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Documentaliste-Sciences de l'Information

2003/2 (Vol. 40)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.402.0132
  • Éditeur : A.D.B.S.

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LA REUNION DES ANCIENS PRESIDENTS et de la présidente en exercice de l’Association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS) a été l’occasion, dans un premier temps, de revenir sur les faits marquants de leur mandat et, ce faisant, de dégager les grandes lignes de l’histoire de l’association [voir le hors texte ci-contre].

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Mais l’objet de cette rencontre était surtout de demander à ceux qui, selon l’expression de Jean Michel, « ont eu l’honneur de la diriger et la lourde tâche de la gérer » leur vision de l’évolution de l’ADBS : à partir de leur expérience et au regard de leur perception du développement en cours de la société de l’information, quels choix politiques et organisationnels estiment-ils possibles ou nécessaires pour l’avenir de cette association professionnelle ?

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De ce libre débat très dense et passionné émergent six idées force qui questionnent l’ADBS : son positionnement, l’évolution de ses structures, sa visibilité sur la toile, l’évaluation des formations initiales en information et documentation, l’affichage d’un discours fort et mobilisateur en direction des adhérents et des animateurs, enfin la capitalisation de son patrimoine intellectuel. Ces pistes de travail témoignent autant de la capacité de l’association à se remettre en cause et à se projeter dans le futur que de la vitalité du milieu professionnel avec lequel elle évolue.

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La richesse et la diversité des échanges illustrent aussi l’intérêt toujours très vif que ses anciens présidents continuent de porter à l’ADBS.

1 - L’association des communautés de l’information

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La question de l’identité de l’association se pose d’emblée. Son oscillation entre deux pôles - être une association de défense représentative de la profession et une association autour d’une cause - semble inhérente à l’ADBS. Danièle Dégez rappelle le débat des années soixante-dix et quatre-vingt : « l’ADBS, société savante ou syndicat professionnel ? », qui illustre la constance de cette dualité que Jean Meyriat a toujours défendue. Florence Wilhelm-Rentler souligne la persistance de ce modèle, sa nécessité, et la difficulté de jouer simultanément le rôle de syndicat professionnel et d’organe de réflexion. C’est cette indispensable dualité qui permet à l’ADBS de rester proche de ses membres tout en étant reconnue comme partenaire à part entière de la société de l’information.

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Accroître cette reconnaissance en pesant « encore plus dans le débat public, et notamment au plan économique », paraît prioritaire à Paul-Dominique Pomart pour conserver un leadership. Cette évolution suppose une pénétration de milieux traditionnellement éloignés de l’ADBS (les milieux économiques et décideurs), rapprochement difficile car une certaine « diabolisation de l’entreprise » semble perdurer au sein de l’association. Florence Wilhelm-Rentler rappelle à ce sujet l’initiative avortée (à la fin des années quatre-vingt-dix) d’un « club d’entreprises » : une tentative d’offrir aux cadres d’entreprises un lieu de réflexion sur les métiers de l’information. Elle s’est heurtée aux réticences de la Délégation permanente et au blocage du Conseil d’administration.

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Pourtant l’ouverture aux autres métiers et aux décideurs des entreprises (qui sont les employeurs) reste indispensable pour assurer la progression de l’ADBS et la reconnaissance du rôle fondamental de la profession. L’exemple du droit de l’information confirme cette thèse. L’association a acquis sur ce sujet une crédibilité incontestée par la pertinence de sa réflexion élargie à tous les professionnels concernés : les services juridiques, les services de communication, et non les seuls documentalistes et services de documentation. Cette démarche d’ouverture devrait s’amplifier et non pas être perçue en interne comme « un crime de lèse ADBS ».

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Cet intérêt pour les autres métiers, et en particulier pour les nouveaux métiers de l’information (webmestres, veilleurs, knowledge managers, etc.), apparaît primordial. Madeleine Wolff-Terroine voit en eux le futur de la profession et pense que « beaucoup des 80 % de documentalistes qui composent aujourd’hui l’association seront remplacés peu à peu par des gens des nouveaux métiers ». Cette transformation en profondeur oblige l’association à se rapprocher de ces nouveaux métiers et à s’afficher comme l’association des communautés de l’information, l’enjeu étant d’éviter à terme sa marginalisation comme représentante du seul métier de documentaliste.

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L’association doit habiter son rôle de rassembleur et s’emparer de cette mission, au risque de se faire devancer. Jean Michel en veut pour preuves le projet de certification des webmestres initié par le Syntec et celui de certification dans le multimédia : « C’est à qui va passer le premier dans le dispositif ! ». Florence Wilhelm-Rentler précise que cette ouverture aux nouveaux métiers fait consensus au sein de l’ADBS, mais que son action est freinée par le manque de disponibilité de ses membres : « Dans le fond, tout le monde est d’accord, mais qui prend les contacts, qui prend en charge l’organisation de journées d’études, le relais sur le terrain ? » Ces initiatives supposent une démarche active de la part des membres de l’ADBS, condition qui semble aujourd’hui insuffisamment remplie.

2 - Évolution des structures

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La forme du bénévolat a évolué depuis la naissance de l’ADBS. L’adhérent d’aujourd’hui souhaite échanger sur sa pratique, agir de façon ponctuelle sans contraintes d’emploi du temps rigide ni de durée imposée. La souplesse est souhaitée : à l’association de s’adapter en proposant un fonctionnement ad hoc. Jean Michel parle de « task force » et Paul-Dominique Pomart d’une « plate-forme commune de moyens mis au service de projets définis stratégiquement par les instances d’une association ou d’une fédération et qui n’ont pas vocation à durer mais doivent aboutir selon un calendrier fixé d’avance ». Le fonctionnement par groupes projets – des membres réfléchissent en vue d’applications concrètes, se réunissent et échangent, en particulier via les outils électroniques, sur un thème précis – semble convenir à cette forme d’action ponctuelle et personnalisée.

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Florence Wilhelm-Rentler confirme que ce mode de travail, récemment amorcé par l’ADBS avec les groupes sur les référentiels des compétences et des emplois, sur la quatrième version du site web de l’association, et depuis peu sur la promotion du métier, convient à des personnes désireuses de s’investir pour une durée limitée. Il faut veiller toutefois à ne pas remplacer les commissions permanentes par ces groupes projets. La coexistence de ces deux formes d’action doit perdurer à condition que soit redéfinie la fonction exacte d’une commission permanente. Son rôle d’expertise auprès du Conseil d’administration et de force de proposition doit être maintenu et fortement réaffirmé. Dans cette perspective, l’ouverture des commissions aux experts non-membres pourrait être systématisée. La juxtaposition de ces deux modes d’action permettrait à chacun de trouver sa place et à tous d’atteindre l’efficacité.

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Autre évolution structurelle à envisager pour l’association : la position de son président. Florence Wilhelm-Rentler souligne « le poids de la gestion dans le mandat d’un président », l’empiétement des tâches administratives sur le temps de réflexion et la responsabilité qui en découle. Avec ses dix-huit permanents, l’ADBS atteint la taille d’une PME, et accompagner son développement de façon bénévole, sans décharge d’emploi, devient de plus en plus difficile. Imaginer d’autres formes d’organisation s’inscrit dans une démarche globale de réflexion de l’ADBS sur les moyens de remplir pleinement sa mission.

3 - Influence et visibilité internationales

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« Le concept d’association nationale a vécu et les frontières n’ont plus de sens », affirme Jean Michel. La France, avec l’ADBS que Jean Meyriat avait entraînée dans cette voie, a un rôle à jouer en Europe et aussi dans une zone latine, francophone, englobant l’Afrique du Nord. Cet élargissement au-delà des frontières s’inscrit parfaitement dans l’emploi d’outils de travail collaboratif et de formation en ligne. Plusieurs propositions émergent pour « basculer vers d’autres formes de présence et de reconnaissance » :

  • la mise en place d’une lettre électronique qui permettrait de formaliser et valoriser la production des différents groupes de travail (groupes projets et commissions permanentes) et d’assurer une diffusion plus importante que celle des canaux traditionnels ;

  • l’ouverture du site web de l’ADBS à d’autres associations pour créer un espace commun d’échange autour de la société de l’information et devenir la vitrine de la profession élargie ;

  • le développement du travail collaboratif auprès des animateurs et membres des commissions permanentes ou groupes projets.

