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Documentaliste-Sciences de l'Information

2002/6 (Vol. 39)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.396.0330
  • Éditeur : A.D.B.S.

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La lecture et ses publics à l’époque contemporaine : essais d’histoire culturelle. Jean-Yves Mollier. Paris : Presses universitaires de France, 2001. – 186 p. – (Le nœud gordien). – ISBN 2-13-052387-0 : 21 €. Où va le livre ? Sous la direction de Jean-Yves Mollier. 2e éd. – Paris : La Dispute, 2002. – 349 p. – ISBN 2-84303-054-4 : 22 €

Deux études sur l’évolution du livre et de la lecture

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À L’ABONDANCE DES ETUDES consacrées depuis quelques années au livre et à la lecture, on peut mesurer l’intérêt et les interrogations que suscite ce secteur culturel en pleine mutation. Deux ouvrages récents, tous deux signés de Jean-Yves Mollier (en collectif pour le second), s’attachent chacun particulièrement, encore que sans exclusive, à l’un des deux aspects permettant d’en appréhender la problématique : la transformation du lectorat d’une part, l’évolution de l’édition et des acteurs de l’industrie du livre d’autre part.

La transformation de la lecture et du lectorat

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Avec La lecture et ses publics à l’époque contemporaine, qui rassemble neuf de ses essais, Jean-Yves Mollier recherche les racines de ce qu’on appelle la « culture de masse », dont il situe l’origine bien avant le XXe siècle. À la lumière de la progression de la lecture, du milieu du XVIIIe siècle au début du XXe, il analyse, en l’ancrant dans l’histoire sociale, le passage de la culture savante et élitaire à la culture partagée par le plus grand nombre, sous l’influence du contexte socio-politique dans lequel il s’effectue. Outil et produit de cette évolution, l’imprimé s’acclimate peu à peu dans la vie quotidienne du XIXe siècle, même si c’est plus lentement en France qu’en pays protestants.

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Sous quelles formes ? Romans, feuilletons, manuels scolaires, bibliothèques, dictionnaires et encyclopédies, presse bon marché, collections – autant de produits dont l’émergence et l’influence sont analysées ici. De l’apparition, au début du XIXe siècle, de la littérature populaire véhiculée dans les illustrés « à quatre sous » à l’essor des outils de diffusion du savoir que sont les manuels scolaires imposés par l’instauration de l’école obligatoire après 1870 s’effectue la profonde mutation sociale et culturelle qui aboutit à nos pratiques actuelles. Les bases matérielles d’une « culture médiatique à vocation nationale » (p. 170) se mettent en place dès avant la Belle Époque, non sans susciter bien des réticences de la part des « inquisiteurs laïcs » (p. 175) craignant la perversion des mœurs.

L’évolution de l’industrie du livre et de ses acteurs

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Où va le livre ?, réédition mise à jour – mais avant la vente de Vivendi Universal Publishing au groupe Lagardère – d’un ouvrage collectif paru en 2000, analyse le système éditorial sous trois aspects : « l’économie du livre » (p. 23-106), « les résistances et les mutations de l’édition » (p. 109-212), enfin « les acteurs du livre » (p. 215-312).

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Après un bref rappel de l’évolution du système éditorial français depuis l’Encyclopédie (on en trouvera une peinture plus développée dans La lecture et ses publics), l’essentiel de la première partie est consacré « aux deux géants du livre français », Vivendi Universal Publishing et Hachette-Livre. On en saluera la conclusion prémonitoire : « Le monde de l’édition […] est engagé frénétiquement dans un mouvement de concentrations, prises de participations, restructurations, de rachats et de reventes sans qu’il soit possible d’en prévoir le terme. » (p. 71). Quant à l’avenir des maisons de taille moyenne, principale cible des deux grands groupes, il semble bien incertain et exigerait une réforme de la distribution du livre, véritable serpent de mer de l’édition. Le sort des librairies indépendantes – elles-mêmes soumises à un processus de concentration accélérée et confrontées à un nouveau produit : le livre électronique - n’en est pas moins fragile. Le tableau dressé par Ahmed Silem, Élisabeth Parinet et Philippe Lane reste sombre.

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Toutefois, des résistances se font jour : l’édition pour la jeunesse, dont le dynamisme et les stratégies sont minutieusement décrites par Jean Perrot ; la « revanche des régions », symbolisée par la réussite d’Actes Sud (Jean-Yves Mollier) ; la diversité des clubs, cercles et autres communautés d’intérêt – qui ne se résument pas au seul France Loisirs – autant de contreforces susceptibles de résister à l’appétit des grands groupes (Alban Cerisier).

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Le troisième ensemble d’analyses concerne les acteurs du livre : lecteurs, bibliothécaires, pouvoirs publics, auteurs. On retiendra essentiellement d’un ensemble déjà très abondamment décrit et commenté par ailleurs (baisse de la lecture, mutation des valeurs, évolution des bibliothèques – jamais appelées « médiathèques » –, débat autour de la BNF) le rappel par Antoine Compagnon (p. 275-294) de la querelle menée vers la fin des années soixante sur « la mort de l’auteur ». Banalisée par la mise en ligne du texte et par les nouvelles formes que prend l’écriture électronique, que devient la notion d’auteur dans le cyberespace aux infinies possibilités hypertextuelles ?

