Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2001/2 (Vol. 38)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.382.0127
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 127 - 131 Article suivant

L’information-documentation dans l’entreprise

1

EN INTRODUCTION A CETTE PREMIERE SESSION, Jean-Pierre Bernat devait préciser la place du système d’information-documentation dans l’entreprise. À partir des exemples de trois entreprises très différentes qui toutes ont mis le système d’information au cœur de leur processus d’information, il a montré que cette place centrale s’explique par le fait que l’information dépasse maintenant les concepts premiers énoncés par Michael Porter pour s’enrichir de nouveaux concepts qui prennent en compte les changements multiples affectant aussi bien l’environnement économique, politique et juridique que les comportements sociaux.

2

Ces nouveaux concepts, liés à une information dite dynamique, sont au nombre de quatre : la compétence qui est du domaine technique de l’expert ; la performance, concept collectif qui s’applique au domaine économique et prend en compte l’efficience globale des compétences ; la concurrence qui implique que l’entreprise soit toujours la meilleure et propose des produits qui soient le plus possible en adéquation avec la demande ; la pertinence enfin qui englobe tous les acteurs entre lesquels l’information doit circuler pour tendre à la « concourrance ».

3

De nouveaux moyens de traitement de l’information apparaissent par ailleurs. On peut citer parmi ces outils la constellation sémantique ou les systèmes de visualisation en 3D qui permettent d’obtenir une cartographie de l’information. Ou encore le système satellitaire, issu du domaine militaire, qui permet de suivre l’avancée d’une nouvelle installation ou de déterminer la nature d’un sous-sol avec une précision de 50 cm/photo. Ces outils requièrent une maîtrise parfaite de la part des documentalistes, ce qui ne peut que renforcer la place centrale de l’information-documentation au sein de l’entreprise.

Le knowledge management

4

La fonction documentation est justement primordiale chez Usinor et s’applique à des domaines divers – surveillance des aspects sécuritaires, par exemple, ou stratégiques –, cette entreprise devant désormais se concentrer davantage sur l’élaboration de systèmes nouveaux ou sur des besoins encore mal définis par ses clients potentiels plutôt que sur l’exploitation de mines et de ressources naturelles de plus en plus rares. À noter que cette information doit être perçue comme « utile » aussi bien pour les employés que pour les actionnaires.

5

Outre ces informations « externes » à l’entreprise, Usinor s’efforce de mieux gérer les gisements de matière grise que représente chacun de ses employés. Cette amélioration passe par une meilleure prise en compte des besoins des salariés tels les besoins de confiance dans l’entreprise, de reconnaissance, de meilleures rémunérations, etc.

6

Il faut donc à la fois gérer les connaissances explicites liées aux outils techniques que sont les modélisations, les systèmes experts ou encore les cercles de qualité, et les connaissances tacites comme les informations grises liées au savoir-faire acquis par les employés, ou encore la motivation de ces employés par la mise en place d’une démarche participative au sein de l’entreprise.

7

Cette gestion des connaissances et des travailleurs de la connaissance repose non pas sur les documentalistes, puisqu’il n’y en a pas (encore…) chez Usinor, mais sur les cadres intermédiaires en raison de leur place stratégique entre les salariés de terrain et les cadres dirigeants.

Le records management et les archives

8

Dans l’entreprise, les archives sont de plus en plus virtuelles, en raison notamment de l’avancée des techniques électroniques, numériques et informatiques. Il faut désormais organiser ces archives dans une optique de production et de diffusion et non plus simplement de conservation, en gardant en vue l’utilité qui doit rester le critère primordial.

9

La nature même de ces archives change et l’on parle désormais de gestion des documents supports d’information, ou records management, qui s’applique aux archives vivantes et intermédiaires. Le records management est donc une discipline à part entière qui devait faire l’objet, au cours du premier semestre 2001, d’une norme ISO/CD 15489. Celle-ci regroupera toutes les normes existantes liées au traitement de l’information, que ce soit l’élaboration de thésaurus, l’indexation ou encore l’archivage électronique.

L’intelligence économique

10

On peut lier l’apparition en France du concept d’intelligence économique à la parution du rapport Martre (1994) qui posait le principe de la nécessaire maîtrise active de l’information pour qu’une entreprise conserve l’avantage concurrentiel. Si cette maîtrise ne pose pas de problème particulier pour les grandes entreprises, il en va différemment pour les PME/PMI qui ont besoin d’une aide extérieure.

11

C’est cette aide que s’est proposé d’apporter le Réseau de diffusion technologique de Basse-Normandie par son opération pilote « Maîtrise de l’information » destinée à aider les entreprises à définir leurs besoins, à rechercher les informations liées à ces besoins, à les exploiter, à les transmettre pour finalement en faire le bilan.

12

A l’issue de chacun de ces projets étalés sur trois mois auxquels ont participé diverses entreprises, il ressort que, si les PME/PMI ont une notion vague de ce que peut leur apporter l’IE, la médiation d’organismes comme le RDT-BN s’avère indispensable pour la mise en place et l’exploitation effective d’une démarche globale de prise en compte de l’entreprise et de son environnement.

Rôle de l’Internet/Intranet : la maîtrise éditoriale et technique

13

Ernst & Young, cabinet d’audit et de conseil présent dans 132 pays, a créé en son sein, voici quatre ans, une Direction knowledge ayant pour mission d’animer une démarche de capitalisation et de partage des connaissances qui répondait aux besoins en informations de ses collaborateurs. Des contraintes liées aux divers métiers, internes et externes à la société, ainsi qu’aux vecteurs nationaux et internationaux, devaient être prises en compte.

14

Un intranet documentaire a été mis en place, cidesp@ ce, qui donne accès en réseau au centre d’information-documentation (CID). Il propose une revue de presse, des signets, des liens vers des sources d’information extérieures. Cet outil a accru les performances de la société en rendant visibles le CID et la Direction knowledge. De plus il a permis un véritable travail d’équipe des documentalistes dont le but doit être la réalisation d’un outil commun accessible à tout un chacun.

15

Christiane Chauvet

Les mutations juridiques et le droit de l’information

17

LE CONTRAT – TEL ETAIT LE MOT CLE DE CETTE SESSION. Ce dernier est en effet devenu un enjeu important dans l’environnement numérique. Le contrat occupe désormais une position centrale et ses clauses, encore trop souvent obscures ou incomplètes, doivent faire l’objet d’un examen minutieux. Il peut prendre la forme d’un code de bonne conduite, comme celui proposé par le GESTE avec sa Charte d’édition électronique susceptible d’être déclinée en versions adaptables aux différents acteurs du secteur. Enfin, la problématique technique et juridique, sous l’angle du dépôt légal, de l’accès aux documents primaires sur support numérique reste l’une des questions majeures à régler.

Droit de l’information et fonction information

18

Les mutations enregistrées par la fonction information impliquent une plus grande visibilité des produits et des services qui en sont issus, ainsi qu’une responsabilité accrue des professionnels assumant cette fonction.

19

Parce qu’ils sont plus largement mis à disposition, voire, de plus en plus souvent, commercialisés, les produits ont acquis une reconnaissance statutaire et économique en terme de valeur et non plus seulement d’usage interne.

Sous le titre général « Systèmes d’information-documentation en réseau et performance de l’entreprise », ces Rencontres étaient organisées autour de trois grands thèmes : comment situer le système d’information-documentation au cœur de l’entreprise et de ses pratiques informationnelles quotidiennes ? Quelles sont les mutations juridiques consécutives au déploiement des technologies de l’information et de la communication dans les entreprises, et quelles en sont les conséquences pratiques sur nos métiers ? Quelle nouvelle image des professionnels de l’information et documentation faire passer face aux nouvelles compétences exigées par l’entreprise ?

Première session

L’information-documentation dans l’entreprise », comprenant un exposé introductif sur « La place du système d’information-documentation dans l’entreprise »*, par Jean-Pierre Bernat, consultant, et quatre exposés sur « Le rôle des professionnels de l’information-documentation dans le management de l’information d’entreprise »

- « Le knowledge management en entreprise : un territoire à conquérir par les documentalistes »*, par Daniel Atlan, directeur des ressources humaines chez Usinor

- « Les professionnels de l’information-documentation et la mise en place d’une activité de records management et d’archives », par Jacques Portevin, responsable du records management à Saint-Gobain et président de l’Association des archivistes français

- « Une nouvelle étape pour l’information-documentation : l’intelligence économique », par Jean-Pierre Larcher, secrétaire général de SCIP France et directeur adjoint du Centre des technologies nouvelles de Basse-Normandie

- « La réalisation d’un outil documentaire dans le cadre d’une démarche "knowledge" : le projet cidesp@ ce »*, par Nathalie Decuypter et Nathalie Corre, de la société Ernst & Young.

Deuxième session

Les mutations juridiques et le droit de l’information »

- « Droit de l’information et fonction information : état de la question », par Sandra Travers de Faultrier, avocate et enseignante

- « Offres de services en ligne pour les professionnels de l’information : les clauses importantes »*, par Valérie Sédaillan, avocate et consultante

- « Le droit d’auteur et la presse », par Michel Colonna d’Istria, vice-président du GESTE

- « L’archivage des sites web »*, par Catherine Lupovici, Bibliothèque nationale de France.

Troisième session

Face aux exigences accrues de l’entreprise : évolutions et perception du métier »

- « La fonction "information-documentation-connaissance" : nouveaux besoins des entreprises, nouvelles médiations professionnelles »*, par Jean Michel, conseiller auprès du directeur de l’ENPC et président de la commission de certification de l’ADBS

- « Activités et compétences : vers une dimension nouvelle de l’image des documentalistes »*, par Dominique Lecoq, enseignant-chercheur au CNAM, directeur du CERCAM.

Les supports des interventions dont les titres sont suivis d’un astérisque sont accessibles sur le site web de l’ADBS (www. adbs. fr).

20

La notion d’œuvre, répondant à deux critères – la création de forme et l’originalité –, ne comprend aucune discrimination de genre, ce qui permet à tous les produits documentaires d’être reconnus comme des « œuvres » : les revues et panoramas de presse, les analyses, et jusqu’à des nouveaux produits comme les bases de données [1][1] Sandra Travers de Faultrier a conçu le cours de formation.... C’est cette reconnaissance juridique, déterminant les prérogatives morales et patrimoniales, qui facilite les modalités d’exploitation et permet une protection contre toutes les formes, aujourd’hui démultipliées, de contrefaçon.

21

Le « fruit du travail » de l’information est reconnu, par une protection du choix en matière de collecte et de mise en forme de la base de données, ainsi que le risque financier, par la création d’un droit sui generis, nouveau, protégeant l’investissement contre la concurrence déloyale en sanctionnant « l’utilisation du travail d’autrui afin de faire des économies », reconnu comme une valeur justifiant un droit d’interdire. La notion d’investissement financier, et non plus seulement intellectuel, est prise en compte et une jurisprudence, encore modeste car ces dispositions sont récentes, confirme cette approche.

22

Le professionnel de l’information collecte, met en forme, valide, à l’image des journalistes, mais il assume aussi une fonction d’édition lorsqu’il diffuse cette information à un public susceptible d’être de plus en plus large. Il concentre désormais sur lui un faisceau de responsabilités auparavant réparties entre plusieurs personnes. Il lui appartient ainsi, par exemple, de déterminer avant de l’utiliser si une œuvre est ou non libre de droit, d’obtenir les autorisations nécessaires, de contrôler l’ensemble des interventions faites sur les œuvres, ce qui implique l’organisation d’actions de sensibilisation.

23

La contractualisation est donc plus que jamais nécessaire pour déterminer de manière précise les usages possibles et les différents niveaux de responsabilité.

Offres de services en ligne : les clauses importantes

24

Ce sont précisément les contrats proposés par plusieurs producteurs de bases de données qui ont été examinés ensuite [2][2] Le texte complet de l’intervention de Valérie Sédallian.... Aucune protection particulière, comme celle qui est accordée au consommateur, ne peut être alléguée dans un cadre professionnel, où la négociation est présumée totalement libre. C’est pourquoi tout contrat proposé doit être examiné avec soin et, dans la plupart des cas, faire l’objet d’une renégociation : il s’avère, en effet, que la rédaction proposée au départ se fait à l’avantage du producteur/diffuseur et que de nombreuses clauses sont floues ou font défaut. Or les mises en garde concernent, malheureusement, de multiples aspects, comme, à titre d’exemples, la responsabilité en cas de perte ou d’utilisation du mot de passe par un tiers non autorisé, la maintenance en cas de panne, l’obligation de formation et/ou de documentation, les clauses de confidentialité ou relatives à la qualité de l’information fournie.

