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Documentaliste-Sciences de l'Information

2001/2 (Vol. 38)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.382.0132
  • Éditeur : A.D.B.S.

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LES USAGERS SONT-ILS PRETS A PAYER pour ce produit de consommation, certes particulier, qu’est l’information ? Le marché est-il mûr pour accepter que soit rémunéré un service qui, par essence, lui semble aller de soi ? L’ère du tout gratuit sur Internet, si elle n’est pas complètement révolue, ne semble plus être le modèle dominant et, même parmi ses plus fervents partisans, des doutes commencent à s’exprimer. Chacun cherche aujourd’hui à rentabiliser son site, en faisant payer ses contenus ou ses services.

Quelles évolutions prévisibles de la chaîne de la valeur sur le marché de l’information ?

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Le titre de cette journée, « Quels modèles gagnants pour le marché de l’information sur Internet ? », illustre bien les préoccupations actuelles des acteurs de l’industrie de l’information confrontés à Internet, média qui ne cesse de remettre en cause les schémas économiques classiques. En effet, les activités commerciales liées à Internet sont encore trop récemment apparues pour que l’on puisse se faire une idée précise des modèles économiques viables sur ce média. Et de nombreuses interrogations subsistent : comment identifier les facteurs de succès des modèles économiques sur Internet ? Comment optimiser l’offre des contenus et services d’information ? Comment renforcer la confiance des usagers ? Comment améliorer le contexte public et juridique ? Quelle stratégie adopter en ce qui concerne la diffusion multi-terminaux ?

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En préambule, Jean-Daniel Gardère, délégué général du Centre français du commerce extérieur (CFCE), a rappelé l’importance stratégique de l’information pour les entreprises et ses facettes paradoxales : elle est vitale mais aussi mortelle, surabondante mais également rare et onéreuse ; elle peut se présenter sous une forme brute et gratuite ou au contraire stratégique et exclusive. Et de là découle la notion de valeur de l’information et le débat autour de sa gratuité. De récents facteurs, perturbateurs pour l’entreprise, rendent à l’information sa place légitime : une concurrence mondiale accrue, avec une accélération des cycles technologiques et mercatiques, illustrée entre autres par l’externalisation des processus de production que les NTI contribuent à accélérer ; les nouveaux risques liés à l’évolution du cadre réglementaire, juridique et fiscal, encore renforcés par le souci de différenciation des entreprises dans un contexte de concurrence prégnante ; la nécessité de repérer et de manager les différents segments de clientèle.

La journée d’étude

Organisée le 18 mai au Centre français du commerce extérieur, cette journée a été animée le matin par Daniel Confland, président de la commission Économie de l’information du Groupement français de l’industrie de l’information (GFII), et l’après-midi par Serge Chambaud, président du Groupement.

Les acteurs du marché de l’information s’interrogent sur la rentabilité des modèles économiques sur Internet. La période récente a montré en effet les difficultés à construire des stratégies durables. Cette journée devait analyser les conditions permettant de favoriser le développement du secteur de l’information sur Internet :

  • comment identifier les facteurs de succès des modèles économiques sur Internet ?

  • comment optimiser l’offre des contenus et services d’information ?

  • comment renforcer la confiance des utilisateurs ?

  • comment améliorer le contexte public et juridique ?

  • quelles stratégies de diffusion multi-terminaux ? Quel apport des opérateurs dans l’économie de l’Internet fixe et mobile ?

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De l’anticipation de ces différents facteurs, ce qui suppose un environnement informationnel de qualité, dépend alors l’évolution de l’entreprise. Les fournisseurs d’information doivent se soumettre à plusieurs exigences pour s’adapter à ce nouveau contexte :

  • viser un positionnement mondial sans négliger le marché national ;

  • rechercher une taille critique par concentration (fusion, acquisition ou alliance au niveau national/ international), association/intégration de sources, moyens ou réseaux, adossement par liens capitalistiques à de grands fournisseurs de services ;

  • s’imposer une spécialisation comme, par exemple, les gros opérateurs que sont les producteurs de banques de données qui restent une poignée d’acteurs privés ou les intégrateurs/assembleurs qui s’appuient sur une expertise, un savoir-faire et misent sur la personnalisation de l’information (ils évoluent souvent, par la convergence de leurs offres spécialisées, vers le bouquet de services d’information et services associés).

