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Documentaliste-Sciences de l'Information

2003/3 (Vol. 40)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.403.0232
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Histoire de la documentation en France : culture, science et technologie de l’information : 1895-1937, Sylvie Fayet-Scribe, Paris : CNRS Éditions, 2000. – 313 p. – (CNRS Histoire, ISSN 1251-4357). – ISBN 2-271-05790-6 : 22,87 €. Médiations hybrides : le documentaliste et le chercheur en sciences de l’information, Viviane Couzinet, Paris : ADBS Éditions, 2001. – 340 p. – (Collection Sciences de l’information. Série Recherches et documents, ISSN 1159-7666). – ISBN 2-84365-045-3 : 16,77 €. Version remaniée de : Mém. HDR : Sci. info. com. : Toulouse-2 : 1999

Deux études historiques et critiques pour alimenter un débat permanent

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DANS LE CADRE DE LEUR HABILITATION à diriger des recherches, deux universitaires, documentalistes de formation, ont consacré des études à l’histoire de la documentation, au métier de documentaliste et à la recherche en sciences de l’information. Tandis que Sylvie Fayet-Scribe envisage les débuts de la documentation moderne (1895-1937), Viviane Couzinet se penche sur les évolutions plus récentes de la discipline, au cours de la seconde moitié du XXe siècle, et l’étude du rôle joué par la revue Documentaliste - Sciences de l’information (Doc-SI) lui permet de mieux dessiner les rapports des professionnels avec les chercheurs en sciences de l’information (SI).

Les débuts de la documentation moderne

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Entre la fin du XIXe siècle et la seconde guerre mondiale, le livre, support majeur de l’édition scientifique, se voit concurrencé par des supports nouveaux : périodiques, photographies, microfilms et microfiches. Dès 1895, les précurseurs Paul Otlet et Henri Lafontaine posent les bases de la bibliographie et passent du livre au document porteur d’information, qui doit être analysé pour atteindre le contenu de la connaissance. Précurseurs de l’aventure de la documentation telle que nous la pratiquons aujourd’hui, ils sont dans la continuité de tous ceux qui, depuis la naissance de l’écrit, ont visé à en décrire le contenu et ont mis au point divers outils intellectuels de repérage des informations et d’accès à celles-ci, adaptés aux supports employés et aux objectifs alors assignés : dans une annexe intitulée Histoire des outils de médiation de l’information, Sylvie Fayet-Scribe dresse les étapes de ce processus de la Préhistoire à nos jours, et présente un précieux tableau synoptique (30 pages) des supports, des dispositifs spatiaux et des outils de médiation de l’information.

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Ces précurseurs, avec le général Sebert en France, conçoivent rapidement la bibliographie à l’échelle mondiale et la voient comme une organisation en réseau. Ils joueront un rôle clé dans l’exploration et la normalisation de ce secteur nouveau, en s’appuyant sur des associations nationales et internationales ; ils fondent les bases tant théoriques que techniques du traitement de l’information et en assurent la diffusion. Leurs efforts sont relayés par des « professionnels du document », souvent des femmes, dont Sylvie Fayet-Scribe dresse de beaux portraits : ainsi Suzanne Briet surnommée « Madame Documentation », Marie-Louise Malclès à la bibliothèque de la Sorbonne, Yvonne Oddon à la bibliothèque du Musée d’ethnographie du Trocadéro, Myriem Foncin à la Bibliothèque nationale, Georgette de Grolier d’un centre social à une bibliothèque municipale. Impliquées dans la création d’outils documentaires dans le secteur public, ces femmes s’engagent également dans l’enseignement aux futurs documentalistes et dans la formation des utilisateurs, pour une meilleure maîtrise des outils d’accès. Les objectifs des associations de documentation et de défense de la lecture publique convergent, en particulier en ce qui concerne l’étude des besoins de l’usager.

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Avant d’entrer dans ce récit historique, Sylvie Fayet-Scribe présente les motifs et objectifs de sa recherche (p. 16) : « Durant ces quarante années comprises entre 1895 et 1937 […] s’élaborent d’une manière efficiente mais discrète de formidables bases instrumentales et cognitives pour notre société actuelle de l’information. De là, la multitude de questions qui assaillent après coup l’historien : quelles techniques intellectuelles et quels outils de médiation de l’information les protagonistes de cette époque ont-ils choisi de privilégier et de mettre en pratique ? Quelle est la part réelle d’innovation dans les outils forgés ? Pour qui et comment ? Quelles ruptures ont pu entraîner de nouveaux usages ? Pourquoi avoir choisi la forme associative pour organiser et diffuser ces outils et ces méthodes ? Comment l’ensemble de ces techniques et de ces méthodes est-il devenu une profession et une science ? À travers les orientations de ces questions, l’enjeu est de mener une réflexion où sont pris en compte à la fois les outils, les usages, les acteurs individuels, femmes et hommes, et leur environnement social et technique ». L’auteure applique, on le voit, une grille de questionnement moderne à des événements historiques, se gardant du risque d’anachronisme (un avertissement fournit une liste de définition des concepts étudiés et de leur terminologie à diverses époques), mais soulignant l’emploi ancien de termes comme « documentation » (en 1870), « information » (employé par Paul Otlet entre 1905 et 1917).

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Fondée sur le dépouillement d’archives inédites, l’enquête historique est complétée d’une liste des associations de documentation et de lecture publique de 1895 à 1960 dont un tableau (p. 57) indique les filiations, d’une liste de sigles et d’abréviations, d’un cahier d’illustrations et d’une large bibliographie (environ 350 références, s’ajoutant aux notes de bas de pages).

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La richesse de cet ouvrage tient à la fois à l’analyse historique des données factuelles et aux perspectives de réflexion que l’auteure en dégage. Ainsi, il est toujours amusant – et instructif – de constater que, à la fin du XIXe comme au début du XXIe siècle, « la pratique a précédé et a nourri la théorie » (p. 15) ; ou encore d’apprendre (p. 212) qu’il fut un temps où certains érudits refusaient la médiation des bibliographies et des catalogues créés collectivement et préféraient l’organisation solitaire de leur travail, de même que des bibliothécaires refusaient que de tels outils permettent aux usagers d’accéder aux documents sans passer par leur intermédiaire !

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Dans un registre plus positif, Sylvie Fayet-Scribe constate que les outils de médiation ne s’inscrivent pas dans une démarche linéaire, mais que leur création est le fruit de multiples projets qui cheminent ensemble, se croisent, s’affrontent (p. 218). C’est en 1932, avec l’établissement de cursus d’études par l’UFOD, que l’auteur situe la naissance du métier de documentaliste et identifie les bases d’une culture de l’information (p. 221-222). Dans la naissance de cette culture et la volonté de faire partager la maîtrise de l’information à l’ensemble de la population, Sylvie Fayet-Scribe distingue deux temps. Le premier a connu deux étapes : d’abord identifier, fabriquer et enseigner les outils de médiation, ensuite former les usagers aux méthodes dont ces outils étaient porteurs. En parallèle, elle souligne que nous ne sommes entrés que très récemment dans le second temps d’une culture de l’information qui reconnaît à ces techniques et à ces méthodes le statut de technologies intellectuelles, et que nous accédons maintenant à une phase où nous considérons la valeur cognitive de ces outils de médiation (p. 224).

Les relations récentes entre professionnels et chercheurs en sciences de l’information

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Avec l’ouvrage de Viviane Couzinet, on quitte le charme des images noir et blanc, voire sépia, de l’histoire « ancienne » pour les couleurs – parfois crues – de l’histoire contemporaine, celle à laquelle beaucoup d’entre nous ont participé d’une façon ou d’une autre. L’intérêt peut en sembler plus immédiat, mais les risques étaient aussi plus importants, d’autant que l’auteure étudie les rapports des professionnels et des chercheurs, liens authentiques mais parfois discutés par la communauté universitaire française de l’InfoCom, et sans doute aussi par certains professionnels. Actrice reconnue dans les deux milieux professionnels, Viviane Couzinet connaît bien les deux mondes qu’elle étudie ; elle assume les difficultés de mise à distance que ce travail nécessite et elle le situe « au(x) point(s) d’interaction entre la pratique documentaire et la recherche en sciences de l’information » (p. 9-10).

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Faisant preuve d’autant de sagesse que de finesse, dans une perspective scientifique irréprochable, l’auteure choisit son support d’étude : l’analyse de plus de 550 articles parus entre 1964 et 1997 dans la revue Doc-SI, publiée par une association professionnelle, l’ADBS, et qui accueille régulièrement des travaux de chercheurs. L’étude met en œuvre les méthodes d’analyse éprouvées et pratiquées au Laboratoire d’études et de recherches appliquées en sciences sociales (LERASS), laboratoire de rattachement de l’auteure, dans un programme où se conduisent des recherches sur les revues scientifiques et sur la communication entre chercheurs. Les résultats de cette analyse sont tout à fait intéressants en eux-mêmes et ils mettent en évidence le rôle central joué par cette revue, principalement professionnelle, mais à laquelle de plus en plus de chercheurs confient la publication de leurs travaux.

