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Documentaliste-Sciences de l'Information

2004/6 (Vol. 41)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.416.0326
  • Éditeur : A.D.B.S.

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L’ANCIEN MINISTRE SÉNÉGALAIS DU développement rural Djibril Sène affirmait en 1993 que l’agriculture doit être irriguée par un flux d’informations diversifiées et adaptées aux besoins des différents acteurs du développement [23]. L’information est en effet un intrant d’importance pour tout développement agricole, ce qui explique la mobilisation de nombre de pays occidentaux [1][1] Par exemple, au 1er janvier 1996, le ministère de la... et de certains organismes internationaux et non gouvernementaux [2][2] La Fondation internationale pour la science, par exemple,... pour la recherche et la diffusion de ses résultats. Dans les pays en développement, en revanche, les efforts, quoique appréciables, restent encore trop modestes [3][3] Selon J. Casa, la dépense en sciences agricoles en.... La production et la diffusion de l’information stratégique agricole demeurent deux activités secondaires sinon marginales [4][4] Dans des pays comme le Congo, où l’intérêt de l’information.... Les raisons en sont nombreuses et connues [16, p. 307-362]. C’est pourtant là une entrave majeure au développement, d’autant plus que, confrontés à une insécurité alimentaire presque endémique, ces pays doivent trouver des solutions pour l’éradiquer et viser l’autosuffisance.

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Utilisée à bon escient, l’information scientifique et technique (IST) y contribuerait pour une large part. Certes, il en est produit, mais dans des proportions insignifiantes [5][5] Une étude bibliographique exhaustive paraît difficile..., et elle circule dans des conditions pour le moins aléatoires et difficiles. Près de quatre décennies après la conférence de Lagos [6][6] Tenue en avril 1964, la conférence connue sous le nom..., on peut légitimement se demander comment repenser les modalités d’intégration de l’information stratégique à l’agriculture, pour en faire un outil indispensable de développement agricole. Ou encore comment résoudre le paradoxe entre le besoin réel d’en utiliser et son absence notoire dans les agricultures des pays en développement. Telle est la question à laquelle nous essayerons de répondre dans cet article, en nous appuyant sur l’exemple des pays situés au sud du Sahara, pour illustrer ce qu’il conviendrait de faire.

1 - La production d’information stratégique agricole : constats et propositions de remèdes

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Il est évident que le problème de l’information stratégique agricole dans les PED se pose en termes de quantité et de qualité [7][7] Les volumes de production d’information stratégique.... La réflexion sur ce point devrait désormais porter sur les moyens d’améliorer la capacité de l’information en particulier et de la science en général à prendre une part active à la résolution des problèmes économiques et sociaux qui se posent aux pays en développement. L’information agricole a été explicitement et très tôt reconnue comme une priorité par de nombreux gouvernements [8][8] Les autorités congolaises, par exemple, prirent les... et entérinée comme telle par le plan d’action de Lagos [9][9] Le plan d’action de Lagos recommande notamment de porter.... Augmenter sa visibilité équivaudrait à remettre profondément en cause les conceptions et les pratiques de l’ensemble des acteurs de ce secteur aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des pays concernés. La recherche scientifique agricole y souffre d’un manque d’intérêt et de considération de la part des décideurs [10][10] Alors président du Congo, Pascal Lissouba reconnut....

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Il serait intéressant que l’on envisage de nouvelles approches pour remédier à cette situation. L’observation de leur environnement et l’analyse du fonctionnement de leurs systèmes de recherche révèlent des points sur lesquels il faudrait s’appuyer pour trouver des solutions viables et durables aux différentes entraves qui empêchent l’IST agricole de jouer le rôle stratégique qui devrait être le sien. Nous analysons certains de ces freins pour mieux comprendre leurs mécanismes.

Le financement de la recherche

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Le financement est un des plus grands obstacles de la recherche agricole dans les pays en développement. Les ressources allouées par les États sont modiques et souvent incertaines. Ce sont les organismes internationaux d’aide au développement qui lui apportent des subsides substantiels. Depuis le début des années quatre-vingt, la multiplicité des financeurs avait rendu nécessaire d’introduire un peu de rationalité dans la gestion de l’aide. Il importait de trouver des solutions qui la fassent concrètement bénéficier à la recherche agricole. C’est ainsi que, à l’initiative du Centre de recherche pour le développement international (CRDI), est né en 1982 l’Inter-agency development research information system qui coordonne le financement des pays donateurs associés.

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L’efficacité de l’aide étrangère serait encore accrue si les pays et organismes donateurs allaient plus loin en se regroupant en une seule entité qui serait l’interlocutrice privilégiée des gestionnaires et des chercheurs des centres. Cela simplifierait et faciliterait la répartition des fonds et surtout rendrait plus efficace l’exécution des projets. Le financement extérieur de la recherche devrait s’efforcer de satisfaire tous les chercheurs pour les affranchir, en partie, de la tutelle de l’État.

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L’exemple du centre Agrisud international au Congo illustre ce principe. Par la qualité des programmes de formation et de vulgarisation qu’il a mis en place, ce centre est en effet devenu un modèle d’intégration de l’information agricole aux préoccupations des paysans. Son succès est réel.

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Tout financement devrait désormais donner lieu à des évaluations et des contrôles stricts pour inciter les chercheurs à s’engager totalement dans leurs travaux [11][11] À ce jour les résultats tangibles obtenus au Congo.... Les projets entamés iraient jusqu’au bout, comme dans les unités de recherche d’Agrisud international dans lesquelles on n’assiste à aucun abandon de projet parce que les moyens de les mener à terme sont assurés.

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Dans le cadre de la coopération bilatérale, les Occidentaux devraient opter pour un partenariat scientifique responsable avec les pays du Sud. Ils devraient sortir d’une forme de coopération scientifique agricole devenue anachronique [12][12] Jusque dans les années 1980, la coopération en agronomie... en renforçant la collaboration entre centres nationaux de recherche et instituts et centres étrangers sur la base d’un partenariat d’égal à égal. Il faudrait qu’ils établissent une vraie collaboration sur des projets communs. Au besoin qu’ils créent des programmes de recherche mixtes, et soutiennent financièrement les laboratoires et centres de recherche aux moyens limités. Qu’ils échangent les chercheurs et les expériences (par exemple qu’ils garantissent un quota annuel de chercheurs devant participer à des colloques et conférences internationaux) et surtout qu’ils facilitent sur le plan administratif le déplacement des chercheurs du Sud. Cela aurait un réel impact sur la production de l’IST agricole [13][13] L’on remarque que, même à une échelle modeste, la collaboration....

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Au niveau national, les chercheurs devraient bénéficier d’une rémunération conséquente qui leur éviterait de se disperser en de multiples activités [14][14] L’insuffisance des salaires des chercheurs les incite,... et, bien évidemment, les pays du Sud devraient augmenter leurs budgets de recherche.

La motivation des décideurs politiques

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Près d’un demi-siècle après leur accession à l’indépendance, la problématique essentielle des pays en développement au sud du Sahara est de savoir comment faire pour convaincre leurs dirigeants de la nécessité d’investir dans la recherche agricole [15][15] L’intérêt pour la recherche agricole varie d’un pays.... Dès 1984, Houphouët Boigny reconnaissait que « l’information devient synonyme de pouvoir et [que] les pays qui négligent leurs équipements en ce domaine accroîtront rapidement leur infériorité par rapport aux pays développés qui trouveront une raison supplémentaire d’exercer de nouveaux monopoles » [12, p. 48]. Mais les dirigeants des PED semblent ne pas avoir intériorisé cette réalité.

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Une ébauche de solution se trouverait peut-être dans l’institution de journées de la recherche ponctuées de conférences-débats, de visites des centres de recherche, de rencontres avec les chercheurs : rendre la recherche plus visible pourrait vraisemblablement avoir un impact auprès des décideurs car l’intérêt des activités de recherche n’est pas toujours bien compris par les responsables politiques qui hésitent à en faire des priorités gouvernementales. Au Congo, par exemple, le service de documentation du ministère de l’Agriculture avait toujours été négligé. En 1988, à la faveur d’un remaniement gouvernemental, le nouveau ministre de l’agriculture prit l’initiative de convoquer son chef de service pour s’informer de ses activités. Une fois éclairé, il devint le ministre qui consacra le plus de crédits et accorda le plus d’attention au service documentation…

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Un autre remède serait évidemment l’instauration de la démocratie dans ces pays. Même s’il n’existe aucune étude scientifique attestant de la corrélation entre la démocratie et le développement de la recherche, l’apparente réussite de pays comme le Sénégal, qui bénéficient d’un régime plutôt démocratique, incite à établir un tel lien. Ce serait la fin d’une ère, celle de l’expression de la volonté des régimes autoritaires et coercitifs aux priorités mal définies. Le préalable démocratique est déterminant pour améliorer la visibilité de l’IST agricole parce qu’il sécurise l’environnement et favorise l’émergence des nouvelles mentalités.

La littérature grise

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La production scientifique nationale devrait bénéficier d’une organisation adéquate et de structures de conservation appropriées, pour éviter les recommencements souvent liés à la perte des données. Une première mesure étant l’organisation et la prise en compte de la littérature grise, largement négligée dans les pays en développement [16][16] Idachaba, 1980, cité par Gaillard [10]. où, pourtant, elle traite de sujets se rapportant directement au problème du développement agricole. C’est une partie de la production scientifique qui mérite d’être valorisée et associée aux projets de développement. Faute de mécanismes pouvant la rendre plus accessible, elle ne trouve aucune application pratique sur le terrain. L’Institut de développement rural de Brazzaville, où de nombreux travaux sont produits, illustre bien ce fait : près de neuf mémoires de fin d’études y sont soutenus par an, dont moins de trois sont consultés, par des étudiants et non par des agents de développement agricole ou des vulgarisateurs [17][17] Enquête menée du 20 au 28 avril 1996 à l’Institut de.... Non comptabilisée dans les études bibliométriques des pays en développement, elle représente pourtant un pourcentage important de leur production d’IST.

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Une des pistes à explorer pour la rendre utile et visible serait de créer des bases de données financées, animées et coordonnées par un service de diffusion de la littérature grise placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et du développement rural. Celui-ci s’intéresserait non seulement aux travaux produits dans les établissements scolaires et académiques du pays, mais aussi et surtout à ceux qui se font à l’extérieur [18][18] Jusqu’en 1993, l’Ambassade du Congo en France disposait.... Le but étant non seulement de les répertorier, mais d’en faciliter l’accès aux étudiants et chercheurs nationaux, et surtout de la répercuter au niveau des paysans par le biais de la vulgarisation. À l’étranger ce travail devrait être assuré par les services culturels des ambassades comme ce fut le cas pendant un temps pour le Congo.

Les instituts de recherche agricole et les universités

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Ces deux types d’institutions restent les centres de gravité de la recherche dans les pays au sud du Sahara. Leur orientation et leurs objectifs ne répondent pas toujours aux attentes des acteurs économiques, notamment agricoles, dans les pays en développement. La recherche, à l’Université, ne vient qu’au second rang après l’enseignement, pour des raisons matérielles et financières. La contribution des instituts et universités à l’augmentation de la production de l’information stratégique agricole devrait se faire par la création et l’équipement d’infrastructures comme des laboratoires, par l’acquisition de matériel approprié d’expérimentation et aussi par la mise à disposition de moyens de déplacement comme les véhicules tout terrain permettant aux enseignants-chercheurs de circuler facilement à l’intérieur du pays, pour des observations et des prélèvements de données et pour la création et l’entretien de pépinières permettant des expériences grandeur nature. Peu d’instituts ou d’universités sont équipés ou disposent de ce type de matériel pour mener à bien leurs recherches. Leurs travaux restent donc éloignés des besoins des agriculteurs parce que les chercheurs n’ont pas vraiment la possibilité de les confronter à la réalité.

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Mais une attention particulière devrait être portée à la résorption des différences entre l’Université qui, dans beaucoup de pays en développement, bénéficie d’une meilleure image auprès des chercheurs, leur offre de meilleures perspectives d’évolution et les attire plus que les instituts et centres de recherches. Les salaires et les plans de carrière devraient y être revus et alignés sur ceux de l’Université pour retenir et intéresser les directeurs scientifiques, les chercheurs confirmés et les jeunes, afin de pourvoir les postes souvent vacants [19][19] Au Nigeria, dans les années 1980, 20 à 50 % des postes.... Ce rééquilibrage du potentiel scientifique le plus qualifié entre les deux institutions permettrait une compétition intellectuelle entre les équipes, ce qui aurait pour résultat l’accroissement et l’amélioration de la production scientifique agricole.

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Cependant, les autorités de certains pays au sud du Sahara portent un regard négatif sur l’Université, considérée comme trop autonome et comme lieu de contestation. Cela explique des difficultés de financement qui l’empêchent d’être vraiment au cœur du dispositif de la recherche. Les enseignants-chercheurs se trouvent souvent confrontés à des conditions de travail difficiles. Des dispositifs devraient être mis en place pour améliorer leur accès à l’information : leur donner la possibilité de participer plus souvent à des colloques et des conférences dans leur pays et à l’étranger [20][20] Selon Jacques Gaillard, 34 % ne participent à aucune..., faciliter leurs déplacements à l’intérieur de leur pays, mettre à leur disposition les bibliothèques et centres de documentation et les outils informatiques qui leur seraient nécessaires [21][21] Nombre d’universités des pays en développement ne sont....

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Pour être efficaces et utiles, universités et instituts de recherche doivent aussi se rapprocher du monde de la production par des partenariats et une collaboration régulière avec les institutions de vulgarisation : la recherche fondamentale trouverait ainsi directement ses applications sur le terrain, les travaux des chercheurs répondraient aux besoins concrets exprimés par les agriculteurs [22][22] Le cloisonnement dans le système de production et de.... L’information agricole deviendrait une réponse ciblée à une demande identifiée et authentique, la recherche agricole deviendrait une réalité socio-économique, ses recommandations seraient beaucoup plus suivies par les paysans. L’IST cesserait d’être pour ceux-ci une abstraction occidentale, un mythe ou simplement un élément mystique et ésotérique dont seuls les Occidentaux maîtriseraient les pouvoirs et les vertus [23][23] Pour toutes les femmes agricultrices que nous avions..., pour devenir un intrant au service du progrès et du développement agricoles.

Le rôle des équipes de recherche agricole

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Pour remédier au déficit d’information stratégique agricole, les pays en développement se devraient de travailler à la constitution et à la stabilisation dans la durée des équipes de recherche. Pour obtenir des résultats satisfaisants, ils devraient créer un potentiel de chercheurs en agronomie expérimentés et motivés, capables d’impulser une dynamique de production et de rationaliser l’encadrement des plus jeunes ainsi que la gestion et l’application des projets. Les pays au sud du Sahara devraient aussi se doter d’organes d’évaluation de ces projets pour assurer leur bonne exécution et la consignation de leurs résultats. Une équipe de recherche dépend de son environnement socio-économique. Les ambitions, voire le talent des chercheurs ne peuvent librement et durablement s’exprimer que dans un contexte favorable, fait de projets à long terme. Pour cela, les équipes doivent s’appuyer sur des directions de recherche scientifique à même d’assurer correctement leur fonctionnement. Celles-ci doivent elles-mêmes être soumises à des organes appropriés de contrôle. Des mesures incitatives telles les primes, les promotions et de bonnes conditions de travail aideraient à cette stabilisation des équipes.

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Ceci se vérifie au centre Agricongo [24][24] Créé en 1986 à l’initiative d’Agrisud international..., avec quatre équipes stables travaillant chacune sur un sujet sous la direction d’un directeur de recherche évoluant lui-même sous l’autorité du directeur du centre. Ces équipes obtiennent des résultats concrets et significatifs [25][25] L’équipe de recherche d’Agricongo a mis au point un... : leurs résultats et leurs réalisations sont concrets et accessibles à tous, de sorte que ce centre est devenu le leader incontesté de la recherche agricole au Congo.

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La stabilisation des équipes ne peut se faire que sur la base d’un programme cohérent de financement qui permet aux chercheurs de mener leurs travaux à terme sans dispersion. Cela n’est possible que sur la base d’un engagement ferme des financiers. Or très souvent les partenaires sur un projet se séparent par manque de financement, provoquant ainsi l’arrêt du programme [26][26] Près de 7 % des chercheurs quittent chaque année l’Afrique....

La recherche agricole privée

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Les PED devraient aussi réfléchir à la manière de pallier l’absence du secteur privé de la recherche agricole, qui serait un stimulant pour la recherche publique nationale. La recherche privée apparaît comme un complément nécessaire et une alternative crédible à la recherche publique. Pour cela, le cadre juridique et institutionnel devrait évoluer. Le succès du Kenya dans le domaine de la recherche est en partie dû au fait qu’il a adopté une législation souple qui favorise l’expression de toutes les sensibilités de recherche. Un assouplissement des dispositions légales peut ainsi favoriser la création de cabinets d’ingénierie agricole privés nationaux, pour l’exécution de grands projets de développement, afin de mettre fin au monopole des pays occidentaux dans ce domaine [27][27] En Afrique francophone, ce rôle est dévolu au CIRAD....

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Un secteur privé national ou régional apporterait donc une contribution importante. Satisfaire à cette exigence serait une approche pragmatique et réaliste dont bénéficierait l’agriculture nationale. Les autorités congolaises l’avaient bien compris en 1996 en signant un accord de partenariat agricole avec le privé sud-africain Sadevco.

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Sortir du centralisme contraignant est devenu une nécessité pour les pays en développement s’ils veulent diversifier leurs moyens de production d’information et, partant, développer celle-ci. L’exemple d’Agricongo déjà cité est l’illustration de cette réalité : ce centre de recherche répond mieux aux attentes des agriculteurs parce qu’il a su adapter son offre à leur demande, c’est-à-dire la recherche fondamentale à la recherche appliquée, en les faisant participer directement à ses travaux.

La définition des programmes agricoles

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Les PED devraient bien définir leurs programmes de recherche agricole et en déterminer les moyens d’exécution pour éviter les interruptions de recherches avant terme et la non-consignation des résultats. Ce phénomène est particulièrement présent dans des pays comme le Congo où un projet sur deux n’arrive jamais à terme et où les directions des instituts de recherche se voient obligées d’adopter des programmes minimum qui reviennent en réalité à des abandons de projets pourtant intéressants pour les agriculteurs [28][28] En 1987, le Comité des programmes du Centre de recherche.... La distorsion entre programmes définis et programmes exécutés serait résolue sur un engagement financier de l’État.

Des commissions d’acquisition sélective de l’information

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De telles commissions nationales seraient chargées de formuler, en fonction des projets et des besoins définis en concertation avec les agriculteurs, des demandes précises aux organismes internationaux qui détiennent l’information susceptible d’être mise à leur disposition. C’est sur ce principe que fonctionnent les réseaux internationaux Caris et Agris qui regroupent les centres de documentation nationaux et régionaux de différents pays. Les commissions d’acquisition sélective de l’information, par contre, seraient des groupes de proximité associant directement les paysans et siégeant dans les localités agricoles. Elles seraient des intermédiaires directs des paysans auprès des institutions internationales et nationales.

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Composées de documentalistes, de vulgarisateurs, d’agriculteurs et d’experts agricoles, de chercheurs, ces commissions serviraient d’observatoires des besoins en IST du pays. Dotées d’un statut particulier, elles seraient indépendantes de l’État, dont la participation serait identique à celle des autres membres. Elles joueraient aussi un rôle de consultation auprès des instances dirigeantes nationales pour piloter le financement des projets afin d’éviter le gâchis parfois observé dans certains projets entamés sans études de faisabilité sérieuses et dont les résultats sont souvent mitigés [29][29] Le réseau congolais d’information scientifique agricole.... Elles serviraient aussi d’intermédiaires entre les organismes étrangers qui parfois imposent le financement de projets qu’ils connaissent mal.

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Les praticiens seraient consultés pour transmettre leurs souhaits ou préciser leurs travaux à financer en priorité. Le recueil des données se ferait en tenant compte des spécificités de chaque région du pays, de ses coutumes et de ses traditions, et surtout des particularités de chaque projet. Ces commissions devraient amener les agriculteurs à s’y intéresser et à s’y impliquer davantage, en les rassurant sur leur bien-fondé [30][30] Le projet de développement rural initié au Congo en.... L’information collectée à l’extérieur du pays serait ciblée en fonction des caractéristiques de tout projet selon les aspects pédologiques, climatiques, culturels, psychologiques, géologiques, sociologiques, puisque, contrairement aux allégations de certains observateurs occidentaux, les paysans maîtrisent bien leur environnement et sont des sources d’information précieuses [21, p. 115].

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Ces commissions seraient des lieux d’orientation, de réflexion et surtout de concertation qui rapprocheraient tous les acteurs du développement agricole en valorisant les uns et en apprenant aux autres à écouter et à être modestes [4]. Ceci aboutirait à une meilleure exécution des projets, en ce que les efforts des uns et des autres ne seraient plus vains : parce que les besoins des agriculteurs recevraient une réponse appropriée des organismes internationaux qui ne diffuseraient plus l’information par charité, sans se préoccuper de ses usages éventuels, mais dans le souci de satisfaire une demande définie et planifiée [31][31] Le fonds documentaire du centre de documentation et.... Associer les agriculteurs à la définition de la nature de l’IST serait le meilleur moyen d’améliorer la qualité de l’information reçue de l’extérieur et aussi celle produite à l’intérieur du pays. Le nombre de projets réussis n’en serait qu’accru.

La création et l’harmonisation des réseaux des laboratoires de recherche

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Une des difficultés à surmonter est le cloisonnement de la recherche dans les PED. Les travaux menés dans un pays restent inconnus dans un autre et parfois dans ce pays même. Pour cela, il conviendrait d’encourager la coopération inter-universitaire, de favoriser les contacts formels et informels, et surtout de réorganiser le système d’enseignement supérieur en ouvrant des troisièmes cycles et d’autres formations de haut niveau qui font défaut [32][32] Seules quelques universités de pays comme le Nigeria,.... Il faudrait aussi organiser des stages de perfectionnement interrégionaux qui aideraient à tisser des liens et à échanger des expériences entre professionnels qui ne se connaissent pas, comme le fait le Centre international d’études en radio rurale de Ouagadougou.

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La réorganisation de l’enseignement devrait aussi porter sur le contenu des formations, à savoir l’augmentation du nombre des formations d’ingénieurs et de techniciens, et mettre l’accent sur les filières scientifiques.

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Des répertoires scientifiques indiquant avec précision les thèmes des recherches, les institutions qui y travaillent et leurs coordonnées, le pays de domiciliation, le nombre de personnes engagées, la date de début de chaque recherche et son stade d’évolution devraient être disponibles dans chaque pays, et particulièrement dans chaque laboratoire ou centre de recherche agricole. Ces répertoires, comme ceux du CILSS en Afrique de l’Ouest ou du CICIBA en Afrique centrale, faciliteraient peut-être les contacts directs entre chercheurs et, partant, la création des réseaux de travail solides.

2 - Des pistes pour améliorer la diffusion et l’accessibilité de l’IST agricole

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L’information stratégique agricole produite par les centres nationaux de recherche existe, dans des proportions modestes, mais, faute de dispositifs fiables de vulgarisation comme la presse et les médias [33][33] C’est notamment le cas du Congo où la revue Sciences..., elle ne parvient que rarement, sinon jamais, aux agriculteurs. Elle reste une littérature abstraite connue des seuls chercheurs. Il y a donc un fossé entre les projections de la recherche et son application. Ce qui accroît la pénurie d’IST même sur des questions ayant déjà fait l’objet d’études et pour lesquelles l’information existe bien [34][34] Les travaux sur la pédologie de Michel Misset et Erik.... La visibilité de l’information pourrait être augmentée par la mise en œuvre ou l’amélioration des techniques classiques de diffusion et par l’adoption de nouvelles modalités de diffusion, plus conformes aux attentes des agriculteurs [35][35] Créer des espaces de rencontre entre paysans et vulgarisateurs.... Pour faire en sorte que toute information stratégique bénéficie d’un suivi et d’un accompagnement sur le terrain de la pratique pour la rendre à la fois accessible et disponible à tout acteur agricole.

Restructuration des centres de recherche

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Les centres de recherche dans les pays en développement n’ont pas pour vocation de diffuser les résultats de leurs travaux à l’échelle nationale. Ils se contentent souvent de mentionner leurs conclusions dans des rapports d’activité annuels qui sont des documents administratifs à faible diffusion. Leurs travaux restent inconnus du plus grand public. Les efforts des chercheurs demeurent vains et leur contribution nulle.

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Pour remédier à cette situation, les centres de recherche devraient se doter de centres de documentation qui faciliteraient l’accès à leurs travaux ou les dynamiser lorsqu’ils en disposent déjà. Ces centres devraient aussi créer des services de vulgarisation qui soient en contact direct avec les paysans pour mieux répondre à leurs interrogations. Ce service relais serait composé non seulement de scientifiques mais aussi de communicants pouvant réaliser des films documentaires d’animation sur des sujets portant sur les travaux du centre. Ils devraient aussi développer leurs rapports avec les radios rurales pour couvrir les zones d’accès difficiles mais facilement joignables par les ondes.

Les radios rurales

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L’importance reconnue des radios rurales [14] [18] ne leur confère pas un rôle déterminant dans la vulgarisation de l’information scientifique et technique. En raison de leur commodité et des avantages qu’elles présentent sur d’autres types de moyens de diffusion, les radios locales devraient prendre une part plus importante à la diffusion de l’information stratégique dans PED. Pour qu’elles aient plus d’impact sur les agriculteurs, il serait intéressant d’accorder plus de temps d’antenne aux paysans, d’augmenter les émissions en langues vernaculaires et surtout les émissions publiques sous forme de rencontres entre paysans et vulgarisateurs. La conception et la réalisation des émissions de vulgarisation devraient tenir compte des saisons de l’année et du type des travaux exécutés. Il faudrait mettre en œuvre une formation spécifique pour les vulgarisateurs afin de les rendre plus réactifs et capables d’apporter des réponses satisfaisantes aux questions des agriculteurs ; dynamiser les radios rurales locales qui sont encore plus proches des paysans, mais malheureusement souvent négligées ; mener des études préalables pour déterminer les créneaux horaires propices à une grande écoute paysanne ; sensibiliser les agriculteurs par des actions promotionnelles sur la portée des émissions de la radio rurale. En somme, donner à la radio rurale une fonction de porte-voix des sans voix tout en étant un outil de travail utile à leurs activités.

Le partenariat entre chercheurs et agriculteurs

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C’est une formule intéressante pratiquée par certains organismes d’aide au développement. Elle consiste à former les paysans aux techniques de culture, de production moderne et de commercialisation pour les rendre plus réactifs et productifs, et à les responsabiliser tout en gardant avec eux des liens de travail étroits et privilégiés. Sa réussite est si évidente qu’elle mériterait d’être adoptée par d’autres centres de recherche, surtout nationaux. Dans cette formule, les paysans deviennent des partenaires directs des chercheurs, parce qu’ils prolongent sur le terrain les expériences menées par les chercheurs en laboratoire. Ils travaillent en collaboration avec le centre de recherche qui leur octroie des parcelles de terre qui sont à la fois des pépinières et des terrains d’expérimentation.

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C’est la méthode utilisée par exemple par le centre de recherche d’Agricongo de Brazzaville. Il reçoit des paysans à qui il donne une formation concrète et pratique d’une ou deux semaines. Une fois cette formation achevée, ils repartent dans leur village ou pour ceux qui le souhaitent s’installent sur des terrains que leur offre le centre. Ceux-ci permettent aux chercheurs de tester leurs travaux en ayant un suivi de leur évolution. C’est une méthode qui permet une circulation concrète de l’information et des nouvelles techniques de production agricole vers laquelle devrait tendre l’ensemble des pays en développement.

Conclusion

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Le déficit d’information stratégique agricole dans les pays en développement n’est pas insurmontable ni encore moins une fatalité. Les quelques propositions émises ci-dessus ne sont que des hypothèses ou des suggestions qui ne prétendent pas à l’exhaustivité. Mais, en examinant chacune d’elles et en essayant de l’appliquer, l’on franchirait un cap important vers la solution du problème de l’intégration de l’IST agricole. Elles constituent le nœud sur lequel repose la résolution du paradoxe qui caractérise encore les pays en développement, entre besoin et pénurie d’information stratégique agricole.

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DÉCEMBRE 2004


Références

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  • 20 –  Les politiques d’aide à la recherche pour le développement du tiers-monde : de l’assistance scientifique à la coopération ? Le cas de la France. Cahiers des sciences humaines, 1990, vol. 26, n° 3
  • 21 –  Claude ROBINEAU. Évolution économique et sociale en Afrique centrale : l’exemple de Souanké en République populaire du Congo. Paris : Orstom, 1971
  • 22 –  Séminaire de perfectionnement sur la diffusion de l’information agricole, Ouagadougou, Cierro-Acct, 4-22 décembre 1995
  • 23 –  Djibril SENE. Communication à l’atelier régional sur les besoins en information agricole des pays de l’Afrique de l’Ouest organisé par le CTA et la CEDEAO, Banjul, 11-14 mai 1993
  • 24 –  Transformer la vulgarisation en Afrique. Conférence internationale sur la vulgarisation, Accra, 24-28 novembre 2003

Notes

[1]

Par exemple, au 1er janvier 1996, le ministère de la Recherche en France disposait d’un budget de 3.230 millions de francs pour 3 853 chercheurs [13].

[2]

La Fondation internationale pour la science, par exemple, a octroyé entre 1988 et 1992 plus de 11,3 millions de francs CFA au Centre d’études sur les ressources végétales du Congo.

[3]

Selon J. Casa, la dépense en sciences agricoles en Afrique sub-saharienne francophone était en 1988 de 1,7 % du PIB agricole (0,6 % à la charge des États), ce qui place la région un peu en dessous du Maghreb.

[4]

Dans des pays comme le Congo, où l’intérêt de l’information est pourtant reconnu, le financement de la recherche reste faible. En 1993, sur 30 millions de francs CFA attendus de l’État par le Centre d’études sur les ressources végétales, seuls 16,35 millions ont été versés. Le centre n’avait bénéficié d’aucun crédit d’investissement de 1988 à 1993 [6, p. 17].

[5]

Une étude bibliographique exhaustive paraît difficile à réaliser dans les pays en développement au sud du Sahara en raison de la dispersion des sources. Cependant, en nous contentant de la base Horizon de l’Institut de recherche pour le développement (IRD, ex-ORSTOM), nous n’avons répertorié, par exemple, que onze ouvrages sur le Congo pour la période 1990 à 2000, dont cinq sur les réalités agricoles de toute l’Afrique, deux thèses de doctorat, deux brochures et deux ouvrages traitant réellement de l’agriculture du Congo [16, p. 107].

[6]

Tenue en avril 1964, la conférence connue sous le nom de Plan d’action de Lagos prônait le développement de l’Afrique. Elle recommandait aux États de consacrer 0,5 % de leur PNB à la recherche-développement, pour parvenir à 1 % en 1980. Peu de pays y sont parvenus : en 1985, le Sénégal était à 0,16% [11].

[7]

Les volumes de production d’information stratégique sont faibles et la qualité parfois si médiocre qu’elle ne participe presque pas au processus de développement agricole. Le Nigeria, qui est l’un des pays du continent où la recherche est la plus développée, importe encore une quantité anormalement élevée de riz simplement parce que la qualité de celui qui est produit dans le pays ne satisfait pas les consommateurs [11, p. 18].

[8]

Les autorités congolaises, par exemple, prirent les premières mesures sur l’intégration de la science en 1960, dès après l’indépendance.

[9]

Le plan d’action de Lagos recommande notamment de porter à 200 en 1980 le nombre de chercheurs par million d’habitants. Ou de consacrer 0,5 % du PNB à la recherche et au développement.

[10]

Alors président du Congo, Pascal Lissouba reconnut en 1992 que le retard de l’Afrique est dû au fait qu’elle n’accorde à la science qu’un intérêt marginal [15, p. 48].

[11]

À ce jour les résultats tangibles obtenus au Congo proviennent de l’IRD et de quelques chercheurs nationaux qui bénéficient de bourses de cet institut, et surtout d’Agricongo [voir ci-après note 24]. Alors que les chercheurs nationaux, par manque d’investissements, ne peuvent pas grand chose.

[12]

Jusque dans les années 1980, la coopération en agronomie de certains pays occidentaux tels que la France avec les PED se faisait sur des fausses bases. Par exemple, de nombreux pays comme la Côte d’Ivoire ou le Sénégal comptaient encore un taux anormalement élevé de chercheurs français par rapport aux chercheurs de ces pays ; et surtout l’aide financière de la France passe par ses organismes de recherche comme le CIRAD ou l’IRD et ne va pas directement aux chercheurs nationaux.

[13]

L’on remarque que, même à une échelle modeste, la collaboration entre chercheurs du Nord et du Sud est efficace, comme c’est le cas entre ceux de l’IRD et ceux de la Direction générale de la recherche scientifique au Congo [19, p. 52-53].

[14]

L’insuffisance des salaires des chercheurs les incite, pour compléter leurs revenus, à trouver des emplois rémunérés en plus de leurs activités de recherche.

[15]

L’intérêt pour la recherche agricole varie d’un pays à un autre en fonction de la situation politique et de la vision qu’en ont les décideurs, ce qui différencie des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Cameroun, qui font des efforts appréciables, des pays comme le Congo démocratique ou l’Ouganda, qui sont en queue de peloton.

[16]

Idachaba, 1980, cité par Gaillard [10].

[17]

Enquête menée du 20 au 28 avril 1996 à l’Institut de développement rural de Brazzaville sur un échantillon de cent étudiants et de trente vulgarisateurs de la radio rurale congolaise et du ministère de l’agriculture.

[18]

Jusqu’en 1993, l’Ambassade du Congo en France disposait d’un fonds regroupant la plupart des travaux soutenus par des étudiants en France.

[19]

Au Nigeria, dans les années 1980, 20 à 50 % des postes de chercheurs étaient vacants suivant les instituts et la proportion était de loin la plus élevée chez les seniors.

[20]

Selon Jacques Gaillard, 34 % ne participent à aucune conférence par an [10].

[21]

Nombre d’universités des pays en développement ne sont pas encore connectées au réseau mondial. L’université de Brazzaville, par exemple, ne dispose à ce jour que de quelques points permettant d’accéder à Internet.

[22]

Le cloisonnement dans le système de production et de recherche agricole fait que les travaux des chercheurs restent souvent méconnus des agriculteurs. C’est notamment le cas des travaux de l’Orstom sur la pédologie au Congo, particulièrement dans la région de Dihéssé et Makabana, mais qui ne sont connus d’aucun agriculteur de ces deux localités [17, p. 13].

[23]

Pour toutes les femmes agricultrices que nous avions rencontrées à Passi-Passi près de Dolisie dans la région du Niari en juin 1996, l’information stratégique agricole est une abstraction occidentale [16, p. 222].

[24]

Créé en 1986 à l’initiative d’Agrisud international sous forme de société mixte (avec notamment 51 % de fonds de la compagnie Elf-Congo et 21 % de capitaux de l’État), Agricongo offre aux chercheurs de son centre de Kombé des conditions de travail confortables sinon exceptionnelles qui leur permettent d’avoir des résultats concrets dont l’apport à l’agriculture en fait aujourd’hui le premier centre de recherche agronomique du pays.

[25]

L’équipe de recherche d’Agricongo a mis au point un système de culture maraîchère qui permet le ravitaillement de Brazzaville en légumes frais quelle que soit la saison.

[26]

Près de 7 % des chercheurs quittent chaque année l’Afrique pour d’autres horizons.

[27]

En Afrique francophone, ce rôle est dévolu au CIRAD qui effectue la plupart des expertises et conseille les États dans les projets agricoles.

[28]

En 1987, le Comité des programmes du Centre de recherche vétérinaire et zootechnique de Brazzaville engagea douze programmes qui devaient être financés à hauteur de 100 millions de francs CFA par an par l’État. En 1989, il ne reçut que 30 millions, et 8 programmes furent abandonnés [5, p. 6].

[29]

Le réseau congolais d’information scientifique agricole créé avec l’aide financière de la FAO et du CRDI en 1988 n’a eu qu’un impact limité sur la vulgarisation. Faute de suivi dans le financement par les autorités congolaises, il n’est plus opérationnel.

[30]

Le projet de développement rural initié au Congo en 1962 avec l’aide du Bureau international du travail a échoué en partie parce que les responsables n’ont pas pris en compte, dans ses dimensions sociologiques, historiques et environnementales, la population de la zone d’exécution de ce projet.

[31]

Le fonds documentaire du centre de documentation et de l’information scientifique est constitué de plus de 60 % des dons reçus d’organismes comme la FAO. Si ceux-ci sont indispensables pour la survie du centre, une bonne partie de l’information ne répond pas vraiment aux préoccupations des usagers.

[32]

Seules quelques universités de pays comme le Nigeria, le Sénégal ou le Kenya ont réussi à créer des troisièmes cycles sérieux.

[33]

C’est notamment le cas du Congo où la revue Sciences et technologies, créée en 1984, n’a connu que quatre numéros avant de disparaître. La radio rurale a connu le même sort quelques années plus tard, en 1997, faute de financement, après le retrait de la fondation allemande Friedrich Naumann qui y participait depuis 1978.

[34]

Les travaux sur la pédologie de Michel Misset et Erik Braudeau, menés en 1983 dans les environs de Mohali, dans la région de la Cuvette dans le nord du Congo, existent mais ne sont jamais parvenus aux paysans de la région.

[35]

Créer des espaces de rencontre entre paysans et vulgarisateurs pour un échange d’expérience, reconnaître et valoriser le savoir de l’agriculteur sont d’efficaces moyens de transmission des techniques scientifiques en milieu rural.

Résumé

Français

Matière première du développement agricole de toute société contemporaine, l’information stratégique est indispensable pour produire, innover, décider, gérer, être compétitif... Sa disposition ni son utilisation ne sont pourtant les mêmes à travers le monde : les pays en développement se trouvent dans la situation paradoxale d’être ceux qui en ont le plus besoin et qui en même temps en manquent le plus cruellement. Cette étude se penche sur la production, la diffusion et l’utilisation de l’IST agricole en Afrique sub-saharienne : l’auteur s’interroge sur les moyens à mettre en œuvre pour repenser les modalités d’intégration des résultats de la recherche au développement agricole et ouvre un certain nombre de pistes.

Plan de l'article

  1. 1 - La production d’information stratégique agricole : constats et propositions de remèdes
    1. Le financement de la recherche
    2. La motivation des décideurs politiques
    3. La littérature grise
    4. Les instituts de recherche agricole et les universités
    5. Le rôle des équipes de recherche agricole
    6. La recherche agricole privée
    7. La définition des programmes agricoles
    8. Des commissions d’acquisition sélective de l’information
    9. La création et l’harmonisation des réseaux des laboratoires de recherche
  2. 2 - Des pistes pour améliorer la diffusion et l’accessibilité de l’IST agricole
    1. Restructuration des centres de recherche
    2. Les radios rurales
    3. Le partenariat entre chercheurs et agriculteurs
  3. Conclusion

Pour citer cet article

Makosso Jean-Félix, « Les pays d'Afrique sub-saharienne entre besoin et pénurie d'information stratégique agricole », Documentaliste-Sciences de l'Information 6/2004 (Vol. 41) , p. 326-333
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2004-6-page-326.htm.
DOI : 10.3917/docsi.416.0326.


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