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Documentaliste-Sciences de l'Information

2004/1 (Vol. 41)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.411.0052
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Connaissance capitale : management des connaissances et organisation du travail. Joanna Pomian, Claude Roche. Paris : Éditions Sapientia : L’Harmattan, 2002. – 633 p., glossaire, bibliogr., cyberogr. – ISBN 2-911761-31-6 (Éditions Sapientia), ISBN 2-7475-2403-5 (L’Harmattan) : 58 €

Manager l’information interne à l’entreprise

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ENFIN UN OUVRAGE QUI CHERCHE EN permanence à relier l’évolution des organisations et la montée de l’immatériel et de sa gestion, sans se cantonner à la seule mise en œuvre du management des connaissances, comme c’est encore trop souvent le cas ! Il constitue une somme de réflexions tout à fait passionnante.

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Il se décompose en quatre parties. Tout d’abord, un rappel du contexte historique et économique des entreprises et du management explique le développement du travail immatériel. Ensuite, les éléments qui permettent d’expliquer la dynamique de la connaissance en la mettant en relation avec la fonction « d’influence » du management. La partie 3 est plus pratique : elle présente des concepts pour analyser les circuits de partage des connaissances, qui se veulent des outils d’analyse pour le management confronté à cette dynamique. La dernière partie, enfin, donne des exemples d’applications concrètes de cette méthode visant à questionner une situation par différents biais, ce qui permet de construire quelques outils de pilotage.

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L’intérêt de cet ouvrage tient à sa vision à la fois globale (contexte de l’organisation, du management, de la connaissance) et appliquée. Il relève simultanément du domaine de la gestion et de celui de l’information. Les auteurs sont des consultants, et ils nous font partager la richesse de leur expérience ; mais ils sont aussi « théoriciens », au sens ou ils adoptent une visée compréhensive et explicative. Ils concentrent leur approche sur la relation client et sur la relation client-produit.

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Un tel point de vue est important en un temps où la gestion des connaissances connaît un effet de mode sans qu’on sache trop ce qu’elle implique, tant est grande la variété des situations. Cet ouvrage s’inscrit clairement dans ce que nous pourrions appeler la gestion de l’information interne, celle-ci étant entendue dans son sens large d’information (inscription de connaissances) produite par les activités mêmes de l’entreprise (les « connaissances pratiques », chap. 6). Le point central n’est pas tant le processus de création des connaissances lui-même (comme le passage du tacite à l’explicite ou l’apprentissage, qui cependant font chacun l’objet d’un chapitre) que la dynamique de leur partage sensible dans des circuits transversaux et une attention à sa capitalisation. Cela souligne l’importance de la communication, des échanges et des réseaux, c’est-à-dire d’une culture de transfert et de transversalité. Encore faut-il la développer et l’animer.

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C’est ainsi que sont abordés les démarches projet et qualité, la participation, les retours d’expérience, présentés comme des points d’appui pour comprendre et expliciter les processus de l’entreprise et valoriser toutes les connaissances ainsi produites. Cela permet d’associer les initiatives prises au niveau général de l’entreprise en les rapportant sans cesse aux pratiques concrètes des hommes au travail ; le management correspond alors à l’animation des individus et des équipes et à l’allocation des ressources qui leur sont nécessaires pour agir.

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Par delà ces méthodes, les auteurs proposent deux concepts propres à intéresser le lecteur par leur aspect opératoire : celui d’« épreuve » et celui « d’audit mémoriel ».

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Une épreuve (chap. 8) peut se définir comme « une situation au cours de laquelle on ne peut pas reconduire à l’identique une solution existante » (p. 322). Le fait de devoir alors en trouver une nouvelle génère un important flux de connaissances. Cette notion peut alors constituer un outil d’analyse de toutes les activités ou de certaines d’entre elles, selon les moments, mais qui induit une vigilance (et donc un management) sur les connaissances mobilisables et mobilisées à cette occasion en les reliant à la stratégie poursuivie au plan de l’entreprise.

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Quant à « l’audit mémoriel », il se présente comme une méthode d’analyse de l’existant, des forces et des faiblesses de l’organisation en matière d’échange de savoirs et de savoir-faire (donc de sa mémoire).

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Comme toute somme, la richesse même de cet ouvrage constitue aussi sa limite. À force d’agréger tous les thèmes qui, effectivement, sont concernés par cette problématique, Joanna Pomian et Claude Roche créent comme un effet de touffeur qui impose de s’arrêter avant de poursuivre, pour pouvoir relier les choses entre elles. S’y ajoutent des encarts, annexes, et « transitions », qui jalonnent le texte et peuvent être ressentis comme parasitant le déroulement de la pensée des auteurs. Cela dit, le lecteur fera son miel de toutes les informations, en revenant sur un chapitre au gré de son intérêt du moment. Un index eût été, de ce point de vue, fort utile pour que soit optimisée une telle navigation et pour faire de ce livre un ouvrage de référence.

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Brigitte Guyot

Principes et pratiques de la communication scientifique et technique. Jean-Marc Defays ; avec la collaboration de Marielle Maréchal et Frédéric Saenen ; préface d’Arthur Bodson. Bruxelles : De Boeck Université, 2003. – 150 p. – (Méthodes en sciences humaines, ISSN 1373-0231). – ISBN 2-8041-4376-7 : 24,50 €

Un manuel pour maîtriser la communication de l’IST

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TRANSMETTRE EFFICACEMENT DES DONNÉES scientifiques suppose une maîtrise du discours sous tous ses aspects : vocabulaire, articulation des séquences, cohérence de l’information ainsi que des éventuelles conclusions. Tout ceci s’apprend plus ou moins à l’école ou par une formation spécifique dont ce manuel constitue un des outils. Consacré à la communication de l’IST, il analyse en effet en détail les principes et les stratégies à appliquer pour garder à la langue toute sa capacité d’expression et de pertinence.

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Une première partie, « Du mot au texte », prend le problème à la racine : comment choisir une terminologie adéquate, éviter les ambiguïtés (beaucoup plus fréquentes en français qu’on ne le croit) et les pièges sémantiques les plus courants. Il s’agira ensuite de saisir les différents types d’articulation discursive et d’opter, entre les cinq modèles proposés, pour celui correspondant le mieux à l’objectif visé. En effet, définir, décrire, expliquer, raconter ou convaincre – autant d’opérations intellectuelles dont les modalités sont analysées ici ; elles nécessitent des formulations différentes et des modes de communication spécifiques.

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Ces bases posées, une seconde partie, « De la compétence à la performance », traite des diverses méthodes intellectuelles de lecture, à partir des processus de base et des opérations de la lecture et en fonction de l’objectif poursuivi. Enfin, deux copieux chapitres détaillent les méthodes de rédaction d’un texte scientifique et de présentation d’un exposé oral.

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Combinant l’analyse conceptuelle et les conseils pratiques, cet ouvrage, de présentation très claire, est illustré de nombreux exemples et complété par une riche bibliographie thématique. Il devrait être utile non seulement aux professionnels de la communication scientifique et technique, mais à tous ceux qu’intéressent les subtilités de la langue. Une fois surmontée la technicité du propos et la rigueur de l’analyse, ils y trouveront grand profit.

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Claire Guinchat

Internet et le droit d’auteur : la culture Napster. Joëlle Farchy. Paris : CNRS Éditions, 2003. – 202 p. – (CNRS Communication). – ISBN 2-271-06129-6 : 22 €

Gratuité, libre accès et droit d’auteur

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NAPSTER, QUI PERMET LE TELECHARGEMENT de fichiers – dont certains peuvent être illicites – et évoque à la fois un phénomène de société et des infractions au droit d’auteur. C’est le terme Napster, présent dans le titre, qui va servir de clef à cet ouvrage. Joëlle Farchy a d’ailleurs organisé son étude autour de deux mots liés à cette culture – la gratuité et le libre accès – en analysant l’obstacle que pourrait représenter à cet égard le droit d’auteur, considéré par certains internautes comme un archaïsme.

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Dans un chapitre liminaire, l’auteure a au préalable présenté les fondements des principaux systèmes juridiques – droit d’auteur et copyright – existant dans le monde. Après un bref historique, elle aborde une analyse économique des deux traditions juridiques présentant « l’ambiguïté des justifications », les fondements « des acquis anciens » et l’émergence des droits des utilisateurs par l’instauration de limites liées à la durée des droits des auteurs et par des exceptions.

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Dans la première partie, Joëlle Farchy explique d’abord (premier chapitre) pourquoi la gratuité est devenue un modèle économique sur Internet et pourquoi ce modèle est si prégnant que les sites commerciaux apparus par la suite ont dû s’adapter en trouvant des sources de financement connexes pour « gagner de l’argent en restant gratuits ». Le web marchand côtoie d’ailleurs toujours le web gratuit et le modèle permettant la diffusion de la culture sur Internet reste encore à construire. L’auteure affirme d’ailleurs que « la période à venir s’annonce hybride, transitoire avant la naissance de modèles économiques véritables ».

