2004
XVIIe siècle
Présences de Corneille dans la correspondance de Mme de Graffigny
Charlotte Simonin
Le 11 janvier 1746, Françoise de Graffigny rapporte avec une enfantine infatuation à François Devaux, son presque unique correspondant, un bon mot cornélien qu’elle tient de Fontenelle : « Voici le repertoire de ce que j’ai appris : une anecdote de Corneille que peut-etre tu sais. Qu’importe, je ne la savois pas et je ne veux pas savoir que tu la sache. Il fut nommé par l’Accademie pour complimenter la reine. Il commença par : “Madame, voici une tete pourrie”. La reine lui demanda ce que cela vouloit dire. “C’est, dit-il, qu’il en est sorti quarante mille vers” » (VII, 188). On redécouvre aujourd’hui Françoise de Graffigny (1695-1758), que l’on connaissait romancière (
Les Lettres d’une Péruvienne, 1747) et dramaturge (
Cénie, 1750), comme épistolière vive et spirituelle à travers sa monumentale correspondance (1738-1758), magistralement éditée et annotée par une équipe de chercheurs dirigée par Alan Dainard
[1]. Les missives de cette passionnée de théâtre fourmillent de renseignements sur les représentations, les dramaturges, les textes... Quoique Mme de Graffigny s’intéresse plus particulièrement à l’actualité théâtrale (Voltaire, Marivaux, Saint-Foix, Boissy, Nivelle de la Chaussée), Corneille, tout comme Racine et Molière d’ailleurs, occupe une place significative dans ses lettres. Faute de place, nous nous en tiendrons ici à une estimation de la présence de l’
œuvre cornélienne dans la correspondance, et réserverons pour notre thèse
[2] les problèmes de réception (Pourquoi
Horace fait-il rire le public du XVIII
e ?), de dénomination (Pourquoi le « Grand Corneille » ?) de l’apparition en tant que tel du trio classique (Corneille, Racine, Molière), de la fréquentation de Thomas Corneille et d’autres dramaturges « secondaires » du XVII
e, et de hiérarchisation : Corneille
vs Racine, ou Corneille
vs Voltaire.
Mme de Graffigny voit jouer
Le Cid une fois, le 15 juillet 1739,
Cinna une fois, le 9 décembre 1742,
Don Sanche d’Aragon une fois, le 9 mai 1753,
Horace deux fois
[3], le 27 juillet 1744 et le 24 novembre 1744,
Le Menteur une fois, le 11 janvier 1753,
Polyeucte deux fois, une au début des années 1740
[4] et le 13 novembre 1751, et enfin
Rodogune, quatre fois, le 18 juillet 1739, le 10 novembre 1742, le 17 de ce même mois à nouveau et le 9 juin 1751. Seulement douze représentations (et sept pièces vues) en près de vingt ans (de l’arrivée à Paris en 1739 à sa mort en décembre 1758) et pour une spectatrice assidue ; la faiblesse du nombre peut surprendre. Mais les brouilles entre l’épistolière et l’égoïste Devaux, les longues visites de ce dernier à Paris, les maladies ou soucis d’argent qui obnubilent dans les dernières années, sont autant d’occasions de mutisme théâtral ; la page des spectacles est alors laissée blanche. Entre silences volontaires et involontaires, nombre de pièces ont pu et dû être vues sans que n’en demeure nulle trace aujourd’hui
[5]. Ainsi, douze pièces vues sont avérées, mais correspondent à une réalité certainement deux ou trois fois supérieure, compte tenu aussi des représentations autrefois vues par la dramaturge en Lorraine.
Au fil des représentations, Mme de Graffigny nous livre ses jugements sur les acteurs et actrices de la Comédie-Française, coqueluches du moment ou talents incontestables. En 1739, elle remarque : « Nous deux [elle et Desmaret] nous allames a la comedie.
Rodogune fut joue dans la grande perfection par tous les grands acteurs et actrices » (II, 63). Elle précise plus loin (II, 85) que c’est la Gaussin qui joue Rodogune et l’on devine que La Dumesnil, Grandval et La Noue devaient faire partie de la distribution. Lors de la représentation du 10 novembre 1742, elle vit le plein fonctionnement de l’illusion théâtrale : « L’apres-diner nous fumes chez cette pauvre Julie [Mme de Schindek, qui vient de perdre son futur mari à Prague], qui est dans un etat affreux. De la
Rodogune, qui fut jouée divinement, au point que je mourois de frayeurs qu’Antiocus ne but la coupe. Il faloit a tout moment me rapeler qu’il n’en mourroit pas » (III, 439). Plus loin, elle dira de La Noue : « Je l’ai encore vu hier jouer Celeucus dans une perfection dont rien n’aproche. La moitié de Paris l’adore, l’autre moitié le meprise a lui jeter des pommes cuitte : tires de ces contradiction ce que tu pouras. Pour moi, qui aime sa figure en depit du bon gout, je suis prevenuë pour lui. J’aime un naturel infini qui reigne dans son jeu, une finesse d’intelligence tres rare, meme ici. Mais ces bras me choquent, et dans
Zaïre je l’aurois foulé aux pieds ; un peu aussi dans
Mahomet » (III, 451). Elle l’apprécie encore des années après : elle note le 14 novembre 1751
cum grano salis pour sa physionomie singulière : « Ne m’avisai-je pas hier de pleurer a
Polieucte ? En verité, il y avoit lontems que je ne m’etois avisee de pleurer a la tragedie, mais aussi Clairon joua comme un ange et La Noue a si bien la mine d’un martir ». Elle apprécie aussi Grandval, et se désole le 12 janvier 1753 du peu de goût du public parisien pour des classiques : « Je fus avant-hier a
Merope pour Minette, qui ne l’avoit jamais vu jouer, et hier au
Menteur pour moi, que je n’avois jamais vu. Grandval le joua comme un ange. Mais mon indignation se mit a son comble contre le public. Croirois-tu que depuis quinze jours, on a joué
L’Endriene, La Surprise de l’amour, La Metromanie, Merope, et donc
Le Menteur que l’on n’a pas vu depuis dix ans
[6] et qu’a toutes ces pieces il n’y a jamais eu qu’une loge de fille, pas meme une de dame, et tout au plus vingt homme sur le theatre » ?
Dans les jeudis, devenus ensuite lundis, de la petite société du Bout-du-Banc, les convives réunis autour de Mlle Quinault se nourrissent de bons mots plus que de bons mets, et le théâtre fournit nombre d’anecdotes. Des acteurs victimes du trac infléchissent de façon burlesque le texte cornélien. « La conversation s’est montée sur les sots qui corompent les vers, et sur les comediens qui se trompent. On en cita cent mille a mourir de rire. Je n’ai retenu que celui-ci : La Noue l’a entendu, jouant lui-meme. Une actrice jouant Sabine dans
Horace dit gravement : “Que l’un des deux me tuë, et que l’[autre] me mange”
[7]. J’en ris encore. Je mourois d’envie d’en retenir, mais on en a tant dit qu’ils se sont confondus » (III, 311). Les alexandrins d’
Horace semblent d’ailleurs favoriser les trébuchements, lorsque le célèbre imparfait du subjonctif en III, 6 se décline : « À ça, voions si je me souviendrai de quelqu’uns des propos d’hier. D’abort celui qui m’a le plus frapée et dont j’ai ris aux larmes. C’est un acteur debutant ici dans le role du viel Horace, qui repont a : “Que vouliez-vous qu’il fit contre trois” ? : “Qu’il mourit. Qu’il mourat. Qu’il mourut”. Mes a cela le ton d’un homme qui s’apercoit qu’il se trompe, qui se reprend avec ardeur, qui court apres ses parolles pour les ravaler, et peut-etre tu rira autant que moi. Colet le joue delicieusement » (19 décembre 1750).
Lectrice vorace, mais femme débordée, l’épistolière n’a pas le temps de tenir le catalogue de ses lectures et relectures
[8]. Elle signale cependant expressément trois lectures de Corneille. Il s’agit de
Rodogune qu’elle achève en mai 1735 et qu’elle trouve ridicule, aussi raille-t-elle les goûts de son ami : « Ah ! que j’eus du plaisir à me moquer du vieux Panpan, passionné pour Corneille. Je n’avais jamais vu cette pièce qu’avec l’illusion du théâtre. Ah ! la plaisante chose, et que j’étais fâchée de ne point rire avec toi » (I, 9). Des années plus tard, le 25 décembre 1746, un ami lit à haute voix
Héraclius, qui vient d’être repris à la Comédie-Française : « Ton Portrait [Ponchon] nous a lu un acte d’
Heraclius, et puis est arrivé Mr Du Chatelet et un marquis espagnol qu’il nous a amené qui paroit fort aimable ». L’année suivante, l’épistolière mélancolique relit les
œuvres de jeunesse du dramaturge : « Voila toute ma triste histoire. Imagine l’etat de ma tete par mes lectures : quand je me force a jeter les yeux sur un livre je n’ai pu me lever plus haut que les comedies de Corneille. Aujourd’huy j’ai pris un livre de brunettes pour en lire les parolles » (3 mai 1747). Cette révélation se fait sur le mode de l’aveu et de l’excuse ; telles les plus niaises chansons sentimentales, les comédies de Corneille ne seraient pas de la littérature. Enfin, à Mme Copineau, amie et gouvernante d’une des filles de la famille impériale viennoise, elle donne, pour sa pupille mauvaise lectrice
[9], le conseil suivant le 12 décembre 1757 : « Il faut lui developper les grands principes pour lui élever l’ame. Je vous conseille, ma chere amie, de lui faire lire souvent des tragedies, surtout celles de Corneille. Il fait parler les princesses comme elles devroient toutes penser
[10], et si la vôtre prend du goût pour ces lectures, elle en profittera, et deviendra une heroine avec l’esprit et le bon c
œur que vous assurés qu’elle a. Faites en sorte qu’elle prenne du goût pour l’ouvrage et la lecture ; c’est une grande resource contre l’ennui, car les princesses n’en sont pas plus exemtes que d’autres. »
Voici pour les témoignages directs de lecture, maigres ; en revanche, les références et allusions, nombreuses, montrent une réelle familiarité avec l’œuvre. L’usage de surnoms pour qualifier leurs amis ou leurs connaissances est fréquent dans la correspondance de Mme de Graffigny et Devaux, à la fois par prudence vis-à-vis de la censure, et pour nourrir et manifester leur complicité. Lorsque Mme de Graffigny affirme : « C’est une idée du Grand [Marquis de Tavannes] il y a lontems de faire agir Atis [Voltaire] aupres de Prusias pour son affaire ici. Chimere, mes freres » (V, 106), Prusias, père et roi lâche du Nicomède de Corneille désigne sans doute Frédéric II de Prusse. Ailleurs, elle déclare le 8 janvier 1751 : « Tiens, voila encore une de tes letres expediée, car tous tes refrains sont des noirceurs qui font rire. Ils ont l’air d’etre arrangés pour la posterité, car enfin je ne sais rien de moins vraisemblable a moins que ce ne soit ta pretendue indiference pour les tracas de Dom Sanche. Je veux que l’on soit homme. Je ne connois point ta nature, elle est trop rafinée pour moi. Serviteur ». Stanislas, roi de Pologne sans trône et roi de Lorraine, se voit doté d’un fort pertinent surnom, puisque le héros de Don Sanche d’Aragon (1640) est également un roi sans trône. C’est bien rendre hommage aux vertus politiques de l’œuvre cornélienne que de reprendre ainsi les noms de ses héros !
Au fil de la plume, des alexandrins, intacts ou altérés, surgissent. Le célèbre vers de Rodrigue au roi en IV, 3 sert de concetto à l’échec de la pièce de Marmontel, après sept représentations, le 11 juin 1752 : « On a fini hier les
Heraclides enfin, et l’on peut dire que le combat finit, faute de combatans ». Ailleurs, faute d’inspiration, elle achève ainsi ironiquement sa lettre : « Bonsoir, le combat finit faute de combatants » (I, 171). Elle reprend un vers de Chimène en IV, 5 : « Mais bonsoir donc, car il faut dormir enfin si ma tete le permet, car elle est bien ocupée. On pame de plaisir ainci que de tristesse » (II, 81). La désolation de Don Diegue devient plaisamment sienne quand Devaux la loue indûment : « Ah, quel blaspheme ! N’a-t-elle donc vequee que pour cette infamie ? Non, surement je n’ai pas tant d’esprit que Md. de Sevigné, mais je crois aussi bien aimer qu’elle et peut-etre mieux » (V, 393). Mme de Graffigny n’apprécie guère
Rodogune, dont elle trouve les premières scènes particulièrement embrouillées et ridicules. Mais Corneille lui-même, dans l’
Examen de 1660, reconnut les failles de cette exposition : « On a fit tant d’objections contre la narration de Laonice au premier acte qu’il est malaisé de ne donner pas les mains à quelques-unes ». Bien plus, il reprit sa critique de
Rodogune dans l’Examen d’