Jean Michel relie la visibilité de l’association à sa présence forte sur la Toile et propose « un projet majeur : la bibliothèque virtuelle de tout ce qui se passe dans le domaine information documentation en langue française ». Ce projet, mené en partenariat avec d’autres associations, répondrait parfaitement à la mission de l’ADBS qui est de développer les compétences de la profession. Madeleine Wolff-Terroine suggère de proposer sur le site, à l’instar d’un programme développé en Grande-Bretagne, « une initiation à la recherche sur le web. De l’auto-enseignement personnalisé en fonction des divers types de métiers et de disciplines, des modes de pensée, des modes d’appréhension des problèmes… ». Ce type d’offre permettrait de toucher d’autres métiers et de promouvoir la profession. Mais une telle application suppose un investissement de départ important et nécessiterait certainement l’apport de bailleurs de fonds. Jean Michel note à ce propos qu’aujourd’hui « la prise de risques et l’investissement sont des problèmes majeurs pour une association. On ne peut gagner que si on investit ! »

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L’ADBS a une carte à jouer en devenant le référentiel incontournable de la profession sur cette zone d’influence francophone et en adoptant le profil de l’« association en ligne ». À la suggestion de Madeleine Wolff-Terroine de se joindre aux Anglais et aux Allemands pour fonder, en remplacement d’IDT, un colloque de dimension internationale, Jean Michel oppose la difficile rentabilité de ce type de manifestation et préconise une autre manière : « Le salut pour une association qui a des choses à dire dans un environnement large est de devenir une e-association. »

Paul-Dominique Pomart. Juin 1985 - Juin 1992

Le rassembleur. Il se définit comme un apparatchik : Paul-Dominique Pomart intègre le métier de documentaliste et adhère à l’ADBS en 1975. Puis il crée un groupe régional en Champagne Ardenne et devient le président du Conseil des régions. Dix ans plus tard, alors directeur des ressources documentaires du groupe Bayard Presse, il accède à la présidence de l’ADBS dans des « conditions faciles et apaisées » grâce au travail accompli par son prédécesseur. Vice-président pendant un an, la transmission « se fait dans la douceur ». Les enjeux d’alors sont : rassembler, croître et fédérer. Rassembler, car l’émergence des régions menace la structure même de l’association : « Il y avait une forte tendance au girondisme ». Croître : il fallait franchir des caps significatifs. Cinq mille adhérents était l’objectif à atteindre : « L’ADBS devait être incontournable au niveau de la masse des adhérents. » Enfin, fédérer : « Fédérer d’autres associations sur la droite et sur la gauche à la faveur du changement de lieu ».

Les faits marquants de sa présidence :

  • plusieurs créations de nouveaux groupes régionaux, dont la Franche-Comté, la Haute-Normandie et Midi-Pyrénées, ce qui complète la couverture du territoire et conforte le rééquilibrage géographique des forces de l’ADBS

  • le positionnement de l’ADBS comme l’association des documentalistes, association de masse et porte-parole de la profession

  • la croissance du nombre des adhérents

  • le rapprochement avec d’autres associations professionnelles et la tentative de créer une maison des associations des professionnels de l’information à l’occasion du déménagement de l’ADBS rue Claude-Tillier

Fort de son expérience en région, Paul-Dominique Pomart s’appuie sur le dynamisme des groupes régionaux, poursuit la décentralisation d’IDT (Strasbourg en 1987 et Bordeaux en 1991), et parvient à fixer au sein de l’ADBS certaines régions pourtant enclines à la fédération. L’affichage clair de l’objectif des cinq mille adhérents mobilise les énergies et « porte » l’association. A posteriori, il s’interroge sur son action peut-être trop « endogamique », mais insiste sur la nécessité d’atteindre à ce moment-là une surface critique.

