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Documentaliste-Sciences de l'Information

2003/2 (Vol. 40)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.402.0118
  • Éditeur : A.D.B.S.

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LES AVANCEES DES TECHNOLOGIES confrontent les praticiens de l’information-documentation à deux problèmes récurrents : comment être reconnus à leur niveau de compétence ? Comment faire progresser la profession ? De son côté, la recherche en sciences de l’information, dans sa composante documentation, se heurte au petit nombre d’équipes de recherche et à l’absence de revues scientifiques françaises à comité de lecture dans la spécialité. Elle a ainsi du mal à mettre en visibilité ses travaux et à se développer suffisamment pour atteindre la taille critique nécessaire à sa reconnaissance dans le champ des sciences de l’information et de la communication. Or, des recherches conduites par les sociologues des sciences et des techniques ont mis en évidence l’importance des réseaux d’alliances dans le soutien d’actions. Dans le domaine de l’information et documentation, les liens entre profession et recherche ont été mis au jour par un ensemble de travaux qui abordent la question sous l’angle sociologique et communicationnel.

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À partir de la synthèse de ces investigations, nous entreprendrons ici de rappeler, à l’aide d’exemples, ce qui permet de comprendre comment et pourquoi des liens se sont créés. Ce faisant, nous poserons un risque : celui d’être trop éloigné du terrain pour le praticien et celui d’en être trop près pour le chercheur. Nous retracerons à grands traits le parcours de l’un et de l’autre depuis les années soixante, préciserons ce qui les différencie puis ce qui contribue à leur étayage.

1 - L’un et l’autre : parcours

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Afin de mieux appréhender les convergences d’intérêt et ce qui différencie la pratique de l’information de la recherche en sciences de l’information, nous proposons un rappel de quelques événements technologiques, institutionnels et scientifiques qui les ont marquées depuis quarante ans.

L’un : la revendication de la spécificité

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La profession de documentaliste est récente puisqu’elle naît au début du XXe siècle. On peut en effet admettre que les contours de cette fonction nouvelle sont tracés par le traité fondateur de Paul Otlet [1][1] Otlet Paul. Traité de documentation. Le livre sur le... publié en 1934.

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Les premiers enseignements techniques de documentation sont mis en place en 1945 par un organisme professionnel fondé en 1931, l’Union française des organismes de documentation (UFOD). L’ouverture d’une formation démarquée, au moins en partie, de celle déjà relativement bien installée de bibliothécaire, met en lumière la spécificité de la documentation. À partir de 1950, les pouvoirs publics prennent le relais en ouvrant l’Institut national des techniques de la documentation (INTD), rattaché au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et relevant de l’Enseignement technique. Peu à peu, à la fin de leur formation, les élèves de cet Institut, ressentant le besoin d’entrer et de rester en contact étroit avec le milieu professionnel, s’organisent et se regroupent en association (l’AINTD, Association des anciens élèves et élèves de l’INTD).

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Pendant la même période, l’Association internationale des documentalistes (AID) voit le jour. Elle regroupe des stagiaires étrangers et des membres du CNRS, et a pour projet de mettre en place une structure nationale parallèle à l’Association des bibliothécaires français (ABF). C’est alors que quelques documentalistes d’horizons divers, animés par la volonté d’exprimer et de représenter la réalité des besoins de l’ensemble des documentalistes, se mettent en relation avec les anciens élèves de l’INTD et de l’UFOD pour former une association représentative. L’Association française des documentalistes et des bibliothécaires spécialisés (ADBS) s’est constituée alors, en mars 1963. L’émergence de ce groupe professionnel se concrétise par la mise en œuvre immédiate d’une enquête nationale destinée à mieux percevoir la réalité de la profession.

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Cette enquête, dont le compte rendu constitue le premier numéro de la revue Documentaliste[2][2] Situation et traitement des documentalistes en France...., tente de dresser un aperçu de la situation des documentalistes en France. Elle trace le portrait d’une population majoritairement jeune et féminine, ayant une formation en droit ou en lettres, et répartie de manière presque équivalente entre le secteur public et le secteur privé. Ce groupe souffre de la non-reconnaissance des diplômes professionnels pour obtenir un emploi dans l’administration, de son absence de conventions collectives, d’un manque de perspectives de promotion, d’un salaire moyen plus faible que dans les autres professions, à niveau de qualification équivalent. Cette enquête devient un outil qui permet de fonder un ensemble d’actions, auprès des pouvoirs publics en particulier. Elle est relancée à intervalles plus ou moins réguliers depuis quarante ans.

