Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2002/4 (Vol. 39)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.394.0210
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 210 - 212 Article suivant

Internet et l’éthique de l’économie

1

LE FORMIDABLE INSTRUMENT DE DEVELOPPEMENT qu’est l’Internet remet en cause la signification et la valeur de l’information. S’il devait représenter une révolution, c’est cependant plus par l’ampleur des problèmes et la vitesse des mutations qu’il induit. C’est ce que démontre Jacques Attali, par des analyses fines, rapidement brossées, illustrées d’exemples particulièrement marquants.

2

L’analyse du droit du consommateur d’information, appréhendé sur les lieux du travail et dans sa vie privée, met en évidence les difficultés d’instaurer des contrôles, en raison des risques d’atteinte aux libertés publiques, mais aussi parce qu’une telle entreprise est d’une efficacité limitée et génère des coûts importants. Internet contribue ainsi à accentuer la tendance qui veut que le travail soit jugé sur les résultats obtenus et non plus sur le temps qui lui est consacré. La multiplication des contrôles, réalisés pour des raisons sécuritaires variées, implique en outre une ingérence de plus en plus forte dans la vie privée, ce qui suscite aussi de vives réactions.

3

Le producteur, lui, se heurte aujourd’hui à la difficulté de créer une information de qualité – l’information étant désormais pléthorique, rapidement obsolète, et non hiérarchisée. Cela pose la question de la valeur même de l’information, autrefois fondée sur la rareté réelle ou « artificielle », parce que « créée par le droit d’auteur ». Pour qu’elle retrouve une valeur marchande, diverses procédures de certification doivent être proposées aux producteurs, ce qui implique, dans ce cadre aussi, une série de contrôles. Mais que ceux-ci soient confiés à l’État, selon le modèle « orwellien », ou à des organismes privés, ces deux solutions semblent offrir peu de garanties. D’où l’idée de proposer un système intermédiaire, à savoir un arbitrage par des agences spécialisées mais dont la neutralité doit également être contrôlée ; ce qui représente une série de coûts supplémentaires non négligeables.

4

Comment assurer enfin un équilibre entre plusieurs tendances contradictoires ? Le système Peer to Peer qui, répondant à la philosophie initiale de l’Internet, permet à tout consommateur d’être aussi producteur en diffusant un document à l’identique ou après modification, est favorisé par la technique. Mais il est limité par la loi, surtout depuis le 11 septembre 2001 et la volonté de contrôle renforcé qui a suivi, visant à autoriser les investigations sur les disques durs des internautes. Aujourd’hui, on assiste à une lutte entre différents systèmes – consommateur et producteur, payant et gratuit – et l’économie de marché n’est pas seulement ébranlée par l’économie de la gratuité mais aussi par les mécanismes de cryptage plus ou moins sauvages, par la revendication d’une protection des libertés et d’un droit à l’accès à l’information ; auxquels répondent différentes formules de labellisation et les systèmes de protection des auteurs, de plus en plus techniques, proposés avec ou sans l’intermédiation des sociétés de gestion collective.

Les grands éditeurs à la conquête de la station de travail des clientèles

5

REPONDRE A PARTIR D’UNE STATION DE TRAVAIL UNIQUE à toutes les requêtes d’un usager final donné : tel est, constate Michel Vajou, l’objectif que poursuivent aujourd’hui les éditeurs d’information électronique professionnelle. La configuration idéale de l’environnement métier, adaptée à un individu opérant dans un contexte particulier, répond à de nouvelles logiques de valeur, à des nouveaux outils, et elle a naturellement des conséquences sur les stratégies des acteurs et la structuration globale de l’industrie de l’information [1][1] Les transparents présentés par Michel Vajou au cours....

6

« Intégration » est le mot clé qui caractérise l’orientation actuelle du marché. On la trouve dans la concentration et la consolidation des grands groupes – aujourd’hui quasi achevée après la période « boulimique » qui les a incités à absorber des actifs souvent très hétérogènes –, dans les concepts stratégiques nécessaires à cet environnement métier, inspirés directement du module bureautique de Microsoft Office, il y a plusieurs années, et qui a permis l’évincement progressif de tous les concurrents. Les systèmes proposés aujourd’hui sont déclinés de manière très fine et, si certains sont dédiés à la communication scientifique, d’autres s’adressent à certains segments du domaine juridique, du monde médical, de la presse ou de la finance.

7

La période actuelle est néanmoins encore transitoire et si tous les produits, composantes d’un environnement métier donné, ne sont pas toujours disponibles ou matures, leurs caractéristiques majeures peuvent être définies. On y trouve une couche d’information, souvent plus riche que précédemment car plus structurée, mais sans que le concepteur du produit en soit nécessairement le propriétaire (impératif jugé désormais secondaire). Un élément tout à fait nouveau est d’ailleurs que ce fonds d’information puisse être gratuit et que le « gratuit sans valeur » soit désormais un concept dépassé.

