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Documentaliste-Sciences de l'Information

2003/2 (Vol. 40)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.402.0094
  • Éditeur : A.D.B.S.

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C’EST SUR UNE IDEE D’ANCIENS ELEVES de l’Institut national des techniques de la documentation (INTD) qu’a été créée l’ADBS. Le secteur documentaire des années soixante compte alors peu de structures regroupant ceux que l’on n’appelle pas encore des professionnels de l’information et documentation.

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Seules trois ou quatre structures coexistent alors en France [1][1] Il existait aussi, au niveau international, une Association... : l’Association des anciens élèves et élèves de l’INTD (AINTD) mais, comme le rappelle Jean Thoumin, être « ancien élève d’une institution était une chose, mais cela ne s’ouvrait pas sur un milieu professionnel plus concret, plus compact » ; l’Union française des organismes de documentation (UFOD), avec son association d’anciens élèves, mais peu active ni représentative des professionnels ; la commission Information-Documentation de l’Association nationale de la recherche technique (ANRT) ; enfin l’Association des bibliothécaires français (ABF) qui se consacre à cette seule catégorie de professionnels.

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La nécessité de créer une association qui accueillerait les professionnels de l’information et documentation, dans toute leur diversité, s’impose à plusieurs anciens élèves de l’INTD dont Chantal Mouttet, Jean Thoumin et Jean Hassenforder. Conscients, selon les termes de ce dernier, « qu’une association d’anciens élèves d’une institution de formation ne pouvait, à elle seule, animer le milieu professionnel et contribuer à sa promotion », ils se rapprochent de professionnels issus de formations différentes, tels Madeleine Gouverneur et Eudes de La Potterie. L’objet de la nouvelle association est clairement de « développer les liens et les échanges à l’intérieur de la profession, [d’]assurer la défense des intérêts, la promotion et le perfectionnement de tous ceux qui exercent une activité documentaire ».

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D’emblée, avant même sa création officielle, le choix du nom de l’association suscite de nombreux débats. À l’exemple de l’Aslib anglaise, dont Madeleine Gouverneur se sent proche, l’association souhaite accueillir les bibliothécaires spécialisés, dans le but de rassembler des professionnels – bibliothécaires ou documentalistes – exerçant des fonctions similaires. L’appellation « association des professionnels de l’information » est celle qui conviendrait le mieux. Cette dénomination ne rencontre cependant pas d’échos dans les années soixante : « elle touche encore moins de monde que l’appellation de documentaliste ! », précise Jean Thoumin. La difficulté est contournée par le choix le plus simple, et ainsi naît l’« Association française des documentalistes et des bibliothécaires spécialisés ». À son tour le choix du sigle suscite la discussion. Finalement les partisans d’ADBS l’emportent sur ceux d’ADOBIS.

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Une fois le nom et le sigle adoptés, il reste à structurer et organiser l’association. Les compétences et les qualités d’animateur d’Eudes de La Potterie, alliées au fait qu’il n’est pas issu de l’INTD, le désignent tout naturellement comme président. Chantal Mouttet, déjà dynamique secrétaire générale de l’AINTD, devient secrétaire générale de cette nouvelle association et, travaillant à l’École polytechnique, elle facilite l’hébergement provisoire de l’ADBS au Laboratoire de physique des milieux ionisés de cette institution : « L’association démarre sur des sièges hétéroclites au fin fond d’un laboratoire de sciences physiques », s’amusent Jean Thoumin et Jacques Chaumier.

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Ressentie comme une association concurrente par une certaine frange de la profession, l’ADBS ne remporte pas tous les suffrages et est confrontée à une opposition larvée émanant de l’AINTD, de l’UFOD et de certains bibliothécaires. Jean Thoumin se remémore ce climat où « les anciens élèves [de l’INTD] pouvaient se sentir dépossédés » et Charles Monsch se souvient de « l’espèce de confrérie que représentait l’UFOD où Jean de Laclémandière jouait un rôle presque occulte d’opposant à la création de l’association ». Très actif par la suite, Charles Monsch explique ses réticences à la création de l’ADBS par les très grandes admiration et fidélité qu’il vouait à ses maîtres de l’INTD : « Nous vivions dans le rayonnement de nos maîtres Éric de Grolier, Henriot Marty de la Chambre de commerce de Paris, Mademoiselle Briet, et pensions leur devenir infidèles en nous inféodant à un autre groupement ». Faisant fi des polémiques, l’association démarre, forte des talents de ses fondateurs, de leur fougue et de leur ténacité.

1 - Les premières années : 1963-1970

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La présidence d’Eudes de La Potterie dure plus de dix ans, de 1963 à 1974, pendant lesquels il assoit et développe l’association [voir page 97]. L’ADBS ne se limite pas à défendre l’intérêt de ses membres mais vise à assurer la promotion, la qualification et la reconnaissance de leurs métiers. Lieu d’échanges, de transfert de savoirs et de réflexion, l’ADBS organise l’essentiel de ses activités, pendant les premières années, autour de quatre grands axes : les groupes sectoriels, les commissions, les visites et les publications. Puis, à partir des années 1969-70, son champ d’action s’élargit pour s’étendre à la formation, à la participation aux travaux officiels et à une concertation avec les autres associations professionnelles du secteur documentaire.

Début des activités, ébauche de structuration

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Les groupes sectoriels. Les premiers « groupes d’étude » concernent les Sciences sociales, sur l’initiative de Luce Kellermann, l’Économie générale, sous la responsabilité de Lucien Fouquet, et l’Urbanisme-Habitat, animé par Jacques Chaumier. S’y ajoutent très rapidement les Pays en voie de développement, la Presse et les Sciences et techniques. Tout à la fois nœuds de rencontres et de confrontation dans un même secteur d’activités, groupes d’experts et relais d’informations pour l’association, ces groupes sectoriels déclinent leurs réalisations sur plusieurs plans :

  • travaux sur les instruments de travail avec la réalisation de répertoires, dictionnaires de sigles, catalogues de périodiques, bibliographies sélectives, etc. ;

  • confrontations techniques sur les méthodes d’élaboration de thésaurus, les techniques d’automatisation documentaire, etc. ;

  • problèmes professionnels : études sur les salaires, le profil des documentalistes, les freins à l’automatisation, etc.