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Qu’il s’agisse de l’avènement des grandes banques de données, de l’expansion de l’offre de logiciels pour micro-ordinateurs, de la création du kiosque télématique, du développement du multimédia ou de l’arrivée de l’Internet, les nouveautés technologiques impliquent des adaptations. À chaque fois, dans un premier temps, parce qu’elles sont très liées à l’informatique, elles induisent une plus grande technicité des opérations documentaires. À chaque fois, dans un deuxième temps, parce que l’ergonomie des systèmes et des matériels s’améliore, parce que la quantité d’information augmente et que son accès est toujours plus rapide, l’accent se porte sur le contenu. Dans ces moments de poussée technologique, le documentaliste, dont l’utilité semble remise en cause, doit apprendre à glisser, dans le premier temps, vers l’apprentissage et l’application de ces technologies puis, dans le deuxième temps, vers un travail plus impliquant sur le plan intellectuel.

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« Adaptable », « au fait des nouveautés », « maîtrisant les machines et les supports d’informations », « capable de travailler l’information » : tels sont les qualificatifs suggérés par les plaquettes régulièrement éditées par l’ADBS, qui mobilisent la profession sur le projet commun de sa reconnaissance.

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Très tôt cette organisation professionnelle réclame l’introduction de formations à la documentation dans le cadre de l’Université comme il en existait déjà aux États-Unis, en URSS et en Suède. Toutefois ce n’est qu’en 1966, avec la mise en place des départements, alors appelés « Carrières de l’information «, dans les Instituts universitaires de technologie (IUT), que la formation aux techniques de documentation fait réellement son entrée à l’Université, sous l’impulsion d’enseignants-chercheurs attachés à développer des sciences qu’ils nommeront sciences de l’information et de la communication (SIC).

L’autre : la revendication universitaire

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Auparavant, au début des années soixante, quelques universités de lettres, notamment celles de Toulouse, Lyon et Nancy, proposaient un certificat de « techniques documentaires » [3][3] Situation et traitement des documentalistes en France,.... L’ouverture de la formation des documentalistes en IUT conduit à la suppression de ce certificat. Trois ans plus tard (en 1969), un diplôme d’information documentation est créé à l’Institut d’études politiques à Paris. L’ouverture des maîtrises des sciences et des techniques (MST) en 1971 est une voie nouvelle pour acquérir un diplôme professionnel, mais ces diplômes se maintiennent difficilement [4][4] Il s’agit surtout de MST de communication et documentation,... [13].

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Le début des années quatre-vingt-dix est fertile en créations de formations à des niveaux plus diversifiés. C’est le cas du module de documentation en licence [5][5] Ce module de documentation (125 heures) n’est pas une..., quelle que soit la discipline de cette licence. Il s’agit là de pourvoir en candidats le tout nouveau Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (CAPES) de documentation, dont la première session, en 1989, instaure un corps de professeurs-documentalistes. C’est le cas également de l’ouverture des maîtrises de sciences de l’information et de la documentation.

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Si des recherches conduites dans nombre de disciplines académiques instituées, notamment la littérature ou l’histoire, dans les années soixante, étaient déjà des travaux de sciences de l’information et de la communication [17], la reconnaissance des SIC au sein de l’université s’est faite progressivement et plus tardivement. Les actions conduites par Robert Escarpit, Jean Meyriat et, de manière moins forte, par Roland Barthes et quelques comparses qui les ont accompagnés dans leurs démarches, sont à l’origine à la fois de l’institutionnalisation des SIC et des premiers textes fondateurs des sciences de l’information et de la communication françaises [6][6] On se limitera ici à citer : Escarpit R. (1973). L’écrit....

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À partir de 1975, la création de la 52e section du Comité consultatif des universités conduit à développer des enseignements professionnels de haut niveau (DESS) et à élargir la voie de la recherche par la mise en place d’un DEA et d’études doctorales à composante documentation [7][7] On en trouvera la liste dans : Enseignements supérieurs.... Après l’habilitation des premiers doctorats intitulés SIC en 1973 [8][8] Lettre d’Inforcom, 1978, n° 1., il faudra attendre la circulaire du 16 février 1983 pour que la pérennité de la discipline soit assurée. Celle-ci est désormais désignée par 71e section [14]. À partir de 1991 quatre nouveaux diplômes d’études approfondies apparaissent : ENSB, Marseille, Toulouse-I, Paris-VIII, mais celui de Toulouse ne se maintiendra pas.

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Les ouvertures de formations universitaires conduisent petit à petit au recrutement d’enseignants-chercheurs. Toutefois la dispersion géographique des formations, hors des grands pôles (Bordeaux, Grenoble, Lyon), rend difficile l’émergence d’équipes de recherches et a fortiori de laboratoires spécifiques.

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C’est dans ce cheminement parallèle dans le temps que praticiens de l’information et chercheurs tentent, chacun de leur côté, de stabiliser leur position. S’ils se rejoignent parfois dans leurs revendications, comme on l’a vu pour celle de l’introduction de la formation dans le cadre universitaire, ils n’en demeurent pas moins éloignés par leurs méthodes de travail et leurs terrains.

2 - L’un n’est pas l’autre : méthodes et terrains

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Pour des raisons de facilité, nous séparons « praticien de l’information » de « chercheur », mais nous n’oublions pas que nous devrions opposer, pour être plus précise, « praticien de l’information-documentation » et « praticien de la recherche en SI dans la branche documentation ». Chacun a, en effet, des méthodes propres. Nombre de chercheurs de SI venant de la pratique professionnelle, il est utile de s’interroger sur ce qui sépare avant de voir ce qui conforte l’un l’autre.

L’un : agir sur le terrain

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Nous ne reviendrons pas ici sur les ouvrages relativement nombreux maintenant, et mis à jour, qui posent les techniques de base du métier de documentaliste. Nous préférons insister sur ce qui sous-tend la pratique sur le terrain.

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Si nous partons du principe que le rôle du documentaliste est d’organiser l’accès à l’information, on peut décliner ce rôle en plusieurs activités. Sans prétendre en dresser une liste exhaustive, on peut avancer – qu’il s’agisse d’aménager l’espace documentaire, de définir l’organisation topographique d’un fonds à l’aide d’un système classificatoire ou encore de définir les champs d’une banque de données comme autant de clés possibles et combinables entre elles – que toutes ces activités convergent vers un seul objectif : faciliter l’accès à l’information pour un usager connu. Parfois gestion de stock, de plus en plus gestion de flux et souvent gestion de stock et de flux, le travail documentaire est essentiellement un travail sur le sens : sens donné par le destinateur, sens donné par le médiateur, sens attribué par le destinataire final. Il suppose la capacité à appréhender un contexte dans toutes ses dimensions.

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On sait en effet que le sens d’une information est lié à la culture à laquelle elle appartient, à l’intérêt qu’elle peut présenter pour un groupe défini, au lieu, au moment, aux conditions de sa production. Pour le documentaliste, il s’agit avant tout de comprendre une situation et d’y apporter des réponses adaptées. Le travail documentaire est un travail d’ingénierie, c’est-à-dire de conception ou d’adaptation d’outils, de produits et de services à une situation donnée.

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L’exemple sur lequel nous nous attarderons ici est celui de l’outil d’indexation et de l’activité qui lui est liée. Qu’il soit liste d’autorité, index de mots clés ou thésaurus, cet outil nécessite par excellence un travail sur le sens. À ce titre il constitue le bagage spécifique commun de tous les documentalistes, quel que soit leur lieu et leur niveau d’exercice. Analyser les informations, les condenser, les rassembler ou les séparer, les sélectionner pour les représenter par des mots ou des concepts, dont le sens est construit par un réseau de liens avec d’autres concepts, suppose un travail intellectuel. Cet exercice, pratiqué quotidiennement par certains, a valeur d’entraînement intellectuel ; il aide à la compréhension de l’organisation des connaissances et permet d’en acquérir de nouvelles. On est loin ici de la représentation techniciste de l’activité documentaire qui semble perdurer, y compris dans certains milieux universitaires.

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Dans l’exercice de leur métier, les documentalistes adaptent, construisent, utilisent ou remplacent ces outils d’indexation par des systèmes plus ou moins évolués mais toujours avec le projet de faciliter l’accès à l’information. Application ou conception d’outils, le travail documentaire ne peut se départir d’une volonté de donner du sens, il est donc un travail médiateur. À ce titre, il engage le documentaliste.

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Des chercheurs de diverses disciplines se sont penchés sur cet acte d’indexation. On peut citer par exemple les psychologues du travail qui ont étudié l’impact de la situation d’indexation sur ses résultats [3]. Pour mieux distinguer pratique et recherche en SI, nous nous réfèrerons à quelques exemples de travaux conduits sur l’indexation par des enseignants-chercheurs de SIC.

L’autre : comprendre les phénomènes

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La fonction essentielle de la recherche en sciences humaines et sociales (SHS) est d’étudier le sens d’actions produites par des acteurs pour les comprendre. C’est dire que ce sont les phénomènes humains dans toute leur complexité qui concernent ces sciences. La démarche est hypothético-déductive, le chercheur propose une hypothèse – réponse provisoire à la question de recherche – qu’il soumet à des tests empiriques permettant de l’affirmer ou de l’infirmer. Cette démarche, que nous simplifions ici, est classique en recherche scientifique.

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Les résultats des recherches, commentés et critiqués, sont ensuite rendus publics dans des « lieux » reconnus par le champ scientifique. Il s’agit le plus souvent de revues dont les articles sont soumis à l’évaluation anonyme par des pairs de la discipline, ou de communications dans des colloques internationaux dont les propositions ont été évaluées, puis ont donné lieu à actes.

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Pour illustrer notre propos, nous prendrons trois exemples dans des domaines différents permettant de donner un aperçu de l’éventail possible de l’approche compréhensive de l’indexation par des chercheurs.

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Dans le domaine des arts plastiques contemporains, Gérard Régimbeau [15] a mis en évidence le rôle de l’indexation dans la propagation des idées en montrant qu’elle est un point de rencontre entre la recherche en histoire de l’art, la documentation et la documentologie. Il a notamment travaillé sur les possibilités d’indexer les œuvres abstraites en s’appuyant sur les matériaux paratextuels et sur la dimension plastique du signe. Il a montré que, au-delà de sa fonction technique, l’indexation est un moyen pour alimenter l’histoire culturelle.

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De son côté Caroline Courbières [4] a posé l’indexation comme une interprétation du sens, prenant en compte l’ensemble des conditions culturelles supposées de réception du document, associée à un travail de réécriture. En appliquant l’indexation au discours médiatique sur la mode, elle a mis au jour deux niveaux informationnels, l’un descriptif, l’autre à forte charge connotative. Ce dernier montre que l’indexation n’est pas uniquement une aide à la recherche d’information : elle est aussi production de connaissances nouvelles.

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Enfin, pour élargir encore le propos, le troisième exemple relève d’une approche scientométrique. Jean-Pierre Courtial [5] a mis en lumière, à partir de l’indexation d’articles scientifiques, que la structure des relations qui s’établissent entre les mots clés rend compte de la structure du domaine auquel se rapportent les articles indexés. Partant de l’ethnopsychiatrie et de l’autisme et appliquant à un corpus de mots d’indexation une analyse statistique des mots associés, il est possible de dresser un bilan du développement d’une discipline.

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On voit donc, et on pourrait donner d’autres exemples, que les possibilités d’approche du phénomène indexation sont multiples. Parfois celles-ci peuvent se compléter ou s’opposer, remettre en cause les travaux précédents. Ceci fait partie du fonctionnement de la recherche, c’est ce qui permet de la faire progresser. Le sujet des limites des SI par rapport aux autres sciences, par exemple, fait depuis vingt ans l’objet d’un débat au sein de la discipline : dans leur regroupement avec les sciences de la communication comme sciences humaines et sociales, tout d’abord [12] ; dans leurs relations avec les autres sciences [10] [9][9] La carte des sciences de l’information, à la page 28... ; dans leur positionnement par rapport aux sciences de la communication [16] ; et plus récemment comme réaffirmation de leur appartenance aux SHS [8] ou comme sciences déclinables en « pôles » à partir des orientations majeures des travaux des chercheurs [11] [10][10] Il s’agit des « objets porteurs de savoir », des pratiques....

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Si les contours, les méthodes, les auteurs et théories de référence, les modes d’approche sont toujours en débat et peuvent aux yeux de certains paraître le signe d’une science dont la spécificité reste à définir, les positions exprimées dépendent largement de la discipline d’origine de leurs auteurs, du réseau auquel ceux-ci appartiennent, de la place qu’ils veulent occuper au sein de la discipline et d’un cheminement intellectuel personnel. Partant du principe que la réflexion scientifique se construit sur celle qui l’a précédée, le débat, la controverse relèvent de la construction « normale » de la science, celle-ci étant, pour reprendre l’expression de Michel Callon [2], « processionnaire ». Ces débats, qui parfois peuvent paraître déroutants à certains praticiens de la documentation, sont l’expression d’une introspection saine, d’une recherche identitaire dans un ensemble de disciplines aux frontières poreuses, de la vitalité d’une discipline.

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Ainsi des approches différentes, voire opposées, peuvent se faire jour dans le domaine de la recherche, comme des solutions différentes, voire opposées, dans le monde professionnel. Si l’acte documentaire appartient au « terrain » de la pratique, sa compréhension appartient au « terrain » de la recherche en SI. Dès lors, il apparaît qu’un lien étroit associe l’une à l’autre.

