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Lavoisier

I.S.B.N.sans
230 pages

p. 211 à 230
doi: en cours

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Volume 5 2001/3-4

2001 Document numérique

Modélisation des échanges de documents numériques interentreprises

Expérimentation dans la filière textile

Imed Boughzala Laboratoire LM2S/Université de Technologie de Troyes Michel Marcoccia Laboratoire Tech-CICO/Université de Technologie de Troyes12, rue Marie Curie, BP 2060F-10010 Troyes cedex Hassan Atifi Laboratoire Tech-CICO/Université de Technologie de Troyes12, rue Marie Curie, BP 2060F-10010 Troyes cedex
Cet article rend compte d’un programme de recherche action, mené au sein du laboratoire Tech-CICO. Ce programme a pour but de concevoir un service NTIC favorisant la coopération entre différentes entreprises de la filière textile de Champagne-Ardenne. Cet article décrit dans un premier temps une modélisation des échanges de documents numériques entre partenaires dans la filière textile. Dans un second temps, on présentera l’apport de l’analyse conversationnelle des réunions de travail dans la conduite du projet.Mots-clés : EDI, textile, coopération, interentreprises, modélisation, NTIC : nouvelles technologies de l’information et de la communication. This paper describes a programme of research-action, conducted in Tech-CICO Laboratory. The goal of this programme is the conception of a IT service which can support cooperation between firms belonging to the branch of textile in Champagne Ardennes. At first, this paper describes the modelling of exchange of numerical documents between partners in textile field. Secondly, it presents the contribution of the conversational analysis of professional meeting to the management of the project.Keywords : EDI, textile, interenterprise, cooperation, modelling, IT : Information Technologies.
 
1. Introduction
 
 
Cet article a pour objectif de rendre compte d’un programme de recherche-action, mené par différents chercheurs [1] du laboratoire Tech-CICO (technologie de la coopération pour l’innovation et le changement organisationnel) de l’université de Technologie de Troyes. Ce programme de recherche, qui a duré deux ans, avait pour finalité de concevoir un service NTIC favorisant la coopération entre différentes entreprises de la filière textile en Champagne Ardenne. Ce programme et les réalisations d’outils informatiques qui devaient en découler avaient aussi pour ambition de proposer des solutions permettant de redynamiser la filière textile par l’introduction de mécanismes de coopération entre les acteurs de cette filière.
Si l’objectif final était bien une réalisation informatique (de type WebEDI) et une mise en œuvre du dispositif dans la filière, ce programme avait aussi l’intérêt scientifique de contribuer à une réflexion de nature méthodologique sur la nécessité d’une approche interdisciplinaire dans la conduite des projets NTIC (Boughzala et al., 2001). L’hypothèse était que l’observation du terrain par différents chercheurs en sciences humaines devait permettre d’identifier les résistances potentielles et les facteurs d’échec à l’introduction d’un outil de coopération, afin de « réinjecter » ces résultats d’observation dans la stratégie de conduite du projet adoptée par le chef de projet informatique chargé de la réalisation finale. Ainsi, l’analyse conversationnelle des réunions de travail avait pour but d’identifier les points d’accord, de désaccord et de négociations entre les partenaires du projet.
Cette expérimentation a porté sur un type d’échange spécifique de documents numériques entre acteurs de la filière : les échanges entre tricoteur et teinturier. En effet, après avoir effectué la modélisation de l’organisation de la filière dans son ensemble, les chercheurs ont porté leur attention sur un type particulier d’activité coopérative – la relation teinturier/tricoteur – relation mettant en jeu des flux documentaires et des flux physiques qui ont été modélisés.
Dans cet article, nous présenterons dans un premier temps la filière textile et le contexte du projet. Ensuite, nous présenterons une modélisation des échanges de documents selon la démarche MeDICIS, une méthode de conception de systèmes d’information coopératifs interentreprises (SICI) (Boughzala, 2001). Nous décrirons l’outil WebEDI d’aide à la coopération pour l’échange de documents numériques interentreprises dans ses deux versions. Enfin, nous montrerons, à partir d’un exemple, comment l’analyse conversationnelle des réunions de travail entre partenaires de ce projet a apporté des résultats utiles pour sa conduite et pour la réalisation finale.
 
