Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2002/1 (Vol. 39)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.391.0048
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 48 - 55 Article suivant
1

LE CHOIX D’ORGANISER CES JOURNEES de réflexion transdisciplinaire et prospective dans le lieu symbolique qu’est la Saline royale d’Arc-et-Senans, utopie urbaine concrétisée, n’est évidemment pas fortuit. La gestion de l’information dans les organisations n’est-elle pas comparable à la gestion de la ville et de son développement ? Cette analogie a conduit Jean Michel à créer le concept de « ville informationnelle » ou Infopolis : « L’ensemble des systèmes, dispositifs, acteurs, processus et fonctions relatifs à l’information, à la documentation et à la connaissance (fonction IDC) constitue en effet une ville dans laquelle le système IDC global est pensé, planifié, géré, vécu comme une ville en développement organique constant. » Un concept qui peut aider à comprendre la complexité du management moderne de l’information et de la connaissance [1][1] Voir l’article de Jean Michel intitulé : Le knowledge....

2

En s’appuyant sur un montage visuel très ludique et sur des variations verbales autour du mot information, Jean Michel a mis en évidence les différents aspects du management de l’information et de la connaissance, mis en parallèle avec celui d’une ville.

3

L’émergence de la société de l’information a en effet entraîné de profondes mutations au sein du paysage informationnel : mise à disposition de vastes gisements de ressources, frontières floues dans les métiers de la médiation documentaire, autonomie croissante des acteurs de l’entreprise due à l’explosion des usages des technologies de l’information (Internet notamment) et du document numérique, nouvelles modalités d’organisation de la documentation…

4

La gestion de l’information comporte ainsi deux facettes qui sont liées : le contenu (immatériel) et le contenant (matériel). Les pratiques qui en découlent vont concerner soit le contenu de l’information et son sens, soit les supports de cette information et leurs localisations : c’est dire que les métiers de l’information peuvent présenter une grande diversité.

5

Mais on assiste actuellement à un élargissement du champ professionnel qui conduit à prendre en compte non seulement la gestion de l’information et de la documentation mais également celle de la connaissance. En quoi différent-elles ? « L’information s’échange, la documentation (le document) se gère et se caractérise par une trace matérielle, la connaissance se construit à partir d’un savoir structuré, d’opérations mentales de modélisation. »

6

Les entreprises, elles aussi, évoluent dans leur appréhension de la gestion de l’information : souci de cohérence et d’intégration des systèmes d’information ; recentrage sur les vrais besoins (approche client, par exemple) ; souci d’économie ; vision plus stratégique de l’IDC. Le système IDC se développe désormais autour de la notion d’« infostructure » : cadre directeur et systémique visant à assurer le meilleur développement possible de l’Infopolis pour parvenir à transformer l’entreprise, quelle qu’elle soit, en entreprise réellement apprenante, en constante évolution.

1re table ronde

? Quels territoires pour les manageurs de l’information ? Une complexité informationnelle aux facettes et préoccupations multiples

? Cette première table ronde a réuni des représentants de milieux professionnels différents concernés de près par les nouvelles modalités de gestion de l’information et qui développent des réflexions prospectives sur la transformation de leurs champs d’intervention et de leurs pratiques : directeurs de systèmes d’information, statisticiens, responsables de systèmes d’information géographique, journalistes, médecins, formateurs, chargés de communication…

Président-animateur : Jean Michel, École nationale des ponts et chaussées

Participaient à la table ronde :

  • Bernard Blandin, secrétaire général du Forum français pour les formations ouvertes et à distance (FFFOD)

  • Jean-Jacques Girardeau, statisticien, Université de Franche-Comté

  • Jean-François Pépin, délégué général du Club informatique des grandes entreprises françaises (CIGREF)

  • François Salge, secrétaire général du Conseil national de l’information géographique (CNIG)

  • Albert Tonelli, responsable informatique, Ministère de l’Agriculture.

7

Dans ce contexte complexe où tout un chacun peut devenir acteur de la société de l’information, il est urgent de redéfinir les rôles de la médiation professionnelle et de repenser le management de l’information et de la connaissance d’une façon concertée et globale.

8

Des professionnels de divers horizons, très variés, ont ainsi été invités à exposer leurs points de vue au cours de tables rondes et, ensemble, à réfléchir à une reconception des rôles, des responsabilités, des compétences à mettre en œuvre dans les organisations pour construire cette Infopolis.

Quels territoires pour les manageurs de l’information ?

9

Cette première table ronde réunissait des représentants de milieux professionnels différents, tous concernés par les nouvelles modalités de gestion de l’information et développant des réflexions prospectives sur la transformation de leurs champs d’intervention et de leurs pratiques.

Le secteur de la formation professionnelle

10

Ce secteur subit de profonds bouleversements, l’évolution rapide des sciences et des techniques générant un nouvel et important besoin de formation. À travers cet exemple, Bernard Blandin a mis en évidence les transformations en cours des systèmes éducatifs qui doivent désormais prendre en compte la dimension virtuelle. Confrontés à l’apparition importante de nouveaux acteurs, notamment avec l’e-learning, les intervenants de la formation professionnelle, véritable métier qui ne s’improvise pas, sont amenés à s’interroger sur leurs pratiques. La réponse à ces nouveaux besoins impose d’évoluer d’une logique de transmission des savoirs, héritée de plus d’un demi-siècle de tradition éducative, vers une logique constructiviste (où l’individu « construit » sa connaissance et sa compétence). Le rôle traditionnel du formateur éclate alors dans deux directions : conception de services (flexibles et personnalisés) et d’outils associés, nécessitant une ingénierie spécifique ; médiation vers les savoirs et assistance aux processus d’apprentissage. Cette nouvelle approche devra prendre en considération les TIC et en inventer les usages pertinents.

L’information géographique

11

François Salge a évoqué les évolutions majeures dans le champ de l’information géographique et mis en relief le rôle et la place de celle-ci dans un management plus global de l’information au sein des organisations. Au départ affaire de spécialistes (acteurs intervenant sur un territoire, au sein des collectivités locales, gestionnaires de réseau, etc.), les systèmes d’information géographique (SIG), devenus conviviaux et intuitifs, sont à portée désormais du non-spécialiste. Cette évolution conduit les différents intervenants concernés à travailler d’une manière beaucoup plus participative. Dès lors le SIG s’inscrit dans un réseau informatique et humain en intégrant tous les acteurs du territoire dans une perspective de développement durable.

12

Actuellement, le problème majeur est l’interopérabilité des SIG, entre eux et avec les autres logiciels, qui permettrait de bénéficier des performances des outils spécialisés tout en conservant la polyvalence des SIG. Sur un autre plan, le SIG, dans un contexte participatif, suppose un partage de l’information commune, d’où l’importance d’investir dans la création de référentiels communs qui permettent l’échange effectif des connaissances. Pourtant, des freins existent à cette nécessaire évolution : le SIG est souvent considéré comme l’enjeu d’un pouvoir qui serait amoindri si on le partageait. Il peut alors devenir, selon les comportements, aussi bien un outil de communication qu’un outil de manipulation…

L’information locale

13

L’expérience de Jean-Jacques Girardeau est fondée sur la mise en place d’un réseau d’observatoires de la vie locale qui prennent la forme de sites Internet ayant pour mission l’aide à la prise de décision. Ses axes de travail, pour cette démarche de gestion des connaissances, ont été : le multimédia (tous les types de documents sont disponibles), le travail coopératif avec logique d’apprentissage, la qualification des sites (optimisation, sécurité), le transfert (système de services aux entreprises) et les contenus. Ce dernier aspect revêt de plus en plus d’importance. Car s’il est facile de proposer de l’information, la rendre attractive est nettement moins aisé et les compétences manquent pour maîtriser cette dimension. Autre écueil : la mutualisation de la production d’un site se heurte le plus souvent à la difficulté de faire travailler les gens ensemble ; le travail coopératif est un processus lent, qui exige une évolution des mentalités.

14

L’apport des statisticiens, dans ce cadre, a résidé dans les techniques de data mining, proches du knowledge management et qui sont des instruments précieux pour traiter des informations nombreuses et dispersées. Enfin, si la fonction documentaire évolue, c’est dans le sens d’une meilleure organisation de l’information sur les sites qui aident à orienter l’usager, et vers un rôle d’expertise.

L’information administrative

15

Le ministère de l’Agriculture a conçu un système d’information sur la traçabilité des animaux en France (BDNI : banque de données nationale d’identification) et c’est à partir de cette réalisation qu’Albert Tonelli a fait part de ses réflexions, notamment sur la difficulté de mettre en place de tels systèmes. L’application BDNI s’inscrit dans un réseau plus vaste, le réseau national ADER, mis en place il y a deux ans et qui connecte tous les ministères. Ceux-ci peuvent échanger des informations et des services ; l’annuaire électronique des agents de l’administration, par exemple, y est disponible. L’idéal serait de rendre interopérables tous les SI des administrations mais ceci semble relever, pour l’instant du moins, du domaine de l’utopie !

Cette table ronde a particulièrement mis en évidence les interactions entre mutations technologiques, usages destechnologies de l’information et responsabilité des acteurs.

16

Le projet BDNI a été lancé en 1997 afin de mettre en place une véritable veille sanitaire à l’aide d’informations qualifiées. Carrefour de différentes sources d’information que constituent les multiples acteurs (éleveurs, négociants, abatteurs, équarrisseurs, etc.), c’est un système complexe qui doit être très réactif. La banque de données référence environ cent vingt millions d’animaux qu’elle suit de la naissance jusqu’à la mort et même au-delà (cinq générations). Mais les acteurs, en particulier les éleveurs, ne voient pas forcément leur intérêt dans cette initiative et n’acceptent de jouer le jeu que s’ils se rendent compte que le contraire les pénaliserait. Éternel problème de la réticence humaine aux changements !

17

Dans le même ordre d’idées, le projet SIGAL doit permettre la mise en place d’actions de surveillance pour une meilleure connaissance de l’état sanitaire du cheptel, par exemple des tests ESB qui sont effectués. Une interaction entre BDNI et SIGAL permettrait une optimisation de la gestion de l’information dans ce domaine.

Les systèmes d’information des entreprises

18

La finalité du CIGREF (Club informatique des grandes entreprises françaises), représenté par Jean-François Pépin, est de « promouvoir le bon usage des systèmes d’information comme facteur de compétitivité et de création de valeur pour l’entreprise ». Le knowledge management et la gestion des connaissances sont évidemment au cœur de ses préoccupations. Ce que confirme l’impératif affirmé de mettre un terme à la confusion entre système d’information et système informatique, source d’ambiguïté et d’échec. Les choix techniques ne sont plus au cœur de la stratégie de l’entreprise, ils n’en sont qu’une des composantes.

19

Un des principaux facteurs de changement affectant la gestion classique de l’information est une vision différente, globalisante, du SI : il ne se résume plus seulement à de la technologie, mais il doit être pensé comme un véritable système de gestion des connaissances internes et externes de l’entreprise, système complexe avec boucles rétroactives (voir à ce sujet les travaux du CIGREF, en accès libre sur son site : www. cigref. fr). Ce qui implique que le gestionnaire du système d’information, se transformant en « créateur de liens humains », en activateur de changement et en pédagogue, mette les différents acteurs en relation les uns avec les autres. Ces nouvelles formes organisationnelles de travail bousculent assurément les modes classiques de management et ne pourront prendre forme que dans un contexte mature, serein et surtout désacralisé.

2e table ronde

? Quels partages de responsabilités dans la gestion de l’information, sous toutes ses formes, dans l’entreprise ? Qui décide quoi ? Qui fait quoi ? Qui gère quoi ?

? Cette deuxième session a réuni des représentants de métiers proches de la documentation et des représentants de fonctions différentes au sein des entreprises ou organisations ; elle a mis l’accent sur la nécessité d’un management global et partagé de l’information et sur ce que cela impose aux différents acteurs en terme de responsabilité.

Président-animateur : Jacques Planchon, ADBS Bourgogne

Participaient à la table ronde :

  • Valérie Bauland, documentaliste à l’OIPC, Interpol

  • Bernard Blandin, secrétaire général du Forum français pour les formations ouvertes et à distance (FFFOD)

  • Jean-François Cosandier, responsable Documentation et Archives, Radio Suisse Romande

  • Jean-Claude Jeune, directeur de l’ARIST Franche-Comté

  • Christophe Matas, Centre de compétences en urbistique de Martigny (CREM).

Des problématiques convergentes

20

Ces différentes contributions ont permis de faire ressortir les problématiques communes relatives à la façon d’aborder aujourd’hui le management de l’information dans différents types d’organisations. Les interactions entre mutations technologiques (TIC), usages de celles-ci et responsabilité des acteurs ont été particulièrement mises en évidence. Importance à accorder au sens du contenu, nécessaire distance à prendre avec l’outil technique, problème des comportements et des mentalités, définition de métiers en pleine mutation : autant de thématiques, familières aux professionnels de l’information, qui ont permis d’appréhender les éléments importants de mutation actuellement en œuvre dans le management de l’information.

Quels partages de responsabilités dans la gestion de l’information, sous toutes ses formes, dans l’entreprise ?

21

Réunissant des représentants de métiers proches de la documentation comme des représentants de fonctions différentes au sein des entreprises ou organisations, cette deuxième table ronde a mis l’accent sur la nécessité d’un management global et partagé de l’information et sur ses conséquences pour les différents acteurs en terme de responsabilité.

Coopération policière et gestion partagée de l’information

22

Valérie Bauland, documentaliste à Interpol, a présenté son point de vue sur cette question en se fondant sur son expérience. Le cœur de métier d’Interpol, la coopération policière au niveau international, est totalement lié à la gestion et à l’échange d’informations. Si les données policières (renseignements de police) sont parfaitement gérées et maîtrisées à l’aide d’outils en perpétuelle amélioration, la gestion de l’information analytique et stratégique, en revanche, souffre d’un réel défaut d’organisation en termes de procédures et d’outils.

