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Documentaliste-Sciences de l'Information

2005/1 (Vol. 42)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.421.0048
  • Éditeur : A.D.B.S.

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CES JOURNEES D’ETUDE ONT ETE PRESENTEES PAR FLORENCE WILHELM-Rentler qui en a été l’initiatrice. Elle en a rappelé la genèse et exposé les objectifs de rapprochement – entre les métiers et ceux qui les exercent, entre les associations qui les représentent et dont l’union ne peut qu’augmenter la force.

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En introduction et pour cadrer les débats à venir, Michel Melot s’était préalablement livré à une réflexion sur l’évolution récente et à venir des métiers d’archiviste, de bibliothécaire et de documentaliste. Dissociés récemment, ils pourraient se rejoindre à nouveau dans cet environnement numérique qui en estompe les contours. Si l’évolution permanente de la technologie fait aujourd’hui du téléphone portable le support cible des éditeurs de contenus, il ne faut pas oublier que le livre n’a pas toujours été le support phare qu’il était encore très récemment, ni que les médias évoluent parallèlement pendant de très longues périodes.

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On ne peut manquer d’être perplexe face à un environnement où les bibliothécaires n’ont plus pour mission d’acquérir, d’indexer ni de conserver, où les documentalistes sont supplantés par les moteurs de recherche et où les archivistes ne conservent plus – « la collection n’étant plus qu’une connexion ». Mais cette évolution inspire cependant à Michel Melot un sentiment positif, en considération de la mission de ces métiers – donner les moyens d’effectuer des choix pertinents et objectifs dans la pluralité des médias et la diversité des contenus – et leur capacité d’adaptation. Il leur reconnaîtrait même une place plus importante en raison du poids des médias et de la communication dans la société actuelle.

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Des mises en garde devaient être apportées, entre autres à propos de l’investissement qui est indifférent aux contenus et qui ne porte que sur les nouvelles formes de médias. Mais puisque la logique de profit, si elle peut engendrer l’uniformisation, peut aussi favoriser la diversité, il faut parvenir à contrebalancer les effets pervers du capitalisme. Par ailleurs, il convient aussi de garder le souci de « conserver des traces » en gérant un stock, y compris un stock non numérisé, afin de répondre aux sollicitations actuelles mais en assurant une mise en contexte, ce qui est une mission essentielle de ces métiers, et dans un souci permanent de construire l’histoire. Enfin, puisque le format choisi pour véhiculer un message a une incidence sur son sens, il convient de savoir analyser un tel impact pour établir des choix dans l’avalanche des nouveaux médias. D’ailleurs, définir les modes de lecture et d’écriture appropriés est une compétence importante et elle est également propre à ces métiers.

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Ceux-ci, en fait, ne sont ni obsolètes ni nouveaux, mais tout simplement des métiers qui évoluent et qu’il faut aider à évoluer en veillant à en « conserver la trame ».

Les organisateurs

Les quatre associations organisatrices de ces rencontres interprofessionnelles étaient l’Association des archivistes français (AAF), l’Association des bibliothécaires français (ABF), l’Association des directeurs et des personnels de direction des bibliothèques universitaires et de la documentation (ADBU) et l’Association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS).

Session 1 Les cœurs de métiers

Présidente de session et animation : Caroline Wiegandt, présidente de l’ADBS

Chaque métier du monde de l’information fonde sa légitimité sur un certain nombre de pratiques, de techniques, sur un ou des publics… L’objectif de cette session était de mettre en évidence ce qui constitue la référence professionnelle de chacune des composantes.

• Introduction, par Arlette Boulogne, directrice de l’INTD

• Le métier d’archiviste, par Élisabeth Verry, directrice des archives départementales du Maine-et-Loire

• Le métier de bibliothécaire, par Isabelle Dussert-Carbonne, adjointe du directeur de la Bibliothèque publique d’information

• Le métier de documentaliste, par Marie Baudry de Vaux, responsable du service Documentation du CEREQ

• Une autre version des métiers : l’Espagne, par Carlos Miguel Tejada Artigas, professeur de bibliothéconomie et documentation à l’université Complutense de Madrid

Les cœurs de métiers

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La première session visait à rappeler ce qui constitue la référence professionnelle – la spécificité – de chacun des trois métiers considérés qui ont en commun la fonction désormais principale de médiation. Un regard sur la situation en Espagne a complété ce panorama (voir page suivante).

Des médiateurs de l’information

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C’est au cours du XIXe siècle, avec l’apparition d’institutions qui ont créé des services d’archives, de bibliothèques et plus tard de documentation, puis par la création de formations spécifiques adaptées à ces différentes pratiques, qu’une distinction s’est faite entre ces trois métiers, renforcée par le poids des statuts.

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Mais lorsque l’on examine les définitions données par les professionnels, on y trouve la même mission très générale qui consiste à traiter un document pour un public plus ou moins large. Quant à l’analyse des offres d’emploi et des référentiels de métiers, elle fait réapparaître le même « cœur de métier », accompagné des désormais incontournables connaissances informatiques.

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Les différences ne résident que dans la nature du traitement qui sera privilégié, celle de l’aide apportée aux usagers, et dans les contenus des produits ou des services offerts. Si certains répondent à des objectifs « de culture, de démocratie, d’appropriation des savoirs et de mondialisation de la recherche », d’autres ciblent leur action sur une information collectée à des fins de performance économique. Dans tous les cas, c’est une médiation qui s’exerce, mais sous des formes différentes et il leur incombe à tous de mener des travaux en amont pour faciliter l’accès à l’information et en aval pour conseiller l’utilisateur.