2. Contexte du projet
 
 
La filière textile en Champagne-Ardenne est spécialisée dans la technique de la maille (bonneterie et métiers associés), avec des entreprises telles que Devanlay (Lacoste), Doré-Doré (DD) ou Petit Bateau. Localisée géographiquement sur quatre départements, elle compte environ 280 entreprises et emploie aujourd’hui 13 000 salariés (emplois généralement peu qualifiés). Les acteurs sur lesquels se focalise notre étude sont les donneurs d’ordre (DO), les tricoteurs et les teinturiers (ST). La spécificité de cette filière est, entre autres, qu’elle connaît aujourd’hui une situation difficile (Abécassis et al., 1998) : le contexte concurrentiel est extrêmement vif, fondé sur une sévère logique de prix (coût, de qualité de fabrication/livraison) qu’imposent les DO à leurs ST, qui explique le choix des DO pour la délocalisation de toute ou grande partie de la production vers les pays à bas salaire. Différentes raisons expliquent que les ST locaux parviennent difficilement à relever le défi imposé par la concurrence mondiale : un contexte socio-économique micro et macro délicat, des entreprises peu capitalistiques et de taille très petite (20 personnes en moyenne), enfin une absence d’esprit de coopération marquée.
L’étude des possibilités de redynamisation à travers les innovations organisationnelles constitue donc un enjeu important. Des voies de redynamisation de la filière textile étudiée existent (Boughzala et al., 2000) :
  • innovation produit (utilisation de tissus spéciaux pour certains secteurs tels que la médecine, l’automobile, etc.) : innovation métier ;
  • innovation process (meilleure coordination intra ou interentreprises pour offrir un service plus rapide et/ou de meilleure qualité) : meilleure façon de faire ou meilleure réactivité.
Ces évolutions requièrent de nouvelles pratiques coopératives et trois types peuvent être envisagés :
  • en faveur de l’innovation produit,
  • en faveur de la coordination d’une offre globale,
  • en faveur d’une coopération dite de capacité.
Il est évident que pour faire face à la situation délicate de cette filière, la coopération (comme par l’échange de données informatisé ; Charmot, 1998) entre sous-traitants paraît une solution indéniable pour survivre, pourtant les relations entre ST sont plutôt rares. Il existe peu de relations d’affaire entre ST puisque ce sont les DO qui gèrent et contrôlent les différentes étapes de fabrication. Pourtant, la place de Troyes étant un petit milieu, tous les ST se connaissent, se rencontrent et communiquent. Ces relations semblent pourtant bien fragiles : cloisonnement, critique des uns et des autres, difficultés de coopérer dans des regroupements, peu d’entraide, esprit d’espionnage, etc. C’est pour mieux saisir ces relations interpersonnelles et leur incidence sur les pratiques coopératives que nous avons introduit dans notre méthodologie l’analyse des conversations entre partenaires du projet.
Ce projet s’inscrit dans le cadre d’un contrat de recherche avec France Telecom. Il a été commandité par la direction des Services aux entreprises une maîtrise d’ouvrage pluridisciplinaire formée par des informaticiens, des gestionnaires, des sociologues et des linguistes de la communication. Les informaticiens avaient en charge de proposer et de concevoir de nouveaux services techniques innovants au sein du groupe FT, et donc, leur l’intérêt était axé plutôt sur la modélisation des relations interentreprises et sur la proposition de nouveaux outils. Les gestionnaires et sociologues s’intéressaient aux relations entre entreprises et acteurs de la filière et aux usages des actuels et futurs outils relevant des TIC (notamment du groupware et commerce électronique) conçus dans le cadre du projet. Enfin, la contribution des pragma-linguistes entrait dans une logique d’accompagnement de projet ; l’analyse des conversations entre partenaires du projet avait pour utilité d’expliciter les relations interpersonnelles entre ces partenaires et leur conséquence sur la conduite de projet et la réalisation finale.
 
