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Documentaliste-Sciences de l'Information

2002/1 (Vol. 39)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.391.0045
  • Éditeur : A.D.B.S.

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L’ARRIVEE DU WEB, il y a bientôt dix ans, a modifié en profondeur l’accès aux données, rendu à la fois plus facile (abolition des barrières géographiques) et plus complexe (surabondance d’une information difficile à maîtriser). Dans ce contexte, quelle définition donner à une bibliothèque virtuelle, par rapport à des pages web ou à une collection de documents numériques ? Entre les fonctions d’une bibliothèque matérielle et celles d’une bibliothèque virtuelle, y a-t-il continuité ou rupture, en termes de conservation patrimoniale, d’organisation des contenus, de diffusion auprès du public ? Quels usages nouveaux les populations du Sud peuvent-elles faire des bibliothèques virtuelles auxquelles elles ont accès ? Quels sont les objectifs des pays du Sud qui créent leurs bibliothèques virtuelles ?

Bibliothèque virtuelle ou bibliothèque numérique ?

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Les deux adjectifs, souvent employés indifféremment, ne recouvrent pourtant pas les mêmes notions, a précisé en préambule Jean-Claude Le Moal. Le terme « virtuel », qui suppose une non-existence physique, doit être réservé aux bibliothèques de liens qui pointent vers des sites divers à travers le monde. Une bibliothèque « numérique », elle, recouvre une réalité concrète et correspond à la mise en mémoire des documents pour en assurer une diffusion électronique. La bibliothèque numérique s’inscrit ainsi dans la continuité des bibliothèques traditionnelles, dont la fonction fondamentale est bien de rendre accessibles leurs ressources. Et cette évolution (la réalisation de collections de documents numériques) ne fait que renforcer la nécessité d’une médiation professionnelle pour donner des points de repère dans le cyberespace et apporter de la valeur ajoutée (validation de l’information). Dans cet environnement numérique mondial, il faut privilégier le travail en réseau et multiplier les partenariats entre bibliothèques autour de projets fédérateurs (protocoles, formats communs, etc.).

Un contexte difficile au Vietnam

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L’expérience vietnamienne [1][1] Voir aussi pages 42-44 l’article de Nguyen Nhu Kim..., que nous regrettons de ne pouvoir développer en raison de la mauvaise liaison entre Paris et Hanoï, rendant pratiquement inaudibles les paroles de l’intervenant, se déroule dans des conditions particulièrement difficiles. Le patrimoine documentaire, qui n’a pas bénéficié d’une politique volontariste de conservation, est très menacé. Le besoin de personnes formées aux techniques de numérisation se fait également cruellement sentir. S’ajoutent à cela la difficulté de diffusion due au développement insuffisant des infrastructures de transports et le manque chronique de revues scientifiques internationales. Néanmoins, les ressources numériques disponibles sont en constante augmentation et des efforts réels sont mis en œuvre pour accélérer leur disponibilité. Cette période de transition devrait s’étaler sur plusieurs années. Un retour d’expérience des pays du Nord, beaucoup plus avancés dans leurs projets et disposant de moyens incomparables, serait profitable pour accompagner ces développements.

La journée d’étude

Cette demi-journée a eu lieu au siège de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), à Paris, avec la collaboration technique de l’Organisation et en visioconférence avec le Vietnam et avec le Togo. Elle proposait le programme suivant.

Les bibliothèques virtuelles du Sud, introduction par Jean-Claude Le Moal, responsable du Service d’information et de communication scientifique de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA).

Une expérience vietnamienne en sciences et techniques, par Ta Ba Hung.

Une expérience de bibliothèque électronique du droit africain, par Roland Adjovi, doctorant en droit international à l’université Paris-2.

Une expérience tunisienne dans le domaine de l’éducation, par Adel Gaaloul, directeur général de l’Institut national de bureautique et de micro-informatique (INBMI).

Un débat entre Paris, Hanoï et Lomé, modéré à Hanoï par Ta Ba Hung, directeur du Centre national d’information et de documentation scientifique et technique (CNDIST) ; à Lomé par Richard Gozo, directeur adjoint du Centre culturel français (CCF) ; à Paris par Jean-Claude Le Moal.

Une expérience de l’Unesco : MedLib, bibliothèques virtuelles méditerranéennes, par René Cluzel, spécialiste du programme, Division de l’information et de l’informatique.

Les textes ou supports des interventions de Ta Ba Hung, Roland Adjovi, Adel Gaaloul et René Cluzel peuvent être consultés sur le site web de l’ADBS (www.adbs.fr), à la rubrique « Journées d’étude ».

Lexana, un site sur le droit africain

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Le constat d’un manque évident de ressources juridiques africaines sur le net a conduit un doctorant africain en droit international à réaliser une bibliothèque électronique de droit africain. Après de multiples péripéties, la mise en ligne de Lexana (www.lexana.org) a été effective en mai 2000. L’objectif du site est de permettre une diffusion large de l’information juridique sur l’Afrique, très peu connue, de partager les expériences nationales, de mettre en ligne les documents d’actualité et, à terme, de mettre sur pied un réseau où participeraient tous les États africains. Les difficultés rencontrées pour faire aboutir ce projet ont été essentiellement humaines. Le désir de faire évoluer cette initiative privée vers une implication effective d’acteurs concernés par ce domaine s’est heurté à un désintérêt des personnes contactées. Actuellement, le site fonctionne sur des fonds privés et il est entièrement gratuit. Une participation de partenaires africains pour amortir les coûts de fonctionnement serait appréciée par le concepteur ! Autre déception : peu d’Africains fréquentent ce site, visité majoritairement, d’après les statistiques, par des internautes français et des États-Unis.

Le besoin de partage des ressources, de mise en commun des compétences, de mutualisation des coûts a été mis en évidence avec justesse : c’est un appel aux pays du Nord.

Des réalisations togolaises

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Dans le monde africain également, plusieurs expériences ont vu le jour : une banque de données bibliographique avec résumés sur les thèses et mémoires soutenus en neurologie a été élaborée à l’Université de Lomé à destination des étudiants et enseignants-chercheurs. La Bibliothèque virtuelle de neurologie africaine est constituée actuellement de soixante-six titres (quinze publications, quarante-huit thèses, trois mémoires) dont les résumés sont tous accessibles gratuitement à partir du site. La faiblesse des moyens disponibles pour une telle réalisation est ici criante : insuffisance de connaissances techniques, absence de texte intégral, limitation au fonds de l’Université de Lomé. (www.tg.refer.org/togo_ct/medecine/neuro/cadre.htm)

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Le projet d’une université virtuelle francophone impulsé par l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) est actuellement à l’étude.

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Dans le domaine du droit, les références des arrêts de la Cour suprême du Togo (cent un arrêts) sont proposées en ligne et ce site, à terme, devrait s’étendre à l’ensemble du droit. (www. justice. tg. refer. org)

… et des expériences tunisiennes

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Le système éducatif tunisien a beaucoup évolué depuis quelques années et les bibliothèques scolaires sont étroitement associées à son développement qualitatif. Une des actions prioritaires du projet « Écoles de demain » est le renforcement de leur rôle, notamment dans l’apprentissage des outils d’accès à l’information. Les ambitions de ce projet s’articulent autour de trois pôles : réhabilitation des bibliothèques de recherche, mise en place de CDI dans l’enseignement secondaire et de bibliothèques dans chaque école. Concernant les outils informatiques, l’accès à Internet est actuellement réalisé dans les lycées, il est en cours dans les collèges et prévu dans les écoles primaires.

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Une des réalisations concrètes présentée lors de cette journée est la Bibliothèque virtuelle éducative (BVE), qui devait être lancée au premier trimestre 2002, présentée comme un intermédiaire entre instances gouvernementales liées au domaine de l’éducation et la communauté des enseignants et élèves. Complément au support imprimé, elle proposera en ligne des ressources utiles pour l’enseignement mais, surtout, elle a pour objectif d’être un outil pour la formation et la sensibilisation à la recherche d’information. Le système est bilingue : français et arabe. Les enseignants, à qui une partie de la BVE sera réservée (les ressources éducatives et pédagogiques notamment), auront la possibilité de se constituer une bibliothèque personnelle à partir des documents de la BVE. Ce projet national veut apporter sa contribution au fonds international éducatif et la nécessité d’une collaboration internationale est ici encore soulignée. (www. edunet. tn)

Accès aux revues biomédicales dans les PED

Six éditeurs, qui concentrent à eux seuls 80 % des 1.240 revues biomédicales de la planète – Reed-Elsevier, Wolters-Kluwer, Blackwell, Harcourt General, Springer Verlag et John Wiley & Sons – viennent de signer un accord avec l’Organisation mondiale de la santé. Celui-ci prévoit l’accès gratuit ou à très bas prix à près de mille revues savantes en biologie et en médecine pour les praticiens et chercheurs de près de cent pays en développement (la plupart en Afrique). Pour concrétiser cette entente, l’OMS s’est engagée à créer un portail Internet à partir duquel les institutions accréditées pourront accéder aux articles des revues dès le jour de leur publication. Mais trois des revues les plus importantes, publiées par des éditeurs indépendants – New England Journal of Medicine, Science et Nature – ne font pas partie de cet accord.