23

À l’arrivée d’un nouveau secrétaire général a eu lieu une réorganisation d’Interpol. Une réflexion s’est alors engagée sur la gestion de l’information, mettant en avant la création de richesse que pouvait apporter l’information analytique, la nécessité de la communiquer d’une manière plus cohérente et d’en améliorer la circulation ; l’indispensable condition étant que la totalité du personnel s’implique dans cette démarche. Or la communauté policière, qui constitue la majorité du personnel, possède une culture de l’information fondée sur le secret, avec un sens aigu de la hiérarchie, ce qui crée un clivage avec les non-policiers, plus sensibles à ces questions. Une désorganisation fonctionnelle a permis de faire évoluer cette situation (au niveau du pouvoir, des territoires et des liens) et de faire accepter un partage de l’information entre les différentes communautés. Parallèlement, un projet a été initié avec pour objectif d’améliorer toute la chaîne de production documentaire interne et la gestion des informations non policières. L’importance de l’adhésion de la hiérarchie à de tels projets a été fortement soulignée dans ce cas précis, car elle provoque un mouvement général de sensibilisation et de prise de conscience.

Management global de fonds radiophoniques

24

À la Radio Suisse Romande également, les méthodes traditionnelles et artisanales ont dû faire place à des processus organisés, où les ressources sont utilisées de manière optimale en tant que produits commerciaux et concurrentiels. La production numérique, constate Jean-François Cosandier, a entraîné un bouleversement de la gestion de l’information. Mais pour dépasser la gestion purement technique, il faut une volonté partagée, du haut en bas de l’organisation, pour donner une vision globale, structurée, conforme aux buts de l’entreprise. L’évolution se fait en douceur et quelques réalisations récentes en sont les signes tangibles : implantation d’un intranet, lancement d’un projet de base de données générale pour les « avant-programmes » et les contenus d’émissions, développement d’un système d’archivage numérique central. Pour assurer le succès de toute implantation, il faut reconnaître, et faire reconnaître, la complexité des outils d’information qui doivent être gérés par des spécialistes ; élaborer une vision large, claire et sans a priori ; adopter une démarche pluri-disciplinaire, en accordant une large part au débat ; créer enfin une volonté d’entreprise autour d’objectifs partagés par tous.

Démarche collective et responsabilisation individuelle

25

L’information étant le seul bien de consommation qu’on ne détruit pas en le consommant, le principal enjeu pour l’entreprise est de disposer de la bonne information, celle dite stratégique, avant ses concurrents, observe Jean-Claude Jeune. Mais en dépit de la qualité des outils mis en place et de la responsabilisation de chacun, deux systèmes opposés cohabitent dans l’entreprise : un système de pilotage qui ne peut fonctionner qu’à travers une architecture arborescente, et un système d’information qui n’est pleinement efficace que s’il est conçu dans une structure en réseau. S’y ajoutent des blocages relatifs à la circulation de l’information : rétention au même niveau de hiérarchie (information égale pouvoir) ; circulation efficace des informations positives mais retard sur les mauvaises nouvelles pour l’entreprise ; problème du temps (priorité à donner à l’information pertinente). Ainsi, le seul modèle d’organisation ne peut résoudre la complexité du management de l’information. Il doit s’accompagner d’une prise de conscience des enjeux de l’information, en responsabilisant chacun dans une démarche active de collecte et en favorisant l’adhésion de tous à une démarche collective.

Interaction entre systèmes d’information global et local

26

La contribution de Bernard Blandin, cette fois-ci avec une casquette de sociologue, a porté sur l’observation des « mondes sociaux » de la formation et sur les impacts d’ordre organisationnel d’une telle approche. Le rôle de gestionnaire de l’information qui incombe à l’acteur « formateur » varie selon le « monde social » dans lequel se situe le dispositif de formation où il intervient. Cette notion prend en compte deux paramètres : le volume de public visé par le dispositif (petit nombre ou grand nombre) et la forme que prend la production de la formation (produit standardisé ou service personnalisé, cf. supra).

27

B. Blandin identifie ainsi quatre « mondes sociaux » différents : artisanat, industrie, service de proximité et service global, dans lesquels les « figures » du formateur diffèrent également : formateur-enseignant, accompagnateur, tuteur ou expert. L’introduction des TIC affecte ces différents rôles selon deux modalités : soit elle ne provoque pas de changement de « monde social » mais donne un statut différent à l’information produite par le formateur, celle-ci devenant un produit éditorial soumis aux règles de la propriété intellectuelle et transformant dès lors les relations contractuelles avec l’organisation ; soit elle s’accompagne d’un changement de « monde social » ou d’un partenariat avec d’autres mondes sociaux et transforme alors la chaîne informationnelle.