En 1968, les six groupes comptent chacun 50 à 70 membres dont une vingtaine participe régulièrement aux réunions. Cette année-là voit également deux innovations : l’établissement du règlement intérieur qui définit les objectifs et le fonctionnement de ces groupes d’étude (qui prendront en 1971 l’appellation définitive de « groupes sectoriels ») et la création du groupe Éducation animé par Jean Hassenforder. En 1970, le docteur Jean-Michel Lestang anime le nouveau groupe Médecine-Pharmacie-Biologie.

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L’ampleur des activités des groupes sectoriels est telle que la structure en sous-groupes devient nécessaire. Précurseur, le groupe Sciences sociales avait déjà créé deux sous-groupes : Recherche et Action sociale. Dès 1969, le groupe Économie générale se scinde en trois sections : Économie régionale, Économie de l’entreprise, Économie bancaire. Le groupe Sciences et techniques lui emboîte le pas et met en place les sous-groupes Chimie, Industrie et Électronique.

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L’apport de ces groupes d’étude se mesure essentiellement en termes d’échanges de savoirs, de formalisation et de constitution de réseaux d’informations. « J’ai toujours beaucoup cru aux réseaux personnels » insiste Brigitte Benest, bien utiles quand on devait faire face aux questions les plus diverses telles que « la densité du café torréfié ou moulu ou le fait de savoir si le Général de Gaulle jouait au tennis ou au bridge. » Danièle Dégez se souvient du groupe Presse comme de « l’un des premiers groupes à travailler avec la province… » et de l’efficacité de son réseau de solidarité. Charles Monsch l’illustre par ces propos : « Lors de la mort du général Franco, le chef du service diplomatique monte à la documentation de La Croix demander le dossier. Celui-ci a disparu ! Aussitôt je téléphone aux documentalistes du Figaro et de L’Humanité et 20 minutes plus tard un cycliste dépose les documents. De plus ils avaient pris soin d’oblitérer les tampons Figaro et Humanité !… ». Danièle Dégez conclut : « Bien avant Internet on avait une efficacité dans l’échange d’informations. »

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Les visites de centres de documentation, occasions d’échanger et d’enrichir son carnet d’adresses, semblent constituer une autre activité très appréciée des membres de la jeune ADBS. Son succès grandissant nécessite une organisation que Lucien Fouquet (de la Sema) prend en charge. En 1967, quatorze visites sont effectuées dans onze organismes [2][2] Notamment RTL, CSF, SVP, SERC, Centre national du commerce.... Ces visites contribuent à la formation en informant concrètement sur des techniques de base : « Comme on n’a pas de moyen aussi universel que l’informatique, comme les techniques ont été faites de manière individuelle, l’apport des visites c’est de montrer ce qui fonctionne et de quelle manière sur des choses très matérielles : la circulation des revues, le classement et l’organisation des fiches, l’organisation d’un planning… », explique Jean Thoumin.

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Etroitement liées à l’évolution des techniques et au développement de l’automatisation documentaire, les visites privilégient les réalisations pilotes et les expériences concrètes d’automatisation. Chaque année, trois à quatre cents personnes participent à ces visites et les principaux centres de documentation les accueillent. La liste est longue [3][3] Y figurent entre autres : Elf, l’Insee, la Datar, le.... En 1977, Lucien Fouquet quitte le Conseil d’administration mais accepte de poursuivre l’organisation des visites. Cette activité s’éteindra progressivement au fur et à mesure du développement des groupes sectoriels et régionaux qui, offrant la possibilité de visiter des centres de documentation dans un secteur d’activité précis ou dans un espace géographique limité, la reprendront à leur compte.

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Les commissions. Par opposition aux groupes sectoriels, les commissions se veulent transversales. L’une prend en charge l’enquête sur les salaires conduite par Jean Thoumin ; une autre, la Commission bibliographique animée par Marie-Claude Vignes, élabore la bibliographie de la littérature d’expression française sur le thème de la documentation.

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Une autre importante commission transversale, créée par André Chonez en 1969 puis animée par Madeleine Wolff-Terroine à partir de 1972, a pour thème Techniques et méthodes documentaires. Elle comprend trois sous-commissions : Informatique documentaire (créée dès l’origine et dont le responsable est Jacques Chaumier), Langages documentaires (créée dès 1970 et animée par Danièle Dégez) et Reprographie (un temps animée par Michel van Dyk). Si les deux premières sont efficaces et productives, la troisième, faute d’un nouvel animateur, a du mal à démarrer [4][4] Elle se reconstituera néanmoins et se mobilisera en....

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Une commission sur les problèmes professionnels, présidée par Jean Thoumin, avait vu le jour en 1968 et travaillé sur la fonction et le rôle des documentalistes, leur formation, l’évolution et la modernisation des techniques, l’image et le rôle de la documentation dans la société contemporaine. Parvenir au « manifeste de la profession » est l’ambition affichée. Les travaux de cette commission, préfiguration de ce qui sera plus tard la commission Métiers et qualifications, participeront largement à la revendication du statut des documentalistes.