25

La responsabilité du fournisseur peut pourtant être engagée. Elle peut être contractuelle et, dans ce cas, relever d’une obligation de moyens ou d’une obligation de résultats, selon le niveau de maîtrise possible. Les détails des engagements pris par ce fournisseur devraient de ce fait être mentionnés dans un cahier des charges, et toute clause limitative de responsabilité devrait être systématiquement évitée. Mais la responsabilité peut être aussi délictuelle ; or, dans ce cas, la preuve, souvent détenue par le producteur, sera plus difficile à avancer par le client.

26

Le contrat est un document équilibré et des obligations incombent également au client. Il lui faut, en particulier, respecter les usages autorisés dont les limites ne sont pas toujours détaillées avec précision dans tous les documents analysés, et payer un prix, qui n’est pas toujours transparent.

27

Les contrats, tels qu’ils se présentent actuellement, ne semblent donc pas vraiment satisfaisants. Or ils doivent correspondre à des besoins que le professionnel/client potentiel de ces bases de données doit préalablement définir de manière très précise. Et, en cas d’inadaptation, il ne doit pas hésiter à renégocier le premier contrat qui lui a été proposé.

Du bon usage des articles de presse

28

Le GESTE (Groupement des éditeurs de services en ligne) [3][3] Site du GESTE : www. geste. fr a élaboré une Charte d’édition électronique afin de déterminer les bonnes pratiques, en matière d’utilisation d’articles de presse, à l’intention de tous les acteurs du secteur. Ce problème ancien a acquis une acuité nouvelle avec Internet en raison d’une plus grande facilité de dissémination et de l’apparition de nouveaux infomédiaires, ainsi que du caractère, désormais flou, de la qualification d’éditeur et d’auteur.

29

Le GESTE a déjà œuvré pour qu’un accord soit établi entre les éditeurs de presse et les salariés journalistes par le biais d’une négociation collective – une réponse sociale et non juridique, mais jugée satisfaisante. La Charte d’édition électronique, destinée aux usagers, permet de communiquer, en termes simples, les règles de la propriété intellectuelle existantes, de simplifier les utilisations, d’éviter les risques par une mise en garde des contrevenants à la charte, mais aussi de rassurer les utilisateurs de bonne foi.

30

Après une négociation avec les agrégateurs de liens presse et autres prestataires commercialisant les articles de presse, une discussion a été engagée, en réponse à l’ADBS [4][4] Lettre ouverte au GESTE, Actualités du droit de l’information,..., pour la mise au point d’un texte commun [5][5] Charte d’édition électronique GESTE-ADBS, Actualités..., adapté aux besoins des professionnels de l’information. Un accord a été obtenu sur un document qui précise les conditions d’exercice de l’analyse et de la citation dans un cadre professionnel ; mais il n’a pas vocation à se substituer aux contrats qui doivent également être envisagés.

31

Dans un proche avenir, le GESTE souhaite, en relation avec plusieurs prestataires, proposer un cadre simple pour la reproduction de panoramas dans le cadre des intranets, clarifier les bonnes pratiques en matière de petites annonces et mener une action internationale plus active. Une discussion est également en cours avec le Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC) pour collecter les sommes obtenues.

Archivage et dépôt légal des sites web

32

Retrouver les documents primaires présents sur Internet implique, entre autres, d’avoir su régler le problème particulièrement complexe de l’archivage de l’Internet et du dépôt légal des sites web. L’Internet pose en effet des problèmes particuliers liés aux contenus hétérogènes des documents qui y figurent (et qui ne relèvent pas tous d’un droit d’auteur), à la difficulté de trouver des ayants droit dispersés et aux statuts divers, à la confusion existant entre différents vecteurs de communication (publication classique, autoédition, communication personnelle), à la nature de l’acquisition (simple copier-coller, ou lien susceptible de migrer rapidement, voire de disparaître). La pérennisation des contenus et des accès est mise en péril en raison de la mise à jour permanente des sites, dont une datation précise doit pourtant être assurée, ainsi qu’une authentification certaine ; et par la dépendance étroite à la technologie (encodage, obsolescence et migration), ce qui a d’ailleurs un impact juridique indirect sur l’œuvre dont l’intégrité est menacée par tous ces processus.

33

La fonction même du dépôt légal est appelée à évoluer – outre l’extension envisagée dans le cadre de la loi sur la Société de l’information – puisque des questions restent à régler sur la manière d’effectuer cet enregistrement, sur sa périodicité, sur le respect des données personnelles (anonymisation des décisions de justice, par exemple), sur la nature de l’information à sauvegarder (la messagerie relève ainsi des archives), et son degré de granularité. Alors que des pans entiers de l’histoire du réseau ont déjà disparu, comme par exemple ce qui est lié à Gopher, des actions ponctuelles intéressantes ont déjà été réalisées dans le monde scientifique (cf. le site de Los Alamos) ou aux États-Unis (Bibliothèque du Congrès), pour n’en citer que quelques-unes. La réflexion sur le partage des responsabilités entre les acteurs traditionnels vient à peine de débuter…

34

Michèle Battisti

Evolutions et perception du métier

36

DANS LE « BROUILLARD » DE LA « NOUVELLE SOCIETE DE L’INFORMATION », s’interroge Jean Michel en ouvrant la troisième et dernière session, où est le centre (de documentation), où sont les frontières de la nébuleuse de nos métiers ?

La fonction « I-D-C » : nouveaux besoins des entreprises, nouvelles médiations professionnelles

37

L’éclatement en un large éventail de combinaisons, et donc de métiers aux appellations toutes plus « ébouriffantes » les unes que les autres, oblige, avec l’émergence d’un troisième terme, à définir clairement chacun des pôles du champ de « l’information-documentation-connaissance » (I-D-C) : l’information (immatérielle) s’échange, la documentation (matérielle) se gère, et la connaissance se construit. Il s’agit toujours, au fond, de « favoriser l’échange des regards de l’information avec le minimum de coût de la documentation » pour permettre aux individus et aux groupes de progresser par l’acquisition de connaissances.

38

La prolifération des outils a contribué à modifier les conditions d’exercice de nos métiers (les « hyperdocuments » n’appellent-ils pas des « hyperdocumentalistes » ?). Mais les outils sont contingents (et d’ailleurs, quoi qu’il arrive, leur maîtrise doit être acquise, rappellera Dominique Lecoq). L’essentiel est ailleurs, et les besoins demeurent la référence. Avec la convergence fonctionnelle vers le tout numérique, avec les nouveaux marchés de la « Net-économie », avec les regroupements ou recompositions en tous genres, les besoins de l’entreprise et de la société ont changé de nature. La dissémination des pratiques de recherche et de traitement de l’information (au sein des entreprises, vers des clients ou usagers plus autonomes), le développement de réseaux et de communautés de toutes sortes suscitent également de nouvelles modalités d’organisation.

39

Oubliée la pénurie d’informations, il s’agit aujourd’hui de « survivre dans le trop-plein » : simplifier, recentrer, économiser, si possible maîtriser et, toujours, tendre vers la valeur ajoutée. À défaut, on se condamne à « faire des ménages documentaires » en gérant des dispositifs en fin de course. Les nouveaux « médiateurs de l’I-D-C » ne sont plus seulement distingués pour leur capacité à identifier les sources pertinentes. Ils savent déterminer le cheminement le plus propice à l’accomplissement d’un objectif précis dans un contexte donné. Ils sont aptes à guider, à accompagner leurs interlocuteurs et à valider leur démarche.

40

Finalement, Jean Michel nous invite à penser et à vivre l’ensemble des systèmes, dispositifs, acteurs, processus et fonctions relatifs à l’« IDC » dans leur complexité, comme autant de composantes d’un « modèle Infopolis ». Il en appelle à la responsabilité des différents acteurs (décideurs, experts, autres médiateurs) pour gérer son développement dans la cohérence et la concertation.

Activités et compétences : vers une dimension nouvelle de l’image des documentalistes

41

« Nous sommes entrés dans l’ère de l’incertitude, on ne sortira pas du brouillard » annonce Dominique Lecoq. Dans le contexte de la mondialisation, les processus de transmission de l’information, d’élaboration de la connaissance et de construction du savoir doivent être redéfinis au niveau de chaque institution.

42

L’information-documentation n’est qu’« un espace techniquement défini dans le champ de l’information-communication ». Si les documentalistes veulent être davantage considérés, s’ils revendiquent une perception différente de la part de l’entreprise et de la société, alors ils doivent réfléchir au-delà d’une problématique strictement orientée « métier » et s’intéresser au niveau où les choses s’organisent et où les décisions s’élaborent. « Ils doivent entrer en rapport avec le niveau stratégique de l’institution et s’y impliquer personnellement ». À cet égard, il ne s’agit plus seulement pour eux de « faire gagner du temps » à l’entreprise ou à l’organisation. Il leur faut intervenir dans le projet lui-même, faire valoir une capacité chaque fois singulière à innover, à imaginer, au service de l’organisation : la compétence, « chose dynamique et intransitive (il y a – ou il n’y a pas) compétence) ».

43

Au total, les intervenants en appellent à une approche dynamique et systémique d’une fonction information-documentation élargie à la connaissance. L’information est, moins que jamais, le monopole du documentaliste, quelle que soit son appellation. Celui-ci n’est qu’un acteur parmi d’autres, un maillon dans une chaîne de création de valeur raccourcie. Dans « l’entreprise apprenante », la fonction est exercée « au milieu des équipes » et dans le mouvement, à l’inverse des approches « usinières » focalisées sur le document et l’outil et qui, trop souvent, ont fait perdre le sens de l’essentiel.

44

Eloignés des classiques centres de documentation, les médiateurs de l’I-D-C intègrent les fonctions de conseil, de formation, de management… Porteurs d’une vision globale, ils s’efforcent d’adopter un positionnement stratégique et évitent de se cacher derrière des « outils simulacres » (à l’image de certains intranets) pour concevoir des systèmes d’information en perpétuelle adaptation, dans le souci de la valeur et de la finalité – et, ajoute Jean Michel, dans une perspective de développement durable.

45

Pour autant qu’ils en soient conscients et qu’ils en aient la volonté, l’aptitude des professionnels de l’I-D-C à conduire (ou, au moins, à accompagner) le changement dans les organisations est évidente. Appliqué à l’ensemble des « citoyens de l’Infopolis », le concept de « formation des usagers » voit son sens singulièrement renouvelé !

46

Jacques Planchon

Notes

[1]

Sandra Travers de Faultrier a conçu le cours de formation à distance sur le droit des bases de données proposé par l’ADBS (information : Nathalie Devanne, tél +33 (0)1 43 72 99 46 ; courriel ndevanne@ adbs. fr).

[2]

Le texte complet de l’intervention de Valérie Sédallian se trouve sur le site de l’ADBS (www. adbs. fr, rubrique Rencontres). Voir aussi : Licence de ressources électroniques : comment éviter les pièges juridiques ?, European Copyright User Platform (ECUP), Documentaliste - Sciences de l’information, 1999, n° 2, p. 105-112.

[3]

Site du GESTE : www. geste. fr

[4]

Lettre ouverte au GESTE, Actualités du droit de l’information, juillet-août 2000, n° 5.

[5]

Charte d’édition électronique GESTE-ADBS, Actualités du droit de l’information, mai 2001, n° 13 ou Documentaliste - Sciences de l’information, 2001, n° 1, p. 4.

Résumé

Français

Les Rencontres des adhérents de l’ADBS ont eu lieu à Reims les 30 et 31 mars 2001. Une occasion pour les membres de l’association de se retrouver pour aborder les questions fondamentales qui sont en train de faire émerger de nouvelles pratiques professionnelles. Au moment où, à la suite des développements technologiques et de la reprise économique, la place du système d’information documentaire dans l’entreprise est devenue un élément essentiel de sa performance, les professionnels de l’information et documentation ont plus que jamais l’occasion de se valoriser et de démontrer leur utilité économique et sociale.

Plan de l'article

  1. L’information-documentation dans l’entreprise
    1. Le knowledge management
      1. Le records management et les archives
      2. L’intelligence économique
      3. Rôle de l’Internet/Intranet : la maîtrise éditoriale et technique
  2. Les mutations juridiques et le droit de l’information
    1. Droit de l’information et fonction information
      1. Offres de services en ligne : les clauses importantes
      2. Du bon usage des articles de presse
      3. Archivage et dépôt légal des sites web
  3. Evolutions et perception du métier
    1. La fonction « I-D-C » : nouveaux besoins des entreprises, nouvelles médiations professionnelles
      1. Activités et compétences : vers une dimension nouvelle de l’image des documentalistes

Pour citer cet article

Chauvet Christiane, Battisti Michèle, Planchon Jacques, « Rencontres de l'ADBS. Systèmes d'information-documentation en réseau et performance de l'entreprise », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2001 (Vol. 38), p. 127-131.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2001-2-page-127.htm
DOI : 10.3917/docsi.382.0127


Article précédent Pages 127 - 131 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback