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Documentaliste-Sciences de l'Information

2003/3 (Vol. 40)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.403.0204
  • Éditeur : A.D.B.S.

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AU-DELA DE CELLES FORMULEES DANS LE PETIT ROBERT, nous mentionnerons et discuterons dans ce travail plusieurs définitions, tentatives de définitions ou approches de la notion d’interactivité, qui ont été nombreuses dans la littérature scientifique. Cette investigation systématique, travail de synthèse autour d’une notion couramment invoquée dans les études autour du multimédia et des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), nous permettra successivement d’appréhender les multiples facettes du terme, d’expliciter ce que peut effectivement recouvrir la notion d’interactivité, jusqu’à délimiter le plus précisément possible l’objet interactif et en analyser au mieux les spécificités en vue de recherches ultérieures.

INTERACTIF, IVE [EtERaktif, iv] adj. - v. 1980 ; de inter- et actif ◆ INFORMAT. Qui permet d’utiliser un mode conversationnel. Borne interactive. ◇ COUR. Qui permet une interaction. Jeu, musée interactif.

INTERACTIVITE [EtERaktivite] n. f. - v. 1980 ; de interactif ◆ INFORMAT. Activité de dialogue entre l’utilisateur d’un système informatique et la machine, par l’intermédiaire d’un écran.

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Nous nous attacherons à un certain nombre de contributions francophones depuis les années quatre-vingt, qui nous permettront successivement d’envisager la notion à partir de celle d’« interaction », les rapports que pourront par la suite entretenir « interactivité » et « interaction », la collusion entre la notion d’interactivité et celle de « dialogue », et de conclure autour d’un objet et d’un document interactif. Elles tentent de circonscrire la notion d’interactivité dans les champs des sciences de l’information, de la communication, du langage, de l’éducation – et plus précisément celui de la didactique des langues, très fécond en la matière –, de la psychologie ou de la psychosociologie, ou bien encore de l’informatique.

1 - De l’interaction à l’interactivité

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Prudemment – ou de façon entendue – intitulé « Interactivité(s) », paraît en 1985 un numéro du Bulletin de l’IDATE. Il constitue, au sein de la littérature scientifique francophone, l’une des premières contributions essentielles à la question « interactive ». L’interactivité, qui a pu initialement désigner une simple caractéristique technique des machines peu ou prou informatiques [1][1] En 1976 et avant que le terme « interactivité » ne..., devient ici objet d’étude à part entière et focalise l’attention de nombreux auteurs. Quand bien même un tel numéro serait à recontextualiser dans les années quatre-vingt – qui auront vu l’avènement de la télématique (vidéotex et services Télétel en France) et l’émergence pour les acteurs des télécommunications de nouveaux enjeux liés à l’informatique –, il inaugure une thématique qui sera reprise par la suite dans de nombreuses recherches, à travers diverses disciplines [2][2] Rabaté & Lauraire notent en 1985 n’avoir guère trouvé....

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Le caractère protéiforme que l’on reconnaîtra plus tard à la notion transparaît déjà dans ce numéro, dans la contribution de Francis Kretz autour du « concept pluriel d’interactivités » [2] ou notamment dans celle de François Rabaté et Richard Lauraire. Au carrefour de traits sémantiques construits en opposition (bi- vs unidirectionnel ; actif vs passif ; échange, dialogue, conversation vs réception passive) d’après les occurrences de la notion qu’observent ces auteurs, l’interactivité vient caractériser des dispositifs qui autorisent depuis l’« échange de message entre abonné et tête de réseau », la « communication entre interlocuteurs humains et machines », jusqu’au « dialogue entre interlocuteurs humains » ; elle peut y être explicitée comme « possibilité d’agir sur le programme » ou encore « d’intervenir dans le contenu » [3].

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Éminemment centrées sur l’usager, de telles contributions à la notion d’interactivité restent très générales quant aux « actions sur le programme » de l’ordinateur ou aux « interventions sur le contenu » informatique qu’elles évoquent. Elles n’en constituent pas moins, comme à l’époque dudit numéro, un point de départ adéquat à notre investigation : elles serviront de cadre général à la réflexion quand il s’agira d’approfondir la notion et de préciser les actions et interventions mentionnées. Apparaissent encore, dans de telles contributions, les notions de dialogue et de conversation. Si celles-ci pourront s’avérer, comme on le verra, par trop excessives, elles viennent cependant connoter – et non sans effet quant à son succès futur – la notion d’interactivité.