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Les publications. L’activité éditoriale démarre très tôt et révèle la volonté très précoce de l’association de se doter d’une revue qui serve « à la fois de moyen d’expression à une profession alors très dispersée et de support pour son information et sa formation ». Les premiers fascicules de la revue Documentaliste, publiés sous forme de numéros « spéciaux », ont pour sujets « Situation et traitement des documentalistes en France » (1964) et « L’automatisation documentaire en France » (1966). L’année suivante, la parution de cette revue devient régulière, trimestrielle d’abord, puis bimestrielle à partir de 1976. Dès 1968 est mis en place un Comité de rédaction de trois membres et la responsabilité de Documentaliste est confiée à un rédacteur en chef, André Chonez (qui, avec une éclipse de deux ans en 1977 et 1978, assurera cette fonction jusqu’en 1987).

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La revue de l’ADBS se veut ouverte à toutes les collaborations et son audience dépasse largement les seuls membres de l’association. Son contenu se partage entre réflexions, articles techniques, relations d’expériences, choix de documents élaborés par les groupes d’étude de l’ADBS et bibliographie issue des travaux de la commission animée par Marie-Claude Vignes. Bien que remplissant son rôle de médium pour l’information et la formation de la profession, Documentaliste se heurte à des problèmes de financement. En 1971, l’agence de publicité résilie son contrat, obligeant l’association à réduire le budget d’impression. Au printemps 1972, des pourparlers s’engagent entre l’ANRT et l’ADBS en vue d’une collaboration mais, l’ANRT préférant garder son indépendance, Documentaliste poursuit seule sa route. Devenue un véritable outil de travail et de référence pour tous ceux qui s’intéressent à l’activité documentaire, la revue dépasse les frontières et compte en 1983 un tiers de ses abonnés hors ADBS en France et à l’étranger.

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Autre pan de l’activité éditoriale de l’ADBS : l’annuaire des membres. Dès la parution, en 1966, de sa première édition, il rencontre le succès. Sa richesse et sa diversité en font un instrument de travail plébiscité par les adhérents. Sa deuxième édition sortira en 1969, puis il sera ensuite réédité régulièrement.

1970 : un tournant

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L’année 1970 marque un tournant décisif dans la vie de l’association avec trois événements qui ancrent l’ADBS dans les milieux officiels et lui confèrent un rôle d’interlocuteur :

  • le Rapport de l’ADBS sur les problèmes de la documentation, publié en janvier dans un numéro hors série de la revue Documentaliste, qui définit la position de l’ADBS en France et contient un programme résumant les objectifs d’une politique nationale de la documentation ;

  • la rencontre « Le documentaliste français en 1970 », organisée le 11 avril, qui réunit 150 personnes et aboutit à de nombreuses suggestions ;

  • le communiqué commun à quatre associations (ABF, ADBS, AENSB et AINTD) qui fixe un programme de travail à moyen terme.

Eudes de La Potterie. Mars 1963 - Mars 1974

Le fondateur. Présent dès les premières heures parmi les fondateurs de l’ADBS et premier de ses présidents, Eudes de La Potterie est directeur du centre de documentation des éditions Fleurus qui appartenaient à l’Union des œuvres catholiques de France (UOCF). Il préside l’ADBS pendant plus de dix années, pendant lesquelles il assoit et développe l’association. D’une courtoisie et d’une diplomatie rares, Eudes de La Potterie sait fédérer et s’entourer de personnalités d’horizons variés. Visionnaire, il imagine dès le départ le rôle essentiel de la formation continue dans le métier de documentaliste. La mission de l’ADBS ne se limite pas pour lui à la défense de l’intérêt de ses membres, mais comprend aussi la promotion, la qualification et la reconnaissance de ses métiers par la formation professionnelle et l’édition spécialisée. Il développe également une politique de présence et de collaboration avec les organismes officiels.

Les faits marquants de sa présidence :

  • la création de l’ADBS, la mise en place des groupes sectoriels et des commissions transversales, l’organisation de rencontres et de visites

  • le lancement et le développement de l’activité éditoriale, avec la création de la revue Documentaliste qu’il dote progressivement de structures de fonctionnement stables et les premières éditions de l’annuaire des adhérents

  • la participation aux travaux d’organismes nationaux et internationaux

  • la communication vers les milieux officiels

La personnalité d’Eudes de La Potterie contribue de façon décisive à la consolidation et au développement de la jeune ADBS. Il accueille toute initiative avec intérêt et bienveillance et encourage les bonnes volontés. Très tôt, il comprend le rôle des réseaux, du carnet d’adresses, de la diffusion des idées, et la force que peut en retirer la profession. Il milite pour un rapprochement avec les associations professionnelles françaises voisines : l’ABF, l’AINTD et l’AENSB. Il s’efforce d’ancrer l’ADBS dans les milieux officiels et réfléchit aux grandes orientations d’une politique nationale de la documentation. Il accompagne depuis l’origine le développement de la revue Documentaliste - Sciences de l’information dont il restera le directeur jusqu’en 1995. Issu du monde de l’édition où il avait effectué toute sa carrière professionnelle, il se sera toujours particulièrement investi dans les projets éditoriaux de l’association, notamment dans la création en 1990 d’un secteur Éditions, et dans la définition d’une politique éditoriale à laquelle il aura été attentif jusqu’à son décès, en 2000.

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Cette même année, l’ADBS s’installe dans un local rue du Cardinal-Lemoine, résolvant ainsi son problème d’équipement, mais pour partie seulement car, le standard Odéon-Médicis étant saturé, elle n’a pas encore obtenu de ligne téléphonique… Reste également à créer un véritable secrétariat…

Figure 1

2 - Les années 1970-1983

1970-1973 : le début de la décennie

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Deux courants forts marquent cette période : l’éveil de la dimension régionale et le développement de la formation continue.

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Les premiers pas de la formation continue. Celle-ci s’intitule alors « perfectionnement ». Danièle Dégez note « ce glissement sémantique » qui n’est pas neutre et évoque « tout le débat derrière ce changement de mot ». Le rôle de l’ADBS étant de donner aux professionnels de l’information les moyens de pratiquer correctement leur métier, la formation fait partie de ses premiers objectifs. Cette activité ne doit pas pour autant concurrencer les formations traditionnelles initiales. L’emploi du mot perfectionnement évite la polémique en postulant que les personnes visées sont hors de la cible des formations initiales puisque ce sont des « professionnels (ayant) déjà de l’expérience ».

Pendant l’été 1969, l’ADBS s’installe dans son premier local fixe, 61 rue du Cardinal-Lemoine. Elle disposera bientôt d’une deuxième pièce au numéro 63 de la même rue.

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Un cycle d’études est lancé en direction « de l’ensemble des documentalistes et bibliothécaires et [de] toute personne ayant en charge de traiter et de transmettre de l’information ». Soutenu par l’Éducation nationale, ce cycle d’études, axé sur les techniques d’informatique documentaire, rencontre un succès immédiat : 14 sessions sont organisées de fin 1970 à fin 1971, qui réunissent près de 600 personnes. Cet axe de travail restera pour l’ADBS une de ses grandes forces. [Voir l’article suivant.]

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L’émergence des régions. C’est un autre changement d’envergure pour l’association. Jusqu’ici, l’ADBS était une association parisienne, à l’image d’une France encore très centralisée. Comme le rappelle Jean Thoumin, la plupart « des centres de documentation étaient à Paris », en tout cas ceux dont les animateurs s’étaient investis dans l’association. Les années soixante-dix voient la mise en place des premières délégations régionales. En novembre 1970 est créée celle du Nord et deux mois plus tard, le 26 janvier 1971, naît la délégation régionale Est. Cette participation des régions revêt pour l’association une importance considérable, qui n’échappe pas à son président. Lors de l’assemblée générale de juin 1971, Eudes de La Potterie conclut : « …avec le perfectionnement et la régionalisation, nous abordons une nouvelle étape dans la vie de l’ADBS… Je crois cette fois-ci qu’il s’agit d’une dimension nouvelle dont nous ne mesurons peut-être pas encore toutes les conséquences. »

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Au terme d’une décennie d’existence, l’ADBS a réussi tout à la fois à renouveler son Conseil d’administration, insufflant un sang neuf et de nouvelles compétences, à être reconnue par les milieux officiels, notamment par sa participation aux travaux du VIe Plan, et à initier « une plate-forme de rencontre » avec les autres associations professionnelles. Cette démarche globale de collaboration avec des organismes extérieurs se poursuit par l’adhésion à la Fédération internationale de documentation (FID) et les relations nouées avec l’Association nationale de la recherche technique (ANRT).

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En 1973, Chantal Mouttet quitte son poste de secrétaire générale (sans pour autant se désengager de l’ADBS où elle exercera encore jusqu’au début des années quatre-vingt-dix de nombreuses responsabilités nationales et au sein du groupe régional Ile-de-France) et Eudes de La Potterie annonce son intention de remettre sa charge de président.

Après la présidence d’Eudes de La Potterie : 1974-1983

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Si, pendant la première décennie, la présidence est restée stable, la deuxième connaît davantage de turbulences. L’association doit faire face à des revendications internes, elle épuise trois présidents et frôle la dissolution. Madeleine Wolff-Terroine tient les rênes de 1974 à 1978 [voir ci-contre], Danièle Dégez la remplace [voir page 101] puis se retire de la présidence en juin 1980, tout en restant au Conseil d’administration. Pierre Pelou assume alors pour un an la charge de « président intérimaire » [voir page 103], puis Jean Meyriat prend la suite jusqu’en 1985 [voir page 115]. Cette période est marquée par un développement un peu anarchique et un grand foisonnement d’initiatives et d’activités.

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L’affirmation des régions. C’est l’époque du grand boom des créations de délégations régionales, un virage décisif dans l’évolution de l’association : Languedoc-Roussillon, Bourgogne, Auvergne, Rhône-Alpes. Le 10 avril 1975, démarrage de la région Centre. Le 2 juin 1976, c’est l’Aquitaine. En 1978, les Pays de Loire… C’est également la période où se révèle le clivage entre Grenoble et Lyon au sein de la région Rhône-Alpes. Dualité difficilement compréhensible vue de Paris. Pourtant « la région Rhône-Alpes est grande comme la Suisse et a toujours eu des difficultés à trouver son identité », explique Andrée Verdiel. Finalement la répartition se fait dans le consensus : Lyon s’oriente vers le recensement des unités documentaires, et Grenoble vers la formation. L’antenne grenobloise est à l’origine, sur l’initiative de Françoise Blamoutier et d’Andrée Verdiel, de la création du premier DUT en formation continue proposé en modules capitalisables (forme très originale pour l’époque) dont la première promotion sort en 1981.

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Le dynamisme des régions entraîne une multiplication d’initiatives locales qui se satisfont mal de la structure centralisée de l’ADBS. Jean Thoumin constate qu’il n’y avait pas de « jacobinisme effréné, mais les régions réclamaient beaucoup – plus qu’il n’était immédiatement possible de leur accorder – et, pour un faible nombre d’entre elles, les revendications prenaient une tournure agressive ». Certaines régions conçoivent mal de financer leurs actions alors qu’elles contribuent au budget national par leurs adhésions. Andrée Verdiel souligne « la difficulté pour les régions qui contrairement aux secteurs ne disposaient pas de l’infrastructure ADBS ». Le dialogue se tend entre Paris et les régions, une méfiance réciproque s’installe, allant jusqu’à l’évocation d’une structure en fédération impliquant une autonomie financière et juridique. L’argument du nombre d’adhérents milite en faveur de la structure nationale : si le chiffre global de 1.800 adhérents a un poids [5][5] L’évolution avait été la suivante : environ 750 adhérents..., il ne représente plus grand-chose éclaté en plusieurs unités. La structure nationale persiste et l’emporte sur la fédération.

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Néanmoins, accorder une place plus importante aux régions s’impose. Un travail de reconnaissance est entrepris qui donne lieu à plusieurs évolutions : nouveau projet de texte sur l’organisation régionale le 31 janvier 1978, création d’un Conseil des régions qui se réunit pour la première fois le 18 avril 1978, participation au Conseil d’administration de deux représentants [6][6] Le nombre de ces représentants sera ultérieurement... désignés par le Conseil des régions, réforme des statuts en 1983.

Figure 1

Madeleine Wolff-Terroine. Mars 1974 - Mai 1978

Le précurseur. Directrice du Centre d’information sur le cancer à l’Institut Gustave Roussy, Madeleine Wolff-Terroine n’est pas documentaliste et a appris la documentation a posteriori, en complément de sa formation scientifique. Vice-présidente de l’ADBS en juin 1973, elle en accepte la présidence un an plus tard. Elle réagit contre « le masochisme permanent qui régnait dans le milieu documentaire et qui ne se justifiait pas ». Partant du principe que « les documentalistes ne pourraient se défendre dans l’avenir que s’ils perfectionnaient leur éducation et leur formation de façon permanente », elle oriente la majorité de ses actions vers une constante professionnalisation du métier.

Les faits marquants de sa présidence :

  • le lancement des premières collections d’ouvrages

  • la publication dans la revue Documentaliste d’articles plus scientifiques, dans l’idée de « rehausser le niveau moyen et de perfectionner sans arrêt »

  • la création d’un congrès sur l’information et la documentation : « Horrifiée de voir que rien n’existait sur le plan français » et que cette absence de représentation nationale pénalisait fortement l’ADBS vis-à-vis des autres associations européennes, elle parie audacieusement sur cette manifestation qui deviendra le congrès IDT

  • la volonté de faire reconnaître l’ADBS comme un interlocuteur valable auprès des instances nationales nouvellement créées. Elle multiplie les contacts et mène une politique d’ouverture vers des institutions qui œuvrent à la frontière de la documentation

Dotée d’une claire vision politique et stratégique, Madeleine Wolff-Terroine a de grandes ambitions pour l’ADBS. Sa volonté de donner à l’association un rôle d’influence et de présence, son souci d’aller vite, alliés à sa forte personnalité, l’éloignent peut-être un peu de la base, alors peu concernée par ces préoccupations stratégiques, mais impulsent une dynamique dont profiteront l’ensemble des adhérents et de la profession. Elle contribue à la naissance de l’esprit documentaire et à la professionnalisation du métier.

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La création du congrès. Cette période mouvementée est une phase d’extrême dynamisme. C’est elle qui voit la création du « premier congrès national français sur l’information et la documentation ».

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À l’initiative de Madeleine Wolff-Terroine, « horrifiée de voir que rien n’existait sur le plan français », le premier congrès national sur l’information et la documentation se déroule en 1974. Il suit un rythme biennal (sauf en 1978 où il est repoussé à l’année suivante) jusqu’en 1993. En 1981 il prend l’appellation d’IDT, « Information, Documentation, Télématique », et réunit plus de 800 personnes. À la demande du conseil des régions de 1980 et sur proposition du groupe régional, il est décentralisé en 1983 à Grenoble et, sur une suggestion de Françoise Blamoutier, prend son appellation définitive : « Information, Documentation, Transfert des connaissances ».

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Cette première incursion hors Paris remporte un grand succès. Andrée Verdiel évoque la très grande mobilisation de toute la région et en particulier le soutien de l’ANRT-Rhône-Alpes. Une synergie associative se met en place et l’ABF, qui avait tenu son congrès national dans la même ville en 1982, ouvre ses dossiers. Andrée Verdiel relie ce dynamisme au contexte politique d’alors, « dû à la décentralisation et qui avait libéré des énergies, modifié la répartition des compétences et fait émerger un nouveau partenaire : la région ». Portée par ce mouvement, la décentralisation d’IDT en province se poursuit, à Strasbourg en 1987 et à Bordeaux en 1991. En 1993, IDT deviendra définitivement annuel et parisien, jusqu’en 2002.

Deuxième siège de l’association, l’immeuble du avenue ranco-Russe abritera l’ADBS de 1978 à 1989.

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La diffusion des techniques documentaires. Ces années sont également celles du développement de l’informatique documentaire. La commission Techniques et méthodes documentaires animée par Jacques Chaumier œuvre pour la vulgarisation technique et la diffusion des outils. Sa contribution se traduit notamment par des articles dans la revue Documentaliste et la publication de numéros spéciaux. Sa participation (par le biais de sa sous-commission Reprographie) à la journée des documentalistes le 24 septembre 1974 dans le cadre du Sicob lui donne une large audience. À cette occasion, un exposé sur les futurs matériels de reprographie et des démonstrations sur les systèmes documentaires existants en France sont présentés. Le 19 septembre 1979, 426 personnes assistent à la journée Sicob « Informatique ou bureautique, quel choix pour la fonction documentaire ? » : 366 personnes assises et 60 debout !

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Cette période d’essor de la micro-informatique s’apparente à un âge d’or pour les documentalistes qui reprennent le pouvoir des mains des informaticiens. Le paramétrage des outils leur laisse la liberté d’inventer et d’aboutir à des applications personnalisées. Éric Sutter souligne leur capacité d’innovation au niveau technique. Les documentalistes « prenaient en main leur métier et avaient une influence sur les outils ou les méthodes ; les normes par exemple étaient faites par les professionnels ». Il voit en l’ADBS « un outil d’accompagnement de la compétence de professionnels » dont l’action s’inscrit dans « l’influence [qu’a eue l’ADBS] sur le milieu professionnel au sens large. C’est parce qu’il y avait des réseaux de documentalistes que des réseaux d’institutions se sont mis en place. »

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C’est à cette époque aussi que s’intensifie un peu l’activité éditoriale de l’association, toujours inspirée et conduite par Eudes de La Potterie. En plus de la revue et de l’annuaire, d’autres ouvrages sont ponctuellement publiés par l’ADBS, sur l’initiative des commissions, des groupes sectoriels et bientôt des groupes régionaux : des dictionnaires de sigles, des annuaires et répertoires sectoriels et régionaux, des actes de journées d’études ou colloques, de travaux universitaires même. Des études de Logiciels et systèmes documentaires voient aussi le jour, en collaboration parfois avec des partenaires extérieurs, dans une éphémère collection inaugurée en 1975 avec une étude sur les salaires des documentalistes français : « Les cahiers de l’ADBS : sciences et techniques de l’information ».

3 - Vingt ans après : ouverture, reconnaissance, professionnalisme

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Le dynamisme apparaît largement impulsé par l’association. Cette action sur l’environnement se retrouve au niveau de la position politique que l’ADBS entend occuper. Jean Thoumin insiste sur la conscience que l’association a, dès le départ, de son « besoin d’une reconnaissance publique ». Elle tente de s’appuyer sur des relais extérieurs au strict milieu professionnel, et des structures telles un « comité de notoriété » sont expérimentées, mais sans réel succès. Micette Hercelin rend hommage à l’action de « Madeleine Wolff-Terroine et Pierre Pelou qui ont enfoncé la porte du privé », diversifiant ainsi le Conseil d’administration de l’ADBS où le secteur public était sur-représenté au détriment des centres privés. La participation aux travaux des principaux organismes nationaux et internationaux et en particulier à ceux du BNIST assure à l’ADBS une reconnaissance comme interlocuteur pendant cette période. Pour autant, cette ouverture vers l’extérieur n’est jamais acquise et demande une mobilisation sans relâche qui suppose une énergie considérable. Action qui sera sans cesse renouvelée au cours des vingt années suivantes.

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Initiatives et ouverture vers l’extérieur ne doivent pourtant pas masquer le manque cruel d’équipement que vit l’association à cette époque. Tout repose sur les bénévoles et chacun met à contribution son employeur, son mari ou ses enfants pour servir la « cause ADBS ». En juillet 1978, l’association déménage de la rue du Cardinal-Lemoine pour l’avenue Franco-Russe. Faute de budget, point d’inauguration. Comme le résume Danièle Dégez : « On n’avait pas d’argent, on n’avait pas de moyens. C’était passionnant d’un côté et invivable de l’autre. » Le recrutement des premiers permanents entraîne un nouveau type de relation et nécessite un apprivoisement réciproque entre permanents et bénévoles. Une organisation plus professionnelle s’impose pour dépasser l’amateurisme. Un secrétariat permanent est créé et l’embauche de personnes qualifiées se systématise. La recherche et l’obtention ponctuelle de crédits, le développement de la formation annoncent une assise financière saine.

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La voie est tracée pour aborder les prochaines décennies sous des auspices favorables.

Figure 1

Danièle Dégez. Mai 1978 - Juin 1980

Le modérateur. Venue des sciences sociales et alors chef du service Documentation du journal Le Monde, Danièle Dégez-Vataire, qui n’a pas suivi de formation au métier de documentaliste, est « partie de la base, adhérente très tôt, a suivi toutes les étapes et connaît les préoccupations de l’adhérent ». Sollicitée pour la présidence de l’ADBS, elle trouve une association devant faire face aux revendications d’autonomie juridique et financière de certaines régions. Perçue par les régions comme « l’association des notables parisiens », l’ADBS atteint ses limites aussi sur le front parisien avec l’essoufflement des bénévoles. Danièle Dégez s’emploie à rassurer les adhérents, elle se déplace en région pour enrayer la montée des dissensions. Elle assure également le déménagement de la rue du Cardinal-Lemoine vers l’avenue Franco-Russe.

Les faits marquants de sa présidence :

  • le dialogue renoué avec la base et les débuts d’organisation et de structure des régions (règlement intérieur)

  • l’engagement d’une réflexion sur la limitation de la durée des mandats des élus

  • le développement de la formation pour réagir aux « gémissements de la profession »

  • le rapprochement avec d’autres associations professionnelles, en préfiguration de ce qui deviendra l’ABCD

Danièle Dégez vit une période difficile et troublée où l’association cherche son équilibre entre les initiatives locales et l’ambition nationale, entre l’accroissement des tâches matérielles et le manque de moyens. La charge de la présidente n’en est que plus écrasante. Son retrait, en raison de contraintes familiales et professionnelles, ouvre une crise qui est heureusement résolue par l’élection de Pierre Pelou.

La documentation en mutation

Article paru le 1er février 1975 dans Le Monde, quelques semaines après le premier congrès organisé par l’ADBS et l’ANRT.

« Le premier congrès national français sur l’information et la documentation qui s’est réuni récemment à Paris a rassemblé plus de cinq cents personnes venues aussi bien de France que de l’étranger (Luxembourg, Belgique, Espagne, Grande-Bretagne, Brésil, Togo, entre autres).

Cette confrontation internationale aura permis de constater l’évolution d’une profession orientée de plus en plus vers l’automatisation et qui réclame, de ce fait, des spécialistes de haut niveau.

Or, actuellement, les élèves formés soit par les I.U.T., soit par l’Institut national des techniques documentaires (I.N.D.T.), soit à l’Ecole des sciences politiques, pour ne parler que des centres de formation à la documentation les plus connus, sont essentiellement des littéraires qui, déçus par l’enseignement ou abandonnant en cours de route une licence de lettres, s’orientent vers la documentation.

De plus, on apprend à ces jeunes les techniques traditionnelles avec, dans le meilleur des cas, une simple teinture d’informatique, et ils sont ainsi condamnés à des tâches subalternes auxquelles leurs études universitaires ne les ont pas préparés psychologiquement.

Ce grave problème n’est pas nouveau mais devient crucial dans la crise traversée. La carrière de ces jeunes est d’autant plus compromise que bien des entreprises considèrent encore que la documentation n’exige pas de spécialistes et n’engagent pas des diplômés de cette discipline.

Une réforme des études mais également une campagne d’information des employeurs et des futurs élèves devraient être organisées.

Le programme de ce congrès, organisé par l’A.D.B.S. (Association des documentalistes et bibliothécaires spécialisés) et l’A.N.R.T. (Association nationale de la recherche technique), avec l’aide du B.N.I.S.T. (Bureau national de l’information scientifique et technique) et de la D.R.M.E. (Direction des recherches et moyens d’essais), comportait trois thèmes essentiels :

  • L’organisation des réseaux d’information ;

  • La recherches en science de l’information ;

  • Les systèmes multilingues.

La première journée du Congrès consacrée à l’organisation des réseaux a permis de voir un certain nombre de réseaux en cours de création ou déjà opérationnels dans différents domaines : agriculture, bâtiment, énergie nucléaire, ainsi que ceux organisés par les bibliothèques et les chambres de commerce… D’autre part, les problèmes psychologiques qui, souvent, amènent l’échec de certains projets ont été abordés dans une mise en garde adressée aux « décideurs » et « concepteurs » de réseaux sur leurs motivations profondes.

La recherche en science de l’information a permis de voir que, si la France a encore bien du chemin à parcourir, un certain nombre de recherches originales commencent à voir le jour. Le B.N.I.S.T. organise actuellement une enquête sur les recherches en cours dans les sciences de l’information. La linguistique est une des disciplines qui peut apporter le plus dans la création des sytèmes documentaires automatisés. Les recherches dans le domaine de la composition automatique sont également prometteuses (ce thème devrait être inscrit dans les programmes de formation à la documentation).

L’étude des systèmes multilingues a permis d’aborder essentiellement, les problèmes de thésaurus – le système Titus de l’Institut textile de France, qui permet la traduction automatique de résumés, montre une voie nouvelle dans ce domaine. Après le bel enthousiasme des années 60, la traduction automatique semblait se heurter à des problèmes insolubles, l’approche du système Titus montre l’intérêt des recherches dans ce domaine. Il faudrait, en réalité, citer tous les exposés qui, malgré (ou grâce à) leur brièveté, ont donné envie d’approfondir les thèmes nouveaux pour la majorité des documentalistes présents.

Les chiffres donnés sur l’augmentation de la production documentaire sont tellement vertigineux qu’il semble que seule la crise du papier apportera un peu de modération. Ainsi, dans ce domaine comme dans d’autres, c’est la pénurie de matière première qui permet une prise de conscience, bénéfique pour tous.

Danièle Degez-Vataire

Que va devenir le métier de documentaliste ?

Article paru le 10 mars 1979 dans Le Monde, quelques jours avant l’ouverture du troisième congrès des professionnels de l’I&D.

« Le troisème congrès national français sur l’information et la documentation [1] aura lieu les 15 et 16 mars 1979 à Paris, sous le haut patronage de M. Pierre Aigrain, secrétaire d’Etat à la recherche.

Si les deux premiers congrès (décembre 1974 et novembre 1976) avaient déjà souligné l’informatisation progressive des techniques documentaitres et la nécessité, pour les professionnels, de s’y adapter, le prochain devrait permettre de tracer les grandes lignes de ce que sera le développement de ce secteur.

La prise de conscience, récente, et au plus haut niveau, de la nécessité de créer des systèmes français de documentation automatisés afin de ne plus dépendre uniquement des bases de données américaines, a entraîné une série de décisions qui risquent de bouleverser le métier de spécialiste de l’information et de la documentation.

Même si les bilbiothécaires et documentalistes ne sont pas évoqués dans le rapport Nora-Minc, il est évident que ces professions devront, parmi les premières, se reconvertir si elles veulent survivre.

Déjà, en 1978, on a vu le lancement des « gros serveurs » (mise sur un ordinateur central d’un grand nombre de fichiers documentaires) et la création de l’Agence universitaire de documentation et d’information scientifiques et techniques (AUDIST) [2], chargée de développer l’automatisation dans le secteur des bibliothèques. Et en octobre [3], et surtout en décembre [4], le conseil des ministres a pris des décisions qui concernent tous les professionnels de l’information et de la documentation. Une partie des crédits annuels prévus dans le plan d’informatisation (450 millions de francs) seront, en effet, consacrés à ce secteur. Mais les fonctions exactes des instances existantes, ou qui vont être créées, ne sont pas clairement définies. La perspective des crédits publics (qui entraîne une lutte souterraine mais acharnée entre ceux qui espèrent des retombées) et le manque de concertation avec les milieux professionnels provoquent une certaine inquiétude parmi les spécialistes.

Il faut souhaiter que le prochain congrès aidera à mieux comprendre les missions respectives de l’AUDIST, du BNIST, de la mission à l’informatique, du secrétariat à la recherche… et permettra de poser, en plus des problèmes techniques, quelques questions fondamentales. Si chacun se réjouit de voir le gouvernement investir dans le secteur des bases de données (pas seulement scientifiques), les aspects humains et sociaux doivent également être abordés. Deux, entre autres, sont essentiels. Du point de vue des utilisateurs : comment vont s’informer ceux qui ne pourront payer l’accès aux bases de données ? Du point de vue des professionnels : que va devenir le métier de documentaliste et quel avenir ont les jeunes (la plupart du temps littéraires) que l’on ne forme pas, actuellement, aux nouvelles techniques ?

Comme toujours, l’innovation technologique précède la résolution des problèmes humains. Souhaitons que le prochain congrès amène l’amorce d’un dialogue entre représentants de l’Etat et professionnels, afin de faciliter la mutation nécessaire d’un secteur essentiel à l’ère de la télématique.

Danielle Degez

[1]

Organisé par l’Association des documentalistes et bibliothécaires spécialisés (A.D.B.S.) et l’Association nationale de la recherche technique (A.N.R.T.), sous l’égide du Bureau national d’informations scientifiques et techniques (BNIST). Inscriptions T.F.I.-Congrès, 9, rue Théodore-de-Banville, 75017 Paris, tél. 720-70-50.

[2]

Le Monde du 17 octobre 1978.

[3]

Le Monde du 5 octobre 1978.

[4]

Le Monde des 7 et 8 décembre 1978.

Figure 1

Pierre Pelou. Juin 1980 - Mars 1981

Le sauveur. Vice-président depuis 1979, quand l’avenir de l’ADBS semble menacé, Pierre Pelou succède à Danièle Dégez comme président intérimaire pour un an, « au grand dam de la direction de la Documentation française » où il est chargé de mission. Il trouve une « certaine forme de démobilisation » et entreprend de donner à l’association une organisation solide et des perspectives stimulantes. Il s’assure l’appui de Robert Maes (INA) dans la fonction de secrétaire général (qu’il assurera jusqu’en 1983) et agit en parallèle sur deux fronts : l’organisation et l’ouverture vers l’extérieur. « Premier objectif : asseoir, assainir, maintenir. Deuxième : s’ouvrir. » L’essentiel étant de « ne pas rester entre documentalistes de l’administration mais de s’ouvrir au maximum sur l’extérieur », vers les grands centres de documentation.

Les faits marquants de sa présidence :

  • la création d’un véritable secrétariat et le recrutement de nouveaux permanents

  • la recherche de crédits auprès des ministères afin d’atteindre l’assainissement financier

  • la poursuite d’une activité de formation de plus en plus spécialisée

  • l’ouverture du Conseil d’administration à deux représentants désignés par le Conseil des régions et deux représentants désignés par le Conseil des secteurs

Pierre Pelou permet d’abord à l’ADBS de continuer à exister. Il réussit également à lui donner un début d’organisation durable avec le recrutement du premier délégué général et de la première responsable salariée de la formation continue, et le renforcement du secrétariat. Enfin il milite pour la reconnaissance de l’association au sein d’autres organismes. Il insuffle un air de renouveau.

Notes

[*]

Cet article est issu d’une table ronde organisée et animée par Jean-Claude Le Moal.

Ont pu participer à cette rencontre : Brigitte Benest, Jacques Chaumier, Danièle Dégez, Micette Hercelin, Charles Monsch, Éric Sutter, Jean Thoumin et Andrée Verdiel.

Ce texte a été revu par André Chonez, Jean Hassenforder, Luce Kellermann et Chantal Mouttet.

[1]

Il existait aussi, au niveau international, une Association internationale des documentalistes (AID), créée en 1962 par le docteur Jacques Samain et dont l’un des buts était de « participer à la constitution d’associations nationales ».

[2]

Notamment RTL, CSF, SVP, SERC, Centre national du commerce extérieur, IFP à Rueil, Interpol, etc.

[3]

Y figurent entre autres : Elf, l’Insee, la Datar, le Cedocar, la CCIP, NCR, l’École des mines, Minnesota en France, l’Institut Pasteur, le Musée des ATP, la Société informatique juridique et fiscale, la Société des forges et ateliers du Creusot, le système du Gibus, Reliural, La Documentation française, Brevatome, l’Inserm, la Compagnie bancaire, l’Observatoire de Paris, la pédagothèque du CNIPE, le programme Stairs chez IBM, les Archives nationales, France-Soir, l’OCPAn, etc.

[4]

Elle se reconstituera néanmoins et se mobilisera en 1974 pour son intervention au Sicob (cf. infra).

[5]

L’évolution avait été la suivante : environ 750 adhérents en 1968, 1000 en 1971, 1500 en 1973, 1600?en 1975.

[6]

Le nombre de ces représentants sera ultérieurement porté à trois. Les groupes sectoriels sont représentés de la même manière au Conseil d’administration.

Résumé

Français

À l’occasion de son quarantième anniversaire, l’Association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS) a souhaité reconstituer, à l’aide des acteurs des années 60 et 70, les premiers temps de son histoire. Cet article rassemble des informations et des témoignages relatifs aux origines, à la genèse et aux vingt premières années de ce qui s’appelait alors l’Association française des documentalistes et des bibliothécaires spécialisés : de la naissance des groupes sectoriels et commissions spécialisées à l’affirmation des régions, des débuts des publications et de la formation continue aux premiers congrès, du complet bénévolat aux premiers pas d’un secrétariat permanent.

Plan de l'article

  1. 1 - Les premières années : 1963-1970
    1. Début des activités, ébauche de structuration
    2. 1970 : un tournant
  2. 2 - Les années 1970-1983
    1. 1970-1973 : le début de la décennie
    2. Après la présidence d’Eudes de La Potterie : 1974-1983
  3. 3 - Vingt ans après : ouverture, reconnaissance, professionnalisme

Pour citer cet article

Gicquel Florence, « De la création à la professionnalisation de l'ADBS. Le temps des pionniers : 1963-1983 », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2003 (Vol. 40), p. 94-103.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2003-2-page-94.htm
DOI : 10.3917/docsi.402.0094


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