Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130560531
192 pages

p. 9 à 9
doi: 10.3917/dss.071.0009

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n° 234 2007/1

2007 XVIIe siècle

Introduction

Yves-Marie Bercé
Au XVIIe siècle, la plupart des individus dépendent du travail des champs, qu’ils soient ouvriers agricoles, laboureurs et fermiers, artisans nécessaires aux techniques agraires ou qu’ils comptent parmi les notables vivant de revenus terriens. L’étude de la paysannerie dans un temps où elle formait la partie la plus nombreuse et la plus productive de la population s’impose. Il ne devrait pas être nécessaire de justifier une démarche aussi évidente, pourtant, la Société savante spécialisée dans l’étude de cette époque ne s’y est guère intéressée. On pourrait attribuer cette lacune aux institutions universitaires et à leur tropisme littéraire, mais il faut peut-être mettre en cause la rareté des archives, et aussi des préjugés majeurs, c’est-à-dire l’idée reçue d’un monde agraire indifférencié d’âge en âge qui ne mériterait pas une attention chronologique précise et encore l’image de groupes sociaux enfermés dans des habitudes, des ignorances pluriséculaires, condamnés à demeurer à l’écart des courants d’innovation et de culture. De surcroît, l’historiographie récente s’est concentrée, sans doute à juste titre, sur les malheurs des temps, sur la conjonction de calamités épidémiques et climatiques particulièrement meurtrières en ce siècle, et ce tableau des années noires ne peut guère être modifié.
Il me semble toutefois que la vie des campagnes ne se définit pas seulement négativement, ne se résume pas à ses arriérations, ses exclusions, sa passivité et ses aveuglements supposés. Un environnement sans écriture, reposant plus sur l’oralité et la mémoire, des modes de travail à l’écart des circuits monétaires, recourant au troc et à la confiance, ont engendré des caractères structurels, des originalités de réflexion et d’action, des styles de vie différents. Le thème trop souvent utilisé sans précaution d’une culture paysanne spécifique serait trompeur, schématisant les groupes sociaux, suggérant de gigantesques conflits intemporels ; il devrait être plus exact d’évoquer des modes culturels communs à une époque avec des nuances incessantes selon les situations sociales et individuelles ; dans ces limites, il y a bien alors des manières d’être propres aux habitants des campagnes. Ils ont des regards sur la vie, des croyances et exercices de dévotion, des opinions sur le train des choses, des formes de réjouissances, des usages de langage, des participations à la gestion de leurs communautés qu’il faut deviner dans des sources indirectes. C’est le projet du présent recueil d’articles. La dispersion des thèmes abordés pourrait lui faire donner le titre de mélanges, elle témoigne du moins de la multiplicité des pistes qui s’offrent aux chercheurs.
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