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Documentaliste-Sciences de l'Information

2003/2 (Vol. 40)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.402.0138
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Précurseur, innovant, le service Formation continue de l’ADBS œuvre officiellement depuis plus de vingt ans, en réalité depuis plus de trente, pour accompagner les professionnels de l’information et documentation dans leur activité [voir l’article consacré à l’évolution de ce service pages 104-109]. Dans un secteur en constante évolution, l’ADBS a toujours su garder le cap et accomplir sa mission de promotion de la profession en rassembleur et visionnaire, au-delà des mutations technologiques constantes.

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Aujourd’hui l’ADBS doit prendre en compte la recomposition forte des métiers qu’elle représente et les problématiques transversales qui la concernent. Elle doit aussi affronter le profond bouleversement du monde de la formation : nouvelles dispositions réglementaires, notamment celles qui concernent la validation des acquis de l’expérience ou la certification, prolifération anarchique de formations en information et documentation, nouvelles technologies d’enseignement à distance, etc. Dans cet environnement très mouvant, le service Formation sent la nécessité de mettre les choses à plat, de s’interroger sur les évolutions de sa mission et de définir des orientations stratégiques.

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Une discussion avec Jacques Perriault, professeur de sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris-X, spécialiste de la formation à distance, et Alain Gonzalez, professeur, directeur du Centre de formation continue de l’Université Paris-XIII, tente de dégager des grands axes de réflexion et d’action. Tous deux imaginent plusieurs rôles pour l’association et son service Formation continue.

Cinq rôles pour l’ADBS

Influence, alerte et pression

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Renouer avec ce rôle qui a été celui de l’association à plusieurs reprises et développer une stratégie d’entrisme et de lobbying par rapport aux pouvoirs publics semble indispensable pour conserver à l’ADBS son rayonnement. Fort de son contact avec la réalité de terrain, le service Formation de l’ADBS a toute légitimité pour signaler les dysfonctionnements et travailler à leur résolution. Deux dossiers semblent prioritaires : la multiplication des formations en information et documentation et celle des référentiels des métiers connexes (multimédia, webmestres, etc.). L’ADBS se doit d’alerter sur les risques induits : déréglementation du secteur, saturation du marché où les professionnels ne trouveront pas leur place, hétérogénéité de l’enseignement, dévalorisation de la profession, etc. Sans se substituer aux pouvoirs publics, l’ADBS peut apporter son concours et sa compétence. Sa contribution aux travaux de réflexion favorisera sa reconnaissance publique.

Garantie dans la certification et la valorisation des acquis de l’expérience

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Devenir l’organisme qui certifie et valide les compétences dans son champ professionnel est une responsabilité majeure pour l’association. Dans un contexte ouvert aux initiatives les plus diverses, où la validation des acquis de l’expérience (VAE) tend à être utilisée comme un outil de gestion des ressources humaines (GRH) par les entreprises, où la logique énoncée est « d’internaliser validation, GRH, formation et de recycler la taxe d’apprentissage par ce biais », Alain Gonzalez imagine bien l’ADBS devenir le point de passage obligé des métiers de l’information et documentation, en s’appuyant sur son professionnalisme et sa déontologie. Si ce rôle lui échappe, d’autres structures s’en empareront sans scrupules ni garanties, ouvrant la voie à toutes les dérives. L’ADBS a l’envergure pour se poser en organisme incontournable et pousser sa mission jusqu’à développer une « norme » d’accompagnement dans la VAE - illustration de sa capacité d’innovation, d’engagement et de qualité.

Participation à la recomposition d’une politique d’information locale

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Participer à la redéfinition d’une politique locale qui a vu fleurir depuis plusieurs années sans grande cohérence de nombreux lieux d’information permettrait à l’ADBS de s’ouvrir à de nouveaux partenaires, les décideurs publics, et d’anticiper les transformations du champ d’activité documentaire.

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Quinze mille espaces publics numériques (EPN) se répartissent en France, à côté des médiathèques, centres de culture scientifique et technique (CCSTI), bibliothèques publiques. Chacune de ces instances gère jusqu’à maintenant une fonction spécifique, par exemple : la recherche d’information et la documentation, pour les centres de documentation et les CCSTI ; l’apprentissage en ligne par connexion avec des ressources éducatives en ligne, la familiarisation avec Internet, l’accès à l’Administration Virtuelle, récemment créée, pour les EPN. Mais les pratiques des utilisateurs conduisent à un mélange de ces genres jusque-là distincts et interrogent l’avenir de ces institutions fondées sur ces distinctions. En dehors de toute formation institutionnelle, de nombreux utilisateurs recherchent ainsi des cours en ligne (fonction documentation) et les suivent ensuite (fonction apprentissage à distance).

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Comment recomposer ces équipements publics pour accéder à l’information ? En travaillant sur cette question, l’ADBS, par sa réflexion et ses réponses, pourrait favoriser à terme l’apparition de nouveaux terrains de métiers pour les documentalistes et, ce faisant, intéresserait le personnel politique.

Contribution à la formalisation et à la sensibilisation aux normes

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Enjeu fondamental pour Jacques Perriault qui y voit un « des rares éléments de régularisation de la mondialisation », les normes, paradoxalement, intéressent peu. L’ADBS pourrait en la matière jouer un double rôle : investir ce secteur en siégeant dans les commissions internationales de l’AFNOR et de l’ISO et sensibiliser en profondeur à leur importance (via la formation, la publication d’articles réguliers, etc.). Autre enjeu pour l’association : promouvoir l’utilisation des normes ouvertes auprès des adhérents et préparer les usagers à opter soit pour des normes fermées, soit pour des normes ouvertes. Cette évolution technologique implique de nouvelles façons de travailler mais aussi de penser, ce qui accroît la nécessité d’anticiper cette mutation.

Soutien aux victimes de la bulle Internet

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Jacques Perriault n’hésite pas à parler de « scandale autour des administrateurs de sites web » dont la dénomination ne correspond pas à une qualification établie et dont la situation professionnelle s’est révélée d’une grande précarité. En effet, avec l’engouement de la fin des années quatre-vingt-dix pour Internet, trente-cinq à quarante formations ont vu le jour. Mais, l’euphorie retombée, les emplois jeunes suspendus, un grand nombre de ces personnes vont se retrouver sans compétences véritables ni emploi sûr, en raison de l’insuffisance et de l’inadaptation des formations qui leur ont été dispensées. Jacques Perriault voit en l’ADBS une structure capable de jouer le rôle d’accompagnement et de remédiation en direction de ce public. « Nous sommes dans la réparation et pas dans la création ». Une formation complémentaire à la gestion de l’information serait peut-être une des réponses à ce problème, tout comme des formations décalées, innovantes pour des publics hors champs actuels.

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Ces cinq rôles ne peuvent sans doute pas être investis de front, ils n’ont pour but que de donner des pistes de réflexion qu’il importe ensuite de valider et de hiérarchiser. L’association ne peut faire l’économie d’une véritable réflexion stratégique pour décider de l’objectif à atteindre et des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. La discussion dégage essentiellement deux types d’actions : une veille active sur plusieurs fronts et la création de nœuds de rencontres, deux actions qui se répondent l’une à l’autre.

Deux lignes d’action

Mener une veille active sur les expériences de formation à distance, les licences professionnelles et les référentiels

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Cette veille, tâche difficile et « chronophage » servirait plusieurs buts : l’identification et la sélection de partenaires potentiels et la constitution d’un état de l’art. De cette veille émergerait la possibilité de sélectionner deux ou trois licences professionnelles dans le cœur de métier de l’ADBS, de s’y associer et de déposer au ministère de l’Éducation nationale un dossier dans le cadre du plan de développement de la VAE. Alain Gonzalez cite la licence professionnelle sur l’animation de sites web montée à Paris-XIII. Que l’ADBS n’ait pas été contactée et ne soit pas apparue comme un point de passage obligé lui semble dommageable, car la complémentarité pourrait jouer à plein. Le programme d’un campus numérique RéseauDoc à Nanterre, qui poursuit les mêmes approches que l’ADBS sur la formation à distance, est également évoqué. Deux exemples où une synergie pourrait exister.

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Le recensement des référentiels des métiers voisins poursuivrait un but différent, assimilable à la démarche entreprise par la commission Formation de l’ADBS sur les formations initiales. Cet état de l’art constituerait une base de discussion avec les pouvoirs publics et permettrait d’alerter concrètement sur certains dysfonctionnements.

Provoquer des carrefours et des rencontres

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L’ADBS seule, malgré sa taille, ses compétences, sa structure, ne peut accroître sa notoriété. Celle-ci passe nécessairement par des alliances, des rapprochements, des liens. Jacques Perriault suggère de contacter le Forum français pour la formation ouverte à distance (FFFOD) avec lequel l’AFNOR vient de signer un accord pour créer un référentiel de bonnes pratiques. S’insérer dans ce type de réseaux apporterait à l’ADBS une visibilité qui lui fait actuellement défaut. Relancer les contacts en direction du Conseil national des universités (CNU) pourrait également être bénéfique. Ces actions de mise en relation aideraient à désenclaver la fonction « documentaliste » et permettraient à l’association d’être actrice à part entière dans ce secteur très mouvant qu’est la formation aujourd’hui. Un rapprochement entre la formation continue de l’ADBS et d’autres formations continues professionnalisantes favoriserait la reconnaissance de stages ADBS comme constitutifs de partie de diplômes professionnels à l’université ou à l’INTD. Ce modèle de relations entre université et association représentant des acteurs de la formation professionnelle fonctionne dans certains secteurs comme le social ; il pourrait être une source d’inspiration bénéfique pour le secteur de l’information et documentation.

Forces et fragilités

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Dotée de solides atouts, l’ADBS ne doit pas pour autant négliger certains risques :

  • l’ambiguïté du double rôle d’organisme certificateur et de prescripteur de formation qui est celui de l’ADBS impose une clarification ;

  • la scission entre ses services Emploi-Certification-Référentiels et Formation continue peut être perçue négativement à l’extérieur ;

  • le statut de bénévole de son président, sans décharge de fonction, l’empêche de déployer toutes les actions de lobbying pourtant indispensables ;

  • un renouveau est nécessaire parmi les animateurs : il importe de motiver une nouvelle génération de bénévoles.

Consciente de ses forces et de ses faiblesses, résolue sur les axes de travail à privilégier, l’ADBS abordera alors sa cinquième décennie en héritière de son passé et porteuse de projets pour l’avenir.

Notes

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Cet article est issu de la deuxième partie d’une table ronde organisée et animée par Annette Cattenat, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris-VIII, vice-présidente de l’ADBS chargée de la formation et coprésidente de la commission Formation. Voir la liste complète des participants page 105.

Résumé

Français

L’évolution des métiers de l’information et documentation et celle de la société tout entière conduisent l’Association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS) à s’interroger sur les mutations en cours et les perspectives des dispositifs de formation - qu’il s’agisse de formations initiales ou continues. Les réflexions présentées dans cet article, issues d’une rencontre entre des animateurs de l’ADBS, engagés à des titres divers sur le terrain de la formation, et des acteurs de la formation extérieurs à l’association, proposent à celle-ci, à sa commission Formation et à son service Formation continue un certain nombre de pistes d’action pour l’avenir.

Plan de l'article

  1. Cinq rôles pour l’ADBS
    1. Influence, alerte et pression
    2. Garantie dans la certification et la valorisation des acquis de l’expérience
    3. Participation à la recomposition d’une politique d’information locale
    4. Contribution à la formalisation et à la sensibilisation aux normes
    5. Soutien aux victimes de la bulle Internet
  2. Deux lignes d’action
    1. Mener une veille active sur les expériences de formation à distance, les licences professionnelles et les référentiels
    2. Provoquer des carrefours et des rencontres
  3. Forces et fragilités

Pour citer cet article

Gicquel Florence, « L'ADBS et la formation. Des pistes pour l'avenir», Documentaliste-Sciences de l'Information 2/2003 (Vol. 40) , p. 138-140
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2003-2-page-138.htm.
DOI : 10.3917/docsi.402.0138.


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