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La numérisation et l’Internet vont certainement favoriser leur convergence puisque l’accent sera mis davantage sur les traitements de l’information et non plus sur le document primaire qui se présente désormais sous la même forme numérique. Ils sont d’ailleurs déjà regroupés par l’ANPE sous une rubrique commune, celle de spécialiste de la gestion de l’information, et, grâce aux travaux menés sous l’égide de l’ECIA (European Council of Information Associations), ils disposent d’un référentiel, défini au niveau européen, des compétences propres aux trois métiers (voir le site www. certidoc. net).

Le métier d’archiviste

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S’il est une profession inscrite dans l’histoire, c’est bien celle d’archiviste. Mais les missions qui lui ont été dévolues ont évolué au fil du temps. Chargé de la garde d’un dépôt de documents à des fins juridiques, l’archiviste assume aussi, à partir du XIXe siècle, une mission dans la construction de l’histoire, ce qui lui confère un prestige nouveau. Au XXe siècle, il lui appartient également de valoriser son fonds et de prendre diverses initiatives éducatives et culturelles.

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L’archiviste doit collecter l’information sur les lieux de sa production et réussir à garder la mémoire de l’exercice d’une activité pour répondre au « principe du respect des fonds ». Plusieurs notions essentielles au métier ont été définies au cours du temps, parmi lesquelles celles d’archives courantes, intermédiaires et définitives, distinguées en fonction de leur âge, ou celle de valeur primaire, celle qu’a le document au moment de sa création, et de valeur secondaire qui, acquise avec le temps, peut être différente.

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L’application de ces théories met en relief la fonction de tri. C’est l’étape suivant la phase d’évaluation d’un document analysé en fonction de la nature de son producteur et de ses futurs utilisateurs ainsi que de son contenu et de sa forme. C’est elle aussi qui permet de définir un plan de classement et de remplir un tableau de gestion des documents. « L’archiviste est celui qui a le pouvoir de choisir ».

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Collecte, sélection et, de plus en plus souvent, diffusion à un public par une valorisation des fonds : nous retrouvons ici les opérations propres aux trois métiers. Les spécificités tendent en outre à disparaître avec l’évolution contemporaine qui fait naître des préoccupations communes liées à la collecte et à la pérennisation des informations, à l’évolution des besoins de la société, à la multiplication des missions aujourd’hui dévolues à ces métiers.

Les métiers de l’information en Espagne

Ce sont des données chiffrées qui donneront un aperçu de la situation en Espagne. On y note que la plupart des bibliothèques, de petite taille, ont été créées il y a moins de trente ans à l’initiative d’institutions publiques et que le personnel qui leur est attaché a augmenté de manière importante au cours de ces dernières années. En revanche, aucune statistique ne permet de connaître précisément les centres de documentation ni leur personnel, attachés généralement à l’entreprise.

Plusieurs associations représentent les professionnels des trois secteurs et elles sont regroupées au sein d’une fédération, la FESABID. Quant à la formation universitaire, à laquelle participent aussi des universités privées, elle propose trois cycles dont les effectifs, après une forte expansion, stagnent aujourd’hui. Des réflexions suscitées par le processus de Bologne relatif à l’harmonisation des formations universitaires naîtra un diplôme en information-documentation dont le contenu est fondé en partie sur le référentiel européen des compétences.

En ce qui concerne le marché du travail qui offre désormais plus d’opportunités dans le secteur privé, il a été démontré que les employeurs ne connaissent pas les divers métiers, comme le prouvent les dénominations employées, très fantaisistes ;mais ils savent parfaitement définir les résultats qu’ils escomptent.

Ce qui est souligné, en conclusion, c’est que l’identité des professionnels est souvent liée à un lieu, une bibliothèque ou un service d’archive, et que la demande des entreprises, plus présente, nécessite une adaptation à des besoins spécifiques. Par ailleurs, la formation professionnelle et universitaire contribuera à regrouper les trois métiers, une évolution qui pose moins de problèmes aux professionnels que ceux que pourraient poser l’arrivée d’autres métiers dans ce secteur ou la reconnaissance de leurs métiers au sein de l’entreprise. En outre, s’il y a confusion entre les métiers dans le secteur privé, le secteur public dissocie deux d’entre eux et néglige le métier de documentaliste. Ce sont des points qui sont actuellement examinés pour repenser la formation et déterminer son évolution.

M.B.

Le métier de bibliothécaire

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Le cœur du métier de bibliothécaire était organisé autour de la constitution d’une collection. Mais si, dans ce cadre, le livre a occupé une position prépondérante – et en occupe sans doute encore une centrale –, il n’en va plus de même dans l’environnement numérique où nombre d’objets semblent « échapper » à ce métier. Il convient ensuite d’ordonner la collection. Mais cette spécificité technique du métier est désormais déléguée à certains établissements, comme la BnF, par exemple, qui établit des notices catalographiques réutilisées par d’autres bibliothèques.

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Le cœur du métier n’est donc pas une technique particulière, celle qui se serait rigidifiée à un moment de l’histoire. Si l’outil est secondaire, ce qui est important, en revanche, c’est l’adaptation à l’évolution rapide des technologies, qui apparaît ainsi comme l’une des compétences majeures du métier. Et, puisque ce dernier n’est plus autocentré sur des techniques, le bibliothécaire peut concentrer son activité sur une mission plus large qu’est le service au public. C’est d’ailleurs la fonction d’accueil qui occupait une place centrale dans l’enquête sur les activités réalisée par le personnel de la Bibliothèque publique d’information.

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Car le public est bien au cœur de ce métier, un public qu’il convient d’aider à trouver l’information dont il a besoin. Le bibliothécaire reste « un passeur, un médiateur du savoir, un créateur de liens ». Si le souci de collection physiquement présente dans la bibliothèque a longtemps prévalu, c’est aujourd’hui le développement de services d’information divers, intégrés et adaptés à une collectivité donnée afin de favoriser la découverte de l’« espace insoupçonné de liberté » qu’offre le libre accès à l’information et à la culture.