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Quelque douze ans plus tard, dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences de l’information et de la communication, Bernard Lamizet et Ahmed Silem proposent la définition suivante : « L’interactivité est un dispositif […] qui permet à un utilisateur humain de trier, d’accéder, de lire, voire de manipuler partie ou totalité des informations ». Si elle se révèle plus précise et technique – mais peut-être partielle – concernant les actions d’un usager devenu « utilisateur », cette définition s’accompagne d’une contribution qui permet d’entrevoir les limites d’investigations emphatiques de la notion d’interactivité, « caractère révolutionnaire des nouveaux médias, […] les émancipant de leur simple fonction-outil, jusqu’à les amener à un rôle de partenaire […] avec qui un véritable dialogue est instauré » [4]. Isabelle Vidalenc et Laid Bouzidi vont quant à eux entendre plus pragmatiquement un « système interactif […] à partir duquel l’utilisateur peut percevoir des données multimédias et agir sur le système », et l’interactivité comme « action mutuelle entre l’utilisateur et l’ordinateur » [5]. Entre-temps, Jean-Pierre Balpe, chercheur et créateur dans les domaines conjoints de la communication et des arts multimédias, aura proposé pour une notion jusque-là « assez floue, [de parler] d’interactivité chaque fois que l’utilisation d’un programme informatique fera appel à l’intervention constante d’un utilisateur humain. En ce sens interactif s’oppose à automatique » [6]. L’utilisateur humain et ses interventions se révéleront dès lors fondamentaux, dans le rapport instauré avec le dispositif technologique.

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À la suite d’Éric Barchechath et Serge Pouts-Lajus [7], initiateurs d’une distinction entre interactivité fonctionnelle et interactivité intentionnelle qui sera reprise dans de nombreux travaux, et en particulier dans le champ de la didactique et de l’enseignement assisté par ordinateur (EAO), Françoise Demaizière et Colette Dubuisson écrivent : « L’interactivité fonctionnelle [est] liée à l’ergonomie des échanges d’information avec la machine » ; « l’interactivité intentionnelle […] concerne l’engagement de l’auteur du logiciel face à l’utilisateur » [8]. Cette distinction sera fréquente sous différents vocables : dans le domaine de l’EAO, Christian Depover, Max Giardina et Philippe Marton opposent une interactivité mécanique à une interactivité significative [9] ; en matière d’écriture multimédia, Daniel Thierry parle d’interactivité d’usage et d’interactivité de contenu [10]. Dans le registre de la réception audiovisuelle, Dominique Château évoque interactivités transitive et intransitive : la première comme rétroaction, action effective du téléspectateur en retour sur le programme ; la seconde permettant « de déployer une activité sensorielle, affective et intellectuelle, au service de l’interprétation du message » [11]. Dans les champs conjoints de l’audiovisuel et du multimédia, Geneviève Jacquinot précise en d’autres termes que « l’“interactivité intransitive” […] contribue à déterminer l’interprétation du message : l’autre, qui est liée bien sûr, l’interactivité machinique ou transitive, […] ne la remplace pas » [12].

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Sur la base de telles interprétations duales de la notion, Demaizière & Dubuisson constatent que chez de nombreux auteurs, l’« interactivité […] tend vers un véritable échange bidirectionnel. […] Au niveau maximum, l’interactivité ne se distingue plus de l’interaction même si elle est médiatisée », jugement qu’elles ne partageront pourtant pas [8]. D’autres chercheurs iront plus loin dans le sens de cette réserve, comme Claire Bélisle et Monique Linard, qui n’opposeront plus deux types d’interactivité, mais renverront aux seules notions d’interactivité et d’interaction [13], stigmatisant la confusion qui pourrait être faite entre interactivité – technique – et interaction – humaine. Une telle distinction ramène à celle, soulignée par Linard [14], entre médiatisation technique – liée à l’entremise du média – et médiation humaine – qui caractérise le processus interpersonnel. Citant cet auteur, Joseph Rézeau retiendra dans le champ de la didactique des langues que « l’interaction renvoie nécessairement à une interrelation entre des personnes, ce qui exclut la possibilité d’une interaction humain-machine. […] L’interactivité reste toujours d’ordre technique » [15], ce que déjà Pierre Sansot avait quant à lui apprécié de façon plus abrupte, voyant dans l’interactivité « plutôt une relation instrumentale entre l’homme et des machines asservies à sa demande d’information » [16]. Proche sera encore le constat de Daniel Peraya, dans une optique cognitiviste, pour qui « l’interactivité appartiendrait […] à l’ordre de la relation homme-machine, tandis que la relation entre interlocuteurs – non co-présents – ressortirait alors de l’interaction » [17].