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La promotion de la gratuité se ferait au mépris des règles de la propriété intellectuelle et, dans le chapitre suivant, l’accent est mis sur les différentes formes d’opposition aux règles du droit d’auteur qui se traduisent par une simple violation de ces règles – ce qui pose à cet égard le problème de la responsabilisation des différents acteurs. Mais ces oppositions ont aussi suscité la construction de modèles juridiques nouveaux (no copyright, copyleft attitude, logiciel libre, etc.) qui ont « théorisé le rejet de la propriété intellectuelle sous sa forme actuelle ». S’ils sont sans doute plus adaptés aux modes de création sur les réseaux, ils ne tiennent pas compte, en revanche, des investissements importants demandés par certaines créations.

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Le troisième chapitre aborde alors la manière de financer directement ou indirectement les créations sur les réseaux, qui reste une « énigme » si l’on supprime le droit d’auteur et qui devrait se faire au prix de certaines adaptations. Il faut « apprendre à gérer la gratuité » en trouvant des formes de compensation, comme, par exemple, la vente de biens et services complémentaires à forte valeur ajoutée ou les rémunérations compensatrices des licences légales. On constate aussi que le droit de contrôle de l’auteur est devenu bien souvent un simple droit à rémunération. Gestion collective, gestion individuelle ou licence légale, tous les systèmes présentent des avantages et des inconvénients pour les divers acteurs de la chaîne de la création. Les solutions futures impliquent une modification des clefs de répartition et nécessitent une « analyse économique de la sous-production » envisageant, entre autres, différentes formes de subventions.

Conséquences du libre accès

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La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée au libre accès, une notion qui se superpose à la gratuité. Dans un premier chapitre, l’accent est mis sur le fait que l’offre abondante et la désintermédiation ne se traduisent pas forcément par le libre accès, lorsqu’on sait que « trouver des informations a un coût et que s’informer fatigue ». D’ailleurs, la concentration des grandes entreprises de l’industrie culturelle – stratégie permettant de pallier l’absence de modèle de financement stabilisé sur les réseaux – engendre un risque de création « d’enclosures intellectuelles ». Mais l’équilibre dans la chaîne de valeur des industries culturelles est, quoi qu’il en soit, plus ou moins bouleversé et Internet verra sans doute apparaître de nouveaux intermédiaires et des services payants à prix bas, plus attractifs que des services gratuits car offrant un réel confort.

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Le chapitre suivant met l’accent sur le rôle joué par les droits de la propriété intellectuelle et sur les risques de privatisation de la culture. L’objectif même des mouvements de concentration des entreprises culturelles serait l’acquisition de catalogues de droits sur des contenus afin de disposer d’un système permettant de rentabiliser ceux-ci à long terme. L’intégration verticale sécurise le processus en permettant de réaliser des économies de coûts de transaction et en instaurant une logique de l’accès. La propriété intellectuelle serait ainsi le « cheval de Troie de la stratégie des grands groupes », leur donnant « une nouvelle forme de pouvoir économique ». L’attention est aussi attirée sur la complexité de la recherche des ayants droit et sur les risques de privatisation du domaine public lorsque les catalogues de droits ne sont détenus que par quelques grands groupes. Le lobbying intense qu’ils ont mené a suscité des traités et des lois qui reconnaissent les systèmes de protection technique instaurée pour pallier la réglementation et sont renforcés par la gestion contractuelle, alors que les systèmes de gestion collective pourraient éviter les dérives liées à cette surprotection.

Une perspective économique et politique

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La mondialisation et la diversité culturelle sont abordées dans un dernier chapitre. L’abondance d’informations serait-elle source de diversité ou d’homogénéisation ? La question est grave car elle se pose pour les produits mais aussi pour les « ressources imaginaires ». La réponse est complexe aussi car, outre les résistances locales, on constate un phénomène d’appropriation par les cultures locales. Certaines analyses privilégient, en effet, le poids du consommateur « en réhabilitant le rôle des récepteurs ». Pour y répondre, les entreprises devraient adopter une stratégie multiproduits qui leur permet aussi, moyennant des subterfuges, de répondre à l’objectif de rentabilité. S’il y a conflit entre une stratégie de différenciation (qui représente des niches pour les petites entreprises) et une stratégie de mimétisme, le « marché ne produit pas spontanément de la diversité » et le pluralisme culturel ne peut être que le résultat d’un choix politique – un point rapidement abordé dans un chapitre conclusif. La propriété intellectuelle, conclut en effet Joëlle Farchy, doit être remise à sa juste place : celle d’« un instrument au service d’objectifs économiques, politiques et éthiques ».

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Dans cet ouvrage tout à fait passionnant, le droit est analysé dans une perspective économique et politique et, s’il présente des situations complexes en quelque deux cents pages très denses, ces situations sont toujours clairement exposées. On y trouve d’ailleurs non seulement plusieurs tableaux mais aussi de nombreux exemples tirés de cas liés à l’actualité dont la plupart seront évocateurs pour les lecteurs. On y évite d’opposer le droit des auteurs à celui des utilisateurs, vision manichéenne trop souvent adoptée et jugée peu intéressante, et l’on y découvre que, derrière les «batailles du droit», ce sont d’autres enjeux qui émergent : la question du financement des œuvres offertes gratuitement aux internautes et celle des conséquences de la concentration économique sur la diversité culturelle.

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Michèle Battisti

Les chercheurs et la documentation numérique : nouveaux services et usages. Sous la direction de Ghislaine Chartron. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2002. – 268 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 2-7654-0840-8 : 39 €

Évolution de l’édition et de la communication scientifiques

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CET OUVRAGE COLLECTIF, ÉCRIT PAR DEUX enseignants chercheurs, des doctorants et des spécialistes de la médiation documentaire, se propose de faire le point sur l’évolution récente de l’édition scientifique, sous l’effet puissant du numérique.

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Dans la première partie, Ghislaine Chartron dresse un panorama à la fois historique (avec notamment un tableau signalétique des grands moments d’évolution) et économique des transformations du modèle éditorial classique et des stratégies des acteurs de l’offre numérique : serveurs de banques de données bibliographiques, éditeurs de revues électroniques et de cédéroms, en relation, bien sûr, avec le développement d’Internet. Les exemples sont empruntés au domaine scientifique au plan international. L’auteure insiste plus particulièrement sur les modèles économiques et éditoriaux apportés par Internet, sur la diffusion des publications scientifiques et sur la transformation de l’intermédiation dans la communauté de recherche.

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La seconde partie analyse en quoi les règles du jeu d’une communauté scientifique se trouvent modifiées par ces nouveaux services. On est ici dans une perspective de changement des pratiques de recherche et d’accès à l’information sous l’effet des technologies. Les exemples sont pris dans des secteurs aussi divers que la génomique, l’astrophysique, l’économie-gestion, l’énergie atomique, les études littéraires ou une école de commerce. Ils apportent des réflexions concrètes à la fois sur les modes d’appropriation de l’information et sur les transformations des modes d’échanges entre chercheurs.

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La variété des situations présentées et la double attention portée à l’offre et aux pratiques permettent de se faire une idée des mutations en cours dans ce secteur particulier pour lequel les échanges entre pairs et les pratiques informationnelles sont centraux. Cet ouvrage constitue une intéressante synthèse pour comprendre et nourrir les débats actuels.

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Brigitte Guyot

Le CAPES de documentation : concours externes, internes, réservés et autres concours. Françoise Loyer, Daisy Benhamou. Nelle éd. entièrement refondue et mise àjour. – Paris : Ellipses Édition, 2003. – 334 p.– (Formation des personnels de l’Éducationnationale). – ISBN 2-7298-1541-4 : 23,50 €. Préparer et réussir le CAPES externe de documentation. Françoise Chapron, Claude Morizio. Paris : Presses universitaires de France,2003. – IX-110 p. – (Major). – ISBN 2-13-053431-7 : 12 €. Réussir l’épreuve de sciences et techniques documentaires au CAPES de documentation : éduquer à l’information. Odile Riondet. Paris : ADBS Éditions, 2003. – 190 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 2-84365-066-6 : 27 €

Trois ouvrages pour préparer le CAPES de documentation

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DANS UN MEME TEMPS PARAISSENT TROIS livres sur un même sujet, ciblant un même public bien identifié. Cela reflète bien l’importance qu’a prise le CAPES de documentation au fil des ans, depuis sa création en 1990. Nous analyserons tour à tour ces trois livres, afin de comparer leurs points communs mais surtout de décrire leurs spécificités, leurs complémentarités et leurs différences. Notre perspective dans cette analyse critique est celle du candidat placé en face d’un choix : quels livres étudier ou acquérir, qui soient susceptibles de l’aider de la façon la plus pertinente et exhaustive à la préparation du concours ?

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Les sujets de ces trois ouvrages nous permettent de les classer d’emblée dans un ordre de généralité décroissant. Celui de Françoise Loyer et Daisy Benhamou, toutes deux professeurs-documentalistes, se situe sur le plan général des concours de documentation : les divers CAPES et concours de documentation destinés à l’enseignement du second degré. L’ouvrage de Françoise Chapron, maître de conférences, et Claude Morizio, professeur-documentaliste, ne concerne que le CAPES externe, quand celui d’Odile Riondet, maître de conférences, ne porte que sur une seule épreuve.

Les différents concours de documentation

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Françoise Loyer et Daisy Benhamou organisent leur propos en cinq chapitres. Le premier est consacré à de fort utiles « Généralités » (p. 15-62). C’est d’abord « La place du CAPES dans l’historique des CDI », qui permet de comprendre « La situation actuelle » avec la diversification des concours et la modification des épreuves. « Avez-vous le profil ? » interrogent ensuite les auteures qui préviennent le futur documentaliste de la crise identitaire que connaît l’enseignant documentaliste. Suivent « Les conditions de recrutement : textes de référence » et l’« Organisation des épreuves ». Enfin sont abordées « Les méthodes de travail » (organisation du plan de travail personnel synthétisé sous forme de tableau avec proposition d’un calendrier annuel et hebdomadaire de travail et d’un ensemble de moyens à mettre en œuvre, tel que, par exemple, la création d’une fiche de lecture) et « Les méthodes de travail en équipe ».

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Le chapitre 2, « Réussir les épreuves écrites d’admissibilité des CAPES externe, interne et Troisième concours », constitue la partie principale de ce livre, avec ses 203 pages dont 57 de commentaires et de conseils sur les différentes épreuves. L’essentiel de ce chapitre est constitué de fac-similés (146 pages !), plus ou moins lisibles, de différents sujets proposés lors de précédentes sessions.

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« Réussir les épreuves orales d’admissions (tous concours) » est le thème du chapitre 3 (p. 267-307) écrit dans le même esprit que le précédent. Il comporte pour chaque épreuve des commentaires, des conseils, des témoignages. « Le concours… et après » (chap. 4, p. 307-313) explique l’avenir à ceux qui sont reçus. Un dernier chapitre (p. 315-322) propose enfin un « Lexique de concepts et de termes techniques à connaître » dans les domaines des sciences de l’éducation (on y trouve cette description de la veille informative : « Par exemple, guetter la date du concours ») et des technologies de l’information et de la communication mais non dans celui de la documentation.

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Ce livre souffre d’un défaut d’organisation qui entraîne de nombreuses redites (on y explique par exemple deux fois ce qu’est un résumé indicatif ou un plan de classement) ou une surcharge d’informations reproduites qui pourtant sont facilement accessibles sur de nombreux sites (rapports de jury, conditions d’inscription, etc.).

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Par ailleurs, les corrigés proposés laissent parfois un peu rêveur : présence d’informations quantitatives dans des résumés indicatifs, par exemple, ou absence du nombre de mots que contiennent certains résumés, consigne pourtant rappelée à plusieurs reprises dans l’ouvrage… Il arrive aussi que l’indexation proposée paraisse discutable : que signifie une recherche d’information sur le mot clé « continuité », par exemple ? Et comment expliquer l’absence du mot clé « orientation professionnelle » à propos d’un texte portant sur ce sujet ?

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L’erreur de Françoise Loyer et Daisy Benhamou réside sans doute dans leur objectif d’exhaustivité. Il eut mieux valu ne traiter que d’un seul CAPES au lieu de les emmêler tous dans les différents chapitres. Le lecteur a peine à s’orienter dans ce tissu d’informations, de conseils, d’exemples. De même que dans la bibliographie sélective présentée en fin d’ouvrage où l’information est parfois dispersée sous différentes rubriques ou absente là où on l’attendrait.

Le concours externe

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Françoise Chapron et Claude Morizio se concentrent sur le CAPES externe. Un titre déjà beaucoup plus précis pour guider le lecteur dans son choix. Dans une courte préface, Guy Pouzard, président du jury de 1997 à 2001, précise les raisons de l’évolution des épreuves imposées à ce concours. Les auteures organisent leur livre en huit chapitres.

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Le premier porte un titre évocateur : « Le métier de documentaliste - Une profession en évolution » (p. 5-18). Il vise à apprendre ou à rappeler au candidat la spécificité de sa future profession : il sera enseignant et éducateur comme ses autres collègues et professionnel de l’information. De plus, il s’installera dans un milieu auquel les technologies de l’information impriment un caractère particulièrement mouvant. « D’un CAPES à l’autre - Le nouveau concours » (chap. 2, p. 19-28) rappelle l’histoire de la documentation pédagogique déjà évoquée dans le chapitre précédent, l’évolution du CAPES externe en parallèle avec l’évolution d’une profession « en construction permanente », d’un métier toujours contextualisé et qui exige une dynamique personnelle.

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Si, après avoir pris connaissance des tensions et paradoxes qui entourent ce métier, le candidat persiste dans son projet, le chapitre 3 l’invite alors à franchir les « Premières étapes - Les inscriptions » (p. 29-35), et à découvrir les organismes de formation et le fonctionnement du concours. La réussite passe évidemment par la préparation (chap. 4, p. 37-53). Pour cela, il faut bien sûr être motivé et surtout, le temps étant compté, travailler selon un calendrier soutenu. Il importe également de s’appuyer sur les stages effectués sur le terrain.

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« La philosophie du concours - Les épreuves » est l’objet du chapitre 5 (p. 55-66) qui montre la nécessité pour le candidat d’acquérir une double com-pétence en sciences de l’information et en sciences de l’éducation. « D’abord, l’admissibilité - L’écrit » (chap. 6, p. 67-75), « Ensuite, l’admission - L’oral » (chap. 7, p. 77-85) : les auteures présentent les conditions matérielles de ces épreuves, leurs objectifs, les attentes du jury. Elles décrivent leurs difficultés spécifiques et multiplient les conseils. « Après le concours - La formation » (chap. 8, p. 87-95) clôt cet ouvrage bref et dense (il est publié dans une collection qui impose la concision), et au contenu bien organisé.

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Le candidat pourra cependant regretter le niveau de généralité dans lequel reste ce livre : des conseils souvent valables pour tous les concours ou examens, pas d’exemples concrets de sujets d’épreuves. Ce travail s’apparente un peu à un catalogue de (bons) conseils, avec des affirmations qui mériteraient d’être discutées. Françoise Chapron et Claude Morizio, par exemple, signalent cette particularité du CAPES de documentation par rapport aux autres : « Les savoirs des candidats ne sont pas destinés à être enseignés à des élèves, puisqu’il n’existe pas […] de programme d’enseignement en information-documentation » (p. 59). Mais page 9 il est recommandé aux candidats de « bien prendre en compte cette mission d’enseignant avant de s’engager dans la préparation du concours » et, plus loin (p. 61), parlant de la culture de l’information, les auteures déclarent à juste titre : « Le candidat […] doit à la fois baigner dans cette culture et être capable de la transmettre ». Transmettre une culture de l’information, n’est-ce pas enseigner ? Toute la problématique de la fonction de l’enseignant documentaliste ne se trouve-t-elle pas là : ce professionnel se bat pour enseigner, être reconnu comme enseignant, autrement que les enseignants de discipline certes, puisque sans programme à respecter, mais enseignant quand même !

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Enfin, on peut regretter dans cet ouvrage l’absence de références bibliographiques essentielles. La très (trop ?) riche bibliographie présente près de cent cinquante titres répartis en trois groupes : Méthodologie générale, Sciences de l’information, de la documentation et de la communication et Sciences de l’éducation. Le candidat, à qui l’on a constamment rappelé dans ce livre le peu de temps dont il dispose pour se préparer au concours, eût sans doute préféré à cette somme une bibliographie sélective et commentée qui l’aurait orienté dans ses lectures.

L’épreuve de sciences et techniques documentaires

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Odile Riondet focalise son étude sur une seule épreuve écrite du concours avec un but déclaré : réussir. Pour cela, le candidat doit comprendre les objectifs du concours auquel il s’inscrit : « En sachant d’où ils viennent, en investissant un avenir possible ». Or le concours du CAPES de documentation repose sur un certain nombre de problématiques exposées de façon synthétique et claire dès l’introduction de ce livre (p. 5-14). Les professeurs documentalistes sont-ils des enseignants ou des gestionnaires ? Que signifie le concept de pédagogie nouvelle dont ils se réclament ? Les documentalistes sont-ils des enseignants spécialisés dans l’enseignement méthodologique ? La documentation est-elle une discipline ? Quelle est la place du document dans un travail intellectuel ?

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Pour aider le candidat à gérer le mieux possible sa préparation à l’épreuve de sciences et techniques documentaires (STD), Odile Riondet découpe son travail en deux parties. Il s’agit d’abord de « Comprendre l’épreuve » (première partie, p. 15-82), ensuite de s’entraîner : la deuxième partie propose à cette fin des « Exercices d’application » (p. 83-175).

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Pour comprendre l’épreuve, il importe dans un premier temps d’en percevoir « Les attendus » (p. 17-33). Génériques, ils se situent à l’intersection d’une triple exigence de connaissances : en sciences de l’information, en techniques documentaires et en pédagogie. L’auteure analyse ensuite chacune des parties de l’épreuve, illustrée et commentée à partir des sujets proposés lors des sessions de 2001 à 2003 : le commentaire critique, le questionnaire relatif à une situation ou un dispositif, et le questionnaire relatif aux applications pédagogiques des STD. Mais comprendre une épreuve c’est aussi comprendre « Les savoirs de référence » (p. 33-82) : communication, information et documentation ; documentation et bibliothéconomie ; enfin information, documentation et pédagogie. L’analyse de ces savoirs est l’occasion de s’interroger sur les pratiques et sur le quotidien du documentaliste comme, par exemple, la conception ou la gestion d’un fonds, le traitement documentaire ou la politique envers l’usager. C’est aussi l’objet de questionnements savants et théoriques sur des concepts et des conceptions qui ne font pas encore l’unanimité tels, par exemple, le concept de sciences de l’information et de la communication ou la caractérisation de la pédagogie documentaire. Mais, constate Odile Riondet : « La documentation a eu l’immense avantage de mettre en avant la question du “comment apprend-on ?” qui restait – et reste encore trop souvent – implicite dans les travaux disciplinaires » (p. 82).

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Réussir un concours, c’est beaucoup travailler. C’est pourquoi la seconde partie de cet ouvrage propose au lecteur de s’entraîner à chacune des épreuves précédemment décrites à partir de sujets, possibles ou déjà proposés, accompagnés d’analyses des problèmes qu’ils soulèvent, de propositions de corrections et de commentaires diversifiés, et de tout un ensemble de conseils pour la rédaction.

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Pour le commentaire critique, l’auteure recommande au candidat d’acquérir le regard professionnel sur le document : son auteur, la source, le paratexte qui commencent à informer sur le contenu du document en soi. Il apprend ensuite comment travailler une question et le document, comparer la question et le texte afin de trouver le plan le plus approprié. L’analyse de situation ou de dispositif implique de voir ce que suggèrent les documents d’appui. Dans le même temps, il convient d’ajouter aux informations qu’ils fournissent ses propres savoirs et réflexions personnels. Il faut également savoir utiliser intelligemment les annexes et rédiger des textes courts mais organisés pour répondre aux questions posées. L’exposé relatif aux applications pédagogiques implique à la fois l’analyse du sujet et la découverte d’idées. Pour cela, Odile Riondet présente les aides offertes par la méthode des cas, l’utilisation de check-lists en ingénierie pédagogique, les différents types de plan permettant de déboucher sur la rédaction du texte définitif.

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Enfin, en conclusion (p. 177-183), l’auteure reprend des questions fondamentales pour l’enseignant documentaliste en insistant sur la cohérence des savoirs et des savoir-faire de ce corps professionnel spécifique dont « l’identité se joue au plusproche des professions frontières » : enseignants de disciplines, bibliothécaires. La documentation est une profession de service. En tant que telle elle exige une réflexion sur la relation au public : élèves, enseignants… Les documentalistes scolaires constituent une profession qui prend sa part des missions, évolutions et interrogations de l’école. Le CAPES de documentation permet au candidat de prouver qu’il a compris cela. L’épreuve de sciences et techniques documentaires lui permet de prouver qu’il a compris comment il le fera.

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Cette étude est remarquable car elle réussit dans tous les objectifs possibles : réflexifs, pédagogiques, professionnels et psychologiques. La lecture de ce texte clair et précis sécurise le candidat à qui l’auteure offre un cadre solide pour se préparer. Au niveau de la réflexion, sont soulevées de très nombreuses problématiques appuyées sur des penseurs parfois d’accord, parfois opposés, susceptibles de montrer au candidat la vitalité de la profession qu’il souhaite exercer. Odile Riondet réussit également sur le plan pédagogique. Non seulement par l’explication de l’épreuve de STD mais aussi parce qu’elle explicite ce qu’il y a autour et qui n’est pas toujours clairement exposé : la philosophie de l’épreuve et tous les questionnements qui la sous-tendent. Enfin les nombreux exemples, les propositions de correction et les commentaires sur les textes, la présentation des procédés et processus intellectuels à mettre en œuvre devraient permettre à tout candidat de se préparer de la façon la plus pertinente possible à ce concours difficile.

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Lorsqu’on referme cet ouvrage dont l’intérêt va bien au-delà de la seule préparation au CAPES, on se prend à souhaiter qu’Odile Riondet écrive une autre étude sur les autres épreuves de ce concours.

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Marie-France Blanquet

Parcours sur Internet. Dossier coordonné par Valérie Beaudouin et Christian Licoppe. Paris : Hermès Science Publications, 2002. – 316 p. Numéro de : Réseaux, ISSN 0751-7971, 2002, vol. 20, n° 116. – ISBN 2-7462-0676-5 : 35 €. La navigation. Sous la direction de Franck Ghitalla. Paris : Hermès Science Publications, 2002. – 212 p. Numéro de : Les cahiers du numérique, ISSN 1469-3380, 2002, vol. 3, n° 3. – ISBN 2-7462-0578-5 : 50 €

Internet : comportements multiples des offreurs et des usagers

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DEUX NUMEROS, PARUS PRESQUE SIMULTANÉMENT, de revues publiées par le même éditeur sont consacrées à l’étude du comportement des internautes sur le web. La revue Réseaux s’attache aux parcours sur Internet et plus précisément à une analyse de l’offre et de la demande d’information et à la manière dont l’information est structurée sur le web, en prenant des exemples originaux comme des sites consacrés à la musique ou commerciaux. Les cahiers du numérique se penchent, eux, sur la notion de navigation, poursuivant ainsi leur étude du web avec ses multiples ramifications (visibles ou invisibles), les interconnexions possibles avec des disciplines telles que les sciences cognitives, les nombreuses interrogations qu’il suscite à propos de sa couverture et de son efficacité en terme de recherche d’information.

Une étude des parcours sur Internet, révélatrice des relations entre offreurs et chercheurs d’information

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Six contributions conséquentes sont réunies dans ce numéro de la revue Réseaux entièrement consacré aux parcours sur Internet. Ce dossier s’appuie sur des travaux menés par le département RαD de France Télécom dans le cadre du projet TypWeb. Engagé en 2000, ce projet avait pour objet l’analyse de sites web et celle des parcours des internautes, avec également des entretiens qualitatifs menés auprès de concepteurs de sites marchands et personnels. Les auteurs viennent du monde de la recherche : France Télécom, École des hautes études en sciences sociales, universités Paris-3 et Paris-10.

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Le premier article, « Décrire la Toile pour mieux comprendre les parcours », insiste sur le fait que la description approfondie des pages d’un site web est un préalable indispensable à une analyse des parcours sur Internet. La méthode proposée s’appuie sur l’identification de ce qui compose la structure d’un site (structure des liens, description des éléments d’une page), la manière dont il est présenté (polices, fonds d’écran, etc.) et son contenu (contenus textuels). Les auteurs distinguent deux grands types de sites : les sites personnels et les sites marchands. Puis, à partir d’un ensemble de pages personnelles, ils différencient les types de documents et démontrent l’articulation qui existe entre les caractéristiques des pages et leur consultation.

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« La construction électronique du social : les sites personnels. L’exemple de la musique » met l’accent sur les sites personnels en tant que processus d’apprentissage individuel. Le cas de la musique est révélateur de sites personnels d’un haut degré de maturité : leurs concepteurs, selon le genre de musique auquel ils s’intéressent et leur rapport à celle-ci, expriment leur passion tout en tenant compte de leur audience. La production de documents inédits et originaux, la nécessité de créer une relation avec le public cible sont prédominants, avec une tendance à privilégier l’actualisation des informations au détriment parfois de contenus durables.

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Un autre article, « Contribution à une sociologie des échanges marchands sur Internet », exploite l’analyse statistique des parcours sur Internet et montre combien la fidélité des internautes à un site est aléatoire. L’achat sur Internet et l’achat en magasin obéissent à des logiques différentes. Les auteurs mettent en évidence « l’instantanéité » qui prédomine sur Internet, aussi bien de la part des acheteurs que des marchands.

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« Les annuaires du web : entre intermédiation neutre et choix éditorial marqué » compare huit annuaires du web francophone du point de vue de leur contenu, de leur organisation et de leur utilisation par un panel d’internautes français. Il s’avère qu’il existe de grandes différences entre annuaires selon la manière dont l’information y est structurée et selon l’accès. L’étude du comportement des internautes mis en position de recherche d’information montre que ceux-ci utilisent aussi bien les annuaires que les moteurs de recherche qui sont pourtant des outils de conception très différents.

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L’article suivant, justement, est consacré à ces moteurs : « Comment utilise-t-on les moteurs de recherche sur Internet ». Il présente les résultats d’une étude menée en 2000 auprès d’un panel de 1 140 internautes français. Selon ce qu’ils recherchent (achat de produits en ligne, informations utiles dans tel ou tel domaine), ils ne vont pas utiliser les mêmes moteurs. L’étude démontre que l’emploi des opérateurs booléens est un facteur de réussite dans la recherche de l’information.

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« De la publication à la conversation : lecture et écriture électroniques », dernier article de ce dossier, montre les différences d’usages de la Toile. Lecture et écriture, activités traditionnellement séparées, se retrouvent sur un même support, modifiant ainsi profondément les rapports entre ces deux activités. L’espace social se construit différemment, les rôles et les statuts (des documents, des messages ou des personnes) s’élaborent d’une autre manière.

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Les auteurs de ce dossier dense ne se limitent pas à une description des comportements engendrés par Internet (il existe par ailleurs de nombreuses études sur le sujet), ils intègrent dans leur réflexion une analyse approfondie des sites consultés, mais également la diversité des informations proposées en ligne. Il s’agit en quelque sorte de l’observation du jeu de miroir entre celui qui cherche et celui qui propose, chacun ayant une influence sur l’autre. Le média qu’est Internet n’est pas statique, il évolue constamment en fonction des interactions qu’il suscite. Si l’on peut regretter les différences de style et d’écriture dans les articles proposés, dont certains sont parfois difficiles d’accès, on ne peut qu’être intéressé par les différentes facettes qui nous sont montrées d’un média auquel, peu ou prou, nous contribuons tous.

La navigation serait-elle une nouvelle figure de la lecture ?

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Le thème de la navigation sur Internet est récurrent, il est sans cesse réactualisé par les avancées des moteurs de recherche dont il est impératif de suivre les évolutions. Qu’en pensent réellement les chercheurs ? Pour répondre à cette question, le coordinateur de ce numéro des Cahiers du numérique, Franck Ghitalla, de l’Université de technologie de Compiègne, a rassemblé une quinzaine de chercheurs qui explorent tour à tour la page web, l’organisation visuelle d’un site ou l’hypertexte. Il va sans dire que, pour des utilisateurs réguliers d’Internet, ces différentes approches apportent un autre regard sur un espace virtuel parfois complexe.

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Dans l’introduction, Franck Ghitalla rappelle que la navigation est un terme métaphorique mais qu’il ne doit pas être réduit à « un travail purement logique sur les mots, les concepts ou les opérateurs » : son observation est à la fois technique (construction du « sens »), sociale (capitalisation et échange) et géographique (orientation dans des univers documentaires). Une des découvertes majeures de l’informatique et d’Internet en particulier depuis une cinquantaine d’années est le fait d’associer une localisation à des données, de faciliter la recherche de documents grâce aux hyperliens. En ce début de XXIe siècle, une nouvelle topologie documentaire se fait jour sous nos yeux, nous redécouvrons « les principes fondamentaux des architectures techniques que sont la page, le livre ou la bibliothèque ». Un questionnement apparaît en filigrane de ce numéro : la navigation est-elle une nouvelle figure de la lecture ?

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Dominique Cotte (Université Lille-3) s’intéresse au comportement des néophytes (en réalité un groupe de stagiaires lors d’un cours sur la recherche d’information sur Internet) devant la page web, à la lumière des enseignements tirés des usages du Minitel il y a une dizaine d’années : souvent désorientés, ces néophytes du web manquent de maîtrise par rapport à ce qu’ils voient ou consultent, ils sont déconcertés par l’« empilement » des informations proposées. Guy Barrier (Université de Limoges) étudie l’organisation visuo-graphique et la navigation sur les sites web, avec comme exemple le site Bouygues.fr : à partir du tracking ou suivi du comportement des internautes, il utilise la démarche user centric, c’est-à-dire les interactions entre le support (la page d’accueil avec ses différentes zones dites « saillances expressives ») et la réactivité de l’utilisateur. Franck Ghitalla et Charles Lenay (Université de technologie de Compiègne), à partir d’études démontrant les difficultés des usagers par rapport à la navigation, nous aident à comprendre l’importance de l’activité critique que sont l’analyse, la comparaison, la mémorisation. Le web est un territoire à arpenter à l’aide de repères géographiques.

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Avec Serge Bouchardon (Université de technologie de Compiègne), nous abordons l’aspect cognitif du web : le lien hypertexte, prenant une valeur elliptique, apparaît comme un élément essentiel du récit narratif interactif. Le récit est reconfiguré, la navigation d’un fragment à l’autre se fait de manière systématique grâce à des liens. Prenant notamment comme exemple NON-roman de Lucie de Boutiny (www. synesthésie. com/ boutiny), il dresse une typologie des liens : méta-narratif (paratexte), narratif (suite ou fragment du récit), péri-narratif (commentaire, explication du narrateur), extra-narratif (accès au « hors-récit »). Patricia Julia (Université Montpellier-3) poursuit la même démarche et propose une typologie des modes de navigation s’appuyant sur des caractéristiques sémantiques, techniques et topologiques. Sylvie Leleu-Merviel (Université de Valenciennes) s’intéresse, quant à elle, à la navigation vue comme une source de la révolution numérique qui touche le document et les espaces documentaires : elle dresse tout d’abord un panorama du concept traditionnel de document, puis étudie les effets de la numérisation (organisation de nouveaux espaces, création d’espaces « transitionnels » tel le portail d’information, accès à une liberté de lecture). Une nouvelle génération de documents émerge, est mise en scène, et l’auteur évoque alors la notion de dramaturgie.

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Mais la navigation concerne d’autres objets que le document : c’est ce que tend à démontrer Gabriel Gallezot (Université de Nice) qui voit dans les banques de données de séquences génomiques disponibles sur Internet la possibilité de produire des concepts nouveaux en génomique : la navigation dans des corpus de données textuelles et factuelles apparaît comme source de créativité. Hughes Vinet (Institut de recherche et de coordination acoustique/musique, IRCAM) prend comme exemple, et c’est à souligner car la synthèse qu’il réalise est originale, la navigation dans les bases de données musicales et examine les approches existantes en matière d’interfaces de navigation.

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Cette réflexion sur la notion de navigation ne serait pas complète si elle ne prenait en compte les dispositifs expérimentaux existants : David Piotrowski et Marc Silberstein (CNRS) détaillent le prototype HyperCB, soit les principes, l’architecture et les fonctionnalités de l’hypertexte. Ils précisent que, lorsqu’on évoque la notion d’hypertextualité, il est nécessaire de distinguer ce qui relève d’une part de la circulation et d’autre part de l’interprétation. Le prototype HyperCB structure des données, dégage des notions interrogeables grâce à une interface. Andrea Iacovella (École française d’Athènes) expose, à partir du projet Porphyre, un modèle de navigation dans des corpus documentaires. L’étude de l’activité d’une communauté d’experts appelée à partager ces corpus (publications, bibliothèques, archives) a permis de dégager des profils, de les cartographier, d’établir des plans de navigation et de construire un modèle pour ces experts. Enfin, Eric Lecolinet et Stuart Pook (École nationale supérieure des télécommunications) s’intéressent aux bases de données de grande taille qui posent le problème de la localisation des données.

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À la lecture de ce qui précède, la première remarque qui vient à l’esprit est la multiplicité des aspects de la navigation sur le web qui sont étudiés ici : ce numéro est un excellent reflet de la réalité actuelle et des interrogations qu’elle suscite. Il est composé de telle manière que, même si certaines contributions peuvent apparaître ardues (il ne faut pas perdre de vue que les auteurs sont des chercheurs), l’intérêt va croissant. La complexité engendrée par le web, les nombreuses interrogations qu’il soulève trouvent des réponses appropriées, illustrées d’exemples ou de projets en cours d’expérimentation. Plongés dans une réalité quotidienne qui ne nous rend pas toujours lucides sur les évolutions, nous avons grand besoin d’éclairages et de points de vue extérieurs sur le web.

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Jean-Philippe Accart

Les techniques documentaires au fil de l’histoire : 1950-2000. Jacques Chaumier, en collaboration avec Florence Gicquel ; préface d’André Chonez. Paris : ADBS Éditions, 2002. – 179 p. – (Sciences de l’information. Série Études et techniques, ISSN 1160-2376). – ISBN 2-84365-064-X : 28 €

Cinquante ans d’évolutions techniques

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VOICI UN OUVRAGE « HISTORIQUE » QUI PROPOSE un parcours très documenté des évolutions qu’a connues le secteur de l’information scientifique et technique depuis un demi-siècle. Par « techniques » il faut entendre les équipements accompagnés des acteurs et des projets qui les ont portés pour que se développe l’accès généralisé à l’information. On voit alors se dessiner la structuration d’un secteur, conjonction de recherches théoriques, de stratégies politiques et industrielles ou encore d’acteurs économiques qui ont modelé ce fameux marché de l’information aujourd’hui si vivant.

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Ici, de même qu’il y a un historique des objets, il y a un historique des mots ; hormis les supports de stockage et de conservation de l’information, on retrouve les appellations des grandes familles de fichiers, manuels puis informatisés, des logiciels documentaires, l’évocation des premiers réseaux de transmission de données, des débuts de la marchandisation de l’information avec l’apparition des serveurs, la normalisation progressive… Cette évocation se fait à partir de nombreux exemples.

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Le côté quelque peu désuet de la présentation est lié pour une part aux photos des « machines » mais aussi aux fac-similés d’index, d’outils documentaires que les plus anciens d’entre nous ont fréquentés. Cette plongée dans les années soixante fait ressortir la distance parcourue, et apporte la confirmation que les découvertes récentes s’inscrivent dans la continuité de ces initiatives.

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Le parti pris entièrement descriptif confère à l’ouvrage un statut de référence et c’est sa principale vertu. Les annexes constituent en réalité une seconde partie : une chronologie rappelle les principaux moments qui ont jalonné l’évolution technologique de la profession et le lecteur peut se tourner vers elle pour vérifier une date ou le nom d’un logiciel, resituer un acteur ayant joué un rôle dans la politique d’IST… De même trouvera-t-il un index des acteurs, des marques, des logiciels cités (et son complément de sigles). Sa consultation procure même une sensation de vertige, tant il offre un raccourci saisissant de la richesse des produits et des outils qui forment notre environnement documentaire quotidien.

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À ce titre, cet ouvrage devrait figurer dans toutes les bibliothèques des organismes de formation à l’information, afin que ne s’oublie pas la « petite histoire » du monde documentaire. Il intéressera aussi, bien sûr, ceux qui veulent connaître une partie de leurs racines professionnelles.

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Brigitte Guyot

Du catalogue de la bibliothèque aux ressources du web : applications documentaires de la génération de liens contextuels. Tosca Consultants ; étude rédigée par Marc Maisonneuve avec la collaboration de Philippe Lenepveu. Paris : ADBS Éditions, 2003. – 148 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 2-84365-065-8 : 23 €

Une nouvelle génération de logiciels documentaires

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L’INTRODUCTION REDIGEE PAR MARC MAIsonneuve avec la collaboration de Philippe Lenepveu explicite les raisons et les objectifs de cette étude. Une nouvelle gamme de logiciels apparaît aujourd’hui sur le marché qui permettent à l’usager, à l’issue de la consultation d’un catalogue, d’accéder au texte du document sans avoir à en ressaisir toutes les références. Ces logiciels développent ainsi grandement l’autonomie de l’usager dans son accès au document primaire.

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Cet ouvrage propose un état de l’art organisé autour de deux questions de fond : qui sont les fournisseurs de ces logiciels ? Quelles familles de produits proposent-ils ? Suivent des informations sur les modalités de l’enquête : la date de collecte de l’information (février 2003) et la méthodologie de recueil des données par questionnaire (reproduit et commenté en annexe 1, p. 123-134).

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Les résultats sont présentés en deux temps. La première partie consiste dans la « Présentation de l’offre des progiciels » (p. 9-30). La seconde concerne l’« Analyse de huit logiciels du marché » (p. 35-117).

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« Pourquoi a-t-on besoin de générer des liens contextuels ? » C’est, répondent les auteurs, pour simplifier l’élaboration de la stratégie de recherche, pour collecter systématiquement les informations apparentées à une référence auprès de quelques fournisseurs de contenus, pour éviter la ressaisie d’information, automatiser le rebond. Les trois types d’application (portail documentaire, collecte systématique et rebond automatisé) présentent des avantages et des inconvénients. C’est cependant la technique du rebond automatisé qui semble la plus prometteuse. Ces trois applications impliquent que soit compris ce qu’est un lien contextuel, ainsi que les normes et standards sur lesquels s’appuie la génération de liens contextuels (OpenURL, Z39-50). Vient ensuite la typologie des produits et des offres : les sociétés contactées, les progiciels étudiés et leur environnement technique, ainsi que les normes supportées par ces logiciels. Les explications, très clairement exposées, sont synthétisées dans des tableaux qui permettent au lecteur de faire le point sur les différentes facettes analysées de la génération de liens contextuels.

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Dix paramètres sont utilisés pour décrire huit progiciels présents actuellement sur le marché. C’est d’abord l’identification de la société et sa présentation. C’est ensuite l’analyse de l’offre et des caractéristiques commerciales de cette société. La couverture fonctionnelle des progiciels, les normes et standards sur lesquels s’appuient les produits commercialisés et les conditions techniques constituent les paramètres 5 à 7. Le huitième concerne les fournisseurs de contenus actuellement accessibles. Enfin les neuvième et dixième points portent sur le calendrier d’un projet type et sur les prix (réponse facultative).

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Les logiciels analysés sont présentés dans l’ordre alphabétique des sociétés qui les produisent : Archimed, Dynix, Ever Team, Ex Libris, Geac France, Innovation Interface, Multilis Europe, Xerox askOnce. Un glossaire ainsi qu’une liste des sigles utilisés clôturent cette étude très technique. Elle sera fort utile aux décideurs susceptibles d’avoir un choix à effectuer comme à tous les professionnels de l’information et de la documentation qui souhaitent se tenir informés des évolutions technologiques. Enfin, les étudiants y trouveront un modèle d’état de l’art qui leur permettra dans le même temps de percevoir, à travers les possibilités techniques présentées, les évolutions et les promesses de demain.

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Marie-France Blanquet

Les médias en France. Jean-Marie Charon. Paris : La Découverte, 2003. – 123 p. – (Repères). – ISBN 2-7071-3866-5 : 7,95 €. Une dynamique de l’insignifiance : les médias, les citoyens et la chose publique dans la « société de l’information. Bertrand Labasse ; préface de François Dupuigrenet Desroussilles. Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2003. – 271 p. – (Référence). – ISBN 2-910227-42-1 : 27,40 €

Médias et diffusion des connaissances

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VOICI DEUX OUVRAGES SUR LES MEDIAS, DISSEMBLABLES dans leurs projets et complémentaires à bien des égards. Le premier s’attache à l’étude des médias en France et de leur évolution depuis une dizaine d’années : offre, économie, acteurs, publics, etc. Le second est une analyse de la diffusion sociale de l’information et des connaissances dans la société dite de l’information. Ils se répondent tous deux : on trouvera exposées dans le livre de Jean-Marie Charon bien des tendances dénoncées avec conviction dans celui de Bertrand Labasse.

L’état des médias en France

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On saura à peu près tout sur l’état des médias et leur évolution en consultant ce court mais très dense nouvel ouvrage de la collection Repères. Il s’ouvre par un rappel historique de la création de la première publication périodique à Paris – la Gazette de Théophraste Renaudot, en 1631 –, de l’apparition de la radio, en 1922 en France, et de la télévision, en 1935, puis s’attache à décrire la situation actuelle. Examinant la législation ad hoc, il constate la surabondance de textes, « constituant une certaine forme d’instabilité juridique » (p. 23) et souvent largement inappliqués, surtout au niveau européen. Sont ainsi analysés les limites à la liberté d’information, le statut du journaliste, où là encore se découvre un paradoxe entre l’encadrement législatif français de son activité et la Convention européenne des Droits de l’homme qui reconnaît aux journalistes le droit de protéger le secret des sources ; enfin en dernier lieu les réglementations de la publicité.

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L’offre est caractérisée par un large éventail de contenus et de services « sans cesse plus spécialisés […] s’adressant à des publics toujours plus segmentés, voire quasiment individuels » (p. 36). L’auteur rejoint ici les analyses de Bertrand Labasse sur les micropublics. À cette description du paysage médiatique, des agences aux instances de presse et aux médias électroniques « en position d’attente », fait suite l’étude de l’économie du secteur, caractérisée par la cohabitation de deux modèles d’entreprise : celui, intégré verticalement, de la presse quotidienne, et celui de l’entreprise-réseau, déployé sur des marchés spécifiques et des gammes de produits, souvent sous-traités. Quant aux principaux acteurs, on lira avec intérêt les informations données sur les entreprises de presse (chap. V) et, dans le suivant, sur le rôle de l’État, autre singularité française. Que va devenir son importante activité de garant et d’arbitre devant la régulation par le marché et face aux instances européennes, dont les conceptions vis-à-vis de la presse sont beaucoup plus proches de celles des pays anglo-saxons ? Pourtant, rien ne semble moins sûr que son affaiblissement.

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On ne s’étonnera pas de voir la présentation du marché publicitaire (p. 87-96) précéder l’analyse du comportement du public ; c’est en effet sous la pression de ce marché que se sont développées les principales méthodes d’étude du public. L’auteur regrette le manque de données dégagées de « modes d’analyse uniquement formulées en termes de concurrence » (p. 98), à l’exception de quelques trop rares études sur le budget-temps. Il se borne explicitement à un aperçu de la manière dont les médias traitent le public au moyen de diverses techniques d’analyse d’audience, qualitatives ou quantitatives. En fait, le public lui semble bien loin d’être aussi passif qu’on ne le dit ; il n’hésite pas à remettre de plus en plus souvent en cause la crédibilité des médias. Le débat, relativement récent, porte sur trois points essentiels : légèreté de l’informateur, atteintes à la vie privée dues à la course concurrentielle au spectaculaire et, ce n’est pas le moindre reproche, prétention de la profession journalistique à n’être jugée que par ses pairs. S’agit-il déjà d’une véritable fracture entre un public de plus en plus compétent, exigeant et critique, et des professionnels des médias rétifs à tout jugement sur leur pratique ? Quel en sera l’impact à l’avenir ? Sans trop s’illusionner sur leur portée, Jean-Marie Charon avance certains indices pouvant laisser croire à un dialogue moins tendu.

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Soulevant bien des lièvres et posant bien des questions, cette étude très documentée, pourvue d’une bibliographie d’ouvrages essentiels, remplit parfaitement le rôle de synthèse à jour qu’appelle la collection Repères.

Les aspects sociaux de la transmission de l’information

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Le préfacier de cet ouvrage, François Dupuigrenet-Desroussilles, directeur de l’ENSSIB, propose d’en résumer la thèse par cette formule : « On ne prend pas la pratique de l’information au sérieux » (p. 8) et en souligne l’audace mais aussi l’intérêt. En effet, il ne s’agit pas d’une énième étude sur l’impact des nouvelles technologies sur la transmission du savoir, mais d’une analyse de la diffusion sociale des informations et des connaissances, quelle que soit leur nature, et du problème que pose le peu d’intérêt qu’y portent « les pouvoirs publics et la classe politique française, de même que les médias et la communauté savante » (p. 38). Ce constat est basé sur deux études successives demandées à l’auteur par la Mission prospective de la Communauté urbaine de Lyon, l’une sur le sens réel du terme rebattu de « société de l’information », l’autre sur les acteurs de la diffusion de l’IST, journalistes, pouvoirs publics et chercheurs.

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Le problème est examiné grâce à une riche documentation sur le transmission de l’information : études et sondages réalisés par les pouvoirs publics ou des instances de recherche, statistiques nationales et internationales, Livre blanc Vers la société cognitive (Commission européenne, 1995), ouvrages théoriques recensés dans l’abondante bibliographie bilingue. La réponse à l’interrogation posée par la première enquête (menée en 1999), « Quelles informations ? », est paradoxale : bien des connaissances de base sont mal maîtrisées par le public mais, en même temps, « nous n’avons jamais été aussi savants », vu la quantité d’information qui nous est dispensée. Mais que devient-elle ?

Vers une écologie de l’information ?

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Quels sont donc les divers canaux et interactions qui constituent le système global de diffusion ? Si l’auteur dénie l’existence de tout modèle consistant rendant compte de la diffusion de masse par les médias, il n’en analyse pas moins leurs principales fonctions sociales et s’interroge sur les transformations actuelles du paysage médiatique. L’espace public de la communication, construit sur l’omniprésence des médias, semble menacé par un morcellement dû en particulier aux possibilités croissantes d’information sur mesure offertes par les TIC (p. 77-92). L’explosion et la fragmentation de l’offre de connaissances et de centres d’intérêt aboutissent à faire éclater la cohérence d’un savoir. Il voit dans cette spécialisation l’une des caractéristiques les plus significatives de la « société de l’information ». Se trouve-t-on au seuil d’une société du savoir ou d’une « non-société de micro-savoirs » (chap. 6, p. 95-111). Que devient, dans ces conditions, le cadre de référence cognitif commun aux citoyens ? Citant, entre autres, Louis Quéré qui notait, dès 1982, « la détérioration de la communication » et soulignait que « le lien social et l’identité […] ne sont pas dissociables d’un système général de représentation, […] d’une activité communicationnelle fondatrice, qui stabilisent le monde et lui donnent un sens » (p. 96) ? Bertrand Labasse souligne l’illusion du lien supposé entre possibilité d’accès aux connaissances par tous et acquisition de ces connaissances, et la fragilité, voire l’inexistence du questionnement sur l’« espace public cognitif » (p. 95), fondement de l’espace public politique et social.

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Dans une seconde étude, l’auteur prolonge sa réflexion en examinant la praxis des acteurs de la production et de la diffusion de l’information, en commençant par les journalistes de presse écrite. Elle lui paraît marquée, au sein de ce qu’il nomme « un système médiatique désemparé » (p. 119) par une inadaptation croissante entre leurs méthodes et leur langage et les attentes, les envies ou les possibilités de réception du public. En fait, élargissant son questionnement à d’autres types d’intervenants – instances politiques et administratives, sphère académique –, il retrouve et dénonce la même indifférence à l’adéquation du message aux destinataires. Il ne s’agit pas de leur dénier le désir d’informer, mais de remettre en cause leur pratique communicationnelle en s’interrogeant sur ses modalités et sur ses effets. Poser la problématique de la pertinence de l’IST par rapport au public permettrait peut-être de sortir des représentations toutes faites et de s’intéresser davantage aux enjeux citoyens d’une information de qualité, indispensable au développement d’un véritable espace public de la communication. Tout au long de cette étude court en effet le lien entre démocratie et information publique et se dessinent les dangers qui le guettent.

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Il est difficile de ne pas tomber d’accord avec bien des critiques formulées par l’auteur de ce livre foisonnant, d’autant plus que Bertrand Labasse ne cesse de peser le pour et le contre et se garde bien d’apporter des solutions définitives. Tout au plus propose-t-il (p. 235) de poser les premiers jalons d’une bien lointaine « écologie de l’information »…

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Claire Guinchat

Guide de recherche en bibliothèque à l’usage des lecteurs de la Bibliothèque nationale de France : collections imprimées et audiovisuelles /. Coordonné par Catherine Bonhomme avec la collaboration de Gwenna Briand et Françoise Simeray. Paris : Bibliothèque nationale de France, 2002. – 95 p. – Diff. gratuite

Un guide méthodologique de recherche

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ON NE REPETERA JAMAIS ASSEZ QU’AVANT d’utiliser les ressources d’une bibliothèque, on doit préciser le sujet de sa recherche selon certains critères. Ce petit guide en donne le moyen, en quelques pages bienvenues. Il passe ensuite en revue les divers instruments de recherche, selon le type de document, du livre imprimé au cédérom, et détaille plus particulièrement les catalogues informatisés. Si les exemples sont donnés à partir de ceux de la BnF, la démarche méthodologique peut parfaitement s’appliquer à toute autre bibliothèque. Enfin, sont examinés quelques fonds spécifiques accessibles en rez-de-jardin du site François Mitterrand et « plus difficiles à trouver qu’un simple ouvrage » (p. 53) : recueils, thèses, publications officielles, etc.

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Aux instruments de repérage des références souhaitées fait suite le moyen de localiser les documents, soit à la BnF, soit dans une autre institution, grâce aux catalogues collectifs. Bien que très sommaire, cette initiation au mode de classification (Dewey, p. 65-66), à la cote et à quelques sites Internet d’institutions-sources des documents audiovisuels sera utile au débutant.

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Un dernier chapitre explique comment évaluer la qualité et la pertinence de l’information rassemblée et comment rédiger un texte et ses références bibliographiques.

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On trouvera en annexe une liste de titres de périodiques souvent demandés mais dont les cotes sont, elles aussi, difficiles à trouver, et un glossaire, nécessaire au profane.

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On ne peut demander à ce guide, pratique et sûrement utile, plus qu’il ne promet, mais on peut regretter que n’y aient pas été adjoints quelques éléments bibliographiques sur la recherche documentaire et l’exploitation de l’information.

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Claire Guinchat

L’indexation. Sous la direction de Jean-Michel Jolion. Paris : Hermès Science Publications, 2001; Numéro de : Document numérique, ISSN 1279-5127, 2000, vol. 4, n° 1-2, p. 1-182. – ISBN 2-7462-0224-7 : 45 €

Évolutions actuelles des modes d’indexation

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CETTE LIVRAISON DE HUIT TEXTES PROPOSE un échantillon de quelques courants actuels de recherche en matière de traitement automatique de la langue et d’ingénierie linguistique. Ils s’appliquent tous aux documents numériques. Entendue de façon large comme « représentation d’un document », l’indexation prend ici plusieurs aspects.

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Tout d’abord, la description des parties de documents ou d’unités documentaires peut être complétée par une opération d’annotation, qui peut se définir comme une interprétation de la part de l’auteur ou du lecteur. Elle consiste à surligner un passage ou à donner son avis sur un point. Ce nouveau type de « trace » est destiné à soi-même ou à d’autres. Pour ce faire, il existe maintenant des schémas et des outils d’annotation.

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Lorsqu’elle est appliquée aux documents scientifiques et aux documents techniques, l’indexation prend la forme d’une reconnaissance d’indices textuels et d’indices formels (à partir de la structure même du texte). Un certain nombre de méthodes permettent de le découper en unités de sens, de repérer les balises et de reconnaître les indices textuels et les concepts.

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Si l’on adopte maintenant le point de vue de l’utilisateur, la formalisation de son profil est bien une indexation, qui peut être couplée avec son degré d’expertise dans le domaine. Il faut alors pouvoir à la fois établir une formalisation/modélisation des concepts propres au champ disciplinaire et donner à cet utilisateur les moyens de se définir à l’intérieur de ce champ selon son niveau d’expertise mais aussi selon des critères ergonomiques qui, eux aussi, ont fait l’objet d’une modélisation. On touche ici à la représentation graphique des concepts, telles que les cartes dynamiques, pour aider à la mise au point d’une requête. L’exemple d’un « livre de connaissance électronique » illustre cette démarche.

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Un dernier article se penche de façon plus générale sur la représentation des connaissances, en reprenant leurs différentes formes possibles et en les appliquant à l’écriture informatique : elle transforme le processus éditorial classique entendu comme une série d’opérations de catégorisation et de « marquages » documentaires (sous forme d’indices formels et conceptuels).

