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Documentaliste-Sciences de l'Information

2003/3 (Vol. 40)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.403.0226
  • Éditeur : A.D.B.S.

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LA MODELISATION EST UNE TECHNIQUE D’INGENIERIE visant à comprendre un système, déjà existant ou à créer. Elle permet de « visualiser » – souvent sous forme graphique – un système tel qu’il est, ou tel que nous voudrions qu’il soit ; d’en préciser la structure ou le comportement suivant des points de vue qui éclairent la réalité de différentes façons, et ceci indépendamment d’un langage de programmation.

La modélisation : concepts de base et rapide historique

Concepts

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La modélisation s’appuie sur un (ou plusieurs) modèle(s). Le modèle est une représentation abstraite de la réalité au sens où il simplifie cette réalité en vue d’une utilisation précise, pour n’en conserver que les caractéristiques intéressantes par rapport au contexte ou au domaine dans lequel on se trouve. Le modèle est donc une vue subjective mais pertinente de la réalité. Il permet de simuler le fonctionnement de l’élément étudié. Les modèles fournissent également des canevas guidant la construction d’un système, et permettant de le documenter [1][1] G. Booch, J. Rumbaudh, I. Jacobson, UML, le guide de....

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La modélisation et les modèles sont des aides à l’élaboration et à la structuration des idées, un support au raisonnement. En effet, les facultés de compréhension de l’homme ont leurs limites face à la complexité ; or, en restreignant le problème étudié, la modélisation permet de se concentrer sur un seul aspect à la fois. Cette technique facilite également les échanges entre personnes différentes en donnant une vision « externalisée » de l’objet étudié.

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Modélisation et modèles sont utilisés depuis de nombreuses années dans des domaines variés : l’informatique, bien sûr, pour les systèmes d’information, mais également l’économie, les mathématiques ou l’architecture par exemple.

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Plusieurs facteurs modifient considérablement le contexte de développement des systèmes d’information documentaire (SID) : leur ouverture vers d’autres systèmes, documentaires ou non documentaires (gestion des droits par exemple), la complexité et la grande variété des usages, des ressources et des acteurs à prendre en compte, le passage de la notion de document à celle d’objet d’information numérique. Ils constituent une rupture dans les techniques utilisées, malgré une continuité et un élargissement des missions des professionnels de l’information-documentation.

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Ce contexte nous amène aujourd’hui à considérer la modélisation comme indispensable dans nos démarches de conception des SID.

La journée d’étude

Organisée le 20 mai dernier dans la salle de Sources d’Europe par l’Association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS), cette journée proposait le programme suivant.

• Modéliser : pourquoi ? comment ? Par René Pelfresne, Direction des systèmes d’informations du CNRS

• Un exemple de modèle pour préserver : l’OAIS (Open Archival Information System) avec le format de données METS (Metadata encoding and transmission standard), par Catherine Lupovici, Bibliothèque nationale de France

• Le modèle CRM (modèle conceptuel de référence) pour la documentation muséographique : s’attacher au sens pour n’être pas piégé par la forme, par Patrick Le Bœuf, Bibliothèque nationale de France, membre du groupe de travail ISO/TC46/SC4/WG9 et du CRM Special Interest Group (CRM-SIG)

• Open Archive Initiative et les métadonnées Dublin Core : faciliter l’accès et l’échange de documents, par Sara Aubry, Bibliothèque nationale de France

• L’application de la modélisation dans le cadre d’un portail patrimonial régional, par Gérald Mazaud, Conseil régional d’Aquitaine

• L’apport d’XML pour capitaliser les documents produits en format bureautique standard. Les exemples de Cyberthèses et de Pelléas, par Jean-François Vincent, Université de Marne-la-Vallée

• Quelques apports du Web sémantique pour l’exploitation des « contenus »

Historique

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La modélisation est très pratiquée dans le secteur des systèmes d’information, mais les modèles utilisés sont nombreux et ont fortement évolué au fil du temps ; ce qui ne facilite pas l’extension de leurs usages. On peut distinguer quatre approches différentes correspondant à quatre grandes périodes.