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Roger Chartier, quant à lui, fait l’hypothèse de « la probable coexistence, qui ne sera pas forcément pacifique, entre […] les trois modes d’inscription et de communication des textes : l’écriture manuscrite, la publication imprimée, la textualité électronique » (« Mort ou transfiguration du lecteur », p. 299). Il souligne le rôle essentiel des bibliothèques, non seulement pour mettre à disposition l’écrit traditionnel et pour faciliter l’apprentissage des nouvelles techniques, mais aussi pour « reconstituer autour du livre les sociabilités que nous avons perdues » (p. 310). Il s’agit d’éviter « un clivage net entre les serfs du XXIe siècle, face aux seigneurs de la navigation sur les écrans » (p. 323).

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Un index des éditeurs et acteurs du livre et une abondante bibliographie thématique, à vaste spectre, complètent cette étude dont les interrogations sont autant de thèmes de réflexion pour ses lecteurs.

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Claire Guinchat

Développer un fonds de référence en bibliothèque : imprimés, cédéroms, sites Internet. Sous la direction de Annie Béthery ; avec la collaboration de Yves Alix, Michel Béthery, Françoise Brunaud, et al.. 5e éd. – Paris : Électre-Éditions du Cercle de la librairie, 2001. – 571 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 2-7654-0821-1 : 42 €

Mise à jour et extension d’un outil indispensable

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ON NE PRESENTE PLUS ANNIE BETHERY qui, pour la cinquième édition de cet ouvrage purement bibliothéconomique, a réuni une dizaine de spécialistes de la Bibliothèque nationale de France et de la Ville de Paris, de professionnels exerçant en bibliothèques universitaires ou spécialisées ou encore en centres de formation. Le résultat est un ensemble conséquent qui présente plus de 2.500 titres récents de documents imprimés, de cédéroms, de bases de données et de sites Internet.

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Une des difficultés majeures à laquelle est confrontée une bibliothèque ou un centre de documentation est la constitution d’un fonds cohérent, pertinent, susceptible de répondre aux besoins d’usagers et de professionnels exigeants. Pouvoir recourir à un ouvrage de référence comme celui-ci est donc précieux, tant les choix à opérer s’avèrent souvent complexes au vu de la masse des parutions professionnelles. Il va sans dire que ce type d’ouvrage ne se lit pas, mais se consulte en s’aidant des index. Il permet de faire des choix et des sélections.

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La répartition choisie est thématique et va du général (dictionnaires, encyclopédies, ouvrages de références, etc.) au particulier (ouvrages présentés par spécialités). Des notices bibliographiques complètes, agrémentées de courtes analyses des ouvrages référencés, en font un outil facile à consulter et d’une grande utilité. Une différence importante à signaler par rapport aux éditions précédentes est la prise en compte, désormais indispensable, des nouveaux supports technologiques. Là aussi, le choix présenté est conséquent, chaque source étant analysée avec soin et sérieux.

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Ce type d’ouvrage est un outil de base pour le développement d’un fonds de référence ou pour sa mise à jour. Il est donc à conseiller sans hésitation.

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Jean-Philippe Accart

Ougarit : répertoire Internet des sites documentaires francophones. Nicolas Baghdadi, Naomi Suzuki. Paris : Pages Inédites Éditions, 2001. – XII-339 p. – ISBN 2-913345-56-5 : 73,18 €

Un répertoire utile mais perfectible

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SI INTERNET EST DEVENU L’INSTRUMENT MAJEUR de la recherche documentaire, l’utilisateur final a besoin d’un guide pour se repérer dans ce cyberespace et trouver ou retrouver les informations dont il a besoin. C’est ce guide que les auteurs proposent avec OUGARIT, répertoire de sources principalement produites, en l’occurrence, par les francophones. Le titre, précisent-ils, est choisi comme un symbole : Ougarit est une cité antique détruite et oubliée de la Méditerranée orientale, où furent découverts le premier alphabet et l’une des premières bibliothèques de l’humanité.

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Ce répertoire recense 825 organismes documentaires francophones, 76 catalogues collectifs et plus de 4.000 adresses électroniques. Les critères de sélection sont : francophonie et nature de l’organisme documentaire (cités dans le titre) auquel il convient d’ajouter les conservatoires, les musées, les organismes de formation (les universités occupent une place prépondérante), des instituts et des laboratoires de recherche… N’apparaissent donc pas, dans cet ouvrage « les sites qui présentent des difficultés de connexion » (les auteurs n’en disent pas plus sur la nature de ces difficultés), mais pas non plus les associations professionnelles et, sauf pour Pathé archives, les organes privés ; ce que met bien en évidence l’Index final des organismes documentaires.

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Le mode d’utilisation de cet outil est clairement explicité. Une première partie est consacrée aux catalogues et répertoires collectifs, aux archives et bibliothèques nationales sur Internet dans le monde. Catalogues et répertoires sont accompagnés d’un descriptif extrêmement bref. Mais la lecture de cette première partie réserve aux lecteurs quelques surprises. L’Unesco, par exemple, fait l’objet de deux entrées : l’une à « France », où sont regroupés les sites en France, et l’autre à « International » pour l’aspect archivistique. Trente-sept archives et bibliothèques nationales sont recensées parmi lesquelles, en Europe, celles des îles Féroé mais pas celles de la Finlande ; celles de la Hongrie mais pas de la Pologne… Cela signifie-t-il que les pays non cités n’ont pas d’instances nationales ? Ou que ces instances n’offrent pas de sites Internet ? Les auteurs restent silencieux sur ces absences.