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De telles analyses, initiées dans le champ des sciences de l’éducation, seront notamment confortées dans celui des sciences de l’information et de la communication (SIC) par les conclusions d’Yves Jeanneret : « Si l’on veut désigner le lien d’anticipation mutuelle qui unit le concepteur et l’utilisateur d’un document informatisé, la notion d’interaction est tout à fait justifiée (plutôt d’ailleurs que celle d’interactivité) » [18]. Dès lors, l’interaction sous-jacente à l’interactivité ne saurait être appréhendée que via le dispositif technique. Et si Didier Paquelin parle dans le champ de l’EAO de « véritable relation d’échange entre […] le concepteur présent par l’instrument et l’utilisateur » [19], nous tâcherons d’y lire que « l’interactivité […] est la capacité à soutenir une véritable relation d’échange », quand l’un des partenaires – le concepteur – est physiquement absent de cette interaction, mais certes « présent » par le truchement de la machine, en cela conforme à l’« engagement » qu’évoquaient Demaizière & Dubuisson.

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Aussi, à ce stade de notre réflexion, et renvoyant pour plus amples arguments à d’autres de nos travaux [20], nous proposerons d’entendre pour les termes « interactif » et « interactivité », les interprétations suivantes, notamment conformes aux contributions jusque-là mentionnées : un dispositif sera dit « interactif » quand il sera susceptible d’être le siège d’une interaction avec l’homme ; l’« interactivité » mentionnera la qualité d’un tel dispositif.

2 - L’interaction simulée

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Dans la convergence technologique multimédia, où l’on retrouve télécommunications, audiovisuel et informatique, c’est en effet une caractéristique forte de ce dernier domaine qui vient imprégner l’ensemble des dispositifs issus de la rencontre. La technique informatique, étymologiquement celle du traitement automatique de l’information, a de tout temps envisagé un interlocuteur humain pouvant être lui-même fournisseur de l’information traitée et à traiter. S’il devient, à l’occasion de cette convergence, le « correspondant » à distance du monde des télécommunications, s’il reste le spectateur et auditeur cher à celui de l’image, il n’en demeure pas moins, dans les dispositifs qui nous intéressent, utilisateur et – ne serait-ce qu’a minima – fournisseur d’informations. Paul-Dominique Pomart dirait ici, pour les sciences de l’information, que « l’interactivité est consubstantielle au multimédia » [21], et Françoise Séguy, pour les SIC, que « l’interactivité se lit d’abord dans l’interface des produits informatiques » [22]. À l’occasion d’une définition d’un « espace interactif », motivée dans le champ de la recherche pédagogique, Luc-Olivier Pochon et Michèle Grossen viendront qualifier un dispositif d’« interactif » dès que « ni l’homme, ni la machine ne sont passifs à leurs actions réciproques et [que] leur activité respective crée un espace interactif original » [23].

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Entre-temps, en effet, au carrefour des travaux d’ergonomes et d’informaticiens, était né un champ relativement autonome pour l’étude de l’« interaction homme-machine » (IHM) : « ensemble des phénomènes physiques et cognitifs [intervenant] dans la réalisation de tâches informatisées » pour les uns, technologie de l’« interface homme-machine […] qui permet l’accomplissement de tâches avec le concours d’un ordinateur » pour les autres. Joëlle Coutaz notamment tentera de pallier une trop longue juxtaposition de deux approches « sans caractère unitaire et sans transfert de savoir-faire » [24]. Les motivations de l’IHM verseront pourtant au caractère opératoire des recherches, quand Laurence Nigay et Joëlle Coutaz mentionneront plus tard que « l’interaction […] est le fruit du couplage étroit entre action et réaction, entre entrée et sortie [d’informations] » [25]. Ni strictement « techno-centrée », envisageant le seul point de vue technologique, ni exclusivement focalisée sur l’utilisateur – à l’instar des nombreuses études actuelles en SIC –, une définition de l’IHM pourra être avancée par Nicolas Roussel comme « discipline consacrée à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation de systèmes informatiques interactifs destinés à des utilisateurs humains » [26]. Si la délimitation du champ s’appuie ici sur la notion même d’interactivité – nous évoquions plus haut une filiation inverse des notions –, Christophe Kolski quant à lui appellera « système interactif » « l’interface homme-machine permettant à différents utilisateurs d’effectuer des tâches relatives à une application dynamique », avant de préciser : « un système interactif consiste avant tout en un logiciel » [27]. L’ingénierie des interactions homme-machine, comme le souligne Kolski, pourra tour à tour évoquer système, application ou objet interactif ; elle ne développera pas plus avant la notion qui pointe derrière l’adjectif. Les termes ainsi étaient nés, et l’IHM – ce ne sera plus son enjeu, happée qu’elle sera par ses prochaines réalisations – ne contribuera dès lors que peu aux notions mêmes d’interactivité ou d’interaction.

