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S'inscrire Alertes e-mail - Documentaliste-Sciences de l'Information Cairn.info respecte votre vie privéeLa conférence invitée d’Alain Lecomte, professeur de logique et d’épistémologie à l’Université Pierre-Mendès-France de Grenoble, abordait la question suivante : y a-t-il une logique à la classification ? Tous les grands penseurs qui, depuis Aristote jusqu’à Lenné ou Piaget, ont étudié la logique et le raisonnement ont plus ou moins directement traité cette question. De nombreux exemples montrent que, dans le domaine des classifications, un raisonnement logique peut aboutir à des contradictions si l’on s’appuie sur des connaissances « provisoires », « non sûres » ou partielles. Il apparaît ainsi que les classifications sont fonction des connaissances que l’on possède au moment de leur construction et du point de vue ou de la conception du monde que l’on adopte. C’est là un phénomène bien connu mais peu traité et mal pris en compte, en particulier lorsqu’il s’agit de faire cohabiter différents outils d’organisation dans un même dispositif.
2 Les trois interventions de la première session, consacrée à l’« Histoire », venaient enrichir les propos d’Alain Lecomte en présentant les réponses apportées à la question de l’organisation des connaissances par différentes communautés à des périodes anciennes. Ces exemples montrent que les outils d’organisation des connaissances sont fortement orientés par les conceptions adoptées par les auteurs (« Doctrinaires et saint-simoniens sur l’organisation des connaissances », par Roger Bautier, ou « La classification des sciences et de la pensée islamique du Xe au XIVe siècle », par Inaam Charaf), ou par les finalités du dispositif (« Penser, classer, et la culture de l’imprimé : l’index du livre imprimé au XVIe siècle », par Susan Kovacs).
3 Les six interventions de la deuxième session, intitulée « Langue, terminologie et formalisme » proposaient, dans des contextes génériques ou plus marqués professionnellement (veille, traduction), des solutions visant à améliorer l’accès aux connaissances en se focalisant sur les termes représentant le(s) thème(s) traité(s) dans le document ou la question. Les solutions exposées portaient sur des outils soit d’extraction ou de reconnaissance des termes d’un texte, soit de représentation des relations entre ces termes (apport des modèles des systèmes d’information géographique, classification fondée sur des variations syntaxiques). La dernière intervention privilégiait l’utilisation d’un modèle de description du problème posé dans un contexte décisionnel.
4 Nous avons vu que les représentations du monde réel peuvent être multiples, en fonction des connaissances et/ou du point de vue adoptés. Or les représentations contenues dans les systèmes d’information sont toujours uniques et adaptées à ce système. Les trois interventions regroupées dans la troisième session, « Multidimensionnalité », avaient comme point commun la volonté d’aborder les problèmes liés à la multiplicité des représentations du monde réel et à proposer des solutions appropriées.
5 Les deux dernières sessions regroupaient des interventions plus concrètes et plus directement exploitables par des documentalistes, consacrées aux langages ou à l’organisation de bibliothèques numériques.
6 La quatrième, « Ontologies et thesauri », faisait une place importante aux outils de construction des ontologies. L’ontologie est un outil de recherche permettant de dépasser les limites des systèmes documentaires classiques, en particulier grâce à un enrichissement de la sémantique des relations et de la combinaison des mots clés. Mais la construction d’ontologies pose de nombreux problèmes. Trois des quatre interventions de cette session en donnaient des exemples à partir de corpus de textes rassemblés dans trois contextes différents (ontologies dédiées à l’indexation de documents audiovisuels à l’INA, à une bibliothèque numérique de thèses en ligne à l’INSA, et à la base de connaissances en ingénierie pédagogique ForSIC).
7 La dernière intervention présentée par Michèle Hudon de l’EBSI au Canada exposait les résultats d’une étude comparative entre quatre macrothésaurus visant à faciliter l’accès à l’information administrative en ligne : le thésaurus Eurovoc (Union européenne), le Thésaurus des sujets de base du gouvernement du Canada, GILS Topic Tree (États-Unis) et Government Category Liste (Grande-Bretagne). Ces quatre outils favorisent la flexibilité et l’aisance de navigation au détriment de la logique de la structure et de la conformité aux normes, ce qui facilite leur usage. Toutefois la présentation des données reste à améliorer en l’adaptant aux pratiques des utilisateurs ; de plus, pour une meilleure efficacité de ces dispositifs, ces langages devraient être mieux intégrés aux interfaces et aux moteurs de recherche actuels.
8 La cinquième et dernière session, « Bibliothèque et appropriation », se focalisait sur les outils mis à la disposition des utilisateurs dans leurs activités de recherche ou d’exploitation des résultats : la classification du lot résultat, la prise en compte des modèles des annuaires ou portails spécialisés sur le web pour améliorer les OPAC des bibliothèques publiques, enfin le développement d’outils d’écriture (annotation ou rédaction de commentaires par exemple) pour exploiter les ressources sur le web.
9 Le choix d’orienter ce congrès sur les aspects conceptuels de l’organisation des connaissances n’a pas altéré la volonté de l’ISKO-France de favoriser les échanges entre chercheurs et praticiens grâce à un équilibre entre interventions à caractère théorique et présentations de projets orientés vers une application. Même si les contributions ont été d’intérêt et d’accès inégaux, ce type de manifestation a le grand mérite, pour les professionnels qui y participent, d’aborder des questions qui se posent dans leur quotidien selon des approches nouvelles.
10 En attendant l’édition des actes prévue au printemps 2004, certaines interventions sont accessibles sur le site développé pour ce congrès 2003[4] [4] Pour plus d’information sur le congrès de Grenoble :...
suite.
[ 1] < www.isko-france.asso.fr/>
[ 2] < http://is.gseis.ucla.edu/orgs/isko/>
[ 3] Le congrès organisé par ISKO-France se déroule tous les deux ans en alternance avec le congrès international. Les trois premiers congrès ont eu respectivement pour sujet « L’organisation des connaissances en vue de leur intégration dans les systèmes de représentation et de recherche d’information » (Lille, 1997), « L’indexation à l’heure d’Internet » (Lyon 1999) et « Filtrage et résumé automatique de l’information sur les réseaux » (Paris 2001). Voir nos numéros 6-1997 p. 305, 2-2000 p. 118-120 et 5-6-2001 p. 314-317.
[ 4] Pour plus d’information sur le congrès de Grenoble : < http://isko2003.iut2.upmf-grenoble.fr/jeu_cadre_0_bis.htm>
Le quatrième congrès du chapitre français
Sylvie Dalbin « Quatrième congrès d'ISKO-France », Documentaliste-Sciences de l'Information 6/2003 (Vol. 40), p. 380-381.
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2003-6-page-380.htm.
DOI : 10.3917/docsi.406.0380.