Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.2130548083
224 pages

p. 677 à 684
doi: 10.3917/dss.044.0677

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n° 225 2004/4

 
ADRIEN BAILLET ET LES JUGEMENS DES SAVANS
 
 
Pour ceux qui s’intéressent aux problèmes de la réception, les Jugemens des Savans sur les principaux ouvrages des auteurs d’Adrien Baillet sont une mine d’or. Ce curieux érudit, bibliothécaire de l’avocat général Lamoignon, publia en 1685-1686 les neuf premiers volumes de sa bibliographie critique. Travaillant à partir de l’énorme collection de Lamoignon, il envisagea de répertorier les auteurs et les œuvres appartenant à tous les domaines du savoir depuis l’Antiquité. Le Plan en six parties dressé par Baillet en 1694 illustre toute l’étendue de ses ambitions [1], mais découragé par les attaques, surtout celle de Ménage dans son Anti-Baillet (1688), Baillet ne termina pas cette vaste entreprise avant son décès en 1706. La tâche fut reprise par Bernard de La Monnoye, dans une édition de 1722, augmentée de tout ce que Baillet a préparé entre 1686 et 1706, de quelques textes annexes [2] et des « notes d’éclaircissement » et « Observations » de La Monnoye. Grâce à ses commentaires sur Corneille, cette édition peut servir d’état présent de la critique cornélienne au début du XVIIIe siècle [3].
Avant d’aborder les remarques de Baillet sur Corneille, il faut caractériser de façon plus précise le projet du bibliothécaire en notant que son premier tome porte sur les « Jugemens & Préjugés sur les livres en général ». Dans un article de 1988, Françoise Waquet étudie les chapitres où Baillet parle du devoir du critique d’orienter le lecteur, souvent pressé, paresseux, ignorant et bouleversé par la quantité de nouveaux livres qui paraissent tous les ans [4]. Baillet avertit le lecteur contre des dangers de toutes sortes : il peut (par exemple) se laisser influencer par la réputation de l’auteur (JS, I, p. 56-58), par son âge (p. 126-132), ou par le nombre de ses publications (p. 133-144). Le format d’un beau folio ou d’un petit livre risque d’impressionner le bibliophile, et les titres peuvent s’avérer particulièrement trompeurs (p. 163-183). Il faut aussi faire attention à la manipulation du marché par les libraires (p. 183-186). On trouve dans De la connoissance des bons livres de Sorel (1671) le même genre de préoccupation, mais Baillet va beaucoup plus loin en proposant, dans les huit tomes qui s’ensuivent, des suggestions de lecture pour des centaines d’ouvrages.
Waquet montre l’aspect paradoxal de cette démarche : tout en conseillant au lecteur de ne pas se laisser éblouir par les fausses apparences, le critique risque d’introduire d’autres préjugés en présentant ses jugements [5]. C’est un piège dont Baillet lui-même tient compte :
Et quoique je donne le nom de Savans aux Critiques qui les ont portés, je les considère néanmoins pour la plûpart comme des hommes plus ou moins environnés de tenebres, de foiblesses, & de passions, dont les jugemens sont par conséquent sujets à l’erreur, & dont les sentences sur diverses productions de l’esprit de leurs semblables peuvent rarement passer pour des Arrêts irrévocables (JS, I, p. 191).
L’orientation janséniste de ce prêtre pieux est également exposée dans L’Abregé de la Vie de Mr Baillet que La Monnoye place en tête du premier tome (p. XXIII-XLIII), un jansénisme suggéré aussi par la place occupée par Baillet chez Lamoignon. Les Jugemens sur le théâtre de Pierre Corneille subissent très clairement l’effet de cette optique. Malgré sa prétention à l’objectivité, Baillet favorise les critiques qui voient les choses du même œil que lui.
