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Documentaliste-Sciences de l'Information

2001/1 (Vol. 38)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.381.0052
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Culture de l'information et systèmes de communication au début du XXIe, Université de Bucarest, Centre multi-fonctionnel d?information et de documentation : Agence universitaire de la francophonie, Association internationale des écoles des sciences de l'information (AIESI) ; ouvrage coordonné par Doina Banciu, Bucarest : Ars Docendi, 2000. ? 220 p. ? ISBN 973-8081-09-2

L?évolution de la culture et des pratiques professionnelles

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Presente en roumanie depuis 1995, l'Association internationale des écoles des sciences de l'information (AIESI) y a tenu à Bucarest en novembre 1999, avec la collaboration du Département des sciences de l'information de la Faculté des lettres de l'Université et sous les auspices de l'Agence universitaire de la francophonie, la quatrième session de son École internationale sur le thème : « Culture de l'information et des systèmes de communication ». Trois axes de réflexion peuvent être dégagés de cette rencontre.

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Une première interrogation, fondamentale, porte sur le renouvellement des concepts traditionnels.

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Introduite par Doina Banciu, qui esquisse les grandes lignes de la société informationnelle telle qu?elle se développe actuellement, cette question est appliquée par Jacqueline Deschamps à l'évolution sémantique du vocabulaire professionnel (p. 16-25). Son analyse méthodique, en particulier des termes « document », « indexation » et « thésaurus », démontre combien l'environnement technologique modifie les représentations professionnelles et brouille le sens des définitions acquises, « déstabilisant le métier et obligeant à en repenser le fondement » (p. 25). Quant à la notion même d?information, André Vitalis souligne les limites de l'objectivation qu?en font les technologies, l'appréhendant, ainsi que le savoir, « comme des choses évidentes et palpables, dont la valeur est indépendante des conditions de la réception » (p. 33).

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Pour sa part, Dan Dobre s?interroge sur le système des médias et sur le « message journalistique » selon trois niveaux d?étude : sémantique, syntaxique et pragmatique (p. 169-179). Définitions, mode d?application et types d?application de l'intelligence systémique sont examinés par Mokhtar Ben Henda (p. 37-44). Enfin, Antoine Tendeng passe en revue « les outils développés par le génie logiciel informatique et linguistique au service de la recherche d?information : robots et moteurs de recherche, agents intelligents » (p. 45-61).

Une nouvelle donne

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Un second axe de réflexion cerne l'évolution tant du spécialiste que de l'usager dans ce nouveau contexte.

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Qu?il s?agisse du nouveau mode de fonctionnement des services de ressources documentaires : le réseau (Aïcha Moutaoukil, p. 26-31), ou des contraintes qu?ils rencontrent dans les administrations des PVD et des stratégies à adopter (Mamadou Diarra, p. 80-98), des nouveaux types de savoirs et d?aptitudes que doivent acquérir médiateurs (Serghir Yousra, p. 62-79) ou usagers (Dolla Issa, p. 99-112), ou encore du rôle des associations professionnelles (Rodica Mandeal, p. 161-168), les rapports entre ces deux catégories d?acteurs des échanges d?information doivent être redéfinis, quel que soit leur degré d?implantation.

Information et francophonie en Roumanie

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Enfin, un troisième ensemble d?exposés fournit un éclairage très intéressant sur l'état des structures d?information et de documentation en Roumanie ainsi que sur les transformations de l'enseignement bibliologique depuis le changement de régime (Gheorghe Buluta, Elena Târziman, p. 151-156).

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L?ouvrage se clôt sur un long et passionnant exposé de Sultana Craia, qui retrace l'histoire de la francophonie et de la francophilie chez les Roumains (p. 179-218) et montre à quel point elles persistent dans le public contemporain.

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Claire Guinchat

Les savoirs déroutés : experts, documents, supports, règles, valeurs et réseaux numériques, Coordonné par Jean-Michel Salaün, Villeurbanne : Presses de l'ENSSIB ; Lyon : Association Doc-Forum-La Biennale du savoir, 2000. ? 321 p. ? ISBN 2-910227-30-8 : 25,92 ? : 170 FRF

Une stimulante confrontation des savoirs

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En janvier 2000 s?est tenue a lyon la seconde édition de La Biennale du savoir. Cette manifestation, qui connaît un certain succès, se distingue d?autres conférences par le fait qu?elle réunit dans son Comité d?organisation des professions du livre et du traitement de l'information en général : éditeurs, libraires, archivistes, bibliothécaires, documentalistes, enseignants, journalistes, concepteurs de logiciels, etc. Reflets de cette diversité, les actes de la biennale 2000 rassemblent ainsi avec bonheur les contributions de vingt-cinq informaticiens, biologistes, médecins, juristes, journalistes, chefs d?entreprise ou historiens, sans écarter, bien sûr, les professionnels de l'information ni les bibliothécaires.

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Jean-Michel Salaün, qui coordonne cet ouvrage, ne cache pas, dans son introduction, son enthousiasme de voir aborder des sujets ayant trait au savoir sous toutes ses formes par des professions si différentes. Malgré la diversité des pratiques, il constate d?évidentes communautés d?intérêts. Cet enthousiasme ? que nous partageons tant les sujets débattus sont riches d?enseignement ? est fondé : La Biennale du savoir 2000 démontre que la transversalité est un des aspects fondamentaux de la société de l'information, et que toutes les professions ont intérêt à confronter leur savoir et leur expérience lors de rencontres de ce type.

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Le découpage choisi pour présenter ces actes est original, car il ne reprend pas le programme dans sa linéarité mais rassemble les diverses contributions selon quatre axes de réflexion.

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« Construction des savoirs et médiateurs » s?attache à la genèse du savoir et fait appel pour cela au texte d?un? informaticien (François Rechenmann) qui parle des sciences du vivant ! Celles-ci « posent de façon spécifique la problématique de l'acquisition et de la gestion des données et des connaissances ». La question de la vulgarisation scientifique montre le poids important des médias (Steve Miller) ; la communauté des scientifiques et celle des journalistes qui informent le public semblent parfois être en opposition (Henri Atlan, Bertrand Labasse). Dans le même temps, les technologies de l'information révolutionnent les professions du journalisme (Jean-Marie Charon).

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« Savoirs et gestion des supports » évoque les revues scientifiques sur Internet, sujet cher à Ghislaine Chartron : celle-ci démontre les logiques mises en place par les éditeurs, les sociétés savantes et les chercheurs, avec l'utilisation actuelle de ces supports par les bibliothécaires. Un organisme régulateur de la publication scientifique ? ce que pourrait être l'Académie des sciences ? apparaît comme une nécessité (Suzy Mouchet).

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Les supports de lecture vont connaître des modifications radicales apportées par le numérique : le paiement par copie visualisée en est un exemple (Pierre Le Loarer). Le numérique offre d?autres possibilités au livre et « fait se différencier de plus en plus le texte et son support » (Jean Clément).

Apprentissages, règles, mémoire?

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« Partage et transmission des savoirs » insiste sur une autre dimension de la connaissance et du savoir : les compétences propres à chaque entreprise doivent être valorisées et capitalisées (Jean-Yves Prax). Faciliter « l'apprentissage organisationnel dans l'entreprise » grâce à des outils tels que des synergiciels (logiciels interactifs de développement des connaissances) permet également une diffusion plus large des connaissances dans l'entreprise (Alain Asquin). Au niveau de l'enseignement, la question de l'apprentissage est bien entendu présente ; le rapport au savoir se transforme au contact des technologies de l'information et de la communication (Jacques Tardif).

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« Techniques du savoir et norme sociale » s?attache, entre autres sujets, à la télémédecine et à la responsabilité médicale ; il faut donc adapter les règles sociales à une manière différente de vivre (François-André Allaert). Les règles juridiques doivent suivre ces évolutions (Christian Le Stanc), tant au plan national qu?international (Rémi Sermier). Le texte suivant (Jacques Perriault) est un essai brillant de confrontation entre la mémoire humaine et la mémoire numérique. La fonction de mémoire n?a-t-elle pas été remarquablement illustrée sur le plan littéraire par Marcel Proust (François Dupuigrenet Desroussilles) ?

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Les quelques textes évoqués ci-dessus peuvent permettre d?appréhender globalement les actes de cette biennale. Ces dix-huit contributions exigent une lecture attentive : la mise en parallèle de réflexions aussi différentes sur le monde actuel de l'information permet de nombreux rapprochements et comparaisons. On ne saurait trop conseiller une telle lecture à un public curieux des avancées de la technologie et de ses implications.

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Jean-Philippe Accart

Lire des livres en France des années 1930 à 2000, Nicole Robine, Paris : Électre - Éditions du Cercle de la librairie, 2000. ? 260 p. ? (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). - ISBN 2-7654-0782-7 : 38,11 ? : 250 FRF

Évolution de la lecture et changement social

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D?emblee, Nicole Robine pose l'interrogation fondamentale de son dernier ouvrage : quelle fut, au cours du demi-siècle, l'interaction entre la lecture des livres et une société en pleine évolution ? C?est en analysant le discours des nombreuses enquêtes sur le livre réalisées depuis 1950 en France qu?elle va mettre brillamment en lumière la manière dont le changement social s?est répercuté dans la conception de la culture et comment « la lecture, fief scolaire, fleuron de la bourgeoisie, conquête des élites populaires », s?est transformée en une question sociale (p. 13).

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Si l'intérêt pour la lecture peut se percevoir en France dès le début du XIXe siècle, elle est loin d?être le premier pays où se constitua une sociologie empirique de ce fait culturel. Un premier chapitre : « Le temps des précurseurs. De la fin du XIXe siècle à 1954 « (p. 15-37) analyse les travaux des auteurs étrangers, en dégageant les idéologies sous-jacentes à ces recherches. Alors qu?en Russie, dans les années vingt, Nicolas Roubakine jette les bases de la « psychologie bibliogique » à visée humaniste, en Scandinavie, en Pologne, en Allemagne ou en Espagne, on s?attache de préférence à découvrir ce que lisent les diverses classes sociales. En fait, la sociologie de la lecture se structure vraiment aux Etats-Unis, à Chicago, dans les années trente, animées à la fois par un idéal de démocratisation et par les bouleversements de la crise économique. Elles s?élargiront vingt ans après pour déboucher sur l'étude des effets des mass-media sur la culture populaire.

1955-2000 : trois périodes

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En France, c?est d?une part grâce à la naissance de l'étude de l'opinion publique (création de l'IFOP par Jean Stoetzel en 1938), et d?autre part à l'institutionnalisation des nouvelles sciences humaines que sont la psychologie sociale et la sociologie, que vont commencer à se développer le recueil et l'exploitation des données sur la lecture et le lecteur. Mieux connue grâce aux sondages et à diverses enquêtes, restreintes mais variées, la demande socioculturelle se diversifie et s?intensifie au sein de l'essor économique des années cinquante. Un marché s?établit dont il convient de mieux connaître les clients (création du livre de poche : 1953). Ainsi, « la lecture devient le lieu de nombreuses interrogations idéologiques, philosophiques, sociales, économiques, éducatives » (p. 37), et l'enquête un moyen d?y répondre.

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Ces prémices dégagées, et sa méthode explicitée, Nicole Robine jalonne les années 1955-2000 en trois périodes dont elle va dégager le substrat, dessiner les lignes de force et l'influence sur la perception de l'accès à la lecture. La première : « Le temps des luttes sociales et de l'éducation populaire (1955-1973) » (p. 39-65) voit, sous de multiples influences, la culture devenir une « affaire d?État » et celui-ci doit se donner les moyens d?en élargir le public. C?est l'époque du « développement culturel » (J. Dumazedier) et de l'éducation populaire, de la création d?un ministère attitré et, au Commissariat du Plan, de groupes et de comité propres. En 1963, est créé au ministère de la Culture le Service des études et de la recherche qui va mener, et mène encore, les premières enquêtes nationales sur les pratiques culturelles, tout en constituant un centre de documentation culturelle multidisciplinaire.

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Mais il n?est pas seul à occuper le terrain et Nicole Robine examine également les travaux menés par des chercheurs comme Jean Hassenforder à l'Institut pédagogique national (devenu l'INRP), Robert Escarpit avec le Centre de sociologie des faits littéraires qu?il crée à Bordeaux en 1960, Joffre Dumazedier avec le Groupe de sociologie du loisir du CNRS, des instituts comme l'IFOP ou l'INSEE, des associations de bibliothécaires, etc. Le contenu des enquêtes tente d?établir une sociographie du lectorat, d?évaluer la place de la lecture dans les activités de loisir et sa fonction dans tout « un ensemble de communications et d?interactions sociales » (R. Escarpit, cité p. 64).

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Cependant, devant les désillusions que suscitent les pesanteurs des obstacles à une démocratisation culturelle, la problématique du développement de la lecture se transforme. On entre dans « Le temps des médias et de la culture de tous, 1974-1998 » (p. 65-88) et l'étude des pratiques va se substituer à celle des comportements ou des attitudes. Pour dégager les grandes lignes de politiques culturelles et éducatives correspondant réellement à des besoins diversifiés, on doit aussi s?interroger sur le « non-public » et en comprendre le système de valeurs. Le mouvement des idées ? caractérisé par le développement des sciences de l'homme, l'émergence des sciences de l'information et de la communication (reconnues comme une nouvelle discipline par le ministère de l'Éducation nationale en 1975), les nouvelles théories de la littérature et de la culture ? engendre un foisonnement d?enquêtes qualitatives et va se traduire par un nouveau type d?interrogation et d?intervention dans le domaine culturel : « Le temps des médiations et des évaluations, 1984-2000 » (p. 89-109). Chevauchant en partie la précédente, s?appuyant sur une connaissance plus précise des handicaps culturels, et en premier lieu de la persistance de l'illettrisme, cette période va se caractériser par « le désir de partage » et un considérable effort envers les bibliothèques. Et si la pratique de la lecture n?en augmente pas pour autant, on comprend mieux que cela ne signifie pas une baisse du niveau de culture ou d?éducation, mais que « d?autres moyens sont entrés en lice et ont transformé les représentations traditionnelles du livre, de la lecture et de la culture » (p. 176).

Évolution des pratiques, des usages et des goûts

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Ayant ainsi replacé l'évolution de la recherche sur la lecture dans un complexe socioculturel en transformation, Nicole Robine consacre la seconde partie de son étude à décrire l'évolution de la lecture des livres (chapitre V) et celle des usages et des goûts (chapitre VI), pour deux populations : adultes et jeunes, enfants compris. La comparaison des choix exprimés dans les enquêtes des années soixante avec des listes récentes souligne la stabilité des goûts qui ne changent guère mais s?élargissent : l'intérêt constant pour les ?uvres de fiction s?accompagne de plus en plus de la lecture de documentaires, de livres d?histoire et de sciences sociales, d?ouvrages techniques et pratiques. La conclusion générale tire le bilan de ce demi-siècle d?enquêtes, en montre les limites et les lacunes et ouvre des perspectives sur les friches restant à explorer.

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Nicole Robine s?est appuyée sur un corpus de cinquante enquêtes qu?elle présente en annexe, par ordre chronologique, avec une brève analyse. La grille utilisée : origine, objectif, méthodologie, échantillon et lieu d?enquête, résultats et commentaires, permet de s?en faire une idée précise. Chaque item, référencé, est en outre caractérisé par l'une des trois finalités qu?a distinguées l'auteur : but pédagogique, visée commerciale, politique culturelle, ces critères se recouvrant parfois. On dispose ainsi d?une somme documentaire incomparable, complétée par une bibliographie sélective et par les nombreuses références citées en note. On y retrouvera tous les auteurs ayant contribué, par la théorie, la recherche empirique ou la pratique à la prise de conscience de ce « fait social total » (p. 184) qu?est la lecture.

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Synthèse accomplie des courants intellectuels et de leur articulation avec la recherche et l'action culturelles, cet ouvrage, de lecture agréable, s?avère être un guide précieux dans la diversité des approches, non seulement de la lecture, mais de l'ensemble du champ culturel, qui ont caractérisé ces cinquante dernières années.

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Claire Guinchat

La recherche d?informations : du texte intégral au thésaurus, Philippe Lefèvre, Paris : Hermès Science Publications, 2000. ? 253 p. ? ISBN 2-7462-0173-9 : 45 ? : 295,18 FRF

Ingénierie linguistique et recherche d?information

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Il y a quelques annees, Jacques Chaumier déclarait qu?entre le linguiste et le documentaliste il existait un mur que bien peu s?enhardissaient à franchir. C?est ce que fait pourtant Philippe Lefèvre dans cette étude. Le but de l'ouvrage étant de faire, à la lumière de l'ingénierie linguistique, le point sur les problèmes et les techniques de la recherche d?information sur Internet et de montrer combien les outils de traitement automatique du langage naturel (TALN) lui sont indispensables.

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Pour cela, Philippe Lefèvre découpe son travail en sept chapitres construits sur deux niveaux différents et s?adressant à deux publics distincts : le premier (chap. 1-3) concerne l'étudiant de première année ou tout non-spécialiste des techniques documentaires souhaitant comprendre les problématiques de la recherche d?information (chap. 2), celles des langages documentaires (chap. 3) nés de la polysémie du langage naturel (chap. 1). Le second s?adresse au spécialiste maîtrisant de façon assez pointue la linguistique, l'ingénierie linguistique, les techniques d?indexation (chap. 4), compétences indispensables au cyberdocumentaliste concerné par la recherche d?informations sur les réseaux (chap. 5-7).

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Les trois premiers chapitres, en effet, soulèvent un ensemble de problèmes bien connus des professionnels de la documentation et de l'information. Dans le chapitre 1, « Caractéristiques du langage naturel Traitements linguistiques » (p. 21-45), l'auteur, en s?appuyant sur de nombreux exemples, recense l'ensemble des cas où le langage naturel se révèle ambigu et décrit les différents niveaux de traitement linguistique, avant de s?interroger : « les ordinateurs pourront-ils un jour comprendre le langage naturel ? » Il faudra, répond-il, attendre l'arrivée de machines ? prévues entre 2040 et 2050 ? vraiment intelligentes et douées de capacité de compréhension (p. 45).

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En attendant, la richesse du langage naturel est à l'origine de la « Problématique de la recherche d?informations », titre du chapitre 2 (p. 47-70) où l'auteur s?applique à démontrer les nombreux cas de bruit et de silence qu?engendre cette richesse. Mais les « Langages documentaires » (chap. 3, p. 71-99) apportent une réponse au problème de l'équivocité du langage naturel. Ils sont présentés à partir de la classique distinction entre langages à structure hiérarchisée de type classificatoire et langages à structure coordonnée de type thésaurus.

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Ces textes mériteraient de trouver une bonne place dans un manuel de documentation destiné à l'apprentissage des problèmes clés rencontrés par les professionnels de l'information et de la documentation. Mais aux professionnels expérimentés les trois premiers chapitres n?apporteront pas grand-chose, pour ne pas dire rien. L?auteur n?est pas un documentaliste. L?écriture de ces chapitres témoigne manifestement de sa découverte des techniques documentaires et de certains outils comme la classification de Dewey (p. 83-86), Rameau (p. 86-89) ou les thésaurus (p. 90-95).

La partie la plus originale de l'ouvrage

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Il n?en va pas de même avec les autres chapitres. Ils sont écrits non plus par l'apprenti-documentaliste, mais par l'ingénieur spécialisé dans le traitement automatique du langage naturel. Pour le professionnel de l'ID, le livre commence vraiment à la page 101, avec le quatrième chapitre : « Analyse et indexation documentaires » (p. 101-133). Ces termes clés auraient dû figurer dans le titre ou, au moins, dans le sous-titre de cette étude, étant donné la part importante qui y est faite à l'analyse et principalement à l'indexation, présentées de façon très pertinente et savante. Ainsi que l'indique Christian Fluhr qui signe la préface de ce travail, ce chapitre consacré à l'indexation automatique « constitue la partie la plus originale de l'ouvrage ».

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L?auteur y définit treize niveaux d?indexation, illustrés à partir d?un même texte court qui permet au lecteur de se repérer et de comprendre la spécificité, l'intérêt et les limites de chacun des types d?indexation analysé. Grâce à ce texte-exemple, Philippe Lefèvre invite son lecteur à participer à son étude en l'obligeant, s?il veut suivre, à un travail de comparaison constante entre ce texte, le type d?indexation décrit et la progression proposée du niveau 0 au niveau 12. Cette activité intellectuelle se révèle très enrichissante. Elle est, de plus, absolument indispensable pour comprendre la suite de l'ouvrage, en particulier le sixième chapitre. Par ailleurs, ce chapitre 4 permet de dresser un état de l'offre logicielle actuelle, notamment pour des applications autres que l'indexation automatique telles que la génération de textes, la traduction assistée, différents types de veille, etc.

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Le chapitre 5, « Techniques et modes de requêtes » (p. 135-159), offre au documentaliste l'occasion de réviser son savoir sur le processus itératif de la recherche documentaire, les opérateurs booléens ou les opérateurs de proximité. Il lui permet surtout de découvrir une classification inédite de quatre types de requêtes. Cette typologie progresse des requêtes en langage contrôlé, pour lesquelles une syntaxe précise est exigée, vers les modes d?interrogation en langage libre. Ces types de requêtes sont découpés en vingt-deux sous-types récapitulés dans un tableau très complet dont la compréhension est également indispensable pour suivre, dans le chapitre 6, la « Caractérisation des moteurs de recherche » (p. 163-191) dans leurs capacités de traitement automatique du langage. Ces moteurs de recherche font, à leur tour, l'objet d?une typologie originale fondée sur les types d?indexation qu?utilisent les logiciels étudiés dans le chapitre 4 et les types de requêtes présentés dans le chapitre précédent. Cette typologie est illustrée à partir de quelques logiciels présents sur le marché, synthétisée dans des tableaux complexes mais dont la lecture permet de comprendre ce qui différencie ou, au contraire, rapproche les logiciels actuellement utilisés.

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Enfin, dans le chapitre 7, « Internet et les évolutions de la recherche d?informations » (p. 195-232), l'auteur situe la recherche sur Internet par rapport à la recherche traditionnelle en analysant leurs analogies mais principalement leurs différences, avant de s?interroger sur les types d?indexation automatique à utiliser. Il présente ensuite les outils de recherche et d?analyse de l'information pour l'Internet, répartis en quatre catégories principales, puis propose quelques perspectives pour la recherche d?informations. « Pour l'instant, écrit-il, l'ordinateur est encore loin de pouvoir se substituer à l'être humain dans la structuration des connaissances. En fait l'évolution actuelle peut conduire, si l'on n?y prend garde, à une véritable déstructuration de la pensée, fruit d?un ?zapping? incessant sur les différents médias. » En tant que formatrice, nous adhérons complètement à cette réflexion qui va à l'encontre de l'actuelle technocratie triomphante.

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Et ce d?autant plus que, dans une conclusion générale, Philippe Lefèvre reconnaît que le monde Internet « a fait trop peu de cas des connaissances et concepts mis au point depuis des décennies par les spécialistes des sciences de l'information. Certaines des ?innovations fracassantes? des produits Internet ne sont, insiste-t-il, que la remise au goût du jour des solutions appliquées depuis longtemps dans le monde de la documentation. Par exemple, le ?push? n?est rien d?autre que la diffusion sélective de l'information, et les ?portails? sont nés du constat de la difficulté d?accès à l'information diffuse et non organisée. À travers les portails sont redécouvertes les vertus du ?plan? de classement, concept qui n?est pas spécialement novateur. »

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Les documentalistes ne peuvent que se réjouir de cet éloge qui leur est adressé au terme d?une étude aussi savante. Cette profession souvent trop timide a en main les bases conceptuelles et opératoires pour faire face aux actuels problèmes nés d?une nouvelle explosion de l'information. Encore faut-il qu?elle en soit convaincue mais, surtout, qu?elle ne rejette pas le progrès technologique, notamment l'apport des techniques de traitement automatique du langage naturel. Cette profession est suffisamment mature aujourd?hui pour connaître les avantages comme les limites du TALN, malgré les prédictions des technocrates à son sujet. Mais, surtout, elle doit devenir actrice dans les changements que celui-ci apporte à son métier. Cette étude est convaincante à ce sujet, et en même temps incite à réfléchir sur la difficulté d?une coopération scientifique transdisciplinaire.

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Cet ouvrage aurait été parfait si Philippe Lefèvre l'avait écrit avec à ses côtés un professionnel de l'information et de la documentation : il lui aurait sans doute permis de comprendre la relative inutilité de sa première partie? Cette réserve n?empêche nullement que le documentaliste doive absolument faire l'effort de lire ce travail pour tenter d?abattre le mur qui le sépare sans raison du linguiste, parce qu?il est lui-même, par sa maîtrise de l'indexation et de l'analyse, un spécialiste de la linguistique appliquée.

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Marie-France Blanquet

Les habitués : le microcosme d?une grande bibliothèque, Christophe Evans, Agnès Camus, Jean-Michel Cretin ; préface de Christian Baudelot, Paris : Bibliothèque publique d?information - Centre Georges-Pompidou, 2000. ? 323 p. ? (Études et recherches, ISSN 0993-8958). ? ISBN 2-84246-043-X : 20,58 ? : 135 FRF

Un éclairage nouveau sur la légitimité culturelle

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Postulant que la bibliotheque publique d?information (bpi) du Centre Beaubourg, loin de n?être que « la somme des éléments qui la composent », fonctionne comme un « lieu anthropologique », au sens de Marc Augé, « où se conjuguent identité et relation » (p. 16), et désireux de cerner ce qu?y trouvent ceux qui la fréquentent assidûment, deux sociologues et un anthropologue de l'institution livrent ici les résultats d?une enquête qualitative menée en juillet et en septembre 1997. Le public en fut constitué d?habitués, soixante, venant à la BPI depuis au moins un an deux ou trois fois par mois, choisis soit sur indications des bibliothécaires, soit accostés directement et reconnus comme tels. À l'enquête classique par entretien s?est articulée une recherche de type ethnologique sur des univers particuliers : lieux spécifiques ou réseaux informels d?usagers, dont les résultats opèrent comme autant d?illustrations faites in situ sur le vif.

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Un premier chapitre pose le contexte et le cadre de l'enquête, décrit l'échantillonnage et la méthodologie, souligne que la population enquêtée ne correspond ni à un public moyen, ni à un public majoritaire, et qu?on ne peut en élargir les résultats. On trouvera en annexe une rapide fiche signalétique des intéressés (p. 315-323).

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Toutefois, au sein de ce public particulier, un certain nombre d?images de la BPI convergent jusqu?à constituer ces représentations sociales d?un monde partagé. Lieu choisi, ouvert, accessible « sans bâtons administratifs », espace de liberté, pour certains de flânerie à travers la connaissance, Beaubourg est considéré comme une bibliothèque démocratique, populaire, voire porteuse de valeurs morales, légitimant le parcours culturel souvent atypique de ses habitués. La comparaison que font certains d?entre eux avec d?autres grandes bibliothèques est éclairante sur ce point.

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Le troisième chapitre, « Travailler sur soi à la BPI », analyse, outre les pratiques fonctionnelles des lecteurs, le champ beaucoup plus large de leurs pratiques symboliques : inscription dans l'espace et dans le temps, pour les plus assidus, désir de reconnaissance, voire de fusion avec ce monde du savoir à eux aisément accessible. À côté du rôle de socialisation qu?elle joue, la bibliothèque conduit certains à une reconstruction personnelle, dont les modalités sont finement décrites.

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Eclairant d?un jour nouveau la thématique de la légitimité culturelle, vue par ceux qui « se sentent assez sûrs d?eux et chez eux à Beaubourg pour [?] plier le lieu à leurs propres désirs » (Christian Baudelot, p. 10), cette foisonnante moisson de témoignages ne peut qu?intéresser, voire stimuler, tout professionnel de la culture.

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Claire Guinchat

Les industries du contenu face à l'ordre informationnel, Bernard Miège, Grenoble : Presses universitaires de Grenoble, 2000. ? 120 p. ? (La communication en plus). ? ISBN 2-7061-0892-4 : 12,96 ? : 85 FRF

L?émergence des industries du contenu

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Les contenus ou les programmes constituent, avec les réseaux et les matériels de communication, l'une des trois composantes des industries de la communication. Or l'avenir des industries culturelles est considéré comme dépendant des techniques de l'information et de la communication (TIC) dont elles seraient une composante essentielle. Les intégrer dans cet ensemble hétérogène que sont les TIC a pour conséquences de négliger leur spécificité et de passer sous silence leurs propres logiques de fonctionnement. C?est ce que Bernard Miège se propose de découvrir dans cette étude par une approche empruntée pour l'essentiel aux méthodes de la sociologie et de l'économie adaptées au champ de la communication et à ses logiques propres.

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Par ailleurs, Bernard Miège situe les industries du contenu non seulement face aux autres industries du secteur de la communication (réseaux et matériels), mais aussi par rapport à « l'ordre de l'information » évoqué dans le titre de l'ouvrage. « De fait, explique-t-il, cette expression prend acte de ce que le paradigme de l'info-communication est de plus en plus prégnant au sein de toutes les activités humaines. [?] Et la force de ce paradigme, c?est d?imposer un ordre au changement social et même d?impulser assez efficacement la formation des ?richesses? sociales. »

Les conditions de l'émergence

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Pour atteindre son objectif, l'auteur propose au lecteur d?effectuer un retour sur les conditions qui ont présidé à l'émergence des industries du contenu puis à leur essor. Il ne s?agit pas ici de tracer un historique mais de mettre en évidence la genèse de « formes » qui se sont progressivement imposées à travers diverses études publiées sur ce thème au cours du dernier quart de siècle et qui ont toutes les chances de perdurer. Pour cela, l'auteur procède en trois temps.

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C?est tout d?abord l'étude du passage de l'industrie culturelle (au singulier) aux industries culturelles (au pluriel), objet du premier chapitre (p. 11-40). Le concept d?industrie culturelle est analysé à partir des travaux menés par les auteurs de l'École de Francfort. Ceux-ci avaient réussi à faire largement connaître, dans les années soixante-dix, leur analyse de l'« administration de l'art ». À partir du moment où celui-ci passe sous l'emprise des biens culturels commercialisés, il se dégrade et perd son caractère propre. Dans les mêmes années, les industries culturelles au c?ur du capitalisme font l'objet d?analyses soulignant leurs spécificités par rapport aux autres secteurs industriels tels que, par exemple, la reproductibilité, le caractère aléatoire ou incertain des valeurs d?usage générées par les produits culturels industrialisés, la place de la conception artistique ainsi que l'internationalisation de la production de marchandises culturelles.

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Au même moment de nombreux auteurs, principalement européens, développent des analyses voisines et convergentes permettant à certains observateurs de conclure à l'élaboration d?une théorie des industries culturelles. Cette conclusion est recevable si l'on précise bien qu?il ne s?agit pas d?une théorie unifiée, résultat d?échanges et de débats entre des auteurs différents. Il s?agit plutôt d?éléments disséminés d?une théorie des industries culturelles posés par des auteurs tels que Nicholas Garnham, Enrique Bustamante, Ramon Zallo, Patrice Flichy, etc., qui apportent des observations parfois sectorielles et situées souvent dans des cadres nationaux spécifiques axés sur l'économie politique de la communication.

Industries culturelles et médias de masse

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La seconde période des industries du contenu, correspondant approximativement aux années quatre-vingt, fait l'objet du deuxième chapitre (p. 41-71) où l'auteur analyse la confrontation entre les industries culturelles et les médias de masse. Les questions qui sont posées alors reflètent assez sensiblement l'évolution des consommations et des pratiques. L?étude des industries audiovisuelles conduit l'auteur à discerner en leur sein cinq logiques résultant de processus complexes et de stratégies contradictoires : la logique de l'édition de marchandises culturelles, celle de la production de flot informatif, distractif ou culturel, celle de l'information écrite, celle de la production des programmes informatisés et enfin celle de la retransmission du spectacle vivant.

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Ces logiques largement hétérogènes interagissent, mais surtout constituent des modèles qui s?affrontent et que Bernard Miège illustre en analysant le cinéma et les spectacles vivants, comme le théâtre ou le sport, dans leurs rapports avec la télévision. Il conclut ce chapitre en montrant que toutes les industries culturelles posent des questions d?économie, parmi lesquelles celle du profit et de politiques des médias plaçant le système télévisuel au c?ur de leur fonctionnement. Ainsi, pendant la décennie quatre-vingt, l'essor des industries de la culture a été lié au développement des médias audiovisuels.

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Aujourd?hui, on assiste à « L?émergence des industries du contenu », titre du troisième chapitre (p. 73-l06) dont l'objectif est d?examiner leur formation toujours en cours. Car le débat sur la « société de l'information » ne fait que commencer. Dès lors, il est permis de se demander si le renouvellement et l'extension des modalités d?industrialisation de l'information et de la culture ne s?accompagnent pas de changements structurels significatifs des industries de l'information et de la culture ; l'émergence des contenus apparaissant comme l'une des tendances marquantes des sociétés contemporaines. Les repérages effectués dans les pays les plus avancés sur le plan économique laissent apparaître trois tendances principales : l'individualisation des pratiques et l'extension du paiement par les consommateurs, la tendance à la dématérialisation des supports, et l'élargissement des consommations marchandes.

Des mutations de tous ordres

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Ces tendances s?accompagnent d?une série de mutations qui relèvent autant de considérations économiques que de considérations sociologiques et symboliques. C?est d?abord le caractère stratégique de la diffusion des produits, la recomposition du capitalisme médiatique, c?est-à-dire le capitalisme dans la sphère des médias, la convergence et la compétitivité des pôles médias (illustré par le cas Vivendi), la déterritorialisation ou, au contraire, la reterritorialisation défendues autour du célèbre « village global » et, enfin, le multimédia qualifié d?innovation différée. Les enjeux en relation directe avec les nouvelles industries sont nombreux : c?est la marchandisation renforcée des produits culturels, c?est aussi l'auto-médiation, les réseaux et les outils de communication favorisant les relations inter-individuelles directes, sans intermédiaires, les interférences entre la culture et l'information ; c?est enfin l'incapacité à adapter les politiques publiques au nouveau cadre industriel et le respect du pluralisme.

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Au terme de cette étude des industries de la culture et de l'information, de leur confrontation avec les médias audiovisuels de masse puis avec les outils et les réseaux de communication, il apparaît difficile à l'auteur de tirer des conclusions définitives et assurées car les industries culturelles sont en plein mouvement, loin d?être achevées. Dès lors les pronostics restent incertains et conditionnels.

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Certes, les « industries du contenu » dont parle ici Bernard Miège sont assez éloignées du souci d?une majorité de professionnels de l'information, plutôt préoccupés par des contenus scientifiques, techniques, économiques et juridiques jamais abordés ici. Cette étude, très riche et enrichissante, intéressera cependant tous les documentalistes qui cherchent à comprendre leur environnement : car ce que dit l'auteur des contenus culturels est généralement transposable aux industries du contenu scientifique. Bernard Miège analyse dans un style très clair, net et direct nos actuelles sociétés de l'information (même s?il fait part de sa réticence à user de cette expression). Nourri par de nombreuses références bibliographiques, ce texte est celui d?un maître : il permet à son lecteur de porter un regard réfléchi sur le monde des médias et sur celui des industries culturelles. Il lui apporte de nombreuses informations, mais surtout il éveille en lui le désir d?en savoir davantage, de lire les études citées et de poursuivre le travail entrepris dans le dernier chapitre de ce livre : l'observation de la formation toujours en cours des industries du contenu.

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Marie-France Blanquet

Les techniques documentaires, Jacques Chaumier, 8e éd. mise à jour. ? Paris : Presses universitaires de France, 2000. ? 127 p. ? (Que sais-je ? ; 1419). ? ISBN 2-13-050935-5 : 6,40 ? : 42 FRF

Un classique largement renouvelé

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Plusieurs generations de documentalistes ont trouvé les lignes directrices de leur travail quotidien dans les ouvrages de Jacques Chaumier (actuellement administrateur du cabinet parisien d?ingénieurs-conseils, le Bureau van Dijk, qu?il a dirigé jusqu?à l'année dernière). Auteur de nombreux ouvrages, dont un des plus connus est Travail et méthodes du documentaliste[*][*] Presque simultanément est parue une nouvelle édition..., il réédite pour la septième fois un autre de ses titres célèbres, Les techniques documentaires, dont la première édition date de 1971.

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Ouvrage synthétique par excellence, ce numéro 1 419 de la collection Que sais-je ? se veut d?un abord simple et clair, ce qui est le propre de cette collection. Il permet à toute personne désirant une information complète et concise sur le métier du documentaliste et sur les techniques auxquelles il recourt d?en découvrir les grandes lignes. Après l'introduction qui indique les principales dates du mouvement documentaire, toutes les étapes du traitement de l'information sont détaillées, avec une actualisation des pages relatives aux supports de l'information, aux supports numériques (DVD, cédérom), aux réseaux de l'information et aux moteurs de recherche.

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Les techniques documentaires proprement dites constituent l'essentiel de l'ouvrage : analyse de l'information, élaboration de langages documentaires, recherche documentaire. De nombreux schémas explicatifs, extrêmement clairs, des exemples précis (sur le thésaurus, la construction d?un schéma fléché, l'utilisation des opérateurs booléens) font mieux pénétrer l'univers quotidien du travail en documentation. Un chapitre est consacré à l'informatique documentaire, avec des développements essentiellement axés sur les logiciels documentaires. Quelques paragraphes (sur le droit de l'information, les développements technologiques en cours, la veille) complètent ce panorama.

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Un glossaire, une liste de sigles et d?abréviations, une bibliographie réactualisée et un index achèvent de faire de ce manuel un ouvrage synthétique et complet sur des techniques qui, bien qu?ayant des fondements anciens, sont toujours en cours de développement et de perfectionnement. Renouvelant et actualisant profondément les précédentes, cette nouvelle édition prend pleinement en compte les évolutions techniques et problématiques récentes de notre métier.

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Jean-Philippe Accart

TRANSinfo 3 : L?entreprise et l'effet réseau, Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France (CNISF), Fédération mondiale des organisations d?ingénieurs (FMOI), Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) ; ouvrage coordonné par Danièle Bretelle-Desmazières et Liliane Vézier, Paris : ADBS Éditions, 2000. ? 281 p. ? (Sciences de l'information. Série Recherches et documents, ISSN 1159-7666). ? ISBN 2-84365-043-7 : 26,68 ? : 175 FRF

Réflexion interdisciplinaire sur l'effet réseau

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Transinfo presente ici ? après Transfert d?information et projet d?entreprise (publié en 1994) et Modèles de communication et stratégies d?entreprise (1997) ? son troisième volume consacré aux réflexions menées au carrefour de l'évolution des systèmes et technologies de l'information et de la communication et de l'évolution des entreprises et des organisations. « La caractéristique de TRANSinfo, souligne Liliane Vézier, dans une introduction intitulée « Un TRANSinfo pour l'entreprise et l'effet réseau ? », est de nourrir sur ces questions une réflexion interdisciplinaire ». Celle-ci se traduit par la multiplicité des thèmes abordés et des études de cas présentés dans cet ouvrage, par la diversité des auteurs appelés à participer activement ? sur le moment et après coup ? aux colloques organisés conjointement par le Conservatoire national des arts et métiers, le Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France et la Fédération mondiale des organisations d?ingénieurs.

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Le présent document se nourrit donc de la réflexion du troisième colloque TRANSinfo. C?est la raison pour laquelle dans la première partie : « Une première approche : le colloque TRANSinfo 1998 » (p. 17-31), le lecteur trouve une synthèse originale du colloque effectuée sur le vif par Pierre Verneuil : « Vers la problématique de l'entreprise et l'effet réseau » (p. 17-20) ; un compte rendu rédigé par Michèle Battisti : « L?entreprise et l'effet réseau : un regard sur le colloque de départ » (p. 21-28) ; et enfin le programme de ce colloque. Pour le lecteur qui a suivi ce dernier, cette première partie a tout son sens. Par contre, elle reste très abstraite et souvent peu claire pour le lecteur non présent à TRANSinfo 3. C?est pourquoi il eût, peut-être, été préférable de placer cette première partie en annexe et d?ouvrir le livre directement sur la deuxième, beaucoup plus dense (p. 37-263).

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En effet, dans « L?entreprise et l'effet réseau : une vision élargie », le lecteur est invité à prendre connaissance des suites de ce colloque. Cela se traduit par l'apport de nombreux textes originaux proposés par des auteurs venus d?horizons différents : informaticiens, manageurs des ressources humaines, rédacteurs, documentalistes, veilleurs? Cet ensemble de contributions est organisé autour de trois axes principaux cherchant à mesurer l'effet réseau successivement sur l'organisation, sur les métiers et sur les secteurs d?activité.

L?effet réseau suivant trois axes

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Sur l'organisation et le fonctionnement des entreprises, tout d?abord. Après une présentation théorique par Claude Karr des difficultés d?analyse de l'impact réel qu?ont les réseaux sur la rentabilité et la compétitivité de l'entreprise, sept auteurs prennent la parole pour témoigner d?expériences de mise en place d?intranets dans leur entreprise, privée ou publique, en France ou en Europe. L?effet réseau sur les métiers donne ensuite l'occasion à trois intervenants de réfléchir en théorie ou à travers des études de cas sur l'apparition de nouveaux modes de travail, avec une part importante accordée au télétravail et aux téléactivités. Enfin, l'effet réseau fait l'objet d?une analyse, menée par six auteurs différents, sur des secteurs d?activité très diversifiés : l'industrie avec une interrogation sur « Les effets de la dématérialisation de l'information » ; la santé avec cette autre interrogation : « lnternet sera-t-il le moteur de la reconfiguration du système de santé ? » ; et également une ville numérique, l'éducation, la formation et des associations professionnelles. Tous les auteurs se rejoignent en tendant à analyser les modifications consécutives à l'« effet réseau » dans l'organisation d?activités professionnelles ou dans la vie sociale.

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Pour faciliter l'approfondissement des nombreux aspects envisagés dans cet ouvrage et compléter les références présentées par quelques auteurs, Madeleine Maillebouis et Corinne Lespesailles proposent une bibliographie générale. L?importance de cette bibliographie permet au lecteur de mesurer l'ampleur du concept de réseau, objet de préoccupation pour de nombreux chercheurs. Toutefois, on peut exprimer deux regrets à propos de cette liste de références : le choix de l'ordre chronologique adopté pour présenter les ouvrages qui oblige à tout lire pour retrouver un auteur particulier, et le classement qui ne reflète pas celui des trois axes de l'ouvrage.

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L?ensemble de ces textes et cette bibliographie permettent néanmoins de mesurer l'interdisciplinarité des approches liées à la problématique des réseaux. Ainsi que le souligne Danièle Bretelle-Desmazières dans la conclusion de ce livre, « L?effet réseau au c?ur de l'articulation du XXe au XXIe siécle », notre monde connaît des mutations rapides et radicales « que de simples évolutions technologiques ne suffisent pas à expliquer ». La porte reste ainsi grande ouverte pour d?autres réflexions, d?autres études, d?autres apports théoriques et pratiques dans des perspectives quasi illimitées ? en particulier humaniste, approche totalement absente ici.

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Les efforts des participants de TRANSinfo sont intéressants pour les appels à l'observation et à la réflexion qu?ils suscitent chez leurs lecteurs. Toutefois, cet ouvrage manque d?unité. Les communications présentées sont inégales tant sur le plan quantitatif (certains textes ont une trentaine de pages, d?autres une dizaine) que sur le plan qualitatif (certaines contributions sont très théoriques, d?autres, au contraire, très concrètes). Et il y a de nombreuses redondances entre les auteurs témoignant souvent sur les mêmes thèmes, pour tenir des propos très voisins. Ainsi cette étude vaut principalement pour la rencontre effective de professionnels composant un groupe hétérogène et qui arrivent à dépasser leurs différences pour engager un dialogue. Celui-ci présente des faiblesses mais aussi des forces. Ce sont elles qui font la valeur de ce recueil.

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Marie-France Blanquet

La fonction documentaire aujourd?hui, Colette Charrier-Ligonat, Claude Morizio, Françoise Chapron, et al., Paris : Fédération des enseignants documentalistes de l'Éducation nationale, 1999. ? 32 p. Numéro de Médiadoc, ISSN 1260-7649, décembre 1999. ? ISBN 2-910952-02-1 : 7,62 ? : 50 FRF

La fonction documentaire en CDI

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Édite par la fadben (Fédération des enseignants documentalistes de l'Éducation nationale) ce document est destiné aux documentalistes exerçant en centre de documentation et d?information (CDI) de collège ou de lycée. Son titre pourrait faire penser qu?il s?agit d?un document synthétique sur la fonction documentaire, à l'image de celles publiées par de nombreux organismes : il s?agit plutôt d?un ensemble de réflexions sur le métier de documentaliste en CDI, sous forme d?analyses, de recherches et de témoignages.

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À l'image des autres composantes du métier, les documentalistes de CDI (qui portent à présent le titre de « professeurs documentalistes ») n?échappent pas aux évolutions que l'on a pu constater dans l'ensemble de la profession. Il semble cependant qu?ils aient du mal à les intégrer, car nombre de professeurs documentalistes se considèrent avant tout comme enseignants, et ensuite comme documentalistes. La question du statut est ici primordiale. Mais quand on sait le poids représenté dans notre profession par les documentalistes de CDI (ils sont entre 8 à 9.000 à exercer en France), il est intéressant de mieux les connaître et les comprendre.

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Ce fascicule devrait aider à le faire : on y constate des préoccupations communes (CDI et société de l'information), des interrogations (faut-il redéfinir le métier ?), l'apparition de notions nouvelles (gestion de la connaissance). Un certain nombre de points de vue insistent sur la mission de fourniture d?information aux enseignants (Vincent Liquète), sur l'innovation apportée par le documentaliste (Robert Martin). La question de la nouvelle version du Capes est bien entendu évoquée (Claude Morizio).

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Il reste qu?un tel document, certainement utile pour les intéressés, est trop succinct pour permettre aux autres de comprendre tous les tenants et aboutissants des problématiques propres à cette branche particulière de la profession. Les schémas, trop complexes, demandent à être simplifiés. Hormis les textes de réflexion, l'article de Brigitte Chapelain, « La dynamique et la richesse de la diversité : les atouts majeurs des documentalistes scolaires », est certainement le plus éclairant : en deux pages, elle dresse du professeur documentaliste un portrait dans le temps qui montre parfaitement la variété des conceptions et des pratiques.

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Jean-Philippe Accart

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Rappel : la FADBEN a également publié, dans sa collection Médiadoc, les dossiers suivants :

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Maîtrise de l'information et apprentissages transversaux / Colette Charrier-Ligonat, Vincent Liquète, Séraphin Alava, et al. ? Paris : Fédération des enseignants documentalistes de l'Éducation nationale, 1999. ? 36 p.

81

Numéro de : Médiadoc, ISSN 1260-7649, juin 1999. ? ISBN 2-910902-02-1 : 7,62 e : 50 FRF

82

Travaux croisés, personnels, encadrés? et les autres / Colette Charrier-Ligonat, Danièle Durand, Claude Morizio, et al. ? Paris : Fédération des enseignants documentalistes de l'Éducation nationale, 2000. ? 32 p. Numéro de: Médiadoc, ISSN 1260-7649, septembre 2000. ? 9,15 e : 60 FRF

Isabelle Oval

Les métiers de la documentation et des bibliothèques, Isabelle Oval, Paris : L?Étudiant, 2000. ? 156 p. ? (Métiers et formations, ISSN 1271-948X ; 531. Série Métiers, ISSN 1269-8202). ? ISBN 2-86745-950-8: 10,52 ? : 69 FRF

Un petit guide utile et complet

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Apres avoir rapidement analyse les mutations vécues par les professionnels de l'information documentaire, y compris par ceux des archives, et répertorié la diversité des institutions où s?exercent ces métiers (p. 9-30), l'auteur en décrit les différents aspects (p. 31-75) sous deux angles : les activités de base et le marché de l'emploi. Isabelle Oval s?inspire largement du référentiel et des enquêtes de l'ADBS et intercale dans ses nomenclatures des extraits d?entretiens avec des professionnels des archives et des bibliothèques qui soulignent l'évolution de ces métiers.

84

La dernière partie (p. 77-154), consacrée aux formations, intègre également une description des six écoles de haut niveau qui délivrent en France un diplôme de spécialisation, ainsi que la liste des concours externes de la fonction publique permettant d?accéder à des postes de documentaliste (CAPES en particulier), de bibliothécaire ou de conservateur du patrimoine. Une liste très complète (p. 135-154) des organismes de formation initiale conclut cette partie (avec indication de leur adresse, du nom du responsable, des conditions d?admission et de l'organisation de la scolarité).

85

Cet ouvrage, sous un faible volume, est dans l'ensemble très fourni (bien que l'absence du Centre national d?enseignement à distance, le CNED, qui dispense un enseignement des techniques documentaires par correspondance, soit regrettable et inexpliquée) et à jour (le livre est daté de novembre 2000 et les informations publiées sont annoncées à jour à cette date). Il est complété par un index.

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Ce nouveau guide de la série « Métiers et formations » publiée par L?Étudiant balise bien l'accès à nos professions et souligne l'étendue du champ qui leur est ouvert.

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Claire Guinchat

Notes

[*]

Presque simultanément est parue une nouvelle édition de : Travail et méthodes du documentaliste : pour une exploitation méthodique et optimale de l'information. ? 6e éd. revue et actualisée. ? Issy-les-Moulineaux : ESF éditeur, 2000. ? 158 p. ? (Formation permanente, ISSN 0768-2026). ? ISBN 2-7101-1435-6 : 19,67 ? : 129 FRF). [NDLR.]

Titres recensés

  1. Culture de l'information et systèmes de communication au début du XXIe, Université de Bucarest, Centre multi-fonctionnel d?information et de documentation : Agence universitaire de la francophonie, Association internationale des écoles des sciences de l'information (AIESI) ; ouvrage coordonné par Doina Banciu, Bucarest : Ars Docendi, 2000. ? 220 p. ? ISBN 973-8081-09-2
    1. L?évolution de la culture et des pratiques professionnelles
      1. Une nouvelle donne
      2. Information et francophonie en Roumanie
  2. Les savoirs déroutés : experts, documents, supports, règles, valeurs et réseaux numériques, Coordonné par Jean-Michel Salaün, Villeurbanne : Presses de l'ENSSIB ; Lyon : Association Doc-Forum-La Biennale du savoir, 2000. ? 321 p. ? ISBN 2-910227-30-8 : 25,92 ? : 170 FRF
    1. Une stimulante confrontation des savoirs
    2. Apprentissages, règles, mémoire?
  3. Lire des livres en France des années 1930 à 2000, Nicole Robine, Paris : Électre - Éditions du Cercle de la librairie, 2000. ? 260 p. ? (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). - ISBN 2-7654-0782-7 : 38,11 ? : 250 FRF
    1. Évolution de la lecture et changement social
      1. 1955-2000 : trois périodes
      2. Évolution des pratiques, des usages et des goûts
  4. La recherche d?informations : du texte intégral au thésaurus, Philippe Lefèvre, Paris : Hermès Science Publications, 2000. ? 253 p. ? ISBN 2-7462-0173-9 : 45 ? : 295,18 FRF
    1. Ingénierie linguistique et recherche d?information
      1. La partie la plus originale de l'ouvrage
  5. Les habitués : le microcosme d?une grande bibliothèque, Christophe Evans, Agnès Camus, Jean-Michel Cretin ; préface de Christian Baudelot, Paris : Bibliothèque publique d?information - Centre Georges-Pompidou, 2000. ? 323 p. ? (Études et recherches, ISSN 0993-8958). ? ISBN 2-84246-043-X : 20,58 ? : 135 FRF
    1. Un éclairage nouveau sur la légitimité culturelle
  6. Les industries du contenu face à l'ordre informationnel, Bernard Miège, Grenoble : Presses universitaires de Grenoble, 2000. ? 120 p. ? (La communication en plus). ? ISBN 2-7061-0892-4 : 12,96 ? : 85 FRF
    1. L?émergence des industries du contenu
      1. Les conditions de l'émergence
      2. Industries culturelles et médias de masse
      3. Des mutations de tous ordres
  7. Les techniques documentaires, Jacques Chaumier, 8e éd. mise à jour. ? Paris : Presses universitaires de France, 2000. ? 127 p. ? (Que sais-je ? ; 1419). ? ISBN 2-13-050935-5 : 6,40 ? : 42 FRF
    1. Un classique largement renouvelé
  8. TRANSinfo 3 : L?entreprise et l'effet réseau, Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France (CNISF), Fédération mondiale des organisations d?ingénieurs (FMOI), Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) ; ouvrage coordonné par Danièle Bretelle-Desmazières et Liliane Vézier, Paris : ADBS Éditions, 2000. ? 281 p. ? (Sciences de l'information. Série Recherches et documents, ISSN 1159-7666). ? ISBN 2-84365-043-7 : 26,68 ? : 175 FRF
    1. Réflexion interdisciplinaire sur l'effet réseau
      1. L?effet réseau suivant trois axes
  9. La fonction documentaire aujourd?hui, Colette Charrier-Ligonat, Claude Morizio, Françoise Chapron, et al., Paris : Fédération des enseignants documentalistes de l'Éducation nationale, 1999. ? 32 p. Numéro de Médiadoc, ISSN 1260-7649, décembre 1999. ? ISBN 2-910952-02-1 : 7,62 ? : 50 FRF
    1. La fonction documentaire en CDI
  10. Les métiers de la documentation et des bibliothèques, Isabelle Oval, Paris : L?Étudiant, 2000. ? 156 p. ? (Métiers et formations, ISSN 1271-948X ; 531. Série Métiers, ISSN 1269-8202). ? ISBN 2-86745-950-8: 10,52 ? : 69 FRF
    1. Un petit guide utile et complet

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information 1/2001 (Vol. 38) , p. 52-63
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2001-1-page-52.htm.
DOI : 10.3917/docsi.381.0052.


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