Le métier de documentaliste

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La notion de médiation est également centrale et dominante dans le métier de documentaliste puisqu’il appartient à celui-ci d’établir une relation entre une information et un utilisateur. Il est un spécialiste qui recourt à différentes techniques pour rechercher et obtenir une information utile et fiable, la gérer et la mettre à disposition d’un public précis. Il lui faut transformer l’information en une matière exploitable et savoir la communiquer. Ce métier, qui porte de multiples dénominations, se décline en quatre axes principaux : la recherche d’information, la gestion de la mémoire et des connaissances, la production de systèmes, d’outils et de supports, enfin le management, le conseil et la formation.

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Plus présent dans le secteur privé, ce qui le caractérise aussi est la multiplicité des compétences qu’il requiert, comme le démontrent les offres d’emploi, alliant des compétences techniques à une connaissance souvent approfondie d’un secteur d’activité, et une expertise en matière de communication comprenant la maîtrise des langues étrangères. C’est aussi un métier qui suit de près les mutations technologiques et organisationnelles des entreprises et qui s’en saisit pour revaloriser la fonction documentaire, en révélant des besoins en information et en sachant y répondre par diverses solutions personnalisées, intégréEs dans des environnements plus larges.

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C’est une gageure dans un environnement où l’information est non seulement pléthorique mais aussi hétérogène dans ses contenus comme dans ses formats. Le documentaliste ne manie d’ailleurs plus un stock unique et bien localisé, mais différents gisements documentaires qui coexistent, à distance, sans négliger un support papier qui reste cependant très présent. Ce sont même bien souvent des flux d’informations qu’il doit gérer, pour des usages spécifiques pour lesquels des droits adaptés doivent être négociés.

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Parmi les tendances qui s’affirment actuellement, on note, comme pour les bibliothécaires, une nette diminution du temps consacré à l’analyse du document grâce à la mutualisation de ce type de traitements, ce qui donne l’opportunité de se consacrer davantage à la diffusion et à la mise à disposition de l’information, par des produits et services à forte valeur ajoutée. Par ailleurs, la recherche documentaire est devenue plus complexe, dans un contexte où domine l’incertitude et où la notion d’adaptation à une évolution rapide devient fondamentale.

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Si l’information semble aujourd’hui facile à obtenir, la surinformation présente de nombreux pièges. La valeur ajoutée du professionnel consiste à savoir sélectionner une information fiable, validée, et à la repositionner dans un contexte adéquat ; ce qui non seulement génère des gains de temps et de coûts mais apporte aussi une aide à la décision qui permet d’améliorer les performances d’une entreprise.

Agir sur les pouvoirs

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La séance est introduite par Gilles Eboli, qui situe le débat dans le cadre des graves dangers ressentis par les professionnels de l’information du fait de la transposition en France de la directive européenne sur le droit d’auteur. La question centrale est ce que les Anglo-Américains appellent l’advocacy, c’est-à-dire la promotion et la défense de nos professions.

Être présents au plan international

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Christine Deschamps, qui a été présidente de l’IFLA pendant six ans, expose les recettes qui permettent de faire avancer un dossier : 1) classer ses priorités, demander deux choses et lâcher celle qui compte le moins ; 2) déterminer le bon pouvoir, choisir le bon moment ; 3) savoir présenter un dossier sans nécessairement utiliser les vrais arguments… Les trois maîtres mots d’une telle opération sont tact, patience et obstination.

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Le travail de Christine Deschamps sur le plan international lui a permis de toucher du doigt les rivalités politiques, les difficultés linguistiques et les susceptibilités entre nations. Il y a en tout état de cause une nécessité absolue à être présents sur le plan international, en particulier pour les associations professionnelles.

La difficile construction de la société de l’information

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Après avoir rappelé quels sont les nombreux pouvoirs (politique, économique, militaire, médias, etc.) et contre-pouvoirs (« pouvoir culturel », éducation populaire, logiciels libres, etc.) qui s’opposent, Hervé Le Crosnier déplore que les sommets mondiaux de l’information (Genève, 2003 ; Tunis, 2005) réduisent la notion à « la société de l’Internet ». Il évoque les mouvements qui proposent une alternative (chercheurs pour le libre accès à la science, auteurs et créateurs, médias communautaires, etc.). Ces initiatives présentent deux caractéristiques : elles prônent le « culte du consensus » comme manière d’organiser la cohabitation des expériences et des projets et elles décident de « vivre l’alternative aujourd’hui », c’est-à-dire qu’elles remplacent le modèle de la compétition par celui de la coopération.

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En ce qui concerne la propriété intellectuelle, on assiste à l’heure actuelle, en particulier sur les questions de droit d’auteur, à un succès des « intégristes » qui veulent appliquer des droits uniformes à la propriété immatérielle. Le rôle des bibliothèques et des autres centres de ressources documentaires est de contribuer à la définition d’un « domaine public partagé » qui donne toute sa richesse à une société de l’information voulue par le plus grand nombre.

La médiation entre politiques et professionnels

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Conseiller du président de la Bibliothèque nationale de France, Jean-Marie Borzeix rappelle son rôle de médiateur dans le débat sur le droit de prêt. Son intervention lui a permis de constater une situation relativement bloquée au départ : des mondes isolés (libraires, éditeurs, bibliothécaires), une méconnaissance assez généralisée du dossier, tant sur le prêt que sur la propriété industrielle, et enfin une ignorance totale de la situation à l’étranger. Enfin, il a découvert une réelle discordance entre l’objectif affiché et l’objectif dissimulé par les différents protagonistes. La même chose s’était produite à propos de la loi sur le prix unique du livre.