 
LES JUGEMENS SUR CORNEILLE
 
 
Les premières remarques de Baillet sont une célébration des modernes ; Corneille a contribué « fermer la bouche à ces Idolâtres de l’Antiquité, qui publient injurieusement pour les tems postérieurs que la Nature s’est épuisée dans ces grands Hommes qu’elle a comblés de tous ses dons [...] » (JS, IV, p. 316). S’ensuit le résumé des Louanges dues à Mr. Corneille, faites notamment par Racine dans son Discours à l’Académie (1685), par d’Aubignac dans La Pratique du théâtre, par Saint-Évremond, par un nommé Rosteau, par Guéret, par Furetière, par Pradon [6] et par Boileau :
Ainsi personne ne trouvera étrange que Mr. Despréaux ait toujours parlé de lui avec tant de distinction, qu’il l’ait considéré comme le plus accompli de nos Poëtes, qu’il l’ait opposé à tous ceux qui ont avili la Profession, & qu’il l’ait proposé comme le véritable modèle de ceux qui veulent y réussir. [7]
En 1686, insister que Racine, d’Aubignac et Boileau ne ménagent pas leurs éloges sur Corneille peut surprendre ; le contexte où se situent les compliments est pour le moins ambigu [8]. L’optique de Baillet se rajuste tout de suite après ces louanges du Grand Corneille dans un article deux fois plus long, De ce qui n’a point été généralement approuvé dans les Ouvrages de Mr. Corneille. Baillet souligne les « deux sortes de libertés qu’il a prises de pleine autorité, les premiéres regardant sa Morale, & les derniéres concernant les régles de l’Art ausquelles il n’a point cru devoir s’assujetir... » (JS, IV, p. 319). Baillet garde ses commentaires sur la manière dont Corneille se sert des règles pour le jugement des pièces individuelles. Dans ce chapitre il se lance dans une discussion de la moralité au théâtre en reprenant l’attaque de Pierre Nicole : les pièces de Corneille « sont contraires à l’Évangile » et « capables de corrompre l’esprit & le cœur par les sentimens païens & profanes qu’elles inspirent » (p. 319-320). Baillet puise aussi du côté des jésuites en citant le P. Rapin, membre de l’Académie Lamoignon dont les écrits sont très familiers au bibliothécaire [9]. Selon Rapin, « c’est dégrader la Tragédie de cet air de majesté qui lui est propre, que d’y mêler l’amour » (p. 321). Baillet reproche à Corneille la tendresse amoureuse qui surgit dans certaines de ses tragédies, bien que celui-ci ait droit à moins de reproches que les autres dramaturges de son époque grâce à sa « plus de retenuë ». Ses pièces sont néanmoins « de vives représentations des passions d’Orgueil, d’Ambition, de Jalousie, de Vengeance ; et principalement de cette Vertu Romaine, qui n’est autre chose, qu’un furieux Amour de soi-même » (p. 321 ; italiques de Baillet). Nous reconnaissons le discours de Nicole, que Baillet semble appuyer à cent pour cent [10]. Il n’hésite pas à employer toutes les armes des critiques contre le théâtre, y compris d’autres louanges tièdes du Grand Corneille, qui avait le talent de mettre en scène
des sentimens qu’on ne sauroit excuser de brutalité, de barbarie & de crime : néanmoins on n’y trouve rien à redire, & on y prend plaisir, parce qu’on croit qu’il est permis aux Poëtes de proposer les plus damnables maximes, pourvû qu’elles soient conformes au caractére de leurs personnages [11]. Ce qui rend encore plus dangereuse l’image des passions que l’on nous propose dans les Piéces de Théâtre, c’est que pour les rendre agréables, on est obligé non seulement de les exprimer d’une manière fort vive, mais aussi de les dépouiller de ce qu’elles ont de plus horrible, & de les farder tellement par l’adresse de l’esprit, qu’au lieu d’attirer la haine & l’aversion des Spectateurs, elles attirent au contraire leur affection : de sorte qu’une passion qui ne pourroit causer que de l’horreur, si elle étoit représentée telle qu’elle est, devient aimable par la manière ingénieuse dont elle est exprimée (JS, IV, p. 323).
Corneille n’est pas le dramaturge le plus coupable selon Baillet, car les défauts de la poésie dramatique en général sont « encore beaucoup plus sensibles & plus nombreux » chez les autres auteurs, mais dans un sens Corneille est plus criminel qu’eux précisément parce qu’il s’est attiré un large public pour des pièces moralement défectueuses.
