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Documentaliste-Sciences de l'Information

2002/6 (Vol. 39)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.396.0318
  • Éditeur : A.D.B.S.

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LE DEVELOPPEMENT LOCAL est devenu ces dernières années la préoccupation majeure d’un nombre sans cesse croissant d’acteurs ; beaucoup d’initiatives se sont concrétisées puis pérennisées dans une grande variété de « territoires ». Le concept d’intelligence économique s’est affirmé dans le même temps, à la faveur de l’expansion des méthodes et pratiques de l’innovation ; les démarches et outils qui lui sont associés se sont peu à peu imposés dans l’économie française et particulièrement dans certaines opérations de développement local.

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À un public de responsables d’entreprises et de praticiens de l’IE, cette journée d’étude co-organisée par SCIP France et la CCIP entendait présenter les outils et démarches de l’intelligence économique mis au service du développement territorial.

Territoire et stratégie-réseau

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La notion de « territoire » fait appel à plusieurs dimensions – spatiale, historique, administrative, politique, économique, etc. – qui s’enchevêtrent de façon complexe. Un territoire peut être défini comme l’intersection entre un espace physique et un réseau d’acteurs qui y jouent un rôle. Réseau institutionnel sur le plan politique et administratif (élus, fonctionnaires de haut rang, etc.), réseau composé de grandes entreprises, technopoles, managers sur le terrain économique, réseau associatif…

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L’intelligence économique territoriale ne peut donc être réduite à un seul modèle mais peut se traduire par « l’ensemble des actions coordonnées d’intelligence économique conduites par des acteurs publics et privés, marchands et non marchands, localisés dans un territoire, afin d’en renforcer la performance économique ». Elle vise à mettre en synergie les ressources, les potentialités, les savoir-faire et les compétences des différents protagonistes en s’appuyant sur les liens qui fondent le réseau d’acteurs impliqués, ce que l’on peut appeler la stratégie-réseau (stratégie qui consiste à créer, ou le plus souvent à activer, et orienter les liens tissés entre des acteurs au service d’un projet).

Le système productif local

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Des modes spécifiques de développement économique territorial se sont formalisés récemment sous la forme de système productif local (SPL), concept élaboré par la DATAR il y a quatre ans. Il s’agit de créer sur un même territoire des réseaux d’entreprises (dénommés aussi, selon les pays, « districts industriels » ou « grappes d’entreprises ») structurés autour d’un même métier, d’une même spécialité ou d’un même couple produit/marché. Ces entreprises (le plus souvent des PME et des TPE) coopèrent à différents niveaux : partage de l’information ou de la veille technologique ; actions commerciales communes ; mutualisation des investissements ; gestion commune des compétences locales ; relation de cotraitance pouvant aller jusqu’à la production d’un même produit. Ces partenariats ne se limitent pas aux seules entreprises, mais peuvent englober aussi des universités et des centres de recherche par exemple.

Les districts italiens

Au nombre de 199 actuellement, les districts industriels italiens, héritiers d’une longue tradition de coopération à travers les corporations, sont des systèmes territorialisés très élaborés. Spécialisés dans un secteur, leurs activités couvrent l’ensemble du processus productif, de la conception de produits à leur distribution en passant par la production. Les districts travaillent en réseau et utilisent les compétences de nombreux coordinateurs. La proximité des acteurs favorise également la circulation d’informations explicites et implicites.

L’exemple de Ravenne, ville dotée d’une industrie pétrochimique, donc confrontée à la pollution de l’air, illustre parfaitement cette démarche. La situation, qui empirait, a amené les différents acteurs (industriels, associations, administrations, chambres de commerce, de l’industrie, de l’artisanat et de l’agriculture) à rechercher ensemble des solutions. Finalement, Ravenne est devenu un district spécialisé dans la protection de l’environnement, en développant ses compétences en matière de pétrochimie, de décontamination, de biologie, etc.