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Nous tirerons pourtant de tels travaux une remarque conforme notamment à celle de Balpe, selon laquelle « les systèmes interactifs sont également appelés ouverts, par opposition aux systèmes fermés […], entièrement décrit[s] par des algorithmes » [26]. Renvoyant de cette même façon aux origines cybernétique et systémique de la notion, la définition retenue par l’AFNOR et son Dictionnaire du multimédia s’avère encore relativement formelle, entendant par interactivité un « type de relation entre deux systèmes qui fait que le comportement [de l’un] modifie le comportement de l’autre » [28]. De telles formulations ne seront pas le fait de seuls informaticiens ou spécialistes en cybernétique : Bélisle, s’intéressant comme psychosociologue aux problématiques technologiques de la formation, précise dans un même esprit « la notion d’un dispositif capable de réponses différenciées, en réaction à une intervention humaine » [29] ; Thierry Lancien, entre didactique des langues et EAO, entend de façon proche l’interactivité comme « réactions différenciées d’une machine par rapport à une intervention humaine » [30] ; au carrefour des SIC et de l’EAO, Paquelin évoquera au final le dispositif interactif comme « un système plus ou moins ouvert [et] une relation d’échange réciproque matérialisée au niveau d’une interface » [31].

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Que ce soit en matière d’IHM ou dans d’autres champs, plusieurs réflexions s’attacheront dès lors à des degrés ou types d’interactivité. Paquelin [32], citant Michel Cartier [33], évoque ainsi, selon l’implication de l’utilisateur, cinq degrés, et selon les actions de ce dernier, trois types d’interactivité (réactive, sélective et active), outre encore le caractère d’incidence interactive, selon que l’interaction modifie ou non le contenu même de l’application informatique. Il conviendra pour nous d’interroger différemment une telle interaction, qui fonde sa spécificité sur les qualités dissymétriques des deux partenaires, homme et machine, qu’elle implique. Florence Millerand, chercheuse québécoise en SIC, résume ainsi une position qui deviendra celle de nombreux auteurs, considérant l’« interactivité comme […] intimement liée à l’idée de simulation ; [permettant] la simulation d’une activité langagière, […] d’un rôle » [34]. Dans un même sens, Peraya écrit que « l’interactivité intentionnelle consiste en la simulation d’un dialogue » [35]. Demaizière replace pour sa part la situation d’EAO dans l’ordre d’une même analyse : « il y a simulation de dialogue dans une situation d’EAO, le rôle de l’ordinateur étant, justement, de faire fonctionner cette simulation »[36].

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L’idée de simulation revient chez de nombreux auteurs, qui semblent néanmoins parfois la circonscrire à une seule activité langagière quand elle pourrait s’étendre à d’autres pans de l’activité humaine. Pour ce qui renverrait alors à l’interaction, c’est-à-dire aux « activités réciproques » concrètement mises en œuvre autour d’un dispositif interactif, nous nous rangerons derrière Jean-Louis Weissberg qui parle effectivement en termes de simulation et de tendance : « Épurons toute illusion quant à une possible simulation adéquate du sujet humain. […] “L’autre”, dans la situation interactive, est un horizon, une référence, pas une présence susceptible d’être dupliquée à l’identique ». Et d’assurer encore concernant la « situation interactive » : « ni rencontre directe avec une subjectivité, ni programmation univoque […]. C’est pourtant ce caractère d’entre-deux qu’il faut [lui] reconnaître » [37].

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Ainsi, à l’inverse de Serge Proulx et Michel Sénécal qui s’interrogent sur l’interactivité en tant que « simulacre d’interaction sociale » [38], nous affirmerons ce fondement de la notion, et évoquerons plutôt Jean-Louis Boissier, concepteur-réalisateur multimédia et enseignant-chercheur en esthétique, qui feint quant à lui de nous questionner : « L’interactivité n’est-elle pas ce qui simule des interactions réelles ? ». Et l’auteur de voir « dans le moment interactif un processus de représentation. Comme la photographie représente des apparences, comme le cinéma représente du temps et des mouvements, l’interactivité représente des interactions » [39].