Baillet termine ses remarques d’introduction avec une autre longue citation des Réflexions sur la poétique du P. Rapin, qui reproche à Corneille comme aux autres auteurs dramatiques de son époque de ne pas être à la hauteur des Grecs, qui provoquaient dans l’âme des spectateurs « ces suspensions, ces ravissements, ces surprises, ces admirations », sentiments forts absents d’une scène moderne qui « n’a presque plus rien de ces objets étonnants & terribles qui donnoient de la frayeur aux Spectateurs en leur donnant du plaisir, & qui faisoient ces grandes impressions sur l’ame par le ministére des plus fortes passions » (JS, IV, p. 324). Dans la juxtaposition des deux passages inspirés de Nicole et de Rapin, il y a une tension marquée entre le refus du théâtre tel qu’il existe en France à la fin du XVIIe siècle, et l’ouverture vers un théâtre idéal (le théâtre antique), où l’horreur toute nue a une valeur didactique souvent absente de la scène française.
Considérons à titre d’exemple le Jugement de la Tragédie, ou Tragi-comédie du Cid. Baillet passe en revue les détails de la querelle, y compris les critiques de l’Académie française, sans oublier
la cause et la source de cette approbation si extraordinaire, dont le Peuple l’avoit prévenu. Il semble même qu’elle auroit dû commencer à ruiner les fondemens de cette approbation avant que d’établir sa censure. Quoi qu’il en soit, elle dit « Que les passions violentes bien exprimées, font souvent dans ceux qui les voyent une partie de l’effet, qu’elles font en ceux qui les ressentent véritablement ; qu’elles ôtent à tous la liberté de l’esprit, & font que les uns se plaisent à voir représenter les fautes que les autres se plaisent à commettre » (JS, IV, p. 328-329).
Le jugement du spectateur naïf entraîné vers l’admiration plutôt que vers l’horreur du vice, le plaisir dans la représentation du crime, surtout le crime d’ordre passionnel commis par Chimène et Rodrigue – voilà ce qui caractérise la tragédie cornélienne. Est-il surprenant que Baillet préfère les tragédies de Racine, qui
fait paroître dans tous ses Ouvrages un jugement merveilleux, une connoissance exquise de la foiblesse humaine & de l’état de notre nature, beaucoup de force jointe à une grande beauté de génie, une vivacité très bien réglée. Ses pensées sont ordinairement grandes, nobles, fortes & douces ; & ses expressions égalent la noblesse et la force de ses pensées (JS, IV, p. 376).
Corneille est un grand dramaturge, mais sa célébration des passions fait de lui un auteur qu’il ne faut pas lire sans se laisser guider par un critique sensible aux implications morales de son théâtre [12].
 
LES ÉDITIONS D’OXFORD
 
 
Si le lecteur du XVIIIe siècle se laisse guider par les Jugemens des Savans, sa curiosité à propos des huit ou neuf « meilleures » pièces de ce grand dramaturge sera éveillée, sans toutefois qu’il s’attende au genre d’édification morale que l’on trouve chez les auteurs gréco-romains ou chez Racine. Si ce lecteur partage avec Baillet une certaine vision du caractère néfaste des passions, il pourra apprécier l’analyse judicieuse préparée par l’auteur pour chaque pièce. Si en plus il a sous les yeux une belle édition quarto des pièces de Corneilles les plus célèbres, accompagnées des Jugemens des Savans, comment résister à une invitation à la lecture d’un classique du siècle précédent ? Si le livre en question est publié non pas en France mais en Angleterre, l’orientation janséniste des Jugemens pourra situer les pièces dans un cadre d’autant plus attirant pour un public protestant, que ce soit des protestants anglais ou des huguenots en exil [13].
En effet, les seules éditions du théâtre de Corneille publiées à ma connaissance avec les Jugemens des Savans sont trois éditions dites d’Oxford qui paraissent (probablement) entre 1740 et 1760 [14]. L’édition de 1746 ne contient que six pièces là où celle sans date en deux tomes rajoute Héraclius et Othon, l’entrevue de Sertorius et de Pompée, et deux pièces de Thomas Corneille (Ariane et Le Comte d’Essex). Celle de 1760 est en trois tomes ; le dernier contient les « Comédies de T. Corneille » – dont Le Menteur ! Les questions qui restent à considérer dans l’histoire de ces éditions nous intéressent pourtant moins pour notre propos que la présentation des textes.