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La création puis la pérennisation de ce mode d’organisation particulier doivent obéir à certaines exigences : développer une identité collective, se retrouver autour de thèmes communs, améliorer les facteurs de performance collective. L’intérêt d’un tel outil ? L’accroissement de la productivité grâce au partage de l’information et à un accès plus facile à la formation professionnelle ; la stimulation à l’innovation grâce à des liens forts avec la recherche, les TIC, etc. ; la création de nouvelles opportunités de marché ; l’attraction de nouvelles entreprises par un environnement industriel favorable.

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Les pouvoirs publics ont bien entendu un rôle à jouer dans la création et le fonctionnement des systèmes productifs locaux : identification de grappes de petites et moyennes entreprises au niveau régional et national ; apport d’un appui financier aux animateurs ; mise en place d’externalités positives (formation, infrastructures) ; mise en relation de SPL nationaux et étrangers.

Expériences comparées en Europe et dans le monde

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Les retours d’expérience d’autres pays sur l’utilisation de l’intelligence économique comme levier de l’avantage compétitif local se précisent. Ils montrent comment s’opère la coordination des réseaux d’entreprises et des réseaux d’appui au développement, et comment les veilles partagées pilotent les stratégies à la fois des entreprises et des territoires. [Voir aussi le hors-texte ci-dessus]

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Au Canada, des dispositifs régionaux et locaux d’intelligence économique ont été mis en place. Mais des études sur les pratiques des petites et moyennes entreprises canadiennes ont montré un décalage entre la perception de l’intelligence économique et la réalité des actions menées. La création de quatorze centres de veille concurrentielle, financés à hauteur de 50 % par l’État, a cependant permis aux entreprises concernées par le projet de s’approprier la démarche. Enfin, des initiatives ont été prises au sein d’un programme d’assistance à la recherche industrielle pour intensifier la diffusion de la démarche d’intelligence économique au niveau local.

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La pratique de l’intelligence concurrentielle est déjà une réalité au Royaume-Uni en ce qui concerne les grands groupes – les petites et moyennes entreprises en étant encore au stade de l’initiation. Des business links (réseaux d’excellence s’appuyant sur un portail), à destination des PME, ont été mis en place. Ces réseaux territoriaux ont pour mission l’appui et la diffusion de pratiques et d’informations à valeur ajoutée, notamment des fiches pratiques sur le benchmarking et des moyens d’analyse de la concurrence.

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Les systèmes d’information des sociétés japonaises sont nettement orientés vers les modes opératoires de l’intelligence concurrentielle et du risk management, avec une prise en compte accrue de l’innovation et de la recherche et développement. Pour les petites et moyennes entreprises, il existe dans chaque municipalité des centres régionaux d’information, des centres préfectoraux d’appui à projets et des centres de venture capital. Parallèlement, un site propose la cartographie de tous les réseaux d’information, ainsi que l’évaluation des politiques d’appui aux PME.

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Et en France, où en est-on ? Force est de constater un déficit de culture stratégique et concurrentielle dans les entreprises. En revanche, l’enseignement de l’intelligence économique et de la veille est très bien assuré. Des systèmes productifs locaux existent déjà dans le Morbihan et à Cholet, et des programmes sont en cours en Basse-Normandie, Bourgogne, Centre et Franche-Comté. Enfin, les réseaux d’expertises locaux et de diffusion technologique, les agences régionales de développement, les consultants, etc., contribuent à la diffusion des différents outils et pratiques de l’intelligence économique.

La journée d’étude

Au cours de cette journée d’étude présidée par Jean-Pierre Larcher, secrétaire général de SCIP France et animateur du Réseau de développement technologique de Basse-Normandie, se sont succédé les interventions suivantes :

Développement économique territorial : une analyse stratégique par les réseaux d’acteurs, par Christian Marcon, Institut de la communication et des nouvelles technologies de l’Université de Poitiers

Le système productif local, par Paulette Pommier, Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR)

Approche statistique pour le repérage de systèmes productifs locaux, par Odile Bovar, service des études et de la diffusion de la direction régionale Ile-de-France de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE)

Pôles de développement et de spécialités en Ile-de-France : constats et enjeux, par Pierre Bouwyn, service des études du Centre régional d’observation du commerce, de l’industrie et des services (CROCIS)