L’on constate également que le marché de l’information électronique est encombré et peu rémunérateur (marché de niches). L’illusion de la gratuité que continuent d’entretenir certains opérateurs renforce encore ces difficultés, car les coûts d’investissement (installation et gestion des outils) sont importants. Mais il reste difficile d’adopter une stratégie précise en raison des nombreuses incertitudes qui demeurent…

Quels modèles de fourniture d’information sur Internet ?

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Des professionnels aux expériences variées ont ensuite présenté, au cours d’une table ronde, leur positionnement stratégique dans le cadre d’Internet.

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Michel Vajou (MV Conseil) a d’abord décrit le contexte en esquissant une typologie des activités économiques qui existent actuellement. Il estime qu’Internet ne déstabilisera pas le marché de l’information professionnelle, et en veut pour preuve la relative bonne santé des acteurs classiques de ce marché comme les producteurs d’information. Les producteurs d’infologiciels et les portails généralistes ou spécialisés tirent également leur épingle du jeu.

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Mais les opportunités restent nombreuses, à condition de trouver de nouveaux modes de création de valeur qui peuvent être : l’intégration de l’information (voir par exemple Yahoo qui permet d’obtenir tous les communiqués de presse concernant une entreprise en tapant simplement le nom de celle-ci dans le module de recherche) ; l’extraction intelligente des données informationnelles sur le web (techniques facilitant la recherche sur le net) ; l’agrégation/indexation de données (où l’entreprise est à la fois productrice et consommatrice de contenus) ; la validation/labellisation de l’information (tiers de confiance qui valide l’information diffusée).

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Il reste que le marché de l’information professionnelle sur Internet est très jeune (il n’a que cinq ans) ; il est donc loin d’avoir atteint sa maturité.

Trois modèles économiques différents

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La société Nomade a été créée en 1996 et diffuse de l’information gratuite en se rémunérant sur la publicité. Au départ simple annuaire de recherche, elle a évolué vers le modèle du portail en proposant les quatre aspects essentiels de ce type de site : recherche, communication, information et achat. Cependant, le marché de la publicité commence à s’essouffler sur Internet (pas d’arrivée massive de nouveaux annonceurs) et Nomade doit actuellement soit trouver d’autres sources de revenus, non identifiés pour le moment, soit tenter de renouveler son portefeuille d’annonceurs.

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Expérience totalement différente avec Digital Business Globe, quotidien électronique économique et financier, diffusé par abonnement payant. Ici, on fait la distinction entre communication (qui peut être gratuite) et information (qui apporte de la valeur ajoutée et donc doit être rémunérée). Outre les abonnements, la revente de contenus informationnels représente une autre source de revenus. La conviction que l’avenir repose sur cette matière première qu’est l’information donne donc une orientation fondée sur la qualité et la fiabilité des informations diffusées.

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Le choix du Monde interactif, que l’on peut qualifier de mixte en ce qui concerne son financement, est de se rapprocher du modèle éditorial lié au traitement de l’information, sans négliger le fait que le mode d’accès à l’information et ses usages influencent le choix du modèle économique. Actuellement, les revenus publicitaires représentent 70 % du chiffre d’affaires, contre 20 % pour les ventes d’archives et 10 % pour les autres exploitations numériques (cédéroms, e-book, syndication, intranets professionnels, etc.).

Des recommandations de l’ACSEL pour ledéveloppement du commerce électronique

L’ACSEL, l’Association pour le commerce et les services en ligne (www. acsel-net. org), vient de publier un Livre blanc intitulé La confiance, principal défi pour le commerce électronique. Cet ouvrage formule, à l’intention des « e-marchands », neuf recommandations pour développer le commerce électronique tout en établissant et préservant la confiance des internautes dans ce nouveau mode de consommation.

Les trois premières recommandations concernent l’instauration d’un climat de confiance en optant pour un label ; à ce sujet, l’ACSEL réaffirme son soutien à L@ belsite, créé en 1999 par la FEVAD (Fédération des entreprises de vente à distance) et souhaite que les organismes proposant des labels respectent trois principes : publication et mise à jour régulière des objectifs et critères d’attribution de ce label, délivrance par un organisme indépendant, durée limitée d’attribution du label.

La sécurité des paiements fait l’objet de deux recommandations. L’ACSEL encourage les solutions de télépaiement par cartes à puces auprès des banques et des commerçants et, dans l’attente d’un véritable déploiement de cette solution, incite les banques à mettre en place deux procédures : l’identification précise, sur les relevés de compte des clients, des paiements effectués en ligne, et la possibilité de remboursement de débits non justifiés.

La recommandation suivante concerne la protection des données personnelles : l’association propose de promouvoir la transparence des procédures de collecte et la protection des données personnelles afin de mieux informer le consommateur.