28

Dans le domaine de la formation, il est donc difficile d’imaginer un système d’information global, et il apparaît plus judicieux de développer une interaction entre système global et système local.

Une approche systémique de la ville

29

Issue du courant systémique, l’urbistique, explique Christophe Matas, se veut une approche système des réseaux urbains dans le sens de la coordination des sous-systèmes par la maîtrise de l’information. Elle ne concerne donc pas seulement le système technique mais également les systèmes politique et informatique de la ville, ceux-ci générant des quantités d’informations dans diverses définitions numériques. En préférant à un système global le développement d’outils adéquats d’aide à la décision et des interfaces communes, l’urbistique permet aux acteurs de la ville (gestionnaires de réseaux, politiciens, usagers, etc.) de mieux comprendre et donc mieux gérer les infrastructures urbaines à long terme. Centraliser les informations tout en laissant la responsabilité de leur validation à celui qui les crée permet de générer de nouvelles informations (méta-informations) de gestion utiles aux décideurs par les biais d’outils adaptés. Le rôle de médiateurs, de catalyseurs de la concertation que jouent les consultants ayant cette approche systémique de la ville est alors mis en évidence.

La dimension humaine

30

À travers ces différentes contributions se profile la question majeure de la complexité de la gestion humaine. La redistribution des rôles dans les organisations, qui va de pair avec certaines réticences, et l’indispensable engagement de la part de certains acteurs pour mener à bien ces projets en sont des illustrations. Comme si la technologie, tant qu’elle n’avait pas été maîtrisée, avait pu donner l’illusion d’une solution somme toute assez simple dans la gestion de l’information et avait contribué à évacuer l’aspect pourtant essentiel de la dimension humaine.

3e table ronde

? A l’heure d’Internet et du document numérique, la médiation professionnelle est-elle toujours nécessaire ?

? Cette troisième table ronde a porté sur les spécificités et la valeur ajoutée des différents métiers de la médiation info-documentaire. Elle a permis de recentrer le débat sur la nature de cette médiation professionnelle et des nouvelles compétences qu’elle suppose. Était également posée la question de la complémentarité des différents acteurs de la gestion de l’information et de possibles partenariats…

Présidents-animateurs : Hachémi Salhi, président du Conseil des régions de l’ADBS et Douchka Anderson-Pejovic, déléguée régionale ADBS Franche-Comté

Participaient à la table ronde, après une introduction de Dominique Lecoq, chercheur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) :

  • Guy Archambault, journaliste indépendant spécialisé bâtiment et éco-construction

  • Ronan de Dieuleveult, président-directeur général de Brainstorming Interactive, Lyon

  • Laurence Dupinian-Crozier, responsable du centre d’information et de documentation et Bernard Pagella, chef de projet au Comité international de la Croix Rouge

  • Chantal Guichenu, chef de la mission de la documentation, DAFAG - Ministère de l’Équipement

  • Renaud Guillemot, consultant, administrateur de l’Association française des auditeurs en informatique (AFAI)

  • Philippe Plazanet, responsable du pôle Information, Indosuez - Crédit agricole.

A l’heure d’internet et du document numérique, la médiation professionnelle est-elle toujours nécessaire ?

31

Le débat proposé lors de cette troisième table ronde a porté sur les spécificités et la valeur ajoutée des différents métiers de la médiation info-documentaire, ainsi que sur la nature de cette médiation professionnelle et des nouvelles compétences qu’elle suppose. Était également posée la question de la complémentarité des différents acteurs de la gestion de l’information et de possibles partenariats…

De la nature de la médiation professionnelle

32

En introduction à cette session, Dominique Lecoq s’interroge sur le sens de la « médiation », sur les conditions nécessaires à sa mise en œuvre et sur notre rapport au savoir. Au cours de cette intervention, au tour résolument philosophique, il oppose les concepts de globalisation et de local, ceux de compétences et de connaissances à celui de savoir, il examine l’influence du réseau sur l’institution, sur l’organisation du travail et sur les compétences. Ainsi se profilent peu à peu les éléments fondateurs de la médiation.

33

Les conditions qui président à l’établissement d’un rapport, sans lequel il ne saurait exister de médiation professionnelle, peuvent se repérer dans le fonctionnement du réseau. Il faut que le réseau fasse institution et que, en dehors du mode de régulation qui lui est propre, l’émergence de sujets (exerçant une souveraineté sur le local) soit possible. Les professionnels de l’information-documentation doivent par conséquent, pour répondre à la demande qui leur est adressée en tant que sujets, pouvoir l’analyser dans sa complexité et lui attribuer son objet véritable. Cela suppose que leurs compétences techniques se doublent de celles que réclame l’évolution actuelle de leur travail : des compétences de conseil, qui ne sauraient se réduire à la simple expertise, de formation, qui ne seraient pas limitées à la seule transmission de connaissances, de coaching, qui ouvriraient à la dimension managériale… Toutes ces compétences doivent nécessairement entrer en rapport étroit avec le niveau stratégique de l’institution – celui qui de tous les acteurs exige une activité de pensée.

Le journaliste et le documentaliste

34

En tant que journaliste indépendant de la presse technique (dans le domaine du bâtiment), Guy Archambault remarque que, loin de résoudre la question du contenu informationnel, Internet la complique encore davantage. Données multiples et contradictoires, sites non mis à jour, informations non validées… : l’usager découvre la désagréable réalité du Web ! Un nouveau métier se profile, qu’il désigne sous le nom d’« ensemblier de l’information » (validation et mise en forme), la différenciation entre journaliste et professionnel de l’information se jouant sur le traitement final de l’information validée (flux / stock). Autre conséquence d’Internet : la gratuité de l’information sur le réseau, qui aura également des répercussions sur les schémas économiques classiques de la presse écrite, au détriment du contenu.

35

Le fait d’être rémunéré par un éditeur de presse, dans le contexte actuel, pourrait bien nuire à la nécessaire déontologie du métier de journaliste et à son indépendance. Ce schéma devra évoluer, selon lui, sur les bases d’une compétence professionnelle reconnue du journaliste et d’une adéquation aux attentes du lectorat pour l’éditeur.

Tous ces éclairages renvoient une image positive des métiers de l’IDC dont les fonctions et les missions sont revalorisées.

Une redistribution des rôles au sein d’une organisation humanitaire

36

Dans le contexte très spécifique d’une institution humanitaire, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), où l’information est une ressource vitale, Laurence Dupinian-Crozier et Bernard Pagella ont présenté un projet de repositionnement des activités documentaires mené depuis environ trois ans. Le CICR intervient dans les conflits internationaux ou internes et dispose d’une délégation (provisoire) dans soixante pays. La connaissance et la diffusion du droit international humanitaire font également partie de ses missions. Son intervention s’effectue toujours dans l’urgence et doit donc s’appuyer sur des sources bien documentées. Une véritable gestion de l’information s’est mise en place dans les dix dernières années, qui a concerné d’abord les archives, élément important pour la mémoire institutionnelle. Le deuxième aspect développé a été celui de la circulation électronique de l’information. Puis une réflexion plus large a été entamée sur le rôle des documentalistes dans la gestion de l’information. Internet, bien entendu, a transformé leur approche de l’information, mais elle se révèle à double tranchant : multiplication des sources, certes, mais avec pour corollaire le problème de validation.

37

Pour apporter de la valeur ajoutée, il fallait repenser la fonction car tous les collaborateurs sont très autonomes sur Internet. Le centre de documentation a dû faire preuve d’imagination et inventer de nouvelles formes d’intervention : fusion en un seul fonds et dans un lieu unique des différentes bibliothèques et médiathèques ; accent mis sur la communication et la médiation, sur le dialogue direct ; réunions fréquentes pour être réactifs par rapport au terrain et impliquer toute l’équipe ; multiplication des contacts avec d’autres documentalistes. Exemple typique d’un centre placé dans un environnement en constant changement, il a tenté de développer une vision globale du management de l’information avec approche pluridisciplinaire et décloisonnement entre les services. Aujourd’hui, la notion d’équipe, de travail en réseau, est reconnue, valorisant en même temps le travail documentaire. Ce qui est possible grâce à la prise en compte de la dimension humaine.

… et dans une administration

38

La présentation de Chantal Guichenu trace un constat de l’évolution du rôle et des missions de la fonction documentaire dans l’administration, plus précisément au sein de la Mission de la documentation du ministère de l’Équipement. L’arrivée des produits éditoriaux électroniques (cédéroms) a déclenché cette évolution en renforçant son rôle d’acquisition de ressources documentaires. Puis l’utilisation directe par les usagers de ces cédéroms a suscité un besoin de médiation documentaire, notamment pour la formation à leur utilisation. Ceci a été suivi par l’arrivée des TIC qui ont facilité le partage de la réalisation de produits électroniques (dossiers, annuaires de sites, etc.) entre les centres de documentation.