8

La valeur du produit s’est déplacée dans ses capacités d’intégration. Il peut s’agir classiquement d’une intégration d’informations externes mais aussi, voire surtout, de l’intégration d’informations internes et externes. Au centre de ce processus : la gestion des connaissances au sein de l’entreprise et les outils de catégorisation automatique qui ont acquis du poids dans l’argumentaire marketing des fournisseurs. Plus personne ne fait désormais l’impasse sur les outils du Web et sur les moteurs proposés pour filtrer de manière efficace les produits et services proposés sur les réseaux, ce qui donne une importance nouvelle aux bases de liens. On y trouve aussi, pour apporter une touche de séduction, des informations défilantes, généralement des dépêches.

9

Parmi les traits spécifiques à retenir, on peut noter la forte valeur ajoutée aux fonds d’information et l’apparition d’outils performants qui permettent de faire des recherches simultanées sur plusieurs bases de données disparates mais avec les mêmes clés de recherche. On relève aussi le fait que les grands offreurs délaissent les déclinaisons thématiques (juridique, technique, financière, etc.) pour cibler des problématiques métiers, à savoir celles qui offrent un intérêt pour un professionnel identifié par un profil donné. On citera enfin le développement d’outils logiciels prenant en compte les différentes tâches des personnes qui utilisent les mêmes applications, et incluant des outils collaboratifs ou des outils de navigation pour répondre à des applications peu communes, comme la composante citation, le passage d’ordre, etc., propres à certains métiers.

10

Tous ces outils offrent, en outre, l’avantage de pouvoir développer des arguments sur les gains de productivité qu’ils apportent. Derrière ces travaux se trouve un flux d’autres tâches – plutôt internes à l’entreprise [2][2] Ce que Michel Vajou qualifie de middle et back off... – qui doivent également être prises en compte, le passage des couches externes aux couches les plus internes devant être fluide. C’est sur ces segments internes à l’entreprise, qui dégagent des marges et des chiffres d’affaires importants, que se concentrent actuellement les éditeurs.

11

Le processus de convergence, toujours d’actualité, tend à s’élargir. On le retrouve dans l’environnement métier où l’on a ajouté à la couche information une couche d’outils collaboratifs et de communication : messagerie instantanée propriétaire intégrée ou vidéo-conférence en temps réel à partir de postes de travail, mise à la disposition des usagers d’outils qui gèrent le flux des tâches au sein de l’entreprise, en relation avec l’environnement proche – les acteurs avec lesquels elle interagit [3][3] Les avocats, par exemple, peuvent ainsi soumettre en..., comme les fournisseurs et les clients – ou plus lointain. La couche « navigation » n’est pas occultée et l’investissement sur les liens est reconnu comme nécessaire.

L’UCITA

« L’Uniform Computer Information Transactions Act a légalisé aux États-Unis les contrats «shrink wrap» qui consistent, par exemple, à faire de l’ouverture de l’emballage d’une œuvre numérique une acceptation implicite du contrat qui figure à l’extérieur de l’emballage, et en particulier de nombreuses clauses abusives d’un point de vue de défense du consommateur. » Pour en savoir plus sur l’UCITA, voir <wwww. ucitaonline.com/> et/ou <www. ala. org/ washoff/ ucita/ >. En français : La protection des œuvres et des services numériques ou, pour une explication en version française : Bref rappel des principes de base, dans : <wwww. pro-innovation. org/ rapportbrevet/html/chapitre1. html> (paragraphe intitulé : vers une abolition de la copie privée ?).

Active Server Page

L’ASP est la technologie de pages web dynamiques de Microsoft. Ces pages HTML contiennent un ou plusieurs scripts qui sont exécutés dynamiquement sur le serveur web, avant que la page soit envoyée au navigateur, c’est-à-dire à l’utilisateur. Définition : Encyclopédie du Journal du Net <encyclopedie.journaldunet.com>

Active Desktop

La technologie du « bureau actif » consiste à incorporer sur le bureau du visiteur du site une fenêtre qui contient une petite page web ou des éléments actifs (cartes météo, valeurs boursières, etc.) créée par le webmestre du site dont l’abonnement à cette information a été demandée.Michel Vajou est responsable du Bureau van Dijk Information Stratégies et rédacteur de La Dépêche du GFII.

12

Une autre question cruciale évoquée lors de cette intervention : les bases de métadonnées seront-elles des bases propriétaires ou relèveront- elles de l’information ouverte ? C’est l’enjeu des prochaines années et le risque existe de voir une offre bouclée si la logique propriétaire devait prévaloir, à l’exemple du cas IMS-Health [4][4] IMS-L avait conçu une grille information pour le recueil.... On le voit, l’installation de « dorsales technologiques » est particulièrement périlleuse et les filiales, par exemple, peuvent difficilement adopter des solutions autonomes. On assiste à une revalorisation des partenariats pour obtenir des briques technologiques nécessaires aux grilles d’intégration environnement/métier, aux composantes logicielles, à certains services informatiques, détachés des compositions informationnelles dont les conséquences sont susceptibles de verrouiller certains accès à l’information.

