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Documentaliste-Sciences de l'Information

2004/3 (Vol. 41)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.413.0206
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Portails et collaboratoires pour la recherche et l’enseignement. Coordonné par Peter Stockinger ; avec la collaboration de Khaled Barouni, Hammou Fadili, Erol Giraudy, Stéphane Krompholtz, Francis Lemaître, Jean-Claude Thivolle. Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2003. – 250 p. – ISBN 2-7462-0766-4 : 60 €

Conception, techniques et enjeux des portails scientifiques

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« L’INNOVATION SCIENTIFIQUE ... PASSE, AUJOURD’HUI encore plus que par le passé, par le renforcement de la coopération interdisciplinaire, interinstitutionnelle et internationale », déclarent M. Aymard et J.-C. Thivolle, signataires de la préface. Cet ouvrage collectif, écrit à de nombreuses mains, en apporte un témoignage. « Il se veut pratique », annoncent les auteurs dans l’avant-propos en expliquant l’historique et les objectifs du projet E-MSH, portail de connaissances scientifiques, mené en partenariat par la Maison des sciences de l’homme et Microsoft-France. Ils en disent les enjeux pour le monde de l’enseignement et de la recherche. Cependant « la technologie de portail ne doit pas être réduite à l’image répandue de sites de «liens», c’est-à-dire à une sorte de catalogue ». Le portail doit offrir aux chercheurs un espace de travail. « Ici prend toute son importance la notion de «collaboratoire» ». C’est pour montrer l’intérêt de ce concept que ce livre, divisé en trois parties, a vu le jour.

« Le contexte du projet et ses enjeux méthodologiques »

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C’est d’abord « Le système d’information de la Maison des sciences de l’Homme » (p. 25-33) où le lecteur découvre, synthétisés sous forme de tableau, les principaux éléments d’information qui le composent ainsi que les schémas de son architecture globale. Passer d’un système d’information du type site web vers un système d’information de type portail nécessite d’écrire « Le scénario conceptuel » (p. 35-44), à un niveau global (missions institutionnelles, identité et caractéristiques d’un acteur global) comme aux niveaux locaux, pour identifier, spécifier les objectifs propres à chacune des « entités » qui le composent, ainsi que leurs interactions. L’étape suivante concerne « La démarche méthodologique » (p. 45-54) focalisée sur les objectifs du projet, ses principales phases et acquis méthodologiques. Il importe principalement de veiller à la conceptualisation des interfaces utilisateurs orientées contenu, à la gestion de l’interactivité utilisateurs avec des protocoles ouverts et normalisés ainsi qu’à la pertinence de la recherche et des moteurs de recherche. Il s’agit ici de MSSearch disponible dans le pack Sharepoint, solution technique à la base de ce projet. La question essentielle pour la réussite de ce dernier, et sur laquelle les auteurs reviennent à plusieurs reprises, repose sur l’« Implication et [le] suivi des utilisateurs » (p. 55-69). Il faut prendre en compte les éléments nécessaires dans la mise en place d’un agenda de projet de portail, étudier les principales formes d’aide dont disposent les utilisateurs, les modules de formation et d’assistance aux diverses technologies utilisées dans le projet qui leur sont destinés.

« Les projets pilotes »

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« Les centres et programmes de recherche » (chapitre 5, p. 73-86) et « Les séminaires de recherche » (chapitre 6, p. 87-99) font l’objet d’une information organisée de façon parallèle, s’interrogeant, soit pour la recherche soit pour la formation, sur les principaux acteurs impliqués dans ces actions, leurs systèmes d’information et sites web et leurs spécifications, ainsi que sur l’architecture et modèles de portail adaptés à leurs différents objectifs. Le chapitre 7 analyse un autre projet pilote : « La communication scientifique » (p. 101-118) qui porte sur les publications et les manifestations scientifiques à la MSH et décrit leur enregistrement et exploitation. Dans le même esprit, le chapitre 8 travaille sur « Les archives de recherche » (p. 119-132) et, à partir de l’exemple d’une archive scientifique de l’historien Charles Morazé, montre l’importance de cette documentation pour la recherche et la nécessité de la mettre à disposition de tous.

« Les solutions technologiques »

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Un premier chapitre en présente une vue synoptique (« Une vue d’ensemble des technologies utilisées », p. 135-142), quand les chapitres suivants en ont une approche détaillée, avec la description précise de la technologie retenue. Ce sont « Les technologies d’annuaire » (chapitre 10, p. 143-153) avec Microsoft Active Directory, « Les technologies de gestion de document » (chapitre 11, p. 155-175) et Sharepoint Portal Server. « Les technologies de gestion de contenu » (chapitre 12, p. 177-193) font référence à la solution Content Management Server (CMS) capable de gérer un grand nombre de sites web. « Les technologies de communication » (chapitre 13, p. 195-204) décrivent Microsoft Exchange Server choisi pour offrir aux chercheurs la possibilité de collaborer sur des espaces de discussion mis à leur disposition. « Les technologies de la sécurité du réseau » (chapitre 14, p. 205-222) ouvrent sur « la partie la plus complexe à mettre en œuvre dans ce type de projet ». Les auteurs en présentent les points essentiels à partir de Microsoft Internet Security And Acceleration. « Les technologies «Web services» », principaux blocs de construction de l’informatique distribuée sur Internet, font l’objet du très court chapitre 15 (p. 223-225). « Les technologies de l’administration du réseau », qui décrit la console de management MMC, constitue le dernier chapitre de ce complet cahier des charges, clôturé par un index et une brève bibliographie dont la pertinence scientifique reste à vérifier. La référence à un Que sais-je ?, d’un niveau élémentaire, sur les Techniques documentaires ou à une étude sur le document audiovisuel, assez éloignée du sujet, en sont des exemples.

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Par ailleurs, le lecteur déplorera quelques défauts dans la construction physique du document. Ainsi, l’avant-propos annonce quatre parties. En fait, la quatrième partie est fusionnée dans la première. La présentation de la partie 2 oublie le chapitre 8 et attribue aux autres chapitres des intitulés qui ne leur correspondent pas.

Prendre en compte des enjeux cognitifs et conceptuels

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Cependant, cette étude collective dans laquelle chacun apporte sa pierre pour la construction d’un portail collaboratif intéressera non seulement les concepteurs d’un portail – ingénieur, informaticien ou professionnel de l’information –, mais surtout tous les utilisateurs réels ou potentiels d’un portail. Le cas de figure de la MSH, minutieusement présenté dans cet ouvrage, peut leur servir de modèle. Il leur permet de comprendre également la complexité de cette solution. Mais surtout cette étude attire leur attention sur l’importance de l’utilisateur final et de l’humain en général.

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Ainsi en conclusion, les auteurs, sans sous-estimer l’importance des données techniques, insistent sur la nécessité de prendre en compte des enjeux cognitifs et conceptuels, incontournables dans la définition et la scénarisation d’une application ou d’un service particulier. « Par ailleurs, une application ou un service concret ne se justifie que par l’intérêt et l’utilité que celui-ci représente pour un utilisateur… Or, nous avons pu constater que l’implication des utilisateurs dans un projet portail est loin d’être évidente ». Il faut pourtant, insistent les auteurs, avanttoute entreprise « se positionner face à ces deux grands problèmes qui, il faut bien l’avouer, peuvent faire échouer un projet de portail même si celui-ci bénéficie de la meilleure technologie ». Le professionnel de l’information qui, depuis toujours, se préoccupe de l’usager et de l’usage de l’information, ne peut que se réjouir de cet humanisme retrouvé à l’occasion d’une application collaborative qui repose sur un environnement essentiellement technique.

Le nouveau monde numérique : le cas des revues universitaires. Guylaine Beaudry et Gérard Boismenu. Paris : La Découverte, 2002. – 178 p. – (Recherches). – ISBN 2-7071-3893-2 : 16 €

Un examen approfondi des problèmes posés par le passage du papier au numérique

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SEGMENT ESSENTIEL DE LA DOCUMENTATION UNIVERSITAIRE, les revues font leur entrée dans le monde numérique. Les conditions de ce passage se posent en termes conceptuels, économiques, techniques et organisationnels. Leur étude est l’objet de ce travail dont les auteurs sont préoccupés à la fois par les revues couvrant le domaine des sciences humaines et sociales et par la défense de l’édition francophone.

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Dans l’introduction, Guylaine Beaudry et Gérard Boismenu exposent l’historique et les problématiques de leur étude. « La transition au numérique, prévoient-ils, sera assurée lorsque, avec ou sans version imprimée conventionnelle en parallèle, la version numérique du texte sera considérée première, et conçue comme telle, et non plus comme une simple vitrine numérique d’un document imprimé, écrit en intériorisant les contraintes du papier ». Par ailleurs, il importe de souligner que la notion de revue est une notion imprécise, qui recouvre des réalités différentes selon les communautés scientifiques. C’est pourquoi il faut, dans un premier temps, les caractériser.

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Tel est le but du premier chapitre, « Les revues : champs, acteurs et pratiques » (p. 21-50), qui débouche sur un constat : la moitié des revues dominantes sont contrôlées par des éditeurs sans but lucratif. Ces derniers jouent un rôle déterminant à l’échelle internationale comme nationale, avec des pratiques commerciales originales, un impact et une visibilité significatifs pour le lectorat visé. Or, le passage au numérique a fait entrevoir à certains une plus grande facilité dans le domaine de l’édition comme dans celui de la diffusion de ces revues. Le chapitre 2, « L’édition à l’ère du numérique » (p. 51-70), s’applique à pondérer cette perception. « La méconnaissance du rôle de l’éditeur contribue souvent à en sous-estimer l’importance », rappellent les auteurs. Le processus d’édition, en effet, fait intervenir divers acteurs, responsables de tâches complémentaires à réaliser en fonction d’un produit final. C’est ce processus qu’il faut circonscrire à l’ère du numérique en déterminant les nouveaux enjeux de l’édition, principalement en ce qui concerne les coûts mais aussi la diffusion.

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Car être disponible sur le réseau Internet ne signifie pas pour autant être diffusé. Cela demande une stratégie de diffusion et la mobilisation de compétences nouvelles complexes, qui font l’objet du chapitre 3, « La diffusion et l’enjeu de la gratuité » (p. 71-103). Cela concerne l’accessibilité et l’ergonomie du site, les formats de diffusion et les services offerts, les actions stratégiques de positionnement dans le web. La question principale : « L’accès : c’est gratuit ou tarifé ? » fait ici l’objet d’un long développement pertinent, contrecarrant un certain nombre d’idées reçues. Car « la gratuité a un coût », constatent les auteurs qui plaident pour la mise en place d’un modèle économique réaliste. Par ailleurs, le défi du numérique consiste à s’approprier les technologies de l’information pour les mettre au service de la communication scientifique. Connaître les différents modèles d’édition numérique, leurs avantages et inconvénients respectifs est impérativement indispensable pour orienter les choix et permettre une transition avisée entre l’univers du papier et celui du numérique.

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C’est dans cet objectif que Guylaine Beaudry et Gérard Boismenu décrivent, dans le quatrième chapitre, les « Perspectives techniques et organisationnelles » (p. 105-128). Les contraintes ne tiennent pas seulement aux compétences de l’environnement technologique ou aux ressources disponibles. Elles relèvent aussi du processus d’appropriation sociale des innovations. Le chapitre 5, « Action des revues face à la numérisation » (p. 129-159), montre que le processus d’édition numérique ne peut être réduit à la seule dimension technique. Il importe de mettre en relief les dimensions sociales sous-jacentes. À travers des expériences vécues par différents éditeurs, les auteurs montrent que cela concerne les délais, la quête de légitimité, le processus d’appropriation, les conditions organisationnelles du changement actuellement caractérisées par la « dispersion et le morcellement, alors que l’ère actuelle favorise des pratiques pensées en termes de réseaux ». C’est sur cette problématique des réseaux, qui repose sur un radical changement de mentalité et sur un nouveau mode de travail en équipe, que se clôt cette étude.

Un propos allant bien au-delà de la seule édition universitaire

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Excellente synthèse des préoccupations économiques, techniques, humaines et sociales liées au défi du numérique, ce travail s’adresse à un large public. Ce sont d’abord les universitaires, enseignants, chercheurs ou étudiants, éditeurs mais aussi principalement utilisateurs de revues savantes. Ce sont aussi les acteurs du monde de l’édition commerciale ou non universitaire, les journalistes intéressés par les problématiques générales de l’édition numérique. Car ce livre fait le point de façon exhaustive, dans un style concis et clair et en s’appuyant sur des exemples concrets, des questions que soulève ce « nouveau monde numérique ».

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Il n’ouvre pas sur le « facile » : « Le charme de l’aventurisme s’épuise rapidement à la lumière des déconvenues découlant d’appréciations irréalistes ou approximatives des dimensions techniques et sociales des mutations dans les mondes de production et de diffusion des revues », rappellent Guylaine Beaudry et Gérard Boismenu qui, tout au long de l’ouvrage, apportent les informations nécessaires pour souligner l’intérêt mais aussi la complexité et les inconnues de cette transition du papier au numérique. Ils invitent ainsi à la réflexion et réjouissent l’humaniste en plaçant constamment l’homme au cœur de leurs préoccupations. « A tout événement, rappellent-ils notamment, ce n’est pas parce que l’on gagne en «vitesse de machines» que pour autant «la lenteur et la fragilité des facultés humaines» se mettent au pas et se conforment à ce qui est techniquement possible ».

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Dans ce nouveau monde numérique, comme l’expliquait Platon, c’est encore l’homme qui « conduit son char ». De nombreux technocrates ne devraient pas l’oublier.

La numérisation des textes et des images : techniques et réalisations : actes des journées d’étude organisées à la Maison de la Recherche les 16 et 17 janvier 2003. Textes réunis par Isabelle Westeel et Martine Aubry ; coordination Conseil scientifique de l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3. Lille : Éditions du Conseil scientifique de l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3, 2003. – 190 p. – (Coll. UL3 Travaux et Recherches). – ISBN 2-84467-050-4 : 17 €

Une série de témoignages sur la numérisation du patrimoine culturel

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LA NUMERISATION DU PATRIMOINE CULTUREL poursuit un triple objectif : une meilleure conservation, sa mise en valeur et son accessibilité à tous. Mais « la numérisation, déclare J.-P. Chadourne dans la préface, pose aux chercheurs et aux professionnels de la documentation autant de questions que celles auxquelles elle était censée répondre quand elle est apparue dans nos établissements ». C’est pour débattre de ces questions que les chercheurs présents aux journées de travail organisées par l’Université de Lille analysent tour à tour leurs expérimentations, communiquent leur savoir ou échangent leur savoir-faire. « Technique, concret et pratique ; c’est ainsi que ce colloque sur la numérisation a été voulu » informent Isabelle Westeel et Martine Aubry, dans leur introduction. Promesse tenue par les dix-sept auteurs ou groupes d’auteurs : chercheurs, enseignants, informaticiens, professionnels de l’information engagés dans l’aventure de la numérisation, qui apportent ici leurs témoignages sur le traitement de documents très divers : textes, images, sceaux, musiques, archives, conservés dans des bibliothèques, des services d’archives, des instituts ou centres de recherche, et dans différentes villes de France.

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Cette étude s’adressant à des professionnels avertis, c’est-à-dire déjà informés des techniques de numérisation, nous avons choisi d’en faire une analyse horizontale pointant sur les problématiques émergentes, les constats semblables, les interrogations communes plutôt que d’en proposer une lecture et une présentation linéaires.

Aspects techniques et diversité des expérimentations

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Le premier point porte ainsi sur les questions techniques. Normes, formats, structuration des données ou modes de traitement, mise en ligne et accès aux documents numérisés, etc., sont systématiquement abordés dans toutes les contributions que réunit ce document. Ces dernières sont développées de façon très théorique. D’autres auteurs abordent la question technique à l’occasion de la présentation d’une expérimentation sur le terrain. E. Fernandez propose une leçon sur « Les techniques de numérisation ». M. Sévigny s’interroge sur « La numérisation dans un système d’information. Harmoniser la variabilité ? », M. Bottin explicite la norme « Biblioml : une application XML pour les données bibliographiques et d’autorités, compatibles avec le format (uni)marc ». C’est également cette norme qu’utilise la bibliothèque d’histoire régionale mise en place par le Service commun de documentation de l’Université de Lille 3 dans le cadre de son projet Nordnum, présenté par M. Sévigny (« Nordnum : rapport technique »). « L’EAD, la description archivistique encodée » est expliquée par F. Queyroux. Un groupe de chercheurs de l’Insa parle de l’optical character recognition pour « La reconnaissance dans les images numérisées : OCR et transcription, reconnaissance des structures fonctionnelles et des méta-données » quand M. Vial expose les conditions de création d’un cédérom : « Le CdRom «Cantor et Musicus». Mise en valeur du fonds de manuscrits de la bibliothèque interuniversitaire de Montpellier : les leçons d’une expérience ».

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Un second point commun émerge de la lecture de ces communications. Il concerne la richesse et la diversité des expérimentations entreprises par des organismes différents (bibliothèques, services d’archives, centres de recherche, etc.) portant sur des types de documents et des thèmes eux-mêmes très divers. Les chantiers concernent la numérisation de textes aux formats hétérogènes. C’est le cas du Conservatoire national des arts et métiers avec des documents portant sur l’histoire des techniques. Il s’agit également de textes manuscrits, d’éditions rares de textes médicaux anciens, de musique, d’images ou encore de sceaux et même de formules mathématiques.

Avantages de la numérisation et de la coordination des travaux

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Par ailleurs, les auteurs de ces textes se rejoignent pour dire l’intérêt et les incontestables avantages de la numérisation du patrimoine culturel. Ceux-ci concernent la conservation de documents, parfois en péril, fragilisés par le temps qui passe. Ils concernent également leur mise en valeur. Qui connaît, à part quelques initiés et avant leur numérisation, la richesse de fonds documentaires conservés par des bibliothèques, des services d’archives, etc. rendus matériellement inaccessibles ? L’accès à des documents uniques ou fragiles, multipliés grâce à leur numérisation, constitue ainsi un des plus grands avantages de cette technique en permettant la consultation par tous de fonds oubliés ou connus d’un trop petit nombre, faute d’accès. La mise à disposition de tous ouvre ainsi sur des perspectives nouvelles dans le domaine de la recherche comme dans ceux de la pédagogie ou de l’information à des publics diversifiés. Tous les auteurs sont d’accord sur l’importance de cet avantage mais surtout sur la nécessité de centrer leurs actions sur l’utilisateur final. Ils l’expriment de façon très claire ; « Nous travaillons pour des lecteurs plutôt que pour des navigateurs », affirme D. Taurisson à propos du Journal de Corberon.

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Enfin tous les chercheurs s’accordent pour dire l’impérative nécessité de travailler ensemble, de coordonner leurs efforts. C’est vrai pour la mise en commun de compétences professionnelles complémentaires. « Nous voudrions souligner l’utilité d’un partenariat entre bibliothécaires, informaticiens et historiens des techniques », déclare le groupe du CNAM. « L’EAD est donc née dans une communauté professionnelle étendue, habituée au travail en commun, soucieuse de communiquer ses ressources à l’extérieur », confirme F. Queyroux. Chacun garde sa place et sa spécificité. Ainsi, à propos de l’archiviste, V. Doom témoigne : « On ne lui demande pas d’être un technicien mais de travailler en partenariat avec ceux qui […] détiennent les clés ».

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C’est vrai également à l’échelle institutionnelle. Nombreux sont les auteurs qui déplorent la dispersion des initiatives et approuvent la création de réseaux, tel que « Le réseau iim@ doc :vers une interface commune sur les banques d’images en sciences humaines et sociales » présenté par F. Vidal, ou l’évolution de Nordnum vers la constitution d’un portail en histoire régionale créé avec diverses institutions locales, annoncée par I. Westeel.

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« La conjugaison de nos efforts pour partager nos moyens documentaires, nos ressources techniques et humaines dans les projets de numérisation sera un atout de taille pour réussir » insistent en conclusion I. Westeel et A.-M. Thummel.

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Cette étude technique s’adresse en priorité, comme nous l’avons déjà dit, à des acteurs déjà engagés sur la route de la numérisation d’un patrimoine documentaire. Elle leur permet de faire connaissance avec d’autres acteurs, actifs dans d’autres environnements de numérisation semblables ou complémentaires au leur, d’engager un dialogue, de prendre la mesure d’autres perspectives. Cette étude intéresse, également, le professionnel de l’information sur le point de s’engager sur cette route, en lui précisant son rôle et sa complémentarité avec les acteurs présents dans ce chantier, constamment rappelés dans l’ouvrage.

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Cependant, même si la numérisation n’est pas encore envisagée dans son environnement, le professionnel de l’information devra faire l’effort de lire cette étude. Elle deviendra pour lui un parfait outil de veille sur cette question. Les nombreuses illustrations présentes dans les différents textes ou données en annexe lui en faciliteront la lecture et lui donneront certainement le désir d’avancer sur cette route.

Droit d’auteur et numérique. Dossier coordonné par Joëlle Farchy et Alain Rallet. Paris : France Télécom RαD : Hermès Science Publications, 2002. – 215 p; Numéro de : Réseaux, ISSN 0751-7971, 2001, vol. 19, n° 110. – ISBN 2-7462-0429-0 : 27 €

Le droit d’auteur est-il condamné par le numérique ?

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CE SONT HUIT CONTRIBUTIONS D’UNIVERSITAIRES appartenant à divers pays européens qui sont présentées dans cet ouvrage. Le droit d’auteur déterminant le mode de répartition des valeurs entre les différents acteurs de l’industrie culturelle et étant à ce titre « au centre des conflits », il leur avait été demandé de faire part de leurs réflexions sur sa place dans l’environnement numérique.

Le droit d’auteur serait désuet

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Dans sa première remarque, Joëlle Farchy souligne que chaque innovation technique a été accompagnée d’une contestation et d’une extension du droit d’auteur. Néanmoins si la question du droit est centrale pour le développement des industries du contenu et si celui-ci a des répercussions sur la société, on note aussi l’absence d’intérêt des économistes français pour ce sujet, les effets sociaux du droit d’auteur n’étant pas, contrairement à ce qui se passe dans les pays anglo-saxons, un point mis en exergue dans notre droit.

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Si le droit d’auteur est effectivement une construction historique et sociale, force est de constater aussi que les fondements économiques sur lesquels il s’appuyait ont profondément évolué. Et si l’histoire démontre que le comportement du consommateur n’a jamais changé, la technologie a amplifié les retombées du droit d’auteur. En outre, si celui-ci protège davantage les producteurs et les intermédiaires à qui les créateurs ont cédé leurs droits, les investisseurs sont plus que jamais poussés à obtenir un monopole sur les droits afin de maximiser leurs rentes. C’est pourquoi leur légitimité est de plus en plus contestée au point que certains affirment que le droit d’auteur est désormais un archaïsme dans la société de l’information.

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C’est ce point qui est examiné dans une deuxième partie où il est expliqué que la notion d’auteur est de plus en plus floue et constaté qu’une œuvre fait l’objet, dans cet environnement, de multiples réutilisations incitant la création de différentes formes de contrats comme le copyleft qui utilise la notion d’auteur de manière différente de celle qui est instaurée dans le Code de la propriété intellectuelle.

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Mais quelles alternatives au droit d’auteur adopter alors que les appropriations indirectes sont limitées, que le simple droit à rémunération par une licence légale est considéré par certains comme insuffisant et que les protections techniques qui se substituent au contrat mais qui impliquent aussi une discrimination par les prix sont coûteuses à mettre en œuvre et ne peuvent pas être généralisées à l’ensemble des œuvres ?

Le droit d’auteur n’est plus romantique

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On parle désormais bien plus souvent, en effet, d’investissements et de consommations, ce qui conduirait à envisager une réforme visant à le transformer en copyright, voire à lui substituer le droit des techniques et droit des contrats. En fait, poursuit Pierre Sirinelli, le droit d’auteur français a prouvé qu’il pouvait s’adapter aux contextes les plus variés et une réforme de ce droit risque de devenir rapidement obsolète. En outre la logique des pays consommateurs n’est pas celle des pays producteurs d’œuvres. Quant aux textes internationaux sur lesquels se fondent les réformes, ce ne sont que des compromis entre des traditions et des groupes de pression très divers. La gageure consiste à rassurer les investisseurs sans sacrifier les ayants droit, ce qui implique qu’il faille veiller à faciliter les utilisations licites et à lutter efficacement contre les pertes dues à certaines utilisations. Il convient alors de faciliter l’acquisition des droits grâce à un marquage des œuvres, à la création de guichets d’acquisition des droits, et de clarifier certaines situations comme les limitations au droit exclusif des auteurs. C’est ce que fait la directive sur le droit d’auteur qui instaure une « liberté encadrée » en limitant le nombre d’exceptions autorisées et une « liberté surveillée » par l’application du test des trois étapes.

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On notera que si cet exposé laisse fort peu de place aux usagers des œuvres, il se conclut par l’affirmation qu’« il ne faudrait pas que le droit d’auteur soit considéré comme un impôt ou une taxe » car « trop de droit d’auteur tue le droit d’auteur ». Nous y souscrivons.

Le droit d’auteur n’est plus sympathique

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Le droit d’auteur est devenu « un moyen de contrôle du domaine public intellectuel » effectué par quelques « conglomérats culturels » dont les moyens de contrôle et de sanction par la technique et le droit sont de plus en plus développés. Mais si nous sommes aujourd’hui inondés de produits protégés par le droit de la propriété intellectuelle, l’offre intellectuelle est paradoxalement de plus en plus pauvre. Joost Smiers rappelle que « l’originalité absolue » n’a jamais existé, les œuvres s’étant toujours inspirées des œuvres précédentes ; que le concept d’auteur est relativement récent et que celui-ci, en outre, est de plus en plus souvent aujourd’hui fabriqué pour devenir « un produit culturel ». Or « l’héritage du passé et du présent doit à nouveau faire partie du domaine public » pour « être utilisé collectivement et servir d’inspiration pour des créations futures », et le droit moral doit permettre l’intégrité artistique et scientifique et non geler la création artistique en interdisant toute adaptation. Au lieu de recourir au juge, il convient d’utiliser son sens critique pour « stigmatiser » une œuvre sans originalité et seul un vol caractérisé, soit une copie sans aucune valeur ajoutée, doit être sanctionné par un juge. Puisque, paradoxalement, un artiste sans droit d’auteur pourrait avoir une position plus confortable, Joost Smiers prône son abolition ainsi que la création d’un fonds alimenté par un impôt sur le chiffre d’affaires de toutes les entreprises utilisant des œuvres sans tenir compte du degré d’utilisation de celles-ci, comme c’est le cas actuellement. Le paiement direct aux auteurs, rendu possible par les réseaux informatiques, permettrait de briser « les pouvoirs monopolistiques des industries culturelles » et de créer un système plus favorable aux intérêts financiers des artistes et à la diversité culturelle.

Le droit d’auteur est en danger

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Napster, la directive sur les brevets ou les brevets sur les méthodes commerciales sont des symboles de l’évolution du rôle de la propriété intellectuelle dans l’environnement numérique. Celle-ci est-elle effectivement susceptible de créer des « enclosures intellectuelles », soit des goulots d’étrangement sur l’innovation par la privatisation des bases de connaissance ? Pour étudier son impact sur l’innovation, le logiciel est pris pour exemple par Béatrice Dumont et Peter Holmes.

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Dans une première partie ils démontrent que le droit d’auteur est détourné vers de nouvelles relations contractuelles et que l’on assiste, sous la pression qui vise à augmenter les rentes économiques, à une nouvelle « tragédie des Commons ». Ils soulignent ensuite que le droit d’auteur pourrait disparaître en Europe au profit d’autres formes de protection comme le droit des brevets dans le domaine du logiciel, à l’image de ce qui est déjà mis en œuvre aux États-Unis, afin de pouvoir rivaliser à armes égales avec ce pays. Dans une troisième partie, ils tentent de définir les moyens permettant de remédier aux excès de ces deux régimes de protection que représentent le droit d’auteur et le droit des brevets.

Quelle place pour les sociétés de droit d’auteur ?

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Après avoir rappelé qu’il existe quatre formes de gestion de droit d’auteur, Fabrice Rochelandet met l’accent sur l’une d’entre elles, la gestion collective qui représente une solution intermédiaire entre la gestion individuelle recourant au contrat et à la technique et la licence légale. C’est le degré de performance des diverses sociétés chargées de collecter et de distribuer des droits qui a été évalué. Il importait, dans un premier temps, de rappeler leur spécificité, dont bien des aspects sont expliqués par des raisons historiques, puis de donner des précisions sur la construction des dix ratios qui ont été utilisés. Ces différents critères ont été appliqués, dans un premier temps, à des sociétés de gestion collective gérant différents types de droits d’auteur ou de droits voisins en France, soit dans un environnement institutionnel très homogène, puis à des sociétés gérant les mêmes types de droits, en l’occurrence ceux qui sont liés à l’utilisation des œuvres musicales, mais dans des pays qui disposent de systèmes institutionnels plus ou moins contraignants. L’auteur a pu démontrer que le degré d’efficacité des sociétés de gestion collective, aux niveaux français et international, est étroitement lié au pouvoir de leurs adhérents sur les dirigeants. L’analyse de l’impact des contraintes institutionnelles, plus délicat à établir, a permis de démontrer que lorsque le contrôle externe était moindre, les performances étaient moins élevées.

Le délicat rapport de la technologie et du droit d’auteur

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Les technologies qui permettent de concentrer les informations donnent également la possibilité de déstabiliser le système, comme l’a prouvé Napster dont le procès serait le symbole de la confrontation entre la technologie du passé et celle de l’avenir. Giovanni B. Ramello rappelle que la concentration industrielle permet des profits supplémentaires importants et que si l’une des solutions préconisées est le contrôle technique, celui-ci implique aussi l’invasion de la vie privée, des efforts pour privatiser la connaissance et des droits plus élevés pour s’approprier les bénéfices des nouvelles connaissances. Or, avec les nouvelles technologies, les utilisateurs deviennent des acteurs qui acquièrent une position centrale qu’ils avaient perdue, mettant ainsi en évidence une nouvelle dynamique sociale et des paradigmes institutionnels devenus obsolètes.

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Si l’affaire Napster, dont tous les détails sont rappelés, est proche d’autres procès liés à des innovations technologiques dans le domaine de l’information, elle présente des aspects nouveaux. Si les utilisateurs adoptent toujours les mêmes comportements, les impacts de ceux-ci sont effectivement démultipliés. En fait, l’explication se trouverait dans l’offre de contenus et dans l’interconnexion désormais étroite entre les technologies d’enregistrement et les technologies de transmission-communication.

Le droit d’auteur ne répond plus à un seul modèle

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Le copyleft ou « gauche d’auteur » correspond à une nouvelle approche de la propriété intellectuelle qui permet de faire contrepoids au renforcement des droits d’auteur en proposant un système juridique qui favorise la diffusion des contenus. Dans cette courte contribution, David Géraud présente les règles de ce système qui est né dans le monde informatique et qui peut être adopté par tous ceux qui participent à la création d’une œuvre, quelle que soit sa nature.

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Mais ces pratiques vont à l’encontre du secteur de la création, surtout dans le domaine musical et parce que l’application pure et simple à d’autres œuvres de systèmes conçus pour le logiciel ne fonctionne pas parfaitement. Finalement, ce sont plusieurs régimes qui ont été conçus pour être appliqués à différentes œuvres. En outre, leur utilisation au niveau international et l’évolution du droit rendent la rédaction de telles licences particulièrement délicate. Le copyleft représente-t-il un modèle commercial ? Voilà une question non résolue.

Une approche philosophique du droit de la communication

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Très différente des précédentes, cette contribution prend encore plus de recul lorsqu’elle met en exergue, par une analyse très philosophique, les aspects politiques dans les problèmes juridiques rencontrés dans l’environnement numérique. Elle tente d’apporter des solutions en préconisant « d’établir un droit de la communication […] susceptible de contester la validité des normes et de les revoir sans entraîner d’injustice sociale ou de désintégration sociale ». Ce concept doit tenir compte des problèmes techniques de la communication et du droit positif de la communication ainsi que des enjeux liés au droit public et à la liberté publique.

Le management de l’information dans l’entreprise : vers une vision systémique. Christiane Volant. Paris : ADBS Éditions, 2002. – 106 p. – (Coll. Sciences de l’information. Série Études et techniques, ISSN 1160-2376). – ISBN 2-84365-063-1 : 21 €

Une méthode de conception et de management pour un système d’information spécifique aux organisations

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FRUIT D’UNE REFLEXION THEORIQUE ET D’UNE PRATIQUE, écrite par une professionnelle de l’information au parcours riche et qui depuis longtemps approfondit dans ses écrits une conception systémique du management de l’information, cette étude poursuit l’objectif d’« inciter à porter sur la fonction information-documentation un regard non technique ». Visant à sensibiliser un public de professionnels de l’information et d’étudiants, ce livre suit un cheminement en spirale qui ouvre sur sept chapitres d’inégales longueurs.

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« La méthode systémique », objet du chapitre 1 (p. 7-16), est exposée à partir des définitions données, par différents spécialistes, des concepts opérationnels de cette méthode. S’y ajoute un exposé très bref et très abstrait sur les différents courants : la pensée systémique et le constructivisme. Le chapitre 2, « L’entreprise «système» et la complexité » (p. 17-21), informe le lecteur, de façon tout aussi abstraite, sur les fondements théoriques qui se dégagent dans les sciences de gestion et qui sous-tendent le management des entreprises dans la complexité. Cela permet de comprendre que la modélisation de l’entreprise perçue comme un système est effectuée à l’aide « des trois agrégats de base d’un système : système de décision, système d’information, système opérant ».

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C’est « Le système d’information (SI) » qui fait l’objet du chapitre 3 (p. 23-32). Il offre l’occasion à l’auteure de dénoncer la confusion, trop fréquente, entre système informatique et système d’information, de présenter les acteurs du système d’information, les freins à la synergie de leurs actions au sein de ce système. Cela conduit Christiane Volant à poser les conditions et les principes facilitateurs d’une dynamique fonctionnelle. La spirale d’évolution organisationnelle est présentée à partir d’un schéma en sept « commandements » : motiver à la nécessité de s’informer, former à une méthodologie, lutter contre la rétention d’information, responsabiliser et associer la dynamique individuelle et collective, enrichir l’organisation, organiser le système d’information révisable et, enfin, maintenir l’énergie.

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Dans ce processus, le sous-système du système d’information, « Le système Information-Documentation (SID) », joue un rôle moteur essentiel et spécifique décrit dans le chapitre 4 (p. 33-48). Ce sous-système concerne de multiples acteurs témoins, suivant les entreprises, de pratiques documentaires différenciées à réconcilier autour d’une étude systémique de la fonction documentaire. Cela amène l’auteure à présenter une modélisation d’un système Information-Documentation type, concrétisée dans un schéma composé de trois cercles en interaction : la finalité du SID, son environnement (ce dernier, très complexe, fait lui-même l’objet d’un schéma explicitant ses principales composantes) et, enfin, ses fonctions, son organisation et son évolution.

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Dans le bouleversement managérial actuel, l’étude de « L’évolution du SID » (chapitre 5, p. 49-58) prend une dimension importante car les nombreux facteurs d’évolution conduisent ce système vers de nouveaux rôles et de nouvelles organisations. Car l’entreprise a besoin d’un ensemble d’informations spécifiques en lien avec son activité, ce qui nécessite la création d’un « Système d’information spécifique pour l’entreprise (SISE) » (chapitre 6, p. 59-68). Cette forme évoluée et élargie du SID comprend, outre l’information scientifique et technique ou professionnelle, d’autres types d’informations d’origines variées, de natures diverses et sur de multiples supports. La modélisation du SISE reprend, mais dans une autre perspective, les composantes du SID exposées dans le chapitre 4. Cette modélisation est également synthétisée dans un schéma récapitulatif.

Le nécessaire passage d’une vision structure à une vision système

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Enfin, dans un chapitre final très développé, l’auteure invite son lecteur à l’accompagner dans la « Conception et [le] management du SISE » (p. 69-89). Après un très bref exposé des principes de conception de ce système, l’auteure en détaille la méthode. Celle-ci repose tout d’abord sur l’examen des problèmes concernant l’information rencontrés par l’entreprise, elle-même analysée à partir de nombreuses facettes (son histoire, sa finalité, ses styles de management, etc.). Suivent les conditions d’application de la méthode et un aperçu de l’opération stratégique du management du SISE.

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« Le questionnement des professionnels, exprimé dans le cadre de récentes journées d’étude sur les changements des structures documentaires, illustre la nécessité d’un passage d’une vision structure à une vision système », écrit en conclusion Christiane Volant. De nombreux professionnels de l’information sont conscients des transformations profondes qui concernent leur métier. Ils sont conscients également de la nécessité de s’y adapter. Bien des thèmes développés ici peuvent les aider à faire le point sur ces mutations, à en mesurer la complexité.

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Cependant, le lecteur ne sort pas forcément convaincu que la vision systémique décrite ici représente la meilleure route à suivre. Il achève la lecture de cet ouvrage avec l’impression d’avoir endossé la personnalité de monsieur Jourdain : cela ne fait-il pas bien longtemps que le professionnel de l’information travaille dans un environnement système (la notion de chaîne documentaire en étant une illustration) ? Pour le convaincre, l’auteure aurait peut-être dû mettre davantage en évidence l’originalité de la méthode systémique appliquée à la documentation, par rapport aux acquis assimilés depuis longtemps dans la profession. Et, malgré le titre donné à cet ouvrage, ses apports sur la systémique proprement dite ne nous ont pas semblé assez développés pour permettre au non-initié d’entrer dans cemonde complexe. La pensée systémique et le constructivisme sont, par exemple, développés dans l’espace de trois pages (p. 13-16).

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Le texte est d’ailleurs découpé en chapitres très inégaux (5 pages pour le deuxième, 21 pour le septième) et, à l’intérieur des chapitres, la structuration du propos en de toutes petites parties ou, au contraire, en de plus longs développements, donne l’impression d’un déséquilibre dans le traitement des sujets. Cette impression provient aussi de la construction même de cette étude. Dans les deux premiers chapitres, l’auteure propose la lecture de définitions ou d’informations très abstraites. N’eût-il pas été préférable de les expliciter à partir de l’examen du SI ou du SID, c’est-à-dire lorsque le besoin de définir devenait nécessaire ? Par ailleurs, le chapitre 4, qui présente le système Information-Documentation « classique », aurait pu être rapproché du chapitre 6 qui présente le SISE à partir des mêmes concepts de finalité, d’environnement, de fonctions… Ces deux chapitres auraient surtout mérité d’être complétés par une analyse comparative. Ainsi, les schémas synthétisant ces systèmes (p. 40 pour le SID et p. 68 pour le SISE) n’apparaissent pas, dans une première approche, fondamentalement différents : leur comparaison, mettant en relief leurs différences essentielles et donc l’apport spécifique de la systémique à la documentation, eût été bienvenue.

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Ces réserves ne doivent cependant pas faire perdre de vue l’approche profondément créatrice qui est à l’origine de cette étude. Celle-ci devrait permettre à l’étudiant en science de l’information de préciser les fonctions du système information-documentation dans l’entreprise. À l’enseignant, elle offre la possibilité d’enrichir ses cours, en particulier par l’utilisation de schémas complexes mais remplis de potentialités d’exploitation pédagogique. Au professionnel de l’information-documentation, Christiane Volant ouvre une fenêtre pour analyser son métier dans un paysage original et encore peu connu en France.

Entre marketing et management : la communication interne. Jean-Pierre Béal et Pierre-André Lestocart ; préface de Philippe Bloch et Ralph Hababou. Paris : Les Éditions Démos, 2003. – 189 p. – (coll. Communication). – ISBN 2-910157-81-4 : 25 €

La communication interne, c’est un métier !

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MARKETING, MANAGEMENT, COMMUNICATION SONT des thèmes très courus actuellement : le nombre d’ouvrages publiés sur ces sujets est très important et il est difficile de discerner les « bons » des autres. Cette publication des Éditions Démos vient donc s’ajouter aux autres : en quoi s’en distingue-t-elle ? Les auteurs, J.-P. Béal et P.-A. Lestocart, bénéficient d’une expérience dans les domaines de la formation et de la communication qui apparaît comme diversifiée et intéressante. Leur ouvrage est le fruit de cette expérience et se veut avant tout pratique et d’utilisation quotidienne pour répondre aux besoins concrets qui se posent dans les entreprises en matière de communication interne.

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Qui ne s’est pas trouvé confronté, au sein de l’entreprise où il travaille, à des problèmes de communication, avec ses collaborateurs, sa hiérarchie, etc. ? Aujourd’hui, de nombreuses évolutions se font jour auxquelles tout un chacun doit faire face à son poste de travail : évolutions technologiques, économiques, psychologiques, sociales qui influent directement sur la communication et les rapports interpersonnels. Pour le chargé de communication interne (ce cas de figure s’adapte également à un service de documentation), un certain nombre d’actions peuvent être conduites : écouter, produire et distribuer de l’information, animer, conseiller, planifier et coordonner. Il est important également de considérer la place occupée par la communication interne dans l’organigramme de l’entreprise et son rôle transversal, différents selon la taille de celle-ci.

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Les auteurs passent en revue un grand nombre de moyens utilisés par la communication interne : l’écoute avec les différents contacts personnels possibles, les baromètres, les enquêtes ; la réunion, son organisation, l’interview de groupe, les salons, les expositions internes, les séminaires d’échanges, la réunion téléphonique ; la convention ou le séminaire, leur conception et les outils employés ; le journal interne afin d’écouter et de fidéliser le lectorat ; les supports papier (affiches, plaquettes, brochures, etc.) ; la communication électronique (par courriel, lettre d’information, intranet) ; la vidéo.

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Un chapitre entier est consacré à la manière de bâtir un plan de communication avec l’établissement d’un diagnostic, la définition des axes de développement, les dispositifs, les actions et les supports à mettre en œuvre. Le projet de communication pourra alors être élaboré. Il faut, bien sûr, communiquer sur le plan de communication auprès des différents acteurs de l’entreprise : la direction, les cadres (considérés comme des vecteurs essentiels), et les correspondants de la communication.

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Les auteurs concluent sur cette phrase : « La communication interne, c’est un métier », ce que l’on ne saurait contredire vu l’importance prise par les services de communication dans les entreprises. Il semble que cet ouvrage donne une idée très proche de la réalité de ce métier et de ses techniques. Son principal intérêt est d’être clair, avec de nombreux exemples et études de cas. On peut donc le recommander à qui souhaite s’initier à cette pratique, en suivant les conseils pragmatiques donnés par les auteurs.

Évolutions de la documentation : naissance d’une discipline scolaire. Muriel Frisch ; préface de Jean-Pierre Astolfi. Paris : L’Harmattan, 2003. – 108 p. – (Mouvement des savoirs).– ISBN 2-7475-4034-0 : 10 €

Le nouveau modèle didactique de la documentation

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QU’EST-CE EXACTEMENT QUE LA DOCUMENTATION EN MILIEU SCOLAIRE : assistance technique et méthodologique, gestion des objets d’information, agent d’apprentissage à la recherche individuelle, partenaire éducatif ? Tout cela permet-il d’en faire une discipline scolaire à part entière ? Question récurrente à laquelle répond positivement la thèse de Muriel Frisch, docteur en sciences de l’éducation et responsable du Centre de ressources documentaires à l’IUFM de Lorraine.

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Pour étayer son hypothèse, elle analyse l’activité documentaire et ce qui en motive l’évolution, voire la mutation. À un aperçu historique sur les outils traditionnels d’« archivage, stockage, gestion » (p. 31), fait suite l’examen de leur évolution au long des XIXe et XXe siècles. L’élargissement du concept de bibliographie par la prise en compte de la nécessité d’analyser les contenus et les prémices d’une reconnaissance des besoins du public vont déboucher sur la constitution, au début du siècle dernier, du concept de « documentation » et l’apparition de nouvelles pratiques professionnelles, les « techniques intellectuelles » décrites par Suzanne Briet (tableau p. 48-51). La rupture épistémologique qui s’est ainsi produite par rapport à l’activité purement bibliothéconomique va se renforcer dans l’attention croissante portée à la demande, impliquant « une fonction déjà pédagogique dans l’écoute et la prise en compte de l’utilisateur » (p. 57).

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À partir de cette « posture plurielle », la profession va développer un ensemble de concepts, spécifiques ou communs à d’autres disciplines (informatique, linguistique, etc.), que l’auteure passe rapidement en revue. Elle s’attarde davantage sur l’analyse du concept « information » et sur le délicat problème de ses rapports avec ceux de « documentation » et de « connaissance ». Constater que celle-ci ne se donne pas d’emblée et qu’accéder à l’information n’est pas forcément accéder à un savoir conforte encore davantage la nécessité de la médiation documentaire à l’école, médiation caractérisée par un « traitement expert de l’information » et un souci éducatif constant (tableau p. 91-92). De la sorte, le nouveau modèle didactique de la documentation se rapproche du modèle pédagogique traditionnel du professorat, ou plutôt le rejoint.

