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Documentaliste-Sciences de l'Information

2001/1 (Vol. 38)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.381.0036
  • Éditeur : A.D.B.S.


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Quelles évolutions a connues l’INTD ces dernières années ?

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En ce qui concerne les formations assurées et les diplômes délivrés, la dernière décennie a été marquée par la création en 1993 d’un DESS en sciences de l’information et de la documentation spécialisées ; par l’arrêt, la même année, du Mastère en management de l’information stratégique [2]  Le mastère a existé pendant quatre ans, de 1990 à 1993,... [2]  ; par la création en 1997 d’un nouveau diplôme technique, en documentation audiovisuelle ; et par l’apparition, cette année même, d’une licence professionnelle.

Pourquoi avoir ajouté un DESS au Diplôme supérieur ?

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Le Diplôme supérieur, qui existe sous sa forme actuelle depuis 1971, est un diplôme d’établissement du CNAM, de niveau bac + 5. Le DESS a été mis en place pour permettre à nos diplômés de trouver du travail au même niveau dans les secteurs qui ne reconnaissent pas les diplômes d’établissement. Mais les cours sont communs aux deux formations, avec en plus des séminaires de méthode pour les DESS (entre vingt et trente élèves chaque année – soit une petite moitié de la promotion). La principale différence concerne le mémoire qui, en DESS, s’écarte du stage, du lieu et de la mission du stage, pour être beaucoup plus réflexif, en exigeant de prendre du recul, de développer une problématique et d’apporter des conclusions personnelles. Le sujet n’est pas donné par le responsable de stage mais par l’Institut, il y est travaillé par les élèves ; ils sont encadrés par un directeur de mémoire qui est un universitaire.

Mais une nouvelle formation est née, spécialisée en audiovisuel.

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Nous avons en effet enrichi notre cycle technique, en partenariat avec l’Institut national de l’audiovisuel, par le développement d’une formation en documentation audiovisuelle qui a démarré en 1997 et qui en est donc à sa quatrième promotion. Nous formons en un an des documentalistes qui apprennent le traitement de l’information sur les supports image fixe et animée, radio et, dans une moindre mesure, texte.

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Cette formation a beaucoup de succès : dès la première année nous avons rempli sans difficulté les vingt places proposées et chaque année nous recevons une centaine de candidatures. Avec un mélange entre des professionnels de l’image et du son – des monteurs par exemple – et des gens qui travaillent sur l’écrit et s’intéressent à l’audiovisuel. Cette formation ne s’adresse pas du tout à des personnes qui viendraient de la documentation « classique ». Ce sont des étudiants, comme à l’INTD même, ou des personnes attirées par la documentation et qui ont une certaine compétence en audiovisuel (il y a un test assez dur, pour accéder à ce cycle, de lecture d’images fixes et animées et de décryptage d’une bande son).

Les élèves

• Les promotions du cycle supérieur accueillent 80 personnes (70 nouveaux élèves sont recrutés chaque année, une dizaine suivent le cycle en deux ans, une trentaine préparent le DESS). Ce sont en grande majorité des étudiants en histoire, langues, lettres et sciences humaines (45 sur 70 à la rentrée 2000). Les autres se répartissent entre les sciences politiques, économiques et juridiques (9), les disciplines scientifiques (6) et artistiques (5), et l’information-communication (5). Tous les ans apparaissent quelques profils plus originaux : langues rares (japonais ou arabe), pharmacien, médecin, etc. Quelques étrangers, très rares : deux ou trois en moyenne par promotion.

• Les listes de mémoires de fin d’étude des cinq dernières promotions du cycle supérieur peuvent être consultées sur le site web de l’INTD : www. cnam. fr/ instituts/ INTD/

• Le cycle INA compte exactement 20 personnes, le cycle de Rouen 70 en deux promotions parallèles de 35 (un an et demi à raison de deux jours et demi par semaine), et le cycle en partenariat avec le CNFPT une vingtaine (formation sur deux ans). La CCI de Rouen a passé un contrat avec le CNED pour assurer par correspondance une formation qui débouche sur le diplôme INTD : une centaine de personnes y participent et entre 30 et 35 sont diplômées chaque année.

• Les stages de formation continue ont accueilli 180 personnes en 1999-2000.

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Un certain nombre de professionnels de l’audiovisuel se reconvertissent ainsi dans la documentation et, jusqu’à présent, ils ont trouvé à se placer dans leur nouvelle compétence. Avec un employeur important – pour l’instant – qui est l’INA, ainsi que les sociétés de production, les chaînes de télévision, des photothèques et agences de photo, quelques sociétés de consultants qui font de l’iconographie et de la recherche d’image animée. Il y a actuellement dans ce domaine-là un gros potentiel d’emploi, avec les sociétés de production de tous types qui s’aperçoivent qu’elles possèdent des quantités de documents qui n’ont jamais été traités.

Des documents qui présentent une spécificité par rapport aux documents « traditionnels « ?

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Une des spécificités de ce secteur, c’est que tout le monde parle d’« archives audiovisuelles », ce qui correspond en fait à nos « documents » papier – sauf que la télévision n’est pas enregistrée (c’est un flux) et que c’est en même temps le document et une archive. Quand on parle d’« archive audiovisuelle », les gens on parfois du mal à comprendre qu’il s’agit en fait du seul document qui existe. Il s’agit donc en même temps d’une conservation de type archivistique et d’une conservation de type documentaire exigeant un traitement documentaire. Un traitement très lourd imposé par ce que l’image animée ne saurait se traiter comme du texte. Il ne peut y avoir de travail de type bibliothéconomique : on traite ces documents séquence par séquence, plan par plan, etc. Même si cela ne se fait pas de la même manière, ce sont toujours des techniques documentaires qu’il faut appliquer !

Cette formation-là s’insère dans un ensemble de formations techniques de même niveau…

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Le diplôme INTD-INA est un diplôme technique accessible au même niveau que ceux des autres options (bac + 2). Toutes ces formations, plus anciennes, sont organisées en partenariat : avec la CCI de Rouen pour l’option Documentaliste d’entreprise, avec le CNFPT pour l’option Documentaliste des collectivités territoriales. Et nous avons aussi réalisé un cycle en Guadeloupe, dont une promotion est sortie l’année dernière, en partenariat cette fois-ci avec le Centre régional associé du CNAM à Pointe-à-Pitre.

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Et cette année a été habilitée la licence professionnelle de Sciences et techniques de l’information et de la documentation. Là aussi, nous avons décliné trois options : entreprises, audiovisuel et collectivités territoriales.

Revenons au cycle supérieur. Comment ont évolué ses contenus et l’organisation de la formation ?

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Depuis trois ou quatre ans, nous utilisons le Référentiel ADBS des compétences et depuis deux ans l’Euroréférentiel pour nous assurer que notre programme correspond bien aux compétences d’aujourd’hui. Cela nous a conduits à remettre à plat un certain nombre de contenus de formations.

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Mais notre problème principal, actuellement, avec le cycle supérieur, c’est que nous arrivons difficilement à tout faire en une année. Je sais que d’autres formations, pour remédier à de semblables situations, se sont spécialisées. Pour le moment, nous tenons à continuer à former des documentalistes ou professionnels de l’information, de type généraliste, avec une double compétence réelle. Nous avons très peu d’élèves qui ont une formation documentaire acquise antérieurement ; quand ils arrivent chez nous, ils ont une formation dans une autre discipline. Ce qui leur donne vraiment une double compétence : la compétence en management de l’information et la compétence disciplinaire. Nous préférons conserver cette optique-là, sans former exclusivement des gestionnaires d’information ou des veilleurs… Nous abordons évidemment ces spécialités, et un certain nombre de nos élèves se placent dans des emplois correspondants parce qu’ils ont un niveau supérieur élevé.

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Mais je ne sais pas combien de temps nous pourrons continuer ainsi à charger les programmes, en ajoutant une fois le knowledge management, une autre année le records management, etc. Même si certains éléments ont été fortement diminués, voire éliminés.

Les structures et les moyens

L’équipe permanente de l’INTD comprend neuf personnes : deux enseignants universitaires, quatre ingénieurs d’études (deux coordonnateurs des différents cycles, une secrétaire générale et une documentaliste responsable du Centre de ressources documentaires), deux administratifs et une adjointe. Les cours et les travaux pratiques sont assurés par des intervenants extérieurs, plus de 70 professionnels pour les deux cycles. Ils interviennent très ponctuellement ou sont chargés d’une partie importante de formation.

L’Institut dispose d’un Centre de ressources documentaires, centre spécialisé très riche en sciences de l’information. Il a développé une banque de données d’où est issu le Bulletin bibliographique INTD, créé en 1976 et disponible depuis 1998 sous forme électronique. Les lecteurs de cette revue en trouvent des extraits dans chaque numéro.

Deux associations gravitent autour de l’INTD : l’Association des anciens élèves (AINTD) et le Cercle d’étude et de recherche de l’INTD (ou INTD-ER).

Comme suite aux manifestations du cinquantenaire, l’INTD a le projet de publier un document comprenant notamment les comptes rendus, rédigés par les élèves, des deux tables rondes qui ont eu lieu sur les thèmes « Info-histoire » et « Info-éthique » et le catalogue de l’exposition « Objets techniques et documents liés à la documentation », avec des photos des objets exposés.

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Par ailleurs, nous essayons de préparer un peu mieux nos élèves à ne pas travailler obligatoirement dans des centres de documentation, c’est-à-dire à remplir des fonctions documentaires en dehors de structures spécialisées. Nous les incitons à répondre à des annonces qui ne sont pas forcément libellées « documentation ». Et ça marche : des services de ressources humaines, découvrant un CV de documentaliste, s’aperçoivent que c’est justement cela qui les intéresse, de cela qu’ils ont besoin. Nous avons vu, par exemple, une candidature spontanée pour un poste de documentaliste déboucher sur un recrutement sur un poste de knowledge manager.

L’INTD fait aussi de la formation continue…

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Cette activité n’est pas très développée actuellement, faute de moyens humains. Nous avons organisé des stages d’informatique documentaire ; nous venons d’assurer un stage de préparation au concours de chargé d’études documentaires, ainsi que quelques stages à la demande et d’autres en partenariat avec l’ADBS. Et en formation à distance nous avons deux projets de modules sur Internet, toujours avec l’ADBS : ils porteront sur la méthodologie de recherche d’information sur Internet et sur la mise en place d’un système d’information documentaire.

Quelle est la place de l’INTD au sein du CNAM ?

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L’INTD est un institut du Conservatoire national des arts et métiers, et il se trouve particulièrement engagé depuis trois ou quatre ans dans des activités du CNAM proprement dit. Cette plus forte intégration de l’Institut dans l’institution se traduit par la participation à certaines instances comme par exemple la Commission paritaire d’établissement, où je siège, ou la direction des services informatiques qui se met en place et qui va utiliser l’INTD pour tester certaines formes de maintenance. La responsable de notre Centre de ressources documentaires fait partie du Conseil de la documentation du CNAM qui vient d’être mis en place. Et jusqu’aux élèves qui l’an dernier ont été sollicités pour faire un thésaurus afin d’indexer l’offre de formation du Conservatoire qui sera présentée sur Internet.

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Après presque 50 ans d’existence de l’INTD, le rôle de la documentation et des documentalistes commence à faire sa place au sein du CNAM…

Quel avenir voyez-vous au métier de documentaliste ?…

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On n’aura peut-être plus besoin du métier si l’enseignement est bien fait, lorsque la fonction documentaire (recherche, mise en place de l’information) sera correctement assurée par tout le monde – ce dont on est loin ! Mais certainement pas jusqu’à un effacement total de la médiation documentaire : ce sera avec une orientation très différente. Le documentaliste préparant de la doc pour des chercheurs, par exemple, ne devrait plus exister, à terme, si la formation à la recherche et à l’exploitation de l’information est sérieusement assurée et généralisée. Ce qui, pour l’heure, est fait dans certains endroits, mais pas assez.

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En revanche, le documentaliste-traiteur d’information en amont a un très bel avenir : de façon que ce qui est mis à disposition de l’usager soit bien conçu, structuré, récupérable de manière intelligente. Ce qui ne met pas en péril la raison d’être de l’INTD, au contraire. On parle beaucoup de médiation, il y en a besoin ; mais on a aussi besoin de référenceurs, moins coupés du public et dépourvus de connaissance des usages qu’ils ne le sont actuellement.

… et aux formations de l’INTD ?

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Le développement de la formation permanente est une de nos perspectives. L’évolution possible – probable – de la formation initiale pourrait prendre partiellement la forme d’une formation à distance, ce qui résoudrait nos problèmes de salles et d’équipements informatiques. Tous les étudiants, à présent, sont équipés à titre personnel. Nous pourrions donc passer une partie de la formation à distance. Mais cela pose des problèmes de pédagogie et d’organisation qu’il ne faut pas négliger…

Notes

[1]

Bruno Delmas, L’INTD et son rôle dans la formation des documentalistes en France : 1932-1993, Documentaliste - Sciences de l’information, 1993, vol. 30, n° 4-5, p. 218-226.

[2]

Le mastère a existé pendant quatre ans, de 1990 à 1993, pour deux promotions en présentiel et une formation (sur plusieurs années) pour la Sonatrach en Algérie.

Résumé

Français

En décembre dernier, l’Institut national des techniques de la documentation (INTD) a fêté le cinquantième anniversaire de sa création au sein du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Les origines de l’INTD, sa genèse, son développement durant ses quarante premières années ont été retracés dans nos colonnes par un article publié en 1993, sous la signature de Bruno Delmas qui en était alors le directeur [1] . Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, l’actuelle directrice de l’INTD, Arlette Boulogne, retrace les récentes évolutions de l’Institut et des formations qu’il assure, et précise ses projets et perspectives d’évolution.

Pour citer cet article

Rauzier Jean-Michel, « L'INTD a cinquante ans », Documentaliste-Sciences de l'Information 1/ 2001 (Vol. 38), p. 36-38
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2001-1-page-36.htm.
DOI : 10.3917/docsi.381.0036

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