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Documentaliste-Sciences de l'Information

2002/4 (Vol. 39)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.394.0202
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Le livre électronique dans les BU américaines en 2002

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AUX ÉTATS-UNIS, les bibliothèques universitaires se sont engagées dans la lecture en ligne essentiellement par l’intermédiaire de sociétés qui commercialisent des sites désormais appelés « agrégateurs de contenus ». Quatre groupes se distinguent sur le marché : netLibrary, Ebrary, Questia et XanEdu [voir hors texte pages suivantes].

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En cette année 2002, sur un marché en plein développement et dans la perspective d’une intégration de plus en plus grande du numérique dans les BU, la compétition est devenue intense entre les divers fournisseurs d’ouvrages électroniques. Il est vrai que les avantages liés au livre en ligne favorisent son essor et semblent lui promettre un avenir brillant.

Usages et usagers de netLibrary à l’université de Rochester

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D’après les conclusions provisoires d’une étude menée depuis janvier 2001 par l’université de Rochester [2][2] On lira avec profit ce très précieux rapport publié..., les étudiants américains qui ont eu l’opportunité d’utiliser le portail de netLibrary se déclarent dans l’ensemble favorables à ce nouveau service. Ils le trouvent facile d’accès et d’utilisation, apprécient de pouvoir lire et imprimer des pages sans devoir rien payer, soulignent l’intérêt d’un outil disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre, particulièrement aux heures et jours de fermeture de la bibliothèque.

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Lorsqu’on leur demande si la BU doit continuer d’acheter des livres électroniques, ils sont quasi unanimes à répondre par l’affirmative. Mais une majorité d’entre eux avouent cependant préférer, quand ils en ont le choix, le livre imprimé à sa version digitale, et plusieurs expriment le souhait qu’au moins un exemplaire papier de l’ouvrage en ligne soit toujours disponible à la bibliothèque : pas question de substituer le livre électronique au livre traditionnel.

Le livre électronique

Le livre électronique se présente sous deux formes : en tablettes (lecteurs Palm et Gemstar, par exemple) et en ligne. Cet article ne prend en compte que le livre électronique diffusé en ligne.

Le livre-tablette, lui, est essentiellement utilisé dans les bibliothèques publiques. Les fonds numériques actuellement proposés sur les tablettes ne sont en effet pas destinés à un public universitaire. La tablette numérique portable semble plus adaptée à un usage individuel qu’institutionnel.

Quelques expériences américaines ont été conduites dans des bibliothèques universitaires, notamment à l’Université de Rochester qui en décline sur son site (wwww. lib. rochester. edu/ main/ebooks/studies.htm) les avantages (faible encombrement, accès immédiat, gain de place par rapport au livre papier, aucune perte de texte) et les inconvénients (fragilité, coût du matériel, catalogue de titres limité, textes « verrouillés », usage collectif du prêt public délicat).

En France quelques expériences sont réalisées cette année en Rhône-Alpes (bibliothèques municipales d’Annecy, Grenoble, Lyon, Valence, Bourg-en-Bresse) et dans la région parisienne (bibliothèque Espace Landowski à Boulogne). À notre connaissance il n’y a pas d’expériences tentées en BU. Les fabricants de matériels et éditeurs connaissent des fortunes diverses (interruption ou ralentissement de 00h00, Cytale et Gemstar, prochain lancement de Codicil mais sur le seul créneau du document technique-codes, etc.).

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D’une manière générale, le livre électronique semble particulièrement adapté aux titres qui connaissent un fort taux de circulation dans la bibliothèque, notamment aux ouvrages issus des Academic Reserves. Ce terme générique désigne une collection spéciale de documents (livres, manuels, articles, photocopies, etc.) destinée aux étudiants et conçue en relation avec des cours et des programmes spécifiques. La durée de prêt des documents de réserve est normalement assez courte (quelques heures) de manière à permettre un accès rapide au plus grand nombre d’étudiants possible.

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Le tableau ci-contre donne peut-être les clés de cette préférence pour la version imprimée. Si netLibrary se positionne à l’heure actuelle comme leader sur le marché des bibliothèques virtuelles dans le domaine proprement académique, c’est qu’il propose un service quasi analogue, dans son principe et son fonctionnement, à celui des BU. Ce qui ne va pas sans certains inconvénients, dont les principaux sont les suivants.

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Un exemplaire ne peut être lu que par un seul lecteur à la fois. À partir du moment où il s’agit d’un service en ligne, ne devrait-on pas autoriser une lecture multiple ? Pourquoi une telle limitation ? De plus, le lecteur qui désire lire un titre emprunté n’est pas informé de la date de son retour et n’a pas non plus la possibilité de faire une réservation. L’acquisition par le biais des consortiums rend le problème encore plus aigu, les bibliothèques devant partager un nombre limité de titres pour l’ensemble de leurs étudiants.

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Le système de protection du copyright, destiné à empêcher l’impression abusive, est fondé sur la rapidité avec laquelle le lecteur feuillette le livre. Or l’enquête de l’université de Rochester montre que beaucoup d’étudiants utilisent le livre électronique simplement pour le feuilleter. Un tel système devient rapidement irritant pour le lecteur : il ne peut feuilleter le livre au rythme qui lui plaît et se voit en plus accusé de violer la loi du copyright !

Tableau comparatif : bibliothèques universitaires et bibliothèques numériques
NetLibrary

Division d’OCLC fondée en 1998 et basée au Colorado, netLibrary propose environ 40.000 titres (écrits académiques de toutes disciplines, littérature générale) émanant d’éditeurs tels que Oxford University Press, Cambridge UP, Routledge, MIT Press, Yale UP, etc. La société, qui compte actuellement plus de 5.500 bibliothèques parmi ses clients, a dû investir plusieurs centaines de millions de dollars pour mener à bien une telle réalisation (chiffres recueillis sur le site <www. netlibrary. com> le 7 mai 2002). Elle continue d’améliorer sa technologie et s’associe régulièrement à de nouveaux éditeurs. Son service semble être le plus adapté aux bibliothèques, dont il essaie de mimer le fonctionnement.

Ebrary

Société fondée en 1999, dont le portail a été commercialisé à l’automne 2001, ebrary fournit livres, périodiques et cartes, propose au moins 6.000 documents à ce jour provenant des fonds d’une centaine d’éditeurs spécialisés en lettres, sciences sociales, médecine, philosophie, économie, informatique, etc. 10.000 autres documents sont en attente d’être chargés. Les textes sont en format PDF. Parmi les éditeurs associés, citons McGraw-Hill, Random House, Penguin Classics, Taylor & Francis, Yale UP, John Wiley, Greenwood. www. ebrary. com

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En outre, les lecteurs sont nombreux à se plaindre de la fatigue occasionnée par une fréquentation prolongée de l’écran du PC. Mais c’est là un problème qui concerne évidemment tous les portails.

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Parmi les autres reproches adressés plus particulièrement à netLibrary, citons encore :

  • l’absence de titres récents en nombre suffisant : beaucoup datent des années quatre-vingt-dix ; - la taille insuffisante de l’écran sur lequel s’inscrit le texte ; l’option plein écran n’est pas disponible ;

  • l’incompatibilité du format des livres proposés avec celui des livres-tablettes [voir hors texte page précédente], utilisés par quelques étudiants (par exemple : les Palm Readers, sortes d’agendas électroniques pouvant également servir de lecteurs d’e-books). La société Questia, qui formate ses documents en XML, autorise cette compatibilité.

Qui sont les utilisateurs de netLibrary, à l’université de Rochester ? Principalement des étudiants de premier et second cycles (20 undergraduates, 13 postgraduates).

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Quels types d’ouvrages recherchent-ils ? Des textes académiques (26 lecteurs). Viennent ensuite des guides informatiques ou techniques (15) et des manuels (13), puis des ouvrages de référence (8) (dictionnaires, encyclopédies, etc.). Quel usage font-ils de netLibrary ? Beaucoup ne souhaitent que feuilleter (29), bon nombre effectuent une recherche par mot clé dans le catalogue netLibrary (22), les autres lisent des passages du texte (17).

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Naturellement, ces données, qui portent sur un échantillon très limité d’utilisateurs, n’ont pas de valeur statistique absolue et n’apportent que des informations provisoires, susceptibles d’évoluer par la suite. Elles permettent déjà de se faire une idée approximative du regard porté par les étudiants sur un service qui leur est prioritairement destiné. D’autres études de ce type ont été menées aux États-Unis, notamment par la California State University [3][3] Enquête eBook Project : < www. calstate. edu/ SEIR/....

L’offre de Questia

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Il est intéressant de comparer l’offre de netLibrary avec celle de Questia, dans la mesure où cette dernière semble apporter des solutions aux problèmes que pose la première. Nous nous référons pour une part à un article de Susan Gibbons publié en 2001 dans la revue Library Hi Tech[4][4] Susan GIBBONS, Growing competition for libraries, Library..., qui met en évidence les points forts et les inconvénients du portail Questia. Relevons tout d’abord ses aspects positifs :

  • contrairement à netLibrary, Questia permet un accès multiple au texte en ligne. Les lecteurs n’ont pas besoin d’emprunter un titre pour le lire et tous les ouvrages de la collection sont disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre ;

  • l’étudiant feuillette le livre au rythme qui lui convient, sans qu’un système de protection du copyright ne vienne entraver sa lecture, comme c’est le cas pour netLibrary.

Le système Questia serait-il donc plus adapté aux bibliothèques ? Rappelons qu’il s’adresse en priorité aux étudiants de premier cycle, sur la base d’un abonnement individuel, et qu’il ne permet pas l’acquisition des livres eux-mêmes, mais seulement leur consultation.

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Susan Gibbons analyse le catalogue Questia et en montre les défauts :

  • la date moyenne de publication des ouvrages proposés est 1973, avec un seul titre postérieur à 1999 ;

  • il manque plusieurs ouvrages de référence, tels que Le Songe d’une nuit d’été ou Un tramway nommé Désir ;

  • les articles de revues sont également datés, la plupart ayant paru entre 1994 et 1998, la date moyenne de publication étant 1994. Près de 40 % de la collection d’articles appartient au domaine de la psychologie.

Ces observations ont été faites l’année dernière. Depuis, le catalogue a évolué jusqu’à proposer plus de 60.000 titres. À ses débuts, en janvier 2001, Questia s’était donné pour objectif d’atteindre un total de 250.000 titres en 2003, chiffre trop ambitieux sans doute, car le rythme d’acquisition s’est ralenti au mois de mai 2001, date à laquelle on comptait à peine plus d’un millier d’abonnés.

XanEdu

Division de ProQuest, XanEdu a créé son service en juillet 2000. Cette société propose l’accès à un ensemble varié de ressources électroniques, au nombre desquelles on trouve surtout des dossiers de cours (appelés CoursePacks) et des périodiques, mais également des livres. Le catalogue XanEdu se compose essentiellement de la base de données ProQuest, qui comprend des milliers de périodiques et de journaux, des millions d’articles provenant de très nombreux éditeurs et diffuseurs, dont UMI et Chadwick-Healey, pour ne citer que les principaux (au total plus de 5,5 milliards de pages d’informations). À cela il faut encore ajouter les études de cas (business case studies) de l’éditeur Harvard Business School Publishing et les articles de la revue Harvard Business Review. L’INSEAD (Institut européen d’administration des affaires) est à ce jour le seul partenaire français de XanEdu. (www. xanedu. com)

À la différence de netLibrary et d’ebrary, XanEdu ne propose pas ses services aux bibliothèques, qui sont totalement absentes dans ce modèle de diffusion électronique, mais aux étudiants et aux enseignants. Même s’il fonctionne en dehors du circuit des bibliothèques, le modèle XanEdu nous intéresse particulièrement. Parmi tous les agrégateurs de contenus existant aux États-Unis, il est en effet celui qui se rapproche le plus du projet français Manum. « On peut concevoir XanEdu comme la bibliothèque de demain », affirme Pierre Le Loarer. Une différence essentielle est cependant que Manum s’inscrit au cœur même de l’institution universitaire et résulte d’une collaboration entre bibliothèques, chercheurs et éditeurs.

Des projets français de bibliothèques électroniques en milieu universitaire

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Deux projets, encore expérimentaux, sont actuellement en cours de développement dans les universités françaises : Pelléas et Manum.

Pelléas

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Un projet de bibliothèque numérique lancé en 1997 est en cours d’expérimentation à l’Université de Marne-La-Vallée. Christian Lupovici, responsable du service commun de documentation de cet établissement, en assure la direction. Baptisé Pelléas, ce projet consiste en la mise en œuvre d’une plate-forme électronique multimédia capable de gérer tous les types de documents numériques [5][5] <wwww. auscav. u-bordeaux2. fr/ JE5/ PelleasAUSCAV.... Elle a été conçue pour traiter des flux d’information de volume très important. Son architecture rend possibles aussi bien la gestion documentaire (interrogation des données) que la gestion administrative et juridique des documents (autorisations d’accès pour chaque fichier). Elle contrôle ainsi l’ensemble de la chaîne de traitement des documents : production, acquisition, indexation, préservation, diffusion.

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Les ressources numériques traitées par le système sont, nous l’avons dit, de toute nature : des textes, bien entendu, mais aussi des images, des sons, des vidéos, etc. Pelléas intègre à la fois les documents provenant des éditeurs commerciaux, comme les livres électroniques, et les documents produits par l’établissement universitaire, comme les thèses, mémoires, supports de cours, etc. Ces derniers sont numérisés en mode image ou, s’ils ont été saisis sur un logiciel de traitement de texte de type Word, reformatés en XML. Tous les documents sont au format XML ou encapsulés en XML ; ils reçoivent un traitement conforme aux standards internationaux : DTD (Document Type Definition), ISO 12083 et TEI (Text Encoding Initiative), qui décrivent leur structure au moyen d’un langage adapté, propre aux mondes de l’édition et de la documentation.

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La gestion administrative et juridique des documents s’effectue par le biais des métadonnées, exprimées en RDF (Resources Description Framework). Les métadonnées de gestion définissent les conditions d’accès pour chacun des documents, ainsi que les modalités de leur préservation.

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L’Université de Marne-La-Vallée utilise la chaîne de traitement Cyberthèses, réalisée et maintenue par l’Université de Lyon-2, à partir des scripts récupérés de l’Université de Montréal (Cyberthèses est un programme permettant la diffusion de thèses au format XML [6][6] <http:// mirror-fr. cybertheses. org>). D’autres projets sont en cours : la formation d’une chaîne LaTeX [7][7] LaTeX (prononcer « la-tech « [lat?k] ) est un puissant... vers XML et la création d’une photothèque pour l’histoire de l’art.

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Pelléas n’est donc pas un système de bibliothèque, mais une plate-forme de gestion de documents, indépendante du système intégré de gestion de bibliothèque (SIGB). Un système d’interrogation de bases de données utilisant le protocole Z39.50, accessible sur Internet, permet au lecteur d’interroger à la fois le catalogue de la bibliothèque et la plate-forme Pelléas, les deux fonctionnant de manière autonome. Il n’est donc pas possible de localiser un document électronique à partir du catalogue : c’est le système d’interrogation Z39.50 qui établit le lien entre le catalogue et Pelléas, en étendant la recherche aux deux bases de données. L’intérêt d’une telle structure est que l’on peut associer Pelléas à différents types de catalogues, chaque bibliothèque ayant son propre SIGB, ainsi qu’à toutes les ressources bibliographiques interrogeables par Z39.50, dont le catalogue des SIGB des bibliothèques participantes.

Questia

Société fondée à Houston en 1998, Questia offre plus de 60.000 ouvrages en texte intégral et articles de revues, accessibles par abonnement, via son portail créé en janvier 2001. Il est à noter que ce service n’est pas conçu prioritairement pour les bibliothèques et s’adresse avant tout à des particuliers, essentiellement des étudiants de premier cycle qui préparent leurs examens ou rédigent une dissertation. Environ 240 éditeurs mettent à disposition leurs fonds et collections, principalement dans les disciplines suivantes : sciences humaines, sciences sociales, philosophie, lettres. (Informations recueillies sur le site de Questia <wwww. questia. com> le 3 mai 2002)

Pour en savoir plus

Sur l’offre des principaux éditeurs scientifiques en livres électroniques

Elsevier wwww. e-products. elsevier.com

Springer hhttp:// link. springer. de/ ol/ bookser.shtm

Wiley www3. interscience. wiley. com/

Books@ Ovid wwww. ovid. com/ products/ books/ index.cfm

OCDE www. sourceoecd. org

Kluwer

hhttp:// ebooks. kluweronline.com/Default.asp

Books 24x7 www. books24x7. com/ home. asp

Eyrolles http:// ebooks. eyrolles. com

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Pelléas ne devait pas être opérationnel avant le mois d’octobre 2002, date correspondant à la seconde phase d’expérimentation du projet Manum.

Manum

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Un second projet, baptisé Manum [8][8] <http:// manum. enssib. fr>, est actuellement expérimenté à l’Université de Marne-La-Vallée et dans les instituts d’études politiques (IEP) de Lyon et de Grenoble, sous la direction de Pierre Le Loarer, directeur du centre de documentation de l’IEP de Grenoble.

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Il s’agit de mettre à la disposition des usagers de la bibliothèque un certain nombre de ressources électroniques en ligne, parmi lesquelles des manuels de premier et second cycles, en version intégrale, dans le domaine des sciences humaines et plus particulièrement de la gestion, du droit, des sciences politiques et de l’économie. Toutefois, il n’est pas seulement question de diffuser des manuels, mais de permettre également aux enseignants de constituer des dossiers en relation avec leurs cours ; ces dossiers seraient ensuite rendus accessibles par voie électronique aux étudiants concernés, via un mot de passe et un nom d’utilisateur. Les enseignants viendraient donc recueillir et sélectionner leurs articles à partir de bases de données en ligne, fournies par les éditeurs, composant ainsi des dossiers dont le contenu ne se limiterait plus à de simples photocopies : ils pourraient par exemple prendre la forme de travaux dirigés ou de cours complétés par des extraits d’articles. Le système fonctionnerait de manière interactive, laissant aux étudiants la possibilité de rendre leurs travaux directement par voie électronique.

Il faut s’interroger sur le contenu des ressources proposées: s’agit-il d’ouvrages numériques ou de formules autorisant une réelle interactivité?

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Il est important, toutefois, de préciser que Manum ne se définit pas comme un support d’e-learning (enseignement à distance, via les nouvelles technologies) : il se donne pour objectif de permettre l’accès à des ressources à usage pédagogique. Le choix des manuels à diffuser serait établi en fonction des orientations bibliographiques proposées par les enseignants.

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La plate-forme Pelléas devrait en principe à terme assurer l’hébergement et la gestion de ces ressources électroniques, mais d’autres solutions sont actuellement envisagées. La question reste à l’étude. Dans un premier temps, à défaut d’une interface spécifique, l’accès aux bases de données se ferait via un réseau intranet, à partir du site de chaque BU. La plate-forme – qu’on pourrait appeler « agrégateur de contenus » – offrirait de toute façon des fonctionnalités comparables à celles que proposent actuellement les sociétés américaines.

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Le projet Manum a été mis sur pied avec un ensemble de partenaires universitaires (chercheurs, bibliothèques) et différents éditeurs : La Documentation française, les Presses de Sciences Po, les éditions De Boeck et différents éditeurs du groupe Vivendi Universal Publishing (Armand-Colin, La Découverte, Dalloz, Dunod, Larousse). Il se déroule en deux phases. La première, en cours d’achèvement au moment de la rédaction de ce texte, devait aboutir à la publication d’un rapport de synthèse à l’été 2002. Cette première phase correspond en réalité à une pré-étude de faisabilité, avec pour objectif d’identifier les attentes des futurs utilisateurs du système, étudiants et enseignants.

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La seconde phase, qui devait normalement débuter au mois d’octobre de cette année, verra l’application proprement dite du projet, quoique sous une forme toujours expérimentale. Des tests seront effectués, dont les modalités restent encore à définir. L’expérimentation devra-t-elle être gratuite pour les usagers ou bien fera-t-elle appel à leur participation financière ? On peut concevoir une variété de tests portant sur différents groupes d’utilisateurs, dont certains paieraient et d’autres pas, à l’intérieur d’un même établissement. L’étude portera sur la manière dont ces usagers vont s’approprier les ressources et sur l’usage qu’ils en feront. À partir de ces observations, il sera possible de préciser les orientations et les améliorations à apporter au système. En fait, les réponses aux questions qui se posent maintenant sur la manière dont il pourra fonctionner ne devraient émerger qu’au cours de cette seconde phase.

Édition universitaire et numérique

Le Syndicat national de l’édition vient de rendre publique une étude de T2i, réalisée par Marc Minon et avec le soutien du Centre national du livre, intulée Édition universitaire et perspective du numérique[9][9] Lire l’indispensable étude de Marc Minon présentée.... C’est la première fois, indique le SNE, que « ce marché – très atomisé mais qui compte pour environ 6 % dans l’activité du secteur et dont on entend déplorer le recul depuis longtemps – est ainsi analysé en profondeur ».

Voici quelques phrases extraites d’un communiqué de presse diffusé le 4 octobre par le SNE : « Les éditeurs universitaires anglo-saxons ont d’ores et déjà constitué une offre importante de ressources numériques. (…) Le risque est important que la domination anglo-saxonne freine considérablement l’émergence d’une offre francophone de ressources numériques universitaires. (…) L’étude insiste donc sur l’urgence d’une action volontariste, aussi bien des éditeurs que des pouvoirs publics, dans une nécessaire concertation. (…) Si le passage vers le numérique d’une partie de l’offre documentaire universitaire reste encore aujourd’hui limité, il n’en ira pas de même à l’horizon de cinq ans. Et c’est dès maintenant qu’il faut prendre les initiatives nécessaires pour éviter que l’université française accuse un retard préjudiciable ou devienne principalement dépendante des producteurs de ressources anglo-saxons ».

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La participation d’autres universités (par exemple du SCD de Rennes-1) au projet Manum ne serait pas envisageable avant la rentrée 2003-2004. C’est en effet à ce moment que devrait débuter l’expérimentation en grandeur réelle, si le Ministère soutient le projet. En attendant, des « focus groupes » (groupes d’utilisateurs) seront organisés autour de Manum pour exprimer des avis sur la maquette proposée.

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Le modèle économique reste à déterminer. Quel sera le coût de ce nouveau service pour les bibliothèques ? Les éditeurs accorderaient des licences aux bibliothèques universitaires, dont les tarifs seraient définis en fonction de la taille de chaque établissement. Notons à ce propos que le développement du livre électronique en France ne devrait pas connaître une progression aussi rapide qu’aux États-Unis, car les BU françaises ne disposent pas, contrairement aux bibliothèques américaines, de budgets d’acquisitions suffisamment élevés. Or l’achat d’ouvrages électroniques représente bien entendu un investissement supplémentaire, ceux-ci venant s’ajouter aux livres imprimés et non s’y substituer. Il s’agit donc d’un problème d’ordre aussi bien politique que financier : le choix du numérique, qui semble par ailleurs à terme inévitable, implique une redéfinition des orientations et des priorités des bibliothèques en matière de dépense budgétaire [9][9] Lire l’indispensable étude de Marc Minon présentée....

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D’autres réflexions sont en cours, concernant par exemple l’accès des lecteurs aux documents et les modalités de paiement de certaines transactions, telles que l’impression, la copie ou le déchargement des données en ligne. Faut-il faire payer les utilisateurs individuellement ou faire payer globalement l’institution ? Christian Lupovici souhaite que l’accès soit le plus large possible, de sorte que l’usager puisse consulter les manuels à partir de n’importe quel PC, très vraisemblablement au moyen d’un identifiant et d’un mot de passe.

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Se pose également le problème de la numérisation des documents, opération exigeant un important travail de la part des éditeurs qui ne disposent pas d’un fonds numérisé tout prêt à être exploité : qu’apporteront-ils en réponse aux attentes des enseignants et des lecteurs ? Il convient en outre de s’interroger sur le contenu même des ressources proposées aux lecteurs : s’agit-il de ne diffuser que des ouvrages numériques (des manuels) ou conçoit-on d’élargir l’offre en intégrant d’autres formules, qui autoriseraient une plus grande interactivité – des simulations, des exercices en ligne, par exemple, comme l’ont déjà suggéré certains enseignants de Marne-La-Vallée ?

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Septembre 2002

Notes

[1]

Pierre LE LOARER, Les livres électroniques ou le passage, Documentaliste - Sciences de l’information, décembre 2000, vol. 7, n° 5-6, p. 298-311.

[2]

On lira avec profit ce très précieux rapport publié par l’université de Rochester, daté du 27 septembre 2001. Il fait la synthèse d’une expérimentation menée à Rochester sur netLibrary ; et il analyse dans le détail les différents problèmes posés par l’utilisation du livre électronique en Bibliothèque universitaire. Nous nous sommes en grande partie inspiré de cette étude pour rédiger ce passage. <wwww. lib. rochester. edu/ main/ ebooks/ newsletter2-1/articles.htm> (consulté le 3 mai 2002).

[3]

Enquête eBook Project : < www. calstate. edu/ SEIR/ eBook. shtml>

[4]

Susan GIBBONS, Growing competition for libraries, Library Hi Tech, 2001, vol. 19, n° 4, <wwww. lib. rochester. edu/ main/ ebooks/ studies/ p363.pdf>

[7]

LaTeX (prononcer « la-tech « [lat?k] ) est un puissant outil d’édition qui permet de formater et de structurer tout type de document.

[9]

Lire l’indispensable étude de Marc Minon présentée ci-dessus en hors texte, Édition universitaire et perspectives du numérique (septembre 2002), disponible en ligne sur le site du Syndicat national de l’édition <www. sne. fr/ > et version pdf : <www. t2i. be/ SNEperspectivesSep2002. pdf>.

Résumé

Français

Depuis l’étude de fond que nous avons publiée fin 2000 [1], le livre électronique a connu des fortunes diverses dont Livres Hebdo relate régulièrement les péripéties. Prolongeant et actualisant certains aspects de l’étude de Pierre Le Loarer, cet article se penche d’abord sur quelques aspects de l’offre de livre électronique en ligne et des usages dans les bibliothèques universitaires américaines. Puis sur deux projets français en cours d’expérimentation dans le secteur universitaire : Pelléas, projet pilote d’une architecture de bibliothèque électronique, et Manum, bibliothèque électronique de ressources à usage pédagogique.

Plan de l'article

  1. Le livre électronique dans les BU américaines en 2002
    1. Usages et usagers de netLibrary à l’université de Rochester
    2. L’offre de Questia
  2. Des projets français de bibliothèques électroniques en milieu universitaire
    1. Pelléas
    2. Manum
  3. Il faut s’interroger sur le contenu des ressources proposées: s’agit-il d’ouvrages numériques ou de formules autorisant une réelle interactivité?

Pour citer cet article

Jonchère Laurent, « Livres électroniques en ligne et bibliothèques universitaires : situation aux États-Unis, projets en France », Documentaliste-Sciences de l'Information 4/2002 (Vol. 39) , p. 202-207
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2002-4-page-202.htm.
DOI : 10.3917/docsi.394.0202.


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