Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130560975
192 pages

p. 775 à 777
doi: 10.3917/dss.074.0775

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n° 237 2007/4

2007 XVIIe siècle

Conclusions

Emmanuel Bury Président de la SABF, Directeur de la revue.
Comme le rappelle Jean-Louis Quantin dans l’introduction, cette journée d’études remonte à un projet ancien de la Société des amis de la bibliothèque des Fontaines : je tiens ici à remercier mon collègue et ami, au nom de la SABF, d’avoir enfin rendu possible cette journée, tout d’abord en proposant le projet au Conseil d’administration de la Société d’étude du XVIIe siècle, et ensuite en élaborant un programme scientifique de grande qualité. Je m’associe aussi aux remerciements qu’il adresse aux collègues et amis lyonnais qui ont accueilli nos travaux : on ne pouvait espérer meilleur endroit pour célébrer la culture savante de la Compagnie, telle qu’elle a brillé durant le XVIIe siècle, notamment entre Saône et Rhône, de Trévoux à Tournon. L’Institut des sources chrétiennes avait déjà été un précieux appui, il y a une quinzaine d’années, pour un colloque consacré aux Pères de l’Église au XVIIe siècle [1] : le vœu que nous émettions alors de poursuivre, à Lyon, des travaux sur ce genre de question a été, d’une certaine manière, exaucé par la tenue de cette journée d’étude, et, une nouvelle fois, la bibliothèque municipale de Lyon a été le lieu idéal pour sa réalisation [2].
De fait, la complexité et la richesse de la culture savante dont témoigne la Compagnie de Jésus durant les siècles de l’Ancien Régime en font aujourd’hui un objet légitime pour les chercheurs, qu’ils soient historiens, philosophes ou littéraires. Dans ce dernier domaine, les travaux majeurs de Marc Fumaroli sur la rhétorique ont rendu de nouveau visible le vaste continent de l’érudition jésuite en la matière, dessinant une nouvelle cartographie de l’histoire littéraire pour les XVIe-XVIIe siècles [3]. Le mérite de cette journée d’étude est de montrer à quel point de telles recompositions s’imposent dans des champs aussi divers que l’économie, l’historiographie, la pensée politique ou les langages symboliques : à la fois bilan de nombreuses recherches récentes, comme en témoignent les abondantes notes bibliographiques de chaque contribution, et ouverture de pistes nouvelles, cette journée n’avait d’autre ambition que de donner à voir la diversité des discours savants présents au sein de la Compagnie, et leurs nuances aussi.
Il serait sans doute simpliste, voire un peu « journalistique », de n’exalter ici que la modernité frappante de certaines questions soulevées par ces auteurs, dans le champ économique, ou politique par exemple : mais il convient de noter aussi combien la culture jésuite est à la fois porteuse de cette « modernité » et prolongement, très loin, au sein du XVIIe siècle, de l’humanisme conquérant des premières décennies du siècle précédent. S’il est vrai qu’un certain anti-humanisme caractéristique du XVIIe siècle explique les oppositions qui se sont fait peu à peu sentir face à certaines audaces novatrices de la pensée jésuite, notamment après 1650 [4], il n’en demeure pas moins que, dans de nombreux domaines, comme, par exemple, dans celui de l’esthétique et de la critique, les apports d’un Dominique Bouhours ou d’un René Rapin ont été essentiels dans le déploiement d’un « classicisme » français, pleinement héritier des plus hautes ambitions de cet humanisme lettré [5] ? Le récent colloque organisé par Sophie Conte sur Nicolas Caussin [6], ou encore plus récemment encore, le colloque de Grenoble consacré au P. Ménestrier [7], qui avait d’ailleurs donné lieu à une exposition à la bibliothèque de la Part-Dieu [8], attestent la fécondité des recherches sur les grandes figures intellectuelles de la Compagnie, qui offrent une voie inédite pour explorer l’histoire de la pensée et des formes au XVIIe siècle, prolongeant les travaux pionniers du réseau mis sur pied, il y a quinze ans, par Luce Giard. [9] L’ampleur des connaissances mobilisées, la diversité des champs du savoir touchées par l’encyclopédie jésuite nécessitent la fédération des énergies et des compétences, comme le montre ce recueil d’articles dus à des chercheurs venus d’horizons divers, et tous pionniers, eux aussi, dans cette exploration : cette livraison de XVIIe siècle prétend donc moins à l’exhaustivité qu’elle ne vise, en dernière analyse, à éveiller l’intérêt et à susciter la curiosité du public intéressé par le XVIIe siècle pour cet univers intellectuel, trop longtemps délaissé par l’histoire générale des idées ou de la littérature, et donc rarement pris en compte dans les représentations « doxales » que nous nous faisons aujourd’hui de la vie culturelle du « Grand Siècle ».
Il convient donc de conclure en souhaitant que la lecture de ces pages permettra au public dix-septiémiste d’approfondir et de nuancer sa connaissance de la culture du siècle qui nous est cher, et qu’elle suscitera aussi d’autres enquêtes du même ordre, tant sur l’histoire de la Compagnie sous l’Ancien Régime que sur la vie intellectuelle de l’Europe savante à cette époque cruciale de son histoire.
 
NOTES
 
[1] Les Pères de l’Église au XVIIe siècle, Paris, Le Cerf, 1993, actes du colloque de Lyon (octobre 1991) édités par E. Bury et B. Meunier, avec le soutien de l’Institut de recherche et d’histoire des textes.
[2] À cette occasion, la bibliothèque avait permis une exposition d’ouvrages patristiques des XVIe et XVIIe siècles, Les Pères de l’Église dans la culture européenne (XVIe-XVIIe), catalogue établi par E. Bury, C. Lauvergnat-Gagnière et G. Parguez, Lyon, Bibliothèque municipale, octobre 1991.
[3] On peut se reporter, pour une mise en perspective claire de ces acquis, à la récente contribution de Roger Zuber dans les pages mêmes de cette revue : « Rhétorique et belles-lettres », XVIIe siècle, 236 (juillet 2007), p. 427-432.
[4] Voir Henri Gouhier, L’anti-humanisme au XVIIe siècle, Paris, Vrin, 1987.
[5] Des Entretiens d’Ariste et d’Eugène (1671) à La Manière de bien penser (1687), Bouhours est un des auteurs majeurs pour comprendre toutes les nuances de l’esthétique « classique », comme l’a montré, entre autres, J. Brody (« Que fut le classicisme français ? », dans Lectures classiques, Charlottesville, Rookwood Press, 1996, p. 41-65) ; au sujet de Rapin, on peut signaler ici la très récente thèse de Jérôme Lecompte (Paris III - Sorbonne-Nouvelle), soutenue sous la direction de G. Declercq, et intitulée Raison et vraisemblance à l’âge classique. Statut de la rhétorique chez René Rapin et Jean Racine.
[6] S. Conte (éd.), Nicolas Caussin : rhétorique et spiritualité à l’époque de Louis XIII, Berlin, LIT Verlag, 2007.
[7] Les jésuites et le monde des images. Commémoration du tricentenaire de la mort de Claude-François Ménestrier, dir. G. Sabatier, 27-29 octobre 2005, Grenoble-Lyon.
[8] Un jésuite lyonnais, Claude-François Menestrier (1631-1705) : histoire, image et érudition, Bibliothèque municipale de Lyon, 17 septembre - 31 décembre 2005.
[9] « Les jésuites producteurs et circulateurs intellectuels dans l’Europe de la Renaissance (XVIe et XVIIe siècles) ».
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