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La deuxième partie de ce répertoire, la plus importante (p. 15-213), présente les fiches analytiques des organismes classées par pays et par ordre alphabétique. Chacune d’entre elles est introduite par un code précédé des trois premières lettres du nom du pays et non de l’abréviation d’usage international. Ainsi le code de l’Allemagne devient ALL et non DE. Les États-Unis deviennent ETA… et la Suisse SUI. À ce niveau-là, le choix des auteurs, motivé par une plus grande cohérence dans le classement alphabétique, surprend. Non seulement parce que la codification internationale existe mais par la contradiction qu’il révèle : vouloir offrir un outil de recherche sur Internet, pour favoriser les échanges, en créant ses propres normes…

Un paradoxe de notre temps

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Dans chaque fiche sont fournies tout un ensemble d’informations pratiques : adresses, nom des responsables, conditions du prêt, etc., et des informations documentaires : nature de l’institution recensée, domaine couvert, etc. Sur ce dernier point, le répertoire des spécialités qui suit (p. 217-309) est une aide précieuse pour l’utilisateur de cet outil. Il permet de se repérer dans les contenus pour l’ensemble des sites recensés. Mais il ne fait pas l’objet d’un index spécifique, sorte de thésaurus qui eût été bien utile pour trouver, par exemple, que les dictionnaires sont rangés à la rubrique « terminologie », qu’« actualité » est rangée à « presse », etc. Et inversement on peut s’interroger sur la pertinence de trois index qui clôturent ce répertoire : index des noms propres et fonds spéciaux, des villes, des responsables et des adresses électroniques professionnelles. Dans un cyberespace où les auteurs ont bien raison de relever « une extrême fluctuation », ces derniers index étaient-ils vraiment utiles ?

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« Qualitativement et quantitativement, déclarent les auteurs avec un brin de naïveté, les établissements contenus dans OUGARIT font que cet ouvrage, qui oriente ses lecteurs vers les sources d’information francophones les plus importantes de la planète, ne souffre aujourd’hui d’aucune concurrence et demeure le seul outil de travail dans son domaine. » Cette déclaration d’autosatisfaction prouve la jeunesse des auteurs de ce répertoire qui, très gentiment mais sans aucune démarche scientifique rigoureuse, livrent un bookmark qui peut apporter une réelle assistance à l’internaute, débutant ou non. Un répertoire qui alimente un paradoxe de notre temps : le besoin d’un document imprimé pour dire l’importance de l’incontournable document numérique dans la recherche documentaire sur Internet.

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Marie-France Blanquet

Guide d’analyse documentaire du son inédit pour la mise en place de banques de données. Bénédicte Bonnemason, Véronique Ginouvès, Véronique Pérennou. Saint-Jouin-de-Milly (79380) : Modal (diff. FAMDT, 90 rue Jean-Jaurès, BP 136, F-79204 Parthenay Cedex), 2001. – 186 p. – ISBN 2-910432-29-7 : 30 €

Une étude pratique et précise du document sonore inédit

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« DANS UNE SOCIETE où la mémoire orale demeure fragile, fugace et en péril, le document sonore doit voir sa place », déclarent les auteures de ce guide. Même si l’oralité est à présent passée au second plan, elle marque pourtant profondément nos sociétés occidentales. C’est pourquoi les archives orales doivent pouvoir être repérées, analysées et comparées aux autres documents comme l’image et l’écrit. Tel est le but de cet ouvrage, un outil qui permettra au lecteur de découvrir comment analyser et traiter des phonogrammes inédits. Déjà publié en 1994, ce livre est réédité aujourd’hui parce que l’intérêt pour les phonothèques s’accroît et parce qu’il existe très peu de travaux (la bibliographie donnée au terme de l’introduction en témoigne !) sur ce sujet très particulier : le son inédit. Il reparaît enrichi de nouvelles expériences et surtout en prenant en compte les innovations technologiques.

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Dans l’introduction (p. 7-26), les auteures expliquent l’historique du projet concrétisé dans ce manuel, les circonstances de la mise en place d’une commission Documentation au sein de la Fédération des associations de musiques et danses traditionnelles (FAMDT), chargée de coordonner les travaux d’associations très diverses mais réunies par un dénominateur commun : la possession de fonds ethno-musicologiques. Au sein des ces associations, les collecteurs chercheurs interviennent dans la constitution d’un patrimoine oral.

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Pour eux, le témoignage oral et les archives sonores sont des documents scientifiques que les documentalistes doivent traiter en s’adaptant à la spécificité de ce type de documents, pour le support comme le contenu. C’est pourquoi il importe de définir très clairement ce qu’est un enregistrement sonore inédit, caractérisé, entre autres, par son unicité. Les normes ISBD (NBM) et le format UNIMARC, adaptés (l’annexe 7 explicite cette adaptation), permettent de décrire le document sonore et de constituer des réseaux d’échanges entre phonothèques. Par ailleurs, la création d’une base de données sonores se fait à deux niveaux : le premier regroupe les informations communes à l’ensemble du document quand le second concerne chacune de ses informations, élément signifiant extrait du document sonore ou « item ». (L’annexe 8 récapitule ces champs illustrés de nombreux exemples.)

