Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130572626
192 pages

p. 199 à 200
doi: en cours

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n° 243 2009/2

2009 XVIIe siècle

Introduction

Yves-Marie Berce de l’Institut.
Aux temps de l’ancienne « Europe des princes » c’était un vrai enjeu politique de décider du destin de filles apparentées aux familles régnantes et il était plus grave assurément d’accorder ou non la main d’héritières effectives de droits de souveraineté. On comprend aisément que l’avenir des princesses issues des illustres souches royales d’Espagne ou de France pouvait mettre en cause l’équilibre des nations. Plus obscurément il fallait aussi compter avec les familles placées à la tête des nombreuses entités étatiques plus ou moins étendues qui partageaient la péninsule Italique et avec d’autres familles, plus fécondes encore, qui au nord des Alpes appartenaient à l’Empire germanique. Leur diversité et leur nombre conféraient à ces espaces indépendants un étrange rôle de marchés matrimoniaux. Certes, en temps de guerre, les alliances de ces principautés n’offraient pas de grands secours aux puissantes couronnes de France et d’Espagne qui s’affrontaient dans des conflits aux dimensions d’un continent. Même si les territoires de ces petites monarchies pouvaient par malchance se situer sur des routes stratégiques, leurs citadelles n’étaient pas inexpugnables, leurs milices n’étaient pas trop redoutables et leurs sujets ne fournissaient pas une abondance de mercenaires. En revanche, dans la logique des jours de paix, leur apparence de souveraineté leur faisait reconnaître un rang convenable pour la conclusion de mariages qui seraient jugés dignes et honorables par les chancelleries et les cours.
Il faut dire qu’aux XVIe et XVIIe siècles, comme en d’autres temps, la carte politique de l’Europe était instable et incertaine. L’image d’un continent découpé en États nationaux qui s’imposera deux cents ans plus tard ne s’était pas encore dessinée. Les fortunes des armes, les arrangements de mariages, les avatars des dévolutions successorales pouvaient fonder de nouveaux domaines étatiques, changer des lignes de frontières, autoriser des titulatures inédites. C’est ainsi que les Borgia avaient tenté en vain de se construire une assise territoriale en Romagne, alors qu’un peu plus tard les Médicis réussissaient à devenir souverains puis à se faire appeler grands ducs de Toscane. Les Farnèse parvenaient à établir une dignité princière durable à Parme et Plaisance, tandis que les dynasties titulaires des duchés de Ferrare et d’Urbin par faute d’héritiers entraînaient dans leur extinction familiale les entités étatiques auxquelles elles avaient donné vie pendant un ou deux siècles. Il n’était pas jusqu’aux plus petits espaces souverains, se réduisant à une ville et son comtat, dont les alliances matrimoniales n’aient été recherchées et disputées par leurs voisins et, à tout le moins, surveillées par les ministres des grandes couronnes. Par exemple, sur la Riviera ligure, les mariages des Grimaldi, princes de Monaco, ou des Del Carretto, seigneurs de Finale, avaient assez d’importance stratégique pour qu’à chaque aventure familiale des troupes menaçantes s’approchassent, des galères apparussent au large et des émissaires secrets vinssent promettre des pensions ou négocier des dots. En 1643, lors de la guerre de Castro opposant l’État ecclésiastique aux souverainetés voisines, Florence, Parme, Modène et Venise, un des motifs des hostilités était le projet supposé de mariage d’une petite nièce d’Urbain VIII avec l’héritier encore adolescent de la minuscule principauté de La Mirandole.
Les manières d’écrire l’histoire changent assez vite, plusieurs fois dans une génération. Le sujet abordé aurait été jugé futile il y a peu d’années. Aujourd’hui, grâce à des historiens comme Lucien Bély ou Bartolomé Bennassar, on a réappris que des querelles politiques du passé jugées obscures par la postérité, des logiques très éloignées des conceptions modernes, des disputes de préséance et des secrets d’alcôves importaient à la compréhension de moments de civilisation. L’historiographie a maintenant redécouvert les problèmes des mariages princiers, les implications des héritages, l’intérêt collectif que pouvait revêtir un épisode banal de la vie et carrière d’une petite princesse. Ces circonstances apparemment frivoles influaient peut-être sur les rapports entre les États, sur les malheurs des guerres, sur des dévolutions de pays et de peuples. Les lettres et les arts en recevaient des illustrations. On peut imaginer que de graves décisions de chancelleries dépendraient, pour le meilleur ou pour le pire, du nez de Cléopâtre, c’est-à-dire d’un échange de portraits ou de mystères des intimités conjugales. Les contributions réunies ci-après lèvent le rideau sur ces scènes, que chacun trouvera à son gré aimables ou désolantes, scènes du théâtre des nations et des princes.
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