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Documentaliste-Sciences de l'Information

2004/4 (Vol. 41)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.414.0268
  • Éditeur : A.D.B.S.

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L’actualité du droit d’auteur dans le monde

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TROIS ASPECTS TRÈS DIFFÉRENTS ONT ÉTÉ CHOISIS pour illustrer l’actualité du droit d’auteur.

Menaces sur le domaine public

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Le premier d’entre eux, très général, concerne les menaces dont le domaine public fait aujourd’hui l’objet. Assisterait-on en ce moment, en effet, à une « nouvelle bataille des enclosures » autour du domaine public, comme le craignent plusieurs auteurs [2][2] Voir, par exemple, la rubrique « La nouvelle bataille...? James Boyle partage nettement cette idée [3][3] Les titres précis des communications commentées ici,.... Si l’« enclo-sure» (enfermement) des Commons[4][4] Au Royaume-Uni, à l’époque préindustrielle, on appelait... (terres communes) avait instauré un nouvel ordre économique en Angleterre en transférant aux riches propriétaires le contrôle des pâturages, un phénomène similaire s’appliquerait aujourd’hui au domaine public et – deuxième point clé de cette intervention – il appartiendrait aux bibliothécaires de s’y opposer. Or, si le droit d’auteur est fondé sur un équilibre permettant de stimuler la création en donnant la matière première à d’autres publications, les exceptions au monopole de l’auteur se réduisent puisque celui-ci est appliqué à des domaines sans cesse élargis et sur des périodes de plus en plus longues [5][5] Les films, par exemple, sont conservés pour une postérité.... Aux États-Unis, son application aux bases de données non originales et les lois récentes prises pour augmenter la durée des droits seraient emblématiques de ce phénomène.

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Si le discours dominant est obnubilé par le coût de la piraterie, certains coûts induits par le système de droit d’auteur sont moins fréquemment mis en exergue. Or 95 % des œuvres ne seraient plus exploitées dix ans après leur parution [6][6] L’usage d’un ouvrage épuisé est un débat important alors qu’elles sont encore protégées, ce qui bloque de manière absurde la culture du XXe siècle [7][7] Une des réponses pragmatiques données par James Boyle.... En outre, il est paradoxalement difficile de connaître les usages d’une œuvre qui soient autorisés par leurs auteurs bien qu’un contrôle très fin en soit rendu possible par Internet. À cet égard, les licences Creative Commons[8][8] Pour en savoir plus sur les Creative Commons et leur..., indiquant de manière simple les usages autorisés lors de chaque diffusion de l’œuvre, représenteraient une solution intéressante ; elle est en cours de transposition dans le droit de plusieurs pays.

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Quant aux bibliothécaires, ils doivent rester des partenaires à part entière dans le dialogue sur le droit d’auteur. Ils sont, affirme avec force James Boyle, les gardiens des exceptions autorisées dans leur pays et, sous peine de disparaître, ces exceptions doivent être utilisées. Il incombe ainsi aux bibliothécaires d’informer le public sur les usages qu’ils sont sur le point de perdre et, bien que ce soit particulièrement difficile, sur les impacts financiers de cette perte, en donnant des exemples concrets.

L’Argentine, l’hôte de l’Ifla

Les activités menées en Argentine dans le domaine des sciences de l’information et de la bibliothéconomie sont détaillées dans un numéro spécial de la revue Referencias (ISSN 0328-1507), August 2004, vol. 9, n° 1 (special issue), publié par l’Asociación de Bibliothecarios Graduados de la República Argentina (ABGRA). Y sont également présentés les diverses associations professionnelles du pays, la bibliothèque nationale, la bibliothèque du congrès, les instituts de formation et les actions menées par les bibliothèques de lecture publique, les bibliothèques universitaires et les bibliothèques spécialisées (proches des centres de documentation).

Le droit d’auteur en Amérique latine et dans les pays en développement

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Ce congrès de l’Ifla était le premier qui se tenait dans un pays d’Amérique latine et un aperçu du droit d’auteur dans l’ensemble du sub-continent s’imposait. C’était le thème de la présentation de Luis Villarroel, un juriste chilien qui a dressé un tableau très complet des exceptions qui existent dans les divers droits nationaux ainsi que de l’impact de l’importation des œuvres et de la concentration des droits.

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Mais il a rappelé auparavant, lui aussi, que le droit d’auteur accordait une rémunération à l’auteur en échange d’un accès aux œuvres qui doit être garanti pour diffuser les connaissances et créer de nouvelles œuvres, ce qui implique une valorisation du domaine public, et que cet équilibre était menacé au niveau international par le poids croissant des normes de protection ; l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et les Accords de libre-échange [9][9] L’impact des Accords de libre-échange (Free trade agreement),... ont joué à cet égard un rôle certain.

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Luis Villarroel a mis l’accent sur le fait que l’on avait déplacé, au niveau international, le cœur de la protection intellectuelle des œuvres originales vers la protection des investissements et que l’on tend à créer régulièrement de nouvelles catégories de droits, comme le démontre un projet de traité de l’OMPI [10][10] [Projet de] Traité sur la protection des organismes... destiné à protéger les organismes de radiodiffusion et des organismes de redistribution par le câble, qui couvrirait également ceux qui transmettent en créant des sites sur l’Internet. Il a souligné ensuite que les pays en développement [11][11] Ce souci a donné lieu à la Déclaration de Genève sur... manquent de préparation face aux débats législatifs et pour la défense des intérêts des usagers, que les organisations internationales sont peu sensibilisées aux problèmes de ces pays puisqu’elles donnent des réponses uniformes alors qu’elles devraient proposer des niveaux de protection différents tenant compte du niveau de développement de chaque territoire. Si les conséquences en sont plus graves dans les pays pauvres, tous les pays doivent faire face à des protections techniques qui permettent un contrôle fin des usages et qui sont régies par des mesures législatives récentes « asphyxiant » les usages légitimes des usagers.

L’actualité du droit d’auteur dans le monde

The second enclosure movement α the role of libraries in protecting the public domain, James Boyle et William Neal Reynold (Professor of Law and Faculty

Co-Director of the Center for the Study of the Public Domain, Duke University Law School, USA)

General view of exceptions and limitations to copyright for libraries in Latin America - with emphasis on the situation in Chile, Luis Villaroel (Copyright Advisor for the Ministry of Education, Chile)

Very different perspectives: how the Canadian courts and legislators view digital copyright, Paul Whitney (City Librarian, Vancouver Public Library, Vancouver, Canada)

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S’y ajoutent des licences qui ne sont pas négociées et qui baissent le niveau des exceptions. Il faudrait, de ce fait, que des normes soient mises en œuvre pour garantir l’exercice des exceptions et Luis Villarroel préconise, entre autres, la mise en œuvre de systèmes permettant d’identifier, sans coût excessif, les œuvres du domaine public qui sont d’ailleurs de plus en plus rares.

Le propriété intellectuelle au Canada

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La jurisprudence qui a un poids très important dans les pays anglo-saxons. C’est pour cette raison, sans doute, que Paul Whitney a mis l’accent sur plusieurs décisions particulièrement intéressantes prises récemment par des tribunaux au Canada, un pays dont le droit de la propriété intellectuelle mixe droit d’auteur et copyright.

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Ces décisions doivent être replacées dans un contexte international où l’OMC et les traités bilatéraux de commerce imposés par les États-Unis à divers pays (Australie, Afrique du Sud, Chili, etc.) comportent des clauses sur le copyright et où le traité de l’OMPI doit être transposé ; un contexte qui s’imposera inéluctablement aux législateurs et magistrats canadiens. Il faut les resituer aussi dans un contexte national où s’affrontent, entre autres, les prises de position du ministère de l’Industrie, favorable à l’accès, et du ministère du Patrimoine, favorable aux titulaires de droits. Enfin, il faut prendre en considération la loi canadienne elle-même, qui a créé un copyright qui serait l’un des plus « restrictifs » du monde anglo-saxon. En revanche, le retard pris dans la réforme du copyright, est considéré comme positif car il est permet un recul évitant les problèmes que posent aujourd’hui le Digital Millenium Copyright Act (DMCA) aux États-Unis.

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C’est dans ce contexte que la Cour suprême du Canada a pris des décisions en faveur des usagers : en mars 2004, dans le cadre d’un litige opposant des éditeurs juridiques et la bibliothèque d’un cabinet d’avocats en matière de photocopies dont certaines étaient remises à des clients ; puis en juin 2004, quand elle a exonéré les fournisseurs d’accès de toute responsabilité pour avoir stocké temporairement des données protégées sur leur serveur et a rappelé qu’une taxe sur les supports vierges était déjà versée aux industriels de la musique.

Divers exemples de knowledge management en milieu universitaire

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SAVOIR CAPTER L’INFORMATION et savoir la traiter, voici deux compétences désormais capitales pour toute organisation. En la matière, le secteur universitaire occupe a priori une position privilégiée.

KM et formation à l’usage de l’information en BU

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Dans une première intervention a été présentée une étude entreprise par les bibliothèques d’une université chilienne, réalisée pour définir la place de la collecte du savoir et des agents actifs dans la formation des aptitudes nécessaires à l’utilisation et au transfert de l’information donnant lieu à de nouvelles connaissances et à de nouveaux savoirs.

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Trois dimensions, étroitement articulées entre elles, ont été retenues dans cette étude détaillée par Atilio Bustos Gonzalez. Dans le domaine de la gestion de l’information, il faut retenir que, si l’accent a été très classiquement porté sur le fait qu’il importe de répondre de manière permanente aux besoins des usagers, on a insisté sur la nouvelle utilisation de l’espace et le rôle de formation à cet égard qui incombe au personnel des bibliothèques, et sur le fait que l’on se concentrerait non plus sur la qualité des services mais sur la qualité de l’information qui doit être disponible à tout moment et en totale adéquation aux besoins.

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Dans le domaine de la gestion du savoir, si l’on opère au sein d’une communauté apprenante où existe une dynamique constante entre le tacite et l’explicite, l’accent a été mis sur l’apprentissage de normes permettant l’intégration des connaissances, sur le rôle clé joué par la synergie interne au groupe, et non sur celui d’un agent externe. Ce qui implique que l’on sache intégrer la gestion de l’information dans des unités pouvant leur donner un sens nouveau et où le langage joue un rôle fondamental.

Diverses pratiques de knowledge management

Gestión del conocimiento, la información y el aprendizaje organizacional en Bibliotecas Universitarias: un estudio de caso - Knowledge Management, information and organizational learning in academic libraries: a case study, Luis Ahumada Figueroa et Atilio Bustos Gonzalez (Pontificia Universidad Catolica de Valparaíso, Chili)

La gestion du savoir dans les bibliothèques universitaires - Étude de cas : gestion du savoir dans les services bibliothéconomiques de l’Université d’Oxford, Tatiana White (Université d’Oxford, Royaume-Uni) <www. ifla. org/ IV/ ifla70/ papers/ 089f_trans-White. pdf>

Introduction à la gestion du courrier électronique et à la gestion des connaissances, Ruth A. Pagell et Deborah Valentine (Goizueta Business Library

Université d’Emory, Atlanta, USA) et Jacqueline Meszaros (Université de Washington, Bothell, USA) <www. ifla. org/ IV/ ifla70/ papers/ 043-f_trans-Pagell. pdf>

Overview of the Corporate University in the international context, Kira Tapanoff (Information Science Department of the University of Brasilia)

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Enfin, dans le domaine de la gestion du savoir-faire, il a été souligné que les objectifs des bibliothèques devaient être cohérents avec ceux de l’université et que le savoir d’un individu avait un impact sur celui de l’organisation. À cet égard, le personnel des bibliothèques joue aussi un rôle de formateur non seulement pour répondre aux demandes qui lui sont faites mais aussi pour répondre aux défis présentés par la qualité dans le processus de formation. Tous les usagers doivent, en effet, savoir maîtriser les outils de gestion de l’information afin de la transformer en connaissance. Ces usagers doivent être perçus non seulement en tant qu’utilisateurs et évaluateurs mais aussi comme des acteurs du développement d’une bibliothèque et c’est à ce titre que les bibliothèques contribueront à améliorer l’avantage compétitif de leurs universités.

Gestion du savoir en bibliothèque universitaire

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La gestion du savoir est devenue un outil stratégique décisif pour toutes les organisations, y compris pour les bibliothèques à qui elle permet de proposer un service efficace et évolutif à leurs usagers. Une enquête, menée par Tatiana White, s’est déroulée dans un contexte où l’on entendait regrouper des bibliothèques disséminées au sein de l’université d’Oxford pour améliorer la qualité de leurs services et où l’intégration était l’un des moyens retenus. Elle a opéré par sondages auprès de personnes chargées du catalogage. Cette étude avait pour objectif de donner des outils permettant de mesurer la perception du changement par le personnel ainsi que sa perception de la création du savoir et du partage au sein des services de bibliothèques. Au cours de cet exposé ont été précisés les avantages et les difficultés liés à la gestion du savoir en tentant de les adapter à une bibliothèque opérant au sein d’une université ainsi que les facteurs clés de succès que l’on retrouve dans la littérature. Il est dommage que le tout dernier point de cet exposé, sur l’adaptation d’outils déjà utilisés dans ces bibliothèques, n’ait que très rapidement été évoqué dans une dernière diapositive alors que ceux-ci auraient mérité d’être développés.

Exploitation du courrier électronique, « universités d’entreprises »

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Deux autres sujets, totalement différents, ont été abordés ensuite.

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Ruth Pagell a voulu nous sensibiliser à la place grandissante des courriels en tant que sources de connaissances au sein d’une entreprise, à partir de considérations tirées de conférences et d’une enquête menée auprès d’adhérents de l’Ifla. Lors de cet exposé ont été donnés une série de conseils destinés aux individus et une liste de « bonnes pratiques » destinées aux entreprises, parmi lesquelles on citera un audit de l’utilisation des courriels, la rédaction d’une charte de bon usage, la connaissance de l’environnement légal et réglementaire.

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Savoir apprendre est une compétence que l’on peut acquérir au sein d’une entreprise et le concept d’« université d’entreprise » [12][12] Une excellente notice sur les universités d’entreprises :..., né aux États-Unis, a essaimé dans le monde entier [13][13] En Europe, c’est en France qu’elles ont tout particulièrement.... Mais si, comme l’a souligné Tira Karaparoff, les objectifs des dirigeants d’entreprise à cet égard sont variés et peuvent concerner des publics très larges, étendus aux fournisseurs, voire aux clients, ils visent de manière générale à renforcer et à perpétuer des comportements qui sont les reflets des valeurs de l’organisation, à gérer le changement et à modeler une organisation. Mais les rôles spécifiques de ces universités et les activités qui y sont menées peuvent être très variés puisque leurs objectifs, un peu particuliers, peuvent, comme un tableau l’a clairement détaillé, être définis à divers niveaux opérationnels, tactiques ou stratégiques.

Le coût de l’accès à l’information

Gérer les collections électroniques en utilisant l’indicateur coût par utilisation ? Brinley Franklin (Université du Connecticut, Storrs, États-Unis) <www. ifla. org/ IV/ ifla70/ papers/ 098f_trans-Franklin. pdf>

Les coûts hors abonnement des périodiques imprimés et électroniques sur la base d’une analyse sur le cycle de vie, Ann Okerson (Université de Yale, USA) et Roger Schonfeld (Ithaka, USA) <www. ifla. org/ IV/ ifla70/ papers/ 100f_trans-Okerson_Schonfeld. pdf>. Voir aussi : D-Lib Magazine, January 2004, vol. 10, n° 1> <www. dlib. org/ dlib/ january04/ schonfeld/ 01schonfeld. html>

La gestion d’une bibliothèque par les coûts, Roswitha Poll (Bibliothèque universitaire et régionale, Münster, Allemagne) <www. ifla. org/ IV/ ifla70/ papers/ 099f_trans-Poll. pdf>

Les usagers en ont-ils pour leur argent ? Un modèle d’allocation des ressources pour les services de bibliothèques de l’Université d’Oxford, Michael Heaney (Services des bibliothèques de l’Université d’Oxford, Royaume-Uni) <www. ifla. org/ IV/ ifla70/ papers/ 179e-Heaney. pdf>

Le coût de l’accès à l’information

L’utilisation d’une information

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Si la gestion d’une bibliothèque implique que l’on dispose d’une série d’indicateurs, l’avènement de l’électronique n’impliquerait-il pas que l’on doive en adopter de nouveaux ? Puisque, trop souvent encore, les bibliothèques se contentent d’évaluer le coût par abonnement ou, plus rarement, leur coût par rapport à l’ensemble des dépenses, sans doute fallait-il mettre l’accent sur l’indicateur plus fin que représente le coût d’utilisation d’une information. Dans son intervention, Brinley Franklin s’est appuyé sur deux études menées, l’une aux États-Unis, l’autre en Allemagne, pour donner des exemples de calcul de l’utilisation comparée d’une information sur support papier et sur support électronique : ces travaux semblent démontrer que l’utilisation d’un document sur support numérique est une solution moins onéreuse. Mais les difficultés rencontrées incitent à s’interroger sur les coûts qui ont été intégrés dans les frais d’abonnement (avec ou sans frais de gestion connexes) et sur la nature des utilisations [14][14] Des systèmes de comptage en ligne, tels que COUNTER... (téléchargement, impression, lecture en ligne, etc.) qui ont été retenues.

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Par ailleurs, les éditeurs ayant recours à des indicateurs similaires, il a été souligné qu’il pouvait être utile de les retenir en tant qu’éléments de comparaison et de négociation. Néanmoins, dans le cadre d’une prise de décision, l’indicateur que représente le coût par utilisation doit, pour une bibliothèque, être accompagné d’autres éléments, à savoir des mesures qualitatives permettant d’évaluer, notamment, le contenu, la pertinence ou la valeur d’une information pour une communauté sans considération de coût. Quoi qu’il en soit, ce type d’analyse est amené à être de plus en plus affiné dans l’environnement électronique. Même si sa pertinence réelle requiert des données sur une période longue, pour lisser les fluctuations, il semble que, moyennant certaines précautions, elle puisse ouvrir des perspectives pour la gestion des bibliothèques.

Les coûts hors abonnements des périodiques

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Ann Okerson et Roger Schnonfeld ont abordé le problème des coûts connexes aux coûts d’abonnement, ceux qui sont liés aux tâches de sélection, d’acquisition, de catalogage et de mise à disposition des périodiques. L’analyse, menée dans onze bibliothèques américaines de dimensions très différentes mais appartenant toutes au secteur universitaire et dont les collections sur divers formats sont toutes proposées en libre accès, semble démontrer que leurs coûts, sur un cycle de vie théorique de vingt-cinq ans, seraient inférieurs pour un format électronique. En effet, les activités, les traitements liés aux abonnements et les frais engagés à cet effet sont différents lorsque l’on opère sur des documents sur support numérique. Dans ce cas de figure, l’accent sera mis, par exemple, sur la négociation des licences ou le maintien technique de l’accès, et non plus sur la reliure ou le stockage.

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Mais les économies potentielles du passage au format électronique seraient plus nettes pour les petites institutions, les plus grandes profitant d’économies d’échelle pour le traitement du support papier, et les effets seraient plus patents encore lorsque la transition vers l’électronique est totale, ce qui reste néanmoins une hypothèse d’école. C’est pourquoi une simulation a été aussi faite pour étudier les effets d’une transition à 50 % de l’imprimé vers l’électronique, qui nuance largement cette première approche.

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Mais la réalisation d’une telle étude s’est avérée complexe puisque certains paramètres, comme le coût de l’infrastructure électronique consacrée à ce traitement, la conservation à long terme du format numérique ou l’espace alloué aux périodiques dans les bâtiments, ont été difficiles à évaluer ; ils n’ont, en fait, été qu’estimés, voire éludés. Cette étude est bâtie sur beaucoup d’hypothèses théoriques. Par exemple lorsqu’elle se fonde sur le fait que les bibliothèques gardent les mêmes procédures d’acquisition. Et, surtout, elle n’a pas intégré le coût de l’archivage à long terme du processus électronique. Mais elle a le mérite de donner des éléments d’appréciation, notamment sur la conservation à long terme et la nécessité de prévoir des provisions financières à cet effet pour le format électronique.

Avantages et limites de la comptabilité analytique en bibliothèque

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Pour pouvoir répondre à la demande croissante d’informations et de nouveaux services alors que les budgets sont plus restreints et les moyens plus limités, souligne ensuite Roswitha Poll, les méthodes de comptabilité analytique remplacent avantageusement les statistiques de recettes et de dépenses traditionnellement utilisées par les bibliothèques. Elles permettent, en effet, de connaître les différents coûts imputables, par exemple, à l’activité « traitement du livre » ou même au traitement d’un seul ouvrage. Elles répondent ainsi au souci de transparence exigé par de nombreuses organisations. Elles représentent aussi un élément important pour les décisions tactiques et stratégiques, en matière d’affectation des ressources à diverses activités destinées à améliorer l’efficacité d’un service, elles servent à fixer des prix, à prendre des décisions en matière d’externalisation, à fonder des demandes de ressources pour un service donné ou à effectuer des études comparées.

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Mais la stratégie d’une biblio-thèque reste différente de celle d’une entreprise commerciale. Il est impossible, en effet, d’envisager de n’acquérir que des produits à forte demande. En outre, en raison de décisions politiques, certains services doivent rester gratuits et il n’y a pas de concurrence pour l’accès aux services d’une bibliothèque, les usagers étant généralement captifs. En revanche, il importe de bâtir des normes de qualité qui soient conformes aux objectifs de l’institution et aux besoins de la population, et de bâtir les orientations futures en se fondant sur des éléments concrets. Mais la comptabilité analytique n’est qu’un instrument parmi d’autres. Elle doit être accompagnée d’une série d’indicateurs destinés à évaluer l’efficacité de la mission, l’aide à l’utilisateur, la demande de qualité et le potentiel nécessaire à plus ou moins long terme. Si l’approche ne doit pas être uniquement économique, il importe de savoir mieux utiliser les ressources matérielles, financières et humaines pour atteindre des buts stratégiques assignés.

Un modèle fondé sur le calcul des coûts par activité

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C’est un modèle particulier, développé par les bibliothèques d’Oxford, qu’a présenté Michael Heaney. Cette université a pris la décision de regrouper des bibliothèques en un petit nombre d’unités, ce qui a incité à adopter un modèle d’allocation des ressources fondé sur les coûts d’une activité afin de pouvoir effectuer des comparaisons. On entendait, en effet, clarifier les mécanismes de financement et savoir quels services obtenaient, dans les différentes bibliothèques, les usagers appartenant à différentes disciplines. Si l’on disposait en comptabilité de six postes de dépenses, on ne connaissait pas le coût d’une acquisition ou celui d’une réponse à une question, par exemple, ni quelle ressource y était affectée. À Oxford, on a recouru à un cabinet de consultant chargé de revoir le système.

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Aujourd’hui, l’ensemble des coûts liés à une activité précise dans une bibliothèque, comme la sélection ou la conservation par exemple, sont connus et ils peuvent être comparés à ceux des autres bibliothèques de l’université. Ils peuvent aussi être ventilés de manière très fine et déclinés de différentes manières (coût par heure d’ouverture, par volume conservé, par lecteur assis, etc.). En outre, puisque chaque division universitaire paie une taxe aux bibliothèques, on a pu calculer (avec quelques difficultés car un usager peut appartenir à plusieurs disciplines) le rapport entre les dépenses réalisées par les bibliothèques et les sommes reçues par disciplines, soulignant ainsi certains décalages ou le ratio ressources/usagers. Mais, puisque les résultats seront différents selon le type de pondération qui aura été adopté, il faut pouvoir interpréter la signification réelle du résultat chiffré obtenu. Pour ce dernier ratio, est-ce le coût des documents par type d’usager ? Le temps accordé par le personnel par type d’usagers ?

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Néanmoins, l’expérience à l’Université d’Oxford semble avoir été positive pour la gestion des services de bibliothèques puisqu’elle a permis une affectation plus efficace du personnel, une sensibilisation à ces techniques nouvelles de gestion, une comparaison des allocations de ressources, et qu’elle a permis développer des arguments pour obtenir dans certains cas des ressources supplémentaires.

Qu’est-ce que la qualité ?

Plusieurs présentations brèves pour tenter d’identifier ce que l’on entend lorsque l’on parle de qualité dans les bibliothèques dans divers pays : au Royaume-Uni, par Toby Bainton ; en Espagne par Miguel Duarte et en Allemagne par Roswitha Poll.

Des outils pour la recherche en sciences de l’information

Unreliable Research: Are Librarian Liable? Ann Curry (School of Library, Archival and Information Studies, The University of British Columbia, Vancouver, Canada) <www. ifla. org/ IV/ ifla70/ papers/ 187e-Curry. pdf>

Is that really so? Some guidelines when evaluating research, Ragnar Audunson (Oslo University College, Norvège) <www. ifla. org/ IV/ ifla70/ prog04. htm>

Why Research Methods for Librarians? Wallace Koehler (Valdosta State University, Valdosta, Etats-Unis) <www. ifla. org/ IV/ ifla70/ papers/ 175e-Koehler. pdf>

Qu’est-ce que la qualité ?

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DANS UN EXPOSÉ INTRODUCTIF, Roswitha Poll a souligné les difficultés d’une définition de la qualité dont les critères varient selon que l’on est bibliothécaire ou usager, voire selon chaque individu, et sur l’absence d’adéquation des attentes par rapport aux coûts. Si l’on dispose de normes rigoureuses sur certains points, d’autres indicateurs sont plus flous et moins fiables. En outre, l’image d’un établissement a souvent un tel poids qu’il devient difficile de mesurer l’impact d’une modification des processus. L’accent a été mis aussi sur la présence indispensable des bibliothécaires dans les conseils d’universités, sur la nature dynamique du concept de qualité qui impose des réajustements après tout retour d’information des usagers et des institutions, sur l’impact du prix des services sur la perception des usagers, sur le rôle de l’auto-évaluation, sur les difficultés d’une évaluation du niveau de services réellement requis et de celui qui est fourni par la bibliothèque.

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Selon Roswitha Poll, l’environnement électronique n’a eu aucun impact sur la nature très subjective de la mesure de la qualité, sur le fait que les chiffres restent suspects et que les usagers ignorent tout des tâches réalisées par les bibliothèques. Néanmoins le marketing des produits et services influence indéniablement la perception des usagers et il reste possible de transformer des mesures subjectives en mesures objectives. Il existe bien souvent aussi des réponses adaptées à tout problème. Ainsi le développement de services mobiles est une réponse à l’éloignement, le lancement d’actions de marketing ciblées une réponse aux craintes de certains usagers. L’environnement électronique offre, en outre, de multiples opportunités nouvelles.

La qualité au Royaume Uni

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Les bibliothèques universitaires et les bibliothèques publiques du Royaume-Uni font l’objet d’enquêtes menées par leur gouvernement afin d’évaluer la progression des services après l’octroi de subventions importantes.

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Dans ce cadre, des difficultés ont surgi lors des évaluations réalisées depuis 1995 auprès des bibliothèques publiques, notamment en raison des méthodes un peu sommaires qui ont été adoptées mais aussi de la multiplicité des services impliqués, de la valeur d’une auto-évaluation ou de celle qui pouvait être réalisée par des pairs, soit d’autres bibliothèques. Dans les plans annuels imposés par le gouvernement, vingt-huit mesures dures ont été imposées. Mais que faire, par exemple, d’un chiffre évaluant le pourcentage d’adultes ayant obtenu un livre avec succès ?

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Quant aux bibliothèques universitaires, elles sont évaluées depuis 1999 par une agence gouvernementale qui est chargée d’effectuer un audit de qualité sur l’ensemble des universités. Mais l’aide-mémoire remis aux évaluateurs en 2003 n’est pas adapté aux bibliothèques et SCONUL [15][15] Society of College, National α University Libraries :..., organisme dont l’orateur, Toby Bainton, est le secrétaire général, entend améliorer cet aspect. Il constate aussi un désintérêt des professeurs pour leurs bibliothèques depuis que celles-ci sont devenues électroniques alors qu’elles ont été créées par leurs propres bibliothécaires sans qu’ils le sachent. En fait, les bibliothèques sont bien souvent de très grande qualité mais elles peinent à le faire savoir à leurs usagers !

En Espagne

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En Espagne, où les bibliothèques universitaires sont évaluées par leurs pairs, avec les mêmes instruments et dans les mêmes conditions, l’évaluation pose les mêmes problèmes qu’au Royaume-Uni. Et si l’on dispose depuis 1994 de données statistiques, celles-ci, issues d’une approche générale utilisée dans tout le pays, sont peu fiables. En outre, peu d’outils d’évaluation propres aux bibliothèques universitaires étaient mis à leur disposition. L’adoption du modèle EQCM [16][16] Modèle développé par la Fondation européenne pour le... a amélioré la situation. Ce modèle a fait l’objet depuis la fin de l’année 2003 d’un travail collectif de neuf universités. Il a permis d’adapter le manuel d’auto-évaluation, conçu pour un environnement commercial, de définir des indicateurs et de donner les moyens de les interpréter, sans instaurer de concurrence entre les universités dont l’objectif est d’améliorer globalement les services fournis.

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Ces travaux ont donné lieu à un rapport et à une première approche pilote. On notera que, dans ce travail qui a impliqué l’ensemble des universités, les bibliothèques ont été les chefs de file et que le manuel des bibliothèques universitaires a servi de modèle au manuel des services universitaires, améliorant ainsi considérablement l’image des bibliothèques. Quant au modèle EQCM, moyennant certaines adaptations, il s’est révélé un cadre permettant d’examiner tous les aspects d’une bibliothèque.

Et en Allemagne

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Un système développé pour les bibliothèques allemandes [17][17] Pour en savoir plus : vise à fournir une série d’indicateurs permettant de classer ces établissements mis ainsi, notera-t-on, en concurrence. Ces indicateurs doivent évaluer des données complexes à cerner, comme la conformité des tâches, l’orientation vers les usagers, le rapport qualité-prix, l’adéquation des processus, la formation appropriée du personnel, la capacité de nouveaux développements. Ils doivent aussi pouvoir être intégrés à un ensemble couvrant divers aspects, être comparables, fiables, donner de réelles informations et être facilement mis en œuvre. L’on a opté pour dix-sept indicateurs qui évaluent l’utilisation des ressources et des infrastructures, la manière dont les services sont utilisés, le rapport qualité-prix et la capacité de développement. On s’interroge néanmoins sur leur adéquation à une évaluation des services électroniques [18][18] La qualité des services développés sur les sites web.... En outre, ils ne sont pas pondérés, ils se limitent à quatre aspects et une comparaison entre groupes de bibliothèques doit être envisagée. Si le système actuel est fondé sur le volontariat, on note que d’autres bibliothèques adopteront ce système en 2005.

Utiliser des statistiques pour optimiser l’usage des bibilothèques

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SI LES INDICATEURS DE PERFORMANCES et la normalisation ne sont pas vraiment populaires, ils apportent cependant des éléments de réponse à certaines questions. Les bibliothécaires disposent déjà d’outils de gestion pertinents tels que les normes internationales ISO 2789 [19][19] Norme ISO 2789. Information et documentation – Statistiques... et ISO 11620 [20][20] TC 46 Information et documentation TC 46/ SC 8 Qualité..., ainsi que d’une littérature sur ce sujet, mais majoritairement anglo-saxonne. L’accent a été mis sur les mises à jour permanentes qui doivent être envisagées (les normes sont d’ailleurs régulièrement révisées) et sur la nécessité de bien interpréter les divers ratios. Mais comment évaluer les questions nouvelles qui peuvent se poser, comme le recours à l’administration électronique, les menaces à la liberté d’information, l’impact sur l’éducation et l’insertion sociale ? À quel niveau ces mesures sont-elles définies ? Tiennent-elles compte des objectifs spécifiques des bibliothèques ? Qui va contrôler leur mise en œuvre ?

Des développements récents au Royaume-Uni

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David Fuegi a procédé à une critique du processus de planification britannique et a présenté les divers réajustements qui ont déjà été opérés. Parmi les écueils rencontrés, il a évoqué la tendance qui veut que l’on ne mesure que ce que l’on peut mesurer et non ce que l’on devrait mesurer, l’inadaptation à l’environnement électronique, les lacunes dans les programmes de recherche destinés à développer de nouvelles mesures de performances, entre autres pour évaluer l’apprentissage et l’inclusion sociales et attirer de nouveaux groupes sociaux vers les bibliothèques. Des questions se posent aussi sur l’interprétation des chiffres et les effets pervers de certaines d’entre elles. Qu’apportent réellement les bibliothèques et par rapport à quoi ? Quels sont les objectifs stratégiques des bibliothèques à long terme : la maîtrise de la lecture et des TIC ? la lutte contre l’exclusion sociale ? la construction d’une identité pour une communauté ? bâtir l’identité d’une communauté en termes d’emplois trouvés, d’utilisation dans le cadre d’activités propres à soutenir la communauté, de pourcentage de personnes qui n’avaient jamais utilisé Internet, de ceux qui ont obtenu une qualification en ligne ? [21][21] On notera que la notion de patrimoine n’est pas év...

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LIBECON, PULMAN, CALIMERA, LEARNEST [22][22] LIBECON (International Library Economics Research Study)... – tous ces acronymes désignent des projets menés au niveau international et permettent d’envisager des comparaisons entre pays. Il importe alors de savoir évaluer les résultats obtenus. Les bibliothèques disposent à cet égard d’outils proposés dans un site développé aux États-Unis [23][23] Putting Outcome Evaluation in Context. A Toolkit <www..... Des actions de sensibilisation devraient être organisées afin qu’ils puissent être largement adoptés.

Utiliser des statistiques pour optimiser l’usage des bibliothèques publiques

Développements récents dans les domaines de la statistique, de la normalisation et de l’évaluation de la performance des bibliothèques publiques du Royaume-Uni, David Fuegi (MDR Partners, Colchester, Royaume-Uni) <www. ifla. org/ IV/ ifla70/ papers/ 120f_trans-Fuegi. pdf>

Ensemble, améliorons la qualité de nos bibliothèques : le Swedish Quality Handbook Project, Christina Jonsson Adrial (Bibliothèque royale de Suède, Stockholm, Suède) et Johan Edgren (Bibliothèque publique de Hisingen, Gothenburg, Suède) <www. ifla. org/ IV/ ifla70/ papers/ 152f_trans-Adrial_Edgren. pdf>

Comment atteindre les non-usagers ? Analia Canibanon et Patricia Bargero (Bibliothèque publique Domingo F. Sarmiento, General Villegas, Buenos Aires, Argentine) <wwww. ifla. org/ IV/ ifla70/ papers/ 163e_transCanibano_Bargero.pdf>

Comment les statistiques et les indicateurs contribuent à améliorer les bibliothèques : le cas du réseau de bibliothèques municipales de la province de Barcelone, Toni Feliu et Jordi Perimanyer (Servei de Biblioteca, Diputació de Barcelone, Espagne) <www. ifla. org/ IV/ ifla70/ papers/ 076f-Feliu_Permanyer. pdf>

Un système Qualité pour les bibliothèques suédoises

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Cinquante bibliothèques publiques, de recherche et d’hôpitaux participent en ce moment à un projet soutenu par une association suédoise de bibliothécaires. Ce projet, présenté par Christina Jönsson Adrial et Johan Edgren, entend promouvoir le processus d’un système de qualité représenté par une série d’indicateurs de performances [24][24] En s’appuyant sur la norme ISO 11620, les travaux de..., soit douze indicateurs retenus parmi quarante proposés. Mais bien plus que sur les chiffres obtenus, l’accent a été mis sur la sensibilisation des personnes impliquées dans le projet, l’augmentation de leurs compétences, sur l’exemple aussi que représente cette étude qui a suscité l’intérêt d’un grand nombre d’autres organisations dans le pays. Des détails sont donnés sur l’organisation du projet, les difficultés rencontrées avec certains indicateurs (population desservie, utilisation des technologies) et l’élargissement des perspectives qui s’est avéré nécessaire pour adopter de nouveaux indicateurs. À la fin de ce projet, en 2005, chaque bibliothèque fera les choix qui lui conviennent.

Des outils statistiques pour manager une bibliothèque en zone rurale

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Dans le cadre d’un exposé relatant l’expérience d’une bibliothèque en zone rurale en Argentine, Analia Canibano et Patricia Bargero ont présenté les moyens statistiques utilisés pour répondre aux objectifs consistant à atteindre, dans un contexte social particulièrement difficile, une population nouvelle et faire de la bibliothèque un lieu de formation permanente avec l’aide des nouvelles technologies [25][25] En utilisant, par exemple, les universités ouvertes.... Le modèle EFQM, développé par l’European Foundation for Quality Management [26][26] Pour en savoir plus sur le modèle EFQM : <webperso.easynet.fr/davidjf/guide3.htm>..., permet à divers types d’organisations d’appliquer le concept zéro défaut. Quant aux normes ISO 9001, règles définies par un organisme international de normalisation pour assurer la qualité des systèmes au sein des organisations, elles peuvent être adoptées indépendamment de toute demande de certification.

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Dans ce village rural, le modèle EQCM est utilisé pour réaliser une auto-évaluation fondée sur une analyse détaillée du système de management permettant une planification efficace en favorisant l’émergence d’une vision commune des objectifs à atteindre et des outils à utiliser. La norme ISO 9001 a été utilisée par la bibliothèque nationale, qui entend devenir organisme certificateur pour les autres bibliothèques. Elle a permis de créer une liste de vingt-quatre services à évaluer, accompagnée de normes et d’indicateurs et donnant des précisions sur ce qui est mesuré. Cette bibliothèque entend mener des études sur l’application de ces outils qui permettent aux bibliothèques de développer des processus en s’appuyant sur des systèmes et non sur des personnes. Pour cette bibliothèque d’un village rural, l’adoption de tels outils a déjà permis d’assurer une gestion devenue complexe par le nombre croissant d’activités et d’employés et d’envisager, à terme, d’être certifiée.

Des outils pour la recherche en sciences de l’information

Chercheurs et praticiens

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Les sciences de l’information sont une discipline scientifique à part entière. L’exposé d’Ann Curry a mis en relief les problèmes liés à la fiabilité des travaux de recherche dans leur ensemble, problème récurrent depuis toujours mais qui prend peut-être une ampleur nouvelle aujourd’hui, et insisté sur les raisons qui peuvent expliquer ces dérives et sur la responsabilité des éditeurs et des comités de lecture à cet égard. Il lui semble néanmoins pouvoir affirmer que la recherche en sciences de l’information est peu confrontée à ce type de problème. En revanche, des difficultés peuvent apparaître lorsque les bibliothécaires sont responsables de la diffusion des informations qu’il mettent à la disposition du public. Doivent-ils retirer ces documents de leur collection alors que ceux-ci constituent, à leur manière, des éléments intéressants ? Ann Curry répond avec bon sens à une question que l’on peut se poser en tant que gestionnaire d’informations mais qui devait être abordée avec toute la rigueur voulue.

Évaluer les recherches

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Ragnar Audunson a insisté sur la nécessité de disposer d’études fiables en sciences de l’information et a donné plusieurs critères permettant d’évaluer la qualité d’une recherche, un point fondamental pour tous ceux qui veulent s’appuyer sur ses résultats pour prendre des décisions au niveau interne ou lors de discussions avec les pouvoirs politiques. Il convient, par exemple, de savoir si l’étude s’est faite de manière indépendante, si le chercheur a gardé une attitude critique et une certaine distance vis-à-vis des pratiques observées tout en restant proche de celles-ci. Cet aspect a permis de rappeler qu’un équilibre devrait être gardé, dans ce champ proche de plusieurs disciplines, entre la pratique et la recherche. Si la méthodologie est naturellement différente selon les objets étudiés, l’honnêteté intellectuelle, de mise, implique que le chercheur dévoile les problèmes liés, entre autres, à son application. Il convient, lorsque l’on prend connaissance d’une étude, de se poser toute une série de questions sur le modèle théorique sur lequel elle se fonde, sur son applicabilité face au problème examiné, sur la méthodologie adoptée, sur l’échantillonnage, sur la clarté des questions, sur l’application des résultats à des situations similaires. C’est à ce titre que la recherche peut créer « une dialectique dynamique » utile.

Des méthodes de recherche pour les bibliothécaires

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Quant à Wallace Kohler, il a, dans un document particulièrement détaillé, proposé la liste de toutes les méthodes de recherche susceptibles d’être utilisées par les bibliothécaires qui entendent faire de la recherche ou tout simplement évaluer les résultats qui leur sont communiqués, pour leur donner les moyens d’aider leurs usagers. C’est une véritable « boîte à outils » qui nous est remise ; elle doit nous permettre de qualifier les types de recherche, de définir les concepts quantitatifs et qualitatifs auxquels on peut avoir recours (ratios, intervalles, etc.), la population et les échantillons, les tests, les logiciels susceptibles d’être utilisés (SAS et SPSS) afin de faire un choix approprié et d’analyser les mesures obtenues. S’il n’a pas abordé la manière dont les bibliothécaires recourent à ces méthodes, il renvoie à une étude faite par Thomas Mann [27][27] Library Research Models: A Guide to Classification,... qui détaille sept modèles adaptés à la recherche bibliothéconomique en soulignant l’impact de chacun d’entre eux.

Notes

[1]

Dont plus de 600 Argentins, un peu plus de 350 participants venus des États-Unis, un peu plus d’une centaine du Brésil, de Chine, du Chili et de la Fédération russe… et un peu de plus de 70 de France. Le Comité français pour l’IFLA (www. cfifla. asso. fr), qui œuvre en faveur de la francophonie au sein de l’IFLA en favorisant la nomination de francophones au sein des diverses sections, la participation de Français au congrès, entre autres par l’attribution de bourses, et la traduction des communications, avait organisé à Buenos Aires des réunions qui ont permis aux représentants français et francophones de se rencontrer.

[2]

Voir, par exemple, la rubrique « La nouvelle bataille des enclosures » du site Biblio du Libre <www. freescape. eu. org/ biblio/ rubrique. php3? id_rubrique= 7> ; ou <http:// fr. wikipedia. org/ wiki/ Mouvement_des_enclosures>

[3]

Les titres précis des communications commentées ici, ainsi que les attaches professionnelles des intervenants, figurent en hors texte ci-dessus et pages suivantes. La présente communication de James Boyle semble issue d’une étude plus complète disponible sur le site de son université : The second enclosure mouvement and the construction of the public domain, James Boyle, Law α Contemp. Probs., 33 (Winter-Spring 2003) <www. law. dRoyaume-Unie. edu/ shell/ cite. pl? 66+Law+Contemp. +Probs. +33+(WinterSpring+2003>

[4]

Au Royaume-Uni, à l’époque préindustrielle, on appelait commons (communaux) certaines parties des terres, situées au-delà du seuil de la propriété, desquelles on reconnaissait à tous un usage légitime s’il n’était pas effectué à des fins productives. Voir <http:// ipr. univ-paris1. fr/ print. php? sid= 103>

[5]

Les films, par exemple, sont conservés pour une postérité qui pourrait ne jamais les consulter car la durée du monopole de l’auteur tend systématiquement à croître.

[6]

L’usage d’un ouvrage épuisé est un débat important.

[7]

Une des réponses pragmatiques données par James Boyle consiste à mettre les œuvres dans le domaine public à l’expiration d’un délai plus court, sauf si les ayants droit acceptent de donner une somme dérisoire, manifestant ainsi leur intérêt pour ces œuvres, ce qui renverse les positions, puisqu’il incomberait dans ce cas aux ayants droit de retrouver les éditeurs.

[8]

Pour en savoir plus sur les Creative Commons et leur transposition dans divers pays : <www. creative. commons>

[9]

L’impact des Accords de libre-échange (Free trade agreement), qui inspirent des inquiétudes grandissantes, sera l’un de thèmes développés lors du prochain congrès de l’Ifla. <www. dfat. gov. au/ trade/ negotiations/ us_fta/ outcomes/ 08_intellectual_property. html>

[10]

[Projet de] Traité sur la protection des organismes de radiodiffusion et des organismes de distribution par câble. Genève 9-11 juin 2004 <www. wipo. int/ documents/ fr/ meetings/ 2004/ sccr/ pdf/ sccr_11_2. pdf>

[11]

Ce souci a donné lieu à la Déclaration de Genève sur l’avenir de l’OMPI, document pour lequel l’Ifla a joué un rôle manifeste et dont elle a été l’un des premiers signataires. Position de l’Ifla sur la Déclaration de Genève sur l’avenir de l’OMPI, 28 septembre 2004 <wwww. ifla. org/ III/ clm/ CLM-GenevaDeclaration2004.html>. Déclaration de Genève sur l’avenir de l’OMPI, 29 septembre 2004 <www. futureofwipo. org/ futurompi. html>

[12]

Une excellente notice sur les universités d’entreprises : <www. novethic. fr/ novethic/ site/ dossier/ index. jsp? id= 30416>a

[13]

En Europe, c’est en France qu’elles ont tout particulièrement prospéré.

[14]

Des systèmes de comptage en ligne, tels que COUNTER (Counting Online Usage of Networked Electronic Resources) <www. projectcounter. org>, commencent à être proposés sur le marché.

[15]

Society of College, National α University Libraries : <www. sconul. ac. uk/ >

[16]

Modèle développé par la Fondation européenne pour le management par la qualité (European Foundation for Quality Management).

[17]

Pour en savoir plus :

www. bix-bibliotheksindex. de

[18]

La qualité des services développés sur les sites web sera le thème d’une session organisée lors du prochain Congrès de l’Ifla en 2005.

[19]

Norme ISO 2789. Information et documentation – Statistiques internationales de bibliothèques (juillet 2003) <www. iso. org/ iso/ fr/ CatalogueDetailPage. CatalogueDetail? CSNUMBER= 28236V.

[20]

TC 46 Information et documentation TC 46/ SC 8 Qualité - Statistiques et évaluation de la performance <www. iso. org/ iso/ fr/ stdsdevelopment/ techprog/ workprog/ TechnicalProgrammeProjectDetailPage. TechnicalPro-grammeProjectDetail? csnumber= 39181> ; norme ISO 11620 - Indicateurs de performance des bibliothèques. <bbf.enssib.fr/bbf/html/1998_43_6/1998-6-p40-carbone.xml.asp>

[21]

On notera que la notion de patrimoine n’est pas évoquée.

[22]

LIBECON (International Library Economics Research Study) <www. libecon. org>. PULMAN (Public Library Mobilising Advanced Network) <www. pulmanweb. org/ >. CALIMERA (Co-ordinating IST for Europe’s local cultural institutions) <www. calimera. org/ default. aspx>.

LEARNEST <www. learnest. com/ aims/ objectives. asp>

[23]

Putting Outcome Evaluation in Context. A Toolkit <www. si. umich. edu/ libhelp/ toolkit/ preparing1. html>

[24]

En s’appuyant sur la norme ISO 11620, les travaux de l’Ifla et EQUINOX.

[25]

En utilisant, par exemple, les universités ouvertes proposées par le Royaume-Uni et l’Espagne.

[27]

Library Research Models: A Guide to Classification, Cataloging, and Computers, Thomas Mann, Oxford University Press, 1993. Thomas Mann est également l’auteur d’un livre intitulé : The Oxford Guide to Library Research, Oxford University Press, 1998.

Résumé

Français

Le congrès de la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques (IFLA) s’est tenu cet été à Buenos Aires, du 22 au 27 août. Le rôle joué par les bibliothèques dans l’éducation et le développement était le thème principal choisi pour cette manifestation qui, comme chaque année, a permis d’aborder l’ensemble des problèmes et des préoccupations des professionnels présents – ils étaient près de 4.000, représentant 121 pays [1]. Nous présentons ici les communications faites à ce congrès et les débats qu’elles ont suscités sur quelques-uns des nombreux sujets traités : l’évolution du droit d’auteur dans le monde, divers exemples de knowledge management, le coût de l’information, la qualité dans le secteur des bibliothèques, le recours aux statistiques pour optimiser l’usage des bibliothèques, les outils de la recherche en sciences de l’information.

Plan de l'article

  1. L’actualité du droit d’auteur dans le monde
    1. Menaces sur le domaine public
    2. Le droit d’auteur en Amérique latine et dans les pays en développement
    3. Le propriété intellectuelle au Canada
  2. Divers exemples de knowledge management en milieu universitaire
    1. KM et formation à l’usage de l’information en BU
    2. Gestion du savoir en bibliothèque universitaire
    3. Exploitation du courrier électronique, « universités d’entreprises »
  3. Le coût de l’accès à l’information
    1. L’utilisation d’une information
    2. Les coûts hors abonnements des périodiques
    3. Avantages et limites de la comptabilité analytique en bibliothèque
    4. Un modèle fondé sur le calcul des coûts par activité
  4. Qu’est-ce que la qualité ?
    1. La qualité au Royaume Uni
    2. En Espagne
    3. Et en Allemagne
  5. Utiliser des statistiques pour optimiser l’usage des bibilothèques
    1. Des développements récents au Royaume-Uni
    2. Un système Qualité pour les bibliothèques suédoises
    3. Des outils statistiques pour manager une bibliothèque en zone rurale
  6. Des outils pour la recherche en sciences de l’information
    1. Chercheurs et praticiens
    2. Évaluer les recherches
    3. Des méthodes de recherche pour les bibliothécaires

Pour citer cet article

Battisti Michèle, « IFLA 2004 : Congrès mondial des bibliothèques et de l'information. Les bibliothèques, outils pour l'éducation et le développement», Documentaliste-Sciences de l'Information 4/2004 (Vol. 41) , p. 268-277
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2004-4-page-268.htm.
DOI : 10.3917/docsi.414.0268.


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