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En se fondant sur ces analyses d’une revue rendue ainsi « hybride », Viviane Couzinet se fixe pour objectif de répondre aux questions suivantes : quel lien communicationnel cette revue établit-elle entre la profession et la recherche ? En quoi cette revue inscrite dans une pratique est-elle utile à la recherche ? Quel rôle joue-t-elle dans l’intégration de la recherche par la profession ?

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Partant, comme Sylvie Fayet-Scribe, du constat selon lequel « en SIC la profession a précédé la recherche » (p. 27), et de l’absence d’une « grande » revue française uniquement dédiée aux recherches en sciences de l’information, l’auteure analyse successivement les revues étrangères puis les revues françaises de SI et de documentation. Dans Doc-SI, elle analyse les articles rédigés par les professionnels et ceux des enseignants-chercheurs, prenant en compte aussi bien leur thématique (thèmes récurrents, thèmes émergents, thèmes obsolescents) que leurs genres discursifs. Cette analyse la conduit à constater d’une part que la multiplicité des auteurs, des thèmes qu’ils abordent, des genres discursifs qu’ils adoptent, contribue à diversifier les médiations, mais d’autre part que des liens sont de plus en plus perceptibles entre profession et recherche, et que cet ensemble a su pérenniser la revue.

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L’intérêt de l’ouvrage tient aussi au panorama que dresse Viviane Couzinet pour permettre de comprendre les interactions entre ces deux milieux : elle offre ainsi des approches historiques très éclairantes de la profession, des techniques et des technologies, de l’enseignement et de la recherche, des associations (SFSIC et ADBS), de l’édition, des réseaux et des modes de travail. Elle aussi souligne le rôle de quelques « passeurs », qui ont permis d’établir des ponts entre les mondes professionnel et universitaire — au premier rang desquels elle cite Jean Meyriat, au sein de la SFSIC comme de l’ADBS, dont l’action se poursuit, directement et par effet d’entraînement.

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Construit de façon rigoureuse, ce travail est un témoignage supplémentaire de la valeur des « cultures hybrides », les qualités pédagogiques de son auteure se doublant de celles du documentaliste : l’objectif de chaque partie est annoncé en introduction, le raisonnement exposé dans une démonstration et les résultats en sont résumés en conclusion ; cet ouvrage se prête donc à plusieurs modes de lecture et/ou de consultation. Au-delà des notes de bas de page, il est complété par trente pages de bibliographie (classée thématiquement puis alphabétiquement), puis par quarante pages d’annexes fort précieuses.

Un débat plus que centenaire et toujours d’actualité

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À leur façon à la fois érudite et vivante, ces deux ouvrages répondent aux questions souvent débattues dans les colonnes de cette revue et au sein des associations tant professionnelle qu’universitaire : quelle place pour l’outil, la pratique, le métier, la réflexion théorique, la recherche scientifique ? La documentation est-elle une science ou une technique ? Sylvie Fayet-Scribe indique que le débat perdure depuis 1895 et elle rappelle les arguments qui ont opposé Jean Gérard et Julien Cain en 1937, lors du Congrès international de la documentation. Traversant par ces lectures un siècle de bouleversements techniques, on est frappé par la permanence des besoins des usagers pour la maîtrise de l’information, de l’intelligence et des méthodes qu’elle exige de ceux qui tentent de trouver des solutions par l’adoption/adaptation de technologies issues d’autres milieux.

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On est frappé aussi par le rôle de quelques pionniers qui, loin de fonder leur identité sur leur différence, ont su ouvrir leur réflexion et leurs pratiques en recherchant les complémentarités efficaces, et prolonger leur action dans les associations qu’ils ont créées et/ou animées. Par des cheminements plus ou moins directs, l’information spécialisée – quel que soit le versant par lequel on l’aborde – ne progresse que par des ouvertures successives et les « hybridations » qu’elles suscitent.

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Se situant toujours dans une perspective historique et critique, ces deux études ouvrent à leur tour des pistes de réflexion. Curieux et chercheurs y trouveront des mines de références, d’informations difficilement accessibles. La lecture n’en est jamais ennuyeuse.

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Il faut lire ces deux ouvrages stimulants – pour s’instruire, pour comprendre certaines évolutions, pour mieux évaluer les enjeux actuels et, éventuellement, pour discuter les opinions émises.

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Anne-Marie Guimier-Sorbets

Intelligence économique : utilisez toutes les ressources du droit, Thibault du Manoir de Juaye, Paris : Éditions d’organisation, 2000. – XV-233 p. – ISBN 2-7081-2441-2 : 30,18 €

La rencontre du droit et de l’intelligence économique

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QU’IL S’AGISSE D’INFORMATION BLANCHE, facilement accessible, obtenue après consultation de documents administratifs, fiscaux ou boursiers (chapitre 1), d’information grise provenant d’agences de renseignements, de constats d’huissiers ou de surveillance vidéo (chapitre 2) ou d’informations plus controversées, voire franchement illicites, obtenues grâce aux indiscrétions de salariés, par des écoutes téléphoniques ou par une intrusion dans les systèmes informatiques (chapitre 5), on conviendra que les sources utilisables en matière d’intelligence économique sont multiples. Mais il est également possible d’obtenir des informations intéressantes par des moyens tout aussi inattendus pour ceux qui découvrent ce domaine d’activité. Ce peut être par le biais de recours artificiels à la justice (chapitre 3) ou de rachats fictifs d’entreprises (chapitre 4), organisés uniquement, avec quelques risques néanmoins, dans le but de consulter des documents qui autrement resteraient confidentiels.

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Après cette première partie consacrée à l’entreprise « chasseresse » lorsqu’elle est en quête d’information, une deuxième partie aborde les modes de protection préconisés pour protéger une entreprise, cette fois-ci « proie » de chercheurs d’information, pour lui éviter de devenir trop vulnérable. Il lui faut, en effet, songer à développer des parades contre ses propres acteurs que sont les administrateurs et les salariés (chapitre 6) mais aussi protéger, ce qui est une approche plus classique, les divers éléments de son patrimoine incorporel par les brevets, le droit des marques, celui des dessins et modèles, sans négliger naturellement le droit d’auteur, la protection contre la concurrence déloyale ou les possibilités de cryptage (chapitre 7).

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La désinformation est sans nul doute un aspect qu’il convenait aussi de développer : c’est l’objet d’une troisième et dernière partie. Il est important, en effet, de savoir lutter contre la publicité mensongère et le dénigrement, ou de connaître les aspects juridiques liés à la sécurité des produits (chapitre 8). Il faut savoir prendre la mesure de la désinformation susceptible d’être organisée par les salariés (chapitre 9) ou la presse (chapitre 10). Un tout dernier chapitre aborde le thème de la désinformation par le biais des nouvelles technologies, mais de manière très succincte (chapitre 11). Il est vrai que cet ouvrage date de l’an 2000 et que des éléments nouveaux sont apparus depuis.

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Mais bien qu’un peu ancien déjà, il présente, nous semble-t-il, un grand intérêt. Il conduit en effet son lecteur à la confluence de deux disciplines - l’intelligence économique et le droit - dans un langage très accessible. Il se veut concret et propose ainsi, entre autres, des modèles de clauses de contrats, de nombreux tableaux récapitulatifs, quelques exemples de jurisprudence pour illustrer certains aspects présentés, des « mémos » intitulés « Le réflexe intelligence économique ». Il sera consulté avec profit par les responsables des services de veille, non juristes, qui tentent d’évaluer les possibilités offertes par le droit dans le cadre de leurs activités.

Le droit n’est pas un ensemble de règles figées

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On notera aussi que, dans un chapitre conclusif très bref, Thibault du Manoir de Juaye propose également des suggestions de réforme du droit permettant aux entreprises de notre pays de lutter à armes égales, pour reprendre le vocabulaire guerrier qui est de mise dans ce contexte, avec les entreprises d’autres pays, entre autres, bien sûr, celles qui sont localisées aux États-Unis où la législation leur serait plus favorable. Il s’agirait : de permettre aux entreprises ayant financé une création d’en être les propriétaires, de créer un droit de protection de la vie privée des personnes morales, d’obliger les fournisseurs d’information à garder les traces des auteurs d’une infraction, enfin d’élargir le rôle de certains corps de l’État pour lutter plus facilement contre certaines infractions. Mais l’auteur rappelle fort opportunément que « le droit n’est pas un ensemble de règles figées » et qu’il permet déjà « aux divers acteurs du monde judiciaire et de l’intelligence économique […] de comprendre les enjeux de l’information, de savoir comment la rechercher et comment se protéger des agressions ». Ce qui est précisément l’objet de cet intéressant ouvrage.

