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Documentaliste-Sciences de l'Information

2002/3 (Vol. 39)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.393.0138
  • Éditeur : A.D.B.S.

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La Bibliothèque nationale de France : collections, services, publics. Sous la direction de Daniel Renoult et Jacqueline Melet-Sanson ; avec la collaboration de Marcelle Beaudiquez, Bruno Blasselle, Isabelle Boudet, et al. ; préface de Jean-Pierre Angremy, Paris : Électre-Éditions du Cercle de la librairie, 2001. –- 238 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 2-7654-0820-3 : 35 €

Une description approfondie des structures, missions et fonctions de la BnF

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CETTE MONOGRAPHIE EST LA PREMIERE à offrir une vue d’ensemble de la Bibliothèque nationale de France (BnF) telle qu’elle fonctionne aujourd’hui. Rappelons qu’au site, ancien, de Richelieu et au nouveau site de Tolbiac-François Mitterrand s’ajoutent la Bibliothèque de l’Arsenal avec son annexe décentralisée à Avignon (Maison Jean Vilar) et enfin la Bibliothèque-musée de l’Opéra. Devant la complexité de l’établissement, on ne peut que se réjouir de trouver ici une description claire, précise et détaillée des divers éléments qui le composent, ainsi que des objectifs qu’il poursuit et des fonctions qu’il assume.

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Confiés à des spécialistes bien connus de la profession, les dix chapitres qui composent cet ouvrage ont été expressément rédigés à l’intention des professionnels afin que « puisse en être fait un usage pratique » (p. 15) et conçus pour pouvoir être consultés indépendamment les uns des autres. Le fait est que cet objectif est réalisé avec beaucoup de rigueur, mais la synthèse offerte ici sur l’historique, les missions, les activités et les perspectives d’évolution de la BnF mérite vraiment, selon nous, d’être suivie dans son ensemble.

Les collections, la politique documentaire, les catalogues…

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L’ouvrage s’ouvre sur un rappel bref, mais instructif, de la naissance des collections, des difficultés et des réformes diverses vécues par la Bibliothèque nationale et qui vont aboutir à la naissance de ce nouvel établissement, officiellement créé par un décret daté du 3 janvier 1994 : la Bibliothèque nationale de France. Organisation administrative, personnel et budget en sont présentés en tableaux très détaillés (p. 31-40). Les collections sont décrites par département, en distinguant, pour chacun des sites, les fonds patrimoniaux et les documents en libre accès. L’organisation du travail sur les collections – de l’acquisition à la mise à disposition du public – est caractérisée par une forte spécialisation mais aussi par l’exigence d’une étroite coopération ente les sites et avec les autres bibliothèques françaises et étrangères.

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Les aspects techniques et financiers de la politique documentaire de la BnF s’enrichissent d’une réflexion sur les usages du public et les critères de choix des documents retenus. Bibliothèque encyclopédique, mais non exhaustive, à vocation d’étude et de recherche, la BnF a vu évoluer sa politique de collecte selon des critères exposés au second chapitre. Les pages consacrées au dépôt légal et au service des échanges (p. 95-108) sont des modèles de clarté et de précision.

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La description des différents catalogues et fichiers d’autorité, généraux comme BN-Opale ou très spécialisés – plus de 250 sur le site web de la BnF – fait bien percevoir « l’immense travail de catalogage qui habite cette maison » (Marcelle Beaudiquez, p. 118). Bien loin d’être figé, il s’accompagne d’une constante réflexion sur l’état de la question et les évolutions nécessaires.

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Avec le cinquième chapitre : « Classer, communiquer, conserver », on s’initie aux complexités des critères de classification des documents, dont trois exemples sont donnés : estampes, documents audiovisuels et imprimés en magasin. Les collections en libre accès – l’une des originalités du site François Mitterrand – font l’objet d’une codification spécifique, à deux niveaux (détaillée p. 134). La présentation des espaces de stockage et de consultation, des activités et des services de conservation et du « nouveau défi » (p. 144) lancé par les documents numériques, bien que rapide, permet de mieux saisir l’ampleur et la diversité des tâches accomplies par toutes les catégories du personnel. À ce propos, il est vraiment regrettable et peu explicable que rien ne soit dit sur les espaces réservés au personnel : salles de travail internes, bureaux, vestiaires, espaces de détente ou de restauration – rien de tout cela ne semble exister…

Les nouvelles technologies

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Même si les outils informatiques sont évidemment décrits au niveau des tâches spécialisées présentées jusqu’ici, un éclairage plus appuyé est donné sur le système d’information (SI) dans son ensemble. « L’apport des nouvelles technologies » (p. 147-159), complété par le chapitre IX : « Une bibliothèque sans frontières » (p. 193-206), trace les étapes de l’informatisation – de la fin des années soixante-dix à 2001. Le passage de l’hétérogénéité des logiciels et des systèmes d’application utilisés par les différents services au système actuel, configuré suivant une architecture de type client/serveur à trois niveaux : serveurs, anté-serveurs et postes clients, est résumé en deux tableaux explicites (p. 150 et 152). Mentions particulières sont faites du système audiovisuel – sur le site François Mitterrand - ainsi que des caractéristiques et des modes de gestion de la bibliothèque numérique, Gallica. D’autres services à distance sont en cours ou en préparation, en collaboration avec les nombreux partenaires de la BnF (p. 201-205).

Publics et usages, recherche et manifestations culturelles…

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Décidé dès 1994, l’élargissement du public traditionnel de la BN s’est réalisé selon trois directions : grand public sur le nouveau site, chercheurs en espace recherche sur accréditation, et public distant, grâce à Internet. Après avoir décrit les modalités d’accès aux divers niveaux de consultation possible et précisé le dispositif d’assistance éventuelle au lecteur ou au visiteur, le chapitre VII s’attache à l’analyse de la fréquentation et de la composition des publics des différents sites de la BnF. Lecteurs, visiteurs des expositions culturelles, consultants sur Internet sont régulièrement étudiés selon deux sources différentes et complémentaires : des études annuelles par sondage à partir d’un échantillon représentatif et une analyse des inscriptions (p. 164-178). En outre, la BnF développe une politique d’information vers des utilisateurs potentiels afin de diversifier le plus possible les catégories sociales et professionnelles et les origines géographiques des usagers. Complétés par un aperçu, court mais dense, de la « mise en valeur des collections » (chap. VIII, p. 179-191) : organisation de la recherche, activité du Service des expositions, manifestations culturelles et production éditoriale, ces deux chapitres personnalisent en quelque sorte l’énorme travail scientifique et technique qui s’accomplit au sein de la bibliothèque.

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Illustré de quelques très belles photos, l’ouvrage présente aussi une bibliographie sélective classée selon les chapitres, la liste des principaux films relatifs à la BnF et des principales expositions organisées de 1991 à 2001, ainsi que le texte du décret du 3 janvier 1994 portant création de la Bibliothèque nationale de France.

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Il est hors de doute qu’à la lecture de ce livre on comprend beaucoup mieux, comme le souhaite Daniel Renoult dans l’introduction (p. 15), l’ampleur du changement d’échelle qu’a connu l’ancienne institution et les transformations induites. Ce qui frappe aussi, c’est le souci constant de la Bibliothèque nationale de France de ne « jamais rien considérer comme définitivement acquis » (p. 209) et la volonté d’ouverture qu’elle manifeste. Ce livre passionnant en est un indice certain.

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Claire Guinchat

Dépôt légal, de l’écrit à l’électronique. Daniel Bécourt, en collaboration avec Sandrine Carneroli, Paris : Litec, 2001. – 200 p. – ((Droit@ Litec. Maîtriser). – ISBN 2-7111-3339-7 : 21,95 €

Pour juristes et acteurs de la réforme, un ouvrage de fond sur le dépôt légal

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INSTITUE EN 1537 PAR FRANÇOIS Ier, le dépôt légal des ouvrages s’est remarquablement bien adapté à toutes les mutations techniques auxquelles il a dû faire face au cours des siècles. Aujourd’hui, alors que l’on évoque une réforme de ce dépôt dans le projet de loi sur la Société de l’information, il était utile de faire le point sur les lois précédentes et de réfléchir à l’évolution qui s’annonce.

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Dans le premier chapitre de cet ouvrage, un rappel historique qui s’étend jusqu’à la loi du 20 juin 1992 montre en une quinzaine de pages l’ambiguïté qui a pu exister entre la volonté de contrôle et la volonté de conservation d’un patrimoine. Mais le souci d’une maîtrise politique est beaucoup moins prégnant aujourd’hui : l’enjeu est plutôt à répondre à des défis techniques liés au traitement de l’information en ligne et à la diffusion de masse.

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La présentation et l’analyse de la loi de 1992 – la loi actuellement en vigueur –, ainsi que celles des décrets qui l’accompagnent, occupent naturellement une place importante dans l’ouvrage. Parmi les points clés de cette loi, l’apparition du support électronique (uniquement hors ligne, il est vrai) et l’accent mis de manière très nette sur la mission de service public confiée au service du dépôt légal – conservation, consultation, diffusion – à l’exclusion de tout pouvoir de contrôle. Ce texte témoigne aussi de beaucoup de réalisme puisqu’on y voit apparaître, pour la première fois, des modalités de sélection de certains documents et la dissociation progressive du contenu et du support (bien que, les auteurs y insistent, il faille envisager de revenir à la notion de document et abandonner celle de support).

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Tout comme dans la première partie, mais de manière plus approfondie cette fois-ci, des détails et commentaires très pointus sont proposés ensuite sur les règles générales (l’objet, le fait générateur, les responsables) et la mise en œuvre (le lieu et le moment, les conditions d’exécution et les sanctions) de la loi.

Les problèmes posés par les documents électroniques

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Mais l’accent, dans cet ouvrage, est mis surtout sur les documents en ligne dans un chapitre qui représente près de la moitié de l’ensemble. Le réseau en ligne soulève en effet, du point de vue du dépôt légal, de nombreuses questions minutieusement traitées ici. On peut évoquer, entre autres, le problème de la définition – exhaustive ou sélective – du champ d’application, auquel s’ajoutent les questions d’accès qui se poseront à plus ou moins long terme, liées à l’évolution des techniques et à la courte durée de vie des publications en ligne, le caractère interrelié du web, la granularité de l’information, son caractère dynamique et instable qui oblige à revoir les notions classiques de document ou d’exemplaire, les frontières floues qui déterminent la nature privée ou publique des publications ou encore l’absence d’un mode de présentation normalisée des documents sur l’Internet, les problèmes de territorialité, de détermination des responsables du dépôt. Quant à l’indexation, elle pourrait se faire par un réseau de bibliothèques et faire apparaître la notion de dépôt légal partagé. Des suggestions sont faites, fondées en partie sur des travaux de droit comparé, en l’occurrence des pratiques adoptées en Norvège, au Québec et aux États-Unis.

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Lorsqu’on aborde le problème de la consultation – un aspect délicat du droit d’auteur –, le rôle des bibliothèques est évoqué en raison de la mission qui leur a été confiée en matière d’accès. On va jusqu’à mettre l’accent, en ce qui les concerne, sur l’utilité d’un lobbying afin de conserver un équilibre dans les accès assurés au public. Une pression qui doit se faire autour de la résolution du Parlement européen sur le rôle des bibliothèques ou de la directive sur l’harmonisation du droit d’auteur. Des modalités pratiques potentiellement applicables sont suggérées, inspirées notamment des recommandations d’EBLIDA (European Bureau of Library, Information and Documentation Associations) en la matière, sans négliger les licences puisque désormais c’est la voie contractuelle que les bibliothèques doivent envisager, y compris les grands établissements, pour avoir accès aux documents.

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La conservation, autre mission traditionnelle des bibliothèques, permet d’assurer l’intégrité et l’authenticité des documents diffusés, ce qui permet d’aborder l’identification et la localisation des documents électroniques (l’ISSN et l’ISBN, le DOI, les métadonnées), les mesures techniques de protection elles-mêmes protégées juridiquement (protection du document ou celle de l’accès) et la signature électronique qui, elle aussi, a fait l’objet d’une loi très récente.

Pour nourrir la réflexion sur la réforme du dépôt légal

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Le dernier chapitre permet, en quelques pages, de faire des observations prospectives, alertant les rédacteurs du projet de loi sur la Société de l’information et ceux qui seront amenés à avoir une influence sur la rédaction finale. Elles concernent les définitions, les conditions du dépôt, les personnes soumises au dépôt légal, la mission des organismes dépositaires et les sanctions.

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Cet ouvrage s’adresse plutôt, nous semble-t-il, à tous ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur une pratique légale qui concerne déjà un grand nombre de professionnels de l’information, nombre d’ailleurs appelé sans nul doute à être plus élevé dans l’environnement électronique.

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Le dépôt légal est encadré par le droit d’auteur, mais on peut regretter que ce dernier ne fasse pas l’objet dans ce livre d’un chapitre spécifique. On y trouvera de multiples évocations de nos centres d’intérêt (ISSN et ISBN, protections techniques, DOI, etc.), mais il ne s’agit pas d’un ouvrage qui peut réellement avoir une application pratique, à savoir qui soit utilisable facilement par ceux qui gèrent un centre de ressources documentaires.

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Il s’agit plutôt d’un document de fond sur le dépôt légal, destiné aux différents acteurs à un titre ou à un autre impliqués dans la réforme. On y trouvera ainsi de nombreuses appréciations critiques et des suggestions pour la définition de la nouvelle loi destinées à englober les documents en ligne dont le projet (figurant dans les annexes), aujourd’hui déposé au Sénat, fera très prochainement l’objet d’un débat.

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Michèle Battisti

L’essentiel de la gestion documentaire, Michel Roberge, Québec : Éd. Gestar, 2002. – [330 p.]. – ISBN 2-921571-07-2 : 95 $ : 66,82 €

Une méthode de gestion documentaire orientée vers les archives administratives

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SI L’ON VEUT DONNER UN EXEMPLE DE DIFFERENCE CULTURELLE ou de divergences de conceptions sur une profession, le manuel de Michel Roberge est là pour le démontrer. Le titre de cet ouvrage, L’essentiel de la gestion documentaire, pourrait donner à penser à des lecteurs français qu’il va traiter des techniques documentaires bien connues de tout professionnel. Or il n’en est rien, ou tout du moins pas de la manière escomptée.

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Autant le dire d’emblée, il s’agit d’un livre plutôt destiné à des archivistes, exposant des techniques archivistiques peu usitées en documentation ou en bibliothèque, dans un domaine spécifique, le domaine administratif, et dans un pays donné, le Canada. Cela est dû au parcours professionnel très riche de l’auteur, issu de ce domaine (notamment au Archives nationales du Québec et au ministère québécois des Communications), puis consultant, concepteur de logiciels et rédacteur d’un nombre impressionnant de manuels et guides techniques. Son travail a été couronné par plusieurs prix décernés par l’Association des archivistes du Québec.

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Ces remarques préalables faites, l’ouvrage de Michel Roberge mérite à plus d’un titre que l’on s’y intéresse : très complet et d’une clarté enviable sur un tel sujet, il développe sur plus de trois cents pages une méthode de gestion documentaire précise et détaillée qui s’appuie sur la démarche qualité. Ce livre est divisé en quatre parties, chacune étant elle-même subdivisée en « modules ».

Les documents administratifs

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La première partie définit le document administratif au sens large : il peut provenir de différents services au sein de l’administration concernée (ressources humaines, finances, système d’information, communication, etc.). Il peut s’agir d’un document d’archives et peut prendre la forme texte, image, son ou multimédia. Sa valeur est aussi bien archivistique qu’historique ou patrimoniale, mais elle est surtout financière et légale. Les supports du document sont passés en revue : quand il est analogique, il est sur papier ou sur microforme ; numérique, il s’inscrit sur des supports magnétiques et optiques. Son coût peut être évalué en étudiant ce qui relève de sa conservation, de sa consultation, de sa gestion manuelle ; la surface nécessaire à son stockage, les questions de format ne sont pas oubliées.

La fonction gestion documentaire

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La seconde partie traite de la fonction documentaire et plus particulièrement de ses origines : remontant aux premiers supports de conservation de l’information administrative (sur tablettes d’argile, de cire ou de bois, ou sur des peaux animales…), nous apprenons que l’administration de l’Empire romain se préoccupait de cette question, que c’est au pape Innocent III en l’an 1200 que nous devons la chemise de classement, et que dès le XVe siècle l’apparition des registres permit à l’administration de mieux consigner l’information. À l’heure actuelle, le Canada, et le Québec en particulier, comptent sur la formation technique des professionnels pour organiser ce domaine, s’appuyant également sur des associations professionnelles telles que l’ASTED (Association pour l’avancement des sciences et des techniques de la documentation), l’AAQ (Association des archivistes du Québec), l’ARMA (Association of Records Managers and Administrators). Le contexte législatif québécois en matière de protection des renseignements personnels, d’archives, de preuve photographique, des technologies de l’information est ensuite exposé.

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La gestion documentaire est vue comme un système : « information qui entre, information traitée, information qui sort », en hiérarchisant les différents systèmes (d’information, de gestion des documents, de classement, de description et de conservation). Un exemple de politique de gestion documentaire pour un organisme public québécois montre que cette « fonction est un soutien à la prise de décision et au fonctionnement quotidien d’une organisation », que son objectif premier demeure l’efficacité et la rentabilité administrative. Apparaît alors la notion de « système corporatif », système unique de classement qui envisage aussi bien la conservation et l’élimination, la description et le repérage des documents – l’automatisation et la GED étant intégrées.

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Le document administratif est ensuite décrit de sa création (rédaction directe, dictée, document-type, OCR, duplication, conception de formulaires, de courriers) à sa réception.

La conception d’un système corporatif de gestion

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La troisième partie montre comment concevoir et développer un système corporatif de gestion documentaire. Comme nous l’avons vu précédemment, ce système repose sur un classement unique des documents avec une logique propre à partir d’une hiérarchie devant être validée. Une méthodologie est définie en analysant les fonctions et les activités administratives. Des codes de classement sont déterminés et un index alphabétique est élaboré. La rédaction de règles de conservation et d’élimination des documents est l’étape suivante, incluant un calendrier et permettant d’identifier les documents essentiels et confidentiels. Il faut ensuite décrire et repérer les documents en utilisant au mieux les modes de classements employés, que ceux-ci soient traditionnels (répertoires) ou informatiques (logiciel de gestion documentaire, de recherche, de GED).

La mise en œuvre du système

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La quatrième partie s’attache à la mise en œuvre du système : à partir de la stratégie définie, un manuel est rédigé et les responsables de la conservation des documents sont formés. Vient ensuite la phase de mise en œuvre dans les services administratifs, l’entretien et la mise à jour du système, et la phase de contrôle.

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Comment classer les documents dits « actifs », c’est-à-dire nécessaires à la vie quotidienne de l’organisation ? Chaque service est alors invité à appliquer les règles de classement, à codifier les documents à partir de leur contenu, à les classer. La forme numérique est prise en compte, notamment par rapport aux différences de formats. La circulation des documents est alors rendue possible et suit un contrôle strict, que celui-ci soit manuel ou informatisé. Les documents « semi-actifs », c’est-à-dire ceux qui sont consultés occasionnellement, sont également pris en compte par le système corporatif, ainsi que les documents d’archives.

Un exemple que l’on pourra transposer

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Il est évident que, en raison de sa spécificité québécoise et de sa vision trop « archivistique », ce manuel dit de « gestion documentaire » n’intéressera pas l’ensemble des professionnels français. Certaines parties peuvent cependant être très utiles, notamment en ce qui concerne la rigueur de la méthode de classement exposée et la mise en place d’un système de gestion de documents. Le domaine administratif peut être vu comme un exemple transposable à tout type d’organisation qui se trouve confrontée à des problèmes similaires de gestion de l’information. L’auteur de cet ouvrage (que complètent un glossaire et une bibliographie conséquents) doit également être salué pour sa précision et sa clarté : il a su rendre son sujet très vivant et très facile à appréhender.

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Jean-Philippe Accart

Les archives, Sophie Cœuré, Vincent Duclert, Paris : La Découverte, 2001. – 128 p. – (Repères ; 324). – ISBN 2-7071-3569-0 : 7,95 €

Une présentation très riche et très pédagogique des archives en France

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DEUX HISTORIENS PROPOSENT DANS CET OUVRAGE UNE VUE SYNTHETIQUE de la situation des archives en France, en l’abordant sous les dimensions juridique, administrative et patrimoniale, à l’heure où leur rôle et leur organisation connaissent de forts bouleversements.

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La première partie retrace les grandes étapes, depuis 1194, lorsque Philippe Auguste sédentarise les archives royales ; la Révolution, qui rend publiques les archives privées avant d’instituer les Archives nationales puis départementales, jusqu’à la loi-cadre de 1979, qui spécifie les domaines d’intervention et fixe les règles de versement, de conservation et d’accessibilité, en élargissant les documents d’archives, notamment à l’audiovisuel.

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Puis vient un panorama du dispositif national des archives publiques, ainsi que des archives privées produites par les entreprises ou les personnes. La multiplication des lieux d’archives et leur éclatement, le manque de politique d’ensemble, conduisent les auteurs à un constat de crise lié, notamment, à la spécificité française par rapport à d’autres pays. Suivent ensuite les méthodes et les moyens de l’archivistique, ainsi que les formations.

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Ce sont les derniers chapitres qui ont particulièrement retenu notre intérêt : les pages qui abordent le travail de l’historien face aux traces, autour des questions comme celles de l’interprétation et de la compréhension, et aussi l’exploitation des archives émanant de périodes troublées qui renvoie à la culture du secret et plus généralement au regard historique et citoyen.

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À l’issue de ce parcours très riche et très pédagogique, nous avons seulement regretté que ne soient pas mentionnés, sinon développés, au moins deux aspects. Tout d’abord, la situation et l’évolution actuelles en matière d’archives d’entreprise, notamment avec le développement du records management, fonction qui s’intéresse aux archives courantes et à l’information interne produites par les activités. On peut y voir un élargissement des préoccupations classiques et l’une des voies d’un renouveau d’intérêt pour les archives, dont les auteurs ont regretté l’absence.

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Cela aurait pu aller de pair avec une réflexion sur des métiers voisins, notamment documentaires, aujourd’hui concernés du fait qu’ils gèrent, eux aussi, et de plus en plus souvent, des documents internes, y compris sous forme électronique. Archivistes et documentalistes sont de plus en plus souvent amenés à collaborer ; il eut été intéressant alors de comparer les spécificités de leurs méthodes de travail et leurs positionnements respectifs sur ce nouveau type de documents. C’est ce que réalise actuellement le groupe de travail de l’AFNOR sur ces questions.

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Brigitte Guyot

Education and research for marketing and quality management in libraries = La formation et la recherche sur le marketing et la gestion de la qualité en bibliothèque : satellite meeting = colloque satellite, Québec, 14-16 août 2001. Édité par Réjean Savard. München : Saur, 2002. – X-326 p. – (IFLA Publications, ISSN 0344-6891 ; 99). – ISBN 3-598-21829-X : 78 €

Un ouvrage stimulant sur des démarches encore trop timidement engagées

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LES ACTES DE CE COLLOQUE RASSEMBLENT VINGT-SEPT CONTRIBUTIONS, certaines en français, les autres en anglais. Parmi les conférences introductives, Christiane Volant présente quelques réflexions conceptuelles et pédagogiques sur les dimensions managériales des activités documentaires en s’appuyant sur les représentations constatées chez les étudiants. Darlene Weingand considère de son côté que le marketing et le management de la qualité constituent une clé essentielle pour mesurer l’efficacité d’une bibliothèque.

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Suivent trois rapports concernant la façon dont sont enseignés le marketing et le management de la qualité dans les écoles de bibliothéconomie et de sciences de l’information : en Amérique du Nord, par France Bouthillier, au Brésil, par Sueli Mara Ferreira, et au Royaume-Uni, par Sheila Webber.

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Sous le thème commun de la recherche et de l’évaluation en matière de marketing et de management de la qualité, Claude Poissenot décrit un programme pour l’étude des déterminants internes de la fréquentation des bibliothèques (implantation, aménagement, supports proposés, animation, etc.), Janine Schmidt explique comment ont été étudiés les besoins des groupes d’usagers de la Bibliothèque universitaire de Queensland (Australie) et Jalel Rouissi propose une grille d’indicateurs pour l’évaluation des effets qualitatifs de la coopération inter-bibliothèques. Le problème du choix des indicateurs est également évoqué un peu plus loin par un autre intervenant, à travers l’exemple des bibliothèques universitaires brésiliennes.

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Suivent trois témoignages concernant le développement de cours spécifiques à des fins de formation continue des bibliothécaires et des professionnels de la documentation : un cours multimédia sur le management de la qualité, développé à l’université de l’Illinois ; une étude préalable à l’élaboration en Floride d’un cours en marketing ; les besoins en formation marketing en Estonie.

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Au niveau de la mise en œuvre du management de la qualité, Nuria Balagué décrit l’exemple du système qualité mis en place par la bibliothèque universitaire de l’Université autonome de Barcelone (certifiée ISO 9000), alors que Christine Ollendorf propose un outil de diagnostic en trois volets applicable aux bibliothèques académiques.

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Deux exemples de mise en œuvre d’approche marketing sont ensuite présentés : l’évaluation et la promotion des journaux électroniques dans les bibliothèques universitaires du Royaume-Uni et d’Amérique du Nord, par Linda Ashcroft, et la campagne annuelle « La Semaine des bibliothèques publiques » au Québec.

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Trois contributions tentent ensuite de démontrer et d’illustrer les relations étroites qu’entretiennent le marketing et la qualité. L’évolution engagée par le réseau québécois des bibliothèques publiques est particulièrement significative à cet égard.

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Trois autres textes abordent, dans des contextes différents, les difficultés de prise en compte de l’approche marketing dans le champ de la documentation et des bibliothèques : Daniel Ruheni évoque le difficile contexte des pays en développement et plus spécifiquement le cas de l’Afrique ; Marielle de Miribel fait état d’une enquête menée auprès des professionnels sur leur regard vis-à-vis du marketing en bibliothèque, les réticences récurrentes et les vertus reconnues ; John Buschman et Dorothy Warner font état des problèmes rencontrés dans les bibliothèques universitaires aux États-Unis, et plus particulièrement en matière de méthodologie d’évaluation.

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Le dernier thème, qui regroupe également trois contributions, concerne la modélisation et la théorie en marketing. Diane Mittermeyer évoque la cible des usagers virtuels, Olivier Badot confronte la « valeur-consommateur » de Chapters à la typologie de Holbrook, Judith Broady-Preston et Emma Barnes abordent la problématique des avantages concurrentiels dans les bibliothèques du Pays de Galle.

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L’ouvrage s’achève par quelques réflexions exprimées à l’issue du colloque par des représentants des participants.

Une démarche encore timide, sur le terrain comme dans les programmes de formation

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À la lecture de tous ces textes, on constate que les approches managériales ont encore quelques difficultés à trouver leur juste place tant dans les programmes de formation – le nombre d’heures de cours demeure souvent très faible quels que soient les pays considérés – qu’au niveau du terrain. Certains s’interrogent encore sur l’adaptation de telles démarches au contexte particulier de services non marchands. Plusieurs témoignages démontrent cependant l’intérêt d’une approche systémique du management des bibliothèques et centres de documentation, insistent sur l’utilité de la démarche marketing et du management de la qualité pour rendre plus efficaces les services offerts par ces institutions et faire face aux évolutions.

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Les responsables de cursus de formation y trouveront divers arguments pour justifier de réserver une place plus importante aux cours consacrés au marketing et à la qualité au sein de leurs programmes, mais aussi d’utiles réflexions sur la façon d’aborder ces méthodes sur le plan pédagogique.

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Nombre de textes présentés dans ces actes, notamment les études de cas, méritent aussi d’être considérés comme autant de matériaux utiles par ceux qui ont en charge l’animation et la gestion d’une structure documentaire (et qui, parfois, attendent des témoignages de pairs pour être définitivement convaincus). Certaines situations présentées donnent plus que des idées : leurs auteurs décrivent parfois de façon très concrète la méthode qu’ils ont employée ou les résultats qu’ ils ont obtenus.

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Remercions donc Réjean Savard d’avoir suscité un tel colloque, mais surtout d’avoir mené à bien la publication des textes des interventions, ainsi rendus accessibles à la plus large audience possible.

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Éric Sutter

Les collections photographiques : guide de conservation préventive. Bertrand Lavédrine, avec la collaboration de Jean-Paul Gandolfo et de Sibylle Monod, Paris : Association pour la recherche scientifique sur les arts graphiques (ARSAG), 2000. – 311 p. – ISBN 2-9516103-0-0 : 30 €

Un livre technique pour iconographes

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CETTE ETUDE SUR LES COLLECTIONS PHOTOGRAPHIQUES s’adresse plus spécialement aux techniciens de la conservation. Elle intéressera toutefois le documentaliste iconographe dans certains de ces développements.

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Composé de quatre chapitres, ce travail exhaustif propose à son lecteur de « connaître » la fragilité des photographies et les normes (chapitre 1, p. 25-61), et de les protéger (chapitre 2, p. 65-164). Le chapitre 3 (p. 171-197) donne les recommandations pour savoir les « exposer », quand le chapitre 4 (p. 201-234) explique comment les « diffuser ». L’ouvrage se termine par des « informations techniques et pratiques » (p. 237-285), un index et une bibliographie dont la lecture confirme l’approche scientifique et technique de cette étude.

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À l’heure ou l’intérêt pour les collections photographiques s’affirme de plus en plus, Bertrand Lavédrine offre à son lecteur une véritable somme dans laquelle les professionnels de l’information seront particulièrement intéressés par la problématique soulevée par Georges Brunel, auteur de l’avant-propos, sur l’intérêt de produire des originaux ou seulement des reproductions (pour les expositions, par exemple).

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Abondamment illustré, ce livre ne peut qu’être utile à l’iconographe pour le sensibiliser à des facettes de la photographie qu’il doit comprendre et connaître, même si elles ne le concernent pas directement dans ses activités documentaires.

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Marie-France Blanquet

Beasley’s guide to library research, David Beasley, Ed. rev. – Toronto : Buffalo : London : University of Toronto Press, 2000. – 206 p. – ISBN 0-8020-8328-5, Édition revue de : How to use a research library. – New York : Oxford University Press, 1988

Un classique américain de la recherche documentaire

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DAVID BEASLEY ET SON GUIDE D’INITIATION A LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE sont aussi célèbres dans la communauté professionnelle en Amérique du Nord et au Canada que peut l’être en France Jacques Chaumier et son ouvrage sur Les techniques documentaires. « Bibliothécaire de référence » (c’est-à-dire la personne en charge des recherches documentaires et de l’aide au public) durant vingt-huit ans dans les bibliothèques de recherche de New York, D. Beasley est également un écrivain très éclectique : du roman policier au livre historique ou de voyage, il a publié une dizaine d’ouvrages depuis 1977. « Le Beasley », véritable « bible » des professionnels de l’information outre-Atlantique, est une réactualisation très attendue d’un ouvrage publié en 1988. Cette édition entièrement revue est parue en 2000 aux éditions de l’Université de Toronto, cette université intégrant une des meilleures écoles de bibliothécaires-documentalistes à l’heure actuelle.

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La forme et l’organisation de cet ouvrage sont très originales et ne correspondent pas à ce que nous avons l’habitude de lire en France : utilisant un vocabulaire simple et professionnel à la fois, toute l’expérience de l’auteur semble être mobilisée pour nous faire partager sa manière de concevoir la recherche documentaire, que celle-ci utilise des supports traditionnels ou plus actuels. De nombreux exemples didactiques étayent les démonstrations, et les sources d’information citées ne se limitent pas aux sources anglo-saxonnes, mais sont internationales.

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Toute recherche documentaire correspond à un certain niveau de demande de la part de l’usager. Cela n’est pas nouveau, certes, mais il est bon de le réaffirmer. Le « Beasley » est divisé en sections qui prennent en compte ce critère d’adaptabilité à la demande et distinguent les moyens et les techniques documentaires à utiliser selon le degré de difficulté. D’emblée, l’ouvrage aborde la question de l’obtention des documents, soit une vingtaine de pages intitulées « Quick reference guide » : il faut en effet savoir « lire » et décrypter les références d’un document quel qu’il soit, car les éléments mentionnés peuvent être indiqués de manière très différente selon les catalogues de bibliothèques, les répertoires ou les cédéroms bibliographiques. Ce décryptage facilite ensuite grandement l’obtention du document souhaité, par le prêt entre bibliothèques notamment.

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« Élémentaire, mon cher Watson » : telle est (selon l’auteur qui ne manque jamais d’humour sur un sujet parfois rébarbatif) l’approche à avoir dans un premier temps. Que peut offrir une bibliothèque, un centre de documentation, par où commencer, quels sont les pièges de la recherche en ligne à éviter – tels sont les thèmes abordés. L’utilisation des catalogues n’est pas chose aisée, selon leurs formes et l’objet de la recherche elle-même. Il est possible d’utiliser d’autres ressources que les catalogues, les répertoires cumulatifs par exemple. Les outils de la recherche que sont les bibliographies et les index de monographies et de périodiques sont longuement décrits, sans oublier les autres types de documents (actes de conférences, rapports officiels, photographies, documents audiovisuels), avec plusieurs pages sur les systèmes coopératifs (OCLC, RLIN, les consortiums, etc.).

Guider le lecteur dans le dédale des sources d’information

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Le dernier chapitre (« Research in depth ») détaille toutes les étapes de la recherche documentaire et distingue des approches de type historique ou géographique, sciences sociales et humaines, scientifique ou médicale, sans oublier la recherche de documents anciens, littéraires, généalogiques, artistiques ou relevant des arts du spectacle. Des sources traditionnelles sont indiquées ainsi que des sources actuelles pour chaque approche. L’auteur mentionne à juste titre que ses lecteurs ne seront plus des novices à la fin de son ouvrage (« No longer novice, my dear Watson ») !

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Enfin, et ce n’est pas le moindre intérêt de ce guide à mettre entre toutes les mains, un appendice détaille, pour chaque grande bibliothèque de par le monde, la manière de réaliser une recherche efficace dans son catalogue. Une bibliographie et un index sujets complètent l’ensemble.

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On aura compris tout l’intérêt de cet ouvrage didactique, jamais ennuyeux et toujours facile d’accès, même dans une autre langue que le français. Le talent de David Beasley réside dans sa manière empreinte d’intelligence et d’humour de faire partager son savoir, de guider dans le dédale des sources d’information actuelles et d’aider à conduire une recherche documentaire efficace.

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Jean-Philippe Accart

Intégrer les ressources d’Internet dans la collection. Sous la direction d’Alain Caraco. Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2000. – 223 p. – (Coll. La boîte à outils, ISSN 1259-4857 ; 11). – ISBN 2-910227-33-2 : 22,87 €

Des problématiques intéressantes bien au-delà des bibliothèques

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UNE BIBLIOTHEQUE, SOULIGNE ALAIN CARACO dans le « Mode d’emploi » qui ouvre cette étude, ne peut se contenter de donner à ses lecteurs un accès à Internet. Elle doit intégrer les ressources de ce réseau dans sa collection, car « une ressource électronique s’acquiert, tout comme un livre », et doit donc faire l’objet d’un traitement bibliothéconomique approprié et respectant sa spécificité. Pour expliquer et démontrer cela, Alain Caraco fait appel à une quinzaine d’auteurs.

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Ils sont chargés, dans une première partie, de présenter les « Éléments de contexte », c’est-à-dire le « Lexique des ressources d’Internet » et une réflexion générale sur les publics concernés par ces ressources, sur leurs usages et sur les missions des bibliothèques en la matière (p. 13-31). Comme de nombreux professionnels de l’information, Geneviève Cardeira-Lopes et Pascale Deligny, les signataires de ce texte, s’interrogent sur le devenir des bibliothécaires et des bibliothèques à l’heure d’Internet : « L’avenir n’est pas forcément sombre. La bibliothèque virtuelle verra le jour, mais elle ne pourra pas se passer de notre intervention… ».

Politique d’acquisition et bibliothèque virtuelle

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Il faut donc continuer à « Acquérir », « Signaler », « Conserver » et « Mettre à disposition », programme des quatre parties suivantes de cet ouvrage. Tout d’abord, face à l’abondance de l’offre, et pour « Acquérir » (p. 29-98), il importe de mettre en place une stratégie d’évaluation et de sélection. Afin d’éviter l’apparition d’une « internetothèque » qui viendrait se « stratifier » sur les autres « thèques » (vidéo, biblio, disco, etc.), il est cependant essentiel de considérer ces différents médias comme complémentaires et il faut donc les aborder globalement. Les bibliothèques n’étant pas les seules institutions à tenter de poser quelques points de repère dans la masse foisonnante qu’est Internet, il semble intéressant d’analyser la stratégie de collecte de sites d’autres professionnels tels que les éditeurs d’annuaires de l’Internet ou d’encyclopédies. Il est également profitable de rappeler le rôle des consortiums qui évitent à chaque bibliothèque de négocier seule face aux éditeurs.

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Les ressources retenues doivent ensuite être rendues accessibles aux usagers. Il s’agit de les « Signaler » (troisième partie, p. 101-141), en les intégrant tout d’abord dans le catalogue bibliographique selon des solutions diverses qu’explicite Dominique Lahary. C’est ensuite : « Maintenir l’accès aux ressources », celles de l’Internet étant caractérisées, contrairement au livre, par leur caractère évolutif. Païvi Jokitalo clôt cette partie en présentant à titre d’exemple le catalogue partagé des sites web que les bibliothèques publiques de Finlande ont mis en œuvre depuis 1995.

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Une fois les ressources sélectionnées et traitées, il reste à les conserver afin de pouvoir les mettre à la disposition du public. Mais comment conserver dans ce monde changeant de l’Internet, face à l’instabilité du Web ? Faut-il dédier des micro-ordinateurs à la seule consultation de ces ressources ou, au contraire, opter pour des écrans polyvalents ? C’est à ces questions que s’efforcent de répondre Guy Hédon et Olivier Bogros dans les quatrième et cinquième parties de cette étude (p. 145-216) en s’appuyant sur l’exemple de la bibliothèque électronique de Lisieux. Hervé Le Crosnier, quant à lui, rappelle qu’Internet est un espace de liberté et non d’anarchie. Il expose en ce sens les problèmes d’ordre juridique, déontologique et ergonomique auxquels seront confrontés les bibliothécaires qui feront le choix d’offrir des ressources Internet à leurs lecteurs.

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Selon le principe de la collection « La Boîte à outils », cet ouvrage comprend un mémento, ici signé par Alain Caraco qui récapitule les étapes à suivre pour introduire Internet dans les collections de la bibliothèque.

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Une brève bibliographie clôt cette solide étude au style sobre, qui va à l’essentiel, tant dans ses facettes théoriques que pratiques. Pour des professionnels de l’information qui ne travaillent pas dans une bibliothèque, ce livre mérite grande attention car les problématiques développées sur l’intégration de ressources d’Internet dans une collection peuvent très bien s’entendre et s’étendre au fonds d’un centre documentaire. Cette excellente étude peut leur servir de guide pour s’engager dans une réflexion et une action sur la politique d’acquisition documentaire.

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Marie-France Blanquet

International librarianship : cooperation and collaboration. Edited by F. L. Carroll, J. F. Harvey ; coord. by S. Houck. Lanham : London : The Scarecrow Press, 2001. – 367 p. - ISBN 0-8108-3921-0

Un ouvrage très riche et cohérent sur la coopération documentaire internationale

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CET OUVRAGE COLLECTIF EST PARU A L’OCCASION DE LA 67e CONFERENCE DE L’IFLA (International Federation of Libraries Associations and Institutions), qui s’est tenue à Boston en août 2001. Particulièrement remarqué par la qualité des différentes contributions qu’il contient, ce livre est édité par The Scarecrow Press, un des éditeurs anglo-saxons les plus sérieux et dont les publications sur la profession font référence. Cette livraison ne dément pas cette réputation et mérite d’être signalée aux professionnels français. Il leur permettra de mettre à jour des connaissances sur un domaine, la documentation internationale, qui n’a pas été exploré depuis quelques années par l’édition professionnelle francophone.

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La coopération internationale dans le monde des bibliothèques et de la documentation n’est pas un phénomène nouveau. Depuis plus d’un siècle, ce phénomène s’est considérablement amplifié avec l’accélération des réseaux, les échanges réguliers entre pays et les normes qui en découlent. L’originalité de cet ouvrage tient en ce qu’il ne s’attache pas seulement à la coopération entre les pays de l’hémisphère nord, mais donne la parole aux expériences des pays du Sud, expériences intéressantes à plus d’un titre. Cet aspect de la coopération est une des préoccupations majeures de l’IFLA, fédération qui rassemble plus de 1.350 associations professionnelles de par le monde, dont une bonne part représente les pays du Sud.

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Trente quatre textes composent cet ouvrage divisé en quatre thèmes : la normalisation, les ressources régionales, la formation des professionnels et des expériences originales. Les auteurs sont des professionnels distingués et reconnus, internationalement et par leur talent : citons, à titre d’exemples, Anne Galler (Concordia University, Montréal) ; Brian Cox (Pergamon Press) ; Cécilia Zaher (Bibliothèque nationale du Brésil) ; Masaya Takayama (Université Kéio, Tokyo) ; Modou Fall Sall (Université Cheik Anta Diop, Dakar)… Il est à signaler qu’aucune contribution française n’apparaît, même si les réalisations hexagonales sont mentionnées de nombreuses fois. L’Europe est cependant largement représentée, ainsi que l’Afrique, l’Asie, l’Australie et bien sûr, le continent nord-américain. Il est cependant impossible, vu la richesse de cet ouvrage, de rapporter l’ensemble de ces contributions. Nous nous attacherons donc à n’évoquer que certains d’entre eux.

Coopération, normalisation, expériences locales, formation des professionnels…

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À titre introductif, les premières contributions brossent un panorama général de la situation et font référence à des initiatives internationales majeures en matière de coopération : la Bibliothèque Alexandrina, le Manifeste pour la formation des professionnels, le rôle prépondérant de l’IFLA, la place des éditeurs internationaux, le développement des réseaux sont autant d’exemples de la vitalité des échanges à l’heure actuelle.

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Le thème générique de la normalisation (« MARCing time, an international pressure ») permet d’aborder la question de la coopération vue sous l’angle des réseaux avec les expériences iranienne (IRANMARC), brésilienne (le réseau des bibliothèques universitaires de Sao Paulo) ou chinoise (la Bibliographie chinoise).

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Les ressources régionales (« Resources and regional responsabilities ») font la part belle à des expériences locales de coopération en matière de santé publique (Sénégal), de sources académiques (Afrique de l’Ouest) ou parlementaires (République tchèque).

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La formation des professionnels (« Education for the profession ») est une partie très complète sur le sujet et donne à voir un éventail diversifié de réalisations, du Nigéria à l’Indonésie, en passant par le Japon, l’Iran, le Pakistan et la Thaïlande.

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Enfin, les trois dernières contributions (« Distinguished international achievers ») sont plus générales et abordent des thèmes comme l’évolution des bibliothèques face au monde actuel ou le rôle du livre dans la société. L’usager, vu comme élément central du système documentaire et bibliothéconomique, se voit consacrer le dernier chapitre.

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L’ampleur du sujet traité, la coopération documentaire internationale, aurait pu effrayer les coordinateurs de cet ouvrage. Ce thème est complexe en raison de la diversité des expériences à relater, des projets et réalisations en cours. L’ensemble est cependant très cohérent et fait le point sur un certain nombre d’évolutions majeures dans notre profession. La lecture d’un tel ouvrage est la confirmation, s’il était nécessaire, du mouvement de fond qui touche le monde de la documentation en général et ce, sur la plupart des continents : un mouvement évolutif, renforcé par des initiatives au plan international, qui montre le rôle d’ouverture essentiel joué par les professionnels de l’information dans la société.

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Jean-Philippe Accart

Histoire de la société de l’information. Armand Mattelart, Paris : La Découverte, 2001. – (Repères ; 312). – ISBN 2-7071-3415-5 : 7,95 €

De multiples pistes de réflexion

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DEVANT LE SUCCES DE L’EXPRESSION OMNI-PRESENTE DE « SOCIETE DE L’INFORMATION », il semble judicieux en effet de prendre le temps de démonter ce qu’elle recouvre, et surtout d’établir les lignées qui ont contribué à lui donner toute sa force, sinon sa légitimité. C’est le pari de l’auteur, qui s’attache à tirer plusieurs fils explicatifs.

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Le fil mathématique, remontant aux philosophes du XVIIe siècle, considère le symbole comme traduisant la réalité et permettant d’en avoir une vision plus « objective » car plus globale. Le « culte du nombre » n’est pas seulement une forme d’organisation de la pensée. Il contribue aussi à recenser des populations ou à réaliser des relevés de territoire et apparaît ainsi comme l’ancêtre des statistiques modernes, servi par la conviction que les chiffres pourraient constituer une langue commune et donc universelle.

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Cette vision objectivante a également été appliquée à la vie économique et au monde du travail. Le monde industriel s’est doté d’indicateurs de visibilité et de performance, dont Ford et Taylor ont été les figures emblématiques. La mise en information des activités de travail, la montée des bureaux et des lieux de traitement des données préfigurent la mise en réseau à venir.

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Cela introduit la lignée informatique, dont il faut rappeler l’essor initial au sein de la stratégie militaire. La mesure technique de l’information, dès 1948, accompagne la mise en place d’outils de traitement de l’information et annonce les incantations sur le rôle civilisateur de l’information appelée à se déployer à l’échelon mondial. Les capacités de traitement, de recoupement, de synthèse constituent un vivier d’explications prospectives sur l’avenir des technologies.

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Selon Armand Mattelart, trois domaines ont contribué à asseoir le discours que nous connaissons sur la société de l’information : la sociologie, la prospective et la géopolitique. Avec le thème de la société post-industrielle, c’est-à-dire la montée des services, c’est l’intelligence qui devient le moteur économique, et une intelligence partagée, mondiale.

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Les acteurs politiques ont, eux aussi, concouru à rendre réel ce nouveau modèle analysé par les sociologues, prévisionnistes et économistes. Japonais, Américains ont donné corps aux autoroutes de l’information, en les fixant comme objectifs de développement économique et social, accompagnant la déréglementation générale des opérateurs de télécommunications. L’information devient un enjeu géopolitique, présenté comme facteur d’atténuation des conflits, de sortie de crise économique, de fluidité, d’intégration, l’espoir d’une société mondiale sans clivages… Mais ce discours utopique car gommant les différences et les disparités connaît aussi des résistances : antimondialisation, montée des particularismes, mais aussi de nouvelles formes de « civisme mondial ».

L’illusion technologique peut faire oublier l’histoire

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Laissons à l’auteur le soin de conclure : « Au néo-darwinisme informationnel il convient d’opposer une conception des nouveaux dispositifs techniques travaillés par les forces créatrices des sciences, des arts et des innovations sociales. Réfléchir aux entrelacs des médiations sociales, culturelles et éducatives à travers lesquelles se construisent les usages du numérique et qui sont à la source même de la vie en démocratie » (p. 111). L’illusion technologique, lorsqu’elle n’est pas analysée, contribue en effet à faire oublier l’histoire, celle des projets de société et de la place qu’y occupent les citoyens, pour adhérer à une conception globalisante qui n’est pas nécessairement réelle.

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Ce livre propose donc de multiples pistes de réflexion, fort utiles pour tout professionnel soucieux de se situer dans les discours et réalités actuelles en matière d’information. Livre très riche en références, foisonnement qui a ses revers pour le néophyte : la juxtaposition des arguments et la convocation de très nombreux auteurs, dont les écrits lui sont souvent inconnus, nuisent parfois à la force de démonstration. Mais c’est à chacun de s’y essayer.

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Brigitte Guyot

Titres recensés

  1. La Bibliothèque nationale de France : collections, services, publics. Sous la direction de Daniel Renoult et Jacqueline Melet-Sanson ; avec la collaboration de Marcelle Beaudiquez, Bruno Blasselle, Isabelle Boudet, et al. ; préface de Jean-Pierre Angremy, Paris : Électre-Éditions du Cercle de la librairie, 2001. –- 238 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 2-7654-0820-3 : 35 €
    1. Une description approfondie des structures, missions et fonctions de la BnF
      1. Les collections, la politique documentaire, les catalogues…
      2. Les nouvelles technologies
      3. Publics et usages, recherche et manifestations culturelles…
  2. Dépôt légal, de l’écrit à l’électronique. Daniel Bécourt, en collaboration avec Sandrine Carneroli, Paris : Litec, 2001. – 200 p. – ((Droit@ Litec. Maîtriser). – ISBN 2-7111-3339-7 : 21,95 €
    1. Pour juristes et acteurs de la réforme, un ouvrage de fond sur le dépôt légal
      1. Les problèmes posés par les documents électroniques
      2. Pour nourrir la réflexion sur la réforme du dépôt légal
  3. L’essentiel de la gestion documentaire, Michel Roberge, Québec : Éd. Gestar, 2002. – [330 p.]. – ISBN 2-921571-07-2 : 95 $ : 66,82 €
    1. Une méthode de gestion documentaire orientée vers les archives administratives
      1. Les documents administratifs
      2. La fonction gestion documentaire
      3. La conception d’un système corporatif de gestion
      4. La mise en œuvre du système
      5. Un exemple que l’on pourra transposer
  4. Les archives, Sophie Cœuré, Vincent Duclert, Paris : La Découverte, 2001. – 128 p. – (Repères ; 324). – ISBN 2-7071-3569-0 : 7,95 €
    1. Une présentation très riche et très pédagogique des archives en France
  5. Education and research for marketing and quality management in libraries = La formation et la recherche sur le marketing et la gestion de la qualité en bibliothèque : satellite meeting = colloque satellite, Québec, 14-16 août 2001. Édité par Réjean Savard. München : Saur, 2002. – X-326 p. – (IFLA Publications, ISSN 0344-6891 ; 99). – ISBN 3-598-21829-X : 78 €
    1. Un ouvrage stimulant sur des démarches encore trop timidement engagées
      1. Une démarche encore timide, sur le terrain comme dans les programmes de formation
  6. Les collections photographiques : guide de conservation préventive. Bertrand Lavédrine, avec la collaboration de Jean-Paul Gandolfo et de Sibylle Monod, Paris : Association pour la recherche scientifique sur les arts graphiques (ARSAG), 2000. – 311 p. – ISBN 2-9516103-0-0 : 30 €
    1. Un livre technique pour iconographes
  7. Beasley’s guide to library research, David Beasley, Ed. rev. – Toronto : Buffalo : London : University of Toronto Press, 2000. – 206 p. – ISBN 0-8020-8328-5, Édition revue de : How to use a research library. – New York : Oxford University Press, 1988
    1. Un classique américain de la recherche documentaire
      1. Guider le lecteur dans le dédale des sources d’information
  8. Intégrer les ressources d’Internet dans la collection. Sous la direction d’Alain Caraco. Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2000. – 223 p. – (Coll. La boîte à outils, ISSN 1259-4857 ; 11). – ISBN 2-910227-33-2 : 22,87 €
    1. Des problématiques intéressantes bien au-delà des bibliothèques
      1. Politique d’acquisition et bibliothèque virtuelle
  9. International librarianship : cooperation and collaboration. Edited by F. L. Carroll, J. F. Harvey ; coord. by S. Houck. Lanham : London : The Scarecrow Press, 2001. – 367 p. - ISBN 0-8108-3921-0
    1. Un ouvrage très riche et cohérent sur la coopération documentaire internationale
      1. Coopération, normalisation, expériences locales, formation des professionnels…
  10. Histoire de la société de l’information. Armand Mattelart, Paris : La Découverte, 2001. – (Repères ; 312). – ISBN 2-7071-3415-5 : 7,95 €
    1. De multiples pistes de réflexion
      1. L’illusion technologique peut faire oublier l’histoire

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2002 (Vol. 39), p. 138-148.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2002-3-page-138.htm
DOI : 10.3917/docsi.393.0138


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