2003
Document numérique
ARPEM : une expérience concrète de mutualisation sur le campus grenoblois
Jean-Michel Mermet
Christine Carrère
Grenoble Universités Campus OuvertDomaine Universitaire, Maison des Langues et des Cultures1141, avenue centrale, BP 25F-38040 Grenoble cedex 9
Les ressources pédagogiques numériques créées dans les universités sont actuellement peu mutualisées. Les raisons que nous avançons sont leur manque de visibilité, la fragilité inhérente aux documents numériques, l’absence historique de gestion de ce type d’objets par les bibliothèques et les questions de propriété intellectuelle. Nous présentons le projet ARPEM, mis en place par Grenoble Universités pour répondre à cette problématique. Les premiers mois de fonctionnement nous permettent de présenter un rapport d’étape et les évolutions prévisibles du projet.Mots-clés :
ressources pédagogiques numériques, mutualisation, gestion, enseignement supérieur, Learning Object Metadata, propriété intellectuelle, Zope.
The educational digital objets created in the universities are generally not shared among teachers. Reasons we analyse are the lack of visibility, the fragility inherent in digital documents, the lack of management from libraries and copyright issues. We present ARPEM, a project originated from Grenoble Universités set up to deal with these problems. We analyse its first 3 months on-line and conclude on the foreseeable evolutions of the project.Keywords :
educational digital objet, sharing process, management, higher education, Learning Object Metadata, copyright, Zope.
Force est de constater que la mutualisation des ressources pédagogiques numériques créées au sein des universités n’est pas couramment pratiquée. Elle présente pourtant de nombreux intérêts, dont une gestion plus saine des ressources publiques affectées à la création de tels documents. Une analyse des causes de cette situation nous a permis de développer un projet y répondant, et les premiers mois de fonctionnement nous permettent d’ébaucher ses évolutions.
1. Forces et faiblesses des documents pédagogiques numériques pour leur mutualisation
1.1. Les documents pédagogiques numériques sont peu visibles
L’un des points délicats mais néanmoins importants dans la recherche des objets pédagogiques à réutiliser dans les campus est de savoir qu’ils existent. La connaissance de leur existence ne dépasse souvent pas le cercle finalement très confidentiel d’une équipe d’enseignants et de leurs élèves. Même les financeurs que sont les universités (ou les groupes d’universités comme à Grenoble avec le consortium Grenoble Universités) ou d’autres institutions (ministères, régions, communautés d’agglomération) ont de grandes difficultés à repérer les productions numériques qu’elles ont accepté de soutenir. Il est de ce fait difficile de connaître, en dehors de leur lieu de réalisation, les ressources pédagogiques existantes et de savoir sous quelle licence d’usage elles seraient éventuellement réutilisables par d’autres enseignants que leurs auteurs.
1.2. Les documents numériques sont fragiles
Par nature, les objets numériques peuvent être qualifiés de « fragiles ». Stockés sur des supports non pérennes et mécaniquement fragiles, ils sont souvent dépendants :
- du système d’exploitation concernant le codage de l’information. Par exemple, malgré les efforts importants pour que les « univers informatiques » communiquent, un document texte accentué créé sous Windows ne sera pas forcément rendu correctement sous Unix ni sur Mac de façon automatique ;
- du logiciel de création initial pour la relecture de leur contenu. La fameuse « compatibilité ascendante » prônée par les grands éditeurs de logiciels est régulièrement mise en défaut, et comme ces grands éditeurs ne publient pas les caractéristiques de leurs formats de documents, la « remise à niveau » d’un document mal lu par un logiciel successeur du créateur est parfois ardue. Sans compter que certains logiciels disparaissent ou deviennent inaccessibles. La tendance actuelle en faveur des formats ouverts, dont les spécificités sont parfaitement connues, est une réponse crédible à ce problème ;
- de l’existence d’un environnement d’autres fichiers sans lesquels le document numérique ne « fonctionne pas ». Il peut s’agir de fichiers multimédias, de fichiers de configuration, de fichiers réglant l’environnement, de feuilles de style, etc. L’interdépendance des fichiers est objectivement source de fragilité de chacun des éléments ;
- de l’existence de lecteurs en ordre de marche pour accéder à l’information contenue sur le support. Qui dispose encore d’un lecteur de disquettes 5’1/4 ? Et pourtant, des contenus numériques pertinents s’y trouvent encore et bientôt seules les associations de sauvegarde du vieux matériel informatique pourront les récupérer. A Grenoble, l’association ACONIT, qui a une activité commerciale soutenue avec des grands groupes de la recherche publique et de l’industrie, récupère ainsi des contenus sur bande, sur cartes perforées, etc.
1.3. Historiquement, les documents pédagogiques créés en interne ne sont pas gérés par les institutions
A la différence des documents édités ou ayant un statut de vecteur de la recherche (articles scientifiques, actes de conférence, thèses, etc.), les documents pédagogiques spécifiquement créés en interne par les enseignants ne sont pas, encore actuellement, gérés par leurs institutions d’appartenance. Il est du ressort de l’enseignant de créer, maintenir, diffuser, archiver, transmettre le cas échéant, ses propres productions. Tant que les documents n’existaient que sous format papier, il était possible aux enseignants, tant bien que mal, d’assumer ces tâches.
Par contre, l’irruption des nouvelles technologies éducatives a considérablement compliqué la pratique :
- les document électroniques sont beaucoup plus complexes à fabriquer. Les compétences nécessaires à la fabrication d’un film, d’une séquence multimédia ou même d’un site web statique (digne de ce nom) sont souvent difficiles à acquérir par les enseignants. Ceux-ci sont amenés à travailler en équipe pour les réaliser, ce qui n’est pas sans poser d’autres types de difficultés ;
- les documents électroniques sont plus complexes à maintenir en fonctionnement, en raison des points évoqués plus haut ;
- les documents électroniques sont difficiles à archiver (et notamment à classer de façon à pouvoir être retrouvés) et à mutualiser en garantissant le respect de la propriété intellectuelle.
Par ailleurs, le caractère nouveau de ce type de ressources en fait des objets inhabituels pour les centres de documentation et les bibliothèques. Le recensement et le catalogage de tels objets n’y est pas pris en charge à l’heure actuelle.
1.4. Quand la propriété intellectuelle s’en mêle…
Les enseignants auteurs sont très jaloux de leurs prérogatives : ils souhaitent être perçus comme des auteurs au sens du CPI (Code de la propriété intellectuelle), ils exigent à juste titre que l’on respecte leurs productions et qu’ils soient cités et non pillés.
En ce sens, le CPI est un « facilitateur » de la mutualisation puisqu’il garantit à l’auteur le droit à la paternité et au respect de l’œuvre (droit moral). Un enseignant auteur devra donc être cité par ses pairs lorsqu’ils utiliseront une partie de sa ressource (courte citation). Et celle-ci ne pourra être modifiée que si l’auteur initial en donne explicitement l’autorisation.
Nous voyons donc aussi que cette protection peut jouer comme un frein car si un auteur n’autorise pas l’utilisation, la modification ou l’adaptation de sa ressource, la mutualisation peut devenir impossible. Or les ressources numériques nécessitent des adaptations pour les rendre compatibles avec les outils de délivrance de cours par exemple.
D’où la nécessité, si on veut encourager la mutualisation, de mettre les auteurs en relation pour qu’ils puissent s’échanger demandes et autorisations.
Mais les « auteurs » sont-ils vraiment à même de délivrer ces autorisations ? Attention : un auteur peut en cacher un autre !
Les enseignants auteurs sont des fonctionnaires : l’avis du Conseil d’Etat, dit OFRATEME stipule que pour raison de service l’établissement de rattachement est titulaire des droits sur les œuvres produites par des fonctionnaires.
Voilà qui devrait faciliter la mutualisation puisque les établissements ont tout intérêt à mettre en commun leurs ressources pédagogiques (gain de temps, réduction des coûts humains et financiers). On perçoit cette volonté de la part du ministère via les campus numériques qui revenaient à des consortiums d’établissements publics et où les ressources produites devaient être « exploitables » par l’ensemble des membres du consortium moyennant tout de même des conventions.
Mais cet avis est très polémique, ancien, remis en cause par des juristes « privatistes » et surtout globalement non accepté par les enseignants auteurs qui préfèrent garder leur production pédagogique confidentielle plutôt que « d’en faire cadeau » à l’Etat.
D’où la nécessité, toujours si on souhaite encourager la réutilisation des ressources, de permettre à l’établissement d’avoir la visibilité sur ses productions, sur l’attitude de certains enseignants et éventuellement de mener une vraie politique de mutualisation.
Reste la question des contreparties financières, ce qui est en limite des aspects juridiques mais qui représente souvent le nerf de la guerre :
- les enseignants sont peu ou mal rémunérés pour leur production. Que celle-ci s’effectue sur ou hors service, la rémunération sera de toute façon hors de mesure par rapport au temps réel passé pour la conception de ressources pédagogiques multimédias. De plus, ils n’obtiendront aucune reconnaissance en termes de carrière pour cette production ;
- ils ne peuvent non plus être rémunérés pour l’exploitation de ces ressources. Il est impossible à un agent comptable de verser des droits d’auteur à des enseignants de son établissement. Le recours aux heures complémentaires a la mauvaise presse que l’on sait.
Clairement, les enseignants préfèrent passer par des éditeurs privés et ceux-ci n’ont pas intérêt à favoriser la mutualisation. A cela, Grenoble n’a pas encore répondu. Il se peut que les SAIC permettent, à terme, en se substituant aux éditeurs privés, d’assurer la gestion collective des droits patrimoniaux et en cela de parfaire la politique de mutualisation des établissements.
2. La solution ARPEM du dépôt jusqu’à la réutilisation
2.1. Historique du projet – postulats de base
ARPEM est un dispositif de gestion, de sauvegarde et de mise à disposition des ressources pédagogiques multimédias produites par les enseignants au sein des universités du consortium Grenoble Universités.
ARPEM s’appuie sur GreCO. Le projet GreCO (GreCO, 2003), initié au sein de l’académie de Grenoble depuis l’année 1999, est un projet Interuniversitaire d’envergure né de la volonté fédératrice de Grenoble Universités, structure à laquelle s’est associée l’université de Savoie, de déployer harmonieusement l’usage des technologies de l’information et de la communication appliquées à l’éducation (TICE). Cofinancé par différents partenaires tels que le ministère de l’Education nationale, le conseil régional et Grenoble Alpes Métropole, GreCO développe une stratégie qui distingue les actions d’accompagnement et de formation, tels les projets opérationnels et les ateliers de formation, des projets stratégiques qui préparent les établissements aux mutations profondes que permet l’usage des TICE dans l’enseignement supérieur. Les projets opérationnels associés à GreCO sont issus d’initiatives de terrain développées dans les composantes des établissements pour améliorer le service aux étudiants en exploitant les potentialités des TICE.
ARPEM offre :
- un dépôt simplifié et rapide : l’enseignant ne renseigne que quelques champs indispensables dans un formulaire. Le reste du travail est assuré par un professionnel de l’indexation ;
- un archivage fiable, durable et sécurisé des ressources ;
- un catalogue riche et pertinent, construit avec l’aide de professionnels de la documentation. Des modes de recherche associés puissants et précis permettent de repérer efficacement les documents intéressants ;
- une mutualisation parfaitement contrôlée, régie par des licences explicites. Tous les utilisateurs d’ARPEM sont authentifiés ;
- une bonne visibilité des productions : enseignants auteurs et ressources numériques gagnent en visibilité grâce à ARPEM. Cette visibilité est particulièrement intéressante pour les universités, éditeurs institutionnels des ressources numériques, mais aussi les ministères, les collègues, etc.
ARPEM est une application entièrement basée sur la technologie Zope. Zope présente plusieurs avantages pour ce type de développement :
- c’est un serveur d’application libre et mature. Seuls les développements sont payants (mais le code produit est ouvert). Nous avons d’ailleurs pris en charge un certain nombre d’entre eux, et, suite à une formation adéquate, nous sommes désormais capables d’effectuer des modifications substantielles dans l’application, sans faire appel à la société de services…
- c’est un logiciel full-web côté client, qui respecte parfaitement les standards du web. C’est la garantie que tous nos utilisateurs accéderont dans les mêmes conditions aux services qu’ARPEM propose ;
- la gestion des utilisateurs, de la sécurité et des transactions est effectuée nativement, ce qui simplifie les développements et minimise les failles de sécurité.
ARPEM est lui-même un logiciel libre. Son code est disponible sous licence OpenSource et a été diffusé à l’ensemble de la communauté via SourceForge, à http:// sourceforge. net/ projects/ arpem/ . ARPEM a bénéficié lors de sa création en 2001 d’une aide de la région Rhône-Alpes de 47,26 kEuros suivie en 2002 d’un complément de 35 kEuros. Conformément au planning du projet, l’application est en ligne à http:// arpem. grenet. fr et recèle déjà des ressources accessibles pour les enseignants du supérieur. Toute la documentation du projet (cahier des clauses techniques, maquettes, interventions…) est librement accessible à http:// libris. grenet. fr/ arpem.
Dès les premiers mois de réflexion autour d’ARPEM, un certain nombre d’options semblèrent à même de permettre au projet d’aboutir :
- Pas de connexion directe avec les plates-formes pédagogiques. ARPEM a été conçu comme un outil d’archivage et de mutualisation de ressources pédagogiques indépendantes des plates-formes de délivrance de cours telles que Lotus Learning Space, WebCT, etc. D’une part, plusieurs plates-formes concurrentes étaient déjà installées sur Grenoble Universités au démarrage du projet et il était hors de question d’imposer l’utilisation de l’une d’entre elles au détriment des autres pour permettre l’archivage. D’autre part, il nous paraissait inacceptable de faire dépendre un tel projet, appelé à s’inscrire dans la durée, d’une quelconque solution commerciale.
- L’implication des bibliothèques. Les bibliothèques universitaires sont, à notre avis, actuellement beaucoup trop peu impliquées dans les projets d’utilisation des technologies de l’information et de la communication pour améliorer l’enseignement universitaire. Or l’indexation de contenu informationnel est une mission historique des bibliothèques et centres de documentation universitaires. Nous avons voulu, dès l’initiation de ce projet, les impliquer fortement. Ceci s’est traduit par notre volonté de faire d’ARPEM une mission des bibliothèques universitaires. Concrètement, nous prévoyons de localiser l’indexeur ARPEM dans l’une d’entre elles, et nous insistons pour que ce projet soit intégré en bonne place dans les contrats quadriennaux concernant la documentation.
- ARPEM, un système d’archivage pour l’auteur et pour l’institution. ARPEM est avant tout un système d’archivage et toutes les ressources jugées achevées par leur auteur peuvent y être déposées. Notre volonté est d’offrir un espace de stockage sûr, pérenne et organisé pour les objets pédagogiques que l’enseignant développe. Jusqu’à présent, ce dernier ne disposait parfois que de sa station de travail pour conserver des ressources très coûteuses en temps de développement, sans véritable mode ou outil d’archivage. Bien entendu, les versions « exécutables » de ses ressources, stockées sur une plate-forme de délivrance de cours, ont plus de chance d’être sauvegardées correctement (quoique…), mais ces dernières ne sont généralement plus modifiables. Parfois, même la volonté de l’enseignant peut faire défaut. Nous avons recueillis plusieurs témoignages indiquant qu’à la fin de projets X ou Y, par manque de financement complémentaire ou par simple désintérêt, des productions pédagogiques coûteuses sont stockées dans les « oubliettes » que constituent certains placards de couloirs… Que dire enfin de ces enseignants partis (mutation, retraite, etc.) de l’université qui a financé leurs ressources pédagogiques, et qui les ont emmenées avec eux, ou même jetées…
- ARPEM, un outil de mutualisation contrôlée. L’idée de mutualiser les ressources produites par l’université provient d’observations évidentes sur le coût des développements multimédias et sur la duplication de ces développements au sein même d’une université. Patrick Chevalier, de la société Aska, relève, dans le document « Le rapport coût/efficacité des technologies en formation » (Chevalier, 2002) que la réutilisation des documents (images, animations) est décisive à long terme. L’argument est donc économique, mais ce n’est pas le seul. En effet, l’accroissement des connaissances s’est toujours trouvé facilité par l’échange d’expériences et l’analyse du travail d’autrui. Les auteurs du rapport Tendances actuelles de la formation à distance en Suisse (Peraya, 1995) déploraient déjà en 1995 cette absence d’échanges entre acteurs de la FAD dans lequel ils incluaient les ressources pédagogiques. Nous sommes convaincus qu’il en est de même avec l’ingénierie pédagogique. Si la mutualisation que nous défendions s’assimilait à un don sans espoir de juste retour, elle ne serait pas acceptée par les équipes enseignantes. Au contraire, si l’institution ou l’auteur ne souhaitent pas diffuser ces ressources sous une licence de type Open Source ou Open Content, ARPEM propose une mutualisation contrôlée. Lorsqu’un visiteur authentifié désire télécharger une ressource pédagogique, ARPEM envoie une notification à l’auteur de cette ressource qui, au vu de l’identité du demandeur et des conditions d’usages ultérieurs que compte en faire ce dernier, autorise ou non l’accès. Il peut aussi entamer avec le demandeur un dialogue de nature commerciale, ou de partenariat. Les aspects commerciaux et de gestion des droits ne sont sciemment pas couverts par le projet ARPEM. Il n’est pas dans les missions d’ARPEM de se substituer aux institutions pour gérer leur édition. Par ailleurs, chaque université, en rôle d’éditeur des ressources produites en son sein, peut accéder à tout moment à la liste de « ses » objets déposés dans ARPEM, et au récapitulatif des partages qui ont été consentis par les auteurs. Pour l’ensemble de ces fonctionnalités de mutualisation, ARPEM joue le rôle d’intermédiaire et simplifie autant que faire se peut les actions à effectuer par les visiteurs, auteurs et les éditeurs.