39

Autre avantage : la technologie du push, à travers la messagerie, a dynamisé et optimisé les résultats du travail documentaire. Bien que la participation des documentalistes aux missions de webmestres soit restée marginale, des compétences documentaires sont en voie de reconnaissance autour de la structuration des informations, du référencement et de l’élaboration de moteurs de recherche. En 1997, l’application du Programme d’action gouvernemental pour la société de l’information (PAGSI) a permis à la mission de la documentation de prendre en charge le « plan de numérisation » destiné à favoriser la mise à la disposition du citoyen des informations produites par l’administration. Ainsi, la fonction documentaire s’est-elle peu à peu vu confier des missions stratégiques et élargir son champ d’action à l’information (dans le sens de communication) et au rôle de conseil en matière de production d’information.

40

Pour être sollicités, les documentalistes doivent impérativement développer certaines nouvelles compétences, par exemple : l’aptitude à l’organisation et au conseil, l’aptitude à la communication et à l’action stratégique, ou encore à la capitalisation des connaissances en liaison avec les experts.

Apporter de la valeur ajoutée…

41

Informaticien, Renaud Guillemot a accepté de se faire l’avocat du diable (ce qui était audacieux dans cette réunion acquise à la cause documentaire !) en avançant l’idée que la médiation documentaire n’est plus nécessaire puisque Internet fait le travail beaucoup mieux (fonds documentaires riches facilement accessibles, moteurs de recherche de plus en plus pertinents) ! Cette provocation avait pour but d’alerter les professionnels de l’information sur l’indispensable évolution qu’ils doivent faire subir à leur fonction. Notamment repenser leur mission de médiation entre les usagers et de nouvelles sources d’information de plus en plus ouvertes, surabondantes et accessibles. Reprenant les propos de Jean Michel, il a insisté sur la nécessité de se repositionner de façon adaptée dans la chaîne de création de valeur ajoutée autour de l’information. Face à Internet, devenir conseiller spécialisé en assumant les rôles de « psychologue » et d’« expert » – psychologue pour aider les demandeurs à identifier et poser correctement leurs requêtes, expert pour les conseiller sur les sources pertinentes ayant de la valeur – est la seule manière d’apporter une plus-value par rapport à la technologie.

… pour valoriser la fonction documentaire : l’exemple d’une banque

42

Créé autour de la documentation économique et financière, le service « Pôle Information » du groupe Indosuez - Crédit agricole a également en charge le portail et le noyau central de l’intranet de l’entreprise, ainsi que la gestion du site institutionnel et la coordination de la présence du groupe sur Internet. Philippe Plazanet, qui dirige ce service, a mis en place depuis 1993 une organisation documentaire centrée sur l’offre externe en bases de données qui permet de bénéficier au mieux de l’expansion de cette offre et de focaliser le travail des documentalistes sur une réponse précise et rapide aux besoins des différentes unités de la banque. C’est le bilan de ce projet qu’il présentait ici.

43

Il s’agit essentiellement d’une aventure humaine, précise-t-il, puisqu’elle implique une équipe qui a accepté de se remettre en cause et de revenir sur son mode de fonctionnement. Les principaux changements se sont concrétisés dans la façon d’aborder l’information : organisation avec sources électroniques externes (et non plus constitution d’un fonds documentaire), fonction stratégique (savoir mobiliser l’information au bon moment), importance du temps consacré à la recherche. La valeur ajoutée se situe là encore dans le choix des sources et leur validation, donnant à la fonction documentaire un rôle de front office. Cette organisation a permis une valorisation des missions des documentalistes au sein des services utilisateurs. Les perspectives d’évolution vont dans le sens d’un rôle opérationnel et de formation accru.

Intégration de l’Internet dans une stratégie de communication globale

44

Dirigeant une société spécialisée dans la conception d’outils multimédias, Ronan de Dieuleveult a constaté l’efficacité très relative des services liés à la création et à l’exploitation des contenus de sites. Cela l’a conduit à une nouvelle approche, plus pragmatique et plus efficace, des métiers liés au Web. Celle-ci privilégie l’interaction logique entre les métiers de l’information, de conseil en marketing et en communication et ceux qui touchent à la technique, ce rapprochement permettant une optimisation des outils mis en place. Ces compétences transversales et parfois antinomiques permettent d’apporter au client tous les services indispensables, en amont et en aval, à la création et au suivi d’un site web : recherche/marketing (études, veille technologique et concurrentielle) ; protection de la création (aspect juridique) ; design et ergonomie ; programmation et développement (aspect informatique) ; knowledge management (partage de l’information) ; communication et promotion. Le site web est ainsi intégré dans une stratégie de communication globale au même titre que n’importe quel autre vecteur de communication. Les sites de troisième génération engendrent une grande mutation au niveau de la structuration de l’information. Et, d’après l’intervenant dont la société se positionne sur le marché B to B, l’information sur le Net, contrairement à ce que l’on pense généralement, devient de plus en plus structurée, cadrée et vérifiée.