Sites sur la coopération et le développement

Le groupe Pays en développement de l’ADBS a publié en juillet dernier une Sélection de signets sur la coopération internationale et le développement, recueil d’adresses de sites web qui proposent des liens vers des sources francophones dans les domaines suivants : annuaires et bibliothèques virtuelles ; agriculture ; développement social, enfance et démographie ; économie et finances ; éducation, formation et recherche ; environnement ; état de droit ; habitat et urbanisme ; politiques de développement, santé. Cette plaquette diffusée gratuitement. Écrire à ADBS, secteur PED, ou par courriel à adbs@ adbs. fr. Également accessible en ligne avec mise à jour régulière : www. adbs. fr/ adbs/ vieasso/ present/ qui/ html/ index3. htm, rubrique « Pays en développement ».

Bibliothèques virtuelles méditerranéennes

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L’Unesco n’est pas en reste en matière de réalisation de bibliothèques virtuelles et l’organisation a présenté le projet MedLib (Internet-based virtual library network for the Mediteranean region) dont le but est d’organiser une bibliothèque virtuelle pour les régions de la Méditerranée très riches culturellement et dont la particularité est le multilinguisme. Cette bibliothèque doit offrir des liens vers des sites qui proposent des ressources en texte intégral sur l’histoire et la littérature de ces régions. Dans le cadre de ce projet, l’Unesco a aidé des organisations à mettre en place leur site (Bibliothèque nationale de Tunisie, catalogue collectif en Palestine, etc.). De nombreux autres travaux en cours. Avec les mêmes objectifs et sur le même modèle, l’Unesco aide à mettre en place une bibliothèque virtuelle d’Amérique latine et des Caraïbes.

Un bilan préoccupant

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Ces présentations démontrent, si besoin était, que les pays du Sud avancent, dans l’univers numérique, au milieu de problèmes alarmants et avec peu de moyens : difficulté d’accès à l’information mondiale, manque de matériels adéquats et de compétences suffisantes, faible capacité des réseaux, désintérêt des pouvoirs publics… Le besoin de partage des ressources, de mise en commun des compétences, de mutualisation des coûts a été mis en évidence avec beaucoup de justesse ; cet appel de détresse à destination des pays du Nord ne peut les laisser indifférents et devrait les encourager à développer leur sens du partage par un renforcement de la coopération. Ont également été soulignées l’importance de la conservation et de la préservation des documents, la nécessité de la sauvegarde du patrimoine, grâce auquel un pays accède à sa propre histoire.

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À l’heure où se tient le forum de Porto Alegre, à l’heure où l’on parle d’économie solidaire, ne serait-il pas temps d’y réfléchir également dans le domaine des technologies de l’information, ne faudrait-il pas favoriser la démocratisation de l’usage d’Internet et le partage de l’information ?

Notes

[1]

Voir aussi pages 42-44 l’article de Nguyen Nhu Kim sur L’information et la documentation scientifique et technologique au Vietnam.

Résumé

Français

Qu’est-ce qu’une bibliothèque virtuelle ? Quels usages les pays du Sud peuvent-ils en avoir ? Avec quels objectifs ces pays en créent-ils ? Quels moyens sont-ils nécessaires pour ce faire ? C’est autour de ces interrogations que s’est tenue une demi-journée d’étude consacrée aux expériences et projets de bibliothèques virtuelles du Sud, organisée par le groupe Pays en développement de l’ADBS, le 18 décembre 2001 à Paris, en collaboration avec l’Unesco et en visioconférence avec le Vietnam et avec le Togo.

Plan de l'article

  1. Bibliothèque virtuelle ou bibliothèque numérique ?
  2. Un contexte difficile au Vietnam
  3. Lexana, un site sur le droit africain
  4. Des réalisations togolaises
  5. … et des expériences tunisiennes
  6. Bibliothèques virtuelles méditerranéennes
  7. Un bilan préoccupant

Pour citer cet article

Ferchaud Bernadette, « Journée d'étude ADBS. Expériences et projets de bibliothèques virtuelles du Sud », Documentaliste-Sciences de l'Information, 1/2002 (Vol. 39), p. 45-47.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2002-1-page-45.htm
DOI : 10.3917/docsi.391.0045


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