Héraclius : « [Cette] pièce est particulièrement peu claire, et [que] l’exposition est trop longue [...] ». Timagène en I, 4, prie sa s
œur Laonice, confidente de Cléopâtre, de poursuivre la chronique qu’elle avait entamée en I, 1 et que la survenue des deux princes jumeaux, Antiochus en I, 2, puis Seleucus en I, 3 avait interrompue : « Mais, de grâce, achevez l’histoire commencée ». L’épistolière utilise fréquemment ce vers leitmotiv de façon cocasse tel un « revenons à nos moutons ». Ainsi, elle dira « Il y a bien du changement dans mon ame depuis hier, mon pauvre ami. Mais, ma s
œur, reprenons l’histoire commencée... » (II, 148), ou encore « Ma s
œur, reprenons l’histoire commencée, apres t’avoir dit qu’hier Doudou [Pierre Valleré, son locataire, amant, puis ami] acheva ma lettre et ma soirée » (V, 204 ; voir aussi III, 454 ; IV, 131, 456 ; V, 45). Parfois, adaptant la citation au sexe de son destinataire, elle fera de Devaux son frère : « Mon frere, reprenons l’histoire commencée » (I, 169), ou encore « Mon frere, reprenons l’histoire comencée » (IV, 15). Se glisse une référence à
Cinna (I, 3) : « Vous le voulez bien aussi, parce que, malgré l’opinaitreté, vous la [L’affaire] voiez telle qu’elle est, mais vous y voulez du detour : cela revient au meme. On pouroit vous dire du bareau ce que certain quidam de Corneille disoit de Rome : “Vous n’avez pas perdu tout votre tems” » (I, 305). En réponse à Devaux qui lui narre une partie d’échecs qui s’est mal terminée, elle paraphrase comiquement la célèbre diatribe de Camille contre Rome et les Romains dans
Horace (IV, 4) : « Je pense pour les echets comme Camille pour les Romains » (II, 382). Plus loin, c’est en se référant aux modèles que constituent Voltaire et Corneille, que Mme de Graffigny critique l’innovation théâtrale déplacée d’
Édouard Trois de Gresset où le comte d’Arondel tue Volfax, le capitaine des gardes, sur scène, en IV, 8 : « Que dis-tu de ces faquins de comediens qui chicannent pour des choses authorisée par des exemples et qui recoivent une nouvauté si fort contre nos m
œurs, car ce n’est ny comme Camile ny comme Zaïre
[11], c’est au beau milieu de la scene » (II, 323). Elle cite un alexandrin de Nicomède à Attale en III, 6 : « Je viens encore de recevoir une letre d’excuse du Gros-Jean [Madame de Champbonin] » : je pourois lui repondre : « Vous avez de l’esprit si vous n’avez du c
œur » (II, 73). Elle n’hésite pas à se comparer avec humour au couard Prusias (II, 3) le 7 août 1758 : « Parlons un peu a present du livre d’Helvétius
[De l’esprit]. Il fait un bruit terrible ycy. Pour peu que tu en aye lu, tu pense bien que la pretraille est bien dechainnée contre. J’atends avec impatiance des nouvelles d’un courier que Monsr de Malzebes lui a envoyé. Je crains qu’il ne soit question de quelques retractation. Enfin je ne scais ce que c’est. Tu scais que je suis comme Prusias : je n’aime pas que moi ou les miens nous ayons affaire avec la republique ». On pourrait multiplier les exemples à l’infini : Mme de Graffigny fréquente, lit et relit, la trentaine de pièces de Corneille, et non les seules populaires
Cinna, Le Cid, Horace, Polyeucte et
Rodogune, mais aussi bien
Don Sanche, Héraclius, Nicomède, Othon, Tite et Bérénice, ou
Le Menteur et d’autres comédies. Ses lettres révèlent une réelle innutrition cornélienne, et non une connaissance superficielle, via des anthologies, ou des recueils de vers.
Une erreur même me semble témoigner de l’extrême familiarité de Mme de Graffigny avec le corpus cornélien : ainsi lorsque, persiflant une fois de plus le discours d’exposition long et creux de Laonice, elle déclare : « Je ne saurois bonnement dire, mon ami, pourquoi je ne t’ai pas ecrit ces jours passés. Je crois que c’est par paresse, et le pretexte etoit de n’avoir rien d’interessant a te dire. Tu vas le voir, car je suis comme Laodice » (I, 512). Métamorphoser la Laonice de Rodogune en Laodice est un lapsus parfaitement cornélien, puisque Laodice est la reine héroïne de Nicomède.
En conclusion, cette étude, quoique partielle, dévoile un pan de la grande culture théâtrale de Françoise de Graffigny et sa vivacité intellectuelle, et réfute les trop nombreuses critiques simplistes ou malintentionnées qui la peignent en bavarde inculte. Enfin même si, lorsque l’épistolière évoque Voltaire, Cahusac, Marmontel ou tel jeune inconnu prometteur (Portelance), c’est Corneille qu’elle cite spontanément comme archétype du grand dramaturge, même si Corneille est « le seul genie que [elle] connaisse proprement dit » (VII, 236), elle lui préfère sans conteste Racine. Au Rouennais, elle reproche sa mauvaise versification, sa platitude, ses inutiles sophistications mais surtout, comme le Huron de Voltaire
[12], son absence de vertu lacrymogène, tare sans doute impardonnable pour celle qui enfanta les sentimentales
Lettres d’une Péruvienne et ce paradigme de comédie larmoyante qu’est
Cénie.
[1]
Voir bibliographie. Je cite le volume en chiffres romains, et la page en chiffres arabes, et respecte la graphie de Mme de Graffigny. « L’équipe Graffigny » a eu l’infinie gentillesse de me permettre d’accéder aux lettres non encore publiées, mais à paraître. Dans ce cas, je donne seulement la date de la lettre.
[2]
« Un nouveau regard sur le théâtre du XVIII
e siècle : Mme de Graffigny lectrice, spectatrice, critique et auteur de théâtre », thèse sous la direction de Françoise Rubellin, Université de Nantes, soutenance prévue en 2005.
[3]
Pourtant le 14 avril 1757, elle annonce : « On rentre par
Atalie lundi avec un debutant pour les rois et toute la semene ce sera des
Brutus, des
Horace, où je ne vais jamais ». Qu’elle parle ainsi d’une pièce vue au moins deux fois laisse rêveur sur le nombre de fois où elle a vu les autres ! Par ailleurs, on note qu’elle rapproche d’évidence Corneille et Voltaire.
[4]
Elle écrit le 18 novembre 1742 : « La Nouë a joué Seide outrément, avec des ton de fausset qui faisoient faire a tout moment ce murmure au partere si deplaisant pour les acteurs. Je l’ai vu jouer
Polieucte extremement bien, Orosmane extremement mal, mais si mal qu’il fut a contresens depuis le comencement jusqu’a la fin » (III, 451). Pourtant dans les années précédentes, nul passage de sa correspondance ne témoigne qu’elle ait vu
Polyeucte. Les registres [incomplets pour la saison 1739-1740] indiquent que la pièce fut jouée au début décembre 1739, et les 11, 13, 16 et 23 juin 1742.
[5]
À titre de comparaison, dans le même laps de temps, Mme de Graffigny ne signale avoir vu que trois pièces de Marivaux ;
Le Jeu de l’Amour et du Hasard et
La Double Inconstance aux Italiens, et
La seconde Surprise de l’Amour aux Français, alors qu’il s’agissait d’un contemporain qu’elle appréciait beaucoup : voir Charlotte Simonin, « De l’autre côté du miroir ; Marivaux à travers la correspondance de Mme de Graffigny » (
Revue Marivaux, à paraître).
[6]
Mme de Graffigny exagère légèrement :
Le Menteur, certes peu joué, a paru sur scène en juillet-août 1749 et le 19 novembre 1750.
[7]
L’actrice jouant le rôle de Sabine aurait dû dire : « Qu’un de vous deux me tue, et que l’autre me venge » (
Horace, II, 6). L’anecdote est connue, figurant, par exemple dans le
Grand Dictionnaire universel de Pierre Larousse, article « acteurs ».
[8]
Voir Charlotte Simonin, « Mon chouris et mes lunettes ou la pratique de la lecture à travers la correspondance de Mme de Graffigny », dans
Lectrices de l’Ancien Régime, sous la direction d’Isabelle Brouard-Arends, PU de Rennes, 2003, p. 153-165.
[9]
Descartes, dans la préface de ses
Principes de la Philosophie, dédiés à la princesse Élisabeth, déplore aussi l’inculture habituelle des princesses : « [...] ni les divertissements de la Cour, ni la façon dont les princesses ont coutume d’être nourries, qui les détournent entièrement de la connaissance des lettres, n’ont pu empêcher que que vous n’ayez très diligemment étudié tout ce qu’il y a de meilleur dans les sciences [...] » (
Œuvres et Lettres, Paris, La Pléiade, p. 555).
[10]
Se retrouve ici la célèbre distinction de La Bruyère dans
Des ouvrages de l’esprit : « Corneille nous assujettit à ses caractères et à ses idées, Racine se conforme aux nôtres ; celui-là peint les hommes comme ils devraient être, celui-ci les peint tels qu’ils sont » (Pensée 54).
[11]
En effet, Zaïre, en V, 9, comme Camille en IV, 5 meurt en hors scène dans les coulisses.
[12]
– « [...] quand il lut
L’Iphigénie moderne,
Phèdre, Andromaque, Athalie, il fut en extase, il soupira, il versa des larmes, [...]. Il lut ensuite
Cinna ; il ne pleura point, mais il admira » (
L’Ingénu, chap. 12).