3 - L’un et l’autre : étayages

L’un : se positionner en expert

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La dénomination « documentaliste » a une lisibilité qui prête à confusion et qui la désigne, dans l’opinion publique, comme une activité liée davantage au support qu’au contenu. Par ailleurs l’avancée des technologies accentue les différences entre grands centres de ressources documentaires liés à l’industrie et centres de documentation appartenant souvent à des associations ou des administrations, voués à la gestion de stocks de documents plus qu’à la gestion d’informations. On ne peut donc se contenter d’une définition unique de la fonction de documentaliste. Le terrain contraint fortement les modes d’intervention, les niveaux de qualification requis, l’image auprès des autres professions et la rupture plus ou moins forte et plus ou moins vivace avec les métiers voisins. Il semblerait que ce soit la volonté de se démarquer pour se frayer un chemin dans un ensemble flou, aux yeux du public et des employeurs potentiels notamment, qui ait conduit à la construction d’un positionnement dont la sensibilité à l’environnement requiert un étayage permanent. On peut rappeler ici le rapport établi des 1964 à la suite de la première enquête menée par l’ADBS auprès de la profession.

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Plus récemment, on peut se référer aux actions visant à mobiliser les adhérents, au milieu des années quatre-vingt-dix, sur l’insuffisance statutaire des agents de l’État (catégorie A) : rencontres avec les responsables de ce dossier à la Direction générale de la fonction publique, organisation de deux journées d’étude, l’une en 1994, l’autre en 1995, avec distribution de documents de travail qui seront également adressés à toutes les organisations syndicales, élaboration d’un dossier précisant les fonctions et les profils. L’aboutissement de cet ensemble d’actions est la création, en 1998, d’un statut unique à trois corps [11][11] Chargé d’études documentaires du Secrétariat général....

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Par ailleurs, depuis sa création, l’ADBS s’emploie notamment à établir des liens avec des enseignants-chercheurs. Elle a dès 1986, par exemple, au cours d’une journée d’étude interassociation, fait état d’un texte destiné aux pouvoirs publics, demandant la mise en place d’une politique documentaire nationale. Ce texte reprend des éléments d’un rapport précédent, publié en 1970. Il recommande notamment de :

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« - définir un programme national, interdisciplinaire et coordonnateur, de recherches en sciences de l’information ;

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- assurer la place de ce secteur dans l’organisation institutionnelle de la recherche ;

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- inciter et aider les établissements d’enseignement et les enseignants de cette spécialité à remplir leur fonction de recherche. » [12][12] Pour une politique documentaire nationale, Documentaliste...

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Progressivement, après avoir mis en avant la nécessité d’une formation universitaire, l’ADBS avance donc celle de la recherche en SI.

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À partir de ces deux exemples, mais on pourrait en donner bien d’autres, on voit qu’il s’agit de tout mettre en œuvre pour montrer que seul le documentaliste est capable d’apporter des réponses à un problème informationnel : ainsi une représentation de son expertise est progressivement construite.

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En effet, suivant la définition donnée par J.-Y. Trépos [18], l’expertise est la revendication d’un savoir que l’on peut seul vraiment exercer et mettre sur un marché. Elle s’affirme donc comme compétence acquise par un niveau de formation universitaire et par l’expérience acquise sur le terrain [1]. Dans un contexte où la compétence est remise en cause à chaque avancée des technologies de l’information – on peut rappeler pour mémoire l’arrivée de la micro-informatique dans les centres de documentation et plus récemment celle d’Internet – la profession s’efforce de faire sa place dans la société. Par un processus lent et laborieux, elle construit l’image d’une profession actrice indispensable de la mise en œuvre de l’innovation technologique [6].

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La revendication d’un statut dans la fonction publique, la nécessité d’une formation dans l’enseignement supérieur adossée à une recherche dans le domaine sont les signes de l’engagement dans un processus de professionnalisation [7]. Celui-ci construit le niveau de compétence du groupe socioprofessionnel des documentalistes.

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Parallèlement, les moyens de diffusion des connaissances construites en documentation étant trop peu nombreux, l’ADBS se lance dans l’édition. À la fois moyen de nouer un lien social plus fort entre les adhérents et moyen pour se faire reconnaître, cette activité constitue également un dispositif d’intéressement pour les chercheurs en demande de support de publication.

L’autre : se rendre plus visible

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C’est à partir de 1976, à la suite d’un accord avec une autre revue intitulée Sciences de l’information et qui cessait de paraître, que Documentaliste change son titre pour devenir Documentaliste - Sciences de l’information (Doc-SI). L’année suivante, deux enseignants-chercheurs entrent dans son comité de rédaction.

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Depuis, elle essaie de maintenir une ouverture à la recherche et à l’Université. Mais ce positionnement hybride, alliant pratique et recherche, clairement affiché par le titre et le projet éditorial, rencontre des résistances aussi bien du côté de certains professionnels que de certains universitaires [8]. Toutefois la mise en place récente d’un mode d’évaluation pour les articles produits par des enseignants-chercheurs, identique à celui pratiqué par nombre de « revues savantes » [13][13] On peut remarquer que la revue professionnelle canadienne... et l’écho favorable que celui-ci rencontre dans une partie du monde des SI françaises, contribue à renforcer les liens avec la recherche à laquelle elle propose un espace possible de communication diffusion de ses travaux. Cependant certains praticiens très absorbés par la pratique quotidienne peuvent ne pas y trouver leur compte. Alliances, interactions, mais également tension permanente placent ainsi la revue au cœur d’un faisceau d’échanges entre praticiens, entre chercheurs et entre praticiens et chercheurs.

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Il faut rappeler en outre que, dès 1970, l’ADBS avait publié une thèse de doctorat d’État ès sciences consacrée à la documentation [14][14] Sag G. Stockage et traitement semi-automatique de la.... Après ce premier pas vers l’édition de travaux universitaires, elle établit des collaborations avec des éditeurs : on peut citer les Presses universitaires de France, en 1977, ou la Documentation française à plusieurs reprises entre 1979 et 1985. Toutefois, bien que l’association ait mis en place, en 1979, une commission chargée de définir un plan de développement de ses publications, ce n’est qu’en 1990, qu’est créé le service ADBS Éditions. Une collection, divisée en deux séries : « Études et techniques » et « Recherches et documents », est constituée en 1991. Les projets éditoriaux de ces deux séries montrent l’ouverture à la recherche. L’une est en effet consacrée aux « principaux aspects des sciences de l’information : méthodes et techniques, usages et usagers, secteurs et applications » ; l’autre est destinée à diffuser « des documents de littérature grise ayant trait aux sciences de l’information et méritant une large diffusion ». D’autres ouvrages, à la suite d’accords particuliers, avec le ministère de l’Education nationale, de la Recherche et de la Technologie par exemple, paraissent hors collection.

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Parallèlement le réseau de diffusion est étendu en France (Afnor, puis Lavoisier) ou à l’étranger : Observatoire des marchés de l’information de la Commission européenne ; Association pour l’avancement des sciences et des techniques de la documentation (ASTED) au Québec ; Centre de lecture publique de la communauté française en Belgique. Enfin l’accord de co-édition avec Nathan, conclu en 1997, pour la collection 128 destinée aux étudiants, confirme, malgré quelques aléas, les liens créés avec l’enseignement.

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Par ailleurs, un atelier « Recherche en science de l’information », espace de valorisation des travaux universitaires auprès du monde socio-professionnel, est mis en place par l’ADBS en 1992 sur l’initiative de Serge Cacaly. Il organise des rencontres-débats, « Les 5 à 7 de la recherche », qui connaissent pendant un temps un certain succès aussi bien auprès des chercheurs que des praticiens. Auparavant avaient eu lieu les premières « Rencontres recherche-profession », journées d’étude co-organisées par l’ENSSIB et l’ADBS.

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À la fois moyens pour conforter le positionnement du documentaliste comme professionnel de haut niveau et gages d’une certaine reconnaissance par le milieu de la recherche, les dispositifs éditoriaux – revue et édition – et de communication sont également utiles aux chercheurs pour la mise en visibilité de leurs travaux. L’étayage du positionnement du praticien par la collaboration des chercheurs au développement des publications est également étayage du positionnement des chercheurs qui disposent d’un espace de valorisation d’une partie de leurs recherches. Ainsi s’établissent des réseaux de collaboration qui contribuent au soutien mutuel.

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Est-ce un atout ? On peut le penser si l’on en juge par le nombre d’enseignants-chercheurs ayant eu à un moment donné un « engagement » pour la profession. Outre le fait que certains siègent dans les instances professionnelles, d’autres organisent avec elles des journées d’étude, d’autres encore animent des sessions dans leurs congrès et de nombreux enseignants-chercheurs de SI ont été praticiens [15][15] On notera que c’est également vrai, mais probablement.... Mais c’est également un risque, celui de confondre action, consultance, expertise, réalisation avec recherche, questionnement et prise de distance nécessaire à la compréhension des phénomènes.

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Pourtant connaître le terrain de l’intérieur n’est-il pas plus efficient ? On sait que les chercheurs d’autres disciplines, qui prennent la documentation comme terrain sans le connaître, commettent malgré de nombreuses précautions un certain nombre d’erreurs. Ici aussi l’observation peut cependant devenir trop impliquante, l’observateur se transformer en acteur partisan. Ce sont là des risques connus dans le monde de la recherche, ceux de l’« observation participante » ou « participation observante ». Cette méthode, employée notamment en sciences humaines et sociales, nécessite une bonne compréhension de ce qu’est la finalité de la recherche, la capacité à prendre le recul indispensable, à remettre en question ses actes, à s’autoriser à douter, à prendre conscience de ses faiblesses. Autant dire que l’exercice reste difficile.

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On voit ainsi que les liens entre praticien et chercheur sont utiles et nécessaires. Ils relèvent d’un choix politique, d’une volonté d’aide réciproque mais ils ne sont pas dénués de risques aussi bien pour l’un que pour l’autre.

Parcours parallèles, terrains différenciés, étayages mutuels…

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On a vu que le monde professionnel et le monde de la recherche parfois s’opposent, parfois s’entraident. L’un n’est pas l’autre mais l’un ni l’autre ne peuvent s’ignorer. Toutefois l’étayage mutuel tel qu’il a été mis en évidence ici dépend des positions occupées par les acteurs des réseaux, de leur reconnaissance dans leurs mondes respectifs, de leur force pour créer et maintenir ces liens. L’ADBS ne saurait à elle seule résoudre les problèmes de publication des chercheurs, ni la recherche prétendre intéresser tous les professionnels à l’ensemble de ses travaux. Si les réseaux d’échange entre praticiens et chercheurs sont indispensables, ils ne sont pas suffisants pour assurer la position des uns et des autres. Chacun a devant lui un travail de longue haleine et probablement sans fin : pour les SI celui de s’employer également à la construction et au maintien de leur place au sein des SIC, pour la documentation de contribuer à construire la cohésion des professions de l’information-documentation.

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AVRIL 2003


Références

  • 1 –  BOUZON A. Expertise et communication en conception de produits innovants. Questions de communication, 2002, n° 2, p. 47-56
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    Thèse doct. : Sc. info-com. : Toulouse II : 2000
  • 5 –  COURTIAL J.-P. Le rôle des mots d’indexation dans la mise en évidence de la dynamique d’un domaine scientifique : exemple de l’ethnopsychiatrie et de l’autisme. Documentaliste - Sciences de l’information, 1997, vol. 34, n° 3, p. 135-139
  • 6 –  COUZINET V. Expertise et association professionnelle : de la reconnaissance des documentalistes. Questions de communication, 2002, n° 2, p. 57-69
  • 7 –  DUBAR C. De la sociologie des « professions » à la sociologie des groupes professionnels et des formes identitaires. In : Lucas Y., Dubar C., Genèse et dynamique des groupes professionnels. Lille, Presses universitaires de Lille, 1994. P. 249-260
  • 8 –  FONDIN H. La science de l’information : posture épistémologique et spécificité disciplinaire. Documentaliste - Sciences de l’information, 2001, vol. 38, n° 2, p. 112-122
  • 9 –  FONDIN H. La science de l’information et la documentation, ou les relations entre science et technique. Documentaliste - Sciences de l’information, 2002, vol. 39, n° 3, p. 122-129
  • 10 –  LE COADIC Y. La science de l’information. Paris, Presses universitaires de France, 1994. 126p. (Que sais-je ? ; 2873)
  • 11 –  METZGER J.-P. Les trois pôles de la science de l’information. In : Recherches récentes en sciences de l’information, actes du colloque international, Toulouse, 21-22 mars 2002. Paris, ADBS Éditions, 2002. P. 17-28
  • 12 –  MEYRIAT J. Information vs communication ? In : Laulan A.-M. (dir.), L’espace social de la communication : concepts et théories. Paris, Retz-CNRS, 1985. P. 63-89
  • 13 –  MEYRIAT J. Les formations à la documentation en France : aperçu historique. Documentaliste - Sciences de l’information, 1993, vol. 30, n° 4-5, p. 213-217
  • 14 –  MEYRIAT J., MIÈGE B. Le projet des SIC : de l’émergeant à l’irréversible (fin des années 1960 - milieu des années 1980). In : Boure R. (dir.), Les origines des sciences de l’information et de la communication : regards croisés. Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2002. P. 45-70
  • 15 –  RÉGIMBEAU G. Thématique des œuvres plastiques contemporaines et indexation documentaire. Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1998. 2 vol., 657 p. (Thèses à la carte)
    Thèse doct. : Sc. info-com. : Toulouse II : 1996
  • 16 –  ROUAULT J., FONDIN H. L’information : l’Arlésienne de l’interdiscipline des sciences de l’information et de la communication. 1993. 8p. [Document de travail non publié]
  • 17 –  TÊTU J.-F. Sur les origines littéraires des sciences de l’information et de la communication. In : Boure R. (dir.), Les origines des sciences de l’information et de la communication : regards croisés. Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2002. P. 70-93
  • 18 –  TRÉPOS J.-Y. Sociologie de la compétence professionnelle. Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1992 (Espace social)

Notes

[1]

Otlet Paul. Traité de documentation. Le livre sur le livre : théorie et pratique. Bruxelles, Mondaneum, 1934. 431 p. [Réimprimé par le Centre de lecture publique de la communauté française de Belgique en 1989]

[2]

Situation et traitement des documentalistes en France. Documentaliste, 1964, n° spécial.