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Michèle Battisti

Gestion et diffusion d’un fonds d’images, Cécile Kattnig, Paris Nathan/VUEF : ADBS, 2002. – 127 p. – (Coll. 128 ; 269. Série Information-Documentation). – ISBN 2-09-191150-X : 8,10 €. La recherche d’images : méthodes, sources et droits, Valérie Massignon, Bruxelles De Boeck Université ; Bry-sur-Marne (94366 cedex) : INA, 2002. – 202 p. – (Cultures et techniques audiovisuelles). – ISBN 2-8041-3955-7 : 29,95 €

Deux livres indispensables sur le traitement de l’image

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DEUX OUVRAGES CONSACRES A L’IMAGE ont été presque simultanément publiés l’an dernier, qui abordent respectivement la problématique de la gestion d’un fonds d’images fixes et celle de la recherche d’images, essentiellement d’images animées. Ils viennent fort opportunément enrichir la littérature professionnelle, paradoxalement très pauvre sur ce sujet alors que l’image a pris une place de premier plan dans notre société.

La gestion des images fixes

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Depuis 1989, date de publication de l’ouvrage de Cécile Kattnig et de Janny Léveillé Une photothèque : mode d’emploi (Éditions d’organisation), le paysage des photothèques a été considérablement bouleversé : introduction de l’image numérique, des logiciels de gestion d’image, apparition du web, évolution de la société vers des pratiques plus procédurales. Dans le même temps, le nombre de professionnels confrontés à l’image a augmenté (notamment par suite de l’explosion du web).

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Cet ouvrage, Gestion et diffusion d’un fonds d’images, était donc attendu et doit permettre d’apporter informations et méthode à tout gestionnaire potentiel d’images fixes.

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Le premier chapitre « campe » le paysage de l’image fixe en France : « L’image multiple » énumère les différents types d’images, de l’estampe à l’image numérique, dans leur perspective historique. Avec le deuxième chapitre, « Les collections d’images », on entre dans le vif du sujet : la constitution de la collection : acquisition, identification, sélection. Pour chacun de ces points, la problématique est énoncée et complétée d’exemples concrets et de documents types (contrat type, fiche d’identification).

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« Les banques d’images », chapitre 3, énonce les grands principes de la mise en place d’une gestion informatisée de photothèque : étude préalable (analyse de l’existant et des besoins), cahier des charges, progiciels. Bien qu’un encart mette en exergue les six éléments essentiels du cahier des charges, on aurait aimé que cette partie soit un peu plus développée. Un tableau fait le point sur les principales fonctionnalités de neuf progiciels présents sur le marché au moment de la rédaction de l’ouvrage.

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Le quatrième chapitre, « Traitement matériel », aborde la « mise en collection », soit l’ensemble des tâches nécessaires à l’intégration des images dans le fonds : numérotation, légendage, estampillage, avec pour chaque point des exemples pratiques. Viennent ensuite des recommandations pour la conservation des documents. Dernière étape de cette chaîne, mais non la moindre : le traitement numérique des images fixes. Dans cette partie, les notions de base de l’image numérique sont expliquées et avantageusement complétées de tableaux synthétiques, pour permettre au gestionnaire de faire ses choix en ce qui concerne le format, la taille et la résolution des images numérisées. Un exemple de cahier des charges de numérisation, très précis, conclut cette partie.

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Après le traitement matériel vient le traitement intellectuel, le « cœur du métier » : catalogage (avec présentation de différents formats de catalogage), analyse de l’image, indexation. La nature polysémique de l’image rend son analyse passionnante mais complexe. Cécile Kattnig décrit avec précision les différents angles sous lesquels ce travail doit être effectué. Là encore, les exemples cités permettent de concrétiser les principes de base énoncés.

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Le dernier chapitre, « Exploitation, valorisation », aborde les questions du droit d’auteur, de la diffusion (aspects pratiques tels que le bordereau) et de la valorisation (variété des produits et des supports). La partie la plus développée ici, « L’image et la loi », détaille les principaux éléments du droit d’auteur, des droits des tiers. Exemples concrets, formulaires types, recommandations permettent de ramener la loi à son application dans la vie professionnelle.

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Dans cet ouvrage très dense, très complet, où les éléments théoriques sont toujours renforcés d’exemples concrets, Cécile Kattnig décrit en détail toute la chaîne du traitement documentaire de l’image fixe. Son livre sera un guide précieux pour les professionnels amenés à gérer une collection d’images.

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Lisette Calderan

La recherche d’images animées

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« ENFIN ! », a-t-on envie de s’écrier en découvrant l’ouvrage de Valérie Massignon, qui vient combler un manque évident, tant est pauvre la bibliographie consacrée à la documentation audiovisuelle. Il s’agit en effet d’un ouvrage résolument pratique, destiné à tous ceux, spécialistes ou non, qui sont amenés à rechercher des images, fixes ou animées, et à régler les questions de droits qui s’y attachent.

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Valérie Massignon est l’une des plus expérimentées des « recherchistes » françaises : elle a travaillé depuis plus de vingt ans aussi bien pour la presse, l’édition, les musées, la publicité que pour le cinéma et la télévision, notamment au sein de la société XYZèbre, qu’elle a fondée. L’ouvrage, complet et bien structuré, est donc riche de son expérience variée.

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Le premier chapitre est consacré aux sources. Soulignant leur nombre et leur extrême diversité, il propose une typologie et liste plus d’une centaine de sources d’images animées, tant nationales qu’internationales ou régionales, publiques ou privées. La plupart sont décrites en détail : historique et dates, supports, mode d’accès, tarifs, coordonnées. Les adresses Internet sont systématiquement citées, avec hélas les risques d’obsolescence rapide que cela comporte.

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L’auteure fait le point sur un marché de l’image en constante évolution, et sur la " découverte " toujours possible de nouvelles sources par le chercheur, une source n’existant vraiment qu’à partir du moment où elle est « révélée » par l’intérêt qu’elle suscite…

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D’où l’importance de disposer d’une méthodologie de recherche qui ne se contente pas de l’exploitation des bases de données des sources déjà connues : c’est l’objet du deuxième chapitre. Valérie Massignon insiste sur la nécessité de la recherche d’informations préliminaires qui vont permettre d’orienter la « traque » de l’image elle-même. Cette recherche peut se faire tant avec des moyens traditionnels – encyclopédies, dictionnaires, revues de presse, etc. – que grâce au web. Quelques pages sont consacrées à cette recherche sur le web, mais ce n’est pas la partie la plus convaincante de l’ouvrage, et le lecteur devra se reporter à d’autres livres plus spécialisés.

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Le troisième chapitre porte sur un point crucial de la recherche d’images : celui des droits. Toute reproduction ou utilisation des images, fixes ou animées, est soumise à des lois très contraignantes, et qui ne peuvent en aucun cas être négligées. Malgré quelques erreurs ou ambiguïtés de détail, la synthèse opérée ici par Valérie Massignon est particulièrement claire, ne négligeant aucun aspect et mettant en lumière la différence entre la notion française de droit d’auteur et la notion anglo-saxonne de copyright. Chaque point est illustré d’une ou plusieurs " études de cas " particulièrement éclairantes, fondées sur des situations concrètes ayant fait l’objet de procès et complétées par des vignettes d’un intérêt pédagogique certain ; ces études sont à conseiller à tous ceux qui se sentent mal à l’aise avec le vocabulaire juridique.

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Le dernier chapitre de l’ouvrage présente une synthèse du processus pratique de recherche, et examine les différents facteurs de coûts, avec des exemples comparant les tarifs des organismes les plus connus. En annexe, quelques compléments utiles, notamment un intéressant inventaire des différents supports de l’image. Un seul regret : l’absence d’une bibliographie qui aurait pu permettre au lecteur d’aller plus loin dans certains domaines évoqués.

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Davantage orienté vers les images animées que vers les images fixes, le livre de Valérie Massignon prend cependant place dans les toutes premières références bibliographiques dans le domaine de la documentation audiovisuelle. Il ne traite bien sûr qu’un aspect de la question, celui de la recherche. Mais c’est l’aspect qui intéressera sans doute le plus de lecteurs, au-delà des spécialistes de l’image : journalistes, éditeurs, réalisateurs, étudiants, etc. L’image étant de plus en plus présente dans les pratiques quotidiennes des professionnels de la documentation, la lecture de ce livre à la fois complet, pratique et simple d’accès est à conseiller vivement.

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Jean-Yves de Lépinay,

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Laurence Voix

Transition vers la société du savoir : politiques et stratégies pour promouvoir la participation et l’apprentissage chez les individus, Sous la direction de Kjell Rubenson et Hans G. Schuetze ; traduction de Jeannot Trudel, Vancouver : Université de la Colombie-Britannique, Institut des études européennes, 2000. – 522 p., bibliogr., index. – (Documents de recherche de l’Institut des études européennes). – ISBN 0-88865-534-7

Les enjeux actuels de la mondialisation et de l’économie du savoir

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PARRAINEE PAR DEVELOPPEMENT DES RESSOURCES HUMAINES CANADA et la Direction générale V de la Commission européenne, une conférence internationale sur la société du savoir s’est tenue à Vancouver en 1998, réunissant chercheurs, analystes politiques et administrateurs de quelque douze pays. Elle a donné lieu à la publication de ce volumineux document qui s’articule principalement sur la difficulté d’accéder à la société du savoir et d’y participer activement. Quel est le rôle du savoir et de l’innovation dans la croissance économique et l’emploi ? Peut-on jeter les fondements d’une théorie de l’économie du savoir ? Quelles sont les interactions entre l’économie du savoir, l’innovation technologique et les politiques publiques ? Autant de questions auxquelles cet ouvrage donne des réponses précises, s’appuyant sur des auteurs de renom international.

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« Les politiques économiques et sociales pour la société du savoir » (première partie) offrent un aperçu général des thèmes économiques développés tout au long des 500 pages de ce livre. Les analyses insistent sur la nature spécifique des technologies de l’information et de la communication et sur la manière dont elles transforment les modes traditionnels de production des biens et services, leurs effets sur la nature et l’organisation du travail. Il est nécessaire de tenir compte d’un certain nombre de paramètres : le savoir étant par nature « non concurrentiel », l’innovation et l’évolution technologique créent de l’incertitude. Les politiques ne peuvent être neutres et il n’existe pas de « meilleure politique technologique ». Un nouveau contrat social doit être instauré, qui prenne en compte les conséquences défavorables de la nouvelle économie et de la mondialisation (délocalisation, chômage, etc.). L’exclusion de la société du savoir de certaines catégories de population doit être enrayée et, dans ce contexte, les technologies de l’information ont un rôle à jouer dans le renouveau du dialogue social.

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« Le marché mondial, les régions et les communautés » (deuxième partie) démontre le rôle central de ces technologies dans la mondialisation des biens et des services. Les entreprises doivent évoluer constamment et les prendre en compte dans leurs investissements. La réussite dépend cependant du changement dans l’organisation du travail et de pratiques de gestion différentes. Certains auteurs canadiens constatent une certaine lenteur dans cette mise en œuvre par les petites entreprises, ce qui entraîne une moindre performance ; ils mettent en avant également les populations à faible revenu et peu qualifiées qui n’ont pas accès aux technologies de l’information. En Europe, les disparités apparaissent sensibles entre les régions : l’Union européenne a fait évoluer sa législation en matière d’aide au développement économique des régions. Les entreprises européennes semblent moins ouvertes à l’innovation technologique qu’aux États-Unis ou au Japon, moins capables de transformer le savoir en innovation et donc en produits commercialisables.

Le problème de la qualification de la main-d’œuvre

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« Le travail dans l’économie du savoir » (troisième partie) met l’accent sur l’importance accordée à la main d’œuvre qualifiée, au désavantage des personnes moins qualifiés qui entraîne des conséquences économiques importantes : une rationalisation des emplois non spécialisés, l’instabilité et la précarité des emplois, des taux de salaire en baisse chez les travailleurs non qualifiés et plus âgés. Le nouveau cadre du travail actuel implique de repenser l’apprentissage individuel. Les travailleurs du savoir, de plus en plus nombreux, doivent présenter des qualités et des compétences spécifiques : en matière de cognition, d’autorité, de gestion et de communication. Pour cela, les auteurs mettent en avant l’enseignement coopératif qui établit la relation entre l’école et le milieu du travail. Technologie, emploi et qualification sont donc étroitement liés. Cependant, des nuances sont à apporter selon les pays étudiés entre emplois qualifiés et non qualifiés, échelles des salaires et développement technologique : la flexibilité du travail est en effet très différente aux États-Unis et en Grande-Bretagne par rapport à l’Allemagne, la France ou l’Italie.

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« Participation et intégration à la société du savoir » (quatrième partie) s’attache à l’investissement des entreprises dans les ressources humaines. Au Canada, l’investissement est faible dans la formation continue des salariés moyens à la différence des salariés qualifiés. Une intervention politique s’avère nécessaire ainsi qu’une réglementation du marché du travail et une offre en matière de formation plus importante. Le travail des femmes dans la société du savoir est également considéré et demande plus de flexibilité, des possibilités de formation et d’apprentissage supplémentaires : les femmes sont affectées inégalement, les nouvelles formes de travail (travail à distance, à domicile, etc.) pouvant renforcer ou réduire dans certains cas l’égalité des chances entre hommes et femmes. « L’éducation continue pour tous » doit être intégrée dans les politiques publiques, la citoyenneté (et non l’aspect commercial) doit être prédominante sur les réseaux de l’information.

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« Mesurer la société du savoir » (cinquième partie) exploite, dans un premier temps, une enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes afin de comprendre le lien entre capital humain et croissance économique ; puis, dans un deuxième temps, sont exposés des instruments d’enquête afin de suivre des pratiques relatives à l’organisation du travail au Canada et en Europe.

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Il est important de préciser en conclusion que cet ouvrage s’inscrit dans une actualité brûlante tant les enjeux actuels de la mondialisation et de l’économie du savoir sont importants. Les conséquences de la nouvelle économie sont en effet visibles quotidiennement dans notre environnement et touchent des catégories entières de travailleurs, soit en modifiant radicalement leurs manières de travailler, soit en supprimant des emplois. Les auteurs de cet ouvrage insistent à juste titre sur la nécessité de la formation continue (« l’éducation continue pour tous ») afin de s’adapter aux méthodes induites par les technologies actuelles, et sur la place des politiques de qui dépendent les mesures à prendre.

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Jean-Philippe Accart

Archives, libraries and museums convergence : 24th Library Systems Seminar, Paris, 12-14 April 2000, Actes réunis par Maria Witt et Majid Ihadjadene ; programme scientifique sous la dir. de Paula Goossens, présidente d’ELAG (European Library Automation Group) ; avant-propos de Pietro Corsi ; tableaux de Jacques Poirier, Paris : Cité des sciences et de l’industrie, 2001. – XXVI-445[-7] p., ill., bibliogr., index. – ISBN 2-86842-146-6 : diff. par la CSI dans la limite des stocks disponibles

Évolution et perspectives de l’informatisation des bibliothèques

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THE EUROPEAN LIBRARY AUTOMATION GROUP (ELAG), créé il y a vingt-cinq ans, est un groupe de discussion européen qui réunit les professionnels de l’informatisation des bibliothèques. Quatre cent cinquante membres en provenance de vingt-sept pays en font partie et débattent annuellement de l’actualité technologique qui touche bibliothèques et services de documentation.

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Le thème principal d’ELAG 2000 était un thème dont l’actualité ne se dément pas puisqu’il s’agit de la coopération et de la convergence entre archives, bibliothèques et musées (ALM selon l’acronyme anglo-saxon) à l’ère du numérique. Maria Witt et Majid Ihadjadene, éditeurs scientifiques des actes présentés ici, nous livrent un ensemble très riche composé de contributions délivrées lors des séances plénières et des ateliers de travail, ainsi que les rapports d’activité d’une vingtaine de pays. Les textes anglais sont également fournis avec une traduction française.

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La première partie rassemble les communications données en séances plénières. Parmi les sujets abordés, citons des interventions concernant l’expérience danoise de contrôle bibliographique (« The VisualCat Cataloging Client ») utilisant les formats MARC 21, UNIMARC et XML ; les projets BIBLINK (http:// hosted. ukoln. ac. uk/ biblink) pour la description des publications électroniques et NEDLIB (http:// kb. nl/ nelib/ ) pour l’installation, l’accès et la préservation des publications électroniques. Liv A. Holm, professeur associé à l’Oslo University College, présente ensuite le profil du secteur ALM en tant que groupe des « institutions de mémoire » : la définition d’un ensemble de critères de recherche et un format d’échange de données commun sont les principaux enjeux et présentent des difficultés certaines.

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Le service CORC d’OCLC (soit 550.000 notices en 2001) permet d’effectuer des recherches, de créer des notices et propose des « bibliographies de sites » utiles pour un accès rapide à des ressources extérieures. La norme Unicode pour le traitement des jeux de caractères est ensuite expliquée par V. Chachra, directeur de VTLS. C. Parmeggiani présente SBN (Servizio Bibliotecario Nazionale) soit, en avril 2000, 1.125 bibliothèques italiennes réunies en réseau et utilisant SBN On-line ; cette application donne accès aux collections bibliographiques nationales (en Italie et hors Italie) et permet la recherche dans les collections des musées, des archives et des bases de données numériques. Quelques exemples français d’accès à des collections muséographiques (celles du Musée du Louvre, les bases du ministère de la Culture, Joconde, Archeos et Ethnos) viennent enrichir la démonstration.

Divers sujets communs de préoccupation et vingt projets nationaux

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La deuxième partie est un reflet des quelque douze ateliers de travail qui se sont déroulés durant la conférence. Il est assez rare de voir publier ce type d’information. Une douzaine de thèmes, donc, et des plus variés : parmi ceux-ci, les bibliothèques numériques ; un modèle conceptuel commun aux archives, bibliothèques et musées (les modèles FRBR – entité-relation de représentation des descriptions bibliographiques – et CRM – modèle orienté objet de représentation des descriptions muséographiques) ; ce modèle commun (lors d’un autre atelier) est complété par le modèle de référence ICOM/CIDOC. D’autres thèmes sont traités : l’actualisation des métadonnées ; les consortiums de bibliothèques et leur gestion ; l’archivage des documents électroniques ; l’identification des ressources électroniques ; un système intelligent pour les bibliothèques, etc.

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La troisième partie présente l’état d’avancement de différents projets nationaux qui font l’objet d’un rapport d’activité individuel. Vingt pays sont représentés (de l’Albanie à la Biélorussie ; de la Croatie à l’Italie et à la Lettonie ; des Pays-Bas à la Suisse en passant par l’Espagne) : il est à la fois étonnant et intéressant de constater la diversité des projets en cours, la prise en main de la technologie numérique par les pays d’Europe centrale et de l’Est et leur avancée en la matière.

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Parmi les très nombreuses conférences internationales qui ont lieu de par le monde, les conférences annuelles d’ELAG sont certainement des plus riches et des plus adaptées aux préoccupations actuelles des professionnels de l’information. Réunissant bibliothécaires, documentalistes et ingénieurs système, le point central des discussions est l’évolution de l’informatisation des bibliothèques et services de documentation. L’arrivée du numérique reste un thème majeur de préoccupation, car cette technologie révolutionne en profondeur la conception classique de la bibliothèque, l’accès aux collections et le rôle même du professionnel. Organiser, structurer, archiver du texte et des images sous forme numérique implique une gestion des formats d’échange, une réflexion sur des modèles et des concepts. En prenant comme thème la convergence des archives, bibliothèques et musées, ces actes d’ELAG 2000 contribuent fortement à enrichir notre propre réflexion.

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Jean-Philippe Accart

La Recherche documentaire : manuel à l’usage des étudiants, doctorants et jeunes chercheurs, Annie Piolat, Marseille : Solal, 2002. – 150 p., bibliogr., index. – (Coll. Psychologie. Théories, méthodes, pratiques). – ISBN 2-914513-30-5 : 13 €

Pour favoriser l’accès à la culture de l’information

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EN RAPPELANT EN INTRODUCTION le constat - affligeant - de la méconnaissance ou du peu d’intérêt de trop nombreux étudiants pour les ressources des bibliothèques universitaires, l’auteure – professeure de psychologie – en voit une des causes essentielles dans une conception implicite et figée du « livre à lire » et dans la méconnaissance des opérations intellectuelles qu’implique la recherche documentaire. Son ouvrage se propose d’aider ses lecteurs – étudiants et jeunes chercheurs – à « développer des stratégies cognitives et métacognitives, afin de favoriser une culture de l’information » (p. 17), et à maîtriser l’ensemble du processus de recherche.

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Avant de repérer un contenu, il est indispensable de pouvoir identifier et caractériser son contenant. C’est ce que proposent les deux premiers chapitres « Nature et identification des documents» (p. 19-36) et « Référencer des documents » (p. 37-61). Les caractéristiques de chaque type de document (exclusivement textuel) et les normes pertinentes sont expliquées. Les formats de référence bibliographique sont présentés en fiches selon les deux systèmes APA (American Psychological Association) et AFNOR.

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Qui lirait avec attention ces quelques pages devrait pouvoir non seulement se repérer dans la production documentaire mais aussi présenter correctement ses propres bibliographies.

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Par rapport à l’importance accordée à l’identification des documents, le troisième chapitre, « Langages documentaires et outils de documentation » (p. 61-72), apparaît réduit à l’excès. Si l’indexation est bien explicitée, les langages auraient mérité d’être illustrés et commentés, d’autant plus que la bibliographie de l’ouvrage ne comporte aucun titre sur la question. Il y a là une lacune étonnante dans un « manuel » parfois si détaillé.

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Présentant la recherche documentaire comme « une résolution de problème », l’auteure en décompose les étapes en bibliothèque (chap. 4, p. 73-82) et sur Internet (chap. 5, p. 83-94). Après une initiation rapide mais utile à la navigation sur le web, l’examen des sites de formation destinés aux étudiants (FORMIST, FOURMI et CERISE) et de quelques bases de données indispensables (du type Current Contents) ouvre autant de pistes à compléter par ailleurs.

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Plus nouveau et plus stimulant, le chapitre 6 « Analyse et évaluation des documents trouvés » (p. 95-114) donne des clés pour estimer la pertinence des documents trouvés : niveaux d’analyse, critères de valeur, stratégies de lecture, y compris pour les sites web. Enfin, les méthodes de résumé, de prise de notes et de mise en fiche, pour peu qu’on les applique, devraient permettre de produire la « liste de références » exigée pour tout travail universitaire (chap. 8 « Citation et référencement », p. 115-131). « Références » et non « bibliographie » dont l’auteure donne une définition curieuse et, à mon sens, contestable (p. 116).

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Bien que les conseils et les méthodes dont est composé cet ouvrage soient parfois assez pesamment exprimés, on se réjouira de l’humour dont a fait preuve Anne Piolat en introduisant chaque chapitre par les « petits tremplins de bonheur » (p. 5) que sont les pastiches normatifs réalisés par Georges Perec pour sa base de données imaginaires !

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Complété par la liste des « Références citées à titre d’exemples » (p. 139) et par un index très précis, voilà un guide utile – et non seulement à des débutants.

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Claire Guinchat

Recherches récentes en sciences de l’information : convergences et dynamiques, Actes du colloque international organisé les 21 et 22 mars 2002 à Toulouse par l’équipe Médiations en information et communication spécialisées (MICS) du Laboratoire d’études et de recherches appliquées en sciences sociales (LERASS) de l’Université Toulouse-3 ; publiés sous la dir. de Viviane Couzinet et Gérard Régimbeau, en collaboration avec Josiane Demeurisse, Joëlle Devillard, Patrick Fraysse et Francine Pavan, Paris : ADBS, 2002. – 418 p. – (Sciences de l’information. Série Recherches et documents, ISSN 1159-7666). – ISBN 2-84365-059-3 : 27 €

Les nécessaires allers et retours entre la recherche et la profession

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CETTE LIVRAISON de vingt-quatre contributions d’enseignants-chercheurs et de doctorants est organisée autour de trois thématiques : « Des situations nationales » (trois communications), « Au carrefour des disciplines » (huit communications) et « Usages et médiations » (treize). Elle est introduite par Viviane Couzinet.

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Plusieurs synthèses font état de la recherche en France, en Suisse et en Algérie, et du profil des documentalistes au Brésil. Les approches sont multiples : proprement documentaire (recherche d’information, analyse sémiotique de l’information, pertinence liée aux approches linguistique et mathématique, modèles de performance), ou muséologique, culturelle, socio-économique. Ou encore par comparaisons disciplinaires (sciences de la communication, sciences du langage, sociologie) ou études d’usages d’Internet ou des technologies pour la recherche d’information.

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Signalons plusieurs communications proches des préoccupations professionnelles : « Quelle place pour l’usager dans l’évaluation des SRI (systèmes de recherche d’information) ? » dans laquelle Stéphane Chaudiron et Majid Ihadjadene répertorient les recherches menées sur la prise en compte des comportements de l’usager en matière d’information ; ou celle de Ghislaine Chartron qui s’intitule « Évolution du modèle éditorial des articles scientifiques : analyse économique et stratégique » ; ou encore différentes analyses de pratiques informationnelles, en milieux universitaire, bancaire (Éric Thivant) et dans l’enseignement.

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Cette diversité des points d’entrées peut à première vue sembler éloignée du quotidien des documentalistes. Mais elle met en évidence les nécessaires allers et retours qui doivent être faits entre ce que montre le terrain, là où les choses sont en train de se faire, et un regard distancié parce que théorisé, qui leur donne leur épaisseur, signale les points de difficulté, ouvre des perspectives et des interrogations, ou indique des avancées. Ces travaux sont autant d’éclairages sur une réalité très diverse, parfois réduite aux seuls aspects opérationnels ou techniques, proposés à ceux qui voudront à la fois découvrir d’autres situations que la leur et prendre du recul par rapport à celle-ci.