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Est ainsi fondée une discipline à part entière, réconciliant savoirs théoriques et savoirs pratiques et « collaborant avec les objets d’enseignement des autres disciplines scolaires » (p. 99). Que ce constat ne soit pas toujours vérifié ne semble pas devoir invalider la démarche socio-historique de Muriel Frisch, appuyée sur une solide bibliographie (dont l’Histoire de la documentation en France, de Sylvie Fayet-Scribe qu’elle cite abondamment).

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Claire Guinchat

Politique documentaire : un concept, des enjeux. Paris : Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale, 2003. – 36 p. Numéro de Médiadoc, ISSN 1260-7649, septembre 2003. – 9,15 €. Politique documentaire : réflexions et outils. Paris : Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale, 2004. – 48 p. Numéro de Médiadoc, ISSN 1260-7649, mars 2004. – 9,15 €

Une politique documentaire pour une discipline scolaire

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« POLITIQUE DOCUMENTAIRE » DOIT ICI ETRE ENTENDU au sens large comme outil essentiel de l’action d’un centre d’information et de documentation (CDI), participant à part entière à la « construction sociale » de l’élève. Définir et formaliser ce concept, le rendre opérationnel, constituent les thèmes de ces deux nouveaux numéros de Médiadoc conçus par la FADBEN dont on sait l’importance qu’elle attache au rôle pédagogique du documentaliste scolaire.

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Posés haut, les enjeux en sont définis en fonction des changements socioculturels que traverse la profession : nouveaux besoins, évolution du statut, innovations techniques, autonomisation croissante des individus, risques parallèles de désinformation.

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Essentiellement pratiques, ces deux Médiadoc, une fois posé le problème de la nature de la politique documentaire (France Vernotte, mars 2004, p. 12-13), présentent une série de travaux d’ateliers et d’expériences les plus diverses. On en retirera quelques points clés : besoin de préciser le concept, nécessité d’une définition institutionnelle – aucune directive n’existerait sur ce sujet au niveau ministériel –, exigence de réflexion collective et de partenariat au sein de l’établissement scolaire, mutualisation et gestion collégiale des ressources, enfin participation aux missions fixées par le système éducatif.

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Aux comptes rendus d’expériences, de la plus réussie (Gilles Perrin, op. cit., p. 15-21) à la liste des erreurs à éviter et des blocages à repérer (p. 17), et à l’analyse des moyens à mettre en œuvre s’ajoute la description de divers outils pédagogiques permettant de concrétiser un projet de politique documentaire dans un établissement scolaire. L’ensemble est complété par une courte bibliographie.

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Claire Guinchat

Titres recensés

  1. Portails et collaboratoires pour la recherche et l’enseignement. Coordonné par Peter Stockinger ; avec la collaboration de Khaled Barouni, Hammou Fadili, Erol Giraudy, Stéphane Krompholtz, Francis Lemaître, Jean-Claude Thivolle. Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2003. – 250 p. – ISBN 2-7462-0766-4 : 60 €
    1. Conception, techniques et enjeux des portails scientifiques
      1. « Le contexte du projet et ses enjeux méthodologiques »
      2. « Les projets pilotes »
      3. « Les solutions technologiques »
      4. Prendre en compte des enjeux cognitifs et conceptuels
  2. Le nouveau monde numérique : le cas des revues universitaires. Guylaine Beaudry et Gérard Boismenu. Paris : La Découverte, 2002. – 178 p. – (Recherches). – ISBN 2-7071-3893-2 : 16 €
    1. Un examen approfondi des problèmes posés par le passage du papier au numérique
      1. Un propos allant bien au-delà de la seule édition universitaire
  3. La numérisation des textes et des images : techniques et réalisations : actes des journées d’étude organisées à la Maison de la Recherche les 16 et 17 janvier 2003. Textes réunis par Isabelle Westeel et Martine Aubry ; coordination Conseil scientifique de l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3. Lille : Éditions du Conseil scientifique de l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3, 2003. – 190 p. – (Coll. UL3 Travaux et Recherches). – ISBN 2-84467-050-4 : 17 €
    1. Une série de témoignages sur la numérisation du patrimoine culturel
      1. Aspects techniques et diversité des expérimentations
      2. Avantages de la numérisation et de la coordination des travaux
  4. Droit d’auteur et numérique. Dossier coordonné par Joëlle Farchy et Alain Rallet. Paris : France Télécom RαD : Hermès Science Publications, 2002. – 215 p; Numéro de : Réseaux, ISSN 0751-7971, 2001, vol. 19, n° 110. – ISBN 2-7462-0429-0 : 27 €
    1. Le droit d’auteur est-il condamné par le numérique ?
      1. Le droit d’auteur serait désuet
      2. Le droit d’auteur n’est plus romantique
      3. Le droit d’auteur n’est plus sympathique
      4. Le droit d’auteur est en danger
      5. Quelle place pour les sociétés de droit d’auteur ?
      6. Le délicat rapport de la technologie et du droit d’auteur
      7. Le droit d’auteur ne répond plus à un seul modèle
      8. Une approche philosophique du droit de la communication
  5. Le management de l’information dans l’entreprise : vers une vision systémique. Christiane Volant. Paris : ADBS Éditions, 2002. – 106 p. – (Coll. Sciences de l’information. Série Études et techniques, ISSN 1160-2376). – ISBN 2-84365-063-1 : 21 €
    1. Une méthode de conception et de management pour un système d’information spécifique aux organisations
      1. Le nécessaire passage d’une vision structure à une vision système
  6. Entre marketing et management : la communication interne. Jean-Pierre Béal et Pierre-André Lestocart ; préface de Philippe Bloch et Ralph Hababou. Paris : Les Éditions Démos, 2003. – 189 p. – (coll. Communication). – ISBN 2-910157-81-4 : 25 €
    1. La communication interne, c’est un métier !
  7. Évolutions de la documentation : naissance d’une discipline scolaire. Muriel Frisch ; préface de Jean-Pierre Astolfi. Paris : L’Harmattan, 2003. – 108 p. – (Mouvement des savoirs).– ISBN 2-7475-4034-0 : 10 €
    1. Le nouveau modèle didactique de la documentation
  8. Politique documentaire : un concept, des enjeux. Paris : Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale, 2003. – 36 p. Numéro de Médiadoc, ISSN 1260-7649, septembre 2003. – 9,15 €. Politique documentaire : réflexions et outils. Paris : Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale, 2004. – 48 p. Numéro de Médiadoc, ISSN 1260-7649, mars 2004. – 9,15 €
    1. Une politique documentaire pour une discipline scolaire

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2004 (Vol. 41), p. 206-217.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2004-3-page-206.htm
DOI : 10.3917/docsi.413.0206


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