3. Spécification d’un outil d’aide à la coopération : le WebEDI
 
 
Cette partie permettra à la fois de présenter la réalisation de l’outil informatique commandé et de montrer la manière dont le chef de projet informatique a pu utiliser les résultats des recherches opérées par les chercheurs en sciences humaines et sociales.
3.1. Méthodologie
Pour proposer des services technologiques innovants et adaptés aux besoins des entreprises de la filière textile, nous avons commencé par étudier les processus de cette filière, pour pouvoir ensuite développer des outils informatiques, en suivant les étapes de la démarche MeDICIS (pour Methodology for Designing Interenterprise Cooperative Information System, Boughzala, 2001). la méthode de conception des systèmes d’information coopératifs interentreprises est un cadre méthodologique qui a pour but de guider la conception des mécanismes de coopération interagents. Elle vise, dans un premier temps, à analyser puis modéliser les processus coopératifs interentreprises et spécifier des solutions informatiques adaptées aux besoins et aux contraintes de la coopération afin de pouvoir dans un second temps gérer les connaissances utilisées et générées de cette coopération.
Cette démarche consiste en un niveau macro, à modéliser la coopération interentreprises dans un cadre d’affaire global. Un niveau micro vient affiner la modélisation ; on modélise d’une part, le déroulement de la coopération pour décrire le processus de coopération et d’autre part, les caractéristiques des agents impliqués dans la coopération (représentant des entreprises). Une fois qu’on a déterminé les caractéristiques de l’agent, on modélise le processus de coopération des différents agents à travers les trois niveaux de profondeur de la coopération qui correspondent aux trois formes du SICI, auxquels on associe trois modèles : modèle de communication, de coordination, et de résolution de problèmes. Le choix des ces modèles est fait en fonction des types d’intégration interentreprises (intégration par les données, les processus ou les connaissances).
Les éléments de MeDICIS correspondent à l’ensemble des modèles suivants : Au niveau macro :
  • le modèle d’affaire donne le cadre général de l’affaire, sa structure et sa dynamique, le contrat, les participants, leurs ressources, services et produits, et permet une vue générale de la répartition des tâches entre les agents partenaires ; Au niveau micro :
  • le modèle d’agent décrit les différents types d’agents, leurs caractéristiques et leurs relations ;
  • le modèle de coopération permet de comprendre les processus induits par l’affaire ;
  • le modèle de communication spécifie la communication mise ou à mettre en place, les interlocuteurs, les messages échangés, le contexte, le canal, etc. ;
  • le modèle de coordination détermine le déroulement de la coordination des activités entre agents, leurs rôles, les ressources nécessaires, les flux d’entrée et de sortie, etc. ;
  • le modèle RCP : permet de décrire la réalisation des tâches dans la résolution d’un problème particulier.
Le tableau en page suivante récapitule les modèles de la méthode MeDICIS, les éléments UML (Rumbaugh et al., 1999) et MASK (Ermine, 2001) qui les composent ainsi que la correspondance entre les niveaux d’intégration interentreprises, les types de SICI et les technologies à déployer.
Au niveau des spécifications nous faisons appel à la linguistique pragmatique pour bénéficier de l’analyse conversationnelle de réunions de travail entre partenaires du projet, permettant ainsi d’analyser finement le jeu relationnel interpartenaires comme mode d’intervention dans la conduite du projet et la spécification adéquate des outils informatiques (partage ou non-partage des représentations et de langages communs, par exemple dans la définition des messages échangés et des procédures de travail, voir section 4 de l’article).
Une fois que l’outil d’aide de coopération est spécifié, développé puis mis en place, nous procédons à l’observation de ses usages dans un contexte réel pour analyser les jeux d’acteurs et son impact dans la facilitation de la coopération dans l’activité pour laquelle il était développé.
Figure 1
Matrice de correspondance
IMGIMGMatrice de correspondanceIMGIMF
3.2. Déroulement de l’expérimentation
Après avoir analysé les relations au niveau macro, nous nous sommes focalisés au niveau micro sur la relation entre un tricoteur et un teinturier et nous avons identifié différents scénarii de travail coopératif par rapport à l’activité du tricoteur. Le résultat de cette analyse (Boughzala, 2001) nous a conduit à conclure que les deux partenaires teinturier et tricoteurs sont intégrés par les données, c’est pourquoi l’outil nécessaire à cette relation relève des outils appartenant au SI de communication.
L’outil que nous avons spécifié et développé est un outil de type WebEDI d’échange de documents informatisé basé sur internet (plus évolué et moins contraignant qu’un EDI traditionnel, Charmot, 1998) qui permet à ces deux partenaires d’échanger des données commerciales et techniques entre leurs systèmes d’information (bordereau de remise d’écru, de remise en teinture, de livraison, etc.). L’analyse pragmatique et linguistique des réunions de spécifications des bordereaux nous a permis de sélectionner les interprétations que pouvait faire un informaticien des besoins de deux partenaires.
3.2.1. Modélisation
Au niveau macro, nous avons modélisé les modes de fonctionnement et les processus de coopération au sein de la filière textile, et catégorisé les métiers des agents et leurs relations. Cet exemple de cas d’utilisation au niveau du modèle d’affaire représente le cas le plus classique de coopération dans la filière.
Lorsqu’un donneur d’ordre (ici un distributeur) a un besoin, il confie sa commande de produits finis à un confectionneur. Ce dernier prend alors en charge toutes les opérations qui précédent la phase de confection. Il contacte pour cela un tricoteur, un teinturier et/ou un imprimeur. C’est le tricoteur qui s’occupe de l’opération amont qu’est la filature, le filateur sollicité commandant lui-même les matières premières qui lui sont nécessaires. Dans ce type de transaction le donneur d’ordre ne contrôle pas les différentes étapes de fabrication de ses produits et ne contrôle donc qu’indirectement la qualité. De plus en plus fréquemment, les donneurs d’ordre souhaitent superviser l’ensemble des opérations d’élaboration de leurs produits. Ceci confirme notre hypothèse de revoir les modes de coopération dans cette filière en proposant un modèle d’entreprise étendue.
Au niveau micro, puisque nous sommes dans le cas où les entreprises sont intégrés par les données, nous utiliserons le modèle de communication de MeDICIS. Ce modèle peut très bien s’adapter à ce cadre de relation (malgré le fait que les agents ne soient pas partenaires membres d’une entreprise étendue).
Le modèle de communication
Le diagramme de classes à ce niveau (cf. figure 2) permet de représenter la structure spatiale de la communication. Il décrit l’échange de documents entre le tricoteur et le teinturier. Par rapport aux objets de notre diagramme, l’extension suivante permet de matérialiser cet échange.
  • agent émetteur/ agent récepteur : le teinturier et le tricoteur, prennent tous les deux à la fois le rôle d’émetteur et de récepteur ;
  • agent superviseur : est dans ce cas l’hébergeur de l’application WebEDI (Tech-CICO représenté par l’administrateur de l’outil WebEDI) qui s’assure du bon déroulement des échanges ;
  • agent observateur est dans ce cas inexistant puisque dans cette activité de vente de tissu au mètre effectué par le tricoteur, ce dernier est en quelque sorte le donneur d’ordre. Dans d’autres cas, le donneur d’ordre peut être un confectionneur ou un distributeur qui prend le rôle de l’agent observateur puisqu’il veut être informé de l’évolution des étapes ;
  • objet de la communication représente l’acte de remise d’écru de la part du tricoteur à son partenaire teinturier ;
  • message : les messages échangés dans ce processus sont : bordereau de remise d’écru, bordereau de remise en teinture, bordereau de livraison (facture), Accusé de réception, Avis de mise à disposition, Commande de livraison ;
  • code : le code utilisé ici se base sur le type de message échangé compréhensible par les deux partenaires (format de message négocié au part avant). Le format des messages se base sur les spécifications EDIFACT ;
  • canal : le canal utilisé est l’extranet entre les deux partenaires ;
  • localisation : la localisation du message est l’application WebEDI hébergée sur le serveur du laboratoire Tech-cico (serveur Notes).
Figure 2
Diagramme de classes du modèle de communication
IMGIMGDiagramme de classes du modèle de communicationIMGIMF
Le diagramme de séquence ci-après nous permet de décrire la chronologie des échanges :
Figure 3
Diagramme de séquences cas 1 (Boughzala et al., 1999)
IMGIMGDiagramme de séquences cas 1 (Boughzala et al., 19...IMGIMF
Explication du diagramme de séquence à travers un scénario Vente de tissu au mètre par le tricoteur à un client non prédéfini :
Les écrus tricotés chez le tricoteur sont envoyés au teinturier, le document Bordereau de remise d’écru formalise cet échange. Le document Bordereau de remise en teinture (appelé aussi Bordereau de désignation) permet au tricoteur de désigner les écrus à teindre (précision de la couleur et du nombre de pièces). Une fois que les traitements sont effectués, le teinturier envoie un avis de mise à disposition au tricoteur pour lui signaler que son lot est prêt à livrer. Dès que le tricoteur décide de se faire livrer ses pièces teintées et stockées chez le teinturier (suite à la commande du client), il lui envoie une commande de livraison. En réponse à cette commande, le teinturier lui envoie un Bordereau de livraison en indiquant le métrage final des pièces. Les pièces sont livrées à l’adresse que le tricoteur lui indiquera à la commande. Dans ce cas c’est le client qui est facturé.
Ce modèle de communication sera la base de la première version de l’outil WebEDI entre teinturier et tricoteur. Durant l’avancement du projet, les paramètres de la relation ont changé avec l’introduction d’un troisième élément : le confectionneur. Ce cas de figure fera l’objet d’une deuxième version de l’outil WebEDI. Avant de proposer les deux versions, nous ajoutons les changements sur le modèle de communication pour la deuxième version du WebEDI.
Figure 4
Diagramme de séquences cas 2 (Boughzala et al., 1999)
IMGIMGDiagramme de séquences cas 2 (Boughzala et al., 19...IMGIMF
Dans le diagramme de classes, on ajoute la présence de l’agent observateur : le confectionneur. Lors de l’envoi du bordereau de remise d’écru du tricoteur vers le teinturier, le confectionneur est informé par copie de ce bordereau, il prend donc le rôle d’agent observateur dans ce processus de communication. Dans ce même processus le confectionneur peut changer de rôle : émetteur pour activer la commande ou encore récepteur quand il reçoit le bordereau de livraison et la facture de la part du teinturier.
3.2.2. Spécification de l’outil
Nous proposerons une première version adaptée au scénario mettant en relation deux partenaires et une deuxième version tenant compte du confectionneur.
Première version de l’outil WebEDI
L’outil WebEDI (Boughzala et al., 1999) proposé à la suite de notre modélisation permet aux deux partenaires d’échanger des documents commerciaux et techniques entre leurs SI. Plusieurs scénarios sont envisageables dans la relation teinturier/tricoteur. Cette application est développée pour supporter le scénario d’échange de données dans le cas de la vente de tissu au mètre effectuée par le tricoteur. L’audit réalisé chez les deux partenaires a permis d’identifier trois documents échangés que l’application doit pouvoir traiter : le bordereau de remise d’écrus, le bordereau de remise en teinture et le bordereau de livraison (cf. figure 3). Au moment de notre audit, ces bordereaux étaient échangés par fax et les informations transmises étaient ressaisies manuellement dans le système de Gestion de production assisté par ordinateur (GPAO) des différents partenaires. Ce système n’est pas satisfaisant vu la perte de temps causée par la resaisie des bordereaux. De plus, le système de GPAO du tricoteur est capable de générer un fichier texte correspondant aux différents bordereaux qu’il envoie et la GPAO réceptrice est capable de le traiter. L’outil que nous proposons permet de faire la même chose pour le teinturier, en intégrant automatiquement le fichier texte dans son système d’information. Notre application sera ainsi une interface entre la GPAO de tricoteur et celle du teinturier, de façon transparente pour les deux partenaires.
Architecture technique de l’application
Cette application est une base Lotus Notes, hébergée sur le serveur du laboratoire Tech-CICO. Le teinturier et le tricoteur possèdent des répliques de cette base sur leurs clients Notes. Ils enverront leurs données par l’intermédiaire de ce serveur. Nous associons un diagramme de déploiement pour schématiser cette architecture et décrire ses éléments matériels.
Figure 5
Le diagramme de déploiement de l’application WebEDI
IMGIMGLe diagramme de déploiement de l’application WebEDIIMGIMF
Ce système d’échanges de données informatisées s’appuie principalement sur le mécanisme de réplication des bases Notes. Le tricoteur possède une réplique de la base se trouvant sur le serveur. Cette base locale est capable de convertir les fichiers textes (remise d’écrus et remise en teinture) générés par la GPAO du tricoteur en bordereaux correspondants. Ces fichiers textes sont donc convertis en document Notes regroupés dans des vues. Régulièrement, des réplications sont effectuées entre la base locale de tricoteur et la base principale se trouvant sur le serveur de sorte à mettre celle-ci à jour. De l’autre côté, le mécanisme est le même, le teinturier possède sa propre base en local et la réplique régulièrement avec celle se trouvant sur le serveur principal. Les répliques se font de manière automatique et sont planifiées. Un traducteur EDIFACT standard sera mis en place au cas où les partenaires ne seraient pas capables de générer des fichiers normalisés et surtout au cas où ils décideraient d’intégrer d’autres partenaires dans leur processus d’échange.
Architecture fonctionnelle de l’application
Le diagramme de composants nous permet de donner une vue globale de l’ensemble des composants logiciels de l’application pour comprendre par la suite son fonctionnement. Nous choisissons de détailler seulement les deux modules d’inscription et de remise d’écru. Chaque module est représenté par un package (notation UML).
Figure 6
Le diagramme de composants de l’application WebEDI
IMGIMGLe diagramme de composants de l’application WebEDIIMGIMF
Deuxième version de l’outil WebEDI
Le principe d’échange est le même et repose sur le modèle de communication dans sa deuxième version. Une des améliorations apportées à cette deuxième version du WebEDI concerne l’accès. Les partenaires dans cette version peuvent y accéder via un navigateur standard Internet (Netscape, internet Explorer, etc.). L’outil que nous avons conçu dans la première version s’appliquait à une relation entre seulement deux partenaires (teinturier/tricoteur). Cette deuxième version permet ’étendre son application à plusieurs partenaires (pour le moment la relation tricoteur/teinturier/confectionneur). Dans une perspective finale, cet outil sera utilisé par des partenaires regroupés en plusieurs groupes d’affaire, qui constituent ainsi des groupes d’affaire dans l’entreprise étendue formés autour d’une ou plusieurs affaires.
Figure 7
L’application WebEDI (Boughzala et al., 2000)
IMGIMGL’application WebEDI (Boughzala et al., 2000)IMGIMF
Parmi les règles de gestion de cette nouvelle version, nous citons :
  • un partenaire peut appartenir à plusieurs groupes d’affaire ; ses documents sont alors classés suivant le groupe auquel il accède ;
  • un document échangé est un fichier en format XML qui respecte la norme EDIFACT ;
  • un partenaire peut être national ou étranger (ses documents passent par le traducteur EDIFACT avant d’être affichés) ;
  • un partenaire national peut être équipé ou non d’une station EDI classique. Les documents de celui qui est équipé d’une station EDI passent par le traducteur EDIFACT, ses fichiers envoyés étant codés ;
  • un partenaire a un rôle dans le groupe d’affaire dépendant de son métier et du processus de communication de l’activité de ce groupe ;
  • un groupe d’affaire peut être formé de plusieurs partenaires du même métier (par exemple deux teinturiers dans un même groupe d’affaire).
 
4. L’importance des relations interpersonnelles dans la conduite de projet NTIC : l’apport de l’analyse des conversations
 
 
Cette partie aura pour but de montrer l’apport que peut constituer une intervention de chercheurs en sciences humaines pour la conduite de projet NTIC. La modélisation des flux de données entre tricoteur et teinturier présentée précédemment a par nature un niveau très élevé d’abstraction. Le risque est alors de passer à côté de la dimension contextuelle des échanges (économique, stratégique, sociale, interpersonnelle). Dans cette partie, nous aborderons un aspect de ce contexte d’échanges : la relation interpersonnelle entre les acteurs du projet. Nous présenterons les résultats d’une analyse conversationnelle permettant de rendre plus lisible l’importance de cette dimension interpersonnelle et des conséquences qu’elle peut avoir sur la conduite du projet. La mise en place d’un EDI pour favoriser un fonctionnement en entreprise étendue ou, au moins, pour générer des formes de coopération interentreprises, pose le problème des relations entre ces entreprises et, dans une logique de conduite de projet, entre les individus qui les incarnent. La littérature sur le sujet décrit de manière prototypique le type de relation entre partenaires pour favoriser la coopération. On parle de coopération horizontale (Alban, 1996) pour désigner ce mode de relation, qui sera idéalement fondée sur une relation de confiance entre partenaires (Puthod, 1999), construite à partir d’un comportement d’entraide, de réciprocité, des valeurs partagées et sur la base d’une vision commune entre les partenaires (Aubrey, 1991). Tapscott et Caston (1995), catégorisant les attributs-clés de l’entreprise étendue, mettent en avant les objectifs partagés, les décisions prises en commun ou, une fois de plus, la confiance réciproque. De manière idéale, une entreprise étendue implique une relation relativement égalitaire entre ces différentes composantes (à l’inverse de la relation donneur d’ordres/sous-traitant) ou, au moins, un nombre important d’accords nécessaires entre les partenaires et un évitement aussi systématique que possible des situations conflictuelles. En d’autres termes, on retrouve les deux dimensions assez classiques d’un échange : le contenu et la relation. Il est évident que la collaboration interentreprises renvoie forcément à des questions de relation entre entreprises et entre les individus qui les incarnent au cours du projet : qui occupe quelle place ? Qui est dominant ? Qui est dominé ? De même, la dimension conflictuelle des échanges risque de nuire à la capacité de mettre en place un système coopératif, dans notre cas, un WebEDI. Par exemple, la découverte d’une relation haut-bas entre des partenaires théoriquement en positions d’égalité (deux ST) a incité le chef de projet à accorder la plus grande importance au rôle de l’Agent Superviseur (qui devient un Agent Coopérateur, voir Boughzala, 2002, p. 100-103), permettant de préserver la coopération entre des acteurs n’étant pas nécessairement en position de coopérer.
Pour tenter d’apporter des réponses à ces questions en se situant à un niveau de micro-analyse, nous avons procédé à l’analyse conversationnelle de réunions de travail entre partenaires du projet WebEDI, afin de mettre en évidence les points d’accord et désaccord entre les acteurs du projet, les jeux d’acteurs et de relation de place. Les jeux d’acteurs et les problèmes de « places » (relation dominant-dominé) se manifestent explicitement ou – plus souvent – implicitement pendant les réunions de travail (interactions en face à face) qui accompagnent la conduite du projet. L’analyse de ces réunions doit permettre d’analyser finement ce jeu relationnel, cette « mise en places » et, du même coup, peut tenir lieu d’intervention dans la conduite du projet, visant à informer le chef de projet informatique sur les points sur lesquels les acteurs n’ont pas réussi à conclure une négociation (qui pourrait sembler apparemment aboutie) et sur le réseau relationnel qui existe entre les partenaires du projet et permettant de réagir de manière adéquate.
Le corpus-échantillon sur lequel a été appliqué le plus systématiquement la grille d’analyse utilisée est la retranscription (non technique) effectuée par Imed Boughzala, d’une réunion de travail ayant eu lieu le 30 septembre 1999 dans les locaux de l’Université de Technologie de Troyes. Il s’agissait d’une réunion préalable à la mise en place du webEDI « remise d’écru » entre l’entreprise « teinturier » et l’entreprise « tricoteur » Plus précisément, la réunion avait pour fonction la validation du message de remise d’écru échangé entre les partenaires ; la finalité était de trouver un accord sur les données échangées et les intitulés des masques d’écran de l’application.
Notre analyse a porté dans un premier temps sur les négociations conversationnelles (Kerbrat-Orecchioni, 1984) présentes dans le corpus et sur les points de divergence suscitant ces négociations. Dans le cas analysé, différents points de discorde peuvent apparaître, que l’analyse conversationnelle d’une réunion de travail permet de mettre en évidence et qui doivent être compris, dans une logique d’accompagnement de projet, comme des signaux informant le chef de projet des problèmes à résoudre ou des points de désaccord risquant de parasiter le projet et le produit final. On a pu observer les points suivants :
  • divergences de compétences entre les interactants dans le champ de l’informatique et du groupware. Sur la base d’une analyse de corpus [2], on observe que, sur le plan des compétences en informatique, les informaticiens des entreprises « tricoteur » et « teinturier » se trouvent en rivalité : le discours du tricoteur lui permet de mettre en scène une asymétrie de compétence avec son partenaire. Ce paramètre peut grandement orienter le projet en faveur de la réalisation d’un service uniquement proposé, évalué et validé par le tricoteur ;
  • divergences de finalités : l’analyse de leurs discours montre que les informaticiens des entreprises sont plus préoccupés par les bénéfices que peuvent tirer leurs entreprises respectives du système d’EDI, que par un bénéfice commun, qui n’est peut être évaluable qu’à partir du moment où l’entreprise étendue deviendra une réalité pour ses acteurs. Pour ne prendre qu’un exemple, l’identité collective de chacun (le « nous » au nom duquel ils parlent) n’est jamais un « nous inclusif – tricoteur + teinturier » mais toujours un « nous exclusif – nous-tricoteur versus nous-teinturier » opposant les deux entreprises ;
  • divergences sur leurs identités professionnelles : l’analyse des négociations conversationnelles révèle un grand nombre de négociations métalinguistiques. Il n’existe pas vraiment un langage commun entre un « teinturier » et un « tricoteur ». Le chef de projet tiendra compte de cette dimension pour construire une entreprise étendue ;
  • lorsque les accords nécessaires au bon déroulement d’une interaction ne sont pas préalables, on peut observer des procédures de transactions réalisées dans et par l’interaction : des négociations conversationnelles. Ces négociations peuvent porter sur la forme, la structuration ou le contenu des échanges, les « signes » et les opinions échangées, les identités et les places des interlocuteurs.
On considère que « gagner » une négociation conversationnelle sera une des ressources symboliques que pourra utiliser un acteur du projet pour établir un rapport de force à son avantage. Les résultats de cette première phase d’analyse des échanges montrent que de très nombreuses négociations ont lieu au cours des discussions. Ces négociations portent sur :
  • la gestion du script de l’interaction et sur la capacité de s’imposer comme animateur de la réunion : le chef de projet est parfois relayé par un partenaire dans son rôle de gestion de la discussion. C’est toujours le tricoteur qui s’impose comme coanimateur, par exemple en proposant des planifications de la discussion ;
  • le lexique, entre alors en jeu le problème de la standardisation et la mise en valeur d’une identité professionnelle au détriment d’une autre ;
  • les problèmes techniques. De manière logique, la plupart des négociations et des argumentations portent sur des points techniques.
De manière générale, l’informaticien représentant l’entreprise « tricoteur » remporte ces négociations soit par des coups de force soit par alignement du « teinturier » sur ses positions. Cela met en place un réseau relationnel déséquilibré, qui risque de transformer le projet d’EDI en une concurrence d’intérêts. On peut par ailleurs, mentionner que la relation déséquilibrée observable à l’issue des négociations est largement coconstruite car elle semble très souvent acceptée par le teinturier. Ce résultat montre l’importance de l’Agent Coopérateur dans la gestion des conflits entre partenaires (non respect du contrat, règles de partage, réalisation des promesses ; Boughzala, 2001, p. 102).
Dans une deuxième phase d’analyse, nous avons tenté d’identifier d’autres « marqueurs de place ». L’analyse conversationnelle considère en effet que les relations dominés-dominant entre les individus engagés dans une même action sont à la fois données (préalables, sociales, contextuelles) et construites (interactionnelles). Analyser la construction de la relation verticale dans les interactions consiste à identifier les comportements interactionnels (verbaux ou non) qui assignent une « place » (haute ou basse). On peut parler de « marqueur de places » (ou « taxèmes », Kerbrat-Orecchioni, 1992) pour désigner ces indices.
Une analyse du corpus nous permet d’identifier différentes catégories d’indices : la forme et le style des échanges (celui qui impose le style de l’échange se met en position haute), l’organisation des tours de parole (celui qui parle le plus, en premier, ou qui interrompt l’autre se met en position haute), l’organisation des échanges (celui qui assure l’ouverture et la clôture se met en position haute), le contenu (imposer les thèmes abordés), la nature des actes de langage (produire un acte menaçant pour l’autre – une critique par exemple – est un marqueur de position haute), les termes d’adresses (tu/vous).
L’analyse des indices et leur mise en corrélation démontrent que le tricoteur parvient à se mettre très souvent en position haute au cours de la réunion, en utilisant divers moyens langagiers : critiquer les propositions des autres participants, hiérarchiser les sujets à aborder, évaluer (même positivement) les propositions des informaticiens, se mettre en position de coénonciateur des informaticiens (avec lesquels il parvient à parler « d’une même voix »), parler le plus souvent en s’autosélectionnant comme destinataire des questions de l’informaticien, jouer le rôle de porte-parole du « teinturier », produire des énoncés directifs à l’attention du « teinturier », réfuter directement le « teinturier ». Dans ce dernier cas, on observe des stratégies de résistance du « teinturier » ne désirant visiblement pas perdre la face aussi ostensiblement, mais uniquement dans ce dernier cas (les énoncés directifs). Les autres stratégies sont couronnées de succès, voire ratifiées par le teinturier.
L’ensemble de ces stratégies permet donc au tricoteur de se mettre en position haute dans l’interaction et, du même coup, de valoriser sa compétence en informatique (opposée à une compétence supposée moins importante de son partenaire) en évaluant ou coénonçant les propositions des experts, de gérer l’interaction en hiérarchisant les sujets, de parler le plus longuement, de condamner même le teinturier au silence en parlant à sa place. Enfin, la production de conseils adressés au teinturier est une manière subtile de prendre le dessus sur son partenaire tout en restant globalement coopératif.
La nature des actes de langage produits par les interactants et la mise en place d’une relation hiérarchique déterminent à la fois la réunion de travail elle-même et les effets qu’elle peut avoir sur la dynamique du projet qu’elle accompagne. Ainsi, notre analyse de corpus montre sans conteste que le représentant de l’entreprise « tricoteur » prend le dessus et instaure une relation de domination par rapport à son supposé partenaire « teinturier ». On peut s’interroger sur les facteurs externes qui ont favorisé cette mise en place : inégalité des compétences, différence des positions institutionnelles, répartition de la connaissance du projet EDI. De même, on peut aussi s’interroger sur les finalités. En dehors de finalités strictement psychologiques (l’informaticien de l’entreprise « tricoteur » a peut être un plaisir à dominer), on voit bien que la mise en place d’un tel réseau relationnel au cours des échanges peut répondre à une logique stratégique et organisationnelle visant à faire du teinturier la « tête de filière » et le pôle central de l’entreprise étendue.
 
5. Conclusion
 
 
Nous avons présenté dans cet article l’outil WebEDI pour instrumenter une relation d’échange de documents entre deux partenaires dans une première version, et trois ou plus, dans une deuxième version.
La filière textile est un terrain d’expérimentation difficile mais privilégié pour les raisons suivantes :
  • c’est une filière durement concurrencée sur le plan international notamment à cause des coûts de main d’œuvre sans comparaison avec ceux des pays en voie de développement. On considère généralement qu’un fonctionnement en réseau plus efficace serait une condition sine qua non de survie, comme en témoigne l’expérience américaine montrant l’importance des NTIC pour la relocalisation de certaines activités de production textiles (Abécassis et al., 1998) ;
  • c’est une filière dans laquelle les connaissances métiers comme les formes de coopération interentreprises sont à la fois complexes et informelles. La mise en œuvre de SI coopératif efficace passera donc très vraisemblablement par le développement d’une démarche de gestion des connaissances communes ;
  • c’est une filière dans laquelle les relations interpersonnelles entre partenaires peuvent être aussi bien des facteurs de réussite que des freins pour une démarche coopérative, ce que montre l’analyse conversationnelle des échanges.
Pour proposer des services technologiques innovants et adaptés aux besoins des entreprises et pouvant être rendus à la filière textile, nous avons commencé par étudier les processus de cette filière, pour pouvoir ensuite développer des outils informatiques, en suivant les étapes de la démarche MeDICIS (pour Methodology for Designing Interenterprise Cooperative Information System) (Boughzala, 2001).
Pour expérimenter notre démarche dans un contexte spécifique et dans le cadre de cette étude, après avoir analysé les relations au niveau macro, nous nous sommes focalisés au niveau micro sur la relation entre un tricoteur et un teinturier et nous avons identifié différents scénarii de travail coopératif par rapport à l’activité du tricoteur. L’analyse était faite au niveau intra et interpartenaires des processus métiers. Le résultat de cette analyse nous a conduit à conclure que les deux partenaires teinturier et tricoteurs, sont intégrés par les données, c’est pourquoi l’outil nécessaire à cette relation relève des outils appartenant au SI de communication.
L’outil que nous avons spécifié et développé est un outil de type WebEDI d’échange de documents informatisé basé sur Internet (plus évolué et moins contraignant qu’un EDI traditionnel ; Charmot, 1998) qui permet à ces deux partenaires d’échanger des données commerciales et techniques entre leurs systèmes d’information (bordereau de remise d’écru, bordereau de remise en teinture, bordereau de livraison, etc.) dans le cadre de la vente de tissu au mètre effectuée par le tricoteur.
L’analyse pragmatique et linguistique des réunions des spécifications des bordereaux nous a permis de sélectionner les interprétations que pouvait faire un informaticien des besoins de deux partenaires. Cette analyse nous a aussi permis de mettre en évidence les jeux d’acteurs et de relation de place.
Les résultats des recherches menées en Sciences Humaines ont été intégrés à la conduite de projet en tant qu’outils d’accompagnement, permettant à l’informaticien chargée de la réalisation finale de disposer par exemple de signaux préventifs sur les risques éventuels de blocage ou d’échec et sur les manières de résoudre ces problèmes afin de proposer un service qui incite les acteurs à coopérer ou, au moins, qui offre la possibilité d’une supervision de la coopération interentreprises.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Abécassis C., Caby L. et al., Information Technology and coordination modes : the case of the apparel industry in France and US, International Telecom Society, Stockholm, 1998.
·  Alban D., Organisation du système d’information et stratégies d’entreprise étendue, thèse de Doctorat, IAE de Paris – Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, juin 1996.
·  Aubrey B., « Les conditions de possibilités du réseau », in I. Orgogozo (dir..), Les paradoxes du management, Paris, Les Editions d’Organisation, 1991, p. 150-155.
·  Boughzala I., Grenier C., Zacklad M., Rapport de recherche du marché 99 1B 693 (FT/BD/CNET/DES/ASI), Phase 1 : Guide d’entretien pour la redynamisation de la filière textile et évolutions du maquettage de l’application Web-EDI, 2000, p. 2r1.
·  Boughzala I., Marcoccia M., Atifi H., « L’apport de l’interdisciplinarité dans la conduite des projets NTIC : expérimentation dans la filière textile », Actes du colloque CITE’2001 : Coopération, Innovation et TEchnologies, 29-30 novembre 2001, Troyes, France, 2001, p. 65-86.
·  Boughzala I., Zacklad M., Rapport de recherche du marché 98 1 B330 (FT/BD/CNET/DES/ASI), Phase 2 : Audit et Modélisation des échanges des données et enjeux de l’EDI dans la filière textile, 1999, p. 1r2.
·  Boughzala I., Zacklad M., Rapport de recherche du marché 98 1 B330 (FT/BD/CNET/DES/ASI), Phase 3 & 4 : Spécification et maquettage de l’application WebEDI et expérimentation des hypothèses, 1999, p. 1r3.
·  Boughzala I., Zacklad M., Matta N., (2000). « Towards an Extended Enterprise Memory in Textile industry », PAKM2000 : Third International Conference on Practical Aspects of Knowledge Management, 30-31 octobre 2000, Bâle, Suisse, 2000, p. 4-1, 4-7.
·  Boughzala I., Démarche méthodologique de conception de système d’information coopératifs interagents pour la gestion des connaissances, thèse de doctorat en informatique, Paris 6 Jussieu, 20 décembre 2001.
·  Charmot C., Echange de données informatisé, Paris, Presses Universitaires de France, 1997.
·  Ermine J.-L, « Capitaliser et partager les connaissances avec la méthode MASK », Traité IC2 (Information, Commande, Communication), Vol. Ingénierie et capitalisation des connaissances, Paris, Hermès, 2001.
·  Kerbrat-Orecchioni C., « Les négociations conversationnelles », Verbum, tome VII, fasc. 2-3 : p. 223-243, 1984.
·  Kerbrat-Orecchioni C., Les interactions verbales, tome 2, Paris, Armand Colin, Chap. 2 : La relation verticale : le système des places, 1992.
·  Puthod, D., « La confiance, condition de la coopération et de la pérennité des alliances ». In T. Froehlicher et S. Vendemini, (dir.), Connivences d’acteurs, contrats, coopération interentreprises et métaphore des organisations. Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1999.
·  Rumbaugh, J., Jacobson, I., Booch, G., The Unified Modeling Language Reference Manuel, Addison-Wesley, Reading, MA, 1999.
·  Tapscott, D., Caston, A., L’entreprise de la deuxième ère. La révolution des technologies de l’information, Paris, Dunod, 1995.
 
NOTES
 
[1]Hassan Atifi (linguistique pragmatique), Imed Boughzala (ingénierie des connaissances et CSCW), Jany Gaubert (sociologie du travail), Corinne Grenier (sciences de gestion), Michel Marcoccia (analyse conversationnelle). Le programme était piloté par Manuel Zacklad (sciences cognitives), directeur du laboratoire Tech-CICO.
[2]Dans le cadre de cet article, nous livrons tels quels les résultats de l’analyse. Le détail de l’analyse et la méthodologie mise en place sont présentés dans Boughzala, Marcoccia, Atifi, 2001.
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Matrice de correspondance
Diagramme de classes du modèle de communication
Diagramme de séquences cas 1 (Boughzala et al., 1999)
Diagramme de séquences cas 2 (Boughzala et al., 1999)
Le diagramme de déploiement de l’application WebEDI
Le diagramme de composants de l’application WebEDI
L’application WebEDI (Boughzala et al., 2000)