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Documentaliste-Sciences de l'Information

2001/2 (Vol. 38)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.382.0124
  • Éditeur : A.D.B.S.

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L’AVENEMENT DU RESEAU INTERNET et le développement du Web (né au CERN) ont ouvert de nouvelles perspectives dans le domaine de la diffusion de l’information scientifique et technique. La communauté des physiciens des hautes énergies a été la première à en tirer parti de manière concrète ; le premier et le plus important serveur d’« e-prints », créé au Los Alamos National Laboratory par Paul Ginsparg en 1991 [1][1] http:// arXiv. org, est aujourd’hui une référence et un exemple important qui a nourri la réflexion sur les mutations de la communication scientifique.

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Ce serveur héberge aujourd’hui plus de cent soixante mille articles, et le nombre de soumissions mensuelles approche trois mille [2][2] http:// arXiv. org/ cgi-bin/ show_monthly_submissi.... D’autres serveurs d’archives similaires, de moindre envergure pour le moment, ont vu le jour dans d’autres disciplines scientifiques, parmi lesquels ont peut citer CogPrints (Cognitive Sciences Eprint Archive) [3][3] http:// cogprints. soton. ac. uk/ , RePEc (Research Papers in Economics) [4][4] http:// repec. org/ , NCSTRL (Networked Computer Science Technical Reference Library) [5][5] http:// cs-tr. cs. cornell. edu/ , etc.

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La multiplication des serveurs d’archives hétérogènes, tous nés d’initiatives louables, risquait de tourner à la confusion, pour finalement ne pas beaucoup faciliter l’accès à l’information scientifique. Une coopération concrète a vu le jour lors de la « Convention de Santa Fe » [6][6] Voir : Van de Sompel Herbert, Carl Lagoze, The Santa..., en octobre 1999. L’Open Archives Initiative, née de cette convention, s’est fixé pour mission d’étudier une architecture et des mécanismes techniques qui permettent une « interopérabilite » entre les serveurs d’archives. Le résultat concret de cette initiative est un protocole dont la version 1.0 est disponible depuis janvier 2001 : Open Archives Initiative Protocol for Metadata Harvesting. Deux conférences furent organisées au début de l’année (à Washington, puis à Berlin [7][7] Le programme des deux conférences ainsi que les documents...) dans le but de promouvoir l’OAI et de présenter les spécifications techniques du protocole.

Le séminaire de Genève

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La vocation du séminaire qui s’est tenu au CERN en mars 2001 était différente. C’est LIBER (la Ligue européenne des bibliothèques de recherche [8][8] http:// www. kb. dk/ guests/ intl/ liber/ , Access Division) qui est à l’origine de cette manifestation [9][9] Le comité d’organisation était composé de : Raf Dekeyser..., en accord avec le comité de direction de l’OAI, et avec le soutien de l’European Science Foundation et d’EBSCO.

Le séminaire de Genève

Sur l’initiative de la Ligue des bibliothèques européennes de recherche (LIBER), un « Workshop on the Open Archives Initiative and Peer Review Journals in Europe » a eu lieu à Genève, au CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire), du 22 au 24 mars 2001.

Il n’est pas possible de détailler ici toutes les présentations qui ont été faites lors de ce séminaire, mais elles sont toutes disponibles à l’adresse suivante : http:// documents. cern. ch/ age?a01193. Voici les titres des principales :

• Overview of the OAI metadata harvesting specifications (H. Van de Sompel)

• The Los Alamos arXiv (S. Warner)

• CERN Document Server : Validation and OAI (T. Baron, T. Simko)

• TIPS: an integrated service provider over open archives (S. Bertocco)

• The RePEc database about Economics (T. Krichel)

• Distributed Eprints Archives and Scientometrics (L. Carr)

• E-BioSci, a platform for e-publishing and information integration in the life sciences (L. Grivell)

• Chemistry Preprint Server (J. Weeks)

• The Electronic Library of Mathematics (M. Jost)

• MPRESS and the role of MetaData in MathNet (R. Schwaenzl)

• The Dutch Roquade project (B. Savenije)

• Towards a concerted action for a European network of e-print servers (R. Dekeyser)

• Quality Control in Scholarly Publishing.

What are the alternatives to Peer Review ? (W. Y. Arms)

• Open Archives meet Open Peer Review ? (S. Buckingham Shum, G. Li)

• Can libraries be intermediates for the acquisition, production and presentation of scholarly information ? (R. Schmidt)

• Visions of a dynamic electronic publishing environment as added value to electronic library portals

• Peer Review Reform : An Empirical Matter (S. Harnad)

• Peer-review’s future in a world of open archives (M. Doyle)

• The HEP view (M. Draper)

• Scientific Refereeing in a Distributed World and the worldwide Physics Network PhysNet (E. R. Hilf, H.-J. Waetjen)

• The point of view of the commercial publisher (A. Spong)

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Les objectifs étaient à la fois très concrets et exploratoires, puisqu’il s’agissait d’une part de réunir des scientifiques et des professionnels de l’information souhaitant s’impliquer dans la mise en œuvre et la maintenance de serveurs d’archives conformes au protocole OAI, et d’autre part de réexaminer le processus traditionnel de validation et de certification des communications scientifiques (peer-review) dans le cadre de l’OAI.