Jean Michel. Juin 1992 - Juin 1997

L’agitateur. Directeur du centre de documentation de l’École nationale des ponts et chaussées, Jean Michel n’est pas documentaliste de formation mais connaît cependant ce milieu professionnel pour être beaucoup intervenu, en région notamment, sur l’analyse de la valeur. Approché en 1991 par Paul-Dominique Pomart pour lui succéder et élu président en 1992, il trouve une association « très saine économiquement, et qui avait des atouts en terme de moyens, d’équipe de permanents, etc. ». Il se place au départ dans une logique de consolidation, « respectueux de ce qui avait été fait avant », avant de passer du gestionnaire au politique : « Quel est notre rôle, notre mission d’un point de vue politique ? » Il lance alors plusieurs projets : la certification, l’intensification de l’action internationale avec les financements européens, l’adoption d’Internet et le développement de sites web par la profession, la réflexion sur le droit de l’information ; et il s’attaque au problème identitaire.

Les faits marquants de sa présidence :

  • la mise en place de la certification et d’une réflexion sur les droits d’auteur et droits de copie

  • l’équipement en multimédia de la délégation permanente, notamment des salles de formation, et l’objectif quantitatif d’atteindre « 50 % de documentalistes connectés à Internet d’ici deux ou trois ans »

  • la montée en puissance d’IDT qui, en 1993, devient annuel et se fixe à Paris, en partenariat avec le GFII

  • le changement de dénomination (Association des professionnels de l’information et de la documentation et non plus Association française des documentalistes et des bibliothécaires spécialisés) et les débats qui aboutiront en 1996 à la charte de l’ADBS

Bénéficiant d’un contexte sain économiquement, structurellement et humainement, Jean Michel peut se consacrer à promouvoir l’ADBS et à déployer une véritable stratégie de « leader d’opinion ». L’association joue son rôle de porte-parole et de défenseur de la profession. Jean Michel répond partiellement à la question de l’identité de l’ADBS en changeant son libellé, « ce qui est une façon tactique de résoudre le problème sans le résoudre dans le fond ». La question reste : « Comment assurer une cohérence d’ensemble dans un contexte de professionnels différents et qui ont des attentes différentes. Comment trouver des valeurs communes ? »

4 - Évaluation des formations initiales

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La formation initiale soulève nombre d’interrogations. Florence Wilhelm-Rentler dénonce le tabou qui entoure l’évolution de ces formations initiales auprès des dispensateurs d’enseignement : les écoles comme les formateurs. Aujourd’hui le paysage de la formation en information et documentation s’est profondément modifié pour s’ouvrir à d’autres acteurs. De nombreuses écoles issues du monde économique ou de celui des ingénieurs, milieux traditionnellement éloignés de l’I&D, proposent des formations dans ce domaine. L’apparition de ces nouveaux enseignements répond davantage à des initiatives dispersées qu’à un plan d’ensemble élaboré en concertation avec les différents partenaires. Pour Jean Michel, « la formation est en situation de réel péril » et « la profession via l’association doit exprimer auprès des pouvoirs publics son désir de faire le point ». Une évaluation de ces formations permettrait d’envisager une synergie et une adaptation des contenus. [Voir aussi à ce sujet l’article suivant.]

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Danièle Dégez évoque l’amont de la formation en I&D et les modalités de recrutement des étudiants, très différentes selon les formations. Le sentiment d’appartenance au milieu de l’information et documentation est également très contrasté. Jean Michel et Madeleine Wolff-Terroine se disent frappés et inquiets par la méconnaissance de l’ADBS qui est celle de leurs étudiants, en DESS ou mastère. Ils n’y adhèrent pas et ne s’y reconnaissent pas. Cette désaffection des étudiants, hors filières traditionnelles, pose question et renvoie au débat sur l’ouverture aux nouveaux métiers.

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Plusieurs idées pour nouer le dialogue sont proposées. Florence Wilhelm-Rentler voit dans le retrait d’IDT l’occasion de s’allier avec d’autres associations françaises du secteur de l’information et documentation afin de monter « un congrès professionnel au sens large » où seraient débattues les questions de métier, de contenu, de pratiques, de formation… Des passerelles entre ces différentes formations permettraient de fédérer les acteurs de ces nouveaux métiers, dans le but de les rallier à la population des professionnels de l’information. Jean Michel voit dans « le dispositif européen de restructuration de la formation avec les 3/5/8 et la validation des acquis de l’expérience » une « opportunité à saisir » pour entamer une réflexion de fond sur le sujet de la formation initiale.

5 - Signification de l’adhésion

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Comment enrayer la désaffection et le désengagement des adhérents ? Plusieurs voix s’élèvent pour exprimer la difficulté croissante à impliquer les membres d’une association. Florence Wilhelm-Rentler incline à penser que ce ne sont pas les associations qui sont en crise, mais le bénévolat. Danièle Dégez renchérit en élargissant cette tendance à un problème sociologique : la société de loisirs que nous connaissons laisserait peu de place au temps gratuit. Paul-Dominique Pomart souligne cependant l’ancienneté de ce constat, et que « chacun a envie de rentabiliser son investissement ». Jean Michel se montre volontiers iconoclaste en affirmant qu’« il faut casser le modèle de la monétarisation de l’adhésion, qui est absurde » et en se déclarant favorable à une association où les adhérents ne cotiseraient pas mais travailleraient ensemble : « Adhérer, ça donne le droit de travailler avec d’autres ! ».

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Paradoxalement, la structure même de l’ADBS et en particulier l’efficacité de sa délégation permanente amplifient le désengagement des adhérents qui se reposent sur les permanents. « La force de la structure se retourne contre nous », constate Florence Wilhelm-Rentler qui se dit prête à mettre la structure ADBS à disposition pour lancer des initiatives, notamment en faveur des nouveaux métiers. Tous s’accordent pour noter un changement de comportement des adhérents, plus proche de celui de consommateurs que d’acteurs. Si cette évolution générale doit amener l’ADBS à adapter ses structures et son fonctionnement à cette nouvelle façon d’être, il paraît nécessaire d’afficher un discours fort et clair sur la définition et la signification de l’adhésion. Dans cette perspective, Paul-Dominique Pomart imagine une communication fondée sur le plaisir de l’engagement et non sur le dévouement ; sur les apports humains de l’engagement associatif professionnel et sur sa rentabilité à moyen, voire long terme.

6 - Capitalisation et valorisation de la mémoire de l’ADBS

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À la fin du débat survient la question de la mémoire de l’ADBS et plus généralement de la littérature grise sur le métier. Plusieurs intervenants évoquent la sauvegarde de leurs archives personnelles. Le lieu naturel de dépôt leur paraît être l’ADBS, mais aucune structure d’accueil ne semble prévue, ni même envisagée. Capitaliser la mémoire de l’association et des idées dont elle se nourrit semble pourtant un but partagé ; un consensus s’établit autour de la vocation de l’ADBS à sauver son patrimoine intellectuel et celui qu’ont accumulé les professionnels de l’information et documentation qui se sont investis dans ses rangs. Surviennent alors, bien sûr, les questions pratiques : quelles archives, sous quelle forme, et pour quelle exploitation ? Madeleine Wolff-Terroine suggère de distinguer les documents relatifs à la vie de l’association des documents scientifiques, Jean Michel partage cette idée et préconise le tri… L’idée de « créer un groupe projet pour cette question » est lancée.

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Une réflexion sur la mise en place d’une démarche interne de knowledge management pourrait être engagée. Ce serait un des moyens que se donnerait l’ADBS pour gérer son avenir.

Figure 1

Florence Wilhelm-Rentler. Juin 1997 - Juin 2003

Le bâtisseur. « Documentaliste heureuse » qui assume pleinement son métier « passionnant et toujours renouvelé », Florence Wilhelm-Rentler est directrice des réseaux documentaires au ministère de l’Emploi et de la Solidarité. Elle est élue après avoir négocié le statut des chargés d’études documentaires dans la fonction publique, aboutissement d’une longue lutte. Femme présidente, après trois hommes, d’une association à dominante féminine, elle est proche du terrain et des adhérents. Elle a la chance de trouver une ADBS qui vient de « réfléchir pendant deux ans à ses priorités », qui existe sur l’ensemble de la France comme à l’international, et qui tout à la fois « a franchi le cap des cinq mille adhérents, a des finances saines, et dispose d’une délégation permanente solide, efficace, organisée, reconnue ». Dans la lignée de ses prédécesseurs, elle conçoit son action beaucoup plus en politique qu’en organisatrice.

Les faits marquants de sa présidence :

  • la consolidation de la formation continue et de la certification, reposant sur la conviction que la reconnaissance professionnelle ne viendra que des documentalistes eux-mêmes ; le renforcement des actions sur l’emploi

  • la création de la commission Droit de l’information qui confère à l’ADBS un poids important en la matière

  • le déploiement du site web de l’ADBS, dans le but d’en faire d’abord un outil de travail pour les animateurs et les adhérents puis, à terme, le site de toute la profession

  • le rapprochement avec les grandes associations professionnelles de l’I&D, qui a permis de lancer le congrès interassociatif des archivistes, bibliothécaires et documentalistes

Héritière d’une association en pleine santé, Florence Wilhelm-Rentler poursuit l’action de ses prédécesseurs avec le sentiment « plutôt de consolider que d’innover ». La toute récente décision d’arrêter IDT, dictée par des impératifs économiques, fut très douloureuse. Le poids de la gestion semble atteindre ses limites : « Quand on est responsable d’une association de cette taille, avec les budgets qu’elle représente, on est aussi chef d’une PME : dix-huit permanents, c’est une lourde responsabilité qui prend beaucoup de temps. » Ce qui rend de plus en plus difficilement compatibles présidence et vie professionnelle. L’ADBS a peut-être atteint un palier qui lui impose d’imaginer une nouvelle forme d’organisation.

Notes

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Cet article est issu d’une table ronde organisée par Paul-Dominique Pomart et à laquelle ont été invités celles et ceux qui, depuis 1974, ont présidé l’ADBS. Madeleine Wolff-Terroine, Danièle Dégez, Jean Meyriat, Paul-Dominique Pomart, Jean Michel et Florence Wilhelm-Rentler ont participé à cette rencontre. Pierre Pelou, empêché, a été interrogé ultérieurement.

Les présidents de l’ADBS ont d’abord été invités à évoquer le passé. L’enchaînement de leurs témoignages successifs révèle une grande continuité dans leurs actions. Jamais de révolution, mais une succession d’ajustements, d’adaptations, d’avancées : « Chaque président a mis sa pierre sur un mur ». L’on voit cependant se dessiner une alternance d’ouverture puis de recentrage, de politique extérieure puis de politique intérieure, d’innovation puis de consolidation – un balancement qui reflète sans doute la constante ambivalence de l’association, à la fois force de proposition dans la société de l’information et structure de représentation et de défense de la profession.

On trouvera la synthèse de ces témoignages dans les portraits des présidents figurant pages 99, 101, 103, 115, 135 et 137, après celui du premier président de l’ADBS, Eudes de La Potterie (page 97).

Résumé

Français

À la veille de ses quarante ans, l’ADBS a réuni ses présidents anciens et en exercice pour envisager son avenir et dégager des axes de réflexion et d’action. Six idées force ont émergé : l’identité de l’ADBS et son positionnement, l’évolution de ses structures, son influence et sa visibilité internationales, l’évaluation des formations initiales en information et documentation, l’affichage d’un discours mobilisateur à l’adresse de ses adhérents, enfin la capitalisation de son patrimoine intellectuel. Ces pistes de travail témoignent autant de la capacité de l’association à se remettre en cause et à se projeter dans le futur que de la vitalité du milieu professionnel avec lequel elle évolue.

Plan de l'article

  1. 1 - L’association des communautés de l’information
  2. 2 - Évolution des structures
  3. 3 - Influence et visibilité internationales
  4. 4 - Évaluation des formations initiales
  5. 5 - Signification de l’adhésion
  6. 6 - Capitalisation et valorisation de la mémoire de l’ADBS

Pour citer cet article

Gicquel Florence, « Du passé (ne) faisons (pas) table rase. L'avenir de l'ADBS vu par ceux qui l'ont présidée », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2003 (Vol. 40), p. 132-137.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2003-2-page-132.htm
DOI : 10.3917/docsi.402.0132


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