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Jean-Marie Borzeix considère que, depuis vingt ans, l’attitude des hommes politiques pour le monde des bibliothécaires est empreinte de respect : ces professionnels représentent clairement pour eux des acteurs culturels de premier plan. À tel point que la construction d’une médiathèque fait partie de leur plan de carrière…

Session 2 Agir sur les pouvoirs

Président de session et animation : Gilles Eboli, président de l’ABF

Qu’il s’agisse de questions juridiques, de réactions contre des pratiques commerciales contestables ou de défendre la déontologie de nos métiers, les professionnels de l’information sont amenés à agir sur les pouvoirs. Quelques témoignages ont été présentés par :

• Christine Deschamps, présidente honoraire de l’IFLA

• Hervé Le Crosnier, maître de conférences à l’Université de Caen

• Jean-Marie Borzeix, conseiller du président de la BnF, ancien directeur de France Culture

• Bruno Galland, responsable de la section Archives du XXe siècle aux Archives nationales

de l’information et de la communication et des réseaux câblés

• Roger Nougaret, responsable des archives historiques, groupe Crédit Agricole SA

L’association « Une Cité pour les Archives »

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Bruno Galland, chef de section au Centre historique des Archives nationales, retrace le combat de l’association « Une Cité pour les Archives «. En 1998, au lendemain de la publication du rapport Bélaval sur les Archives nationales, force était de constater la situation catastrophique dans laquelle se trouvaient celles-ci sur les deux sites de Paris et de Fontainebleau (dépôts saturés et, surtout à Paris, dans un état déplorable). Le calendrier se déroule comme suit : 17 janvier 2001 : constitution de l’association ; 5 novembre 2001 : colloque « Les Français et leurs archives « au Conseil économique et social ; mars 2002 : annonce de la sélection de cinq sites ; mars 2004 : annonce par le président de la République du choix final du site de Pierrefitte en Seine-Saint-Denis.

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Les raisons de ce succès tiennent à une conjoncture favorable (intérêt pour l’histoire et la mémoire, doublé d’une forte demande sociale) et à une forte mobilisation des utilisateurs (professeurs d’histoire, généalogistes) qui est venue relayer la pression de la profession et de la direction des Archives de France.

Les attentes des employeurs

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Dans le secteur public comme dans le privé, les professionnels de l’information travaillent pour des employeurs variés dont les attentes déterminent les relations qu’ils entretiennent avec eux. Quelques exemples très contrastés ont été présentés.

La position d’un directeur des affaires culturelles

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Il s’agit certainement d’une position un peu complexe puisque, pour l’illustrer, il a semblé utile de rappeler ce qu’est le directeur des affaires culturelles d’un département. Contrairement au bibliothécaire qui dispose de formations, d’un statut et de référentiels de compétences, ce n’est pas un métier défini précisément et la position très variable qu’il peut occuper dans les organigrammes des diverses institutions ou la diversité des rôles qui peuvent lui être confiés complique encore cette approche.

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On peut le percevoir comme un généraliste de la culture dont le cœur de métier est la politique culturelle sur un territoire donné, définie en relation avec les élus responsables de la culture. Il se trouverait face à un spécialiste qu’est le bibliothécaire en matière de lecture publique mais sans qu’il y ait de relation hiérarchique entre eux, le bibliothécaire dépendant d’un élu. Cette articulation, dans les faits, est souvent brouillée lorsque ce généraliste privilégie certains axes de la politique et que le bibliothécaire étend son champ d’action.

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Ce qui s’avère alors indispensable, c’est un projet culturel territorial clairement défini et un partage transparent des tâches permettant un travail en synergie. Ce qui ressort finalement de cet exposé est la notion de partenariat à développer entre des politiques et des experts.

L’attente des élus

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Les rapports entre élus et bibliothèques ont été illustrés par l’exemple de Limoges, à propos de l’ouverture d’une nouvelle bibliothèque et de la politique de lecture publique soutenue par cette ville. La création d’un nouveau bâtiment a représenté une opportunité de réorganisation, qui a permis de proposer un accès gratuit à des services très variés ouvert à différentes catégories de population ainsi que de multiples animations culturelles.

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Ce projet vise à renforcer les actions d’accompagnement au sein de la bibliothèque, de toucher davantage de publics dits « empêchés », de poursuivre les actions de conservation et de valorisation des fonds, de promouvoir son fonds francophone qui lui permet d’être pôle associé de la BnF et de développer davantage de services numériques afin d’alimenter, entre autres, un portail éducatif pour l’ensemble de la ville, en relation avec divers partenaires extérieurs.

Session 3 Les attentes des employeurs

Président de session et animation : Paul-Dominique Pomart, chef du service Formation de Bayard Presse

Cette session avait pour objectif de mettre en évidence ce qu’attendent les employeurs des professionnels de l’information dans la réalisation des enjeux dont ils sont les porteurs.

• Jean-Pierre Finance, président de l’Université Nancy 1

• François Deschamps, directeur des Affaires culturelles et du Patrimoine historique du Conseil général de Haute-Savoie

• Monique Boulestin, adjointe au maire de Limoges en charge de la lecture publique, des bibliothèques, de la francophonie, de la technologie de l’information et de la communication et des réseaux câblés

• Roger Nougaret, responsable des archives historiques, groupe Crédit Agricole SA

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L’attente des employeurs aura, finalement, été présentée en creux, à partir des projets ayant donné lieu à des réalisations concrètes réussies et des projets d’évolution définis, dans le cadre des liens très étroits existants depuis de nombreuses années entre les responsables de la bibliothèque et les élus de la ville. Ce qui a été mis en exergue, c’est surtout la qualité de l’écoute entre les experts que sont les bibliothécaires et les politiques.

Les attentes d’un employeur dans le secteur privé

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C’est une expérience totalement différente, émanant d’une banque, qui a été présentée ensuite. Elle concerne les archivistes et les documentalistes.

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Il a d’abord été rappelé que, dans les années 1990, on s’était détourné de la documentation, fragilisée – bien plus que les archives qui présentaient un enjeu institutionnel – par les techniques nouvelles qui avaient engendré des phénomènes de « technobéatitude » rendant obsolète toute forme d’intermédiation. On a alors peu investi dans la documentation et ce monde « vieillissant », souvent rétif au bureau sans papier, regroupé en une structure centralisée, désormais inadaptée au réseau, a accentué le phénomène d’abandon.

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Ces métiers sont pourtant appelés à être revalorisés, comme ce fut le cas dans cette banque où deux faits ont marqué leur retour en grâce. Ce fut, d’une part, l’obligation d’effectuer des recherches ponctuelles, très délicates, liées à la spoliation des biens de familles juives pendant la guerre. Ce fut aussi la nécessité de ne pas perdre de temps face à cette masse considérable d’informations en recourant à des spécialistes du tri et de la validation, sachant également trouver toute information « exotique » qui pouvait être nécessaire. Si l’on a fait « du neuf avec de l’ancien », c’est aussi parce qu’on a su s’adapter à une demande nouvelle en proposant des produits et services à forte valeur ajoutée. Il ne s’agit plus de gérer une série d’abonnements, de faire des revues de presse ou de classer des documents mais de les enrichir en sachant commenter et mettre en perspective divers contenus. Le professionnel n’est plus alors perçu comme un auxiliaire mais un acteur à part entière.

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Ce que l’on attend de ce professionnel, c’est une veille sur des sujets variés, une connaissance juridique et normative à laquelle doit se conformer toute entreprise, une capacité d’anticipation permettant d’aller au devant des besoins d’un client, une faculté d’adaptation à l’évolution des structures et de la demande. On ne lui demande plus de gérer une structure pérenne mais d’animer divers projets successifs et de savoir s’insérer dans des projets de grande envergure.

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C’est la valeur ajoutée qui est l’atout majeur pour un chef d’entreprise et le professionnel de l’information peut l’apporter par la qualité des démarches menées et des résultats obtenus, reconnue par des processus de certification des services. Ainsi, en matière d’archives, les entreprises ont des services de records management qui jouent un rôle fondamental en matière de gestion des risques et dans le plan de continuité d’activités, ce qui est une nécessité dans la profession bancaire.

Les métiers de l’information à l’Université

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Le système universitaire français, qui répond à la fois à une logique administrative et de recherche et où coexistent plusieurs structures régionales et nationales reste complexe. Ce paysage se brouille encore davantage avec l’arrivée d’un public hétérogène, une tendance à l’individualisation, des relations avec un environnement de plus en plus large soumis à d’autres logiques.

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Dans cette université, utilisatrice mais également productrice d’information, il faut non seulement acquérir une documentation plus variée, mais aussi valoriser la production interne pour la proposer à un public plus divers, élargi au monde extérieur, ce qui implique des tâches quelquefois complexes qu’il convient de mutualiser. L’accent a été mis sur la diversification des périmètres de l’information scientifique et technique en termes de supports, d’origines, d’usages, et sur la nécessité d’accompagner les publics dans la maîtrise des outils et des contenus puisque les méthodes de recherche de l’information, de diffusion et d’évaluation des résultats ont considérablement évolué.

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Le support numérique modifie naturellement la nature des tâches liées à l’acquisition, au stockage, à la recherche, au classement, à l’indexation de l’information, et il donne un poids nouveau aux méthodes de sécurisation. Il fait émerger aussi un besoin de compétences nouvelles que sont la maîtrise des règles juridiques et des techniques de négociation mais aussi de compétences techniques plus pointues utiles aussi pour former les usagers.

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Ce que l’on attend des métiers de l’information, c’est une expertise et des conseils pour la conception de systèmes d’information, une médiation pour l’usage des systèmes documentaires, une garantie de la qualité du stockage et de l’accès. Ils doivent pouvoir répondre à de nouvelles contraintes en matière de coût et de temps et établir de nouvelles relations avec les usagers. Ils doivent savoir fonctionner en mode projet avec une équipe pluridisciplinaire, ce qui implique la connaissance de leur secteur et une capacité à s’ouvrir à d’autres fonctions dans l’organisme où ils opèrent, le système documentaire n’étant qu’une « brique intégrée dans un système d’information global de l’université ».

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M.B.

Vivre la polyvalence

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La gestion d’ensembles multiples et divers de ressources informationnelles exige des compétences de plus en plus variées. Le titre de cette session voulait illustrer cette complexité et cette diversification croissantes des métiers de l’I&D.

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Mais quelle est la réalité objective de cette polyvalence ? En fait, cette diversification est en œuvre depuis quelques années déjà avec la multiplication des supports et le recul d’un certain formalisme à la fois du document et du traitement documentaire. Mais les conséquences en sont différentes selon les structures et selon les professionnels.

L’élargissement des fonctions et des compétences

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Une vision prospective, proposée par l’un des orateurs, a mis en évidence trois évolutions majeures et simultanées dans les bibliothèques : l’impact des TIC sur la gestion documentaire et la production/diffusion de l’IST, ce qu’on appelle le back office ; l’évolution des publics (qui influe sur le travail de front office) ; l’évolution de l’environnement institutionnel.

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Le travail qui constituait le cœur des métiers des bibliothécaires (notions de collection, de catalogage, etc.) est en train de se transformer radicalement. L’enjeu majeur se déplaçant vers la mise en place de systèmes d’information intégrés et ouverts (ressources documentaires internes et externes, intranets universitaires, Internet). Cet élargissement se traduit par la nécessité de faire appel à une pluralité de métiers qui va de pair avec une certaine perte de monopole pour les bibliothécaires.

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L’évolution du public s’exprime quant à elle par une demande de services de plus en plus diversifiés et personnalisés. Un ajustement permanent entre services à distance et services assurés sur place est l’un des défis à relever.

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Les institutions évoluent dans un environnement concurrentiel de plus en plus affirmé. Les modes de financement, de gestion, d’évaluation ne sont plus les mêmes et obligent les professionnels à acquérir de nouvelles compétences (techniques, administratives, juridiques, etc.).

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Plus qu’à des professionnels représentant des métiers bien définis une fois pour toutes, c’est à une équipe interprofessionnelle avec une hybridation des compétences et des qualifications que l’on confiera la prise en charge du système d’information. Les bibliothécaires, les archivistes et les documentalistes joueront alors plus un rôle d’intégrateurs et d’interfaces.

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Il ne fait pas de doute que les cursus de formation initiale et continue devront prendre en compte cette évolution.

La polyvalence dans les bibliothèques universitaires

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Les bibliothèques universitaires fournissent un bon exemple de la polyvalence qui s’impose actuellement puisqu’elles sont devenues des « services communs de la documentation » (SCD), chargés entre autres de la mise en place de la stratégie documentaire des établissements universitaires. Cette évolution illustre bien cet élargissement dont il était question plus haut : gestion de la documentation électronique (compétences techniques et juridiques), formation des étudiants à la méthodologie documentaire (compétences pédagogiques), politique documentaire de l’université (implication dans l’action politique et compétences en marketing), etc.

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La réponse apportée est un investissement massif des SCD dans la formation continue des personnels et l’émergence de nouveaux types de formations, dans le contenu (en particulier juridique) et dans la forme (se déroulant en interne).

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Le référentiel des métiers des bibliothèques, REFEBIB, permet également de mieux définir des profils de poste (huit emplois-types sont répertoriés) et de repérer les compétences au sein d’une équipe. Ainsi, les BU ont de plus en plus recours à des personnels diversifiés. Pour preuve de cette mixité professionnelle, elles comptaient en 1980 trois corps de la filière bibliothèque contre sept actuellement dont des documentalistes, des enseignants, des informaticiens, des professionnels de l’édition…

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Deux témoignages de terrain sont venus apporter un éclairage concret à ces propos plus théoriques. Si l’intérêt de la polyvalence, vécue dans les deux cas comme enrichissante, est évident, elle peut être quelquefois lourde à assumer, notamment dans les petites structures où les moyens matériels et humains sont souvent sans commune mesure avec les tâches à assurer.

Session 4 Vive la polyvalence

Président de session et animation : François Gasnault, directeur des Archives départementales des Bouches-du-Rhône

L’information est constituée d’un ensemble de ressources qui conduisent de plus en plus à multiplier les compétences nécessaires. Comment y faire face ?

• Daniel Renoult, inspecteur général des bibliothèques

• Anne Girardet, directrice de la bibliothèque de Chartres de Bretagne

• Sophie Rouyer, documentaliste archiviste de la communauté urbaine du Mans

• Dominique Vallée, sous-directrice du management des connaissances, veille et informatique à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris

• Marie-Dominique Heusse, directrice du SCD de l’Université Toulouse 1, présidente de l’ADBU

Quelles attentes dans les entreprises privées ?

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La polyvalence dans les entreprises est à la fois une nécessité et une opportunité. Nécessité pour assurer des fonctions multiples et évolutives, pour être un interlocuteur reconnu et, par là même, affirmer un meilleur positionnement de la fonction Information. Opportunité pour enrichir les tâches professionnelles, sortir du ghetto des spécialistes, mieux appréhender la finalité de la fonction Information et, enfin, évoluer dans l’entreprise.

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De nouvelles fonctions relatives à l’information sont actuellement très attendues dans les entreprises : chef de projet (responsabilité d’un produit d’information par exemple, importance de la gestion d’une équipe) ; veilleur (cette fonction tend à être occupée par des personnes non issues de la documentation. C’est un créneau à investir absolument…) ; responsable des achats et des marchés publics (fonction d’acquisition fondamentale liée à des budgets) ; juriste ; commercial (demande moins fréquente pour les professionnels de l’information) ; chargé de communication interne (rôle souvent demandé dans les petites structures).

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Le pourcentage de temps consacré à ces différentes fonctions nouvelles augmente avec le niveau hiérarchique du professionnel qui les remplit. Mais comment acquérir les compétences nécessaires pour les assurer ? Ce sont essentiellement la formation continue, la formation dans d’autres filières (à ne pas négliger), le développement de réseaux personnels et particulièrement les communautés de pratiques qui permettent de développer ses compétences et de se tenir au courant des évolutions.

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Les aptitudes requises relèvent du management, de l’intégration de la notion coût/efficacité et d’évaluation, de la capacité à gérer des relations avec des partenaires de culture différente.

La demande sociale

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Que veut le public ? Les usagers sont-ils ces consommateurs frénétiques que décrit une certaine littérature professionnelle ? Cette demande exprime-t-elle la totalité des besoins sociaux et, dans la négative, comment apporter des correctifs ? Posées en introduction, ces questions rappellent que les métiers de l’information-documentation sont fondés avant tout sur le service à un public dont les attentes évoluent elles aussi au gré des mutations technologiques et sociétales.

À nouveaux publics, nouveaux services…

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Un service commun de la documentation est un service public au service d’un autre service public : l’enseignement supérieur et la recherche. Il n’a d’existence que pour les usagers (enseignants et étudiants), mais ces derniers en sont-ils conscients ? Alors que tous les autres services de l’université sont dirigés par des enseignants, c’est un fonctionnaire qui est responsable du SCD. Les enseignants se sentent légitimement frustrés d’avoir affaire à des « technocrates » qui décident de la politique documentaire de l’université. Cette tension se manifeste notamment par l’existence de bibliothèques « de proximité « – en fait des bibliothèques personnelles que les enseignants créent, par eux-mêmes ou grâce à un réseau, pour leur propre usage, dans le but d’instrumentaliser la documentation (appoint pour leurs cours).

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Le public des étudiants est, quant à lui, fort varié, ce qui implique des conditions d’usage diverses. Les étudiants sont rarement préparés à l’utilisation de l’information mais les formations à la méthodologie documentaire qui peuvent leur être proposées sont peu suivies par ceux qui en auraient le plus besoin. D’autre part, un environnement numérique de travail est développé en direction des étudiants alors que très peu d’entre eux (surtout en lettres et sciences humaines) disposent d’une adresse électronique.

Session 5 La demande sociale

Président de session et animation : Jean-Luc Gautier-Gentes, inspecteur général des bibliothèques

Les professionnels doivent tenir compte d’une demande sociale qui se diversifie et oblige à adapter l’offre et les comportements professionnels.

• Jean-Claude Annezer, directeur du SCD Toulouse Le Mirail

• Béatrice Herold, directrice des archives départementales des Hauts-de-Seine

• Valérie Poinsotte, conservateur au Centre des archives du monde du travail à Roubaix

• Jean-François Jacques, secrétaire général du Conseil supérieur des bibliothèques

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La question de l’interdisciplinarité se pose alors avec acuité. Le « couple » enseignant/bibliothécaire devrait fonctionner d’une manière plus dynamique et moins conflictuelle pour notamment mieux évaluer les capacités de lecture des étudiants. Également, la création de comités d’utilisateurs, pour l’évaluation des services rendus, contribuerait à la participation active des usagers et au renforcement de la responsabilité collective. On sait que les détournements d’usage dans les bibliothèques (pillage, pratiques déviantes, etc.) sont loin d’être exceptionnels…

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Un autre problème est la dislocation de la culture générale classique et donc la difficulté de se fonder sur un socle commun de référents pour construire intellectuellement la bibliothèque, dont le rôle principal reste la structuration de l’information multi-supports en interaction avec les pratiques des usagers. Cependant, le noyau dur de l’offre documentaire sera toujours constitué du libre accès aux collections, du prêt, de la formation à la méthodologie. Tout en développant la proximité, dans une dimension à la fois communautaire (présidence, services transversaux) et identitaire (UFR, départements, écoles doctorales). Il va alors de soi que les professionnels de la documentation dans les universités sont appelés à vivre des transformations profondes.

Des profils de plus en plus variés d’usagers des archives

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Dans le secteur des archives aussi on remarque une variété de plus en plus marquée des publics. Aux côtés des professionnels de la recherche, des amateurs éclairés et du public scolaire qui fréquentent les services présentés lors de cette session et qui sont familiarisés avec les outils de recherche traditionnels, se manifeste de plus en plus fréquemment un public non « classique ». Qu’il s’agisse de la recherche d’une information personnelle et identitaire dans un cas, de demandes de justification de droits dans l’autre, ces usagers ont besoin d’un accompagnement personnalisé et d’une écoute privilégiée. Autant par leur demande spécifique que par leur méconnaissance des nouvelles technologies. Ce constat va pourtant à l’encontre du discours actuel selon lequel l’appropriation des TIC se généraliserait dans les foyers français. Pour le personnel des services d’archives, l’une des conséquences de cette évolution dans les demandes est que les compétences juridiques deviennent indispensables pour répondre à ces nouveaux usagers.

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Pour à la fois faire connaître les services d’archives, souvent méconnus, et anticiper les demandes d’un public potentiel, des manifestations culturelles sont également proposées : journées portes ouvertes, lectures montées avec des comédiens à partir de textes d’archives, etc. Ces participations à des activités culturelles permettent par ailleurs une meilleure insertion dans le tissu local.

La prise en charge de la demande

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Cette session s’est conclue sur l’interrogation que pose le rapprochement de ces deux termes : « demande » et « sociale ». La prise en compte de la demande et le poids du rapport qu’entretient un service avec le corps social déplacent le sens des activités du professionnel, quel qu’il soit : de la mise à disposition pure et simple d’un outil (le catalogue pour le bibliothécaire, le registre d’inventaire pour l’archiviste ou le dossier pour le documentaliste, etc.) vers une démarche de conseil et d’orientation. C’est de plus en plus l’efficacité et la pertinence immédiates de la réponse qui comptent. Ce travail de finalisation, d’introduction de valeur ajoutée rapproche les métiers de bibliothécaire et de documentaliste. Mais, dans ce contexte particulier qu’est la bibliothèque, les professionnels sont-ils prêts à opérer une partition entre demande légitime et exigence abusive ? Peut-on être formé à la sociabilité ? Plutôt que de considérer celle-ci comme une compétence ou un savoir-faire, elle relèverait avant tout d’un savoir être – d’une capacité à une empathie tolérante à l’égard de toutes les composantes de la société.

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B.F

Agir ensemble

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Il incombait naturellement aux présidents des quatre associations organisatrices de ces journées d’en tirer les conclusions et d’en annoncer les suites.

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Gilles Eboli (ABF) a d’abord constaté que, même si tout l’éventail des problématiques n’avait pas pu être embrassé en si peu de temps, cette rencontre avait démontré avec force la volonté d’union de trois métiers qui partagent un important fonds commun et sont engagés dans le même mouvement « de la collection au public ». Des clivages, des différences existent assurément, a ajouté Marie-Dominique Heusse (ADBU), mais ils tiennent plus aux contextes d’exercice, aux statuts, au regard ou à la demande des employeurs et des publics qu’à la réalité fondamentale de ces métiers. Pour Henri Zuber (AAF), la convergence de leurs démarches est flagrante. Le modèle professionnel évolue fortement, qui ne peut éluder la question des publics – traditionnels et nouveaux, chercheurs et citoyens – ni celle de la demande des employeurs. Il est essentiel d’approfondir la réflexion et les formations sur les sujets sur lesquels se retrouvent archivistes, bibliothécaires et documentalistes.

Redéfinir les modèles professionnels

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C’est précisément sur cette nécessité de construire ensemble de nouveaux modèles professionnels qu’a insisté Caroline Wiegandt (ADBS). Au moment de définir les cœurs de métiers, a-t-elle constaté, les archivistes ont mis l’accent sur l’Histoire, les bibliothécaires sur le public et les documentalistes sur les techniques – exprimant ainsi leurs cultures professionnelles respectives. Mais la spécificité de chacun de ces métiers, qui désormais partagent également les mêmes techniques, n’apparaît plus aussi clairement qu’il y a quelques années encore, et leurs évolutions sont à présent convergentes.

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Chacun d’eux est imparfaitement satisfait des formations initiales et continues qui leur sont proposées. Tant en ce qui concerne le tronc commun que les spécialités, elles ne correspondent pas réellement à ce que seront vraiment les pratiques. Il faut profiter de la refonte en cours d’un certain nombre de ces formations pour infléchir les choses, et peut-être plus encore en ce qui concerne les spécialités que la définition du tronc commun.

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La définition de modèles professionnels renouvelés passe par une réflexion commune sur les usages et les usagers, et sur la manière dont les professionnels de l’information, en tant que médiateurs, peuvent prendre en compte les nouveaux comportements de ces usagers tout en défendant un certain nombre de leurs propres pratiques. Il faut aussi, face à l’intrusion du juridique dans leur champ d’action, s’organiser en groupe de pression pour s’efforcer de retrouver un équilibre qui ne lèse personne et en particulier pas les usagers. Il faut enfin travailler ensemble à identifier et mieux connaître les nouvelles pratiques qui se développent en ce moment, parfois hors de notre sphère professionnelle, comme les archives ouvertes.

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Dans cette perspective, il est indispensable de ne pas se recentrer frileusement sur ce qui a longtemps été considéré comme le cœur de chacun des métiers, sans remettre en cause, bien sûr, les missions spécifiques et intangibles de chacun. Car ces nouveaux modèles – nombre d’interventions l’ont montré sans ambiguïté – reposeront sur la polyvalence des professionnels. Ceux-ci doivent absolument vivre cette évolution comme un enrichissement de leurs fonctions et de leurs tâches, comme une occasion d’approfondir leurs relations avec leurs publics, de répondre à des demandes de plus en plus personnalisées, d’assurer aux usagers des formations qui les rendront plus autonomes…

Des actions concrètes

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Les quatre associations organisatrices de ces journées d’étude souhaitent à présent mettre en place, au niveau de leurs bureaux, un groupe de pilotage qui définirait les projets d’actions dans lesquelles elles devront s’engager, ensemble et avec les autres associations du secteur de l’information et documentation. Loin d’être une fin en soi, ces journées étaient en effet considérées comme l’amorce d’une coopération plus étroite et plus systématique.

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Au plan international, d’abord, sur lequel il est très important que les associations soient présentes en réunissant et concentrant leurs moyens et leurs compétences. Dans l’approfondissement, ensuite, de leur réflexion commune par des journées d’étude et des groupes de travail qui rassembleront des sous-ensembles animés de préoccupations identiques (documentalistes et archivistes d’entreprises, par exemple, ou archivistes et bibliothécaires de collectivités territoriales), pour avancer plus efficacement dans la définition des nouveaux modèles professionnels puis dans la refonte des formations initiales et continues. Dans l’élargissement, aussi, du cercle des associations d’archivistes, bibliothécaires, documentalistes et éventuellement d’autres métiers comme ceux des musées, qui doivent unir leurs réflexions, leurs forces et leurs engagements. Dans la poursuite, enfin, pour ce qui relève du plus court terme, des actions d’explication, d’alerte et de pression engagées par pas moins de neuf associations à propos de la révision en cours de la loi sur le droit d’auteur.

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J.-M.R.

Résumé

Français

Souhaitées de longue date par les professionnels de l’information et documentation, projetées par leurs associations dès la fin de l’année 2002, plusieurs fois reportées, finalement organisées les 28 et 29 janvier 2005 à la BnF, les journées interassociations ont connu un succès certain. Plus de trois cents archivistes, bibliothécaires et documentalistes ont répondu à l’invitation de quatre des principales associations françaises représentatives de ces métiers (AAF, ABF, ADBS et ADBU) pour comparer leurs spécificités et rechercher leurs convergences dans une société qui s’affirme celle « de l’information ».

Plan de l'article

  1. Les cœurs de métiers
    1. Des médiateurs de l’information
    2. Le métier d’archiviste
    3. Le métier de bibliothécaire
    4. Le métier de documentaliste
  2. Agir sur les pouvoirs
    1. Être présents au plan international
    2. La difficile construction de la société de l’information
    3. La médiation entre politiques et professionnels
    4. L’association « Une Cité pour les Archives »
  3. Les attentes des employeurs
    1. La position d’un directeur des affaires culturelles
    2. L’attente des élus
    3. Les attentes d’un employeur dans le secteur privé
    4. Les métiers de l’information à l’Université
  4. Vivre la polyvalence
    1. L’élargissement des fonctions et des compétences
    2. La polyvalence dans les bibliothèques universitaires
    3. Quelles attentes dans les entreprises privées ?
  5. La demande sociale
    1. À nouveaux publics, nouveaux services…
    2. Des profils de plus en plus variés d’usagers des archives
    3. La prise en charge de la demande
  6. Agir ensemble
    1. Redéfinir les modèles professionnels
    2. Des actions concrètes

Pour citer cet article

« Journées d'étude interprofessionnelles. Un métier, des métiers Convergences et spécificités des métiers des archives, des bibliothèques et de la documentation », Documentaliste-Sciences de l'Information, 1/2005 (Vol. 42), p. 48-57.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2005-1-page-48.htm
DOI : 10.3917/docsi.421.0048


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