La disparition annoncée des documentalistes n’aura pas lieu

45

N’en déplaise à ceux qui prédisent une disparition de la fonction documentaire, tous ces éclairages renvoient une image plutôt positive et valorisée des métiers de l’IDC. Les fonctions et missions évoluent dans le sens d’une plus grande reconnaissance et de responsabilités accrues, alors que parallèlement l’importance accordée à la gestion de l’information dans les entreprises ne cesse de grandir. De nouvelles définitions des métiers de l’information – décodeur, veilleur, conseiller, consultant, spécialiste des réseaux, partageur de savoirs, etc. – voient le jour et prouvent la richesse et la diversité des métiers de l’IDC. Et s’ils sont en pleine mutation sous la pression des NTIC, il ne faut pas oublier qu’il en est de même pour toutes les professions !

46

La convergence des métiers (informatique, communication, information-documentation) est maintenant une évidence et, en lieu et place de la concurrence, il faut jouer la complémentarité. Mais, si la médiation est un aspect important de la mission documentaire, fait remarquer une participante, elle reste une notion insuffisante et réductrice pour représenter ce métier qui est constitué de multiples facettes : en particulier l’aspect producteur d’informations et fournisseur de contenus. Autre constat : les documentalistes doivent se positionner dans la chaîne documentaire en amont et plus précisément dans la structuration et l’organisation de l’information.

47

Cette journée se voulait le point de départ d’une réflexion prospective qui doit se poursuivre dans le temps. Elle a permis d’esquisser des pistes de travail pour approfondir le chantier ouvert, et confirmé que ce genre de rencontres interdisciplinaires et intercompétences permet d’enrichir le débat et d’ouvrir le dialogue. Aussi Jean Michel, principal instigateur de cette journée, appelle de ses vœux une véritable concertation autour du thème de l’Infopolis qui rassemblerait différents acteurs concernés par les problématiques évoquées et issus de tous les horizons professionnels. Une plate-forme Internet a d’ores et déjà été mise en place pour capitaliser les échanges d’Arc-et-Senans, recueillir de nouveaux témoignages et poursuivre le débat : www. adbs. org/ infopolis/ .

Notes

[1]

Voir l’article de Jean Michel intitulé : Le knowledge management, entre effet mode et (ré)invention de la roue…, Documentaliste - Sciences de l’information, 2001, vol. 38, n° 3-4, p. 176-186.

Résumé

Français

La rencontre organisée les 24 et 25 janvier 2002 par l’ADBS, à la Saline royale d’Arc-et-Senans dans le Doubs, entre des professionnels de l’information-documentation et des praticiens et experts de divers horizons professionnels avait pour but de débattre des nouvelles manières d’aborder le management de l’information, de la documentation et de la connaissance. Il s’agissait de réfléchir à une redéfinition des rôles, des responsabilités et des compétences à mettre en œuvre dans les entreprises et les organisations pour construire, animer et développer l’Infopolis ou « ville informationnelle ».

Plan de l'article

  1. Quels territoires pour les manageurs de l’information ?
    1. Le secteur de la formation professionnelle
    2. L’information géographique
    3. L’information locale
    4. L’information administrative
    5. Les systèmes d’information des entreprises
    6. Des problématiques convergentes
  2. Quels partages de responsabilités dans la gestion de l’information, sous toutes ses formes, dans l’entreprise ?
    1. Coopération policière et gestion partagée de l’information
    2. Management global de fonds radiophoniques
    3. Démarche collective et responsabilisation individuelle
    4. Interaction entre systèmes d’information global et local
    5. Une approche systémique de la ville
    6. La dimension humaine
  3. A l’heure d’internet et du document numérique, la médiation professionnelle est-elle toujours nécessaire ?
    1. De la nature de la médiation professionnelle
    2. Le journaliste et le documentaliste
    3. Une redistribution des rôles au sein d’une organisation humanitaire
    4. … et dans une administration
    5. Apporter de la valeur ajoutée…
    6. … pour valoriser la fonction documentaire : l’exemple d’une banque
    7. Intégration de l’Internet dans une stratégie de communication globale
  4. La disparition annoncée des documentalistes n’aura pas lieu

Pour citer cet article

Ferchaud Bernadette, « Journées d'étude ADBS. Penser l'Infopolis pour organiser, ensemble, la société de l'information », Documentaliste-Sciences de l'Information, 1/2002 (Vol. 39), p. 48-55.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2002-1-page-48.htm
DOI : 10.3917/docsi.391.0048


Article précédent Pages 48 - 55 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback