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Documentaliste-Sciences de l'Information

2004/3 (Vol. 41)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.413.0190
  • Éditeur : A.D.B.S.

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REMI BARRE, PROFESSEUR AU CNAM et animateur de cette journée organisée à l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de Paris, a rappelé en ouverture les remous provoqués par le classement de Shanghai [1][1] Academic Ranking of World Universities, Université.... Ce classement mondial de la recherche universitaire, qui place les universités françaises en très mauvaise position, démontre l’importance croissante de l’évaluation de la recherche. Bien qu’il ne soit pas considéré comme très crédible du fait des indicateurs de sélection utilisés, ce palmarès annonce quand même le futur : les organismes de recherche seront classés en fonction de leur visibilité.

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La bibliométrie joue un rôle majeur dans ce classement. Elle fournit des indicateurs statistiques de performance de la recherche, fondée sur les publications des chercheurs. Cette science est aujourd’hui incontournable dans l’évaluation des organismes de recherche.

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Les mauvais résultats français sont probablement dus en grande partie à la structure de la recherche française, à sa « balkanisation », et au fait que ce classement ne prend en compte que la recherche universitaire, ce qui n’est pas représentatif de l’ensemble de la situation française. De plus, les usages bibliométriques ne sont pas forcément respectés par les auteurs, ce qui peut avoir des conséquences négatives sur le classement de leurs organismes de recherche. Par exemple, le nom et l’adresse de leur organisme de rattachement ne sont pas systématiquement bien renseignés dans les publications.

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On remarque en parallèle l’utilisation croissante d’Internet comme vecteur gratuit de diffusion de l’information scientifique. Certaines universités américaines de renom ont passé des contrats avec le moteur de recherche Google pour référencer l’ensemble de leurs documents sur ce moteur. Ainsi, un chercheur aura tout intérêt à faire une conférence ou à participer à des travaux avec cette université, car ses publications et présentations seront alors automatiquement référencées sur Google.

Une bibliométrie de positionnement stratégique

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La bibliométrie est une mesure statistique de la production scientifique des centres de recherche, fondée sur trois éléments : le volume de publications d’un acteur, son impact international (par le biais du nombre de citations et du facteur d’impact des revues), et ses partenariats (mesurés par les co-publications). Les bases de données produites par l’Institute for Scientific Information (ISI) sont devenues un standard de fait, s’imposant comme « l’univers de référence » sur lequel baser les calculs bibliométriques, pour analyser la production scientifique des laboratoires. L’ISI associe un facteur d’impact à chaque revue, qui traduit son rayonnement et sa crédibilité dans le monde scientifique, et sélectionne les revues présentes dans ses bases en fonction de ce facteur.

Programme de la journée

Introduction, par Jacques Prost, Laure Reinhart et Rémi Barré

Le positionnement géographique, thématique, institutionnel par la bibliométrie : l’expérience de l’OST, par Ghislaine Filliatreau, directrice adjointe de l’Observatoire des sciences et techniques (OST, GIP du secteur public)

Bibliométrie et positionnement stratégique dans une institution : le cas de l’INRA, par Michel Zitt, chercheur à l’ INRA-Lereco de Nantes

Analyse thématique pour la détection des thèmes et des acteurs de recherche : le cas de la microbiologie - résistance aux antibiotiques, par Xavier Polanco, Institut de l’information scientifique et technique (INIST/CNRS, Nancy)

Contribution à l’orientation de la recherche et de la communication par la bibliométrie : le cas de Danone Vitapole, par Nicole Schneid-Citrain

Évaluation de la recherche et visibilité internationale : le cas d’HEC, par Thierry Foucault, directeur de la recherche à HEC Paris

La visibilité internationale d’un pôle scientifique : table ronde avec Emmanuel Jolivet (président de l’INRA Jouy-En-Josas), Pierre Papon (ancien président de l’OST et du CNRS, professeur à l’École supérieure de physique et de chimie industrielles, ESPCI) et Bertrand Scache (DSI à Danone-Vitapole).

Une synthèse des débats et les textes de la plupart des interventions sont accessibles à l’adresse : www. ile-de-science. org/ pages/ events/ colloque20040510/ colloque20040510. htm

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Les acteurs peuvent grâce à ces bases se positionner les uns par rapport aux autres et suivre l’évolution de leur positionnement, sur un plan géographique, thématique ou institutionnel.

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Actuellement, l’OST développe des indicateurs micro-bibliométriques, c’est-à-dire de taille infra-nationale (opposés aux indicateurs macro). Un long travail d’identification du corpus est nécessaire : le repérage et le décompte des articles de l’institution dans la base se font manuellement. Il faut également tenir compte des contraintes liées à l’organisme de recherche pour adapter les indicateurs.

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Le ministère de la Santé a chargé l’OST de classer la recherche française génomique par rapport à ses concurrents internationaux. Ce travail a demandé la mise en œuvre d’une batterie d’indicateurs adaptés, validés et analysés par des experts du domaine.

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À la suite de cette communication de Ghislaine Filliatreau, Rémi Barré fait remarquer que la standardisation des bases de l’ISI n’est pas sans effets pervers : c’est leur présence même dans la base qui donne aux journaux indexés sur ISI leur pedigree ; l’ISI est un éditeur privé dont l’objectivité n’est pas totalement garantie ; la recherche fondamentale est favorisée par la bibliométrie, car elle génère plus d’articles et plus de citations que la recherche appliquée. Il faut aussi être attentif à la concurrence croissante entre les revues et les archives ouvertes sur Internet, de plus en plus répandues, lues et citées. Pour le moment, ces sources se recouvrent, mais cela va probablement évoluer différemment.

Trois applications de la bibliométrie

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Selon Michel Zitt, chercheur à l’INRA-Lereco de Nantes (et anciennement à l’OST), on peut faire différents usages de la bibliométrie.

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Tout d’abord, en interne, la bibliométrie peut servir à élaborer des tableaux de bord mesurant l’activité de production de connaissances. Cette approche quasi comptable se révèle nécessaire pour présenter des résultats aux autorités de tutelle.

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La deuxième utilisation de cette technique est celle du positionnement stratégique et concurrentiel de l’organisme dans son ensemble, d’un département de recherche ou d’une équipe. Elle permet d’analyser le contexte de compétition et de coopération de l’entité en question. Cette analyse peut se faire au niveau macroscopique, en utilisant le référentiel existant dans ISI, puis de manière plus fine en mettant en œuvre une batterie d’indicateurs pour étudier un périmètre thématique limité. On peut aller jusqu’à l’échelon individuel, en prenant en compte par exemple les liens de sociabilité d’un chercheur, en mesurant ses co-publications avec des organismes extérieurs au sien. Les institutions peuvent ainsi proposer leur propre grille d’indicateurs, avec des axes prioritaires découlant de leurs objectifs et de leur stratégie.

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Enfin la bibliométrie peut devenir un outil de veille technologique et scientifique, permettant par exemple la détection d’acteurs clés. Identifier les nouveaux thèmes de recherche ou de nouvelles connexions (qui publie avec qui, au niveau individuel ou des institutions) permet de reconfigurer, si nécessaire, les priorités de recherche d’un organisme. Cela peut être un outil complémentaire pour sélectionner des partenaires.

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L’Institut national de recherche agronomique (INRA) a diffusé sur son intranet des fiches de renseignements sur les indicateurs et leur interprétation, en vue de former les chercheurs. Il ne faut pas perdre de vue que les indicateurs sont au service d’une pensée stratégique.

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Rémi Barré insiste sur la prise en compte des autres aspects de la recherche. L’image de la Rose des Vents de la recherche souligne la diversité de ses objectifs : production de connaissances, contribution à la formation, innovation individuelle, contribution à l’expertise dans les politiques publiques, culture, diffusion au grand public… La difficulté va être de pondérer chacun de ces objectifs : peut-on évaluer, par exemple, combien d’heures de cours valent un article ?

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C’est dans l’équilibre entre la quantification et les avis d’experts que se trouve la raison. En effet, les indicateurs absolus sont dangereux, ils peuvent par exemple donner une sur-visibilité à un acteur.

L’informatisation de la bibliométrie

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Xavier Polanco a présenté un projet de veille automatisée utilisant des outils informatiques très complexes de lexicométrie et de traitement automatique de la langue (TAL). Ici, la bibliométrie sert à détecter un thème émergent de recherche.

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La bibliométrie n’est pas qu’évaluative. Elle peut aussi aider les chercheurs à développer une nouvelle activité, en identifiant de nouveaux champs de recherche.

La bibliométrie au service de l’industrie

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Les laboratoires de recherche de Danone, a expliqué Nicole Schneid-Citrain, utilisent la bibliométrie pour repérer les acteurs d’un domaine donné et les relations entre les laboratoires, dans des perspectives de mise en place de collaborations et d’identification d’experts. La bibliométrie leur permet aussi d’analyser l’évolution des thématiques de recherche. Les tendances dans la production de desserts glacés, par exemple, ont pu être analysées en étudiant la récurrence de parfums dans une base de données produits.

Un système très directif d’évaluation de la productivité des chercheurs

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Pour Thierry Foucault, la recherche joue un rôle central dans la concurrence internationale entre écoles et universités. C’est pourquoi, depuis peu, un système fortement incitatif a été mis en place à HEC pour orienter l’effort de recherche des professeurs, et les pousser à publier systématiquement dans des revues à forte notoriété internationale. Trois listes de journaux cibles ont été établies, a pour les meilleurs, b et enfin g. Le nombre d’articles placés dans ces revues intervient dans la révision annuelle de la rémunération du chercheur, les revues a étant les plus rémunératrices. Les publications dans des revues qui n’appartiennent pas à ces trois listes ne sont pas prises en compte dans ce système.

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Au cours du débat, l’intervenant reconnaît que publier dans une revue de rang international de haut niveau est un processus très lent, qui prend beaucoup de temps, forcément au détriment de la productivité du chercheur, qui va paradoxalement être jugée par cette publication…

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Rémi Barré souligne le risque à se concentrer sur le « ranking » des chercheurs. Il s’étonne de voir que c’est en sciences sociales, là où la bibliométrie peine à être utilisée, qu’un organisme de recherche est pro-actif et met en place une stratégie en matière d’indicateurs bibliométriques.

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Une expérience malheureuse de l’INRA est évoquée par Michel Zitt : les efforts trop importants pour améliorer le « ranking » des chercheurs dans ISI leur ont fait perdre de vue… l’agriculture !

S’assurer une visibilité internationale par la constitution de pôles scientifiques

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Une table ronde a conclu cette journée.

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Pour Emmanuel Jolivet (INRA), la manière dont on collabore avec l’extérieur est un moteur de l’attractivité scientifique. La visibilité se fonde non seulement sur les publications scientifiques, mais aussi sur les brevets, les thèses et les rapports faits pour les partenaires industriels.

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Pour Pierre Papon (ESPCI), il faut une valeur ajoutée à ce qui se passe dans les laboratoires, comme l’organisation de colloques, par exemple. Cependant, il semble difficile de mesurer la production d’un pôle scientifique : qu’on en prenne pour preuve l’échec de la cartographie des pôles d’excellence initiée par Philippe Busquin à la Commission européenne. Cet échec viendrait de problèmes de repérages institutionnels. Toutefois, l’idée d’apporter du quantitatif avec des indicateurs reste bonne, car cela aiderait les décideurs.

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Rémi Barré précise que ce qui est donné à voir par les indicateurs doit avoir une réalité sur le terrain. Les indicateurs ne peuvent pas artificiellement construire des cohérences par des normalisations bibliométriques. Ajoutons que les pôles sont soit des pôles géographiques, soit des réseaux. C’est la capacité de lancer une innovation commune qui les identifie.

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Bertrand Scache (Danone-Vitapole) lance l’idée qu’il faut de la communication en sciences élaborée sur la notion de « marque », c’est-à-dire sur la visibilité internationale non quantifiable (la réputation).

Propager la culture bibliométrique

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Qu’ils le veuillent ou non, a conclu Rémi Barré, les organismes de recherche seront, dans un avenir très proche, jugés et classés entre eux au moyen de la bibliométrie par leurs organismes de tutelle et par leurs éventuels partenaires. Ils ont donc tout intérêt à élaborer une stratégie de publication et de collaboration mettant en valeur leur production scientifique, ainsi qu’à mettre en œuvre leurs propres batteries d’indicateurs, en fonction de leurs objectifs et de leurs stratégies. La culture bibliométrique doit pour cela se propager parmi les chercheurs, principaux acteurs de la visibilité de leurs travaux.

Notes

[1]

Academic Ranking of World Universities, Université Jiao Tong de Shanghaï, 2003, <http:// ed. sjtu. edu. cn/ ranking. htm>

Résumé

Français

L’association Ile de Science, créée il y a une trentaine d’années, regroupe aujourd’hui vingt-cinq organismes franciliens d’origines diverses : universités, grandes écoles, organismes de recherche ou centres de recherche privés. Elle organise chaque année une manifestation sur le thème de la bibliothèque numérique, et a consacré son colloque du 10 mai 2004 à la bibliométrie et la scientométrie. Les outils de la bibliométrie, la façon de les utiliser, les critères à prendre en compte sont pour les chercheurs autant de sujets d’interrogations auxquels cette journée se proposait d’apporter des éléments de réponse.

Plan de l'article

  1. Une bibliométrie de positionnement stratégique
  2. Trois applications de la bibliométrie
  3. L’informatisation de la bibliométrie
  4. La bibliométrie au service de l’industrie
  5. Un système très directif d’évaluation de la productivité des chercheurs
  6. S’assurer une visibilité internationale par la constitution de pôles scientifiques
  7. Propager la culture bibliométrique

Pour citer cet article

Cailly Blandine, Goffi Elsa, « Colloque Ile de Science. Comment positionner une communauté scientifique : les enjeux de la bibliométrie», Documentaliste-Sciences de l'Information 3/2004 (Vol. 41) , p. 190-192
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2004-3-page-190.htm.
DOI : 10.3917/docsi.413.0190.


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