Deux d’entre elles ont la même préface où l’éditeur anonyme observe que l’inclusion des Jugemens des Savans font des ces volumes « le Corneille des dames ». Grâce aux textes de Baillet :
Une femme qui a des prétentions dans le monde littéraire, & qui veut avoir les honneurs du bel esprit, est ordinarement jalouse de décider souverainement de la beauté d’une pièce & du mérite de l’Auteur : elle n’ambitionne que le droit & le plaisir de faire prévaloir son sentiment sur les ouvrages de goût, sans avoir eu la peine de le méditer & de le réfléchir. La lecture des deux Volumes que nous présentons au Public, garantira au moins quelques-unes de ses décisions. Combien en voïons-nous encore qui s’érigent un petit Tribunal à moins de frais ? Il leur suffit d’avoir lû les titres des Piéces dont on leur parle, & d’aller quelquefois aux Spectacles, pour dire hautement : vingt fois j’ai vû Polyeucte, Ariane, Le Comte d’Essex, & j’y ai pleuré vingt fois. [15]
Les Jugemens des savans comme instrument mondain, comme un genre de compte rendu se substituant à la réflexion se conforme-t-il aux buts de Baillet ? Le caractère paradoxal des Jugemens est en pleine opération dans les éditions d’Oxford. Baillet insiste pour que le lecteur exerce ses capacités de pensée critique tout en lui offrant une opinion mûrement réfléchie, une argumentation où le pour et le contre paraissent finement développés en une position en fin de compte facile à tenir pour le camp huguenot ou janséno-protestant, mais suffisamment mondain pour celles – et ceux – qui veulent étaler leurs connaissances des lettres françaises.
Viser dans ces éditions d’abord le sexe faible représente une stratégie commerciale intelligente. Ce sont les dames qui ont besoin de ce support intellectuel, mais en même temps
on s’est flatté que cette Édition des Chef-d’Œuvres Dramatiques de Mrs Corneille ne seroit pas reçûe moins favorablement des Connoisseurs les plus capables d’en juger. Les Éditeurs n’ont rien négligé pour la perfectionner. Le papier, les caracteres, l’exactitude de la correction, le choix des Piéces meritent qu’on lui donne quelque préférence sur dix-neuf Volumes que l’on n’achete qu’à regret, & dont on voudroit retrancher la plus grande partie. [16]
Quand on sait que Baillet a consacré plusieurs pages à déplorer le fait que les lecteurs se laissent éblouir par l’aspect matériel du livre, quelle ironie de voir la matérialité de l’objet vantée dans des volumes qui utilisent les Jugemens des Savans comme un outil de marketing ! La préface souligne aussi l’avantage commercial d’une sélection de pièces : le Corneille d’Oxford réalise la vision de Boileau selon laquelle seules huit ou neuf pièces méritent d’être retenues [17]. Elles subissent une lecture politiquement et moralement correctes pour un certain public par les entremises des Jugemens des Savans. C’est un Corneille parfait pour le marché anglais, qui connaît déjà d’excellentes traductions des mêmes pièces, notamment par la poétesse Katherine Philips dans les années 1660 [18]. Le Corneille d’Oxford fait aussi appel à l’inclination protestante à regarder des textes en langue originelle.
Il reste la possibilité d’une diffusion en France, soulignée de façon délicieuse pour les bibliophiles dans l’exemplaire de l’Arsenal de l’édition de 1746, dans un commentaire écrit à la main :
Ce n’est icy que la contrefaction d’une magnifique Édition publiée sous le même titre que celuy cy et qu’un nommé Dupré françois refugié à Londres fit imprimer à Oxford. Quoiqu’on ait cherché à l’imiter à Paris par celle cy, celle d’Oxford est beaucoup plus belle.
La « contrefaction » est sans doute l’édition sans date, donc on doit admettre la possibilité de trouver au XVIIIe siècle des deux côtes de la Manche ce Corneille des chefs-d’œuvre, dont l’image est manipulée par le déploiement des Jugemens des Savans.
Ces éditions contribuent au processus de classicisation : le Corneille viril émerge des Jugemens des Savans, mais dénué de controverse, apprivoisé par la mise en garde du critique. Même sans célébrer virilité et héroïsme, les observations de Baillet finissent, paradoxalement, par véhiculer ces notions pour un public friand d’une certaine idée de l’œuvre de Pierre Corneille, et de la France.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Baillet Adrien, Jugemens des Savans sur les Principaux Ouvrages des Auteurs par Adrien Baillet. Revûs, corrigés, & augmentés par M. De la Monnoye de l’Académie Françoise, à Paris, Chez Charles Moette, Charles Le Clerc, Pierre Morisset, Pierre Prault, Jacques Chardon, 1722.
·  —Jugemens des Savans, Amsterdam, Aux Depens de la Compagnie, 1725. Éd. Yvon Belaval. Hildesheim, Georg Olms Verlag, 1971.
·  Les Chef-D’œuvres de P. Corneille. Savoir, Le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, Pompee, Rodogune. Avec Le Jugement des Savans a la suite de chaque piece. Nouvelle Édition par J.-G. Dupré, éditeur scientifque, à Oxford, chez Jacques Fletcher, 1746.
·  Les Chef-D’œuvres Dramatiques de Messieurs Corneille, avec Le Jugement des Sçavans à la suite de chaque piéce, 3 t., Oxford, 1760.
·  Les Chef-D’œuvres Dramatiques de Mrs. Corneille avec Le Jugement des Sçavans à la fin de chaque piéce, 2 t., Oxford, s.d.
·  Corneille Pierre, Discours de la tragédie dans Œuvres complètes, éd. G. Couton. Paris, Gallimard, 1987, III, p. 142-173.
·  Philips Katherine, The Collected Works of Katherine Philips, the Matchless Orinda, Stump Cross Books, 1990-1993.
·  Tobin Ronald W., « Racine, Sénèque et l’Académie Lamoignon », dans Critique et création littéraire au XVIIe siècle, éd. M. Fumaroli et J. Mesnard, Paris, CNRS, 1977, p. 251-259.
·  Wang Léonard J., « La Querelle des Jugemens des Sçavans d’Adrien Baillet (1685-1691) », XVIIe siècle, 84-85 (1969), p. 97-147.
·  Waquet Françoise, « Pour une éthique de la réception : Les “Jugemens des livres en général” d’Adrien Baillet (1685) », XVIIe siècle, no 159, 40-2 (avril/juin 1988), p. 157-174.
 
NOTES
 
[1] Dans son introduction à la réimpression des Jugemens des Savans, Yvon Belaval caractérise ces six parties : « ... après avoir inventorié les instruments de la critique (I), on entre dans le domaine de la Fiction (II), puis, avec les historiens, dans celui de la Mémoire (III) ; ensuite on aborde le réel, tel que l’entendement des philosophes et des naturalistes le découvre en nous dévoilant les essences de la nature (IV) ; au degré suivant, le réel devient le devoir-être auquel s’élève la raison dans l’étude du Droit ecclésiastique, politique, moral (V) ; enfin, avec les Théologiens (VI) – et l’auteur a songé à un Dictionnaire universel de Théologie – on se tourne vers l’Ens realisimum » (p. VII*-VIII*).
[2] Dont, par exemple, L’Anti-Baillet de Ménage, les Reflexions sur la Vie de Descartes et Les Enfants devenus célèbres par leurs études et par leurs écrits de Baillet, les Jugemens des Savans sur les Maitres de l’Eloquence de Gibert et L’Abrégé de la vie de Mr Baillet de La Monnoye.
[3] Jugemens des Savans sur les Principaux Ouvrages des Auteurs par Adrien Baillet, 1722. L’édition augmentée d’Amsterdam, retenue pour la réimpression de 1971, sera citée ici. Indication JS dans les citations ci-dessous.
[4] Voir aussi JS I, p. 40-43 et passim ; I, p. 91.
[5] Waquet, p. 169-171.
[6] Baillet cite la Dissertation sur la Tragédie du Grand Alexandre de Saint-Évremond (éd. d’Amsterdam, t. II, p. 449 et passim), les Mémoires ou Sentimens sur quelques Auteurs qu’il a lûs de Rosteau (p. 68), La Parnasse reformée de Guéret (p. 83 et passim), Les Nouvelles Allegoriques des troubles du Royaume d’Eloquence de Furetière (p. 66-67), et les Nouvelles Remarques de Pradon sur les Œuvres de D*** (p. 73).
[7] Les sources de Baillet sont : Discours au Roi, Satire IX, Épître VII à Racine (JS, IV, p. 318, n. 8).
[8] En 1722, La Monnoye se croit obligé d’ajouter des notes dans le cas de Boileau, d’abord pour rappeler le « Après l’Agésilas / Hélas ! / Mais après l’Attila, / Hola ! » de 1667. La Monnoye mentionne également la fin de L’Art poétique (1674) et les Réflexions sur Longin (1694), et il insiste sur le bien-fondé de l’analyse de Boileau selon laquelle « [...] en 1674, Corneille avoit besoin de reprendre de nouvelles forces ». La Monnoye termine en soulignant l’avis de Boileau qui réduit « tout le mérite Poëtique [de Corneille] à huit ou neuf Piéces de théâtre, dans lesquelles encore il insinuë qu’il ne seroit pas difficile de trouver matiére à Critique » (JS, IV, p. 319, n. 8).
[9] Voir Ronald W. Tobin, « Racine, Sénèque et l’Académie Lamoignon ».
[10] Bien sûr que la vie des saints est le sujet le plus nuisible qu’on puisse représenter sur la scène ; Baillet note avec sarcasme que Corneille avait refusé de respecter la défense des conciles à cet égard, car il « avoit lû dans les Livres du P. le Moine, Que la Sorbonne n’a point de jurisdiction sur le Parnasse, & que les erreurs de ce Pays-là ne sont sujettes ni aux Censures ni à l’Inquisition » (p. 322, italiques de Baillet) ; si on ne se souvient pas que cette citation vient de la neuvième des Lettres provinciales, Baillet nous le rappelle dans une note.
[11] Voici sans doute une référence à la doctrine de la vraisemblance extraordinaire, élaborée par Corneille dans le Discours de la tragédie, p. 168-170.
[12] Baillet continue son commentaire dans un Parallèle de Mr Corneille & de Mr Racine, JS, IV, p. 377-384.
[13] Leonard J. Wang note que Baillet était très apprécié de Bayle. Voir son article « La Querelle des Jugemens des Sçavans d’Adrien Baillet (1685-1691) ».
[14] Des anomalies rattachées à ces éditions, dont la première en date est de 1746. Il s’agit des Chef-D’Œuvres de P. Corneille, Savoir, Le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, Pompee, Rodogune. Avec Le Jugement des Savans a la suite de chaque piece. Cette « nouvelle édition » fut publiée à par l’éditeur Jacques Fletcher, avec une dédicace par J.-G. Dupré, « éditeur scientifique ». Ce volume se trouve à la British Library, à l’Arsenal et à la Réserve à la BNF, mais seul l’Arsenal possède les deux autres éditions d’Oxford, dont l’une est sans date tandis que l’autre est de 1760. (1760 est la date des tomes I et III ; le tome II date de 1758 : ARS 8e B.L. 12.700 1-3). Des recherches dans le cercle de Pierre Coste, l’éditeur hugenot le plus important à Londres au XVIIIe siècle, ne révèlent rien de J.-G. Dupré.
[15] La même citation paraît dans les éditons sans date et de 1760.
[16] Ibid., à une exception près : l’édition sans date indique « onze volumes » plutôt que dix-neuf.
[17] Voir la note 8 ci-dessus.
[18] Philips a publié sa traduction de Pompée en 1663, et d’Horace en 1667. Voir The Collected Works of Katherine Philips, the Matchless Orinda.
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[4]
Voir aussi JS I, p. 40-43 et passim ; I, p. 91. Suite de la note...
[5]
Waquet, p. 169-171. Suite de la note...
[6]
Baillet cite la Dissertation sur la Tragédie du Grand Alex...
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Les sources de Baillet sont : Discours au Roi, Satire IX, ...
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[8]
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