13

Les bases de liens dans la navigation acquièrent une importance stratégique fondamentale et des logiques consortiales s’avèrent nécessaires dans ce cadre aussi. Le consortium sera, de toute manière, le rapport de force et le point de passage obligés. On risque de devoir désormais payer le lien ou le moteur de recherche performant qui permettra d’accéder à l’information figurant dans les bibliothèques de texte intégral, et la recherche par des références croisées fait partie de la stratégie de gros éditeurs. Les grands éditeurs primaires ont du mal à faire payer l’information et les bases de prépublications gratuites perturbent la notion de valeur. Ne faire payer que le lien, point de péage qui représente le poste crucial d’aiguillage, accentue le principe de la gratuité de l’information en texte intégral.

14

Il a été rappelé que les grands groupes tendent à céder tout ce qui ne peut pas être intégré dans un environnement métier donné, même s’il s’agit d’un actif rentable représentant le cœur historique de leur institution, pour acquérir des secteurs qui soient cohérents dans un domaine donné, même sans lien avec leurs activités précédentes. L’acquisition de technologies de pointe, le contrôle technico-commercial de filiales locales, l’intégration intensive, la réorganisation des structures par cibles de clientèle (gestionnaires de trésorerie, passeurs d’ordre, par exemple), la récupération de contacts directs avec les clients de filiales et la suppression des intermédiaires (agrégateurs, infomédiaires) sont d’autres tendances que l’on a pu constater.

15

L’industrie de l’information est structurée en fournisseurs de premier rang et de second rang (sous-traitants). L’accent est mis ensuite sur l’importance d’une maîtrise des seules logiques d’intégration et non sur la propriété de fonds d’information, du contrôle des infomédiaires, de la faculté de faire des offres différenciées au niveau global et local, de la très grande segmentation des clients et d’une logique marketing fondée sur le métier et la fonction au sein de l’entreprise et non sur une thématique (juridique, technologique). Mais aussi, sans que le temps imparti à Michel Vajou ait permis de développer ces aspects, une généralisation de la facturation forfaitaire, du modèle ASP (active server pages) par un retour de la fonction serveur d’applications, et du modèle contractuel qu’est la licence d’usage UCITA.

16

Les points conclusifs également, ont été, faute de temps, à peine abordés. Michel Vajou mettait l’accent, sur son dernier transparent, sur le fait que l’évolution, aujourd’hui à peine émergente, des environnements métiers allait se poursuivre. Elle impliquera une modification de la valeur des produits et des services d’information, aura des conséquences sur la structuration de l’industrie de l’information ; mais, pour l’usager et pour les éditeurs, elle est porteuse d’opportunités (meilleure adéquation des produits aux besoins, gains de productivité) et de risques (position dominante de certains fournisseurs, perte de repères sur des logiques tarifaires, limitation contractuelle des usages). Il a également mis l’accent sur la veille qui doit être effectuée sur les évolutions des logiciels métiers, des bases de métadonnées et des bases de liens, sur les contrats de type UCITA et sur les consortiums d’utilisateurs.

17

M. B.

Notes

[1]

Les transparents présentés par Michel Vajou au cours de son intervention sont accessibles à l’adresse <www. gfii. asso. fr/ idt2002. htm>. Voir aussi : D’Idt/Net 2001 à Idt/Net 2002 : un an de croissance et de mutation pour l’industrie de l’information professionnelle électronique, Captain Doc, juillet 2002, n° 7, <www. captaindoc. com/ lettre. html/ lettre07. htm>

[2]

Ce que Michel Vajou qualifie de middle et back office.

[3]

Les avocats, par exemple, peuvent ainsi soumettre en direct et en ligne les mémoires dans le cadre d’une procédure.

[4]

IMS-L avait conçu une grille information pour le recueil d’information sur la consommation de médicaments, grille dont il refusait de céder la licence à de nouveaux entrants. La Cour européenne, qui lui a enjoint dans un premier temps d’accorder une licence, semble à présent y renoncer.

Résumé

Français

Le congrès Idt/Net 2002 (voir notre numéro précédent, page 100) a été ouvert par une conférence de Jacques Attali sur le thème « Internet et l’éthique de l’économie ». Auparavant, Michel Vajou avait consacré un premier exposé à un examen de l’évolution récente de l’industrie et du marché de l’information électronique professionnelle. Les derniers mois ont vu les grands éditeurs d’information professionnelle partir à la conquête du « poste de travail » de l’utilisateur : l’impact de ce phénomène sur les offres et sur la structuration de l’industrie de l’information était au centre du propos de l’intervenant.

Plan de l'article

  1. Internet et l’éthique de l’économie
  2. Les grands éditeurs à la conquête de la station de travail des clientèles

Pour citer cet article

Battisti Michèle, « IDT/NET 2002. Sous le signe de l'information numérique », Documentaliste-Sciences de l'Information, 4/2002 (Vol. 39), p. 210-212.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2002-4-page-210.htm
DOI : 10.3917/docsi.394.0210


Article précédent Pages 210 - 212 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback