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Documentaliste-Sciences de l'Information

2003/4 (Vol. 40)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.404.0305
  • Éditeur : A.D.B.S.

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« LE CITOYEN EUROPEEN ET LES BIBLIOTHEQUES » était le thème du quarante-neuvième congrès de l’Association des bibliothécaires français (ABF). Voici, résumées, les interventions faites les 14 et 15 juin 2003, lors de plusieurs séances plénières qui ont permis de développer des points de vue très diversifiés et très riches.

Les codes déontologiques

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Ce thème s’imposait tout particulièrement puisque le Code déontologique du bibliothécaire venait d’être adopté par le Conseil national de l’ABF, le 23 mars. Il a été rappelé que ce document, bien qu’il n’ait pas force de loi, est en revanche le miroir d’une profession et constitue un instrument de dialogue fondamental pour celle-ci. Trois experts étrangers ont été invités à apporter leur point de vue.

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C’est ainsi qu’un chercheur norvégien a développé les résultats de ses travaux sur la déontologie qui ont fait l’objet d’un ouvrage, en replaçant les divers codes dans le contexte actuel. Il a mis l’accent, entre autres, sur les travaux de l’IFLA, en particulier sur les apports de sa commission FAIFE (Freedom of Access to Information and Freedom of Expression). Un chercheur américain a repris ensuite les typologies qu’il a dressées des associations et des valeurs sur lesquelles s’appuient ces codes ; et effectué, pour illustrer cette approche, une comparaison entre trois codes, celui de l’American Library Association (ALA), d’une association chilienne de bibliothécaires qui a adopté un mode de fonctionnement proche d’un syndicat, et celui de l’ABF. Quant à l’intervention du chercheur suisse, elle a permis, grâce aux résultats d’une enquête, d’évaluer l’impact de ces codes puisque ces derniers doivent naturellement être confrontés aux usagers et aux collectivités.

Les interventions des administrations de tutelle

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Sous-directeur des bibliothèques et de la documentation au ministère de l’Éducation nationale, Claude Jolly a évoqué l’impact de la construction de l’espace universitaire européen sur les bibliothèques universitaires. Cet espace, a-t-il rappelé, a une longue histoire que les actuels programmes d’échanges ne font que poursuivre. L’accent est mis aujourd’hui sur la compatibilité des diplômes, sur la concurrence entre universités au niveau européen, ce qui leur impose d’être « lisibles » et attractives. Dans ce contexte nouveau, les bibliothèques ont un poids non négligeable.

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Et de rappeler les efforts qui se poursuivent en matière d’acquisition, l’importance des catalogues collectifs ainsi que les regroupements de bibliothèques dans la négociation des licences d’accès à des périodiques en ligne. La politique documentaire doit être intégrée à la politique d’un établissement, et un effort doit être poursuivi en ce sens ainsi que sur la création d’un vrai réseau de bibliothèques.

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Claude Jolly rappelle aussi que la documentation électronique est un flux et non un stock, et qu’elle implique un comportement différent. À cette fin, une restructuration doit être établie autour de bibliothèques de référence, dans un cadre disciplinaire et non plus autour d’un établissement universitaire donné. C’est la discipline qui va prévaloir dans la décision d’adhérer à un ou plusieurs consortiums, dans la création de portails qui doivent être disciplinaires, dans la conservation partagée, dans la structuration d’outils mutualisés. Ainsi, parmi les projets qui seront soutenus par le ministère, figure la fusion de plusieurs établissements de recherche dans un grand pôle documentaire autour d’une discipline, ce qui implique la fusion de fonds et leur valorisation, dans le cadre d’un projet supranational au niveau européen. L’intervenant rappelle enfin qu’une politique documentaire a été définie mais que son point faible est surtout son manque de lisibilité.

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Éric Gross, récemment nommé directeur du livre et de la lecture au ministère de la Culture, met l’accent, quant à lui, sur les aspects juridiques qui, rappelle-t-il, exigent un équilibre entre le respect des ayants droit et la liberté d’accès des usagers. À titre d’exemple, il présente le dispositif qui sera mis en place dans le cadre de la loi sur le droit de prêt qui vient d’être adoptée. Il aborde ensuite un point plus controversé, mais qu’il n’élude pas : la transposition de la directive sur le droit d’auteur, toujours en discussion. Il rappelle que le texte peut être modifié lors de sa présentation au Parlement et qu’il n’est pas exclu que des exceptions « raisonnables » puissent encore y être insérées.

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Ce sont des aspects totalement différents qui sont présentés ensuite : un projet de création de médiathèques de proximité, baptisées « ruches », dans des zones rurales et des zones urbaines périphériques mal desservies aujourd’hui ; un plan national en faveur du patrimoine écrit pour lutter contre la régression des acquisitions ; ou encore des projets de décentralisation appliqués aux bibliothèques.

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Deux autres points très fortement soutenus par l’ABF devaient immanquablement être évoqués : le projet de loi sur les bibliothèques, attendu depuis plusieurs années, ainsi que la nomination (à compter du 1er septembre) de Jean-François Jacques au poste de secrétaire général du Conseil supérieur des bibliothèques, une structure dont on avait pu craindre la disparition.

L’économie du livre

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C’est dans une perspective historique que ce sujet a été abordé dans un premier temps, pour expliquer les aspects divers que prend dans certains pays la chaîne du livre. Comme le prouve une analyse, tout à fait passionnante, de son évolution en Allemagne. On y a mis l’accent sur le poids de l’innovation technique, sur le rôle du capital et de la prise de risque, dès le départ, en particulier dès le développement de l’imprimerie. D’autres facteurs expliquent également la situation actuelle, comme les mutations des habitudes de consommation, les phénomènes de masse, le renouvellement des pratiques de diffusion. Si la marchandisation progressive s’applique bien évidemment au secteur du livre, ce dernier, support d’idées, reste un cas très particulier, bien que domine, dans ce cadre aussi, une logique de marché. Plusieurs points ont été, tour à tour, mis en exergue, en particulier le poids de l’investissement et celui de l’innovation technologique, l’influence de la religion, la suprématie de certaines villes (pensons aux foires du livre), le déplacement de la fonction éditoriale de l’imprimeur vers l’éditeur, le poids du marketing et de la médiatisation, l’avènement de l’édition industrielle.

L’ADBS au congrès de l’ABF

L’ADBS était représentée par sa secrétaire générale Nathalie Berriau, qui a pris part à une table ronde au cours de laquelle devaient être évoqués les projets communs développés par les différentes associations françaises du secteur des bibliothèques, de l’information et de la documentation : notamment l’AAF, l’ABF, l’ADBDP, l’ADBGV, l’ADBS, l’ADBU, la FFCB.

L’ADBS, en la personne de Michèle Battisti, avait par ailleurs été chargée d’organiser un atelier sur l’actualité juridique. Cette séance a permis de présenter la directive communautaire sur l’harmonisation du droit d’auteur et les possibilités offertes ou non par sa transposition dans le droit national, le fonctionnement de l’accord général sur le commerce des services (AGCS), trop peu

souvent abordé, et son impact éventuel pour les professionnels de l’information, ainsi que les modalités pratiques de l’application de la toute récente loi sur le droit de prêt.

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Une cartographie de l’édition en Europe a ensuite été présentée. On y a appris que l’on se trouvait face à un « oligopole avec franges », soit quelques grosses structures et quelques niches pour des acteurs qui acceptent des prises de risque. On a découvert les raisons de ces politiques de rachat qui ne sont pas toutes spécifiques au secteur de l’édition puisqu’elles proviennent, entre autres, du développement de la désintermédiation, de la déréglementation des marchés financiers ainsi que du développement des technologies de l’information. Propres à l’édition, en revanche, la maturité du cycle de vie du livre, la nature incertaine de la qualité du livre qui ne peut être connue que a posteriori, la stratégie de portefeuilles adoptée pour diminuer les risques, l’intégration vers l’aval, autrement dit le secteur de la diffusion, qui s’impose lorsque l’offre est très large et la demande étroite, pour faire des économies d’échelle. Pour pouvoir survivre dans ce secteur, cette stratégie doit être adoptée par tous, y compris par les petites maisons d’édition indépendantes. Il incombe, en revanche, à l’État d’être vigilant et d’intervenir lorsque le risque de position dominante est trop élevé, notamment si celle-ci, par exemple, peut avoir un impact excessif sur d’autres secteurs, comme l’éducation.

L’Europe des bibliothèques

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La séance a débuté par une présentation des sources d’informations, peu nombreuses et lacunaires, il faut bien en convenir, et de certaines données chiffrées susceptibles de donner une image de ce que représentent les bibliothèques en Europe. Mais, bien qu’imparfaits, ces tableaux ont néanmoins permis d’avoir un aperçu du poids des bibliothèques dans l’économie, de décrire aussi leur mode d’organisation ainsi que l’évolution des objectifs qu’elles poursuivent à partir du langage retenu pour les décrire. On retiendra que ceux-ci sont communément passés de la conservation et de l’aide traditionnelle à la recherche à des objectifs de formation tout au long de la vie, de comblement de la fracture numérique et de préservation de l’identité culturelle.

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Bien sûr, l’histoire des bibliothèques publiques est très différente selon les pays, de même que l’impact des instances nationales ou locales : ce qui explique l’existence ou non de lois et de normes appliquées aux bibliothèques, leur insertion très diverse dans la société de l’information et leur développement variable en fonction d’une volonté politique plus ou moins forte. On notera aussi une grande différence dans les statuts, les carrières, les filières de formation.

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L’accent a aussi été mis sur l’évolution constatée au sein des instances européennes. Si, dans les années soixante-dix, la Direction générale « Société de l’information » de la Commission européenne, en charge des bibliothèques, subventionnait des programmes et des actions en faveur de ces établissements et œuvrait pour une réglementation commune, elle privilégie désormais, depuis le début des années quatre-vingt-dix, la notion de marché de l’information. C’est d’ailleurs la Direction générale « Marché intérieur » qui règle les aspects liés à la propriété intellectuelle, moins favorables aux bibliothèques, c’est elle qui est chargée d’organiser leur encadrement juridique et économique et non plus de les aider.

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Ont été évoqués à la fin de cette intervention très complète, les associations porte-parole des professionnels auprès de l’OMPI, de l’OMC ou des instances européennes : EBLIDA (European Bureau of Library, Information and Documentation Associations), EUCLID (European Association for Library and Information Education and Research), NAPLE (Association of National Authorities of Public Libraries in Europe), EULISSA (European Law Libraries and Information Specialists Association), EUSIDIC (The European Association for Information Services) et ECIA (European Council of Information Associations) ; ainsi que les travaux menés au sein du Conseil de l’Europe.

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Deux exemples ont été retenus ensuite, pour illustrer cette première présentation : celui de l’Allemagne, intéressant, et celui de la Finlande, particulièrement séduisant, présentés avec force détails par des responsables de grandes bibliothèques dans ces deux pays.


Pour en savoir plus

Résumé

Français

Le congrès annuel de l’Association des bibliothécaires français s’est tenu cette année à Aubagne, du 13 au 16 juin, sur les thèmes croisés de l’Europe, de l’information et des libertés. De cette Europe des citoyens, écrivait Gérard Briand, président de l’ABF, « nous, bibliothécaires français, nous attendons beaucoup. Nous attendons qu’elle serve de modèle, exigeant et novateur, pour nous-mêmes et aussi pour nos élus. Nous attendons des droits pour les citoyens, droit au partage du savoir, à l’éducation et à la culture ».

Pour citer cet article

Battisti Michèle, « Congrès 2003 de l'ABF. Le citoyen européen et les bibliothèques : Europe - information - libertés», Documentaliste-Sciences de l'Information 4/2003 (Vol. 40) , p. 305-307
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2003-4-page-305.htm.
DOI : 10.3917/docsi.404.0305.


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