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Représenter, simuler une interaction, c’est-à-dire étymologiquement « donner pour réel ce qui ne l’est pas » [40], pourra alors venir caractériser le dispositif interactif, qui tente, ne serait-ce que formellement et partiellement, de se substituer à l’un des partenaires de l’interaction généralement entendue entre humains. Ainsi, à ce point de notre développement et pour deuxième contribution à la notion, nous proposerons qu’un dispositif puisse être qualifié d’« interactif » quand il est susceptible de simuler une interaction réelle ; l’interactivité marquera cette disposition technique à simuler une telle interaction.

3 - Un dialogue interactif ?

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À la suite des précédentes propositions, il sera en particulier possible de lever l’hypothèque de la temporalité d’un processus interactif, auquel on attribue généralement les caractères de synchronie et de « temps réel ». Serge Proulx avance par exemple que l’interactivité « renvoie aux matériels, logiciels ou interfaces permettant le mode dialogué et en temps réel entre utilisateurs et machines » [41]. La mention temporelle est aussi présente, citée par Millerand [34], dans la définition du Commissariat général de la langue française, qui qualifie d’interactifs « matériels, programmes, ou conditions d’exploitation [permettant] des actions réciproques en mode dialogué avec des utilisateurs ou en temps réel avec des appareils » [42]. L’inscription du processus interactif dans l’instant présent ne sera ici qu’une conséquence de la formulation que nous donnions en termes de simulation d’une interaction. Puisque l’interaction interpersonnelle, non médiatisée, implique cet aspect d’immédiateté temporelle, sa simulation pourra éventuellement jouer de ce caractère et valider la « relation » technologique dans le registre du « ici et maintenant ». Ainsi le « temps réel » a pu devenir l’un des traits marquants de l’interactivité, sans pourtant en constituer stricto sensu une condition nécessaire ou suffisante.

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L’interaction entre l’homme et la machine jusqu’ici évoquée aura été entendue dans un registre communicationnel, notamment verbal. Et, à entendre plusieurs auteurs, l’interaction que la machine semble vouée à simuler trouverait dans le dialogue son aboutissement… Si Alex Mucchielli écrivait en 1987 dans le registre des SIC que « l’interactivité est la qualité d’un objet […] de fonctionner à l’aide d’un échange [qui] se rapproche de la forme d’un dialogue » [43], si Lamizet & Silem évoquent encore en 1997 un « véritable dialogue » [4], d’autres ne parleront plus guère que d’échange ou de mode « dialogué ». Ainsi, à la suite de fortes dissemblances mises au jour entre « discours interactif » et discours interpersonnel (« énoncé non clos » pour Geneviève Jacquinot [12], pré-énoncés et structure discursive incomplète pour Vincent Mabillot [44]…), nombreux sont les auteurs qui sur ce point se conformeront à l’appréciation déjà soulignée de Weissberg, selon laquelle le « dialogue » auprès d’un dispositif technique ne pourrait constituer qu’un horizon, qu’une référence.

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D’autres auteurs évoquent sur ce point la notion de « choix », tel Paquelin pour qui une application est interactive « quand l’utilisateur peut agir sur son déroulement en choisissant un cheminement qui lui est propre » [32]. La définition qu’enregistre Serge Cacaly dans le Dictionnaire encyclopédique de l’information et de la documentation consiste précisément en cette articulation entre dialogue et choix, quand « [l’interactivité] permet à l’usager d’un système d’information de dialoguer avec lui afin de choisir […] le type d’informations souhaité » [45]. Et Séguy de constater de façon similaire que l’interactivité se lit dans la possibilité pour l’utilisateur « [de se déplacer] dans la masse d’informations qu’il manipule » [22]. Nous lirons notamment sous ces diverses formulations une acception historique de la notion d’interactivité, qui aura en outre guidé bon nombre de travaux de recherche [3][3] Acception qu’entendent V. Couzinet, G. Régimbeau et... : si dialogue et choix se retrouvent si souvent associés, c’est qu’ils contribuent à circonscrire aujourd’hui l’une des plus éminentes occurrences de l’interactivité, autour d’un clic de l’utilisateur. Le lecteur aura reconnu le très caractéristique « lien » qui ouvre à la notion d’« hypertexte », et à une littérature pour le moins abondante en la matière. Sans retracer une histoire de l’hypertexte – ce qu’Alexandre Serres aura déjà fait dans ces colonnes [47] –, un approfondissement de la notion serait néanmoins nécessaire sous l’angle d’une stricte – en l’occurrence faible – interactivité : nous ne ferons ici que renvoyer à notre recherche autour d’une analyse énonciative de l’échange interactif et d’une typologie des figures interactives [4][4] Figure réactive vs initiative (inchoative, prospective,... [48]. Ainsi, nous aurons pu convenir avec Séguy qu’en place d’interactivité, nous n’avions jusque-là affaire qu’à simple réactivité [22] ; ou encore, à la suite de Jeanneret, que « la machine n’interagit pas, mais supporte des textes auxquels nous pouvons réagir » [18].