Intelligence économique et territoire : expériences comparées en Europe et dans le monde, par Philippe Clerc, direction de l’intelligence économique et des TIC de l’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie (ACFCI)

Les districts italiens : une culture de la coopération, par Florence Vidal, consultante

L’intelligence économique pour une meilleure maîtrise de son environnement, par Jean-Marie Mouchel, CRITT Basse Normandie – Cotentin

Veille et développement territorial : quelle est la place de la veille dans la définition d’une stratégie de développement territorial ? par Jean-Luc Firmin et Didier Duquesne, Agence régionale Poitou-Charentes des technologies de l’information (ARANTIS)

La journée a pris fin avec une table ronde sur le thème : Quelle attente des entreprises ? et un débat.

Repérage statistique

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Certaines sources et indicateurs permettent de cerner la présence de SPL éventuels sur un territoire. Le croisement de quatre critères (nombre minimum d’établissements, emploi salarié, densité d’établissements, spécialisation) permet de faire émerger des agglomérations d’établissements industriels. Cette première approche, complétée par des études plus précises, donne des points de repère qui demandent cependant à être affinés.

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En 1997, une enquête s’est attachée à identifier les réseaux d’entreprise dans le secteur des services. Sur cette base, l’INSEE lancera en 2003 une enquête sur les liaisons inter-entreprises dans les secteurs du commerce, de l’industrie, du transport et des services ; l’approche concernera à la fois les fonctions de production, les fonctions commerciales et les fonctions auxiliaires.

La prospective, un outil essentiel

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Le CROCIS (Centre régional d’observation du commerce, de l’industrie et des services) vient de réaliser une étude approfondie sur les pôles de développement et de spécialités qui structurent l’économie en Ile-de-France afin de mettre en évidence les enjeux d’une meilleure compréhension des dynamiques locales. Quatre critères généraux (intensité du lien territorial, poids des concentrations d’entreprises, excellence technique, notoriété), bien qu’assez restrictifs, ont toutefois permis d’identifier quinze pôles dominants dans cette région, dans les secteurs de l’industrie, de l’automobile, des services… Environ dix d’entre eux présentent actuellement des conditions favorables à leur développement tandis que d’autres seront confrontés à de véritables mutations.

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Les enjeux sont évidemment internationaux mais également européens, régionaux et locaux. Une prospective, au-delà des statistiques, est absolument nécessaire car il est plus facile, finalement, de prévoir le futur lointain que de mettre en évidence la trajectoire qui va y conduire. Quatre domaines d’activité déterminants ont été ainsi mis en lumière par cette projection dans le futur : l’environnement, les sciences de la vie, le tourisme et les activités culturelles, les TIC. Des actions appropriées peuvent alors être engagées. Les résultats synthétiques de cette étude sont disponibles sur le site Internet du CROCIS (www. ccip. fr/ crocis), en attendant l’étude de fond qui paraîtra au cours des prochains mois et sera diffusée le plus largement possible.

Quand intelligence économique rime avec développement

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Une action d’intelligence économique menée par un CRITT (Centre régional pour l’innovation et le transfert de technologie) auprès d’un groupement d’entreprises illustre l’apport de celle-ci au développement, dans ce cadre, de l’activité des entreprises impliquées. L’EMA (Ensembliers maîtrise d’ambiance) est un groupement d’entreprises qui existe depuis deux ans, fondé sur les compétences complémentaires de onze entreprises. Celles-ci se sont heurtées à des problèmes très spécifiques qu’elles devaient résoudre en faisant appel à des centres de recherche ou à la formation. Était simultanément exprimé le souhait de développer de nouveaux produits ou services, donc de disposer d’informations sur les nouveaux produits disponibles. Les objectifs de la démarche d’intelligence économique étaient donc de favoriser les synergies entre industrie, recherche et formation, de répondre aux besoins d’information, d’anticiper les projets porteurs de développement.

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Après deux ans, voici quelques exemples de résultats obtenus : création d’un bulletin signalétique, orientation des industriels vers un marché émergent, contrats de partenariat entre organismes de formation et certaines entreprises du groupement, projets de développement de produits en cours, projets d’implantation d’entreprises… Deux écueils sont cependant apparus : les acteurs concernés consomment plus d’informations qu’ils n’en produisent (une récompense pour celui qui fournit le plus d’information qualifiée a permis d’inverser la tendance) ; la prise de décision, même quand on détient l’information, ne semble pas aller de soi.

Le CROCIS

Pour répondre le plus efficacement aux besoins d’information des chefs d’entreprise et aux préoccupations des acteurs économiques de l’Ile-de-France, la Chambre de commerce et d’industrie de Paris a mis en place un centre d’observation spécifiquement consacré à l’économie de la région. Le Centre régional d’observation du commerce, de l’industrie et de services a pour mission de rassembler et traiter les principales données structurelles et conjoncturelles régionales permettant d’analyser les évolutions économiques des différents secteurs et filières d’Ile-de-France, plus particulièrement sous l’angle de la situation de ses entreprises. Sa démarche est fondée sur le double objectif de fournir aux décideurs locaux des outils adaptés et de réaliser des publications comportant des analyses chiffrées, commentées et objectives. <wwww. ccip. fr/ crocis>

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La réalisation la plus récente a consisté à mettre en place une plate-forme de veille stratégique afin d’automatiser la collecte d’information et de créer un outil de pilotage stratégique sur l’ensemble du pôle.

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Le constat que les collectivités utilisaient essentiellement la veille au service du développement économique du territoire a conduit la société Avantis à s’interroger sur la façon dont ces collectivités recouraient à la veille en amont pour définir leur stratégie. Cette étude a porté sur deux départements et quatre « pays «, dans le sens donné à ce mot par la Charte des pays (c’est-à-dire des zones d’activité qui peuvent être implantées sur plusieurs départements ou régions, indépendamment des découpages administratifs). En conclusion, cette étude préconise la mise en place d’observatoires de « pays » qui apporteraient une aide au diagnostic, à la décision et à la mesure des orientations prises. D’autre part, la démarche participative des acteurs, en général bien ancrée, devrait se consolider à travers des réseaux de veille. L’utilisation des outils TIC, auxquels les élus ne semblent pas encore assez sensibilisés, doit être généralisée afin que l’on puisse capitaliser la remontée des informations. Enfin, la création d’un réseau informel entre pays similaires serait hautement souhaitable.

Poursuivre l’effort de sensibsilisation des entreprises

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En conclusion, la question se pose de savoir si les entreprises sont prêtes à ce type de projets. D’aucuns estiment que certaines démarches sont trop intellectuelles et ne correspondent pas à la culture économique des entreprises ; ils considèrent par exemple le système productif local comme une production institutionnelle plutôt que comme une véritable dynamique culturelle émanant des entrepreneurs. Un effort de sensibilisation en direction des entreprises, déjà entamé avec le travail des chambres de commerce et d’industrie, devra sans aucun doute se poursuivre, pour parvenir à une adhésion véritable et totale des entreprises françaises.

Résumé

Français

C’est pour mieux cerner les liens et synergies entre l’intelligence économique et le développement territorial que l’Association française pour la promotion de l’intelligence économique et concurrentielle (SCIP France) et la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP) ont organisé cette manifestation, le 10 octobre 2002 à Paris.

Plan de l'article

  1. Territoire et stratégie-réseau
  2. Le système productif local
  3. Expériences comparées en Europe et dans le monde
  4. Repérage statistique
  5. La prospective, un outil essentiel
  6. Quand intelligence économique rime avec développement
  7. Poursuivre l’effort de sensibsilisation des entreprises

Pour citer cet article

Ferchaud Bernadette, « Journée d'étude SCIP – CCIP. Intelligence économique et développement territorial», Documentaliste-Sciences de l'Information 6/2002 (Vol. 39) , p. 318-321
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2002-6-page-318.htm.
DOI : 10.3917/docsi.396.0318.


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