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Documentaliste-Sciences de l'Information

2001/1 (Vol. 38)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.381.0049
  • Éditeur : A.D.B.S.

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La profusion de documents electroniques, en particulier de ceux qui sont accessibles sur le Web, n’a pas manqué de soulever l’importante question de leur conservation. Elle oblige à réfléchir à la pérennité de ces documents, un double problème qui concerne leur archivage, bien sûr, mais également – et c’est un des aspects les plus importants – l’accès à ces documents qui doivent rester vivants. Si la question de l’archivage est à peu près maîtrisée, le problème de l’accès aux documents dans la durée l’est beaucoup moins (on pense à tout le « Web invisible » non pris en compte par les moteurs de recherche, par exemple, mais qui recèle, semble-t-il, une quantité considérable d’informations). La disparition de documents numériques est déjà une réalité. Qui sait encore, par exemple, à quoi ressemblait le Web il y a cinq ans ?

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Ce problème de la création, de la communication et de la pérennité des documents numériques était donc au centre de ce séminaire qui, à travers témoignages concrets d’hommes de science et éclairages de professionnels de l’information et documentation, n’entendait pas apporter la solution, mais ouvrir des pistes de réflexion et faire partager ce souci commun de « sauvegarder » la mémoire des sciences.

Les pratiques très diverses des chercheurs

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Les présentations de démarches conduites dans différents domaines scientifiques – espace, mathématiques-informatique, génomique – ont mis en évidence les diversités des pratiques des chercheurs en matière de conservation et d’accès aux documents. Qu’ils aient mis au point des systèmes d’information sophistiqués avec modélisation très poussée (dans les domaines des données spatiales et des données génomiques, par exemple) ou qu’ils se contentent de pratiques individuelles informelles (en mathématiques, par exemple), tous se heurtent aux mêmes interrogations : quels documents conserver et comment ? Quelle sélection effectuer et sur quels critères ? Comment connaître la durée pendant laquelle une information reste précieuse ?

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Ce souci de conserver le document numérique et de préserver la possibilité d’y accéder doit être présent dès la création d’un document et non pas lors de la phase de distribution. D’où l’importance de sensibiliser les chercheurs, grands producteurs d’information, à respecter certaines règles d’élaboration de leurs documents. Les archivistes, conservateurs et autres professionnels de l’I&D ont été parmi les premiers à prendre conscience de l’importance de ces précautions. Ils tentent de mettre au point les règles et normes qui permettraient une standardisation du document numérique.

Île de science

L’association Île de science réunit vingt-six établissements d’enseignement supérieur et de recherche du Sud parisien. Sa mission est d’assurer la promotion et le développement de ce pôle scientifique, en engageant et soutenant différents projets de niveau international, national ou local, communs à plusieurs établissements. Elle organise chaque année, pour l’ensemble de ses membres, des manifestations d’intérêt général. Ainsi cette journée, « La bibliothèque numérique, mémoire des sciences », organisée à l’ENS de Cachan le 20 mars 2001 par la commission Documentation d’Île de science, s’inscrit dans une série de colloques annuels sur la documentation numérique entamée en 1996.

Les interventions

Pérennisation, mise à disposition et valorisation des données scientifiques, par Claude Huc (CNES, Toulouse)

Pratiques en mathématiques/informatique, par Jean-Paul Allouche (CNRS/LRI, Orsay)

Pratiques des chercheurs en génomique, par Philippe Bessières (INRA, Jouy-en-Josas)

Le projet « Thèses en ligne » à l’INRA, par Pascal Aventurier et Patricia Volland-Nail (INRA, Versailles et Tours)

Le document numérique scientifique construit par son utilisateur, par Sylvie Lainé-Cruzel (Recodoc/ISDN, Lyon)

Normalisation du modèle conceptuel d’archivage pérenne, par Catherine Lupovici (BNF, Paris)

Archivage et consultation à long terme

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Deux possibilités sont ainsi exploitées : la migration (conversion d’un document dans des formats plus récents au fur et à mesure de leur apparition) et l’émulation du matériel existant vers des systèmes qui n’existent pas encore en sauvegardant, à l’aide de métadonnées, le logiciel ayant servi à créer un document et le système d’exploitation de l’ordinateur. En effet, une des principales difficultés de la conservation ne réside plus dans le support mais dans l’obsolescence technologique de ce support. Il n’est pas certain, par exemple, qu’un cédérom édité il y a dix ans soit encore lisible dans cinq ans, car le matériel nécessaire à son exploitation n’existera vraisemblablement plus.

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La norme internationale OAIS (Open Archival Information System ou modèle de référence d’un système d’archivage ouvert), qui devrait être adoptée en septembre prochain, est la première tentative d’analyse globale de la question de l’archivage à long terme. Elle explore les deux voies précédemment évoquées et se présente comme un modèle fonctionnel générique pour un archivage durable de tous types de documents. Déjà adopté par la NASA et, en France, par le Centre national d’études spatiales (CNES), ce modèle cherche à garantir dans le temps l’accès au document, et donc à le pérenniser. Il préconise l’adoption de formats ouverts et évolutifs qui pourront s’adapter aux systèmes futurs, au détriment d’applications propriétaires qui ralentissent, voire empêchent la pérennisation. Une des retombées de l’OAIS prend forme dans le projet européen Nedlib, réseau des bibliothèques nationales en Europe, qui expérimente actuellement ce modèle.

Fragments d’un document électronique

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D’autres initiatives sont en cours de développement, comme la mise en ligne des thèses sur le Web à l’Institut national de recherche agronomique (INRA). Ou encore à l’Institut des sciences du document numérique (ISDN), à Villeurbanne, où s’est engagée une réflexion autour des logiques d’exploitation du document scientifique et des nouveaux usages qui surgissent de ce phénomène numérique. La notion de document, définie par des frontières très précises sur le support papier, devient floue sur le support numérique. Il faut plutôt parler de « fragments » significatifs (internes au document ou extérieurs à lui : par exemple la table des matières d’un ouvrage, un chapitre du même ouvrage, une bibliographie de l’auteur de cet ouvrage, un article sur le même sujet, l’adresse d’un site web, etc.), des fragments de types et formes variés qui, assemblés pour un usage précis et limité dans le temps, forment un document. La lecture linéaire, mode d’exploitation privilégié du texte littéraire, laisse la place à des parcours de lecture personnalisés plus adaptés au texte scientifique. Ce travail de réflexion éclaire donc d’une autre façon la problématique de la pérennité.

Archiver le Web

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Pour ce qui concerne Internet, l’idée d’un archivage exhaustif du web peut paraître utopique ; à l’heure actuelle, pourtant, il reste le seul média à ne pas être archivé. Certaines tentatives sont en cours, notamment aux États-Unis, pour archiver des sites web déjà disparus ! En France, le projet d’archiver le web public est en bonne voie. Et dans la plupart des pays européens, des initiatives émanant essentiellement des bibliothèques nationales vont dans le même sens.

La technique peer to peer

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Dans un tout autre ordre d’idées, la technologie « peer to peer » (point à point) paraît prometteuse à certains chercheurs, notamment en mathématiques. Dans ce domaine, les initiatives personnelles restent le mode de fonctionnement de la plupart d’entre eux. Pas de système d’information élaboré (à part les revues électroniques et les serveurs de preprints), mais un système d’échanges informels sur le Web à travers les sites personnels. Que deviennent alors les communications personnelles, brouillons, notes, courriers électroniques, fragments d’articles qui existent en amont de la littérature grise scientifique et qui restent inaccessibles faute d’être répertoriés ?

Le Digital Library Systen

La British Library a lancé son programme de préservation et d’accès aux documents numériques qu’elle collecte et conserve. Le DSL (Digital Library System) devra, notamment, créer les métadonnées qui rendront possible, dans le futur, la lecture des documents numériques, indépendamment des matériels et logiciels aujourd’hui utilisés, et prendre en charge la variété des formats et sources des documents qui composent le fonds numérique de la BL. Ce programme annoncerait un futur dépôt légal des publications numériques, dont pour l’instant aucun pays européen n’a lancé la mise en œuvre. (D’après La Dépêche du GFII, 22 mars 2001, élaborée par MV Études et Conseil.)

Numérisation et patrimoine

Un appel à communications vient d’être lancé pour les quatrièmes journées internationales d’étude de l’Association pour la recherche scientifique sur les arts graphiques (ARSAG), en étroite relation avec le Centre de recherches sur la conservation des documents graphiques. Ces journées, qui auront lieu en mai 2002, porteront sur les relations entre numérisation et conservation du patrimoine. (ARSAG, 36 rue Geoffroy-Saint-Hilaire, F-75005 Paris, téléphone +33 (0)1 44 08 69 95, courriel monod@ mnhn. fr. CRCDG, mêmes adresse et téléphone, site web www. crcdg. culture. fr.)

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Le principe peer to peer, utilisé notamment par Napster, permet une communication directe entre deux ordinateurs. Une requête sur un moteur de recherche utilisant cette technique pourrait aboutir non seulement sur des pages référencées par les moteurs classiques, mais aussi sur des pages hébergées sur l’ordinateur d’un particulier ou celui d’une entreprise.

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L’intérêt de cette technique réside dans le fait qu’elle est particulièrement bien adaptée aux informations non structurées et qu’elle permet une communication rapide et simple entre pairs. Mais, si l’idée est séduisante, elle inspire malgré tout des inquiétudes et des réticences en raison du risque de manipulation des données scientifiques, et elle doit être utilisée dans un environnement fiable, comme un intranet par exemple, où l’émetteur de l’information est clairement identifiable. On peut ajouter qu’il s’agit plus d’un système de mutualisation des connaissances que d’un véritable système d’archivage et de pérennisation.

Les chercheurs et les professionnels de l’I&D

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Les différents acteurs (chercheurs, professionnels de l’I&D, éditeurs scientifiques) impliqués dans cette problématique de la pérennisation des documents numériques ont évidemment chacun un rôle à jouer. Mais qui doit prendre en charge et assumer la responsabilité de la conservation des documents ? Le chercheur lui-même ? L’institution dont il dépend ? Le service de documentation ? Visiblement, les chercheurs, dans leur majorité, ne sont pas encore suffisamment conscients des enjeux de la sauvegarde des documents électroniques ni de l’importance de la diffusion des connaissances scientifiques. Pourtant, l’évolution technologique oblige à modifier les pratiques anciennes. Tout un travail de sensibilisation doit être effectué auprès de ce public.

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Dans cette perspective, le rôle des professionnels de l’I&D s’orienterait plus vers une intermédiation entre le producteur de l’information (le chercheur) et le système d’information (pour faire respecter les procédures et règles de production du document) qu’entre le système d’information et l’usager (toujours le chercheur), de plus en plus indépendant dans sa recherche d’informations.

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L’on a également évoqué au cours de cette journée l’absence de réaction des institutions concernées (universités, laboratoires de recherche, etc.), et remis en cause l’utilité de l’éditeur scientifique, débat qui surgit assez régulièrement quand on parle d’édition électronique ! Celui-ci peut pourtant apporter une valeur ajoutée, notamment sur les plans technique (mise en forme du document) et administratif (gestion des droits de reproduction).

Bientôt des solutions concrètes ?

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La pérennisation d’un document numérique n’est donc pas une démarche qui va de soi. Il est urgent d’en prendre conscience si l’on veut éviter des pertes irrémédiables dans les années à venir. L’aspect financier (car la numérisation et l’archivage coûtent cher) contribue malheureusement à freiner ce processus, et beaucoup insistent sur les dangers d’une « privatisation du savoir ». Car des entreprises privées commencent à investir ce secteur du cyberarchivage qui, à l’évidence, deviendra un marché important de l’industrie de l’information. Actuellement, la multiplication des interventions sur ce thème est très positive et devrait sans doute aboutir à des solutions concrètes ou, pour le moins, à des initiatives concertées entre les différents partenaires, dans le respect de la diversité des approches et de la variété des pratiques.

Résumé

Français

À la différence du document papier, fragile mais toujours directement lisible, les documents numériques sont stockés sur des supports variés qui deviennent rapidement obsolètes car ils sont totalement dépendants d’une technologie à l’évolution vertigineuse. Il est donc urgent de réfléchir à cette épineuse question, vitale pour la mémoire des sciences, de la pérennisation des bibliothèques numériques. Et de trouver rapidement des solutions qui assurent la conservation des documents et promettent d’accéder dans l’avenir aux connaissances qu’ils renferment. Cette réflexion était au centre d’une journée d’étude organisée en mars 2001 par l’association Île de science.

Plan de l'article

  1. Les pratiques très diverses des chercheurs
  2. Archivage et consultation à long terme
  3. Fragments d’un document électronique
  4. Archiver le Web
  5. La technique peer to peer
  6. Les chercheurs et les professionnels de l’I&D
  7. Bientôt des solutions concrètes ?

Pour citer cet article

Ferchaud Bernadette, « La bibliothèque numérique, mémoire des sciences », Documentaliste-Sciences de l'Information, 1/2001 (Vol. 38), p. 49-51.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2001-1-page-49.htm
DOI : 10.3917/docsi.381.0049


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