2.2. L’archivage des documents dans ARPEM
Après s’être fait authentifier sur l’interface web du système ARPEM, l’enseignant auteur de ressources numériques est invité à transmettre son document au système sous 3 formats :
- le format dit « exécutable », tel qu’il est utilisé sur les plates-formes de diffusion de cours. Il s’agit par exemple d’un fichier PDF protégé contre la modification et le copier-coller ;
- le format dit « source », qui a permis de créer l’exécutable. Il s’agit cette fois-ci d’un document modifiable, éventuellement réappropriable par un autre enseignant. Ce peut être un source Latex, un document OpenOffice.org, un source C, etc. ;
- le format dit « vitrine », une démonstration, une copie d’écran, tout ce qui peut permettre de présenter l’objet sans qu’il soit utilisable.
Le document est stocké dans la base de données interne, et l’enseignant est alors conduit à remplir quelques zones d’identification du document.
2.3. Le traitement documentaire des documents pédagogiques
L’intégration d’un nouveau document dans ARPEM nécessite ensuite une étape approfondie d’indexation. C’est un point qui nous a semblé essentiel. La qualité de la description de contenu conditionne en effet la richesse d’interrogation du catalogue et la pertinence des résultats de recherches. Savoir décrire un contenu ne s’improvise pas, c’est le métier des documentalistes et bibliothécaires
[1].
Notre vision était d’impliquer les professionnels de la documentation, et de partager l’indexation entre auteurs et documentalistes. ARPEM reflète ce choix en proposant un formulaire à deux niveaux (auteur et indexeur), et un système de workflow dans la saisie de nouvelles notices de description d’objets pédagogiques.
L’indexation d’objets pédagogiques ne peut s’effectuer de manière pertinente ni avec l’ensemble standard des métadonnées du DublinCore, ni avec les outils bibliothécoéconomiques usuels (MARC, etc.). Le standard LOM (Learning Object Metadata), initié notamment par la fondation Ariadne, et produit par le IEEE LTSC P1484.12 LOM working group (LOM2, 2002), a été développé précisément dans le but de décrire correctement de tels documents. L’implémentation qui était en cours lors de la rédaction du cahier des charges de l’application ARPEM était la Draft 6.1 (LOM1, 2001).
Lors de plusieurs sessions de travail, nous avons défini comment nous allions implémenter cette norme pour le projet ARPEM, tout en restant bien entendu conformes à la norme. Nous avons décidé de ne pas utiliser certains champs (par exemple la densité sémantique), d’en présaisir certains (par exemple, le nom du catalogue) et d’en imposer d’autres (par exemple, l’identité de l’auteur) (ARPEM, 2002). La complexité de la structure d’une notice LOM est en grande partie cachée pour l’utilisateur.
Figure 1
Onglet « Pédagogie » de la grille de saisie auteur
2.4. Les modes de recherche des documents pédagogiques dans ARPEM
Le visiteur désirant repérer des ressources pédagogiques dans ARPEM peut utiliser des systèmes de sélection et de recherche à la fois pertinents et simples à mettre en œuvre :
- une recherche par formulaire permet de sélectionner les notices pertinentes vis-à-vis de plusieurs critères, dont les champs descriptifs du contenu intellectuel, les personnes ou entités qui, à un titre ou un autre, ont participé à la création de l’objet pédagogique et le type d’objet pédagogique ;
- une sélection par navigation dans un arbre des domaines de la connaissance (classification décimale de Dewey (DEWEY, 2002)) permet en trois clics de sélectionner des objets par le thème qu’ils abordent.
Figure 2
Exemple de recherche par thèmes
2.5. Le principe de mutualisation d’ARPEM
ARPEM stocke et mutualise des objets modifiables ; en effet, lors de nos premières discussions avec des enseignants du supérieur, nous avons validé le fait que le désir de réutiliser un objet créé par un tiers était subordonné à la possibilité de le modifier, même légèrement. En effet, chaque enseignant a son propre style et ses propres notations, sa propre progression pédagogique. Lui permettre de s’approprier les documents numériques est, nous semble-t-il, un gage de succès.
C’est en partant de ce postulat, qu’ARPEM demande aux auteurs non seulement l’« exécutable » de leur objet pédagogique (document PDF, animation flash, applets Java…), mais surtout le « source » de cet objet (document RTF, script flash, codes source Java…), document modifiable, pouvant être mis à jour, refondu, réécrit et surtout réapproprié.
Chaque document est accompagné d’une licence d’utilisation, spécialement rédigée par des juristes spécialistes du droit de la propriété intellectuelle, choisie parmi les quatre proposées par défaut :
- licence permettant seulement la consultation ;
- licence d’utilisation gratuite sans modification du contenu ;
- licence d’utilisation gratuite avec modification du contenu ;
- licence libre (General Public Licence ou OpenContent).