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Ce sont donc les questions de l’élaboration et du classement des concepts qui sont ici revisitées. Dans une ontologie, ceux-ci sont définis en grande partie par leur place dans l’arborescence ; à cette classification sont associées des relations entre les concepts grâce à des liens explicités. Cela n’est pas très éloigné de la question des thésaurus, abordée dans un autre chapitre sous leur angle iconographique.

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Bien que ce numéro date déjà de quelques mois, la diversité des approches qu’il propose est tout à fait intéressante pour qui s’intéresse à l’évolution des modes d’indexation et de leur automatisation.

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Brigitte Guyot

Dictionnaire comparé du droit d’auteur et du copyright. Sous la direction de Marie Cornu, Isabelle de Lamberterie, Pierre Sirinelli, Catherine Wallaert. Paris : CNRS Éditions, 2003. – 449 p. – (CNRS Dictionnaires). – ISBN 2-271-06012-5 : 50 €

Un complément terminologique aux ouvrages de doctrine juridique

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LE DROIT D’AUTEUR ET LE COPYRIGHT APPARTIENNENT à des systèmes juridiques différents et l’un des pièges, en matière de traduction, est précisément à reprendre l’un de ces termes par un autre alors qu’ils ne recouvrent pas les mêmes concepts. On constatera très rapidement d’ailleurs que bien d’autres expressions, reprises dans les différentes fiches qui constituent cet ouvrage, présentent les mêmes ambiguïtés.

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Ce dictionnaire est le résultat d’une étude, financée par le ministère de la Culture et la Délégation générale à la langue française, menée afin de proposer des définitions en français de notions juridiques appartenant au domaine de la propriété littéraire et artistique utilisées dans cinq pays, afin d’en mieux comprendre les différentes facettes, de stimuler la réflexion et d’engager le dialogue.

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Il est articulé en six sections consacrées respectivement aux droits français, belge, anglais, canadien, ainsi qu’aux droits international et communautaire, complétées par une septième section présentant des synthèses comparatives.

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Chaque terme propre à un droit national comprend une rubrique sur le droit du pays concerné, pour le situer précisément dans son cadre juridique interne, et une autre permettant de le comparer à d’autres droits, pour retrouver les notions voisines ou équivalentes dans d’autres systèmes juridiques. Les fiches de droit international ont été conçues différemment puisqu’elles se bornent à donner la définition officielle tirée des textes internationaux ou communautaires et, dans les synthèses comparatives, dernier chapitre de ce livre, seules les notions fondamentales ont été retenues.

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Cet ouvrage est bien plus qu’un simple dictionnaire : il fournit des informations sur l’origine de la définition appliquée à un terme et donne les références des textes qui le concernent ; et il est illustré d’exemples, de remarques et d’indications terminologiques très précises. Il représente ainsi un complément indispensable aux ouvrages de doctrine. Si cet instrument de référence, très riche, ouvre des perspectives multiples, il s’adresse naturellement à des spécialistes du droit, aux spécialistes en terminologie et à ceux qui gèrent une documentation juridique.

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Ce dictionnaire peut être consulté en ligne, en accès payant, à partir de l’adresse <www. cnrseditions. fr>

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Michèle Battisti

Titres recensés

  1. Connaissance capitale : management des connaissances et organisation du travail. Joanna Pomian, Claude Roche. Paris : Éditions Sapientia : L’Harmattan, 2002. – 633 p., glossaire, bibliogr., cyberogr. – ISBN 2-911761-31-6 (Éditions Sapientia), ISBN 2-7475-2403-5 (L’Harmattan) : 58 €
    1. Manager l’information interne à l’entreprise
  2. Principes et pratiques de la communication scientifique et technique. Jean-Marc Defays ; avec la collaboration de Marielle Maréchal et Frédéric Saenen ; préface d’Arthur Bodson. Bruxelles : De Boeck Université, 2003. – 150 p. – (Méthodes en sciences humaines, ISSN 1373-0231). – ISBN 2-8041-4376-7 : 24,50 €
    1. Un manuel pour maîtriser la communication de l’IST
  3. Internet et le droit d’auteur : la culture Napster. Joëlle Farchy. Paris : CNRS Éditions, 2003. – 202 p. – (CNRS Communication). – ISBN 2-271-06129-6 : 22 €
    1. Gratuité, libre accès et droit d’auteur
      1. Conséquences du libre accès
      2. Une perspective économique et politique
  4. Les chercheurs et la documentation numérique : nouveaux services et usages. Sous la direction de Ghislaine Chartron. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2002. – 268 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 2-7654-0840-8 : 39 €
    1. Évolution de l’édition et de la communication scientifiques
  5. Le CAPES de documentation : concours externes, internes, réservés et autres concours. Françoise Loyer, Daisy Benhamou. Nelle éd. entièrement refondue et mise àjour. – Paris : Ellipses Édition, 2003. – 334 p.– (Formation des personnels de l’Éducationnationale). – ISBN 2-7298-1541-4 : 23,50 €. Préparer et réussir le CAPES externe de documentation. Françoise Chapron, Claude Morizio. Paris : Presses universitaires de France,2003. – IX-110 p. – (Major). – ISBN 2-13-053431-7 : 12 €. Réussir l’épreuve de sciences et techniques documentaires au CAPES de documentation : éduquer à l’information. Odile Riondet. Paris : ADBS Éditions, 2003. – 190 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 2-84365-066-6 : 27 €
    1. Trois ouvrages pour préparer le CAPES de documentation
      1. Les différents concours de documentation
      2. Le concours externe
      3. L’épreuve de sciences et techniques documentaires
  6. Parcours sur Internet. Dossier coordonné par Valérie Beaudouin et Christian Licoppe. Paris : Hermès Science Publications, 2002. – 316 p. Numéro de : Réseaux, ISSN 0751-7971, 2002, vol. 20, n° 116. – ISBN 2-7462-0676-5 : 35 €. La navigation. Sous la direction de Franck Ghitalla. Paris : Hermès Science Publications, 2002. – 212 p. Numéro de : Les cahiers du numérique, ISSN 1469-3380, 2002, vol. 3, n° 3. – ISBN 2-7462-0578-5 : 50 €
    1. Internet : comportements multiples des offreurs et des usagers
      1. Une étude des parcours sur Internet, révélatrice des relations entre offreurs et chercheurs d’information
      2. La navigation serait-elle une nouvelle figure de la lecture ?
  7. Les techniques documentaires au fil de l’histoire : 1950-2000. Jacques Chaumier, en collaboration avec Florence Gicquel ; préface d’André Chonez. Paris : ADBS Éditions, 2002. – 179 p. – (Sciences de l’information. Série Études et techniques, ISSN 1160-2376). – ISBN 2-84365-064-X : 28 €
    1. Cinquante ans d’évolutions techniques
  8. Du catalogue de la bibliothèque aux ressources du web : applications documentaires de la génération de liens contextuels. Tosca Consultants ; étude rédigée par Marc Maisonneuve avec la collaboration de Philippe Lenepveu. Paris : ADBS Éditions, 2003. – 148 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 2-84365-065-8 : 23 €
    1. Une nouvelle génération de logiciels documentaires
  9. Les médias en France. Jean-Marie Charon. Paris : La Découverte, 2003. – 123 p. – (Repères). – ISBN 2-7071-3866-5 : 7,95 €. Une dynamique de l’insignifiance : les médias, les citoyens et la chose publique dans la « société de l’information. Bertrand Labasse ; préface de François Dupuigrenet Desroussilles. Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2003. – 271 p. – (Référence). – ISBN 2-910227-42-1 : 27,40 €
    1. Médias et diffusion des connaissances
      1. L’état des médias en France
      2. Les aspects sociaux de la transmission de l’information
      3. Vers une écologie de l’information ?
  10. Guide de recherche en bibliothèque à l’usage des lecteurs de la Bibliothèque nationale de France : collections imprimées et audiovisuelles /. Coordonné par Catherine Bonhomme avec la collaboration de Gwenna Briand et Françoise Simeray. Paris : Bibliothèque nationale de France, 2002. – 95 p. – Diff. gratuite
    1. Un guide méthodologique de recherche
  11. L’indexation. Sous la direction de Jean-Michel Jolion. Paris : Hermès Science Publications, 2001; Numéro de : Document numérique, ISSN 1279-5127, 2000, vol. 4, n° 1-2, p. 1-182. – ISBN 2-7462-0224-7 : 45 €
    1. Évolutions actuelles des modes d’indexation
  12. Dictionnaire comparé du droit d’auteur et du copyright. Sous la direction de Marie Cornu, Isabelle de Lamberterie, Pierre Sirinelli, Catherine Wallaert. Paris : CNRS Éditions, 2003. – 449 p. – (CNRS Dictionnaires). – ISBN 2-271-06012-5 : 50 €
    1. Un complément terminologique aux ouvrages de doctrine juridique

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 1/2004 (Vol. 41), p. 52-67.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2004-1-page-52.htm
DOI : 10.3917/docsi.411.0052


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