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L’approche cartésienne des années soixante-dix, avec les méthodes SADT ou Data-Flow par exemple. Elle s’appuie sur l’analyse des fonctions que doit remplir le système ; son approche est hiérarchique, du général au spécifique. Malgré la simplicité de cette méthode, la parcellisation de l’analyse centrée sur les fonctions engendre des redondances sur les données, celles-ci n’étant pas prises en compte dans ce modèle.

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L’approche systémique, développée dans les années quatre-vingt, s’inspire quant à elle de la théorie systémique des organisations, combinée à une approche conceptuelle. Ici la modélisation est abordée selon deux points de vue complémentaires : les données et les traitements. La méthode Merise, très employée en France, entre dans cette catégorie. Ici, le modèle conceptuel des données (MCD) organise l’analyse suivant le couple entité/relation. L’entité décrite par des attributs ou propriétés est la représentation de l’existant analysé.

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Cette méthode assure une plus grande cohérence des données traitées grâce au principe de non-redondance, mais la séparation nette entre le modèle des données et celui des traitements peut faire apparaître des défauts dans la représentation de la réalité étudiée, en particulier par la non-prise en compte des aspects dynamiques.

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L’approche objet [voir page 228] s’est développée dans les années quatre-vingt-dix, d’abord dans le domaine de la programmation, puis dans celui de la conception et de l’analyse des systèmes. La volonté était de modéliser un système tout à la fois d’un point de vue structural, fonctionnel et dynamique, en partant d’un travail d’abstraction. Le formalisme de cette approche ressemble fort à celui des méthodes systémiques, mais ici tout est objet, et l’aspect dynamique de la vie des objets revêt un caractère décisif. Pour limiter les ambiguïtés et faciliter l’analyse, ces démarches comportent à la fois un langage commun permettant de représenter des concepts (vocabulaire) et des règles (grammaire).

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• Le grand nombre de modèles différents existants (plus de cinquante) constitue un frein au développement de cette approche. C’est pourquoi les concepteurs de trois méthodes objets, partant de l’hypothèse qu’il était impossible de développer une méthode unifiée utilisable plus largement, ont proposé en 1994 un « langage de modélisation unifié », fondé sur l’approche objet : l’UML (Unified Modelisation Language). Proposé par l’OMG (Object Management Group), organisation à but non lucratif, il est devenu un standard international en 1997.

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Le formalisme d’UML emprunte aux approches objets : on aborde les notions de classes, de relations entre classes, d’héritage, d’agrégation. Ce métalangage UML s’organise en diagrammes qui permettent de visualiser un système sous différentes perspectives (diagrammes de cas d’utilisation, de classes, d’états-transitions, d’activités, etc.) et en vues (« une utilisateur », « une statique », « une dynamique »). La démarche est globale, itérative et incrémentale ; elle est essentiellement guidée par les besoins des utilisateurs.

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L’approche objet, en rupture avec les approches procédurales plus traditionnelles, et le processus d’abstraction en amont du travail de formalisation peuvent être mis en œuvre quels que soient les outils de développement choisis. C’est la force de ce processus de modélisation.

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Dans ce contexte, le langage UML devient un modèle fédérateur sur lequel d’autres modèles peuvent se raccrocher.

Concepts de base de l’approche objet

Abstraction : processus d’identification des caractéristiques intéressantes d’un système en vue d’une utilisation précise, et de validation de la solution retenue.

Agrégation : relation entre deux classes spécifiant que les objets d’une classe sont les composantes d’une autre classe (objets composés d’autres objets). Exemples : « partie de monographie », « article de périodique ».

Attributs (ou propriété) : donnée élémentaire qui caractérise un objet ou une relation. Exemples : « responsabilité principale », « titre », « édition », « année de publication ».

Classe : description d’un ensemble d’objets qui partagent les mêmes propriétés, c’est-à-dire la même structure (attributs) ou le même comportement (opérations/méthodes). Une classe permet de créer des objets ayant ces mêmes propriétés (voir instance). Exemple : « référence bibliographique ».

Instance : un objet particulier d’une classe. On parle aussi d’instanciation. Exemple : telle monographie.

Héritage : relation entre classes qui permet de définir et d’implémenter des classes à partir d’une classe existante. Ces classes héritent de certaines propriétés de la super-classe tout en conservant des propriétés particulières. Exemples : « référence bibliographique des monographies » et « référence bibliographique des publications en série » héritent de la classe « références bibliographiques ».

Modularité : propriété d’un système découpé en un ensemble de modules cohérents et faiblement couplés.

Objet : représentation d’une entité du monde réel (ou virtuel pour des objets immatériels). L’identité d’un objet est la propriété qui permet de distinguer chacun par rapport aux autres ; le comportement d’un objet est défini par un ensemble d’opérations, de méthodes qui lui sont applicables ; il est défini dans sa classe d’appartenance. L’état d’un objet correspond aux valeurs de tous ses attributs à un instant donné. Exemple : « ressource documentaire ». (D’après : Gérard Sabah, L’intelligence artificielle et le langage : représentation des connaissances, 2e éd., Hermès, 1980).

Exemples de modélisation

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Trois exemples venus du secteur de l’information – archives, musées, publication électronique – vont nous permettre d’appréhender les apports de la modélisation et de ces processus d’abstraction dans la conception des systèmes d’information documentaire, et de repérer les modifications à apporter aux systèmes eux-mêmes.

L’OAIS, ou Open Archival Information System : un modèle de référence pour un « système ouvert d’archivage d’information »

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L’OAIS [2][2] <//ssdoo.gsfc.nasa.gov/nost/isoas/overview.html> est un cadre conceptuel et terminologique pour l’implantation de système de gestion de ressources numériques dans le but d’en assurer la préservation et l’accessibilité à long terme. Il est l’aboutissement de réflexions menées à l’apparition de problèmes inédits : les risques de perte de données liés à l’obsolescence des technologies (codage ou supports). Issu du monde des archives du secteur de l’aéronautique, l’OAIS est devenu en 2002 une norme (ISO 14721 : 2002) adoptée par tous les programmes de préservation et d’accès à long terme des bibliothèques. L’enjeu est de taille puisqu’il est question de la préservation de ressources électroniques, pour mise à disposition future, avec toutes les données permettant d’en assurer la lecture quels que soient les problèmes (techniques, juridiques, etc.) qui peuvent se poser dans l’avenir.

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Le modèle OAIS. Ce cadre définit deux modèles complémentaires : un modèle fonctionnel et un modèle d’information, indépendant de produits commerciaux.

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Le modèle fonctionnel de l’OAIS [3][3] Catherine Lupovici, Les besoins et les données techniques... emprunte au modèle d’un SGED (système de gestion électronique de document) avec un découpage en cinq grandes fonctions : production, versement, stockage et préservation, utilisation, et une couche administration et accès. Les traitements et sous-traitements opérés tout au long de cette chaîne créent des contraintes techniques que le travail d’abstraction a permis de modéliser, puis de documenter à l’aide de métadonnées spécifiques. Cette chaîne a été représentée selon un modèle par couches où chacune constitue un traitement qui rend un service à la couche immédiatement supérieure et sur lequel opère le sous-traitement suivant de la chaîne. À chaque couche sont associés des sous-traitements et des catégories de métadonnées.

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Le modèle d’information, quant à lui, manipule des objets d’information et s’appuie sur la notion de « paquet d’information d’archivage » (archival information package ou AIP). Le véritable « objet » est ici le contenu informationnel dont l’intelligibilité doit être préservée, et ceci quel que soit l’environnement technique dans lequel on se trouve.

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Deux classes d’objets d’information principales, constituant les paquets d’information d’archives (PIA), ont été définies : l’information contenue (IC) et l’information complémentaire à la pérennisation (PDI, ou Preservation Description Information). Ces deux premières classes fournissent le cadre pour la création des métadonnées de préservation. Elles sont associées à deux autres classes : l’information d’empaquetage qui correspond à l’objet numérique accompagné des métadonnées relatives à son « empaquetage » sur un support spécifique et l’information de description, facilitant l’accès au contenu. Chaque classe d’objets d’information est également constituée d’autres classes spécifiques. Par exemple, pour la classe PDI : l’information de référence, de provenance (qui décrit l’historique de l’IC), contextuelle (relation entre l’IC et son environnement), de fixité (mécanisme d’authentification vérifiant que l’IC n’a pas été altérée).

Le projet HEDD

Intitulé Historic Environment Data Directory, ce projet de la commission The English Heritage s’appuie sur le modèle CRM (Conceptual Reference Model) pour offrir un répertoire de toutes les bases de données, avec des indications précises sur la manière dont l’information y est structurée.

Ce projet regroupe vingt-deux musées, trois bibliothèques et plusieurs dépôts d’archives, chacun des établissements disposant de sa propre base de données, structurée à sa façon. Certains de ces réservoirs sont aujourd’hui rendus disponibles via un portail unique : Historic Environment Information Resources NETwork (www. britarch. ac. uk/ HEIRNET).

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Avec cet exemple, on voit immédiatement que ce schéma est plus complexe mais plus riche et qu’il vise à aborder la question de la pérennisation des ressources numériques de façon globale et dans le temps, en prenant en compte toutes les contraintes (volumes, flux, diversités des types d’objets documentaires, etc.). Trois catégories de métadonnées complémentaires ont été définies : descriptives, administratives (gestion des objets composants y compris les informations techniques, gestion des droits d’accès), et de structure (structure logique pour assembler les différents composants logiques, lien avec les objets numériques).

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Deux implémentations du modèle OAIS

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Dès 1998, huit bibliothèques nationales européennes regroupées autour d’un projet, NEDLIB (Networked European Deposit Library[4][4] <www. kb. nl/ coop/ nedlib/ homeflash. html> [visité...) proposent un modèle fonctionnel de système de dépôt de documents numériques natifs, le DSEP (Deposit System for Electronic Publications), complémentaire du modèle fonctionnel d’un système informatisé de gestion de bibliothèque. Ce modèle est suffisamment générique pour pouvoir être implémenté en fonction de différentes situations et en liaison avec les systèmes existants.

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Le modèle METS (Metadata Encoding and Transmission Standard), réalisé à l’initiative de la Digital Library Federation (DLF), est une implémentation particulière du modèle de référence OAIS qui permet les échanges d’objets numériques entre bibliothèques. METS est un schéma XML [5][5] Pour plus d’information, voir le compte rendu de deux... permettant la création de documents METS en XML. Un document METS est composé de la description de la structure hiérarchique des objets numériques constituant une ressource numérique ; cette description répertorie tous les noms et localisations des fichiers, et toutes les métadonnées de structure, administratives et descriptives (Dublin Core). Il est structuré en sept sections : header, descriptive metadata, administrative metadata, file group, structure map, structural links, behavior. La bibliothèque du Congrès aux États-Unis est actuellement l’agence de maintenance de ce modèle.

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Il n’a pas suffi d’une démarche analytique de type descriptif autour des systèmes actuels pour établir ce modèle, mais bien d’un processus d’abstraction pour proposer un modèle qui par beaucoup d’aspects (architecture, éléments étudiés, nature des spécifications) est très différent des démarches utilisées aujourd’hui pour ce type de système. La modélisation a permis de faire évoluer la vision des ressources numériques elles-mêmes : « tissu d’objets d’information liés entre eux » (Catherine Lupovici).

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Ces réflexions sur l’OAIS se sont traduites au plan national par la mise en place en 1999 d’un groupe de travail, le PIN (pérennisation des informations numériques) qui regroupe des institutions techniques et scientifiques, des industriels, des organismes à vocation patrimoniale [6][6] </ / sads.cnes.fr:8010/pin / welcome.html> [visité....

Le CRM, ou Conceptual Reference Model : un modèle « muséographique »

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Dans le monde muséographique, le CRM [7][7] BNF, Modèle CRM, <www. bnf. fr/ pages/ infopro/ outibib/... est devenu un modèle permettant d’expliciter sans ambiguïté le sens des informations relatives à un « objet de musée » dans l’acception la plus large : œuvre d’art, vestige archéologique, monument, site, etc., et ceci quelle que soit la structure des données qui véhicule ces informations. Cette méthode sert à faire émerger et à traiter ce qui est en général considéré comme « implicite » et « évident », mais qui peut poser des problèmes lors d’échanges entre systèmes.

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Le processus de modélisation a permis de passer de la notion d’objet décrit à celle de phénomène temporel, la finalité de la documentation muséographique étant de resituer l’objet dans son contexte historique, contexte pouvant être partagé avec d’autres objets.

Développement d’un portail patrimonial régional en Aquitaine

Dans le cadre d’un appel à projets pour l’édition de sites web patrimoniaux, la Banque numérique de savoir d’Aquitaine (BNSA) s’est vu confier le projet de développement d’un portail des patrimoines en région Aquitaine en collaboration avec d’autres structures locales, partenaires et adhérents de l’association.

Ce portail doit articuler des sites déjà existants ayant chacun sa propre structure, des langages spécifiques dont il faut garder toute la spécificité. Le but est d’offrir un point d’accès homogène à des ressources hétérogènes. Pour cela une réflexion a été conduite permettant de modéliser la page d’accueil autour de la notion de profil d’utilisateurs (publics ou professionnels) et d’une catégorisation des services et des ressources qui sont autant de points d’accès thématiques. Les modes d’accès, notamment cartographique, ont été enrichis pour prendre en compte l’ensemble des besoins. Sur le plan technique, le projet s’appuie sur la plateforme SDX, outil de recherche et de consultation de documents XML, qui supportera bientôt le protocole OAI-PMH. SDX est une initiative de la Mission de la recherche et de la technologie du ministère de la Culture. Le format Dublin Core a été choisi comme format pivot minimal de ce dispositif technique. <//sdx.culture.fr> [visité le 19 juin 2003]

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Le cœur même du modèle est constitué d’entités temporelles qui expriment l’état d’un objet (état de conservation par exemple), le fait que quelque chose s’est produit (événement, activité, déplacement, début ou fin d’existence). Autour de l’événement, d’autres points d’analyse sont proposés : tranche chronologique (quand), lieu (où), agent (qui), etc., auxquels s’ajoute la notion d’appellation. Ces autres points d’analyse peuvent être implémentés ou non selon les besoins.

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Par rapport à une simple notice bibliographique, le CRM permet d’expliciter les valeurs implicitement contenues dans chacun des éléments de données d’une simple notice bibliographique, ce qui a pour effet d’augmenter considérablement son volume dans le modèle CRM. Mais il n’est en aucun cas prévu de créer directement des données dans le formalisme CRM ; il s’agit en fait de passer d’un modèle existant au modèle CRM, pour qu’ensuite toutes les informations créées dans ce format puissent être interprétées par une machine, sans perte d’information.

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Par contre, ce modèle offre de plus grandes possibilités d’échanges entre réservoirs de données hétérogènes (projet HEDD, par exemple, voir page 229), ou d’aide à la conception de systèmes, ou encore de comparaison, d’échange et de stockage de données.

L’OAI, Open Archive Initiative et les métadonnées Dublin Core : faciliter l’accès et l’échange de documents

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Dans un contexte en forte évolution (accélération de la recherche, développement des réseaux, web, baisse de popularité des éditeurs commerciaux), la publication scientifique vit une période de changement en ce qui concerne la production et la publication électroniques. De nombreux modèles alternatifs se sont développés, mais ils restent indépendants les uns des autres et ne permettent pas une synergie entre les collections. Lors d’une convention à Santa Fé, des professionnels ont décidé de développer un « cadre général pour la fédération de contenus sur le web ». Deux possibilités ont été présentées : interroger simultanément des bases hétérogènes et réparties (Z39.50) ou collecter massivement les métadonnées dans un ou plusieurs réservoirs centraux. L’intérêt pour cette dernière formule s’est développé dans les musées et bibliothèques, et a abouti en septembre 2000 à une formalisation de l’Open Archive Initiative.

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Ces travaux ont abouti à la mise au point d’un protocole de collecte et de mise à disposition de métadonnées : l’OAI-PMH (protocol for metadata harvesting, ou Protocole de collecte de métadonnées de l’initiative Archives ouvertes) [8][8] Muriel Foulonneau, Le protocole OAI-PMH : une opportunité..., dont une deuxième version est sortie en juin 2002. L’objectif est de découvrir, présenter et analyser le contenu d’une « archive », quel que soit son contenu, pour la mettre largement à disposition.

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Le modèle de données sous-jacent se découpe en trois niveaux : la ressource (objet physique auquel on peut rattacher des métadonnées), un item (objet documentaire et toutes les métadonnées), un enregistrement (un format de métadonnées issu d’un item, un identifiant, une date de création ou de mise à jour). Les métadonnées sont décrites obligatoirement selon le Dublin Core, mais d’autres formats sont possibles et décrits par des schémas XML.

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Le modèle fonctionnel détermine deux catégories d’acteurs :

  • les fournisseurs de données ou plutôt de métadonnées qui mettent en place une application informatique compatible avec le protocole OAI-PMH. De nombreux fournisseurs de données OAI sont déjà opérationnels. On peut citer par exemple des réservoirs en chimie (www. chemweb. com) ou dans le domaine des sciences de la vie (www. pubmedcentral. nih. gov), ou encore en France le Centre pour la communication scientifique directe du CNRS (www. ccsd. cnrs. fr) ;

  • et les fournisseurs de services qui localisent les fournisseurs de données et collectent leurs métadonnées de manière automatique et incrémentale.

L’apport d’XML au traitement des thèses

Le projet Pelléas de capitalisation des thèses en format bureautique, conduit à l’Université de Marne-La-Vallée, vise à constituer une filière technique en partant de la production du document directement par l’étudiant, sous un format retraitable par un système informatique, jusqu’au stockage et à la mise à disposition de la thèse sur l’Internet. Ce projet en est à sa deuxième phase. Contrairement à d’autres (CCSD du CNRS), il ne s’appuie pas sur le format PDF. XML a été préféré pour deux caractéristiques principales : l’amélioration de la recherche et l’interopérabilité technique. En dehors des aspects techniques propres à ce projet, il est intéressant de noter qu’un effort a été fait pour élaborer une « feuille de style », modèle de thèse structurée produite à partir de la TEI Lite, norme simplifiée de codage des documents numériques (voir : www. tei-c. org/ Lite/ teiu5_fr. html). Celle-ci, proposée aux étudiants, fournit un minimum de règles de structure et de présentation à exploiter lors de l’élaboration de leur thèse. Cette structuration ne concerne pas le contenu « sémantique » de celle-ci, mais elle permet d’optimiser le processus de collecte des métadonnées.

Pour en savoir plus : Prescriptions techniques pour le dépôt des thèses en format électronique, sous la dir. de Christian Lupovici, <www. sup. adc. education. fr/ bib/ Acti/ These/ jolly/ entete. htm> [visité le 28 juin 2003]

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Des informations sur la provenance sont ajoutées aux métadonnées, permettant des traitements à valeur ajoutée sous la forme de services : recherche, personnalisation ou alerte. Nous pouvons citer par exemple : ARC (//arc.cs.odu.edu:8080/oai/advanced_search.jsp), l’Open Language Archives Community OLAC (www. language-archives. org), ou encore Citebase qui permet le comptage de citations (//citebase.eprints.org).

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Ce protocole est un réel succès en raison d’une part de la simplicité du protocole, d’autre part d’une relation avec le mouvement « ouvert » (open access), et enfin des possibilités qu’il offre en termes de constitution d’archives et de catalogues collectifs, de développement de sites portails et de façon plus générale de transport et d’échange de métadonnées. Ce modèle poursuit son développement avec des extensions techniques et fonctionnelles, comme les projets d’incorporation de la gestion de la certification ou des droits.

Les apports du web sémantique

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Comment se situe le « web sémantique » dans ce contexte de modélisation et de modèles ? [9][9] Site portail sur les actions du STIC duCNRS sur le... Proposé initialement par le consortium W3C [10][10] <www. w3c. org>, le web sémantique vise à apporter plus de sens au web pour faciliter et enrichir le traitement automatique des données par des machines. Ce projet s’est mis en place en réponse aux constats négatifs que l’on peut actuellement faire sur le web, s’agissant en particulier des difficultés d’interopérabilité entre systèmes et de celles d’exploitation de ces ressources. Ces problématiques se traduisent au sein du projet Web sémantique par des propositions d’infrastructure informatique mais surtout par une démarche d’ensemble. Pour arriver à cet objectif, il est évident que les informations doivent être produites, gérées et mises à disposition en suivant des protocoles de communication et des langages (RDF, Topic Maps) normalisés, en particulier en ce qui concerne les métadonnées, pour faciliter l’orientation, mais plus globalement pour développer l’offre de services web ou des fonctionnalités à valeur ajoutée. On peut citer comme exemple les possibilités offertes aux utilisateurs d’annoter ou de réaliser des activités collaboratives.

Deux finalités

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Les exemples présentés au cours de cette journée d’étude montrent que les démarches de modélisation intégrées au développement de systèmes d’information documentaire, tant vantées par leurs promoteurs, se déploient essentiellement dans le cadre de la prise en compte des ressources numériques et de leurs caractéristiques. Elles visent deux finalités principales : l’amélioration de l’exploitation de ces ressources et surtout une exploitation de leurs contenus par des machines, c’est-à-dire de la façon la plus automatique possible.

Notes

[1]

G. Booch, J. Rumbaudh, I. Jacobson, UML, le guide de l’utilisateur, Eyrolles, 2000.

[3]

Catherine Lupovici, Les besoins et les données techniques de préservation, 67th IFLA Council and general conference, August 16-25 2001, <//ifla.queenslibrary.org/IV/ifla67/papers/163-168f.pdf> [visité le 19 juin 2003]

CCSDS, Reference Model for an open archival information system (OAIS), Blue book, January 2002, CCSDS 650.0-B-1. <www/ 650x0b1. pdf > [visité le 19/06/2003]

Autre ressource : <//ssdoo.gsfc.nasa.gov/nost/index.jsp>

[5]

Pour plus d’information, voir le compte rendu de deux journées d’étude de l’ADBS et du GFII sur XML sur le site de l’ADBS : www. adbs. fr/ uploads/ journees/ 532_fr. php>

[7]

BNF, Modèle CRM, <www. bnf. fr/ pages/ infopro/ outibib/ no-acCRM. htm> [visité le 19 juin 2003]

[8]

Muriel Foulonneau, Le protocole OAI-PMH : une opportunité pour le patrimoine numérique, janvier 2003, <www. culture. fr/ culture/ mrt/ numerisation/ fr/ technique/ technique. html#00> [visité le 19 juin 2003]

[9]

Site portail sur les actions du STIC duCNRS sur le Web sémantique : <www. lalic. paris4. sorbonne. fr/ stic/ > [visité le 19 juin 2003]

Résumé

Français

Comment échanger des données dans le cadre d’un réseau documentaire sans contraintes techniques liées à leur format ? Comment changer de système informatique de façon simple et fiable ? Comment intégrer des documents bureautiques dans un système documentaire ? Comment améliorer les performances d’un système de recherche ? Parce qu’elle garantit la préservation des données, parce qu’elle en facilite l’échange et la recherche, la modélisation des données apporte des réponses à ces questions : c’est ce que se proposait de montrer une journée d’étude organisée par l’ADBS à Paris le 20 mai dernier.

Plan de l'article

  1. La modélisation : concepts de base et rapide historique
    1. Concepts
    2. Historique
  2. Exemples de modélisation
    1. L’OAIS, ou Open Archival Information System : un modèle de référence pour un « système ouvert d’archivage d’information »
    2. Le CRM, ou Conceptual Reference Model : un modèle « muséographique »
    3. L’OAI, Open Archive Initiative et les métadonnées Dublin Core : faciliter l’accès et l’échange de documents
  3. Les apports du web sémantique
  4. Deux finalités

Pour citer cet article

Dalbin Sylvie, « Journée d'étude ADBS. La modélisation : pourquoi l'intégrer dans les systèmes d'information documentaire ? », Documentaliste-Sciences de l'Information 3/2003 (Vol. 40) , p. 226-231
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2003-3-page-226.htm.
DOI : 10.3917/docsi.403.0226.


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