L’enseignant peut aussi rédiger son propre texte de licence, en s’inspirant ou non des propositions ci-dessus. Dans tous les cas, il est de la responsabilité de l’enseignant de s’assurer que le texte de licence attaché à ses productions est en adéquation avec l’avis OFRATEME cité plus haut et avec la politique d’édition de son établissement. C’est un point sur lequel ces derniers seront à notre avis de plus en plus pointilleux à l’avenir.
Plus tard, un enseignant en quête de ressources pédagogiques numériques effectuera une recherche sur le catalogue ARPEM et repérera un document intéressant. Il pourra en consulter la notice pour s’assurer de la pertinence de l’objet.
Figure 3
Exemple de notice ARPEM
Si cette notice décrit un objet qui l’intéresse, le visiteur peut utiliser l’interface d’ARPEM pour demander l’accès à l’objet lui-même, par un processus de workflow classique, dans le respect de la licence choisie par l’auteur.
3. Rapport d’étape et poursuite du projet
A l’heure de rédaction de cet article, ARPEM n’est réellement entré en service que depuis trois mois. Nous avions fixé des indicateurs pour mesurer la montée en charge du système, notamment le nombre d’enseignants auteurs et le nombre de ressources déposées et nous pourrons d’ici neuf mois tirer un bilan concret d’un an de fonctionnement. Aujourd’hui, les chiffres obtenus sont encore faibles : quelques dizaines d’objets et moins d’une dizaine d’enseignants auteurs.
Nous tentons ci-dessous d’analyser les tendances que nous voyons se dessiner sur le terrain et les évolutions que nous comptons apporter à la maîtrise d’œuvre du projet pour maximiser ses chances de réussite.
3.1. Le projet n’est pas suffisamment connu des enseignants susceptibles d’y déposer des ressources
Les universités ne sont pas des organismes dans lesquels les innovations se répandent rapidement peut-être parce qu’il n’existe pas de systèmes d’informations global. Les technologies de l’informations et de la communication appliquées à l’enseignement s’y diffusent à compte-gouttes.
ARPEM souffre de la même difficulté à se faire connaître et nous prévoyons dans les prochains mois de nombreuses actions d’information auprès des enseignants susceptibles de déposer des ressources. Nous comptons également beaucoup sur le bouche à oreilles entre enseignants.
3.2. Les institutions n’incitent pas leurs enseignants à déposer dans ARPEM
Assez curieusement, et alors qu’ARPEM est né de la volonté des présidents d’université de mieux gérer et mutualiser les ressources pédagogiques créées à Grenoble Universités, ces derniers n’incitent pas encore les enseignants à utiliser cet outil. Nous comptons donc les rencontrer prochainement, pour mieux leur faire prendre conscience de l’importance de leur rôle dans le succès d’un tel projet.
3.3. Les enseignants qui pourraient déposer sont réticents à le faire
Nous constatons que nombre d’enseignants qui pourraient déposer des ressources pédagogiques ne le font pas. Bien entendu, le projet fonctionne depuis trop peu de temps pour qu’on puisse évacuer les questions de planning et le fait que les enseignants sont moins chargés à d’autres périodes de l’année. Cependant, nous percevons également que l’acte de publication n’est pas neutre pour l’enseignant et qu’il a conscience de s’y dévoiler. Mais alors que les règles de la publication de la recherche sont bien établis, avec des pratiques bien définies de la part des laboratoires, avec des comités de lecture qui assurent la validation des pairs, il n’en est pas de même pour la publication des documents pédagogiques. Souvent, les enseignants nous demandent des délais supplémentaires pour réviser « une dernière fois » leurs documents avant le dépôt fatidique ! Cela retarde bien évidemment le processus…
3.4. Le projet n’est pas connu des enseignants susceptibles d’y trouver des ressources
Le public susceptible d’être intéressé par ARPEM peut se situer dans n’importe quel pays francophone mais ARPEM s’adresse actuellement prioritairement aux enseignants du consortium de Grenoble Universités. La promotion est quelque peu délicate à faire dans l’immédiat en raison du faible nombre de ressources disponibles. Nous craignons qu’une découverte actuelle du contenu du catalogue ARPEM ne soit finalement contre-productive. Là encore, nous comptons communiquer auprès d’eux, mais dès que le catalogue contiendra un nombre significatif d’objets.
3.5. Le projet n’est pas encore pris en charge par les bibliothèques universitaires et n’est pas perçu en conséquence comme pérenne
Dès les prémisses du projet, nous avions pointé le fait qu’ARPEM devrait nécessairement être « reversé » à l’un des deux services interuniversitaires de coopération documentaire de Grenoble Universités. Cela n’a jusqu’à présent pas été possible. Or, tant que l’application sera portée par GreCO, structure en mode projet appelée à disparaître, les acteurs peuvent raisonnablement douter de sa pérennité. Cet ancrage est donc primordial. Les difficultés rencontrées par les SICD à trouver en local les moyens nécessaires pour héberger l’application et l’indexeur sont l’une des raisons qui nous ont incités à mutualiser les coûts et à proposer le transfert d’ARPEM à la région Rhône-Alpes (portage par la CURA, la conférence universitaire Rhône-Alpes). Un nouveau dossier de financement INCA vient d’être déposé en ce sens.
La localisation d’ARPEM devant avoir lieu dans les bibliothèques universitaires de la région, la structure représentative de ces bibliothèques universitaires, BRAIN (bibliothèque Rhône-Alpes d’information numérique), organe de la CURA, apparaît comme bien adaptée pour mener la maîtrise d’ouvrage d’un tel projet au niveau régional. Cette structure rassemble en effet l’ensemble des partenaires représentatifs des bibliothèques universitaires rhône-alpines.
Notre analyse initiale concernant les critères d’appropriation de l’outil par les enseignants faisait apparaître la nécessité cruciale, pour le déposant, de pouvoir s’adresser à un contact local, « l’indexeur ARPEM », capable de l’assister dans le dépôt de ressources, et jouant le rôle de correspondant ARPEM local. Ce dernier joue un rôle fondamental dans le maintien de l’engagement des enseignants, et « humanise » des démarches complètement automatisées par ailleurs. Professionnel de l’indexation, localisé dans les structures documentaires des établissements, il forme les producteurs aux méthodes efficaces de description de leurs contenus.
Pour conserver cet aspect du projet, un point crucial de réussite à notre avis, l’extension d’ARPEM au niveau régional doit s’accompagner de la mise en place d’indexeurs dans tous les établissements (ou à défaut dans tous les campus) participants. Il est logique de localiser ce service aux enseignants au niveau des services communs de documentation (SCD). L’application quant à elle pourra être soit centralisée, soit distribuée par établissements ou groupes d’établissements. La logique qui prévaudra au choix d’une solution ou d’une autre sera guidée par des critères techniques et politiques à étudier.
L’existence de plusieurs applications ARPEM entraînera le besoin de pouvoir méta-interroger, en une seule étape, l’ensemble des catalogues. Des outils permettant cette fonctionnalité existent déjà (par exemple le logiciel AskOnce® de Xérox, dont BRAIN possède une licence) mais d’autres solutions pourront être envisagées et apparaîtront peut-être lors de l’étude spécifique sur ce point.
3.6. L’application ARPEM est perfectible
Quelques mois de fonctionnement d’ARPEM et les retours que nous avons eu suite à nos présentations nous ont permis d’inventorier les améliorations à apporter au logiciel. Ainsi, de nouvelles fonctionnalités vont être ajoutées, dont, par ordre de priorité :
- l’enregistrement de l’historique de partage de ressources d’un auteur, à destination des auteurs eux-mêmes, mais également des éditeurs ;
- la notion de groupe d’utilisateurs avec droits spécifiques au groupe. Ceci permettra par exemple à tout un groupe de pouvoir accéder, sans le processus de workflow standard, à toutes les ressources d’un producteur ou d’un groupe de producteurs ;
- l’implémentation de la dernière version des LOM. Depuis les spécifications du cahier des clauses techniques qui préconisait à l’époque l’utilisation de la norme en cours (Learning Object Metadata Draft 6.1), la norme a évolué pour intégrer les derniers travaux des équipes internationales spécialisées sur le sujet. L’application devra donc utiliser la dernière version des LOM, avec soit transfert des anciennes notices dans la nouvelle norme, soit interopérabilité ascendante avec cette dernière ;
- la recherche en texte intégral dans les objets pédagogiques. En effet, à l’heure actuelle, seul le contenu des notices est analysé par l’outil de recherche interne. Il conviendrait de pouvoir prendre en compte également les zones textuelles des ressources pédagogiques le cas échéant ;
- l’enregistrement de l’historique de recherche d’un visiteur d’ARPEM de manière à ce que d’une visite à l’autre, le visiteur puisse retrouver ses requêtes ;
- la possibilité de demander plusieurs objets à la fois et, pour l’auteur, de répondre en une seule fois à l’ensemble des objets demandés par un ou plusieurs demandeurs, le tout pour accélérer et simplifier l’utilisation du logiciel ;
- la possibilité d’effectuer différents tris de la liste de réponses, en fonction de la date d’entrée dans ARPEM (par défaut dans la version 1) mais aussi, par pertinence (les n critères remplis, les n-1 critères remplis, les n-2 critères remplis, etc.) ;
- la possibilité d’envoyer au demandeur un CD gravé avec les objets autorisés, dans le cas ou les objets demandés ont un volume qui ne permet pas leur transfert par le réseau Internet. Ceci sera particulièrement utile dans le cas des vidéos ;
- une foire aux questions (FAQ) complétera utilement l’aide en ligne ;
- la création d’un club d’utilisateurs avec privilèges exclusifs et lettre d’information fidélisera les utilisateurs et les producteurs.