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Avec l’introduction, s’arrête la lecture linéaire de cet ouvrage. Car, par la suite, les auteures donnent des exemples de documents sonores catalogués, extraits de différentes banques de données (p. 27-42). Elles proposent un guide pour la saisie des bordereaux (p. 43-63) qui détaille chaque champ retenu accompagné de leur notice d’utilisation. Il en va de même pour les règles de graphie. Huit annexes permettent de concrétiser encore davantage ce que représente le traitement documentaire du son édité (annexe 3) et du son inédit.

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Ce manuel guide intéresse en priorité les professionnels de l’information qui œuvrent dans des photothèques ou des médiathèques, comme les auteures. Il peut également jouer un rôle d’initiation pour des documentalistes qui ont ou pourraient avoir à traiter des documents sonores. Ce travail les aidera à se lancer dans l’aventure du sonore. Aux enseignants, aux étudiants et aux professionnels de l’information sur le terrain, cette étude précise et pratique dédiée au son rappellera opportunément que le monde de la documentation ne se limite pas, ne peut pas se limiter au seul document textuel écrit.

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Marie-France Blanquet

Les données publiques et le droit. Jean-Michel Bruguière ; préface de Michel Vivant. Paris : Litec, 2002. – X-208 p. – ((Droit@ Litec). – ISBN 2-7111-3388-5 : 29 €

Les multiples facettes de l’information publique

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ALORS QU’UNE DIRECTIVE EUROPEENNE sur la diffusion des données publiques doit être prochainement adoptée et ensuite transposée en droit français, cet ouvrage apporte un éclairage utile sur les règles qui pourraient être fixées en la matière.

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La donnée publique est assurément « une richesse économique et sociale fortement convoitée » – d’où l’intérêt d’une telle étude. C’est aussi une donnée complexe, à la fois un bien, un service et une liberté. Elle requiert, pour bien en saisir toutes les nuances, une analyse minutieuse ; elle exige la maîtrise de concepts juridiques mais aussi économiques. Un exercice remarquablement accompli dans cet ouvrage par Jean-Michel Bruguière.

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La première partie a naturellement pour objectif de cerner la notion complexe de « donnée publi-que », en rappelant les diverses typologies des produits et des producteurs qui ont pu être proposées. L’approche est complexe car la donnée publique, qui ne représente généralement qu’un sous-produit de l’activité de l’administration, peut aussi être l’objet même des missions confiées à certains agents publics, comme l’INSEE, la direction des Journaux officiels ou l’INPI. Trois exemples très différents choisis pour présenter les caractéristiques de chacun d’entre eux. Sont ensuite rapidement exposés les modes de collecte des données et leur nature (elles peuvent porter aussi bien sur les personnes physiques ou morales que sur les biens), puis le traitement des données brutes avec plus-values technique, intellectuelle et documentaire.

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La deuxième partie, plus longue, analyse la multitude de droits susceptibles de s’appliquer à la donnée publique. Ils peuvent concerner en effet, lorsqu’il s’agit du droit de la personne, les multiples aspects des droits au secret ainsi que les droits d’accès – ce dernier point permettant à l’auteur de préciser la signification réelle de ce concept. Tous ces droits sont analysés au regard du droit de la propriété (dans l’acception de propriété sur ses propres données personnelles – ce qui entraîne une analyse de la notion de « données sensibles » et de l’application éventuelle d’un droit d’auteur), des droits de la personnalité et des libertés publiques, et du droit de la fiscalité lié à la notion d’« impôt informationnel ».

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Lorsqu’on parle des droits propres aux producteurs, c’est le droit de l’assurance, celui de la responsabilité civile et pénale, mais aussi le droit de la propriété intellectuelle qui doivent être évoqués. C’est cette dernière notion qui est reprise dans cet ouvrage. La question est de savoir si l’on peut reconnaître ou non un droit d’auteur de l’État, ce qui pose un problème particulier en France en raison, comme l’affirme J.-M. Bruguière, de « l’impasse de la loi », du « silence du juge » et de l’« absence d’imagination de la doctrine ». Cette question méritait bien une analyse complète, faisant appel au droit comparé, évoquant divers textes officiels, des décisions déjà prises, des théories contradictoires et des appréciations critiques.

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Suit une analyse de la portée des droits que l’opérateur public serait susceptible d’alléguer. Dans un souci de rigueur, l’auteur adopte tour à tour une approche négative excluant de la protection les données brutes et les données officielles, puis une approche positive reprenant cette incontournable notion de valeur ajoutée en considérant les notions de plus-values technique, intellectuelle, et documentaire. Cette dernière est l’occasion d’une évocation rapide de l’impact de la directive sur les bases de données, transposée depuis plusieurs années en France.

La question de la diffusion des données publiques

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Quant à la troisième partie, qui représente plus de la moitié de l’ouvrage, elle aborde le point le plus délicat sans doute, puisqu’il fait toujours l’objet de débats : celui de la diffusion qui, comme cela est rappelé à plusieurs reprises, doit être dissociée de la notion d’accès (qui implique une action volontariste) ou de la commercialisation, trois aspects qui font chacun l’objet d’une analyse particulière. Sur ce plan aussi le recours au droit comparé devait être envisagé puisque d’autres États – en l’occurrence dans le monde anglo-saxon – ont adopté des règles claires et des mécanismes souples pouvant servir d’exemple.

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Les débats sur la diffusion concernent naturellement le droit public. Il s’agit d’examiner alors son impact sur les libertés publiques. Sur ce point, la thèse qui se fonde sur les lois régissant l’accès pour arguer d’un droit à la commercialisation des données publiques est critiquée par l’auteur, le droit d’accès étant un droit de l’homme qui représente un accès intellectuel différent de l’usage économique. Regrettant ensuite la confusion qui avait été faite, dans le texte du projet de loi sur la société de l’information (aujourd’hui caduc), entre l’accès et la diffusion, il recommande, pour régler les activités économiques exercées à partir de l’information publique, de s’appuyer plutôt sur le droit de la concurrence.

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La notion de service public évoquée ensuite est abordée au regard de la notion de liberté du commerce et de l’industrie et de celle de non-concurrence. Dans ce cadre sont examinées la notion d’intérêt général et la place du secteur public par rapport à l’initiative privée, point illustré dans cet ouvrage par la mise en place du service public des bases de données juridiques. L’auteur met l’accent sur la place que tient le service public dans le contexte politique actuel, puisqu’il est le seul à même de pallier les risques d’« écrémage commercial » et de maintenir un patrimoine d’informations.

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La question de la diffusion donne lieu aussi à des débats impliquant le droit privé, en l’occurrence surtout le droit de la concurrence. L’analyse qui est faite met en avant le principe d’égale concurrence – plutôt que celui de non-concurrence –-, qui suppose simplement l’absence d’abus de position dominante. Pour clarifier cet aspect et pour illustrer les difficultés rencontrées à préserver les valeurs sociales, comme la sécurité ou les données personnelles ou la notion de concurrence abusive, trois affaires – Météo France, France Télécom et Shom – font l’objet d’une présentation particulièrement détaillée. La complexité d’une telle analyse exigeait sans doute que l’on poursuivît par une étude économique pour présenter la thèse libérale, mettant l’accent sur la valeur ajoutée, puis la thèse sociale, insistent sur la notion de patrimoine et de choix politique.

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Pour compléter ce chapitre sur la diffusion, les techniques de diffusion sont abordées. L’auteur a choisi de ne mettre l’accent que sur certains aspects liés notamment à la tarification. C’est la notion de gratuité qui est alors évoquée, et son application éventuelle à certains types d’informations, après la démonstration que, techniquement et juridiquement, l’information publique peut être payante. Quant aux modalités financières, elles doivent s’appuyer sur l’analyse des coûts marginaux dont l’application est scrupuleusement détaillée. Enfin, les problèmes posés par certaines clauses du contrat sont abordés en fin d’ouvrage au regard de la notion de licence obligatoire ou volontaire. Éludant les possibilités offertes par les systèmes de « click and use » adoptés surtout par les Anglo-saxons, ce sont principalement les notions de mise à disposition et de responsabilité que développe l’auteur.

D’appréciables grilles de lecture d’une problématique très complexe

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Cet ouvrage très complet aborde les multiples facettes de l’information publique, comme l’annonce son sous-titre : « propriété des données, liberté d’accès, diffusion, commercialisation, concurrence entre opérateurs publics et privés ». Il reprend l’ensemble des textes juridiques de référence en la matière, les analyse, sans négliger les applications faites à l’étranger (en l’occurrence surtout dans le monde anglo-saxon), et en outre prend position face aux différentes alternatives présentées. Il expose des situations complexes de la manière la plus claire, la plus complète et la plus équilibrée possible, nous semble-t-il, et fournit ainsi des grilles de lecture appréciables.

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Tout au plus pourrait-on regretter l’absence d’un épilogue qui reprendrait certains éléments en esquissant des perspectives. L’absence aussi d’un récapitulatif des textes juridiques, nombreux, qui ont été cités tout au long des chapitres – une petite plus-value documentaire qui aurait rendu service. Des lacunes sans aucune conséquence car cet ouvrage nous paraît réellement indispensable à tous ceux qui s’intéressent à la mise à disposition des données publiques. Ils seront nombreux, car ces données couvrent tous les secteurs de la vie économique et sociale.

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Michèle Battisti

Les portails d’entreprise : conception et mise en œuvre. Sous la direction de Jean-Louis Bénard. Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2002. – 204 p. – (Nouvelles technologies informatiques). – ISBN 2-7462-0365-0 : 40 €

Un livre sur les portails technique mais éclairant

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« LE PORTAIL D’ENTREPRISE, remarque Jean-Louis Bénard, constitue un réel outil de création de valeur au sein de l’entreprise ». Mais le concept de portail est d’une approche difficile car l’offre est brouillée par la multiplicité des acteurs et des solutions en tout genres qui troublent « la compréhension claire de la nature du portail, de sa valeur ajoutée et de l’approche à adopter pour mettre en place une solution efficace ». C’est la raison d’être de ce livre élaboré par l’ensemble des équipes de Business Interactif dirigé par J.-L. Bénard et découpé en quatorze points. Rappelons que cet ouvrage a obtenu le prix de l’Info-livre lors du congrès Idt/Net 2002.

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Le chapitre 1 (« Le portail : définitions et positionnement », p. 14-24) propose une définition de synthèse du portail en s’appuyant sur les problématiques liées à cet outil et le situe par rapport aux concepts qui lui sont associés tels que, par exemple, la gestion de contenu, le travail collaboratif, le knowledge management… Ces concepts sont repris dans les chapitres suivants en vue d’une analyse plus fine de leurs relations avec le portail d’entreprise. C’est ainsi que le chapitre 2, « Gestion de l’information » (p. 25-37), précise les types d’information adressés au portail et la manière dont celui-ci les gère, c’est-à-dire les identifie, les collecte, les traite et les diffuse. Mais la « Segmentation du marché », (chapitre 3, p. 39-59), fait apparaître plusieurs catégories de portails fondées sur les différentes catégories d’utilisateurs : l’entreprise, le client, l’employé.

Une avancée venue des États-Unis

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Abordé jusqu’ici sous l’angle fonctionnel, le portail est étudié dans les chapitres suivants sous un angle technique. Le chapitre 4 (p. 61-79) traite, en effet, des « Architectures technologiques des portails ». Le lecteur y découvre la notion de briques, objet des chapitres 5 et 6 (p. 81-109). Les « Briques classiques » du portail, communes à tout type de portails comme notamment l’annuaire ou le moteur de recherche sémantique, et les « Briques spécifiques » qui apportent au portail non pas sa structure ni ses fonctionnalités de base, mais véritablement son contenu, qu’il soit informatif, décisionnel ou applicatif. La sécurité (chapitre 7, p. 111-130) est un des besoins principaux sous-jacents à tout projet de portail. Son expression et sa prise en compte dès le début de la mise en place constituent donc une étape importante examinée dans le chapitre 8, « Expression des besoins » (p. 131-138). Cette étape sert de base à la bonne marche future du projet. En particulier, toute la méthodologie de mise en place et de suivi du projet, traitée dans le chapitre 9 (p. 139-151), en dépend.

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La mise en œuvre d’un portail d’entreprise a de nombreuses répercussions sur l’organisation de celle-ci. Ces impacts sur l’organisation sont d’ordres culturel, organisationnel et opérationnel et font l’objet du chapitre 10 (p. 153-158). La création d’un portail d’entreprise constituant un projet complexe, il importe d’identifier les « Facteurs-clés de succès » et les écueils à éviter (chapitre 11, p. 159-165) et d’en mesurer la rentabilité (chapitre 12, p. 167-176). Pour cela, le chapitre 13 (p. 177-198) propose avec le « Marché des portails » un panorama des solutions existantes quand le chapitre 14 (p. 199-202) conclut avec « Bilan et projections » sur l’évolution de ce marché.

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Ce livre très technique et qui reste très théorique malgré les exemples apportés par les auteurs intéressera le professionnel de l’information appelé à participer à la mise en place d’un portail d’entreprise. Cette étude lui permettra notamment de comprendre un certain nombre de termes, souvent issus de l’anglais, qui apparaissent dans la littérature professionnelle du documentaliste : datamining, datawarehouse, groupware, workflow, etc. La bibliographie confirme que cette avancée technologique arrive bien des États-Unis. Cependant, sur ce point, le lecteur regrettera que les auteurs ignorent les publications françaises et en français concernant les portails, et celles qui montrent que ces nouveaux outils font aussi partie des préoccupations des acteurs appelés à les créer ou à les utiliser, comme c’est le cas des professionnels de l’information.

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Marie-France Blanquet

La stratégie-réseau : essai de stratégie. Christian Marcon, Nicolas Moinet. Paris : Éditions 00h00, 2000. – 235 p. – (Coll. Stratégie). – ISBN 2-7454-2140-9 : 15,10 € (version imprimée) ; 8,99 € (version numérique PDF) Disponible sur Internet à l’URL : www. 00h00. com

Intelligence économique et culture de réseaux

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LES AUTEURS DE CET OUVRAGE sont enseignants-chercheurs à l’Institut de la communication et des nouvelles technologies (ICOMTEC) de l’Université de Poitiers. L’orientation de C. Marcon et N. Moinet est fortement imprégnée des sciences économiques et des sciences de l’information, ce qui donne à leur écrit un ton particulier et nouveau par rapport à ce qui est publié généralement sur les réseaux. Même si leur livre date de 2000, il reste d’actualité par bien des aspects. Un des axes fortement mis en avant est en effet l’intelligence économique en relation avec la culture de réseaux.

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La première impression qui se dégage à la lecture de cet ouvrage est la clarté du propos, la mise en perspective de plusieurs disciplines et le souci de s’adresser à des publics de niveaux différents, que ceux-ci soient décideurs, praticiens, chercheurs, étudiants ou citoyens. On est tenté d’écrire : enfin un livre abordable et plein d’intérêt sur les réseaux et leur stratégie, évitant le piège d’un langage ardu, peu accessible ou trop technique !

Plusieurs niveaux de lecture

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La notion de stratégie-réseau est expliquée principalement sous deux angles. Le premier est la conception française, avec la définition suivante : « Elle consiste à créer ou activer et orienter les liens tissés entre des acteurs dans le cadre d’un projet. » Le second angle est anglo-saxon : « La notion de réseau induit celle de projet commun autour duquel se fédèrent des acteurs travaillant ensemble pour former un système, un dispositif intelligent. » Très proches, ces deux définitions se complètent et s’enrichissent, la seconde étant plus large et, à notre sens, la plus intéressante car elle introduit la notion de dispositif. Selon les auteurs, le réseau d’acteurs est un instrument stratégique et la dynamique de la stratégie-réseau est à analyser – ce qu’ils entreprennent brillamment.

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L’ouvrage commence par la présentation de cette stratégie-réseau. Les réseaux électroniques que nous connaissons actuellement bouleversent en profondeur notre vie quotidienne et la société dans son ensemble. Cette révolution technologique ne doit cependant pas masquer qu’elle repose essentiellement sur des hommes, des organisations qui développent « une culture des réseaux » et dessinent « la carte des voies stratégiques possibles et impossibles ». L’exemple pris à titre d’illustration est celui du Japon et de l’intelligence stratégique.

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Qu’est-ce qui fonde stratégiquement un réseau ? Deux termes en sont les maîtres mots : engagement et contrôle. L’exemple d’un réseau de petite dimension est intéressant dans la mesure où il induit un engagement fort des acteurs impliqués, avec une marge d’initiative cependant limitée. Un deuxième exemple, celui du réseau de grande taille, présente l’avantage d’un ancrage fort et la difficulté inhérente de mobilisation de ses membres. Qui dit réseau dit stratégie à développer : certains y voient la possibilité de manœuvres individuelles ; mais la stratégie donne au réseau une force de frappe certaine, dans un champ d’action délimité.

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Le lecteur est invité à prendre lui-même le chemin de la stratégie-réseau : en étudiant tout d’abord son propre réseau relationnel ; puis en dressant une cartographie des réseaux d’organisation dans le champ d’action qui l’intéresse ; enfin en déterminant les réseaux vers lesquels il doit développer « une intention stratégique ». Des conseils fort utiles pour le management en réseau viennent compléter la démonstration.

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L’ensemble de cet ouvrage est très cohérent, d’une construction maîtrisée, et fait appel à de nombreux exemples de réseaux. Le lecteur trouvera également des schémas, des encadrés synthétiques et une bibliographie conséquente qui mérite attention.

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La lecture est possible à plusieurs niveaux – soit professionnel, soit individuel – complémentaires l’un de l’autre. On ne saurait trop conseiller cet ouvrage aux professionnels de l’information qui trouveront là matière à réflexion, et surtout des pistes pour mieux comprendre leur environnement.

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Jean-Philippe Accart

Les figures sociales du client. Dossier coordonné par Franck Cochoy. Numéro de : Sciences de la société, ISSN 1168-1446, mai 2002, n° 56

Des pistes de réflexion intéressantes pour nos métiers

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DOUTANT QU’UN CENTRE DE DOCUMENTATION prenne l’initiative de se procurer ce dossier tout à fait captivant mais qui ne concerne pas explicitement le secteur de l’information, nous souhaitons présenter plusieurs questionnements qui intéressent directement notre profession dans la mesure où c’est la relation de service qui est ici analysée, à partir d’exemples empruntés à d’autres milieux.

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Un mot, d’abord, sur le titre. La « figure du client » renvoie en réalité à une diversité de situations qui concernent aussi bien l’usager que le citoyen. Que ce soit l’un ou l’autre, le client se trouve engagé dès la conception du produit puisque c’est à lui qu’est destiné celui-ci. Mais il s’agit d’une construction, d’une représentation de ce client que se font les concepteurs du produit. Qu’elle soit construite intuitivement ou qu’elle fasse l’objet d’études, cette représentation ne pourra jamais traduire l’épaisseur de la réalité ni la diversité des comportements, mots ou gestes de celui qu’on appelle usager et qui correspond en réalité à un comportement moyen établi à partir d’individus concrets.

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L’introduction de ce dossier, qui constitue une excellente synthèse des questions actuelles concernant l’usager, va jusqu’à parler de « domestication » du client. Tout d’abord en amont, pour le faire entrer dans des catégories construites au préalable avant de les utiliser pour développer un service censé lui correspondre. En aval, cette figure sert à établir une relation de service régulière, basée en grande partie sur la confiance et la personnalisation, au moment où le client est attiré par des services concurrents, ce qui est bien le cas des services d’information.

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Il est donc intéressant de réfléchir en terme d’identité, et de voir comment le client se perçoit lui-même, et se sent (ou non) à l’aise dans la catégorie dans laquelle il a été intégré. Le fait qu’il puisse appartenir à plusieurs catégories, selon son activité principale, ses loisirs ou son statut, soulève de nombreuses difficultés aux concepteurs qui ont besoin de s’appuyer sur des cibles relativement stables. Que dire, également, de la perception, a priori, des compétences du client pour qu’il utilise « au mieux » le service qui lui est proposé ? Il ne se comportera pas nécessairement comme on l’a prévu, ce que les documentalistes expérimentent, par exemple, dans l’utilisation d’une banque de données.

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L’un des intérêts de ce dossier réside en effet dans l’étude des conséquences de l’évolution actuelle qui transforme l’usager, longtemps captif, en consommateur extrêmement mobile face à une offre de plus en plus diversifiée. Cette mobilité pose problème au prestataire. Son comportement aléatoire le rend de plus en plus difficile à enfermer dans une catégorie, il s’échappe en permanence des conclusions élaborées par les bureaux marketing. N’est-ce pas ce à quoi nous sommes dorénavant confrontés, notamment avec l’accès direct à des ressources d’information ? Comment transformer les enquêtes de satisfaction, les études de marché, tous ces outils dont se sont dotés progressivement les prestataires pour suivre (traquer ?) l’usager dans son comportement quotidien, en dehors du centre de documentation, et dégager des profils qui ne sont souvent que des moyennes ? Jusqu’où peut-on aller dans la personnalisation ?