La prévention de la cybercriminalité est le thème central des trois dernières recommandations. L’ACSEL rappelle la nécessité de mettre en œuvre les meilleurs moyens techniques et procéduraux pour protéger échanges, applications et bases de données. Elle propose une réflexion collective sur les méthodes de règlement des litiges. Enfin, elle encourage les marchands, en respectant des codes de bonne conduite, à donner le maximum d’informations au consommateur, sans qui le commerce électronique ne saurait prendre son essor.

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L’objectif est d’arriver à un équilibre entre les sources de revenus (la publicité n’y comptant que pour moitié). Le cas du Monde interactif est cependant très particulier, car cette société s’appuie sur un média de forte notoriété, le quotidien Le Monde, ce qui n’est pas sans importance dans la viabilité du modèle adopté.

Labellisation et confiance

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Proposer un produit à la vente sur Internet implique nécessairement paiement en ligne. Mais, en France, le commerce électronique ne décolle pas vraiment. Les raisons de cette réticence viendraient, explique maître Étienne Drouard en s’appuyant sur des enquêtes effectuées à ce sujet, d’une certaine défiance du public envers les sites (que deviennent les informations transmises par l’ordinateur ?), ce qui freine sensiblement l’achat en ligne. Une des réponses possibles reste la labellisation ou la certification des sites qui offre des garanties à la fois sur la technologie utilisée et sur le respect du cadre juridique (loi et autorégulation). Ce « certificat de bonne conduite » peut prendre diverses formes : autolabellisation, label accordé par une association de consommateurs ou par un groupement de professionnels, label après audit, certification.

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Le traitement des données personnelles devient ainsi un des facteurs clés du succès du commerce électronique. Concernant la protection des utilisateurs, Charlotte-Marie Pitrat, commissaire du gouvernement auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, a rappelé les pratiques actuelles dans la récolte des données personnelles : renseignements commerciaux, fichiers comportementaux, fichiers clientèle qui sont des données visibles mais également données de trafic, de navigation et de connexion qui sont, elles, enregistrées à l’insu de l’usager.

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Devant la multiplication des textes juridiques, la diversification de production des règles de droit et les cas de plus en plus nombreux de jurisprudence, les États et divers organismes comme la CNIL tentent de construire dans ce domaine mouvant un cadre réglementaire (national, européen, mais aussi international). Une autorégulation sur le modèle américain, mais avec des spécificités européennes, se dessine peu à peu. Une bonne observation et une analyse des phénomènes et pratiques émergents sur les sites web sont le gage d’une meilleure évolution du cadre juridique. La protection de la vie privée va devenir un véritable marché avec logiciels payants à la charge du consommateur pour assurer la protection des données le concernant si les sites ne respectent pas un minimum de règles. Une certaine autodiscipline est donc nécessaire. [1][1] Cf., à propos de ces deux interventions, le compte...

La sécurisation des paiements

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Toutes ces questions étant liées, on en vient naturellement à la sécurisation des paiements en ligne, élément indispensable pour instaurer la confiance. Frédéric Spagnou (executive vice-president de e-Business Security & Global Services, Gemplus) a présenté les outils permettant de la mettre en œuvre. Pour le « B to B », on peut parler d’hypersécurisation avec le système du « quatre coins » géré par un consortium de banques et qui fait figure de standard mondial. Pour les micropaiements (sommes inférieures à quarante francs), F. Spagnou affirme que les solutions de sécurité sont également assurées à travers différentes technologies : Cybercom, monnaie virtuelle avec Beans, Mobitrust d’IBM, etc.

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Mais le vrai problème reste l’investissement de départ (coût des infrastructures) pour le véritable déploiement d’une solution. Car l’« e-commerce » a besoin pour se développer qu’une solution unique s’impose. En France, les opérateurs télécoms encouragent l’adoption du téléphone mobile comme terminal de paiement personnel. Celui-ci présente en effet de nombreux avantages : parc important qui ne cesse de se développer, adaptation facile comme terminal de carte bleue, authentification résolue de l’émetteur, etc.

La gestion des droits du contenu

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Parallèlement, la question de la gestion des droits du contenu électronique est à poser en termes renouvelés, a expliqué maître Jean Martin. Le nouvel environnement technologique affecte l’information, à toutes les étapes de la chaîne de sa valeur, entraînant une fragmentation de la gestion des droits. La rigidité du droit actuel, héritée du XIXe siècle, contraste singulièrement avec la simplicité, la rapidité, le prix équitable, la liberté des usages commandés par l’évolution des techniques. Le modèle de la gestion collective est toujours pertinent, mais il doit évoluer pour prendre en compte la diversité des pratiques et des usages : une gestion globalisante mais en même temps différenciée pour répondre aux exigences des multiples possibilités d’exploitation de l’information serait une des voies à exploiter.

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Le dispositif que le Centre français d’exploitation du droit de copie, premier organisme de gestion collective des droits, a mis en place (difficilement, mais il a fini par être accepté par à peu près toutes les parties concernées !) assure, selon Jean Lissarague, directeur du CFC, une garantie pour les ayants droits, un tarif équitable prenant en compte le profil des usagers et une sécurité juridique pour ces derniers. Si ce modèle n’est pas transposable tel quel pour l’électronique, qui bouleverse tous les repères (les notions d’œuvres, de publications, d’auteurs et même d’éditeurs évoluent), les acteurs concernés pourraient s’en inspirer. De tels dispositifs sont très longs à mettre en place et il devient urgent qu’éditeurs, auteurs, usagers entament un dialogue constructif autour de ce vaste projet qu’est la reconstruction de l’univers de l’édition sur les réseaux électroniques.

Quel apport des opérateurs dans l’économie de l’Internet fixe et mobile ?

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Cette journée s’est conclue par un débat sur la question de savoir comment les opérateurs peuvent coopérer avec les éditeurs pour créer des services rémunérateurs.

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Les intervenants ont d’abord fait remarquer qu’il fallait bien différencier l’Internet fixe de la téléphonie mobile, qui reposent sur des logiques différentes, notamment en matière de facturation. Dans le cas du mobile, l’opérateur se rémunère sur le transport des données, alors que pour le web les coûts de transport incombent aux ISP (Internet service providers). France Télécom va prochainement proposer le modèle du Minitel (différents paliers tarifaires) sur le web, chose déjà faite sur le kiosque micro. En effet, le modèle télématique est tout à fait satisfaisant pour les éditeurs : pas de comptabilité pour les micropaiements (facturation par un seul opérateur), assurance de reversement, paliers tarifaires adaptés à la valeur du contenu, etc. Pourtant, l’inconvénient reste toujours la facturation à la durée, inadaptée aux besoins du consommateur.

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Si la technologie est au point, il n’y a pas de véritable industrie du contenu, estiment certains. Or, les opérateurs ont besoin de contenus pour pouvoir « lancer » un nouvel outil ; il s’agit là d’une véritable opportunité pour les éditeurs. L’échec du Wap sur les terminaux mobiles a démontré, entre autres, que ce sont les usages qui doivent déterminer le contenu et non l’inverse ; le succès des nouveaux services dépendra donc de cette prise en compte des usages qui vont émerger dans le futur pour organiser les contenus. Les pouvoirs publics sont conscients de cet état de fait et devraient encourager le développement de ce segment de l’industrie de l’information. Le septième appel à projets du programme européen IST (Information Society Technologies) tout comme le programme e-content confirment cet intérêt en se centrant presque exclusivement sur les technologies liées aux contenus numérisés et le traitement des problèmes linguistiques par les industries du multimédia.

Notes

[1]

Cf., à propos de ces deux interventions, le compte rendu d’une journée d’étude du GFII sur « Les données personnelles, la loi et l’Internet », paru dans notre numéro 3-4/2000, pages 220-222.

Résumé

Français

Le Groupement français de l’industrie de l’information (GFII) a organisé, le 18 mai dernier à Paris, une journée d’étude qui était l’aboutissement des travaux récents de sa commission Économie de l’information. Destinée à analyser les conditions permettant de favoriser le développement du secteur de l’information sur Internet, cette journée a réuni différents acteurs de l’information électronique : à travers des relations d’expériences et des exposés plus généraux, ils ont tenté de dégager les modèles émergeant actuellement et leurs implications économiques

Plan de l'article

  1. Quelles évolutions prévisibles de la chaîne de la valeur sur le marché de l’information ?
    1. Quels modèles de fourniture d’information sur Internet ?
    2. Trois modèles économiques différents
    3. Labellisation et confiance
    4. La sécurisation des paiements
    5. La gestion des droits du contenu
    6. Quel apport des opérateurs dans l’économie de l’Internet fixe et mobile ?

Pour citer cet article

Ferchaud Bernadette, « Quels modèles gagnants pour le marché de l'information sur Internet ? », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2001 (Vol. 38), p. 132-135.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2001-2-page-132.htm
DOI : 10.3917/docsi.382.0132


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