Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130555209
192 pages

p. 3 à 5
doi: 10.3917/dss.061.0003

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n° 230 2006/1

2006 XVIIe siècle

Avant-propos

Anne le Pas de Sécheval Université de Paris X - Nanterre.
Le présent recueil rassemble les communications présentées lors d’une journée d’étude organisée le 23 septembre 2003 à l’Université de Paris X - Nanterre, dans le cadre du CRéART (Centre de recherches sur l’art), sur le thème L’Église et la peinture dans la France du XVIIe siècle : les écrits d’ecclésiastiques, entre théologie et théorie de l’art.
Une constatation d’ordre historiographique fut à l’origine du projet : l’un des champs les plus prometteurs ouverts par l’histoire de l’art récente est l’étude des relations entre les artistes et leurs publics, entre la création et la réception des œuvres d’art. Le projet s’orienta ensuite autour d’une question méthodologique. Dans quelle mesure l’historien de la peinture française du XVIIe siècle peut-il isoler certaines catégories de spectateurs partageant des attentes spécifiques ? En tant que « public » potentiel, le milieu ecclésiastique, certes très contrasté du point de vue social, culturel et spirituel, paraissait offrir une cohérence suffisante pour se prêter à l’analyse. L’étude pouvait porter sur la commande, à travers des études de cas relevant des méthodes de l’histoire documentaire, mais une approche synthétique ne semblait pas envisageable au vu de l’état actuel de la recherche. L’alternative était de se tourner vers les écrits sur la peinture émanant de clercs français du XVIIe siècle, écrits qui n’avaient jamais fait l’objet d’une analyse globale.
Le scepticisme exprimé par certains interlocuteurs a fait apparaître la difficulté de la tâche, mais aussi, paradoxalement, sa valeur heuristique. Dans la masse foisonnante de la littérature d’art française du XVIIe siècle, les écrits d’ecclésiastiques sont peu nombreux, peu connus et, surtout, semblent a priori marqués du sceau de la médiocrité. Tout au plus en retient-on des formules frappantes, puisées surtout dans les ouvrages des jésuites Richeome, Binet et Ménestrier, qui continuent d’intéresser bien davantage les historiens de la littérature que les historiens de l’art. Ceux-ci pouvaient pourtant deviner dans ce corpus textuel un outil non négligeable pour comprendre les attentes d’un milieu spécifique. L’objectif de la journée était donc de tenter une reconstitution, par nature hypothétique et fragmentaire, de regards sur la peinture ancrés dans l’histoire, dans une entreprise se réclamant d’un prestigieux modèle, l’École du silence de Marc Fumaroli (Paris, 1994). Les embûches d’un tel projet étaient certes aisément repérables : il est hasardeux d’extrapoler les enseignements des textes à des comportements réels en matière de commande et de réception d’œuvres concrètes, et la prudence s’impose pour éviter de donner une cohérence artificielle et une signification abusive à des textes dont les modes de lecture varient puisqu’ils intéressent des domaines divers (théologie, spiritualité, histoire religieuse, culturelle, littéraire). Mon souhait était que, à travers la variété des approches disciplinaires, cette journée puisse démontrer l’extrême diversité des attentes d’un même milieu, y compris le monde clérical, sur la peinture.
Or la recherche récente, en particulier Marc Fumaroli à l’occasion de l’exposition Le Dieu caché (Rome, 2000), a précisément mis en lumière à la fois l’hétérogénéité des sensibilités des catholiques français face aux images sacrées et aux arts visuels en général, et la longue persistance d’une iconophobie latente dans les milieux lettrés. Il ne s’agissait pas de revenir une nouvelle fois sur l’éventail des positions regroupées, tout au long du siècle, sous la bannière de l’iconophilie, dont les pôles extrêmes sont représentés respectivement par les Carmélites et le groupe de Port-Royal, rejoint par l’abbé de Rancé... Il fallait plutôt tenter de cerner, au-delà des problèmes dogmatiques et spirituels posés par les images dans la vie de la foi, quels intérêts divers pouvait susciter la peinture, au sens large d’objet visuel et de pratique artistique, dans un milieu qui est l’un des plus importants « consommateurs » d’images peintes.
Il est impossible ici de rendre compte de la variété des analyses et des interrogations qui ont nourri les communications présentées lors de cette journée. La structure du présent recueil tente cependant d’en dégager la cohérence d’ensemble. La nature et les enjeux de ces écrits dans l’histoire de la littérature artistique française font d’abord l’objet d’une mise au point globale (Anne le Pas de Sécheval). Il était logique d’aborder ensuite quelques expressions de la réflexion catholique sur les images sacrées. Frédéric Cousinié analyse la complexité du discours mystique sur la place ou le refus des images dans la contemplation, et suggère que, si le discours mystique s’est appuyé sur des représentations concrètes, il a peut-être également contribué, de façon indirecte, à l’émergence de certaines formes artistiques. L’ambivalence du rapport de la mystique à l’image sacrée est également au cœur de la pensée de Fénelon, dont François Trémolières montre la grande subtilité. Loin de la complexité de ces écrits plus proches de la théologie que de la théorie de l’art, le traité manuscrit consacré à la peinture par le Carme Sébastien de Saint-Aignan, que Christian Guémy a eu la chance de retrouver, expose la culture traditionnelle d’un religieux lui-même praticien de l’architecture, dont les idées étaient sans doute largement représentatives d’un milieu clérical peu intéressé par l’élaboration théorique.
Les trois contributions suivantes abordent le problème capital de la réception de certains textes par les artistes eux-mêmes, et de leur incidence éventuelle sur la création picturale. Emmanuelle Hénin privilégie un éclairage latéral en étudiant l’interprétation laïcisée que les peintres de l’Académie royale de peinture et de sculpture proposèrent de la notion de décorum de l’image sacrée développée dans la théorie italienne post-tridentine (Gilio, Paleotti, Borghini). De son côté, Stéphanie Trouvé revient sur l’articulation délicate entre théorie post-tridentine des images, exigences de la commande et création picturale, en confrontant, dans le contexte toulousain, les écrits d’un prédicateur, le P. Molinier, d’un dévot fastueux, Vendages de Malapeire, et d’un peintre, Hilaire Pader. C’est encore la nature de la rencontre entre préoccupations artistiques et intérêts spécifiques de certains religieux qui est en cause dans la communication de Marianne Cojannot-Le Blanc, qui dégage les enjeux exacts de l’important ensemble de traités sur la perspective écrits par des ecclésiastiques.
Ce recueil ne peut malheureusement témoigner des discussions stimulantes qui ont suivi les interventions des orateurs. Qu’il me soit permis ici de remercier M. le Pr Christian Michel (Université de Lausanne), qui, après avoir généreusement accueilli le projet, a animé les débats, et Mlle Marianne Cojannot-Le Blanc, pour son soutien constant et son aide aussi efficace qu’amicale.
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