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Mais Séguy ne résume certes pas l’interactivité à ce seul constat, et au-delà discerne interactivités « de structure » et « de surface » : la première renvoie à l’architecture de différentes unités informationnelles à travers laquelle l’utilisateur pourra développer sa propre consultation ; la seconde à ce qu’il advient « dans une [même] page-écran » [22]. Une telle approche, là encore, à argumenter autour de pages et pages-écran, pourrait paraître se rapporter à un strict contexte hypertextuel qui devra être resitué en préalable. Mabillot, pour sa part, notamment inspiré par le registre des jeux vidéo, propose dans la lignée de Balpe une typologie en interactivités nulle, réflexe, relative et génératrice, selon la nature de la réponse du dispositif aux actions de l’utilisateur [44].

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Nous préfèrerons évoquer ici, de portée plus générale, la distinction proposée par Weissberg entre interactivité langagière et interactivité « de commande » [49]. Si la première recouvre l’aspect dialogal que certains voulaient lire dans l’échange interactif, Weissberg esquisse par la seconde un nouvel horizon pour la simulation d’une interaction, relative à une dimension qu’il sera amené à requalifier de « corporelle » [5][5] Weissberg mentionne en outre interactivités « automatique »... : l’auteur désigne par là des situations « où le langage n’est pas le vecteur principal – ni même obligatoire – de l’interaction » et « où l’activité corporelle est, en tant que telle, directement l’objet de l’interaction » [37]. Sans avoir à évoquer la manette (joystick) et ses divers mouvements, une telle activité se révélera d’ores et déjà multiple dans le simple cas d’une interface graphique avec pointage par souris : clic, double-clic, clic long, glissé, survol, station, ou simples mouvements de la souris…, et ce indépendamment de l’objet « visé » à la façon hypertextuelle. Weissberg évoque à ce sujet une « image actée », et l’« agrégation entre le geste et le regard » [52]. Nous renverrons sur ces points à d’autres auteurs, notamment autour d’une « mise à disposition » [53] [54] ou d’un degré d’interactivité « optimale » [9] [55], et encore à Jeanneret, qui préfèrera quant à lui parler d’interactivité en termes d’« interprétation actualisée dans un geste » [18].

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Le dialogue plusieurs fois évoqué ne saurait donc constituer un aboutissement à l’échange autour du dispositif interactif, mais serait plutôt à entrevoir comme l’une des interactions humaines que la machine tente de simuler ; d’autres, visuelles, gestuelles, haptiques, corporelles seront également à considérer.

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Il convient encore, autour de l’interactivité, d’envisager le dialogue qui peut être instauré, non pas avec, mais via le dispositif interactif. Le caractère protéiforme de la notion pourrait ainsi découler de cette acception supplémentaire du terme, déjà entendu par Rabaté & Lauraire en 1985 (« dialogue entre interlocuteurs humains »). Si Yolla Polity et Dominique Cartellier évoquent dans leur recherche une « réelle interactivité », renvoyant par là à simulation d’interaction, ils confirment les limites de la notion « dans les sites [qui se bornent à offrir] des contacts avec l’éditeur par courrier électronique [et où] les forums sont rares et peu fréquentés » [56]. En effet, les courriel, news, forum, liste de diffusion, chat et autres « clavardages », voire les jeux, téléphone et visioconférence sur Internet, auront très tôt amené les commentateurs à évoquer de tels services comme « interactifs ». La caractéristique interactive, celle du contexte homme-machine, aura pu en effet s’être propagée, par abus de langage, à la relation via la machine entre l’utilisateur et son correspondant à distance. François Mangenot soulignera ici une confusion [6][6] « [Confusion] entre deux sens très différents du terme..., plus ou moins entretenue, « [qui pourra] se révéler gênante d’un point de vue épistémologique » [57].

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De la même façon que Jeanneret se montrait réservé sur le fait de nommer « interactivité « le » lien d’anticipation » entre concepteur et utilisateur, nous mettrons la même prudence à devoir qualifier d’« interactif » le lien communicationnel qui unit plusieurs utilisateurs d’un même service, fût-il électronique ou à distance. Comme l’emploient d’ailleurs pertinemment plusieurs auteurs [58] [59] – les actions dans le registre interpersonnel étant simplement médiatisées et relayées par la technique –, la notion d’interaction est encore ici tout à fait justifiée…

4 - Vers un document interactif…

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Comme dernier point de réflexion, nous voudrions examiner les conséquences des différentes acceptions de la notion d’interactivité jusque-là relevées dans la littérature scientifique, et que pourrait synthétiser le schéma ci-dessous.

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Mentionnons tout d’abord les dispositifs qui ne sont « interactifs » que par analogie ou par effet de langage. Il s’agit de dispositifs où l’« interactivité » est extrinsèque, la « télévision interactive » par exemple, quand le dispositif global doit inclure le média téléphonique pour permettre la remontée d’informations. Quand bien même le dispositif global serait « interactif », celui strictement télévisuel ne l’est pas, et seul le téléphone – nous y reviendrons – pourra éventuellement retenir notre attention, puisqu’il suffit à recouvrir toute la dimension « interactive » du dispositif composite. Remarquons pour l’instant que la notion d’interactivité peut ainsi aisément donner lieu à constructions proches de la synecdoque, par mention du tout pour la partie. Si un objet est vérifié interactif, un « sur-objet » plus large et recouvrant l’objet initial sera a fortiori « interactif », puisque de fait susceptible d’être le siège d’interactions ; et donc si l’une de ses moindres virgules s’avère interactive, tout un texte pourra alors être qualifié de la sorte… En contrepoint, la notion d’interactivité devra aussi s’entendre pour un objet au moins nécessaire : une image n’est pas à proprement parler « interactive » [7][7] Sauf cas d’une image effectivement interactive, « image... quand elle disparaît derrière un clic de souris au profit d’autres images, textes, pages, etc. L’interactivité ne peut en effet venir qualifier que l’ensemble du document, au sens de Jean Meyriat [60], support inscrivant l’ensemble de ces images, textes, pages, à des fins de communication. Ce document se posera alors comme unité minimale et nécessaire afin de circonscrire la totalité de l’interaction. Ainsi, le « dispositif interactif » n’aura jusque-là été mentionné que par facilité : indispensable pour révéler les signes de leur support et instancier le « document interactif », le dispositif seul ne saurait donner lieu à simulation d’interaction, si le document mis en œuvre n’inscrivait déjà la trace, le « signe » de cette interactivité.

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Quand la télévision – ou plus exactement l’émission télévisée – n’aura été « interactive » que par amalgame, le média téléphonique pourrait encore ne l’être que par recouvrement abusif, dans la langue usuelle, de la notion d’interaction par celle d’interactivité : le dispositif n’est en effet ici que simple « vecteur » – et c’est là sa qualité – d’une interaction dans le registre vocal interpersonnel. D’autres vecteurs encore (du courrier postal au visiophone) ne sauraient donc être qualifiés d’« interactifs », quand ils soutiennent, non pas une interaction avec l’utilisateur, mais celle, préexistante, entre deux interlocuteurs. A fortiori la relation interpersonnelle n’est pas « interactive », puisque par essence lieu de ces interactions humaines…

Les différentes acceptions du terme « interactivité »
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Comme nous l’avons déjà évoqué, les courriels, forums, chats ne seraient éventuellement « interactifs » que sur la base du contexte technique nécessaire à leur utilisation (l’ordinateur ou la machine « interactive ») et non en vertu de l’interaction qu’ils autorisent entre correspondants à distance. Néanmoins, le dispositif « serveur », en amont de tels services, pourra justement être qualifié d’interactif, de par certaines fonctionnalités indépendamment proposées à chacun des interlocuteurs (personnalisation de l’application, paramétrages, mémos électroniques, réponses automatiques, retour d’erreur, etc.). Et dans un même sens, si le téléphone ne l’est pas, le répondeur téléphonique pourra être qualifié d’interactif, au même titre que le serveur vocal dont il n’est qu’une déclinaison localisée.

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Enfin, le cédérom – et avant lui le « vidéodisque interactif » –, la borne de même nom, le site web, le serveur vocal, sans oublier le jeu vidéo, pourront réconcilier les tenants d’une acception plus précise de l’interactivité [61]. Au-delà de l’aspect technique, de tels dispositifs ouvriront notamment à l’étude du document interactif – qui recouvre le document hypertextuel mais ne s’y réduit pas : ils inscriront en tant que support non seulement les signes et informations proposées, mais aussi les modalités « interactives » de leur consultation, conformes à des fins de communication (ici spécifiques puisque interactives).

31

Et si le jeu vidéo, construisant diverses scènes de jeu pour l’utilisateur, peut faire entrevoir à cet endroit un document « opérationnel », il faudra évoquer de façon similaire, relevant d’une même acception de l’interactivité, les nombreux programmes et applications informatiques eux-mêmes. Ainsi, depuis la plus banale des applications de traitement de texte jusqu’aux logiciels les plus sophistiqués, de tels programmes s’offrent en effet, par le biais de menus, claviers et autres boutons proposés, aux décisions de l’utilisateur, à des consultations et utilisations éminemment interactives. Aussi, ces premiers documents-logiciels, à leur tour opératoires pour la réalisation de prochains documents, ne devraient-ils pas dès lors être entendus comme de réels « méta-documents interactifs » ?…

32

AVRIL 2003


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Notes

[1]

En 1976 et avant que le terme « interactivité » ne soit attesté, Robert Escarpit caractérisait, parmi les « machines à communiquer », l’ordinateur et les machines informatiques par leur « propriété d’intégrer les données de plusieurs messages d’entrée pour fournir un message de sortie […] » [1].

[2]

Rabaté & Lauraire notent en 1985 n’avoir guère trouvé trace du terme « interactivity » que dans les traductions de textes français en anglais. « C’est dans la mesure où le terme recouvre un enjeu particulièrement important [en France] que sa substantivation s’y est imposée de manière aussi franche […]. L’«interactivité» apparaîtrait comme le mot-slogan définissant l’image de marque des réseaux câblés «à la française» » [3].

[3]

Acception qu’entendent V. Couzinet, G. Régimbeau et C. Courbières pour « document électronique », quand sa lecture présuppose d’« opérer une série de choix entre plusieurs unités d’informations » [46].

[4]

Figure réactive vs initiative (inchoative, prospective, factitive, contributive ou créative), sur la base de fonctions illocutoires dans l’échange interactif.

[5]

Weissberg mentionne en outre interactivités « automatique » et « voilée », qui renvoient dans une perspective générative aux interactivités hétéronome et autonome de Balpe [50], selon que les énoncés ont été ou non pré-énoncés, c’est-à-dire préalablement conçus ou « calculés » dans l’instant. Notons une proche typologie des procédés interactifs selon Alain Durand, Jean-Marc Laubin et Sylvie Leleu-Merviel, autour de données « fixes », « évolutives » ou « génératives », et leurs architectures au sein du document [51].

[6]

« [Confusion] entre deux sens très différents du terme interactivité, «système qui réagit en fonction des actions des utilisateurs» d’une part, «système qui permet à des humains distants de communiquer» d’autre part » [57].

[7]

Sauf cas d’une image effectivement interactive, « image actée » selon Weissberg.

Résumé

Français

Cet article aborde plusieurs définitions et approches de la notion d’interactivité, couramment invoquée dans les études sur le multimédia et les NTIC. Ce travail de synthèse vise à appréhender les multiples facettes du terme, à expliciter ce que peut recouvrir une telle notion, à délimiter le plus précisément possible l’objet interactif et en analyser les spécificités. Sont successivement envisagés la notion d’interactivité à partir de celle d’« interaction », les rapports par la suite entretenus entre « interactivité » et « interaction », la collusion entre la notion d’interactivité et celle de « dialogue », notamment sous couvert d’hypertexte. La réflexion ouvre in fine à la notion de document interactif.

Plan de l'article

  1. 1 - De l’interaction à l’interactivité
  2. 2 - L’interaction simulée
  3. 3 - Un dialogue interactif ?
  4. 4 - Vers un document interactif…

Pour citer cet article

Julia Jean-Thierry, « Interactivité, modes d'emploi. Réflexions préliminaires à la notion de document interactif », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2003 (Vol. 40), p. 204-212.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2003-3-page-204.htm
DOI : 10.3917/docsi.403.0204


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