La place du client dans l’organisation

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La seconde idée force de cette livraison est la place qu’on fait occuper au client dans l’organisation même de l’entreprise. Le mettre au centre de l’organisation, comme le martèlent les discours actuels, part du postulat que le service doit s’adapter au client et non l’inverse. Celui-ci peut alors servir d’« argument brandi par le management » pour se faire obéir ou pour gagner en efficacité.

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Cela évoque une situation bien connue en documentation, qui oscille en permanence entre les contraintes spécifiques du back-office, lieu de préparation du service, et celle du front-office, où s’effectue la relation avec le client. Aujourd’hui, « le travail documentaire » tend, avec les réseaux, à devenir transparent pour l’usager. Par quels biais les producteurs, devenus « invisibles », peuvent- ils alors valoriser l’activité documentaire ? Cela demande de réfléchir aux transformations de la relation directe, qui est le propre des métiers de service.

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Plusieurs articles, enfin, traitent plus spécifiquement de la contradiction entre les discours sur les clients et l’organisation du travail mise en place pour répondre concrètement à leurs attentes, transmises au moyen des outils marketing ou des services consommateurs ou hot-line. Les auteurs vont jusqu’à constater la « surdité relative du management au discours du client réel ». Le slogan sert alors essentiellement à rationaliser l’organisation, en exigeant parfois davantage du personnel, plutôt qu’à améliorer le service.

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Il y a là, nous semble-t-il, de nombreuses pistes de réflexion fort intéressantes pour nos métiers.

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Brigitte Guyot

Titres recensés

  1. La lecture et ses publics à l’époque contemporaine : essais d’histoire culturelle. Jean-Yves Mollier. Paris : Presses universitaires de France, 2001. – 186 p. – (Le nœud gordien). – ISBN 2-13-052387-0 : 21 €. Où va le livre ? Sous la direction de Jean-Yves Mollier. 2e éd. – Paris : La Dispute, 2002. – 349 p. – ISBN 2-84303-054-4 : 22 €
    1. Deux études sur l’évolution du livre et de la lecture
      1. La transformation de la lecture et du lectorat
      2. L’évolution de l’industrie du livre et de ses acteurs
  2. Développer un fonds de référence en bibliothèque : imprimés, cédéroms, sites Internet. Sous la direction de Annie Béthery ; avec la collaboration de Yves Alix, Michel Béthery, Françoise Brunaud, et al.. 5e éd. – Paris : Électre-Éditions du Cercle de la librairie, 2001. – 571 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 2-7654-0821-1 : 42 €
    1. Mise à jour et extension d’un outil indispensable
  3. Ougarit : répertoire Internet des sites documentaires francophones. Nicolas Baghdadi, Naomi Suzuki. Paris : Pages Inédites Éditions, 2001. – XII-339 p. – ISBN 2-913345-56-5 : 73,18 €
    1. Un répertoire utile mais perfectible
      1. Un paradoxe de notre temps
  4. Guide d’analyse documentaire du son inédit pour la mise en place de banques de données. Bénédicte Bonnemason, Véronique Ginouvès, Véronique Pérennou. Saint-Jouin-de-Milly (79380) : Modal (diff. FAMDT, 90 rue Jean-Jaurès, BP 136, F-79204 Parthenay Cedex), 2001. – 186 p. – ISBN 2-910432-29-7 : 30 €
    1. Une étude pratique et précise du document sonore inédit
  5. Les données publiques et le droit. Jean-Michel Bruguière ; préface de Michel Vivant. Paris : Litec, 2002. – X-208 p. – ((Droit@ Litec). – ISBN 2-7111-3388-5 : 29 €
    1. Les multiples facettes de l’information publique
      1. La question de la diffusion des données publiques
      2. D’appréciables grilles de lecture d’une problématique très complexe
  6. Les portails d’entreprise : conception et mise en œuvre. Sous la direction de Jean-Louis Bénard. Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2002. – 204 p. – (Nouvelles technologies informatiques). – ISBN 2-7462-0365-0 : 40 €
    1. Un livre sur les portails technique mais éclairant
      1. Une avancée venue des États-Unis
  7. La stratégie-réseau : essai de stratégie. Christian Marcon, Nicolas Moinet. Paris : Éditions 00h00, 2000. – 235 p. – (Coll. Stratégie). – ISBN 2-7454-2140-9 : 15,10 € (version imprimée) ; 8,99 € (version numérique PDF) Disponible sur Internet à l’URL : www. 00h00. com
    1. Intelligence économique et culture de réseaux
      1. Plusieurs niveaux de lecture
  8. Les figures sociales du client. Dossier coordonné par Franck Cochoy. Numéro de : Sciences de la société, ISSN 1168-1446, mai 2002, n° 56
    1. Des pistes de réflexion intéressantes pour nos métiers
      1. La place du client dans l’organisation

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 6/2002 (Vol. 39), p. 330-338.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2002-6-page-330.htm
DOI : 10.3917/docsi.396.0330


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