L’Open : Archives Initiative Protocol for Metadata Harvesting

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En ouverture de ce séminaire, Herbert Van de Sompel présentait les spécifications du protocole qu’il a développé en collaboration avec Carl Lagoze [10][10] La version 1.1 du protocole, publiée le 2 juillet 2001,..., et avec l’aide d’une petite communauté de volontaires qui en ont déjà testé la viabilité [11][11] hhttp:// www. openarchives. org/ OAISC/ alpha-test....

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Le Protocol for Metadata Harvesting n’a pas vocation à se substituer à des protocoles existants (Z39.50 par exemple). Il se veut techniquement très simple, et d’une mise en œuvre facile et rapide. Ce protocole édicte les spécifications minimales qui permettent l’interopérabilité des serveurs, indépendamment des plates-formes et quel que soit le type de documents, librement accessibles ou non. Le principe de base réside dans la « récolte » (harvest) de métadonnées et leur exploitation par des fournisseurs de services [12][12] Une présentation plus détaillée de l’OAI et de quelques....

Promouvoir la communication scientifique par voie électronique

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Une partie du séminaire était consacrée à la présentation de serveurs d’archives (CERN, arXiv, RePEc, etc.), d’outils et de services permettant une meilleure exploitation des publications électroniques (OpCit, the Open Citation Project ; TIPS, Tools for Innovative Publishing in Science ; MPRESS, Mathematics Preprint Search System ; Roquade, Electronic Publishing Services for Scientists ; etc.). Le protocole OAI doit permettre de coordonner toutes ces ressources de manière plus cohérente.

La certification des publications

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L’OAI et les technologies de l’information qu’elle suppose offrent de nouvelles perspectives, qui pourraient mener à une complète refondation du système des publications scientifiques. Mais cette mutation ne peut s’envisager sans un examen sérieux de ce qui fait toute la valeur du système traditionnel : la certification par le processus de peer-review, ou validation par les pairs. Le séminaire a permis d’évoquer différentes possibilités, allant d’une simple réorganisation à des alternatives à la peer-review (« open peer-review », forums, etc.). Tous les acteurs importants du système étaient représentés : éditeurs commerciaux, sociétés savantes, chercheurs, bibliothèques.

Conclusions et recommandations

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Il n’est pas possible de détailler ici le contenu du « Workshop on the Open Archives Initiative (OAI) and Peer Review journals in Europe » mais, pour n’en retenir que l’essentiel, voici quelques-unes des conclusions que les organisateurs en ont tirées.

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Peer-review. La validation par le processus de peer-review est un élément essentiel dans l’organisation de la communication scientifique, dont on ne peut pas faire l’économie. Le nouvel environnement électronique facilite le processus traditionnel, mais il appelle également de nouvelles méthodes de certification. Si des expérimentations sont souhaitables et encouragées (« open peer-review », « peer-comments », etc.), seuls les principes de la peer-review classique ont pour le moment une validité incontestée.

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Il paraît indispensable que les sociétés savantes reprennent toutes leurs responsabilités dans les processus de certification des publications scientifiques. Il est également souhaitable que la participation au travail de peer-review soit plus gratifiante pour les chercheurs (publication des noms, prise en compte en tant que véritable activité de recherche, etc.)

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Évaluation. L’évaluation de l’importance et de l’impact des articles publiés (cruciale à la fois pour le financement des recherches et pour les carrières des chercheurs) ne peut que bénéficier d’un environnement tout électronique. Il sera possible non seulement d’extraire automatiquement toutes les citations qu’un article a suscitées (ce qui est déjà possible localement sur un serveur, et le sera à plus grande échelle dans une structure d’archives ouvertes), mais plus généralement aussi de mesurer les commentaires auxquels cet article a donné lieu.

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Aspects économiques. Les coûts de l’archivage de preprints électroniques (publications non certifiées) sont marginaux, et peuvent être supportés par les chercheurs eux-mêmes ou par les organismes de recherche, comme c’était le cas pour la diffusion des preprints traditionnels. L’accès gratuit à ces publications non certifiées ne pose pas de problème particulier.

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En revanche, il semble que le processus de certification (peer-review ou un éventuel modèle alternatif) induise des coûts qui, s’ils peuvent être limités, resteront non négligeables. Un consensus s’est dégagé pour estimer que les coûts liés à la certification de l’information doivent être pris en charge par l’auteur (ou l’institution dont il dépend). C’est l’auteur qui bénéficie en premier de la diffusion de ses travaux, mais c’est aussi un moyen de rendre les chercheurs plus conscients des coûts réels d’une publication. Enfin, la diffusion des résultats de la recherche doit être considérée comme l’une des missions principales de la recherche publique.

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Des études de cas devront être menées afin de vérifier la validité de différents modèles économiques. Jusqu’à présent la documentation électronique a beaucoup pesé sur le budget des bibliothèques, qui ont tout intérêt à participer activement à la refondation du système de la communication scientifique.

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Le protocole OAI et la certification. Le protocole développé est applicable à tous types de documents numériques, de tous formats, qu’ils soient certifiés ou non. Les participants souhaitent que le protocole prenne explicitement en compte la notion de certification, afin que tous les documents ne soient pas mis sur un même plan. Pour répondre à ce souhait, l’American Physical Society et arXiv ont décidé de travailler ensemble à l’échange de métadonnées liées à la certification des documents (qui faciliteront les liens entre preprints et e-prints certifiés, par exemple).

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Les bibliothèques européennes. Une organisation telle que LIBER devrait participer au développement de l’OAI en Europe, en élaborant des normes ou des recommandations (formats des métadonnées, schémas de classification, etc.). LIBER peut aussi jouer un rôle de coordinateur technique et de fédérateur pour les bibliothèques de recherche en Europe, tout en œuvrant pour une diffusion large et rapide de l’OAI. La promotion et la coordination d’un nouveau système fondé sur le concept d’« archives ouvertes » pourraient relever soit de LIBER soit de SPARC(-Europe).

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Il est essentiel que l’Europe tienne toute sa place dans le développement de la structure OAI. Les représentants de l’Open Archives Initiative souhaitent une plus grande implication européenne à la fois dans le comité de direction et dans le comité technique de l’OAI.

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Recommandations finales. Les participants ont voulu retenir trois recommandations importantes et urgentes qui doivent faciliter le déploiement rapide de l’OAI : le protocole OAI doit prendre en compte les mentions de certification dans les métadonnées, certification dont il faut travailler à améliorer les processus ; il faut chercher à convaincre les éditeurs d’exposer les métadonnées des articles qu’ils publient via le protocole OAI (il ne s’agit pas pour les éditeurs commerciaux de céder librement leurs articles, mais simplement d’en accroître la visibilité grâce à une meilleure exploitation des métadonnées) ; il faut œuvrer pour un déploiement rapide de serveurs compatibles avec l’OAI, et promouvoir la soumission d’articles à ces serveurs.

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L’Open Archives Initiative n’est pas qu’un concept. Le protocole développé offre une structure concrète et ouverte dont le succès dépendra de l’implication de tous les acteurs du système de la communication scientifique : bibliothèques, éditeurs, sociétés savantes, chercheurs. La volonté et le dynamisme perçus lors de ce séminaire laissent présager d’importantes réalisations.

Notes

[6]

Voir : Van de Sompel Herbert, Carl Lagoze, The Santa Fe Convention of the Open Archives Initiative. D-Lib Magazine. February 2000, vol. 6, n° 2. hhttp:// www. dlib. org/ dlib/ february00/ vandesompel-OAI/02vandesompel-OAI.html

[7]

Le programme des deux conférences ainsi que les documents qui y furent présentés sont disponibles aux adresses suivantes : hhttp:// www. openarchives. org/ DC2001/ OpenMeeting.html (Washington) et hhttp:// www. openarchives. org/ Berlin2001/ OpenMeeting.html

[9]

Le comité d’organisation était composé de : Raf Dekeyser (LIBER, Access Division ; Katholieke Universiteit Leuven), Herbert Van de Sompel (OAI Executive ; Cornell University) et Corrado Pettenati (CERN, Bibliothèque).

[10]

La version 1.1 du protocole, publiée le 2 juillet 2001, est accessible à l’adresse suivante : hhttp:// www. openarchives. org/ OAI/ openarchivesprotocol.htm

[12]

Une présentation plus détaillée de l’OAI et de quelques sujets annexes feront l’objet d’une étude plus approfondie dans les prochains mois.

Résumé

Français

L’OAI est un projet qui mobilise des chercheurs et des professionnels de l’information pour construire un service universel d’archivage des publications scientifiques. Dans le cadre de ce projet a été établi un protocole qui définit les aspects techniques d’une interopérabilité entre les serveurs d’archives. Un récent séminaire a réuni au CERN à Genève des scientifiques et des bibliothécaires souhaitant s’impliquer dans la mise en œuvre et la maintenance de serveurs d’archives conformes au protocole OAI. Ce fut l’occasion de réexaminer le processus traditionnel de validation et de certification des communications scientifiques par les pairs (peer-review).

Plan de l'article

  1. Le séminaire de Genève
  2. L’Open : Archives Initiative Protocol for Metadata Harvesting
  3. Promouvoir la communication scientifique par voie électronique
  4. La certification des publications
  5. Conclusions et recommandations

Pour citer cet article

Schmitt Jean-Philippe, « L'Open Archives Initiative et la validation des publications scientifiques. Un séminaire sur l'OAI à Genève », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2001 (Vol. 38), p. 124-126.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2001-2-page-124.htm
DOI : 10.3917/docsi.382.0124


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