[3]

Situation et traitement des documentalistes en France, op.?cit., page 9.

[4]

Il s’agit surtout de MST de communication et documentation, la distinction se produisant en deuxième année.

[5]

Ce module de documentation (125 heures) n’est pas une formation professionnalisée, mais une introduction à des études spécialisées (maîtrise) ou à la préparation du CAPES de documentation.

[6]

On se limitera ici à citer : Escarpit R. (1973). L’écrit et la communication. Paris, PUF, 1978 ; Escarpit R. (1976). L’information et la communication : théorie générale. Paris, Hachette, 1991 ; Meyriat J. De l’écrit à l’information : la notion de document et la méthodologie de l’analyse du document. In : Inforcom 78, 1er congrès de la SFSIC, Compiègne, 1978. P. 23-32 ; Meyriat J. Pour une classification des sciences de l’information et de la communication. Schéma et schématisation, 1983, n° 19, p. 61-64.

[7]

On en trouvera la liste dans : Enseignements supérieurs de 3e cycle en documentation et sciences de l’information. Documentaliste - Sciences de l’information, 1977, vol. 14, n° 2, p. 47-48.

[8]

Lettre d’Inforcom, 1978, n° 1.

[9]

La carte des sciences de l’information, à la page 28 de cet ouvrage, est la reprise et l’aboutissement de travaux conduits dans les années quatre-vingt.

[10]

Il s’agit des « objets porteurs de savoir », des pratiques humaines et sociales, de la formalisation et du calcul.

[11]

Chargé d’études documentaires du Secrétariat général du gouvernement, du ministère de la Culture et de l’Éducation nationale ou du ministère de l’Équipement.

[12]

Pour une politique documentaire nationale, Documentaliste - Sciences de l’information, 1986, vol. 23, n° 4-5, p. 159. Ce texte avait été établi par un groupe de travail réunissant des membres de huit associations professionnelles d’archivistes, bibliothécaires, conservateurs et documentalistes.

[13]

On peut remarquer que la revue professionnelle canadienne Documentation et bibliothèques, à laquelle nous empruntons cette expression et qui accueille des articles de recherche, a expliqué son processus d’évaluation des articles reçus dans son numéro de janvier-mars 2000 (Éditorial de France Bouthillier).

Dans le cas de Doc-SI, il s’agit d’une évaluation des articles reçus en double aveugle par un comité de lecture national composé de pairs (cf. l’éditorial de Serge Cacaly dans le numéro 1-2, avril 2002). Les articles de chercheurs par exemple, après une première sélection par le Conseil de rédaction, sont évalués par des chercheurs. Antérieurement tous les articles étaient évalués, mais l’auteur était connu des évaluateurs.

[14]

Sag G. Stockage et traitement semi-automatique de la documentation chimique au moyen d’un ordinateur à disques magnétiques. Thèse de doctorat d’État ès sciences, Paris, s.n., 1970, 111 p.

[15]

On notera que c’est également vrai, mais probablement dans une moindre mesure, de certains enseignants-chercheurs de communication.

Résumé

Français

Les relations qu’entretiennent les praticiens de l’information et documentation et les chercheurs en sciences de l’information trouvent sans doute une illustration significative dans les liens que l’Association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS) a tissés avec la communauté des chercheurs. Retraçant les parcours respectifs du monde professionnel et de celui de la recherche depuis une quarantaine d’années, précisant ce qui les rapproche et ce qui les distingue, cette étude tend à montrer, à partir de l’exemple de l’ADBS, ce qui leur permet de se conforter mutuellement.

Plan de l'article

  1. 1 - L’un et l’autre : parcours
    1. L’un : la revendication de la spécificité
    2. L’autre : la revendication universitaire
  2. 2 - L’un n’est pas l’autre : méthodes et terrains
    1. L’un : agir sur le terrain
    2. L’autre : comprendre les phénomènes
  3. 3 - L’un et l’autre : étayages
    1. L’un : se positionner en expert
    2. L’autre : se rendre plus visible
  4. Parcours parallèles, terrains différenciés, étayages mutuels…

Pour citer cet article

Couzinet Viviane, « Praticiens de l'information et chercheurs. Parcours, terrains et étayages», Documentaliste-Sciences de l'Information 2/2003 (Vol. 40) , p. 118-125
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2003-2-page-118.htm.
DOI : 10.3917/docsi.402.0118.


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