre ».
[1]
Voir le dossier Riouffe dans les archives de la Comédie-Française.
[2]
Registre des lectures, commençant le 11 mai 1780 au 18 juin 1790, Archives de la Comédie-Française, p. 38 v
o. La
Correspondance secrète nomme le marquis de Luchet parmi les quatre participants au concours (7 octobre 1784, 17, 68) ; si cette identification n’est pas erronnée, cette première pièce doit être de lui.
[3]
Le
Dictionnaire de l’Académie française enregistre la réactualisation de cet usage antique au XVIII
e siècle. La 4
e édition (1762) limite la définition d’
apothéose à deux cas : « la cérémonie par laquelle les anciens Romains déifioient les Empereurs » et « la réception fabuleuse des anciens Héros parmi les Dieux ». Dans la 5
e édition (1798), un troisième cas s’ajoute : « Se dit aussi par hyperbole des honneurs extraordinaires rendus à un homme que l’opinion générale et l’enthousiasme public élèvent au-dessus de l’humanité ».
[4]
Au sujet de ce premier centenaire, voir mon essai « The first French literary centenary : National sentiment and the Molière celebration of 1773 ».
[5]
D’après le
Trésor de la langue française, Pierre Larousse, dans le
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, est le premier lexicographe à définir le
centenaire comme une célébration périodique (1867 ; 3, 720).
[6]
Artaud, « Avertissement ». À propos de la Handel Jubilee, fêtée à Londres en mai-juin 1784, voir le volume commémoratif publié par Charles Burney.
[7]
« Lettre de l’Auteur anonyme de la Centénaire de Corneille présentée par Mad. Bellecour, à la Comédie, pour l’engager à représenter cette petite Pièce, du 19 septembre 1784 », Archives de la Comédie-Française, registre concernant MM. les Auteurs, commençé le 10 avril 1780, p. 108.
[8]
« Lettre de l’Auteur anonyme des trois Centénaires de Corneille à la Comédie, du 23 septembre 1784, sur le même sujet que celle du 19 », p. 111 v
o.
[9]
En 1821, L. B. Picard évoque cette tradition qui lui a inspiré sa
Fête de Corneille, jouée en 1800 : « J’étais à Rouen ; j’appris qu’il existait déja depuis longtemps un usage honorable pour les habitants et le théâtre de cette ville. Tous les ans, le 29 juin, jour de Saint-Pierre, patron du grand Corneille, les comédiens jouent un des chefs-d’
œuvre de ce créateur de l’art dramatique. La salle est illuminée. Le public se porte en foule au théâtre. La ville entière semble se glorifier d’avoir donné Corneille à la France » (8, 169).