Enfin nous mettrons en place des micro-groupes de travail spécialisés, à l’image de ce que nous avions déjà fait pour le développement de la version 1, pour étudier spécifiquement, entre autres :
- l’utilisabilité du site (étude ergonomique) ;
- les types d’indexation suivant l’usage pédagogique ;
- la question de la validation scientifique des contenus diffusés ;
- l’utilisation d’ARPEM comme d’un outil d’ouverture à l’international ;
- le passage au bilinguisme français-anglais. La version 1 d’ARPEM propose déjà des notices dont les champs descriptifs du contenu intellectuel sont dans ces deux langues. La version 2 d’ARPEM devra proposer un choix de langue pour l’interface. Sera abordée la question de la traduction automatique ou non des ressources elles-mêmes ;
- les procédures de conservation/exclusion des personnes authentifiées, non authentifiées et la gestion des comptes « abandonnés » ;
- la création, sur chaque ressource, d’un forum de remarques des visiteurs authentifiés afin de capitaliser les connaissances.
3.7. Des efforts de communication sont indispensables
Tant le passage de la version 1 à la version 2 que le transfert vers d’autres établissements rhône-alpins nécessiteront d’être accompagnés d’actions coordonnées et volontaires de communication et de formation comprenant :
- des formations à la mise en œuvre, à la maintenance approfondie et à l’utilisation de l’outil pour les indexeurs, mais aussi pour tous les autres rôles d’ARPEM ;
- des formations administrateurs pour la gestion informatique ;
- de nombreuses actions de communications internes et externes, à destination des enseignants, des chercheurs, des responsables institutionnels et des bibliothèques.
4. La réutilisation des ressources à Grenoble et en Rhône-Alpes : un combat de longue haleine
La mutualisation des ressources pédagogiques numériques à l’université ne dépend pas uniquement de simples facteurs techniques ou incitatifs. Son développement, nécessaire, ne s’effectuera que lentement, moyennant une prise de conscience de son importance par tous les membres de la communauté éducative. Poser la question de la mutualisation a également le mérite d’ouvrir le débat sur des points connexes mais oh combien importants, que sont la gestion de la propriété intellectuelle des œuvres créées dans le cadre d’un service public, mais aussi celui de la qualité des ressources pédagogiques.
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ARPEM, Archivage de Ressources PEdagogiques Multimédia, Cahier des charges [Visité le 11 mars 2002]. Available from Internet : <URL:http:// libris. grenet. fr/ arpem>
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Chevalier P., Le rapport coût efficacité des Technologies en formation, Une question de pédagogie et d’organisation. Sans date. [Visité le 11 mars 2002]. Available from Internet : <URL:http:// www. eife-l. org/ Docs/ CoutsPChevalier. pdf>
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Dewey Decimal Classification Home Page (OCLC Forest Press) [Visité le 11 mars 2002]. Available from Internet : <URL:http:// www. oclc. org/ dewey/ >
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Grenoble-Universités Campus Ouvert [Visité le 16 février 2003]. Available from Internet : <URL:http:// greco. grenet. fr>
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IEEE P1484.12/D6.1-18 April2001, Draft Standard for Learning Object Metadata [Visité le 11 mars 2002]. Available from Internet : <URL:http:// ltsc. ieee. org/ doc/ wgl2/ LOM_WD6-1_l_without_tracking. pdf>
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IEEE Learning Technology Standards Committee (LTSC), IEEE P1484.12 Learning Object Metadata Working Group [Visité le 11 mars 2002]. Available from Internet: <URL:http:// ltsc. ieee. org/ wgl2/ >
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Peraya D., McCluskey A., Tendances actuelles de la formation à distance en Suisse. Décembre 1995 [Visité le 11 mars 2002]. Available from Internet: <URL:http:// tecfa. unige. ch/ tecfa/ research/ fad2/ dan. pdf>
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Dans la suite du document, nous n’utiliserons que le terme de documentaliste pour désigner cette profession et celle de bibliothécaire.