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Brigitte Guyot

La police des images : Droit à l’image, droit des auteurs ; Faux et usage de faux, Ouvrage publié sous la responsabilité de François Caillat, Paris : ADDOC ; L’Harmattan, 2002. – 121 p. – (Cinéma documentaire). – ISBN 2-7475-2136-2 : 10,70 €

Des regards inhabituels sur le droit de l’image

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CET OUVRAGE PROPOSE des prises de position exposées lors d’un débat organisé au cours du IXe festival international du documentaire de Marseille, puis les contributions d’un peintre, d’un avocat et d’un documentariste ainsi que le texte d’un scénario sur la vie d’un faussaire. Il invite le lecteur à réfléchir sur le droit lié à l’image, sur la « juridicisation de la relation documentaire » et la « mercantilisation des esprits ». Si les diverses pratiques qui y sont relevées concernent le domaine du cinéma documentaire, elles peuvent, bien sûr, être très facilement élargies à d’autres secteurs. En outre, bien qu’il s’agisse d’une perspective inhabituelle si l’on se réfère aux traités juridiques généralement examinés, force est de constater que les aspects ici abordés, qui ne prétendent certes pas embrasser tout le domaine du droit, permettent cependant d’aborder des thèmes très variés. Ces débats, non limités aux seuls aspects juridiques, examinent en outre, très souvent aussi, de nombreuses questions propres au champ de la sociologie.

De multiples aspects du droit

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C’est ainsi, par exemple, que sont évoqués la valeur juridique de la signature d’une autorisation, le contrat juridique et le contrat moral, le caractère variable du droit de l’image selon les pays, la responsabilité en cas de contestation, les garanties données par les contrats d’auteur en matière de contrefaçon et/ou de diffamation, les liens avec la censure, le traitement de la personne privée et de la personne publique, sa relation avec le droit de propriété et le droit de représentation, le droit de regard et le droit au salaire de la personne filmée, les rapports marchands, le droit à la parole, la notion de risque et même le droit à l’imaginaire.

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Des entretiens complètent cette première approche, en donnant l’opportunité de s’interroger sur la signification des informations et des témoignages reçus, en approfondissant les notions que représentent les deux « légitimités », souvent conflictuelles, que sont le droit à l’image et le droit d’auteur, et en nous donnant des éléments permettant d’apprécier divers problèmes éthiques, en particulier les risques de « normalisation documentaire ».

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Ce petit ouvrage de 120 pages, qui se lit comme un roman, intéressera tous ceux qui, à un moment donné, se sont trouvés face à un problème lié à l’image et qui veulent élargir leur point de vue sur les pratiques actuelles et sur la montée de certaines dérives.

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Michèle Battisti

Quoi de neuf à la doc ?, Dossier coordonné par Marie-France Blanquet et Raoul Pantanella ; éditorial de Colette Charrier-Ligonat, Numéro de : Les cahiers pédagogiques, ISSN 008-042X (sic), mai 2002, 57e année, n° 404, p. 5-49. – 6,86 €

L’enseignant documentaliste et la société de l’information

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L’INTERET DE CE DOSSIER, réalisé en partenariat par la Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale (FADBEN) et le Cercle de recherche et d’action pédagogique (CRAP), est d’éclairer de l’intérieur ce que devient le métier de documentaliste-enseignant de CDI face à l’évolution de la société de l’information.

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Après qu’ont été examinés « Les facteurs de changement au CDI » et posée la « Problématique du nouveau » (Marie-France Blanquet), l’accent est mis sur les possibilités d’intégrer ce nouveau, sous deux aspects : « De nouvelles façons d’apprendre… et d’enseigner » (p. 23-37) et « Nouveaux espaces, nouvelles fonctions » (p. 38-49).

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De quoi s’agit-il en effet ? Devant l’introduction, d’une part des dispositifs de la réforme des lycées et des collèges (p. 35-37), d’autre part d’une technologie déchaînée (Yves Le Coadic, p. 29) et en particulier d’Internet captant l’intérêt non seulement des élèves mais aussi des professeurs, le documentaliste de CDI devra suivre un double chemin : travailler en équipe interdisciplinaire mais ne jamais perdre de vue son rôle de médiateur et de formateur à la maîtrise de l’information. Deux réalisations en ce sens sont apportées par Muriel Kawa-Frisch qui décrit la recherche-action menée sur l’utilisation pédagogique d’Internet à l’école et par Raoul Pantanella pour qui « il ne suffit pas de surfer ». Ils proposent tous deux des méthodes et des grilles d’observation pouvant aider l’élève à exercer son sens critique et à préciser ce qu’il recherche, et rejoignent ainsi l’apprentissage intellectuel assuré par le professeur.

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Si la formation doit elle aussi changer, le métier est-il à réinventer ? Un nouveau portrait en est donné par quatre professionnels, qui insistent sur l’« enseigner autrement », la nécessité du dialogue, l’adaptation incessante des pratiques, l’intégration des réformes, l’accompagnement des enseignants. Un reportage sur quelques CDI new-yorkais (les « School Libraries », p. 38-40) montre que, si les tâches pratiques y sont considérablement simplifiées, les mêmes problèmes et les mêmes défis s’y posent. Enfin, les difficultés rencontrées quand le rôle pédagogique du CDI est ignoré ou sous-estimé au profit du web d’aspect « magique et ludique » (Michel Le Bourhis, p. 48) – mais « pervers » – renforcent les questions que l’on peut et doit se poser sur les nouvelles fonctions du documentaliste.

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Une courte bibliographie établie par Yves Le Coadic (p. 49) – qui par ailleurs ponctue ce dossier de quelques propositions (p. 16, 20, 29) – conclut cette étude des tensions supportées par la profession.

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Claire Guinchat

Musique en bibliothèque, Sous la direction d’Yves Alix et Gilles Pierret, Nouv. éd. – Paris : Électre-Éditions du Cercle de la librairie, 2002. – 362 p. – (Coll. Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 2-7654-0843-2 : 40 €

Un manuel pratique et un véritable manifeste

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ON SAIT L’IMPORTANCE CROISSANTE qu’a prise la musique dans les pratiques culturelles des Français, on connaît moins le reflet de ce phénomène dans l’évolution des bibliothèques musicales. Étudié dès 1993 par Yves Alix et son équipe, il est réexaminé ici dans un ouvrage collectif, mise à jour mais aussi large complément du premier. Il était temps : dans l’introduction, Michel Sineux, entre autres spécialistes, déplore en effet la relative mise à l’écart, par la plupart des collectivités locales, du disque et de la discothèque au profit du « tout écran » et en appelle à une véritable politique « commune et diversifiée » en matière de documentation musicale (p. 13).

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Avec « Musique en bibliothèque : quelle offre pour quels publics ? », Gilles Pierret, directeur de la Médiathèque musicale de Paris, pose la problématique de la musique en bibliothèques de lecture publique et de conservatoires. Constatant l’irruption des amateurs à côté des publics professionnels – chercheurs, enseignants, praticiens – et la « déferlante Internet » (p. 20), il passe en revue l’évolution de la demande et souligne les carences majeures de l’offre actuelle : faiblesse de la musique imprimée, hétérogénéité de la littérature musicale, souvent insuffisante, remplacement des cédéroms par Internet et le DVD, pauvreté des collections rétrospectives de documents sonores, etc. Il insiste sur l’extrême dispersion des ressources entre établissements et surtout sur le manque de moyens des BMVR (Bibliothèques municipales à vocation régionale) pour constituer les véritables pôles de ressources indispensables. Il voit toutefois s’amorcer de leur fait une politique de partenariat avec les conservatoires et les écoles de musique, pouvant enfin décloisonner « ces deux mondes jusqu’ici presque complètement étanches » (p. 39). C’est ce défi qui est à la base de l’idée de « médiathèque musicale publique » appliquée à la discothèque des Halles à partir de 1986, mais restée unique en son genre.

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On retrouve dans le dernier chapitre « La coopération entre bibliothèques musicales » (Elisabeth Giuliani), une analyse très précise de la situation. Elle souligne un certain nombre de réalisations efficaces, au niveau français ou international, et donne une utile liste sélective des principaux organismes de coopération et de leurs activités.

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Instrument de travail concret, un ensemble de chapitres apporte des réponses aux exigences posées par les multiples facettes du traitement des documents musicaux : lieux ressources et collections patrimoniales (Bertrand Bonnieux), outils de la recherche discographique (Alfred Caron), traitement intellectuel des documents (Martine Parmentier), principes de classement (Martine Parmentier et Pascal Wagner) – autant de renseignements et de techniques directement utilisables.

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Avec « L’espace musique au quotidien » (Jean Palomba et Gérard Nicollet), consacré aux établissements de lecture publique et aux collections accessibles en prêt, sont examinés tous les aspects du travail sur le terrain, de la constitution des fonds à l’aménagement des locaux et à l’accueil du public.

Un éclairage XXXXXX sur la situation de la musique en bibliothèque

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Le second aspect de ce livre est centré sur la production : « Les éléments d’histoire des techniques du son et de l’enregistrement phonographique » (Michel Pierre) permet de mieux cerner la diversité des supports musicaux. Le panorama est complété par trois chapitres sur « L’édition phonographique » (Yves Alix), « La musique imprimée » (Dominique Hausfater) et « La littérature musicale » (Nathalie Sicard) : ouvrages et périodiques. Enfin, Yves Alix traite de l’épineuse question des « Droits de l’œuvre musicale », et soulève à nouveau les problèmes posés par Internet et par le droit de prêt, au caractère spécifique.

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Avec cet ouvrage, nous disposons ainsi et d’un véritable manuel pratique à l’usage des professionnels et d’un éclairage, souvent très critique, de la situation de fait – mais aussi des initiatives novatrices et prometteuses. Les constats posés, les pistes examinées, les demandes formulées constituent un véritable manifeste pour améliorer la « musique en bibliothèque », quel qu’en soit le public.

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Les nombreuses bibliographies, par chapitre, permettent aisément d’en « savoir plus ».

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Claire Guinchat

La musique et le droit : de Bach à Internet, André Bertrand, Paris : Litec, 2002. – 205 p. – ((Droit@ Litec). – ISBN 2-7111-3426-1 : 28 €

La gestion des droits dans le domaine musical

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L’ACCENT EST MIS DANS CET OUVRAGE, comme il est d’ailleurs fort bien spécifié dans l’introduction, non sur les contrats, point généralement traité lorsque l’on aborde ce thème, mais sur les sociétés de gestion collective amenées à gérer les droits des auteurs et ceux d’autres acteurs opérant dans le domaine musical : les titulaires de droits voisins, autrement dit les artistes interprètes et les producteurs de phonogrammes.

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Ce manuel est articulé en dix chapitres qui auraient pu, nous semble-t-il, être regroupés de manière à éviter certaines répétitions. Il est vrai que le droit appliqué à la musique est quelque peu complexe, ce qui obligeait peut-être à l’aborder de cette manière. Quoi qu’il en soit, après la présentation du marché des phonogrammes et des droits, après celle de la protection de la création musicale dans son ensemble, puis de la protection des auteurs compositeurs et du contrat d’édition musicale, un seul chapitre aurait pu permettre de reprendre les deux chapitres suivants qui traitent tous deux de la gestion collective. On aurait pu regrouper aussi, sous le titre Des droits dits « voisins » du droit d’auteur, le chapitre sur la présentation de ces droits de manière générale, celui sur les droits des artistes interprètes et celui qui traite les droits des producteurs de phonogrammes, titulaires de droits voisins eux aussi. Quant aux deux derniers chapitres, ils traitent tous deux de l’exploitation des créations musicales en ligne et ils auraient pu être réunis.

Tous les aspects de la gestion collective des droits

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Ces remarques formelles, faites pour clarifier une première approche qui pourrait peut-être paraître confuse, ne doivent pas occulter le fond de l’ouvrage qui est très riche. Les aspects historiques nous ont paru très complets. Il en est de même des sections sur les points qui font l’objet d’une protection dans les créations musicales, même si on peut noter, çà et là, quelques longueurs comme, par exemple, à propos de la présentation de la création musicale électronique. Les droits moraux et patrimoniaux et les diverses exceptions qui ont été ménagées, toujours complexes à aborder, ainsi que les diverses lois et conventions applicables à ce secteur au niveau national ou international, sont également présentés très clairement.

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Mais ce qui est détaillé de manière particulièrement approfondie, y compris sous forme de plusieurs tableaux, ce sont tous les aspects liés à la gestion collective. Elle fait l’objet d’une analyse très critique, donnant des éclairages importants sur divers sujets controversés. C’est le cas, par exemple, des problèmes délicats liés au reversement des droits aux auteurs étrangers, de l’exploitation des sommes " irrépartissables ", des liens qui se sont progressivement tissés entre les sociétés de gestion collective et le ministère de la Culture ou de leur contrôle – toutes questions sur lesquelles l’auteur, comme il le fait souvent, prend très nettement position. C’est ce qui donne, nous semble-t-il, un intérêt tout particulier à cet ouvrage, qui nous parait de ce fait indispensable aux professionnels de l’information qui travaillent dans le secteur musical.

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On conclura en précisant que les notes abondantes et la bibliographie très complète, comme dans tous les ouvrages de cette collection, permettent d’approfondir le sujet. On regrettera, en revanche, comme nous l’avons déjà indiqué dans d’autres comptes rendus, l’absence de tableaux récapitulatifs et synthétiques qui pourraient être insérés en annexe afin de constituer un véritable guide. Et l’on notera avec beaucoup d’intérêt que l’ouvrage fera certainement, très vite (peut-être dès que la transposition de la directive sur l’harmonisation du droit d’auteur sera effective en France), l’objet d’une nouvelle édition. En témoignent les articles réservés présents dans la plupart des chapitres de l’ouvrage, et bien que les deux derniers chapitres en traitent déjà de multiples aspects liés à Internet – tout en posant, comme sait si bien le faire André Bertrand, quelques questions nouvelles et essentielles.

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Michèle Battisti

Droit, œuvres d’art et musées : la protection et la valorisation des collections, Marie Cornu et Nathalie Mallet-Poujol, Paris : CNRS Éditions, 2001. – 401 p. (CNRS-droit). – ISBN 2-271-05770-1 : 29,50 €

Tous les aspects juridiques des activités muséales

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LE DROIT APPLIQUE AUX ŒUVRES D’ART, qu’il s’agisse d’objets ou de monuments, permet, comme on pourra le constater, d’aborder un nombre considérable de thèmes. Dans ce secteur d’activité, est-il rappelé en introduction, les acteurs sont variés et « les obstacles et incertitudes juridiques – ou du moins ressentis comme tels – sont ardus et nombreux » sur bien des points. Nous n’en doutons pas puisque l’ouvrage permet d’approfondir divers aspects du droit des contrats, du droit des biens, du droit des institutions culturelles, du droit d’auteur et les droits voisins, du droit de la concurrence.

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Les aspects juridiques liés aux activités muséales sont développés de manière linéaire en suivant une chaîne d’activités qui commence par l’acte de « Conserver », pour poursuivre logiquement par une partie intitulée « Exposer » et clore par une troisième partie consacrée aux activités périphériques menées dans un cadre institutionnel, puis dans un cadre contractuel, afin de « Valoriser » les collections. Il nous semble néanmoins, bien que cette remarque soit secondaire, que le chapitre premier de la première partie sur la conservation, qui traite des acquisitions, aurait pu constituer une partie spécifique, puisque la conservation n’intervient qu’ensuite. Les acquisitions font d’ailleurs l’objet d’un très long développement.

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Lors d’une acquisition, précisément, peut se poser un problème d’authenticité et, dans ce cas, il s’agit de savoir comment l’erreur est traitée et quelles sont les conséquences de l’annulation d’un contrat. L’acquisition peut résulter d’un contrat de commande des œuvres, ce qui implique un rappel sur la nature juridique de la commande d’œuvres, du contrat administratif ou du contrat de droit privé. Il existe aussi des modes d’acquisitions « spéciaux » des œuvres d’art, lors des ventes publiques, par dations en paiement, donations ou revendication d’objets de fouille, tous longuement décrits.

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Dans la partie sur la préservation, ce sont les modes de protection des œuvres, lors de leur circulation, qui devaient être examinés. Mais la question de la domanialité publique et des diverses législations patrimoniales se pose également dans ce cadre. Puis, bien évidemment, seront décrits tous les aspects liés à la restauration à proprement parler. Ils concernent le statut du restaurateur, la restauration elle-même, l’intégrité de l’œuvre, ainsi que le contrat de restauration.

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L’exposition des œuvres conduit à aborder la recherche muséologique qui se situe en amont de cette activité, une problématique intimement liée à la protection par le droit d’auteur et au droit de la concurrence. Doit être étudiée ensuite, naturellement, l’exposition elle-même qui implique que l’on définisse le droit d’exposition publique avant de traiter la protection des collections muséales mais aussi, ce qui est peut-être moins attendu, la protection de l’auteur des expositions. La circulation des œuvres, thème abordé dans ce même chapitre, traite du régime des sorties temporaires, du contrat de mise à disposition des œuvres par un dépôt ou un prêt.

Tous les types d’objets d’art

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Enfin, la troisième partie sur la valorisation des collections reprend le thème de la mission de service public, qui fait l’objet d’un long développement ; au moment où l’on met la dernière main à une directive applicable au secteur public, ce passage présente un intérêt tout particulier. Le droit de la concurrence devait également être traité dans ce cadre, et après en avoir rappelé les règles, les auteures de l’ouvrage poursuivent en présentant son application à divers modes d’exploitation.

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Valoriser des collections signifie également que l’on devra négocier des droits avec un éditeur, savoir qualifier une œuvre et connaître ses titulaires. Textes, photographies, sons, tous les cas sont présentés de manière très approfondie en une quarantaine de pages. Valoriser, c’est également envisager de développer des activités de merchandising qui posent des questions particulières liées au droit d’auteur ou au droit de marques.

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Cet ouvrage très complet nous semble de ce fait indispensable aux professionnels qui travaillent dans ce secteur, autrement dit, comme l’indique le texte figurant en quatrième de couverture, aux « institutions publiques et privées œuvrant à la conservation et à la présentation du public des collections, mais également aux entreprises et aux organismes intervenant dans la promotion de l’art et des artistes ». Il pourra être consulté avec intérêt par tous les professionnels de l’information qui souhaitent approfondir leurs connaissances dans le domaine juridique et qui seront certainement, à un moment ou à un autre, confrontés eux aussi à des objets d’art.

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Michèle Battisti

Guide du management des systèmes d’information : thèmes et termes essentiels, Sous la direction d’ Alain Berdugo, Robert Mahl, Gérard Jean, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2002. – 622 p., index – (Coll. Management et informatique). – ISBN 2-7462-0524-6 : 145 €

Pour se familiariser avec l’informatique et la gestion

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RÉALISÉ PAR LES PARTICIPANTS du mastère Management des systèmes d’information et des technologies, codirigé par l’École de hautes études commerciales (HEC) et l’École des mines de Paris, cet outil se décompose en trois parties : la dimension métier (management et pilotage économique), la dimension technologique et l’environnement (juridique et sécurité). C’est la seconde qui est la plus importante, se subdivisant en neuf sous-thèmes (notamment l’architecture, la gestion des données, la gestion des connaissances). Chaque chapitre se décline ensuite par ordre alphabétique – audit, capital intellectuel, interopérabilité, etc. –, présentant un développement plus ou moins conséquent à partir d’une définition et de la précision des champs d’application, suivies de termes associés (connexes) puis d’éléments bibliographiques, pour lesquels on regrettera l’absence de datation des documents (seul l’ISBN est indiqué)… ce qui nuit au crédit qu’on peut leur accorder.

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Cet ouvrage permet néanmoins d’avoir une vision globale des préoccupations informaticiennes et gestionnaires et de leur façon d’aborder des questions qui sont aussi celles des documentalistes. Il ne concerne pas que les techniques informatiques, mais aborde aussi les questions d’information, de projets de mise en place de systèmes, toutes choses qui nous concernent directement. Cependant, un certain nombre de définitions, qui semblent évidentes aux auteurs, déroutent le lecteur non spécialiste du fait qu’elles renvoient à d’autres notions non explicitées ailleurs ou considérées comme connues (systèmes d’information urbanisés, par exemple).

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Cet ouvrage offre cependant une occasion d’entrer dans cet univers et se révèle un excellent moyen de comprendre deux métiers (informatique et gestion), ce qui ne peut que favoriser notre dialogue avec eux.

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Brigitte Guyot

Titres recensés

  1. Histoire de la documentation en France : culture, science et technologie de l’information : 1895-1937, Sylvie Fayet-Scribe, Paris : CNRS Éditions, 2000. – 313 p. – (CNRS Histoire, ISSN 1251-4357). – ISBN 2-271-05790-6 : 22,87 €. Médiations hybrides : le documentaliste et le chercheur en sciences de l’information, Viviane Couzinet, Paris : ADBS Éditions, 2001. – 340 p. – (Collection Sciences de l’information. Série Recherches et documents, ISSN 1159-7666). – ISBN 2-84365-045-3 : 16,77 €. Version remaniée de : Mém. HDR : Sci. info. com. : Toulouse-2 : 1999
    1. Deux études historiques et critiques pour alimenter un débat permanent
      1. Les débuts de la documentation moderne
      2. Les relations récentes entre professionnels et chercheurs en sciences de l’information
      3. Un débat plus que centenaire et toujours d’actualité
  2. Intelligence économique : utilisez toutes les ressources du droit, Thibault du Manoir de Juaye, Paris : Éditions d’organisation, 2000. – XV-233 p. – ISBN 2-7081-2441-2 : 30,18 €
    1. La rencontre du droit et de l’intelligence économique
      1. Le droit n’est pas un ensemble de règles figées
  3. Gestion et diffusion d’un fonds d’images, Cécile Kattnig, Paris Nathan/VUEF : ADBS, 2002. – 127 p. – (Coll. 128 ; 269. Série Information-Documentation). – ISBN 2-09-191150-X : 8,10 €. La recherche d’images : méthodes, sources et droits, Valérie Massignon, Bruxelles De Boeck Université ; Bry-sur-Marne (94366 cedex) : INA, 2002. – 202 p. – (Cultures et techniques audiovisuelles). – ISBN 2-8041-3955-7 : 29,95 €
    1. Deux livres indispensables sur le traitement de l’image
      1. La gestion des images fixes
      2. La recherche d’images animées
  4. Transition vers la société du savoir : politiques et stratégies pour promouvoir la participation et l’apprentissage chez les individus, Sous la direction de Kjell Rubenson et Hans G. Schuetze ; traduction de Jeannot Trudel, Vancouver : Université de la Colombie-Britannique, Institut des études européennes, 2000. – 522 p., bibliogr., index. – (Documents de recherche de l’Institut des études européennes). – ISBN 0-88865-534-7
    1. Les enjeux actuels de la mondialisation et de l’économie du savoir
      1. Le problème de la qualification de la main-d’œuvre
  5. Archives, libraries and museums convergence : 24th Library Systems Seminar, Paris, 12-14 April 2000, Actes réunis par Maria Witt et Majid Ihadjadene ; programme scientifique sous la dir. de Paula Goossens, présidente d’ELAG (European Library Automation Group) ; avant-propos de Pietro Corsi ; tableaux de Jacques Poirier, Paris : Cité des sciences et de l’industrie, 2001. – XXVI-445[-7] p., ill., bibliogr., index. – ISBN 2-86842-146-6 : diff. par la CSI dans la limite des stocks disponibles
    1. Évolution et perspectives de l’informatisation des bibliothèques
      1. Divers sujets communs de préoccupation et vingt projets nationaux
  6. La Recherche documentaire : manuel à l’usage des étudiants, doctorants et jeunes chercheurs, Annie Piolat, Marseille : Solal, 2002. – 150 p., bibliogr., index. – (Coll. Psychologie. Théories, méthodes, pratiques). – ISBN 2-914513-30-5 : 13 €
    1. Pour favoriser l’accès à la culture de l’information
  7. Recherches récentes en sciences de l’information : convergences et dynamiques, Actes du colloque international organisé les 21 et 22 mars 2002 à Toulouse par l’équipe Médiations en information et communication spécialisées (MICS) du Laboratoire d’études et de recherches appliquées en sciences sociales (LERASS) de l’Université Toulouse-3 ; publiés sous la dir. de Viviane Couzinet et Gérard Régimbeau, en collaboration avec Josiane Demeurisse, Joëlle Devillard, Patrick Fraysse et Francine Pavan, Paris : ADBS, 2002. – 418 p. – (Sciences de l’information. Série Recherches et documents, ISSN 1159-7666). – ISBN 2-84365-059-3 : 27 €
    1. Les nécessaires allers et retours entre la recherche et la profession
  8. La police des images : Droit à l’image, droit des auteurs ; Faux et usage de faux, Ouvrage publié sous la responsabilité de François Caillat, Paris : ADDOC ; L’Harmattan, 2002. – 121 p. – (Cinéma documentaire). – ISBN 2-7475-2136-2 : 10,70 €
    1. Des regards inhabituels sur le droit de l’image
      1. De multiples aspects du droit
  9. Quoi de neuf à la doc ?, Dossier coordonné par Marie-France Blanquet et Raoul Pantanella ; éditorial de Colette Charrier-Ligonat, Numéro de : Les cahiers pédagogiques, ISSN 008-042X (sic), mai 2002, 57e année, n° 404, p. 5-49. – 6,86 €
    1. L’enseignant documentaliste et la société de l’information
  10. Musique en bibliothèque, Sous la direction d’Yves Alix et Gilles Pierret, Nouv. éd. – Paris : Électre-Éditions du Cercle de la librairie, 2002. – 362 p. – (Coll. Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 2-7654-0843-2 : 40 €
    1. Un manuel pratique et un véritable manifeste
      1. Un éclairage XXXXXX sur la situation de la musique en bibliothèque
  11. La musique et le droit : de Bach à Internet, André Bertrand, Paris : Litec, 2002. – 205 p. – ((Droit@ Litec). – ISBN 2-7111-3426-1 : 28 €
    1. La gestion des droits dans le domaine musical
      1. Tous les aspects de la gestion collective des droits
  12. Droit, œuvres d’art et musées : la protection et la valorisation des collections, Marie Cornu et Nathalie Mallet-Poujol, Paris : CNRS Éditions, 2001. – 401 p. (CNRS-droit). – ISBN 2-271-05770-1 : 29,50 €
    1. Tous les aspects juridiques des activités muséales
      1. Tous les types d’objets d’art
  13. Guide du management des systèmes d’information : thèmes et termes essentiels, Sous la direction d’ Alain Berdugo, Robert Mahl, Gérard Jean, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2002. – 622 p., index – (Coll. Management et informatique). – ISBN 2-7462-0524-6 : 145 €
    1. Pour se familiariser avec l’informatique et la gestion

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information 3/2003 (Vol. 40) , p. 232-247
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2003-3-page-232.htm.
DOI : 10.3917/docsi.403.0232.


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